C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !

C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !
A PROPOS DE L’ÉVASION DE LA PRISON CHAVE DE MARSEILLE …

Dans l’ouvrage « Histoire des groupes Francs (M.U.R.) des Bouches du Rhônes, de septembre 1943 à la Libération » de Madeleine BAUDOIN (Editions Presses Universitaires de France) , on trouve un témoignage de Charles POLI, dirigeant communiste, qui explique pourquoi les 12 détenus de Chave se sont enfuis dans la nuit du 22 au 23 mars 1944 en laissant ARRU et CHAUVET dans leur geôle :

C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !
A PROPOS DE L’ÉVASION DE LA PRISON CHAVE DE MARSEILLE …

Dans l’ouvrage « Histoire des groupes Francs (M.U.R.) des Bouches du Rhônes, de septembre 1943 à la Libération » de Madeleine BAUDOIN (Editions Presses Universitaires de France) , on trouve un témoignage de Charles POLI, dirigeant communiste, qui explique pourquoi les 12 détenus de Chave se sont enfuis dans la nuit du 22 au 23 mars 1944 en laissant ARRU et CHAUVET dans leur geôle :

MADELEINE BAUDOIN – Pourquoi les deux anarchistes internés ne se sont-ils pas évadés ?

CHARLES POLI – C’est moi qui ai refusé de leur ouvrir leur cellule pour qu’ils s’évadent avec nous. C’était pas des patriotes. Mais ils voulaient s’évader.

M. B. – Étaient-ils résistants ?

C.P. – Ils servaient la Résistance aussi. Ils avaient fabriqué de faux tampons. Mais c’était pas des patriotes. Quand à la prison, pour la fête nationale, on mettait, nous communistes, la cocarde tricolore, eux ils mettaient l’insigne noir. C’était pas des patriotes ; c’est pour cela que j’ai refusé qu’ils s’évadent avec nous. A un royaliste j’aurais ouvert la porte, mais pas à un anarchiste.

M. B. – Comment vous entendiez-vous en prison avec les anarchistes ?

C. P. – On se disait bonjour, bonsoir. Les anarchistes, vous savez, ils ont ni Dieu, ni maître. Avec eux il n’y a pas de monnaie, ils veulent faire l’échange des marchandises. A Marseille, les anarchistes, ce sont maintenant tous des gens riches. Il n’y a pas de travailleurs parmi eux. En prison, quand on chantait La Marseillaise, eux ils ne chantaient pas.

M. B.- Chantiez-vous L’Internationale ?

C. P. – Non. Nous étions Front national [de la Résistance]. C’était large, comme recrutement. Un jour, le 6 février 1944, j’ai fait un article en prison. J’ai parlé du fasciste Chiappe, mais, pour ne pas déplaire à un détenu gaulliste, j’ai supprimé le terme de fasciste, et j’ai mis à la place : l’homme du 6 février. C’était une question de formulation. Contrairement aux communistes, les anarchistes ne sont pas patriotes, les communistes, eux, ils aiment la France. Un jour, à la prison Chave, une commission composée d’Allemands, accompagnés par des Français, est venue nous interroger. Les Allemands nous ont demandé :« Aimez-vous les Russes, aimez-vous les Anglais ? » On a répondu : «  Nous aimons la France. » Ils ont fermé alors brutalement la porte, en disant : «  Sales communistes  »


Au sujet de ce témoignage, ci-dessous le texte d’une lettre adressée à Madeleine Baudoin le 4 juillet 1960 par Jean Comte, alias Lévis, chef des Groupes Francs de Marseille

« Tu m’as demandé de te faire connaître mon point de vue sur le passage de la déclaration de Charles Poli ayant trait à l’évasion de la prison Chave.

C’est avec beaucoup d’amertume et d’indignation que j’apprends, seize ans après, la vérité. Car le gardien Raffaëli et les évadés nous ont dit dès leur sortie, et ont par la suite maintenu cette version, que les deux anarchistes n’avaient pas voulu s’évader.

Je considérais à l’époque les anarchistes comme des gens un peu farfelus. aussi cette présentation des faits ne m’étonna guère, et je ne m’inquiétai donc pas d’en creuser les détails. Je l’ai cependant très nettement présente à la mémoire, en raison d’un petit côté amusant, celui de Raffaëli parlant, non pas des anarchistes, mais des « arnachistes  ».

Il ne pouvait y avoir aucune hésitation de ma part, l’idée de laisser en prison ces deux anarchistes ne m’aurait pas effleuré un seul instant. Il n’était pour nous nullement question d’idéologie, sinon pourquoi n’aurions-nous pas abandonné également les communistes ? Nous luttions contre un système d’oppression et d’injustice, et celui qui était contre lui était avec nous, celui qui en était la victime était notre ami, qu’il ait été« celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas  », comme l’a dit Aragon.

