MORT AUX VACHES ! – APERCU SUR LA RESISTANCE DES ANARCHISTES DE MARSEILLE A TOULOUSE …

Chaque année depuis le 8 mai 1945, « la France » fête sa libération du joug Nazi.

Le pouvoir, en mal de « cohésion sociale » [1], cherche désespérément à sauter sur l’occasion pour montrer que le « peuple français » a su, dans ses périodes les plus sombres se serrer les coudes – et aussi la ceinture …

A ceux qui se plaignent de leurs petites vivicitudes matérielles quotidiennes de 2004, il leur est servi matin, midi et soir par la presse, la radio et la télé nationale la geste héroïque de la résistance française de 1944, qui nous est donc présentée comme un exemple à suivre. Nos aieux en ont chié en 40 et ils n’en ont pas fait tout un flan. Car quand il l’a fallu, tout gonflés de rutabaga et d’esprit patriote, ils ont su s’unir pour faire face. Et « l’opposition » d’emboîter le pas à l’action psychologique de propagande du gouvernement puisqu’ils n’ont rien trouvé de mieux que de réclamer le retour au Programme du Comité National de la Résistance ! [2]

Bref, tout ça fleure bon l’Union Sacrée et le bourrage de mou … Car contrairement à la légende que l’on voudrait nous faire gober, les résistants n’était pas légion dans le « peuple français » et d’ailleurs beaucoup des résistants n’étaient même pas français !

Et en plus, un certains nombres n’étaient même pas des patriotes ! Rendez vous compte !

Nous vous livrons ci-après le témoignage d’un de ces résistants libertaires, Andre Saulière dit Arru qui – de Marseille à Toulouse, avec des compagnons sénégalais, juifs russes, italiens, espagnols, … – continua le travail de sape idéologique du système, sur des bases clairement anarchistes internationalistes.

Un exemple, très actuel en effet, pour ceux qui – comme nous – pensons que la Liberation totale, celle du capitalisme, n’a pas encore eu lieu …

Chaque année depuis le 8 mai 1945, « la France » fête sa libération du joug Nazi.

Le pouvoir, en mal de « cohésion sociale » [1], cherche désespérément à sauter sur l’occasion pour montrer que le « peuple français » a su, dans ses périodes les plus sombres se serrer les coudes – et aussi la ceinture …

A ceux qui se plaignent de leurs petites vivicitudes matérielles quotidiennes de 2004, il leur est servi matin, midi et soir par la presse, la radio et la télé nationale la geste héroïque de la résistance française de 1944, qui nous est donc présentée comme un exemple à suivre. Nos aieux en ont chié en 40 et ils n’en ont pas fait tout un flan. Car quand il l’a fallu, tout gonflés de rutabaga et d’esprit patriote, ils ont su s’unir pour faire face. Et « l’opposition » d’emboîter le pas à l’action psychologique de propagande du gouvernement puisqu’ils n’ont rien trouvé de mieux que de réclamer le retour au Programme du Comité National de la Résistance ! [2]

Bref, tout ça fleure bon l’Union Sacrée et le bourrage de mou … Car contrairement à la légende que l’on voudrait nous faire gober, les résistants n’était pas légion dans le « peuple français » et d’ailleurs beaucoup des résistants n’étaient même pas français !

Et en plus, un certains nombres n’étaient même pas des patriotes ! Rendez vous compte !

Nous vous livrons ci-après le témoignage d’un de ces résistants libertaires, Andre Saulière dit Arru qui – de Marseille à Toulouse, avec des compagnons sénégalais, juifs russes, italiens, espagnols, … – continua le travail de sape idéologique du système, sur des bases clairement anarchistes internationalistes.

Un exemple, très actuel en effet, pour ceux qui – comme nous – pensons que la Liberation totale, celle du capitalisme, n’a pas encore eu lieu …

MORT AUX VACHES !

TEMOIGNAGE de Jean René SAULIERE, alias André ARRU, ANARCHISTE ET RESISTANT …

(Fait à Marseille le 20 août 1970 )

Pacifiste et anarchiste militant, J’avais décidé, quelques années avant la mobilisation de 1939, de refuser toute guerre. Aux motifs connus des pacifistes et des révolutionnaires qui considèrent la guerre comme une solution pire que le mal que l’on prétend vouloir combattre, il faut ajouter mon caractère qui empochait toute concession que ce soit en faveur de la facilité ou de la famille. Mes actes devaient affirmer la sincérité de ma propagande passée. J’en étais conscient et il ne m’est même pas venu à l’idée de reculer. Il était aussi bien entendu que mon refus ne s’accompagnait nullement d’une soumission volontaire à l’arrestation qui devait s’ensuivre. Mes vues étaient de tenter d’y échapper pour pouvoir ainsi continuer ma lutte de pacifiste et d’anarchiste.

C’était du reste un point de vue commun dans les milieux libertaires et syndicalistes révolutionnaires de cette époque. Dans le seul groupe anarchiste de Bordeaux, quelques mois avant la mobilisation générale, nous étions une bonne douzaine dans ces dispositions. Mais nous n’avons été que deux à ne pas nous rendre, le 3 septembre 1939, et, deux jours après, je restais tout seul.

Je me cachai donc pendant cinq mois à Bordeaux, d’abord chez divers camarades et amis et puis, à bout de caches, je retournai chez moi. Pendant tout ce temps, je restais cloîtré le jour et sortais quelquefois la nuit. C’était pénible et le danger de me faire prendre augmentait de jour en jour. Après m’être procuré un livret militaire de réformé n°2 [3], je me décidai à partir pour Marseille où j’arrivai, le 13 février 1940, à 6 heures du matin. La première impression, en prenant pied à la gare Saint-Charles, fut très désagréable. J’étais parti de Bordeaux avec une température de plus vingt, j’arrivais à Marseille le lendemain en plein mistral avec moins cinq .

En descendant l’escalier monumental de la gare, je faisais le bilan de la situation un peu en frissonnant, mais pas seulement de froid. Je devais en effet me mettre en tête que je m’appelais bien André ARRU, que, malgré ma stature, j’étais réformé définitif et qu’il fallait que je me débrouille. Je n’avais, comme pièce d’identité, qu’un seul livret militaire un peu gratté, pas de travail, pas de logement fixe ; je n’avais jamais mis les pieds à Marseille ni dans la région. Je ne connaissais personne. Je ne pouvais oublier que mon vrai nom était porté sur un bulletin de recherches qui traînait dans toutes les gendarmeries et commissariats de France et qu’il fallait que j’évite toute maladresse. Par contre ma fortune se montait à 5 000 francs d’époque, cachés sur moi. C’était tout de même la possibilité de vivre plusieurs mois. J’allais louer une chambre à la journée au premier hôtel venu sur le boulevard d’Athènes.

Deux jours après mon arrivée, en traversant le square qui existait derrière la Chambre de Commerce, des « gardiens de la paix » (en 1940 !) ne demandaient mes papiers. Je sortais « mon » livret militaire, déclinais mes noms, prénoms, âge, profession, noms des père et mère et raison de ma présence à Marseille, sans bafouiller, mais le coeur en émoi. Je reprenais possession de « mon » livret ; les interlocuteurs étaient satisfaits. J’avais passé avec brio mon premier examen d’homme en rupture de ban.

Quelques jours après, je dénichais une chambre meublée à l’angle du boulevard Baille et de la rue de Lodi et, dans le un même temps me faisais embaucher comme employé-gérant d’un petit poste d’essence à Saint-Loup. Il y avait 5 000 francs de caution à donner immédiatement. Sous un prétexte quelconque, j’en donnais 4 500 ; il devait me rester une centaine de francs en poche. J’appris assez vite mon nouveau métier qui n’avait rien de commun avec mon passé de représentant. C’était dur par le travail lui-même et par sa durée. J’ouvrais à 6 heures du matin sans interruption jusqu’à 20 heures, mais ma « planque » ne paraissait bonne. Deux mois après, je trouvais une chambre à Saint-Loup. Je m’installais.

J’eus alors la chance d’entrer en relation avec un sympathisant libertaire d’origine italienne, François, qui ne présenta à d’autres. Ensuite, je me liais avec des réfugiés espagnols, libertaires pour la plupart, qui habitaient Saint-Loup. Tout ceci m’amena à connaître aussi des anarchistes français ayant milité avant la déclaration de la guerre.

Dans le même temps, un camarade de couleur noire, Armand, du groupe de Bordeaux, démobilisé de Syrie, vint se réfugier chez moi, ne pouvant rentrer en zone occupée. Avec lui, on commença à confectionner des papillons et des tracts tirés à la gélatine. On allait les glisser la nuit dans les boites aux lettres et les coller sur les poteaux de tramway. Puis l’essence fut rationnée, mon poste fut fermé et mon contrat suspendu pour cas de force majeure. Je demandais au propriétaire l’autorisation de monter dans son local un atelier de réparations de cycles. Nous parvînmes à un accord et, grâce au retour de ma caution, je pus m’acheter un peu de matériel. Je me fis inscrire au registre des métiers et, faisant mon apprentissage sur le tas, vaille que vaille, je réparais et montais des vélos.

Ainsi, je réussis à avoir normalement une carte d’identité puis, par un coup d’audace, un « duplicata » de ma sorte d’alimentation que je n’avais jamais une. À ce jour de ma vie, je n’avais jamais eu autant de papiers. J’étais en règle !

Petit à petit, avec beaucoup de passion et de conviction je réussissais à créer un groupe clandestin spécifiquement libertaire ; doublement clandestin je dois dire, puisque sa propagande attaquait le fascisme mais aussi tous les responsables de la guerre, le capitalisme et la dictature stalinienne. [4]

Je pris aussi des contacts avec l’extérieur, dans le Var d’abord ; ensuite, grâce au camarade Armand qui travaillait avec moi et qui m’aidait dans mon travail, je pus agrandir mon champ d’action. J’entrepris, au fur et à mesure de mes possibilités financières qui étaient maigres des voyages à Nimes, Lyon, Montpellier, Perpignan, Toulouse, Agen, Foix, Paris et sans aucun doute j’en oublie. Dans la plupart de ces villes, j’établissais des contacts dont la plupart furent conservés jusqu’à mon arrestation.

A Toulouse, deux imprimeurs, les frères Lyon , morts en déportation, qui étaient de conviction libertaire tout en appartenant et travaillant très activement pour la Résistance [5], imprimèrent nos affiches, tracts, une brochure de quarante-cinq pages intitulé « Les Coupables  » , le numéro un d’une revue intitulée «  La Raison  » [6]. Les affiches étaient surtout destinées à être collées à Marseille où notre groupe était vraiment actif. Tracts, brochure, revue ont été portés à tous les correspondants pour distribution à toute personne susceptible de s’intéresser à notre activité.

Voline, anarchiste russe, auteur (en français) de « La Révolution inconnue », emprisonné du temps des Tsars pour propagande révolutionnaire puis, sous Lénine, pour avoir été l’adjoint de Makhno , mis au courant de nos activités et de nos espoirs, se joignit tout de suite à nous, avec enthousiasme, ne rata pratiquement jamais une de nos réunions [7] Il voulait même coller des affiches [il avait alors plus de 60 ans !]. Il m’aida beaucoup dans la réalisation de la brochure « Les Coupables  » que j’allais d’autre part discuter avec Pierre Besnard, ancien secrétaire général de la CGT-SR (Confédération Générale du Travail Syndicaliste Révolutionnaire, section française de l’AIT) qui était réfugié à 6 km d’Agen.

Ainsi, en 1942, nous avons réussi à organiser un congrès anarchiste clandestin dont les membres se réunirent à Toulouse pendant deux jours chez le camarade Tricheux [8].

Il y avait là des délégués des groupes de villes déjà citées plus une représentation du Mouvement clandestin des libertaires espagnols de l’Ariège et de la Haute-Garonne. Voline, un camarade espagnol, San Clemente, et moi étions les délégués de Marseille.

Notre propagande se faisait sous l’étiquette de Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire et préconisait la Révolution par la grève générale, prélude à une nouvelle organisation sociale fondée sur la solidarité universelle des hommes en lieu et place de l’exploitation de l’homme par l’homme.

J’avais aussi une autre activité qui était maintenue, soutenue, développée par les contacts établis et qui dépassait très souvent les affinités philosophiques. Par un camarade d’Agen, j’avais pu me faire fabriquer une douzaine de faux tampons par les frères Lyon. J’avais eu des imprimés divers et je pouvais ainsi établir de : cartes d’identité, bulletins de naissance, actes de naturalisation, ordres de mission, etc. J’ai dû en faire quelques centaines. D’autre part, mon activité me mettant en liaison avec des tas de gens en difficulté, les pièces attenantes à mon atelier servirent souvent de refuge à des personnes recherchées : Juifs, réfugiés politiques. En relation avec les réfugiés tchécoslovaques qui résidaient au Château de la Blancherie à Saint-Loup, j’en sauvai plusieurs, traqués par les Allemands lors de l’invasion de la zone non occupée. Cela m’amena du reste à héberger pendant trois jours la femme russe (communiste) d’un député tchécoslovaque. Elle était recherchée tant par la police allemande que par celle de Vichy.

Mais un jour je commis une erreur, en me camouflant mal sans doute, après avoir accepté de faire de faux papiers à des Juifs (non révolutionnaires) que je ne connaissais pas mais présentés par des amis. Ils furent dénoncés et me dénoncèrent à leur tour lorsque, arrêtés, ils furent questionnés (mais non torturés) [9].

Mon atelier était fermé depuis le 1er août 1943. J’avais décidé de prendre quelques congés, ce qui me permettait, sous ce couvert, d’aller visiter les correspondants dans toute la partie de [l’ex]France non occupée. Le lendemain, un ami de Bordeaux, en difficulté parce que d’origine juive, était parti avec une dizaine de fausses cartes destinées à des personnes pourchassées du Lot-et-Garonne où il était lui-même réfugié.

Le 3 août, j’avais encore à mettre quelques papiers en fabrication et je venais de m’attaquer à un article destiné au numéro deux de « La Raison ». Sur l’évier de la cuisine, des boîtes en fer blanc, des éponges. Nous devions le soir même, à une dizaine de camarades, par équipe de deux, aller coller des affiches. Elles portaient en gros titre : « Mort Aux Vaches ! » [10]. C’est vers quinze heures que la police fit irruption chez moi et m’arrêta. Ma compagne, réfugiée politique espagnole, Julie Vinas, et un camarade anarchiste, Chauvet [11], qui travaillait avec moi, en rupture de S.T.O. [12] , arrivèrent quelques minutes après et furent à leur tour arrêtés. Les trois policiers, qui étaient des Renseignements généraux, furent affolés devant le matériel : tampons, tracts, affiches, brochures, papiers d’identité, etc.

Ils téléphonèrent – heureusement ! – d’un bistrot voisin pour demander des instructions à leur commissaire. Ce qui permit à tous les copains qui devaient, dans l’après-midi, prendre des affiches, d’être avertis à temps. C’est la police de Vichy du boulevard d’Athènes qui, avec une camionnette, vint prendre livraison du matériel et de nous [13].

Il était huit heures du soir. Nous fûmes transportés à l’Evêché. [14]

Chacune de nos feuilles d’écrou portait en rouge « à isoler, dangereux ». Ce qui ne fut pas fait car il n’ était pas prévu de cellules au dépôt. On nous sépara tout simplement : Julie avec les femmes, Chauvet dans une salle et moi dans une autre. J’étais avec un ivrogne [15].

Dans la nuit, Julie réussit à fléchir un gardien et à venir me voir. Puis ce fut cinq jours d’interrogatoire au boulevard d’Athènes, sans brutalités. Toutes les nuits, on nous ramenait à l’Evêché. Nous avons eu la chance de tomber sur l’équipe Mattei qui succédait à celle de Payan, qui avait une toute autre réputation. Enfin, de plus, en dehors des revers que commençaient à subir les armées allemandes, je crois que jouait en notre faveur le fait que les policiers avaient en face d’eux des gens qui n’étaient ni gaullistes, ni communistes. Les anarchistes sont réputés violents ou farfelus par ceux qui les méconnaissent. Comme la propagande trouvée, quoique révolutionnaire, était pacifiste, comme les perquisitions n’avaient fait découvrir ni bombe, ni armes d’aucune sorte, il semble bien que nous avons été classés dans la deuxième catégorie.

Ma compagne se défendit en jouant sur son état de santé déficient et sa méconnaissance de la langue française. Elle affirma ne s’occuper que de la cuisine et du linge. Chauvet, lui, déclara qu’il travaillait avec moi pour ne pas partir en Allemagne, ce qui était vrai, qu’il était anarchiste et qu’il approuvait ce que j’avais fait. On n’en tira rien d’autre. Quant à moi, je pris à ma charge tout ce que je ne pouvais pas nier. Au sujet de ce qui avait été trouvé et ramassé dans des valises lors de mon arrestation, je déclarai que c’était X, un « malconnu », qui les avaient entreposées. Au bout de cinq jours, les inspecteurs en avaient marre ; on tournait en rond ; on nous fit signer les procès-verbaux. Chauvet et moi étions écroués à Chave, Julie probablement à la prison des Présentines puis, quelques semaines après, comme elle était malade, aux consignés à l’hôpital de la Conception.

À Chave, on nous avait mis avec les droit commun. Dès que je sus qu’il existait un quartier où étaient réunis les politiques, je fis une réclamation au gardien-chef, faisant valoir nos inculpations : fabrication de faux tampons dans un but de subversion sociale, falsification de papiers français et étrangers, propagande antinationale et anarchiste. Mais il ne voulut rien savoir et je dus écrire au juge d’instruction, en accord avec Chauvet, pour que nous soyons transférés, une quinzaine de jours après notre arrivée, au quartier dit politique.

Le gardien qui nous prit en charge quand nous y arrivâmes nous demanda « Qu’est-ce que vous êtes, communistes ou gaullistes ? » – « Anarcho-syndicalistes » « Quoi ? Anarcho-syndicalistes ! … Ah ! Bon !… Bien !… Alors mettez-vous là » et il nous ouvrit une cellule vide qu’il referma derrière nous. Ainsi, nous sommes restés plusieurs semaines deux dans une cellule, ce qui est absolument interdit par le règlement !

Lors de la promenade suivante, nous fûmes bien accueillis par gaullistes et communistes. Nous étions à ce moment là une quarantaine environ. Je commis une gaffe dès le départ. Dans une discussion, j’affirmais que Pétain n’avait fait de bien qu’une chose : l’armistice. J’en suis toujours convaincu mais, dans le même cas, j’éviterais de le dire car les Gaullistes nous en ont tenu rigueur.

Plus tard, au début novembre, on nous proposa de commémorer l’anniversaire de la Révolution russe. Nous allions accepter lorsqu’on nous distribua des rubans tricolores pour parer nos revers de vestes ! Je ne me voyais pas, moi, l’insoumis, l’anar, me parer des couleurs de la patrie ; Chauvet pas davantage. Il en fût de même lorsque l’organisateur, questionné sur les chansons qui seraient entonnées, nous dit : « La Marseillaise et le Chant du Départ ». Et l’Internationale ? Ce n’était pas le moment et puis il ne fallait pas déplaire aux gaullistes, etc. etc. Alors tant pis, nous ne chanterions pas. Malgré ce et malgré notre rancoeur, nous décidâmes d’être présents à cette manifestation à titre de solidarité face à la chiourme [16] . Le 7, nous arborions donc une superbe cocarde, mais rouge et noire, et nous étions à côté des autres, mais nous n’avons pas chanté. Les communistes ne nous le pardonnèrent pas.

C’est pour cela que, lors de l’évasion de Chave, en mars 1944, nous n’avons pas été emmenés. Mais, à l’encontre des déclarations des évadés rapportées dans le livre de Madeleine Baudoin (Histoire des Groupes Francs de Marseille), nous n’avons pas été les seuls laissés pour compte. Le lendemain de l’évasion -je dois avouer que je n’avais rien entendu pendant la nuit, Chauvet non plus — nous nous retrouvions sept dans le quartier politique, soit : deux camarades socialistes, un communiste breton du nom d’Etiévant, un camarade âgé de 72 ans, impliqué dans l’affaire de l’attentat contre le Président de la Section spéciale d’Aix [17], Chauvet et moi, et enfin un communiste Colombani, qui était dans la cellule de Charles Poli, qui prétendait (entre nous) ne pas avoir pu s’évader. En fait, il n’avait pas voulu et le prouva par la suite.

Nous fûmes transférés à Aix deux ou trois jours après. Chacun de nous était enchaîné à un gendarme ; le reste du car était rempli de G.M.R. [18] armés de mitraillettes prêtes à l’emploi . Enfin, un autre véhicule nous suivait, garni aussi de G.M.R. armés. Notre arrivée à Aix fit sensation et nous avons quitté le car pour entrer en prison entre deux rangées de curieux.

Les détenus politiques de la prison d’Aix comprenaient assez mal que nous ne nous soyons pas évadés. Je fus clair et net : j’accusais Colombani d’être l’auteur du « choix » des évadés de Chave. Etiévant était de mon avis. Depuis, par le livre de Madeleine Baudoin, j’ai appris que le grand responsable était Charles Poli qui n’a pas voulu faire évader des détenus qui n’étaient pas patriotes. Sans aucun doute Charles Poli ne connaissait pas ses classiques du communisme. Il a confondu un grand virage avec la théorie mais ne connaissait-il, peut-être, que le grand virage ? Cette révélation m’a tout de même surpris, car je ne souvenais d’un Charles Poli très arrondisseur d’angles, jouant au diplomate tant avec les gardiens de prison qui défilaient prendre le vrai café dans sa cellule qu’avec les gaullistes ou encore avec moi-même, me demandant par exemple d’écrire un article pour le journal confectionné en prison, article qui fut écrit, qui passa non censuré et signé A.A.A. (André Arru, Anarchiste).

À Aix la vie était très différente de celle de Chave. Dans cette dernière prison,, nous étions à plusieurs, de deux à cinq, dans des cellules qui avaient été prévues sous Napoléon comme individuelles. Chez les droit commun, ils étaient jusqu’à neuf. À partir de septembre ou octobre 1943, on nous ouvrait les cellules le matin et on ne les refermait que le soir. Nous pouvions donc discuter, jouer aux cartes ou aux échecs, nous promener dans l’espèce de pas perdus qui était entouré de cellules et fermé par une grille. Nous pouvions aussi rester dans notre cellule à lire, écrire ou dessiner.

À Aix, nous étions toute la journée dans une cour attenante à ce qu’on appelait le « chauffoir », salle où on mettait nos affaires (c’est comme cela que j’y ai attrapé des poux de corps) et où on mangeait. Le soir, en montait dans des dortoirs qui réunissaient plus ou moins de détenus. Les laissés pour compte de Chave avaient été mis ensemble dans l’un d’eux, sauf le dénommé Colombani qui avait préféré éviter notre rogne. Un jeune camarade gaulliste (Alexandre ?), qui avait été transféré à Aix avant l’évasion de Chave, était aussi avec nous. Il faisait partie d’une équipe qui avait été arrêtée et emprisonnée à Lyon (à Montluc si mes souvenirs sont exacts). Après avoir été en désaccord avec moi à Chave (c’est lui qui m’apprit ma gaffe sur l’armistice), il m’avoua s’intéresser à nos idées et vouloir mieux les connaître. Notre conduite, nos raisonnements, lui paraissaient beaucoup plus conformes à nos idées que ceux des communistes qui avaient pu passer de l’internationalisme antifasciste au pacte germano-soviétique, puis à l’ultra-patriotisme français,

Ce camarade voulut tout tenter pour s’évader. Il était en prison depuis dix-huit mois et craignait, après son jugement, de ne pouvoir le faire. Une nuit, il simula une crise d’appendicite. C’est moi qui appelai le gardien, expliquai les souffrances du détenu qui ne cessait de gémir. Il fut transporté d’urgence à l’hôpital d’Aix. Il pensait qu’il pourrait plus facilement s’enfuir de là-bas. Hélas, son jeu avait tellement convaincu le chirurgien qu’il fut opéré et nous apprîmes sa mort, au maquis, après notre évasion. J’en eus une grande peine car nous avions fortement sympathisé. De plus, j’enrageais qu’il ait raté cette évasion, lui qui ne pensait qu’à cela. Enfin, ce corps jeune, sain, qui ne résiste pas à une opération assez bénigne me laisse encore, lorsque j’y pense, un malaise, d’autant plus que le chirurgien était, parait-il, un collabo.

En ce qui me concerne et pour la plupart des détenus politiques, notre fuite d’Aix fût une bonne surprise. Un jour, dans une conversation, un camarade communiste me demanda si je participerais à une évasion dans le cas où cela ne présenterait. Je lui répondis que j’étais prêt à tout instant, ne serait-ce que pour faire la nique aux geôliers, mais qu’hélas en ayant raté une récemment, je ne pensais pas qu’une si belle occasion ne renouvellerait de sitôt. «  En tout cas, me dit-il, si cela se produit, nous, nous ouvrirons les portes pour tout le monde ».

Dans la nuit du 24 au 25 août 1944 – il devait être 3 heures – les verrous et la serrure de la porte de notre dortoir se mirent en branle. Je crus qu’on venait nous chercher pour nous transférer ailleurs ; le bruit en avait couru. Mais, à la place d’un aboiement de gardien, une voix amie nous disait : «  ne faites pas de bruit, n’allumez pas la lumière ; que ceux qui veulent partir avec nous s’habillent. Dépêchez-vous !  » Nous sommes tous partis sauf le vieux camarade italien qui, vu son âge, ne pouvait pas suivre et, dans le dortoir voisin, le fameux Colombani qui, une fois de plus, refusa de s’évader ! Un de ses camarades communistes avait une sérieuse envie de lui faire un mauvais sort ; de rage, il le verrouilla dans le dortoir.

Nous fines le tour de la prison par les couloirs à la queue-leu-leu, jusqu’à l’escalier qui menait à la chambre des gardiens. La nuit, ils étaient quatre. L’un était notre complice [19]. Des camarades armés allèrent ligoter les autres. Toujours dans le plus grand silence nous tenant par la main, on s’engagea dans le souterrain qui relie la prison au palais de justice qui mène à la grande salle des pas-perdus. On traversa cette dernière, on était dehors où nous attendaient des camarades de la Résistance plus ou moins armés. On parcourut la ville à une quarantaine dont trente évadés. Il devait être 4 h 30. On rencontra une seule personne, un employé de trams qui dû nous suivre pendant environ une heure.

C’est à travers les chemins de colline que nous sommes allés rejoindre un point prévu, la forme de Lambruisse, au-dessus de Vauvenargues, soit à 25 ou 30 km. La journée était chaude, le ciel d’un bleu sans faille, les senteurs de la colline enivrantes pour des hommes qui étaient restés de six mois à deux ans en prison. Malgré notre joie, la journée fut rude car nous manquions d’entraînement et nous n’avions ni à manger ni à boire Partis à 4 heures, nous sommes arrivés à 18 heures après avoir laissé en route, dans des taillis, deux camarades, l’un des socialistes, pris de malaise, et Paul, un communiste atteint d’une maladie de coeur. Le lendemain des camarades de la Résistance nous les amenaient.

Arrivés à la forme de Lambruisse, le couple de métayers qui nous recevait, d’origine italienne, était libertaire ; Chauvet les connaissait ayant milité avec eux avant guerre. En arrivant, nous eûmes droit chacun à trois au quatre pommes de terre bouillies, ce qui était déjà un régal à cette époque de plein rationnement et aussi parce que nous n’avions pas mangé depuis la veille 16 heures. La première nuit, nous fûmes répartis entre grange et étable. Le lendemain, nous prenions le maquis au-dessus de la ferme.

J’appris là , au fil des jours, une partie de l’histoire de notre évasion Comme à Chave, il y avait un gardien qui y participait, mais les prémisses valent la peine d’être contés. A Aix, il y avait, détenu de droit commun, un membre d’une famille de gangsters notoires de Marseille (un Guerini, ne semble-t-il qui tenait une boîte, rue Vacon). Il avait été ramassé pour une histoire de recel de bijoux. Ce détenu avait des « droits » inhérents à sa personnalité. Il se promenait librement dans la prison, vêtu richement, exhibant oignon [montre] en or, chaîne et bagouses. Il sortait aussi de prison plusieurs fois par semaine – accompagné par un gardien, il est vrai – pour faire des achats pour l’économat. Il n’oubliait pas de venir faire sa petite ballade quotidienne au quartier politique et bavarder avec les uns et les autres, surtout avec ses compatriotes [Corses ?]. Il raconta à l’un d’eux, Santucci (communiste, membre des F.T.P.). qu’il avait des histoires avec un gardien qui cherchait à lui faire enlever ses passe-droits, mais qu’il avait les manches assez longues et que le bonhomme allait voir ce qu’il allait voir. Plus tard, il lui confia encore qu’il allait faire passer ledit gardien en conseil de discipline. Santucci qui avait, au fur et à mesure, mûri son plan, avertit le gardien en question, lui fit des propositions et, après acceptation, le mit en relation avec la Résistance. Un condamné de droit commun, qui en avait pour vingt ans et était à ce moment-là au cachot, fut mis dans le coup. Le secret bien gardé, l’affaire se déclencha dans la nuit du 24 au 25 avril 1944 Cette nuit là, « notre » gardien était de service. Lors de la ronde qui se faisait à deux, il s’attarda et, en vérifiant verrous et serrure, laissa le verrou du guichet à judas (pisté) ouvert ainsi que celui situé au bas de la porte du détenu au cachot. Ce dernier, muni d’une clé précédemment entrée en fraude, ouvrit sa cellule en passant le bras par le guichet, fit jouer le verrou du haut, vint ouvrir le dortoir de Santucci, puis ce fut le tour des autres, le ligotage des gardiens et le départ.

Le plan avait fonctionné à merveille. Le gardien-chef avait un logement au deuxième étage. Il donna l’alerte à 5 heures du matin m’a-t-on dit. Il était enfermé dans sa prison, nous, nous étions en train de cheminer dans les collines. Ce fut une journée merveilleuse et, chaque fois que je m’y reporte, une pensée reconnaissante va vers les organisateurs de l’évasion.