Ainsi, des gens comme Poli en étaient restés, six ans après la fin de la guerre d’Espagne, à cet aveuglement impitoyable qui leur avait fait persécuter les anarchistes de Barcelone et qui avait contribué sans doute à conduire l’Espagne républicaine là où l’on sait. »

Pour en savoir plus sur André ARRU et ses combats :

Archives Arru

Pierre Seel, un homme debout

Je me souviens de ma première rencontre avec Pierre Seel.

Nous étions tous les deux dans une boutique de photocopie de la place du Salin, lui vieillard en train de photocopier des documents, moi jeune adulte photocopiant des tracts pour une manif antifasciste.

Je ne sais plus lequel des deux a abordé l’autre, mais c’était comme une évidence. Nous avions des révoltes à partager.

Cette rencontre est de celles qui comptent.

Je me souviens de ma première rencontre avec Pierre Seel.

Nous étions tous les deux dans une boutique de photocopie de la place du Salin, lui vieillard en train de photocopier des documents, moi jeune adulte photocopiant des tracts pour une manif antifasciste.

Je ne sais plus lequel des deux a abordé l’autre, mais c’était comme une évidence. Nous avions des révoltes à partager.

Cette rencontre est de celles qui comptent.

Il me parla du livre qu’il était en train d’écrire et pour lequel il photocopiait ces documents. Il avait décidé, après 50 ans de silence, de briser le tabou de la déportation homosexuelle. Tout comme les réfugiés anarchistes espagnols avaient été mis en camp de concentration par la police française dès 1939, c’est grâce au travail efficace de la police républicaine, qui l’avait fiché pour homosexualité, qu’il fut arrêté, torturé et déporté par la Gestapo. C’était la continuité d’un certain “ordre”. Jo, son amour, fut déchiqueté par les chiens sous ses yeux. Pour les nazis, les homosexuels ne méritaient ni la balle, ni la corde. Ils devaient être traités comme des déchets. Après guerre, seul, face à une hostilité sociale généralisée, il du cacher son terrible secret *1.

Mais cette révolte, longtemps étouffée, finit par exploser face à l’attitude de l’Église catholique -toujours égale à elle-même, l’actualité le démontre encore aujourd’hui- qui traita les homosexuels “d’infirmes” en 1989, et aux manifestations d’hostilités d’autres anciens déportés lors de cérémonies du souvenir à Besançon et à Lille à la fin des années 80 (où les gerbes en souvenirs des déportés homosexuels furent piétinées). Il lui fallait alors dire, raconter, expliquer au plus de personnes possibles.

Nous nous sommes revus à plusieurs reprises ensuite, au local de la CNT-AIT ou en ville. A sa demande, quelques-uns de nos compagnons lui apportèrent une aide dans son travail de secrétariat. Lecteur attentif du Combat syndicaliste (CNT-AIT de Toulouse), il n’était nullement anarchosyndicaliste mais appréciait notre liberté d’esprit et un sens de la solidarité et de l’humain qu’il regrettait de ne pas avoir trouvé dans des milieux qui lui étaient pourtant naturellement beaucoup plus proches

Aujourd’hui, son témoignage est disponible en livre et en audio sur internet.

C’est avec émotion que nous lui rendons hommage et que nous adressons un amical salut à sa famille, en particulier ses enfants, en engageant chacun à ne pas oublier ce passé dramatique.

 »Un compagnon »

(1) L’homosexualité en France a été pénalisée en 1942, puis classée “fléau social” en 1960. Elle n’a été dépénalisée qu’en 1982, soit 37 ans après la « libération »

Paru dans le numéro 93 du Combat Syndicaliste de la CNT-AIT de Toulouse (désormais Anarchosyndicalisme !)

((/public/HISTOIRE/RESISTANCE/PIERRE_SEEL/.BORDER-7_m.jpg|Gay prisoners in the concentration camp at Sachsenhausen with pink triangles. Germany, December 1938|C|Gay prisoners in the concentration camp at Sachsenhausen with pink triangles. Germany, December 1938, août 2019))

((/public/HISTOIRE/RESISTANCE/PIERRE_SEEL/Pierre_SEEL.jpg|Pierre_Seel_Jeune|L|Pierre_Seel_Jeune, août 2019))
((/public/HISTOIRE/RESISTANCE/PIERRE_SEEL/.PUBLI_SEEL-00-2_m.jpg|Pierre_Seel|C|Pierre_Seel, août 2019))