Notre maquis fut d’attente et sans histoire. Malgré les difficultés, le ravitaillement pour les trente personnes fonctionna au mieux de ce que l’on peut demander en ce cas. Des responsables F.T.P. vinrent nous voir et nous demander si nous désirions faire partie d’un maquis ou nous débrouiller par nos propres moyens. Chauvet et moi avons choisi cette dernière solution et, après trois ou quatre semaines de séjour, nous étions amenés dans une camionnette, munis de faux papiers et de quelques tickets d’alimentations, jusqu’à Meyrargues. C’était le soir ; pas de place à l’hôtel. On y mangea tout de même, puis nous avons couché dans un wagon du petit train qui sillonnait alors la Provence de part et d’autre. Le lendemain, Chauvet partait rejoindre un ami dans le Vaucluse, moi un autre à Lorgues (Var). C’était un camarade du groupe clandestin de Marseille qui devait coller des afficher le soir de mon arrestation. Il me reçut à bras ouverts. Grâce à lui, je fis connaissance d’un chef de service de la mairie de Draguignan, qui me procura des papiers très officiels. Je restai un mois. Ma compagne Julie, qui avait été libérée six mois après notre arrestation, vient me rejoindre. J’avais décidé de partir sur Toulouse.

Pour éviter Marseille, nous voulions emprunter la petite ligne de Provence, par laquelle j’étais arrivé, pour rejoindre Avignon ; mais le maquis la fit sauter la veille. Nous étions prêts ; il fallait vraiment s’en aller ; nous avons donc été prendre le train à la gare des Arcs. Une surprise nous y attendait. D’abord trois jours d’attente, les lignes ayant été bombardées ; puis, le jour de notre départ, sur les quais de la gare, nous aperçûmes les photographes de la brigade du boulevard d’Athènes qui prenaient le même train que nous ! Nous avons attendu qu’ils soient montés pour prendre le wagon le plus éloigné. Nous savions qu’il était impossible de se déplacer en cours de voyage, les trains étant plus que bondés.

Nous étions en fin Juin 1944. Arrivés à Marseille, nous avons été obligés d’y passer la nuit et, la chance nous aidant, nous avons trouvé de la place à l’hôtel Terminus. Le lendemains nous prenions le train pour Toulouse ; il mit dix-sept heures pour faire le trajet.

Là, je repris contact avec mes camarades, Ils n’avaient pas été inquiétés du fait de notre arrestation ; personne, du reste, ne le fût. Je ranimai le groupe clandestin en sommeil et la libération de Toulouse, en août 1944,. nous trouva prêts. Un tract était imprimé et distribué pendant les jours mêmes de départ de l’armée allemande.

Quelques jours après je devenais secrétaire à la propagande des Jeunesses Syndicalistes Révolutionnaires, secrétaire adjoint du syndicat des employés de la Haute-Garonne puis, un peu plus tard, secrétaire national de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA). Ce qui ne m’empêchait pas d’être animateur du groupe anarchiste.

Au mois de mai 1945, je réintégrai Marseille.

En 1948, je fis opposition à mon jugement par contumace d’insoumis et fus à nouveau condamné à cinq ans de prison, mais avec sursis. Le tribunal, malgré sa sévérité m’a-t-on dit, avait tenu compte du dossier que j’avais fourni comprenant dix-huit attestations de personnes qui avaient connu mes activités ou y avaient participé.

J’avais le droit de faire amnistier cette condamnation. J’ai refusé de m’en occuper car il eut fallu que je fasse des démarches qui me déplaisaient.

Elle représente du reste pour moi ce que d’autres accordent à leur Légion d’honneur.

Quoique ayant assez bien prévu que la fin de la guerre ne serait pas le règne de la justice sociale, je pensais à une évolution constante, croyant que les hommes tiendraient compte des leçons de l’histoire. J’étais naïf. J’ai bien peur de ne plus l’être autant. Malgré ce, je ne regrette rien ; plus exactement, je suis content de ce que j’ai fait. À refaire, je recommencerais mais, à l’encontre des autres, je n’oublierais pas certaines leçons (i)


[1] à tel point qu’il a nommé un ministre à cet effet ! on croit rêver ! La cohésion sur décret …

[2] qui au passage se résume par ces mots de Thorez : Produire, produire et encore produire …

[3] C’est un de ses amis, ARRU, qui avait donné à Jean SAULIERE son livret militaire de réformé n°2.Marcel André ARRU était né le 15 février 1909 à Bordeaux Gironde). Chauffeur. Décédé le 22 septembre 1970, à Bordeaux.

[4] Ce groupe libertaire comprenait une dizaine de membres.

[5] Les frères LION, imprimeurs à Toulouse, rue Croix-Baragnon, imprimaient aussi les tracts et périodique du mouvement « Combat  ». La place devant la Halle aux Grains porte aujourd’hui leur nom

[6] La brochure «  Les Coupables  » a été imprimée en 1943 à 1 000 exemplaires environ. Elle porte comme en-tête : Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire.

La revue « La Raison  » (n°1) a été imprimée en juin 1943 à 2000 exemplaires environ. Elle porte en sous titre « Organe de la Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire  ». Le sommaire propose les articles suivants : La raison de « La Raison » ; Cette fois, c’en est fini ! ; La forêt de Katyn ; Histoire : un peu d’histoire de la Révolution espagnole ; Syndicalisme : les leçons du passé.

[7] Vsévolod Mikhaïlovitch Eichenbaum, dit Voline, était né le 11 août 1882 dans le gouvernement de Voronèje (Russie). Décédé le 18 septembre 1945 à Paris.

[8] Militant anarcho-syndicaliste de la CGT-SR de Toulouse

[9] Il n’agit de Jacob GRINDLINGER, né le 18 octobre 1896, en Pologne, et de son épouse Frédérique GRINDLINGER, née le 25 avril 1904, en Pologne. Tous deux de rationalité autrichienne. Sans enfant. Ces personnes avaient été dénoncées à la police par lettre anonyme signalant qu’elles étaient munies de fausses pièces d’identité (Rapport du 7 août 1943 du Commissaire de police de Sûreté Robert MATTEI de la Section des Affaires politiques de la IXe Brigade régionale de la Police de Sûreté. Référence : Archives départementales, Marseille).

[10] « … L’en-tête de l’affiche « MORT AUX VACHES » était surtout fait pour attirer l’oeil du passant. Les « vaches » que nous désignions ainsi étaient les chefs d’état HITLER, MUSSOLINI, FRANCO, STALINE, PETAIN, CHURCHILL, ROOSEVELT, leurs généraux, leurs complices. Ils nous apparaissaient les uns et les autres responsables de la guerre et des horreurs qui en découlaient. En 1977 [date de relecture du manuscrit par ARRU – NDLR] pour moi cette idée s’est affermie. … »

[11] Etienne Charles Simon CHAUVET est né le 21 novembre 1896, à Lyon (Rhône). -Monteur en charpentes métalliques. A participé activement aux colonnes confédérales lros de la Révolution espagnole de 1936. Au cours de notre entretien du 18 avril 1977 à Marseille, Etienne CHAUVET nous a dit grand bien d’André ARRU et nous a précisé ceci « je n’ai pas fait grand chose pendant la guerre mais j’ai été en prison. Je n’aime pas trop que l’on parle de moi dans les livres. ». [Il semble s’être éloigné du mouvement libertaire après la guerre.]

[12] S.T.O. : Service du Travail Obligatoire institué par la loi n° 106 du 16 février 1943.[Les requis devaient partir travailler en Allemagne, pour le bénéfice de la machine de guerre Hitlérienne]

[13] Il s’agit de la Neuvième Brigade mobile, 20 boulevard d’Athènes à Marseille

[14] L’Evêché : Hôtel de police, sis rue del’Evêché

[15] La loi n°3515 du 14 août 1941, instituant les Sections Spéciales, réprimait l’activité communiste ou anarchiste.

Voici le texte de l’article Premier de ladite loi :

« Nous,, Maréchal de France,, chef de l’Etat français ; Le Conseil des Ministres entendu ;

DECRETONS :

ARTICLE PREMIER. – Il est institué auprès de chaque tribunal militaire ou de chaque tribunal maritime une ou plusieurs sections spéciales auxquelles sont déférés les auteurs de toutes infractions pénales, quelles qu’elles soient, commises dans une intention d’activité communiste ou anarchiste.

Dans les parties du territoire où ne siégeraient pas de tribunaux militaires ou maritimes, la compétence des sections spéciales prévues à l’alinéa ci-dessus sera dévolue à une section de la cour d’appel qui statue sans énonciation des motifs en se prononçant seulement sur la culpabilité et la peine. »

[16] La chiourme : les gardiens de prisons

[17] Il s’agit de l’attentat commis par la M.O.I. (Main-d’Oeuvre Immigrée) contre Henri Verdun, président de la Section spéciale de la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

[18] G.M.R. : Groupes mobiles de Réserve, institués par le Gouvernement de Vichy en 1942, après la démobilisation de l’armée de l’armistice et le licenciement d’une partie de la Gendarmerie. Les G.M.R. furent utilisés dans la lutte contre les « terroristes rouges » et les maquisards. Endoctrinés par la Révolution nationale pétainiste, bien entraînés, les G.M.R. furent redoutables. A la Libération, les G.M.R. faits prisonniers par la Résistance, furent promptement libérés par le gouvernement proviroire, soucieux de ne rien perdre des « forces de l’ordre ». Quelques mois après, les G.M.R. furent intégrés dans les C.R.S. (Compagnies Républicaines de Sécurité) par le Ministre del’intérieur, le socialiste Jules MOCH.

[19] René NAVARRE, surveillant, qui devait prendre la fuite avec les évadés.

MORT AUX VACHES ! [AFFICHE, 1943]

Tract / Affiche diffusé en 1943 dans le Sud de la France par les anarchistes internationalistes réunis autour d’André ARRU

Tract / Affiche diffusé en 1943 dans le Sud de la France par les anarchistes internationalistes réunis autour d’André ARRU

MORT AUX VACHES ! [AFFICHE]

PROLETAIRE,

Depuis 3 ans, de l’Est à l’Ouest et du Sud au Nord de notre Globe, tu fais les frais de la bataille déclenchée par tes maîtres aux multiples nuances.

Des milliers de prolétaires de tous les pays crèvent pendant que les hommes de la finance, de la politique et de la guerre, ces gueules de vaches, se congratulent, dissertent, se partagent les bénéfices, se distribuent prébendes et privilèges.

Rappelle-toi, Combattant de la « der des der » : en revenant de là-haut, en 1918, encore souillé du sang de l’infâme boucherie, devant les 10 millions de cadavres, les 20 millions de blessés, les 10 millions d’invalides, 3 millions de disparus, les millions de veuves et d’orphelins, tu avais dit et promis PLUS JAMAIS  !

De nouveau les brutes galonnées ont mis la main sur toi. Dans le monde ouvrier, l’homme n’est plus un homme, c’est un matricule.

JUSQUE A QUAND ?

Jusqu’à ce que les prolétaires du monde entier comprennent qu’ils n’ont QU’UN SEUL ENNEMI : LEURS CHEFS.

Jusqu’à ce que les prolétaires du monde entier fraternisent, s’unissent, et au pas de charge – l’ultime – armés encore des baïonnettes fraîches encore du sang de leurs frères, aillent piquer les culs de tous les histrions bellicistes et gouvernementaux.

Prolétaires, en 1919, en 1936, tu criais : MORT AUX VACHES !

En 1943, ne crie plus : AGIS.

Crève-les TOUTES : qu’elles portent en grelot une croix gammée, une étoile rouge, l’Ordre de la Jarretière, la Croix de Lorraine ou une francisque.

Vive la Liberté ! Vive la Paix !

VIVE LA REVOLUTION SOCIALE !

FEDERATION INTERNATIONALE SYNDICALISTE REVOLUTIONNAIRE.

Rues et lieux de Toulouse : La rue des frères Lion, imprimeurs anarchosyndicalistes et Résistants

Rues et lieux de Toulouse : La rue des frères Lion

Ils ont donné leur nom à une rue du centre ville, mais qui étaient les Frères Lion ? Fils de Jean-Louis Lion, fer de lance du mouvement anarchosyndicaliste toulousain au début du XXe siècle, Henri et Raoul Lion étaient imprimeurs à Toulouse dans les années 1930/1940. Eux-mêmes anarchistes et libre-penseurs, ils imprimaient la presse libertaire dans leurs ateliers (dont le principal se situait dans l’actuelle rue Croix-Baragnon. Une grande plaque y commémore leur souvenir). Lorsque les nazis envahissent la France (juin 1940) et avant même qu’ils n’anéantissent la zone dite « libre », ils deviennent immédiatement les principaux imprimeurs de la Résistance.

Rues et lieux de Toulouse : La rue des frères Lion

Ils ont donné leur nom à une rue du centre ville, mais qui étaient les Frères Lion ? Fils de Jean-Louis Lion, fer de lance du mouvement anarchosyndicaliste toulousain au début du XXe siècle, Henri et Raoul Lion étaient imprimeurs à Toulouse dans les années 1930/1940. Eux-mêmes anarchistes et libre-penseurs, ils imprimaient la presse libertaire dans leurs ateliers (dont le principal se situait dans l’actuelle rue Croix-Baragnon. Une grande plaque y commémore leur souvenir). Lorsque les nazis envahissent la France (juin 1940) et avant même qu’ils n’anéantissent la zone dite « libre », ils deviennent immédiatement les principaux imprimeurs de la Résistance.

Ils éditaient dans la plus grande clandestinité les tracts et journaux du réseau Combat, du groupe Liberté (composé d’anarchosyndicalistes espagnols exilés à Toulouse), du réseau anarchiste autour d’André ARRU et des anarchosyndicalistes du Sud Ouest, mais aussi d’autres réseaux de résistance (dont ceux de Maurice Fonvielle, de Raymond Naves, d’Adolphe Coll). Les frères Lion imprimaient tout aussi clandestinement des fausses cartes d’alimentation pour les combattants des maquis ainsi que des faux papiers pour sauver les personnes persécutées par la Gestapo et la police locale.

Perquisitionnés deux fois par la police qui ne trouve rien dans l’atelier, Henri et sa compagne Amélie sont arrêtés le 4 février 1944 avec tous les travailleurs de l’imprimerie. Raoul est arrêté le 5 février. Un « bon français », un jeune collabo, les avait dénoncés. Emprisonné, torturé, Henri est déporté au camp de concentration de Mauthausen puis assassiné le 21 septembre 1944 par gazage au camp du « Château de Hartheim ». Son frère Raoul avait été assassiné de la même façon neufs jours avant.

extrait de « Un Autre Futur », supplément du journal « Anarchosyndicalisme ! » de la CNT-AIT Toulouse, Septembre 2015

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Toulouse. Les Frères Lion, les imprimeurs de la Résistance pendant l’Occupation

Durant l’Occupation, Henri et Raoul Lion impriment dans leurs ateliers du centre-ville de Toulouse, faux papiers et titres de la presse clandestine.

Publié le 10 Mar 19 à 15:16

L’imprimerie d’Henri Lion, en 1945, rue Croix-Baragnon © Conseil départemental de Haute-Garonne

4 février 1944. Au 23, rue Croix-Baragnon – la rue Saint-Etienne à cette époque – au cœur du quartier Saint-Etienne, immersion dans le Toulouse résistant. Celui d’un quartier encore populaire et grouillant de vie.

À quelques encablures des sièges de la Police et de la Préfecture, les ouvriers de l’imprimerie d’Antonin (couramment appelé Henri) Lion s’affairent comme à leur habitude. Tout en continuant à assurer les commandes officielles, l’atelier est devenu une cheville ouvrière essentielle de l’activité résistante de la région mais aussi d’autres mouvements en particulier marseillais. Depuis 1941, ce maître imprimeur fournit de nombreux documents destinés aux clandestins. De ses presses sortent des faux papiers (cartes d’identité, livrets de famille, certificats…) pour les personnes recherchées par les autorités et des titres de la presse interdite (L’Humanité, Combat, Le Populaire du Sud-Ouest, Libération-Sud, Le Patriote, L’Avant-garde…) et autres publications de la CGT devenues illégales.

La souricière du 4 février

Mais, en ce 4 février, suite à une nouvelle dénonciation, la Gestapo fait irruptiondans les locaux et procède à l’arrestation de la direction et du personnel. Parmi eux, un jeune apprenti conducteur typographe et agent de liaison de 17 ans, Georges Séguy (futur secrétaire général de la CGT de 1967 à 1982). Et d’autres figures résistantes comme Maurice Fonvieille, responsable régional des maquis du mouvement Libérer et Fédérer.

Internés à la prison Saint-Michel

Henri Lion ©Bulletin municipal, numéro spécial d’octobre 1944 : Archives municpales de Toulouse

Pendant trois jours, l’entreprise est transformée en souricière. Quiconque se présente à l’atelier est immédiatement appréhendé. Au même moment, une autre rafle a lieu à 200 mètres du Capitole, rue Romiguières, où les gestapistes investissent l’imprimerie du frère d’Henri, Raoul. Les prévenus sont internés à la prison Saint-Michel puis transférés à Compiègne avant d’être déportés en camp de concentration (les hommes en Autriche à Mauthausen, les femmes à Ravensbrück, au nord de Berlin). À l’automne, Henri meurt gazé à Hartheim tandis que Raoul décède au camp annexe d’Ebensee.

L’étau se resserre

À Toulouse, l’étau se resserre rapidement sur les forces résistantes. Après trois semaines d’enquête, la police allemande remonte jusqu’à Raymond Naves, responsable du Comité d’Action Socialiste (CAS) clandestin puis coordinateur des mouvements dans la région depuis la mort de François Verdier, qu’elle arrête le 24 février, de même que Sylvain Dauriac, chef local du réseau d’évasion Brutus.

Des artisans anarchistes

Libertaires et antifascistes, l’engagement politique des frères Lion est connu de tous. Comme leur père, Jean-Louis, lui-même imprimeur et fer de lance du mouvement anarcho-syndicaliste, Henri et Raoul publient dans l’entre-deux-guerres de nombreux tracts et revues de ce courant. Proches du réseau Ponzan (du nom de Francisco Ponzon Vidal, un militant anarchiste espagnol, réfugié en France suite à la Retirada), ils publient en mai 1940 un manifeste de l’Alliance Démocratique Espagnole (ADE) qui appelle à la neutralité de l’Espagne dans le conflit. Entièrement voués à toutes les formes de résistance, ils travaillent de concert aussi bien pour les réseaux de renseignement que pour l’Aumônerie générale des camps d’internement, dirigé par l’abbé Alphonse Lagarde, avec l’assentiment de l’archevêque Saliège, en produisant de faux certificats de baptême pour les enfants juifs, cachés dans des couvents et autres temples protestants. En somme, un véritable œcuménisme de la Résistance, garant de l’esprit de sacrifice et de fraternité.

Mathieu Arnal

LES COUPABLES [1943]

Cette brochure, imprimée en 1943 par les Frères Lyon, imprimeurs à Toulouse, fut rédigée par André Arru et révisée par Voline ; nous ne publions pas ici l’additif intitulé « Explication résumée d’organisation sociale à base fédérale, syndicale, communale » dont Pierre Besnard était l’auteur [1]. Dans la mesure du possible, la présentation d’origine a été respectée.

Cette brochure, imprimée en 1943 par les Frères Lyon, imprimeurs à Toulouse, fut rédigée par André Arru et révisée par Voline ; nous ne publions pas ici l’additif intitulé « Explication résumée d’organisation sociale à base fédérale, syndicale, communale » dont Pierre Besnard était l’auteur [1]. Dans la mesure du possible, la présentation d’origine a été respectée.

Les Coupables

[|Avertissement|]

Cette brochure n’est pas une collection de fleurs de rhétorique ni même d’accord grammaticaux irréprochables. Nous le savons et ne nous en excusons pas ; car nous avons cherché à donner, non pas un divertissement littéraire, mais matière à réflexion sur l’organisation sociale. La beauté du style a, pour les mêmes raisons, cédé la place à la clarté : on y trouvera donc des répétitions voulues d’idées et de mots. Nous avons cherché, simplement, à bien nous expliquer, à bien nous faire comprendre.

Dans ce petit opuscule, beaucoup de questions sont agitées ; plusieurs sont traitées en une phrase ; quelques exemples sont donnés globalement ; certaines affirmations sont faites sans précision. Nous ne pouvions traiter à fond, dans l’exiguïté d’un aussi petit format, un sujet aussi formidablement vaste. Nous pensons que ceux qui nous liront, complèteront notre travail en allant chercher, quand ils auront des doutes sur nos dires, les documents nécessaires. Il faut que chacun fasse ce travail pour acquérir une certitude personnelle et se rendre vraiment compte de l’intérêt humain de notre lutte. Nous sommes les seuls à ne pas vouloir convaincre par persuasion seule : nous voulons que chacun se fasse une opinion lui-même, par l’étude exacte des faits, et qu’il cherche la solution raisonnable. Nous sommes les seuls à ne pas nous proposer en guides, en supériorités, en chefs. Nous savons que tout le monde fait partie de l’élite à un moment de sa vie, et que tout le monde se ravale au dernier rang de l’humain à d’autres moments de l’existence. Qui n’a pas ses heures d’héroïsme ? Qui n’a pas ses heures de lâcheté ? Qui n’a pas ses heures de raison lucide ? Qui n’a pas ses heures de folie ou d’inconscience ?

Nous luttons donc sans aucun parti pris, sous aucune bannière.

Nous luttons parce que nous trouvons stupide que le genre humain vive si mal quand il pourrait vivre presque idéalement. Nous luttons aussi parce que nous avons découvert des faits qui nous permettent de conclure, avec une certitude d’expérimentateurs absolument désintéressés, aux mensonges des conducteurs de peuple, à leurs vilenies, à leurs hypocrisies. Nous luttons enfin parce que nous avons compris qu’au-dessus des hommes la routine régnait et les tuait. Le Pouvoir, c’est la forme coupable d’incohérence.

Le Pouvoir, c’est : la « politique », l’armée, la police, la magistrature, le fisc, toutes fonctions dévoratrices, exercées par des fonctionnaires dévorateurs, tous non producteurs, évadés de la production ou n’y ayant jamais appartenu, mais tous prétendant à l’organiser et à la diriger. Dans presque tous les cas, le producteur véritable : ouvrier, paysan, savant, etc., est écarté de l’organisation ou y remplit un rôle de troisième plan.

Le pouvoir étant une idée fausse, ceux qui s’en servent, ceux qui en usent, ne peuvent être qu’à la hauteur de l’idée qu’ils défendent.

[|CHAPITRE PREMIER|]

[|Premier Raisonnement|]

Le Monde est à feu et à sang.

C’est criminel et c’est une imbécillité.

De cet état de choses il y a des responsables, des coupables, beaucoup de coupables : ce sont tous ceux qui ont retardé, par leur bas égoïsme, le progrès social ; tous ceux qui ont obligé les hommes à être en état perpétuel de guerre ; tous ceux qui, par inconscience, par entêtement ou par intérêt, ont divisé le peuple ; tous ceux, enfin, qui ont combattu, de face ou de dos, les rébellions et les révolutions sociales ; tous ceux qui, « chefs » reconnus, respectés, ont menti, trompé, trahi leurs troupes.

Mais, avant les hommes, il y a les systèmes, c’est-à-dire l’organisation sociale (celle-ci fait comprendre, mais non pardonner ceux-là). Le coupable initial de la situation où les peuples se trouvent aujourd’hui : du système fasciste au communisme, en passant par tous les systèmes politiques, c’est la Forme. C’est la Forme qui permet à une minorité d’individus de gouverner une Enormité d’autres hommes. C’est la Forme qui fait d’une classe de non producteurs les dirigeants de la production. C’est elle, encore, qui fait que le régime se rattachant à un bord ou à un autre (noir, blanc ou rouge) conserve exactement les mêmes institutions, le même mécanisme : « gouvernement central » avec fonctionnarisme rongeur, Armée, Police, Magistrature, ce qui veut dire : ordres mal conçus et contradictoires, paperasserie inutile, forces destructives, mesures arbitraires, justice partiale.

C’est la Forme qui fait que tous les gouvernements de toutes les nations hurlent à la Paix mais préparent la Guerre.

C’est la Forme qui fait que tous les gouvernants jurent de supprimer dans leurs pays respectifs le paupérisme, mais ne font que changer les privilèges de mains.

En toute logique il en résulte que, dans le cataclysme que nous subissons, il ne peut y avoir de nations préférées, pas de gouvernements préférés. Il y a des coupables et des victimes.
Coupables : les Formes et les Hommes qui créent et commandent la guerre.

Victimes : tous les gouvernés qui font (contre leur gré) la guerre.

Coupables : tous les gouvernants qui font la loi.

Victimes : tous ceux qui la subissent.

Non, nous ne souhaitons pas la victoire d’un pays sur un autre pays. La prise par un peuple du territoire, fumant de ruines et puant le cadavre, d’un autre peuple, ne représente à nos yeux qu’une double défaite : mort et destruction.

Notre préférence et notre aide ne peuvent aller qu’aux peuples qui brisant les chaînes du passé, brisant la Forme et ses souteneurs, se décideront enfin à vivre suivant les conseils de leurs expériences et de leur Raison.

Pas un homme, dit civilisé, n’approuve l’exploitation de l’homme par l’homme. La raison de chacun crie à l’injustice à la vue de la misère des uns et de la richesse des autres.
Pourquoi alors, l’homme dit civilisé, est entraîné à faire les guerres les plus meurtrières, les plus destructrices, les plus longues, qui n’ont plus, aujourd’hui, comme limites que celles du monde lui-même, au moment précis où son intelligence en sent l’absolue absurdité ?

Pourquoi l’homme dit civilisé, exploite-t-il plus durement son semblable, au moment où sa conscience le lui interdit le plus formellement ?

Pourquoi notre Raison à tous dit que nous vivons follement, que nos gouvernants – tous nos gouvernants – furent et sont cruels et sots ? Pourquoi continuons-nous dans le chemin de l’erreur et de la folie, quand nous reconnaissons nos erreurs et nos folies ?

Combien de centaines, de milliers, de millions d’hommes se posent journellement ces « Pourquoi » ! Combien cherchent une solution ?

Combien d’hommes généreux ont donné tout : travail, famille, santé, liberté, vie, pour faire sortir l’humanité de cette ornière !

Combien de merveilleuses idées sont sorties de ces cerveaux fraternels, porteurs de germes de Liberté, de Justice, de Vérité, de Progrès ! Combien de ces idées ont même envahi le monde !

Et, jusqu’à nos jours, tous ces élans, tous ces efforts restèrent vains. Les meilleures idées furent tronquées par des fripouilles qui s’en étaient emparées.André Arru, lecture dans la cour de l’atelier 1941 ou 42

A qui la faute ?

A tous ceux, parmi tant d’autres, qui ont voulu appliquer des Idées Neuves, dans des temps nouveaux, avec des vieilles méthodes, déjà révélées fausses aux temps anciens.
Chaque révolution a enlevé le Pouvoir de quelques mains pour le remettre aussitôt entre d’autres, oubliant que le Pouvoir est corrupteur en soi-même, qu’il fait d’un révolutionnaire, d’abord : un fonctionnaire, ensuite un réactionnaire.

Oubliant qu’il n’est pas possible qu’un ou plusieurs hommes dirigent, organisent, assurent, dans les moindres détails, la vie de millions d’individus ; oubliant qu’un homme au pouvoir perd toute notion de la vie sociale, car pour gouverner, il faut quitter l’usine, le champ, le laboratoire ou n’y avoir jamais mis les pieds ; oubliant que la Justice, la Vérité, ne sont pas des Dogmes, mais des choses variables suivant les lieux, les temps, les circonstances ; qu’imposées elles deviennent Injustice et Erreur.

C’est pourquoi, nous voyons que ceux qui font les lois, les rendent plus mauvaises encore en les appliquant, et ne se gênent pas de les contourner.

Ils sont légion, les grands coupables dans nos sociétés modernes !

Nous avons, d’abord, les Profiteurs : forbans d’industrie ou de finance, qui, sans pitié, sans conscience, sans humanité, exploitent à mort ou font massacrer entre eux leurs semblables pour augmenter leurs bénéfices.

Viennent ensuite leurs valets : les Politiciens.

Impossible de dresser la liste de tous les parjures, caméléons, renégats, arrivistes, etc. Il y en a trop.

Alors, direz-vous, plus d’idées directrices, plus d’hommes directeurs ? Qui ou quoi va diriger le monde ?

C’est à cette question précisément, que notre brochure va répondre.

Des mots, dites-vous ? Non, des idées pratiques. Une organisation rationnelle, basée sur la liberté de chacun, respectant celle de tous, fondée sur la fraternité effective, sur la vérité expérimentale, sur la Justice sociale s’exerçant par la raison populaire.

C’est la disparition à jamais des régimes d’oppression, d’ignorance, d’inconscience, dans lesquels nous vivons.

C’est l’organisation nouvelle, hors de tous cadres passés ; elle ouvre la porte :

A la Raison, à l’ Intelligence, au Travail, à la Paix totale et indéfinie.

[|CHAPITRE II|]

[|Les Forbans d’industrie|]
[|Ou un peu d’histoire économique|]

C’est vers le milieu du XIXème siècle que l’industrie, s’aidant de la finance, prit un essor particulier et se mit à exploiter, avec conviction, âpreté et continuité, tout ce qui pouvait donner matière à bénéfice. On nomma ces exploiteurs féroces : capitaines d’industrie.

Le succès aidant, les capitaines d’industrie comprirent vite l’intérêt qu’ils auraient à s’associer ; par ce moyen ils augmentaient leur champ d’action, ils devenaient une force vitale régionale, nationale, et qui sait, disaient-ils, la chance aidant, peut-être mondiale. Ils pouvaient espérer imposer leur volonté aux États. C’étaient les nouveaux seigneurs.

Par la suite, pour augmenter leur puissance, ils raflèrent l’argent des petits possédants et se cachèrent sous l’anonymat.

Déjà ils commandaient dans les cadres de leurs nations respectives. Ce n’était pas suffisant. Par d’habiles manœuvres, ils firent associer des sociétés hier concurrentes, sans tenir compte des frontières. Ce genre d’association prit le nom de Trust. Ils permettaient d’accaparer un ou plusieurs produits sur une échelle internationale, d’en priver ou d’en inonder le marché, d’imposer aux gouvernements (de quelques couleurs qu’ils soient) leur volonté : par la menace du lock-out, par des coups de Bourse etc.

C’est ainsi que les industries les plus importantes : mines, pétroles, potasses, métallurgie, produits chimiques, transports, etc., se transformèrent en trusts. Nombre de petits industriels durent céder leurs affaires purement et simplement ; d’autres s’intégrèrent dans les nouveaux cadres, d’autres encore, les irréductibles, succombèrent peu à peu.

Les banques, moyens de transactions, coffres dans lesquels la main de l’État puise sans arrêt, passèrent à la merci des trusts puisque c’étaient eux qui les alimentaient. En apparence elles conservèrent leur autonomie, mais en fait, vivant des trusts elles obéissaient aux trusts.

Tout allait donc très bien du côté de l’exploitation industrielle : la finance et l’industrie, bien liées, bien soudées, avaient conquis sans grande lutte la direction économique du monde civilisé.

Mais à toute rose il y a des épines. Les capitaines d’industrie, dans l’orgueil de leur puissance, dans la sûreté de leur force, opprimaient sans la moindre humanité, avec un sordide et féroce égoïsme, les peuples sous leurs coupes. Il advint :

1° que le prolétariat, ne voulant pas se laisser compresser au gré des nouveaux maîtres, s’organisa et se rebella ;

2° que l’intérêt des gouvernants ne s’identifia pas toujours avec celui des trusts ;

3° qu’enfin l’idée d’exploitation des territoires vierges d’industries avait germé. La ruée fut désordonnée. Les trusts s’y trouvèrent en concurrence et, bientôt, en lutte.

De là, les campagnes de presse contradictoires, les financements des révoltes par les trusts ennemis, les achats des consciences surtout dans le monde politique, dans l’armée et chez les hauts fonctionnaires ; de là, coups de bourses, agiotages, faillites, Krachs, crises, etc. ; de là, enfin, les guerres modernes. C’était la guerre des trusts qui commençait… Elle dure encore !…

Le prolétariat mondial, lui, n’y comprenait pas grand’chose. La presse, qui constituait le grand moyen de diffusion était toute dans les mains des Trusts. Chacun d’eux avait ses hommes dans les gouvernements et était à l’affût pour acheter par tous les moyens, ceux qui prenaient de l’importance. Par d’infâmes campagnes, on éliminait les hommes qui ne voulaient pas se plier : on les étouffait, on les salissait ou encore, avec la complicité des hommes d’État et des Magistrats, on les faisait tomber sous le coup de la loi. Par contre, ceux qui courbaient la tête, recevaient la pâtée, les honneurs. Dans les nations à système électif, on faisait campagne pour ces plats valets ; les autres, laissés à leurs propres moyens, étaient inconnus du peuple qui envoyait au pouvoir ceux qui lui étaient présentés et s’étonnaient de voir ces derniers changer brusquement de veste. Et lorsque, pour une raison ou pour une autre, quelques gouvernants avaient tendance à résister sur une question, le lock-out, des machinations de Bourse, des campagnes de presse, permettaient de s’en débarrasser. Souvent, on y ajoutait les maîtres chanteurs. On ne dédaignait pas un mélange savant de vérités et de calomnies.

C’est avec ces méthodes et avec ces complicités que les trusts « civilisèrent » toutes les régions neuves, non exploitées et riches en toutes sortes de matériaux : minéral, végétal, animal, y compris humain.

C’est à cette époque (indéfinissable exactement) que commencent les plus graves méfaits de ces quelques magnats de la finance et de l’industrie qui mènent le monde. En Afrique, aux Amériques, en Orient, loin des témoins gênants, on exploita, sans gêne et avec profit. On tailla autant dans la chair humaine que dans l’arbre à caoutchouc.

Nous ne pouvons retracer tous les crimes, toute la barbarie, tous les vols, viols, rapts, pillages, tortures, assassinats , massacres perpétrés par cette soi-disant « pénétration civilisatrice » : il existe pour ceux qui veulent se documenter toute un littérature bourrée de noms, de dates et de faits [2].

Le résultat de ces exploits fut merveilleux pour les trusts. Tout était bénéfice. Dans les métropoles, il fallait fabriquer pour la conquête ; puis pour l’équipement des territoires conquis. Les banques prêtaient à intérêt à l’État, qui payait les troupes, les fonctionnaires, l’entretien des armées, etc. Dans les territoires conquis les trusts se faisaient concéder par l’État les terres appartenant à l’indigène puis revendaient au prix fort à l’État ces même terrains pour y cantonner les troupes, y tracer les villes, etc., etc… Ils fondaient de nouvelles filiales, se faisaient subventionner et alléger d’impôts, volaient à l’indigène ses produits et le courbaient sous un esclavage inhumain. Des banques « coloniales », succursales des banques métropolitaines prêteuses, émettaient des emprunts au compte de l’État et moyennant pourcentage… Tant et si bien que « capitaine d’industrie » devint un titre dérisoire. Les « capitaines » étaient de sacrés « forbans ».

Les guerres coloniales ayant démontré aux forbans d’industrie que les conflits rapportaient et qu’on avait gouvernants et peuples en mains, le chemin était pris : en partie à cause des intérêts qui opposaient les forbans les uns aux autres, en partie par le jeu des circonstances et des hommes, l’humanité se trouva engagée dans des guerres qui, aujourd’hui, menacent son existence entière.

Toujours par les moyens que nous connaissons : campagnes de presse, coups de Bourse, achat des consciences, exploitation de la crédulité et de la naïveté publiques, direction politique des nations par la mise en place d’hommes à eux dans les gouvernements, les trusts font armer, surarmer les nations voisines.
Composés et liés internationalement, ils fournissent leurs produits à toutes les nations, sans souci du drapeau qu’elles arborent.

Pour augmenter les commandes, des campagnes chauvines sont faites, des incidents sont créés et, de fil en aiguille, d’étincelle en étincelle, le feu prend une ampleur extraordinaire.

On eut d’abord, dans l’ère des grandes guerres capitalistes, celle de 1870-1871, qui donna aux trusts austro-allemands, légèrement appuyés par les trusts anglais, une supériorité incontestable dans les affaires d’Europe, d’Afrique, d’Asie, désorganisant les jeunes trusts français.

La guerre russo-japonaise permit aux trusts européens et américains une mainmise sur le Japon et la Russie et leur donna les mains libres en Chine.

Entre temps, on se faisait la main dans les Balkans et on continuait le petit jeu colonial qui ne rapportait plus suffisamment mais qui servait d’appoint. Les intérêts des trusts s’étendaient de plus en plus. Les territoires sur lesquels ils pratiquaient leurs mauvais coups étant limités, ce fut bientôt la concurrence de trusts à trusts ou, plutôt, la lutte blocs contre blocs.

La guerre représentant toujours un bénéfice immédiat pour tous les capitalistes participants (neutres, vainqueurs et même dans une certaine mesure, vaincus) et l’expansion pour les blocs vainqueurs ou neutres, c’est-à-dire de nouveaux bénéfices, on arriva gentiment à la conception d’une guerre d’États contre États ou plutôt d’un groupe industriel financier (anglo-français, soutenu par le neutre U.S.A.), qui défendait ses positions acquises dans le monde et cherchait à augmenter son influence, particulièrement du côté russe et balkanique, contre un autre (austro-allemand), qui voulait conserver son influence dans les Balkans, manger le gâteau russe et pénétrer, par cette porte, en Orient.

Les timides coups de tête du prolétariat, ses revendications étêtées par les vendus de la politique, finirent par décider les hésitants. De là, naquit la guerre mondiale de 1914-1918.

Les bénéfices furent considérables. Malgré cela la guerre ne donna pas tous les résultats escomptés. Le bloc financier vaincu fut trop défait, le vainqueur alourdi de sa victoire.

Le bloc austro-allemand, vaincu financièrement, se trouva totalement désorganisé, tant et si bien qu’il fut dans l’obligation de demander grâce et secours à son adversaire, qui s’empressa de lui porter aide moyennant garanties qui aggravèrent sa défaite.

Le bloc vainqueur chancelait sous le poids de sa victoire incomplète : 1° parce que le gâteau russe échappait à tout le monde et, malgré plusieurs tentatives, ne se décidait pas à se laisser manger ; 2° parce que le neutre devenu allié (USA) s’adjugeait une part trop grosse d’influence dans tout le domaine du bloc anglo-français ; 3° parce qu’enfin il fallut tour à tour mater les peuples : allemand, hongrois, italien, autrichien. Cela ne rapporte pas, au contraire : de tous temps, le capitalisme y a laissé des plumes.

Pour cette dernière raison les trusts furent obligés de compter davantage avec les éléments politiques. Devant les difficultés sociales, les blocs vaincus et vainqueurs s’allièrent de nouveau et créèrent des « conditions politiques nouvelles ». En attendant, les ouvriers se battaient entre eux. Cependant, au milieu de toute cette agitation, une lueur d’espoir naquit chez le prolétariat mondial : « la Révolution espagnole ».

Dangereuse pour le monde capitaliste, dangereuse pour le monde politique, parce qu’issue d’un mouvement populaire absolument sain et indépendant, ce mouvement mit vite d’accord financiers, industriels et politiciens : il fallait l’assassiner et, pour éteindre définitivement sa traînée lumineuse, fixer l’attention publique sur une nouvelle guerre mondiale.

Bientôt, les blocs financiers ennemis de 1914 – les mêmes exactement – se trouvèrent de nouveau en présence : l’un (austro-allemand), fidèle à la forme politique qui l’a sauvé, qui l’a fait vivre ; l’autre (anglo-français), divisé, car une partie de la finance française, lassée d’être à la remorque de la politique de la City, cherchait une alliance financière continentale où elle serait plus libre ; enfin le neutre (USA) restait dans l’expectative, attendant les événements pour prendre des décisions suivant ses intérêts.

A cela, il faut ajouter un élément politique nouveau, paraissant détaché de toute influence financière et industrielle privée : le gouvernement russe qui, jusqu’à cette date, avait paru se mettre à l’écart de tout conflit mondial, mais qui paraissait prêt à vouloir jouer son jeu dans le nouveau cataclysme. Effectivement les gouvernants russes flirteront avec les blocs en opposition et aideront dans une large part au déclenchement de la guerre.

Les jeux sont faits. L’aventure apparaît bougrement dangereuse pour tout le monde, mais « disparaître pour disparaître », disent nos forbans d’industrie, tentons notre chance.

1938 : Ballon d’essai. On étudie les réactions populaires.

1939 : La Guerre. Le capitalisme se sauvera ou mourra. L’humanité sera ce qu’elle voudra bien devenir.

De cet exposé rapide, nous dégageons le jugement suivant :

Coupable, d’abord, le Système social dans son cercle vicieux (ses formes actuelles, politiques, économiques et sociales).

Ensuite, ceux dont nous venons de résumer l’histoire : les forbans d’industrie. Coupables ils sont d’imposer au monde leur volonté bassement égoïste, sanguinaire, crapuleuse et sadique. Coupables ils sont de ne pas avoir même l’excuse de la jouissance de leurs crimes. Coupables ils sont, ces quelques milliers d’individus, d’imposer à deux milliards d’autres hommes :

1° la misère, quand le monde entier pourrait connaître l’abondance ;

2° l’assassinat, quand le monde entier aime la paix ;

3° les ruines et la destruction, quand le monde entier veut construire.

Coupables, parce qu’ils pourraient devenir l’élite dans le mieux, et qu’ils sont l’élite dans le pire.

Nous crions ici ce que tout le monde chuchote ; nous disons bien tout le monde, même eux.

Nous ne faisons que répéter ce que des milliers de personnes de toutes les classes sociales, même de la leur, et de toutes les langues, ont dénoncé à maintes reprises, avec force détails, par la plume et par la parole.

Marchandages, tripotages, saletés, vilenies, rapacité, ladrerie, canailleries, vols, viols, assassinats, crimes en tout genre, misère, ruines, famines, épidémies, injustices, inconscience, insensibilité, folie, sont les seuls moyens que les Forbans d’industrie ont trouvé pour diriger le monde.

[|CHAPITRE III|]

[|Politiques et politiciens|]
[|Ou un peu d’histoire politique|]

La politique ou science de gouverner est, certainement, presque aussi vieille que l’apparition de l’homme sur la terre, mais elle n’est doctrinalement connue que depuis le Platonisme.

Si, théoriquement, la politique idéalise, dans toutes ses tendances, les penchants sociaux humains, pratiquement elle a fait faillite complète tout au long de son histoire ; faillite qu’on peut dire aujourd’hui catastrophique, car elle n’a enrayé aucun des maux à qui un attroupement humain peut donner naissance, mais, au contraire, par ses défauts pratiques, elle a augmenté et amplifié les qualités défectueuses qui se firent jour chez l’homme vivant en société. 1° la Paix dans les rapports de groupes sociaux à groupes sociaux (actuellement nations) ;

2° la Justice, le mieux-être, dans les rapports d’individus à individus et pour tous les individus.

Sans discuter, pied à pied, chacune des tendances politiques qui ont dirigé le monde, on constate, en consultant l’ Histoire, que depuis Platon (l’inventeur doctrinal de la politique), les guerres n’ont fait qu’augmenter d’intensité jusqu’à présenter des signes de catastrophe planétaire. La « Justice » et le « mieux-être » furent toujours favorables aux puissants avant Platon. La doctrine de ce dernier et les théories qui suivirent n’ont rien changé à cet état de choses. Bien au contraire, elles ont permis, sous le manteau politique, de pratiquer, sur une balance toujours plus fausse, une justice toujours plus partisane, et d’ajouter des faveurs aux privilèges, sur le dos et au compte des misérables.

Il y avait cinq cents ans que Platon avait construit théoriquement sa « République » lorsqu’un philosophe, héritier d’un trône, prétendit la pratiquer : on l’appelait Marc-Aurèle.

Marc-Aurèle avait, dans ses écrits philosophiques, condamné intégralement la guerre. Pour lui, comme pour les philosophes chinois, brigand et guerrier étaient deux termes synonymes. Son règne dura soixante ans. Et il fit guerroyer son peuple durant soixante ans contre les Sarmates et les Germains ! Philosophe, il s’était fait apologiste de la liberté de pensée et de parole ; c’était un admirateur des sages et des cyniques. Empereur, il persécuta les chrétiens par milliers.

Mille six cents ans plus tard, le futur Frédéric II écrivait l’Anti-Machiavel, oeuvre de haute portée sociale, réfutation de la duplicité en politique. Mais lorsque, lâchant la philosophie il prit possession du trône, son règne ne fut que cynisme, duplicité, manque de scrupules. Ce n’était plus « l’Anti-Machiavel », mais la copie exacte du Prince de Machiavel.

Quand Frédéric s’occupait de philosophie, il écrivait : « Si nos soldats commençaient à penser, aucun d’eux ne resterait dans les rangs. » Mais quand il s’occupa de régner, il fit faire les plus grandes guerres de l’époque à son peuple, et cela pendant toute la durée où il s’assit sur l’auguste siège.

Voilà deux exemples typiques, qui nous démontrent la force corruptrice de « l’ Autorité ».

A mille six cents ans d’intervalle, deux cerveaux, des plus intelligents, des plus profonds, dont les pensées claires révèlent au monde des vérités identiques : contre la guerre, contre les tyrans, parvenus au pouvoir – et ceci sans effort, sans intrigue, donc sans accoutumance – deviennent immédiatement fauteurs de guerre et tyrans absolus.

Après cela, nous n’avons plus le droit de nous étonner que nos politiciens contemporains, êtres simples, artificiels, dirigés par l’envie, intrigant pour un croûton de pain ou pour un bout de ruban, deviennent de catastrophiques gouvernants !

C’est avec l’idée de la « République » de Platon que les bourgeois de 1788 ont fait 1789. Mais c’est dans le genre de Marc-Aurèle qu’ils l’ont mise en pratique. Idéalisée pendant près d’un siècle par des philosophes, la République représenta toute l’espérance d’un peuple. Mise en application, elle se traîna lamentablement durant quatre ans, au milieu des pires excès (excès qui ne venaient pas du peuple, comme certains historiens se complaisent à nous le raconter, mais bien des intrigues de ceux qui se disputaient la direction de la barque), des écoeurants tripatouillages, pour, en définitive, échouer dans la main de nouveaux tyrans.

Au nom de Liberté, Egalité, Fraternité, la bourgeoisie, jointe au peuple, fit sa révolution. C’était magnifique ! Hélas, c’est aussi au nom de la Liberté que les politiciens de la Grande Révolution se sont jetés mutuellement en prison et ont finalement mis le peuple sous le joug du Directoire. C’est au nom de la Fraternité que les Girondins, Jacobins, Montagnards, se sont guillotinés à qui mieux mieux, pour un oui ou pour un nom, et cela pendant trois ans. C’est au nom de l’Egalité que philosophes et politiques firent renverser la royauté pour installer presque aussitôt le Directoire et s’aplatir devant Napoléon et la nouvelle noblesse.

C’est pourtant de cette Révolution Française, qui n’a rien tenu de ses promesses, que naquit chez tous les peuples l’espérance dans des jours meilleurs. Aujourd’hui encore des millions d’individus cherchent dans cette trompeuse lueur du passé des raisons d’espérer dans l’avenir.

Nous vous crions : détrompez-vous !

Etudiez l’histoire. La Révolution Française, comme toutes les Révolutions faites jusqu’à nos jours, fut une duperie. Elle fut pendant quatre ans un chaos, ensuite elle devint un Empire et resta Empire, même après la disparition de l’Empereur ; et cela, non par manque d’enthousiasme à son début, ni par manque de bonne volonté, bien au contraire. Rappelons-nous la devise flamboyante : Liberté, Egalité, Fraternité. C’était à l’origine tout un programme qui se perdit dans les gribouillages, ratures, surcharges et refontes constitutionnelles.

L’erreur de la République de l’An I ce fut sa Loi. On n’impose pas la liberté, on la délivre. On n’impose pas l’égalité, on supprime les causes d’inégalité. On n’impose pas la fraternité, on partage son bien. Malgré cela on comprend que la République de France n° 1 peut avoir donné aux uns l’espérance, laissé à d’autres du regret : elle fut une expérience tragique, mais reste une expérience qui compte, parce qu’elle nous démontre l’Erreur et par cela, certains moyens de l’éviter de nouveau.

Nous tombons directement dans le tragi-comique lorsque nous abordons la IIIème République. Comique par beaucoup de côtés paradoxaux et, en premier lieu, parce que le responsable n°1 de cette République n°3 fut un monarchiste convaincu : Foutriquet, autrement dit Thiers. Sous de tels auspices que pouvait-on espérer ? La situation tourna rapidement au tragique. Ce foutriquet, avec l’aide de Gallifet, commença par égorger cinquante mille vrais républicains – de la Sociale.

En 1840 ce Foutriquet avait écrit : « C’est calomnier un gouvernement quel qu’il soit de supposer qu’il puisse un jour chercher à se maintenir en bombardant sa capitale ». En 1871 il bombarda « sa capitale » pendant deux mois. Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître.

Mais, si un Thiers fut en tous points coupable de canaillerie ; si, domestique bassement fidèle des puissances d’argent, il assura pour leur compte la plus odieuse des polices, il faut reconnaître qu’il ne trompait personne. Tout le monde savait que Thiers était l’homme de la finance, imposé par la finance.

Par la suite, ils furent nombreux, les imitateurs du Foutriquet, dans la IIIème République : Gambetta, Poincaré, Loucheur, Deschanel, Doumer, Doumergue, etc… Ceux là, ce sont les plus connus, ceux dont les noms resteront gravés dans l’Histoire en marques indélébiles ; tous, valets avoués et payés par la haute finance.

Mais plus redoutables et plus coupables sont ceux qui se sont ornés d’une auréole, grâce à une éloquence et une érudition qui leur permettaient de faire résonner l’espérance aux oreilles du Peuple, Jésus-Christs modernes, ils crucifièrent le peuple au lieu de se laisser crucifier.

Dans l’histoire politique du monde, ils se chiffrent par milliers, tous ceux qui ont accédé au pouvoir par les chemins sentimentaux qui mènent au coeur des peuples et en même temps, hélas, à la trahison de ces derniers.

Consultez le passé. Nous allons citer quelques exemples pris entre mille et mille. Vous, qui croyez encore à la bonne foi de certains gouvernants, ou futurs gouvernants, faites comme nous : plongez dans le passé de l’individu en question, recherchez ses écrits et ses actes passés, confrontez-les avec ses écrits et ses actes présents, et concluez, sans méchanceté, mais avec sincérité. D’avance nous vous prévenons : chez tous, chez tous sans exception, qui ont été au pouvoir ou qui se sont approchés du pouvoir, vous trouverez les mêmes mensonges, les mêmes trahisons, la même façon (brutale ou graduée) de virer de bord et de combattre aujourd’hui ce qu’ils préconisaient hier.

Briand qui, à force d’hypocrisie, s’est fait appeler le « pèlerin de la paix », écrivait le 21 juin 1901, dans La Lanterne : « Il n’est pas un gouvernement, pas un monarque, pas un despote, qui oserait déclarer la guerre, s’il ne comptait pas sur la veulerie du peuple pour favoriser ses projets homicides, si le signal de la guerre devait être celui de la Révolte ». Huit ans plus tard, Président du Conseil, il avait changé d’opinion de manière formelle : « Et si par malheur, disait-il, les événements le voulaient, tous les Français, sans exception, seraient debout, unis fraternellement, oubliant les discordes du passé, les nuances d’opinion, marchant tous pour la défense de la patrie menacée et assurant ainsi le succès de nos armes » (Octobre 1909). Et ceci n’est rien encore : lui, qui connaissait les véritables raisons de la guerre, lui qui en connaissait les vrais coupables, il osa accepter la présidence du Conseil de 1915 à 1917.

Mais le « pèlerin de la paix » ne devait pas se contredire sur ce seul terrain. De 1892 à 1899, apologiste de la révolte et de la grève générale, par la parole et par la plume, il s’était laissé aller dans un discours important jusqu’à dire : « Allez-y (à la bataille révolutionnaire) avec des piques, des sabres, des pistolets, des fusils ; loin de vous désapprouver, je me ferais un devoir, le cas échéant, de prendre place dans vos rangs ». En 1907 il est Ministre de l’Instruction publique ! Justement les instituteurs cherchent à améliorer leur sort. Ils profitent de ce que Briand, le propagandiste de la grève, est au pouvoir, pour faire leur grève, espérant que loin de les désapprouver… « C’est une erreur de jeunesse » dit notre ministre, et il fait mettre incontinent en geôle les meneurs. En 1910 Briand est de nouveau Président du Conseil et Ministre de l’Intérieur. Eclate la fameuse grève des cheminots. Pour la briser, il fait ce que nul ministre réactionnaire n’oserait : il mobilise les cheminots sur place et là aussi les « meneurs » vont faire connaissance avec les cellules.

Toute sa vie Briand conserva l’étiquette de socialiste indépendant (ô combien). Tellement indépendant, ce socialiste, de l’idée qu’il disait représenter, qu’il collabora avec toutes les têtes marquantes réactionnaires du Parlement : Clemenceau, Poincaré, Laval, Tardieu, etc. Le pouvoir avait à tel point transformé cet ex-révolutionnaire qu’il ne conservait plus aucune dignité. Painlevé, en 1913, osa dire publiquement à Briand : « Tant que vous serez au pouvoir, il y aura quelque chose de pourri dans notre nation. Je me refuse à participer à l’apothéose de l’immoralité publique ». En 1925, le Président Painlevé, pour des raisons politiques, fait appel à la collaboration de Briand et, tout naturellement, ce dernier accepte le ministère des affaires étrangères !

Nous n’avons pas pris Briand comme exemple par pur hasard, mais bien parce que parmi les renégats il fut des plus propres. Son nom n’a pas été rencontré dans les carnets de chèques des magnats de la finance. L’ambition de gouverner seule paraît l’avoir rivé aux postes directeurs.

Rejeté du parti socialiste, il ne fut pas un élément de désordre dans le mouvement de la classe ouvrière qui l’avait vomi avant son ascension pleine et entière au pouvoir. Il fut donc moins dangereux dans sa traîtrise que certains chefs de partis dits de gauche, qui, par leur « attitude diplomatique », engagèrent la politique du parti et dénaturèrent l’idée même qui l’avait fait naître. Tel un Blum, président de la Section Française de l’Internationale Ouvrière.

Nous pouvons accuser Blum de trahir l’idée socialiste qu’il disait représenter, parce qu’il disposa en France d’une influence considérable, de l’appui total du prolétariat et des forces militaires et policières de la nation. Avec cela il pouvait permettre à la classe prolétarienne de conquérir sa complète émancipation. Il pouvait aussi, sur le plan international, faire jouer la décision en faveur de la Révolution espagnole. Par son incurie, par sa lâcheté, par ses incompréhensibles reculades, il a permis au fascisme de régner totalement sur l’Europe continentale. Il a une grande responsabilité dans le déchaînement de la guerre dont nous subissons les conséquences.

Déjà, en 1914, il fut partisan de l’Union sacrée. En 1938, après Munich, ses sentiments furent partagés « entre un lâche soulagement et la honte ». Socialiste de l’Internationale ouvrière, comme il disait, devenu maître du Pouvoir en 1937, il laissa au patronat le soin de diriger économiquement le pays. En juin 1936, il s’ingénia à faire cesser les grèves et à faire de l’Etat un arbitre qui, par sa position, jouait généralement contre les revendications ouvrières. Athée, partisan de l’Education rationnelle, il laissa entre les mains des congrégations religieuses l’éducation et l’instruction de plus d’un million d’enfants. Il n’osa même pas toucher à l’école confessionnelle d’Alsace-Lorraine !

Démocrate, socialiste, anti-fasciste, il laissa l’industrie française livrer journellement des millions de tonnes de fer à l’Allemagne hitlérienne.

Nous jugeons inutile d’éplucher davantage le cas Blum. Il suffit déjà, pour un chef de parti socialiste affilié à l’Internationale ouvrière, d’être devenu chef de gouvernement, collaborant avec tous les partis ennemis de la classe ouvrière. N’oublions jamais que ce fut lui qui osa supplier les Flandin, les Reynaud, les de Kérillis, de faire l’Union Sacrée en 1938 ; lui, Blum, qui avait jeté à la face de ces chacals, dans une séance historique, en son nom et au nom de la classe qu’il représentait, le fameux « Je vous hais ! ».

Blum n’est pourtant pas un « vendu » au sens strict du mot. Il n’est pas tombé lui non plus dans la vénalité. Il a même eu le courage, malgré les offres qui lui étaient faites par ailleurs, de rester à la tête de son parti. Ce n’est pas un vulgaire arriviste dans le genre d’un Laval, d’un Doriot, d’un Marquet, d’un Déat et de tant d’autres. Nous pourrions nous demander pourquoi des hommes de telle valeur trahissent au moment même où la gloire les appelle dans un autre sens, si nous ne connaissions pas parfaitement la corruption du Pouvoir. Corruption lente qui agit par grignotage : d’abord, par des concessions faites un peu à tous pour « arriver », pour « ne pas effrayer » : ensuite, pour des raisons « stratégiques », pour trouver des alliances avec les uns ou les autres. Et aussi par l’ isolement de plus en plus grand, au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie du pouvoir.

C’est ainsi que nous voyons des cas contradictoires se produire par ce jeu : des hommes de la Réaction qui appliquent une partie des programmes libéraux. (C’est Poincaré qui applique le premier les impôts sur le revenu. Tardieu mit en fonction la loi sur les assurances sociales. Laval signa le pacte franco-soviétique, etc.)

Blum n’a pas failli à la règle commune : par ses concessions, par ses marchandages, par ses reculades et ses tractations, par sa diplomatie secrète, il s’est rendu coupable d’avoir, non seulement brisé la Révolution naissante de 1936, mais encore d’avoir fourni des armes à la Réaction.

Etudions un autre cas : la politique du gouvernement bolchevique depuis 1918.

La révolution russe, par sa doctrine communiste, apparut aux peuples du monde entier comme l’espérance ultime ; elle devait réaliser ce que 1789 avait proclamé.

Les principes généraux étaient les mêmes, mais approfondis et précisés. Hélas ! Il y eut une contradiction, une seule : la théorie communiste amenait l’homme aux confins de la liberté individuelle ; mais, la pratique politique commençait par la Dictature du Prolétariat. Deux idées qui s’opposent absolument, l’une étant la négation du pouvoir, l’autre l’affirmation absolue d’un pouvoir. Ainsi commencée la Révolution russe devait succomber. Effectivement, après quelques années de chaos, après que les meilleurs éléments qui essayaient de jeter le prolétariat russe dans la voie de la vraie liberté eurent été définitivement éliminés, la Révolution se transforma en Régime. L’ordre, il est vrai, n’était plus le même qu’auparavant, le pouvoir avait changé de mains mais la Forme restait la même. Le nouveau régime conservait les classes sociales qui n’avaient ni les mêmes droits, ni les mêmes devoirs, ni les mêmes intérêts. Le nouveau régime conservait la magistrature, la police, l’armée, bien que son chef suprême eût dit : « Le parti veut une République prolétarienne et paysanne plus démocratique, dans laquelle la police et l’armée permanente seront remplacées par l’armement du peuple. » (Discours de Lénine, 29 avril 1917).

Peu à peu la Russie dite « communiste » créa une des plus formidables armées du monde et une des polices les plus puissantes et arbitraires : la « Tchéka » et le « Guépéou ».

La liberté d’opinion, de presse, de parole, conquêtes primordiales de toute révolution, fut totalement supprimée et les chefs politiques au pouvoir châtièrent, non seulement les contre-révolutionnaires, mais surtout les éléments révolutionnaires les plus avancés, qui avaient fait leurs preuves, mais voulaient corriger les erreurs manifestes et réagir contre les abus du nouveau régime.

Nous avons vu le chef suprême, Lénine, rétablir le petit commerce, cette inutilité sociale absolue, ce chancre rongeur de tout idéal social, réfuté sous toutes ses formes par les théoriciens communistes, Lénine compris.
Nous avons assisté au combat à mort auquel se sont livrées les différentes tendances du parti communiste russe pour accéder au pouvoir. Nous avons vu passer par les armes ceux qui, promoteurs du régime bolchevique et dirigeants de la première heure, avaient aussi, en d’autres circonstances, assassiné les meilleurs amis de la Révolution. Toutes ces luttes intestines, toute cette violente imposition de la volonté de quelques-uns, au sein de leur propre parti, eurent lieu au nom d’une idée qui disait que « Tous avaient droit à tout » : du droit de parler, d’écrire, de discuter, de raisonner, d’agir etc… au droit de manger, de s’instruire, de se divertir, etc…

Nous voyons aujourd’hui la pratique politique communiste recevoir le plus terrible et douloureux démenti que l’Histoire ait jamais enregistré. Vingt années de régime communiste auraient du donner, d’après les augures politiques du parti, une Société presque idéale : un état détaché et presque sans rapports sociaux avec le reste du monde capitaliste. Au lieu de cela, nous trouvons une Russie communiste engagée dans la plus sauvage, meurtrière et inutile des guerres ; et cela, par un jeu de diplomatie secrète dont elle est en grande partie responsable. Par un paradoxe phénoménal, la Russie bolcheviste se trouve être non seulement l’alliée mais le rempart de la nation la plus férocement conservatrice : les Etats-Unis. C’est la jeunesse prolétarienne bolcheviste russe qui défend, jusqu’à l’anéantissement complet, les coffres-forts anglo-américains. C’est l’effort, le travail, le sacrifice de vingt années et de cent quatre-vingt millions de prolétariens bolchevistes russes qui sont gaspillés en quelques mois dans une guerre provoquée par des intérêts de groupes capitalistes.

Voilà où le Pouvoir, et ceux qui s’en sont servis, ont entraîné l’idée qui avait animé la plus grande et la plus complète Révolution que l’on ait connue à ce jour [3].

Le cadre que les nécessités imposent à notre développement est trop étroit pour que nous nous étendions davantage sur cette partie. Mais nous pensons avoir atteint notre but : dénoncer les coupables. Ce n’est pas tel ou tel personnage que nous jugeons coupable de l’effroyable faillite sociale où le monde se débat mais tous les tenants et partisans du Pouvoir.

Récapitulons de manière à bien préciser notre pensée : Coupables sont tous les gouvernants qui, par leur attitude, ont trahi les idées d’humanité, de travail dans la Paix, de Progrès.

Donc, coupables sont tous les régimes de forme absolue, tels que : royauté, empire, dictature, fascisme.

Par conséquent, tous ces César, Néron, Ugolin, Napoléon, Mussolini, Hitler, Franco, Pétain, leurs égaux et leurs domestiques, tous traîtres à leurs paroles, à leur dieu, à leur patrie et aux hommes, ne sont que des criminels imposteurs, n’ayant pour toute gloire que le courage de porter sans faiblesse et sans honte le poids, tous les jours plus pesant, de l’énorme fardeau de leurs infamies.

Coupables sont, également, tous les régimes dits « libéraux » qui, n’osant plus cyniquement approuver guerres, contraintes et exploitation, oeuvrent par le mensonge et l’hypocrisie. Coupables ces députés de la première, deuxième et troisième République Française, de la Social-démocratie allemande, des USA, etc. ; de toutes les constitutions chèvre-choux d’Angleterre, de Belgique et d’autres pays, tous sombres et funestes canailles, moitié valets, moitié brigands, qui ont aidé aux mêmes crimes, aux mêmes horreurs.

Coupable, enfin, le régime bolchevique ; coupable lui aussi d’avoir appliqué la contrainte au peuple et d’avoir déchaîné la guerre : 1920, guerre à la Pologne ; 1939-1940, guerre à la Finlande, à la Pologne, etc., et, pour résultat final, guerre contre l’Allemagne. Lénine, Trotski, Staline et leurs collaborateurs directs, sont tous coupables d’avoir accaparé le pouvoir, de s’être servis de la force brutale pour imposer leurs propres volontés, d’avoir par le système coercitif de tous les régimes (prison, déportation, peine de mort) empêché la Révolution russe de devenir une Révolution Sociale et Mondiale. Coupables, oui, tous, tous et tous, parce qu’ils furent les esclaves, conscients ou inconscients, intelligents et imbéciles, sincères et hypocrites, du Pouvoir, cette lèpre sociale.

Pourtant, il y eut des sincères, des probes, des incorruptibles, parmi ceux qui, encore loin du Pouvoir, menaçaient de vengeance populaire ceux qui le détenaient. Puis, eux aussi s’en approchèrent. Déjà avant de l’étreindre, ils changeaient. Il y a plus de cent cinquante ans, Kant disait dans une de ses études philosophiques : « La possession du pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison. »

Oui, Le Pouvoir corrupteur, c’est-à-dire, la Forme qui régit nos existences : c’est cela qu’il faut supprimer.

[|CHAPITRE IV|]

[|Raisonnons encore|]

Tous ceux qui ont détenu et qui détiennent le pouvoir, qu’ils soient philosophes, militaires, poètes ou savants, empereurs, rois, dictateurs, ministres ou représentants du peuple, tous, disons-nous, et dans toutes les parties du monde, sans exception, par gloriole, intérêt, incapacité, inconscience, lâcheté ou vénalité, ont mis leurs peuples dans l’obligation de guerroyer ; tous ont pratiqué l’incohérence, quand ils nous promettaient de faire régner la Raison.

C’est par milliers que nous pourrions citer des exemples de cette incohérence, de ce désordre de l’organisation mondiale autoritaire, depuis l’employé du fisc qui réclame un demi franc d’impôt au contribuable à l’aide d’une lettre timbrée à un franc au nom de l’intérêt de l’Etat, jusqu’au Chef du gouvernement qui prêche la guerre, pour, dit-il, avoir la paix.

En 1937, dans tous les pays du globe, on parlait de surproduction ; on arrêtait les machines ; on brûlait le café et le blé ;on arrachait des vignes et des cannes à sucre ; on détruisait le coton, etc. La même année une conférence internationale qui réunissait les savants les plus autorisés du monde entier, reconnaissait que soixante pour cent de la population terrestre était sous-alimentée et insuffisamment protégée des rigueurs de la température. De 1918 à 1939, le chômage ne fit qu’augmenter dans tous les pays dits civilisés (sauf dans deux pays : l’Allemagne et la Russie dont l’activité était absorbée par la préparation de la guerre actuelle). Des millions d’hommes de tous les métiers restaient contre leur volonté les bras croisés. Mais des millions de taudis continuaient à servir d’asile à des millions d’êtres humains ; des villes insalubres empoisonnaient peu à peu leurs habitants ; les écoles restaient insuffisantes, les hôpitaux rares, les bibliothèques inexistantes, etc., etc.

Inutile de citer davantage. Chacun peut, en dehors de ces exemples mondiaux, se remémorer des faits internationaux, régionaux, communaux, qui démontrent, non seulement dans le présent, mais aussi dans le passé le plus lointain, que tous les gouvernants de toujours, que toutes les administrations gouvernementales passées et présentes, sous tous les régimes et sous tous les cieux, ne règlent la vie des peuples que d’une manière absolument incohérente, exactement contraire à la raison et aux nécessités.

Est-ce dire que tous les gouvernants et fonctionnaires du monde entier sont des fous et des inconscients ? Est-ce dire que tous vont à la recherche systématique du « mal faire » ? Est-ce dire qu’ils sont tous ignorants et incapables ?

Oui et non. Et nous nous expliquons. La forme sociale, nous le répétons, est mal faite. Ce n’est pas par sa nature qu’un fauve tourne en rond : c’est seulement lorsqu’il est en cage, et que cette cage est ronde. L’homme est dans le même cas. Depuis qu’il vit en société, il s’est fait une cage, c’est sa forme sociale : l’Autorité. Mais comme sa nature est de vivre libre, ce n’est pas en changeant de cage, c’est-à-dire d’autorité, qu’il sera heureux,mais en la brisant à jamais.

L’autorité, c’est la hiérarchie : chefs, sous-chefs, esclaves ; c’est, par ce fait, la négation absolue du mérite individuel.

Effectivement, pour rester chef ou pour le devenir, il faut non pas travailler, s’employer au bien social, mais s’entendre avec son supérieur, le bien servir, savoir se faire valoir, soit : conspirer, comploter, calculer, médire, trahir, aduler. C’est la raison qui fait que presque toujours nous voyons surgir à la tête des nations, comme à la tête des entreprises, des incapacités techniques notoires ; mais à côté de cela, des diplomates de premier ordre. Demandez à Mussolini, à Pétain, à Franco, à Hitler, à Churchill ou à Staline, des plans pratiques et directs sur la construction d’une cité, d’une ligne de chemin de fer. Ils vous renverront, après quelques considérations générales, à des techniciens de leur entourage. Mais demandez-leur comment on se débrouille pour faire déclarer une guerre par « l’ennemi », et tous vous indiqueront, avec les moindres détails, leurs combines et leurs pièges qui permettent de « refaire le voisin » par un merveilleux tour de passe-passe, dont chacun d’eux possède le secret.

C’est aussi à l’autorité, base, dit-on, de toute société, que nous devons les positions sociales renversées :

Les producteurs (ouvriers, paysans, artisans, techniciens, savants) restent à leur niveau des classes sacrifiées. Mal rétribuées, accablées de besognes, elles produisent tout, mais consomment très peu par manque de ressources et ne possèdent que des places de dernier plan dans la direction de la nation.

Les parasites (patrons, commerçants et intermédiaires de tous ordres, rentiers, fisc, armée de métier, police, magistrature de tout acabit, hauts fonctionnaires et gouvernants), membres de ces classes privilégiées par leurs gros gains et leurs besognes faciles autant qu’inutiles, ne produisent rien, mais consomment beaucoup, gaspillent et possèdent toutes les places de direction et de premier ordre dans la nation. Ce sont ces classes qui, n’entrant pas dans le cycle de la production, ne sachant pas construire, canalisent toute la production vers elles. Ce sont elles qui, par leur situation, sont des germes de décomposition sociale. Ce sont elles qui prennent les premiers rangs dans « l’organisation » de toutes les nations dites civilisées.

Nous constatons donc que par la forme autoritaire (libérale ou dictatoriale, peu importe) ceux qui ont et qui peuvent prendre le pouvoir sont les éléments les plus rusés, les plus faux, les plus gourmands et les moins connaisseurs du milieu social. Il n’est pas étonnant après cela, qu’ils deviennent les plus nuisibles. Et si par des circonstances exceptionnelles, un élément sain s’égare dans ce milieu, il est vite bousculé, écoeuré ou contaminé par la norme. De toute façon, il disparaît.

Les prédicateurs et les profiteurs de toutes les tendances autoritaires nous ont démontré leur hypocrisie et leur incapacité à diriger non seulement économiquement, mais aussi moralement ce qu’ils appellent leurs peuples. Par leurs actes, ils détruisent leur propre morale. Ils se prosternent devant Dieu qui aurait fait dire « Tu ne tueras point » mais ils déclenchent des tueries que Satan lui-même réprouverait. Ils n’ont, disent-ils, qu’un souci : la paix, mais ils ont une activité primordiale : la guerre. Justice ! Nous voulons la justice pour tous, hurlent-ils dans les oreilles du peuple quand ils attendent de lui le pouvoir ; et dès qu’ils le possèdent, ils n’ont plus qu’une idée : le conserver au prix de l’arbitraire le plus absolu. La misère est une calamité sociale ; l’homme qui travaille doit pouvoir manger et faire manger les siens sans souci du lendemain ; cela, c’est le programme de tous, du plus autoritaire au plus libéral. Mais tous vivent de l’exploitation de l’homme par l’homme et l’approuvent.

A nous tous donc, puisque eux ne le veulent ni ne le peuvent, à nous de renverser la vapeur !

Devant l’immense catastrophe qui nous entraîne, nous devons réagir. Il n’est pas possible que l’humanité sombre au moment où elle possède tous les moyens de vivre paradisiaquement.

Puisque l’autorité et ses partisans ont fait faillite, passons-nous d’elle et d’eux.

Puisque ceux qui prétendaient nous diriger vers les sommets, nous pilotent dans des descentes – à tombeaux ouverts – rejetons nos guides.

Prenons le contre-pied de la forme autoritaire qui, jusqu’à ce jour, nous a été fatale.

Dirigeons-nous, nous-mêmes, directement.

Car, s’il est difficile à un homme d’Etat qui n’a jamais travaillé effectivement, de faire une oeuvre constructive, pratique, minutieuse, utile, cela est au contraire d’une simplicité enfantine au producteur qui, tous les jours de sa vie, réalise une tâche concrète.

La réalisation d’une tâche est la chose la plus cohérente, la plus suivie : celle qui démontre par le fait accompli, l’erreur ou la raison théorique. Par cela, le plus ignorant des ouvriers agit socialement bien davantage que le plus averti des politiciens, parce qu’il produit, il construit, il réalise.

Malgré toutes les incohérences de la politique sociale, le producteur a construit, il a fait progresser l’humanité à pas de géant. C’est grâce au producteur (savant, professeur, ingénieur, ouvrier de ville et de campagne) qu’existent : l’auto, le rail, l’avion, le téléphone, la radio, le microscope, le télescope, etc. C’est grâce au producteur que la chimie, la bactériologie, la chirurgie, l’agriculture, l’industrie, étendent tous les jours un peu plus leurs connaissances.

Et tout cela dans une société boiteuse, dont les organisateurs dérangent, bousculent, chamboulent à tout instant ceux qui ne pensent qu’à produire utilement.

C’est une des meilleures preuves pratiques que nous possédons, pour affirmer que puisque les producteurs ont été capables, malgré toutes les incohérences sociales, de produire, et de produire en progressant en qualité, en quantité et en nouveauté, ils sont capables de réaliser eux-mêmes, et beaucoup mieux que tout autre, leur organisation sociale, économique et culturelle dont les parties sont inséparables parce que s’interpénétrant.
C’est de l’usine, du champ, du laboratoire et de la chaire professorale que la société doit s’ordonner et non de la chaire politique, de la banque, de la bourse ou de l’armée.

C’est donc une Révolution totale que nous préconisons. Révolution totale, non par un changement d’hommes, mais par un changement complet des Institutions sociales qui amènera obligatoirement un changement complet des hommes vivant dans ces institutions.

Supprimez un général, dix généraux, mille généraux, vous aurez toujours des guerres, parce que d’autres se précipiteront pour prendre leurs places.

Mais supprimez l’armée et les fabrications de guerre : immédiatement vous n’aurez plus de généraux, ni, résultat plus intéressant encore, plus de guerres.

Supprimez un banquier, dix banquiers, mille banquiers, vous ne supprimerez pas la spéculation parce qu’immédiatement, les places vides seront de nouveau occupées. Mais supprimez la banque, la bourse, l’agiotage, l’intérêt, et non seulement vous supprimerez banquiers, agioteurs et spéculateurs, mais encore une partie de l’exploitation de l’homme par l’homme, etc…

C’est pour cela que nous répétons et répèterons sans cesse : changez les Institutions qui gouvernent les hommes et immédiatement les hommes commenceront à changer.

C’est par la Révolution que se fera l’Evolution.

Mais la vraie Révolution n’a encore jamais été faite. Les peuples se sont parfois rebellés : excédés d’un pouvoir trop autocrate, ils ont abattu ceux qui le détenaient pour le remettre aux mains de nouveaux gérants qui se contentaient de changer les dispositions de quelques lois et s’installaient tout simplement dans les fauteuils encore chauds du passage de leurs prédécesseurs [4].

Voilà ce qu’il ne faut plus faire.

Il faut que les peuples fassent cette fois-ci une Révolution complète. Le Centralisme, c’est-à-dire le pouvoir entre les mains de quelques-uns, avec ses idées, ses formes, ses organisations, ses organes, ses institutions, a prouvé et prouve, hélas ! encore, non seulement son incapacité totale, absolue, mais sa nocivité pour l’espèce humaine, en lui permettant, en lui préparant un terrain propre au développement de tous ses mauvais instincts. Passons donc à l’idée opposée.

Le pouvoir entre les mains de tous, autrement dit : suppression entière de l’idée d’autorité. L’instauration du fédéralisme. Voilà ce qu’il faut.

Vivons dans une société où tout être humain a la même utilité sociale, l’utilité identique à celle de son semblable. En effet, si le travail du terrassier nécessite moins d’intelligence que celui de l’architecte, l’un ne peut se passer de l’autre. Pendant que l’un dessine, l’autre creuse. Deux travaux différents mais deux tâches essentielles d’égale utilité.

Vivons dans une société où tout être humain a sa place productive et où chacun participe activement à l’ordre social par toute sa puissance individuelle.

Il suffit pour cela de faire la Grande Révolution, la première, la seule qui permettra au genre humain d’évoluer sûrement vers l’idéal : la Révolution qui renversera tous les pouvoirs et qui n’en installera aucun autre à la place.

[|CHAPITRE V|]

[|Conclusion|]

Nous sommes obligés de reconnaître qu’il n’a jamais existé de gouvernement juste, c’est-à-dire satisfaisant pour tous et même satisfaisant pour les majorités [5].

D’autre part, la loi, par sa rigidité, ne tient compte d’aucun cas particulier. L’individu est sacrifié à la loi, lorsqu’en définitive la loi devrait servir à l’individu, l’aider à vivre.

Jusqu’à présent on a cherché à remédier aux défauts des lois en y ajoutant d’autres lois. Les résultats ont toujours été désastreux, et c’est par ces systèmes que les Républiques sont arrivées à employer des moyens dictatoriaux (décrets, vacances de chambres, directoires) et ont préparé les chemins aux dictatures et au fascisme, sa dernière expression.

De même qu’on ne peut prétendre remédier aux méfaits de la guerre en faisant la guerre, on ne peut remédier aux méfaits des lois en édictant de nouvelles lois.

La loi est une contrainte. Au mieux, elle ne peut être, par le jeu que nous expliquons (note 4) que l’expression d’une minorité infime, et le plus souvent, par un jeu de marchandages et d’intérêts, la volonté d’expression d’un simple groupe d’individus.

Par cela il est impossible que la loi existe en un milieu qui veut vivre dans la fraternité et dans la liberté. La logique impose donc le raisonnement suivant : des sociétés embouteillées par les lois, il faut passer aux sociétés sans lois, ce qui ne veut pas dire sociétés inorganisées. Du centralisme, c’est-à-dire l’organisation sociale dans les mains de quelques-uns, passons au fédéralisme, au syndicalisme et au communalisme : l’organisation sociale dans les mains de tous [6].

Des valeurs fictives, basées sur le bénéfice autrement dit sur l’exploitation de l’homme par l’homme : rente, bourse, banque, commerce, etc…, en un mot tout ce qui représente l’Intérêt, passons à l’unique valeur réelle : le travail productif, c’est-à-dire le travail de tous dont le produit se répartit également à tous [7].

Cette société nouvelle, dont nous donnons les bases à la fin de cette brochure*, possède des rouages beaucoup moins compliqués que celle dans laquelle nous vivons, elle est donc plus simple, plus facile à organiser. L’organisation est rationnelle, parce qu’elle s’appuie sur la logique et sur les réalités.

Par sa souplesse elle permet la satisfaction des besoins économiques et intellectuels de tous les individus. Par sa conception extrême de la liberté, elle permet l’acheminement continuel vers le progrès sous toutes ses formes.

Pour la réaliser, il faut une Révolution.

La Révolution doit se préparer sur le même plan de logique et de réalité que la société à venir.

La Révolution ? Oui ! Mais quand et comment ?

Quand tous ceux qui pensent comme nous, voudront joindre leurs activités à la nôtre, unir leurs efforts aux nôtres pour créer une force capable au moment propice de canaliser les remous populaires vers la destruction de toutes institutions de servitude et vers l’organisation fédérale syndicalo-communaliste, qui permettra à tous de travailler alors à l’évolution générale.

C’est une question de forces à créer.
C’est une question de circonstances à faire naître.

C’est à quoi nous nous attachons. Déjà est en marche la Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire, soutenue par un certain nombre de groupes dont la philosophie est quelquefois différente, mais dont la construction économique et culturelle s’avère identique.

Que tous ceux qui sont avec ou près de nous, viennent nous y rejoindre et il est probable que, dans les prochaines révoltes populaires, l’organisation sociale que nous préconisons vaincra toutes les coalitions.

A l’oeuvre donc ! Nous ne demandons pas l’unité d’action, ni de pensées, mais nous demandons l’Union dans l’Action, l’identité des points « intransigibles » dont nous répétons l’essentiel :

Nous voulons la paix sur notre globe, paix sans canons, sans munitions, sans fabriques d’armements, sans maréchaux, sans généraux, sans soldats.

Nous voulons aussi la Paix dans la Paix, c’est-à-dire suppression des inégalités sociales.
Travail pour tous, produits pour tous.

Nous voulons la liberté que nous définissons par ce critère : « La liberté consiste à faire ce qui plait à l’individu sauf ce qui peut porter préjudice à tout autre individu ».

Trop simple, trop beau, dites-vous ? C’est vrai, beau et simple, mais Jamais Trop.

FISR

Fédération Internationale Syndicaliste Révolutionnaire

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Notes :

[1] On pourra lire à ce sujet l’interview d’André Arru, pour le numéro 13 (1995) de la revue Itinéraire consacrée à Voline, qui sera présentée sur ce site prochainement. En attendant, voici les quelques lignes concernant la contribution de Pierre Besnard : « Quant à la brochure Les Coupables, je l’ai rédigée seul, puis corrigée avec Voline, présentée à Pierre Besnard (qui demeurait à Bon-Encontre, à six kilomètres d’Agen) qui a voulu ajouter la dernière partie, le schéma de l’organisation sociale de demain. A mon retour, Voline était furieux après avoir pris connaissance de cet ajout et moi dépassé par le projet qui me paraissait peu convaincant. Après relecture, il fut décidé de la faire imprimer chez les frères Lion 5. Les fonds pour cette brochure sortaient de la poche des copains… Mais le commissaire de police de la sûreté, qui m’interrogea, n’en fut pas convaincu. Il écrivit dans son rapport : « Il est curieux de constater l’excellente qualité du papier employé et je ne serais pas étonné pour ma part de trouver à la tête de cette organisation des ressortissants d’une puissance étrangère ou des individus à sa solde désireux de créer le désordre par l’intermédiaire de ses partisans. »« 

[2] Lire les rapports du député Vigné d’Octon après ses voyages en Tunisie ; Le Crime du Congo , de A. Conan Doyle ; Erreurs et brutalités coloniales de Victor Augagneur ; les brochures de Spielman sur les spoliations d’indigènes, etc.

[3] Au nom des prétendues nécessités diplomatiques de la Russie (cette fameuse diplomatie secrète que les hommes de la IIIème Internationale avaient en différentes séances prérévolutionnaires juré de supprimer), les différentes sections de l’Internationale communiste ont, dans le monde entier, mené des campagnes qui paraissaient dirigées par l’incohérence en personne ; tantôt contre, tantôt pour la défense nationale de telle ou telle nation ; s’alliant un jour, en Allemagne, aux fascistes hitlériens contre les démocrates ; fêtant Laval à Moscou, le houspillant à Paris ; votant avec le Front Populaire en France, hurlant à l’unité, mais malmenant Blum et les socialistes dans la presse du parti ; fusillant les trotskistes et les anarcho-syndicalistes en Espagne ; combattant toutes les religions en URSS, mais tendant la main aux catholiques de France, etc.

[4] Nous avons une preuve palpable dans les organisations des Républiques qui sont exactement identiques aux royautés constitutionnelles, elles-mêmes très semblables aux royautés à chartes, etc. Voici résumé l’ordre hiérarchique de toutes ces sociétés : un homme représentatif à la tête de la nation, détenant plus ou moins de pouvoir exécutif. Des ministres, des fonctionnaires sur plusieurs échelles, des conseillers (chambres diverses), des magistrats, la police, l’armée. En France la « République Front populaire » avait un code dont les lois napoléoniennes formaient encore le fond.

[5] Ne parlons pas des régimes monarchiques ou dictatoriaux qui sont l’expression d’une infime minorité. Mais les Républiques qui prétendent par le système du vote représenter la majorité, que sont-elles en réalité ? Les représentants sont élus à la moyenne la plus forte de soixante dix pour cent de majorité soit trente pour cent de minorité. Les lois faites par les représentants du peuple sont adoptées avec un maximum de soixante et dix pour cent de majorité (à condition qu’elles ne soient faites ni par décrets, ni par commissions, mais par toute l’assemblée), soit encore trente pour cent de minorité qui, ajoutés aux autres, font soixante pour cent. Il en résulte que la loi, au mieux aller et avec le plus grand optimisme, représente quarante pour cent des votants. Mais pour être juste, il faudrait tenir compte des alliances, des absences, des marchandages, etc., ce qui doit ramener le pourcentage des satisfaits par la loi à environ dix pour cent.

[6] Il ne faut pas confondre le syndicalisme révolutionnaire qui permet à tout producteur de faire entendre et adopter son avis avec le syndicalisme réformiste (Jouhaux, Belin, Lagardelle), qui permet seulement aux chefs de garder leurs prébendes.

[7] Egal ne veut pas dire ici : même poids, même mesure, mais, suivant la satisfaction des besoins de chacun en rapport avec la production générale.

LES ANARCHISTES ESPAGNOLS DANS LA RESISTANCE AU NAZISME

« Ce n’est pas la patrie française qui est en danger, ni la liberté de la France qui est en jeu, c’est la Liberté, la culture et la paix mondiale »

Francisco Ponzan Vidal, dit « François Vidal », militant de la CNT-AIT espagnole, résistant exécuté à Toulouse par les nazis le 17 août 1944, veille de la Libération de la ville

Les espagnols sont plus de 500’000 à fuir Franco entre le mois d’août 1938 et le 12 février 1939. Parmi eux, beaucoup de miliciens aguerris aux armes et à la guerre, la tête pleine de compagnons tombés au front, d’amies violées, de parents massacrés ; des combattants défaits qui ne survivent que par leur haine du fascisme, sous la neige, dans des prés entourés de barbelés où sévit la dysenterie et la famine, appelés déjà « camps de concentrations », symbolisant à eux seuls l’hospitalité française fidèle à l’attitude criminelle des démocraties occidentales vis-à-vis du peuple espagnol durant la guerre civile. Ces militants ont eu du poids dans la résistance, un poids que l’on cache souvent. Pourtant la célèbre 2ème Division Blindée (DB) du Général Leclerc est composée d’espagnols à plus de 60% ; dans tous les maquis, ils sont des premiers résistants.

« Ce n’est pas la patrie française qui est en danger, ni la liberté de la France qui est en jeu, c’est la Liberté, la culture et la paix mondiale »

Francisco Ponzan Vidal, dit « François Vidal », militant de la CNT-AIT espagnole, résistant exécuté à Toulouse par les nazis le 17 août 1944, veille de la Libération de la ville

Les espagnols sont plus de 500’000 à fuir Franco entre le mois d’août 1938 et le 12 février 1939. Parmi eux, beaucoup de miliciens aguerris aux armes et à la guerre, la tête pleine de compagnons tombés au front, d’amies violées, de parents massacrés ; des combattants défaits qui ne survivent que par leur haine du fascisme, sous la neige, dans des prés entourés de barbelés où sévit la dysenterie et la famine, appelés déjà « camps de concentrations », symbolisant à eux seuls l’hospitalité française fidèle à l’attitude criminelle des démocraties occidentales vis-à-vis du peuple espagnol durant la guerre civile. Ces militants ont eu du poids dans la résistance, un poids que l’on cache souvent. Pourtant la célèbre 2ème Division Blindée (DB) du Général Leclerc est composée d’espagnols à plus de 60% ; dans tous les maquis, ils sont des premiers résistants.

Parmi eux, les anarcho-syndicalistes — courant majoritaire durant la révolution espagnole de 1936-1939 — sont encore présents dans la lutte en France. Il n’est pas simple de suivre leur trajectoire. La victoire de Franco, c’est d’abord leur défaite militaire et politique. Durant toute la résistance (et même après) l’empreinte de cette défaite influe sur les décisions prises et celles qui ne le sont pas… Ce courant est aussi celui qui a le plus souffert et qui souffre encore, car il est isolé. Dans les camps, les militants du PCE noyautent les instances avec l’aide du PCF et discriminent les anarchistes.

Par ailleurs, le gouvernement français les hait plus que tout et certains de leurs représentants les plus illustres, comme Juan Peiro, sont livrés à Franco par Dalladier et fusillés. Le courant anarcho-syndicaliste doit se réorganiser, il a du mal ; il doit faire face à une situation nouvelle… Comme toujours, dans les organisations libertaires, le vide organique est remplacé par la spontanéité des militants qui finissent par réorganiser le mouvement. Cela pose aussi des problèmes à qui veut en faire une rétrospective : la complexité due à la multitude des expériences parfois contradictoires. Deux périodes distinctes apparaissent : la période de réorganisation où il faut faire la distinction entre le mouvement qui s’organise et l’action concrète des militants dans la lutte ; et la période des huit derniers mois avant la libération où se pose le problème d’adhérer ou non à la Union Nacíonal Española (UNE), organisation tenue par les militants du parti communiste espagnol (PCE) et du parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) qui se veut hégémonique parmi les résistants espagnols.

Un mouvement qui s’organise tant bien que mal

Dès le 25 février 1939, le mouvement tente de se réorganiser. Le comité national de la CNT-AIT espagnole et les comités péninsulaires de la FAI et de la FIJL (1) s’unissent dans une seule et même organisation : le Mouvement libertaire en exil (MLE). Dans le Conseil général du MLE, figurent des noms déjà célèbres et qui ont de l’importance durant toute la période tels que : Germinal de Souza, Mariano Rodriguez Vasquez, Gresco Isgleas, Germinal Esgleas (compagnon de Frederica Montse-ny), Pedro Herrera, Juan Gallego Crespo et Juan Manuel Molina (Juanel) qui est responsable des liaisons avec les camps de concentration. Par la suite et durant la guerre, le MLE s’organise, s’étend par le biais de plusieurs commissions en zone libre et en zone occupée qui représentent des groupes de militants affiliés dans des villes ou des lieux géographiques. Ainsi une des commissions les plus actives dans la reconstruction du mouvement libertaire est celle du Barrage de l’Aigle où, nous le verrons, le maquis est tenu par la CNT-AIT espagnole.

Il faut souligner que les mêmes militants sont partie prenante de la résistance et de la réorganisation du mouvement, ce qui est peu adéquat à l’action clandestine. Ainsi actions armées et structures organiques se chevauchent parfois, ce qui a des conséquences fâcheuses lors des arrestations. D’autant que le gouvernement de Vichy a fait de la neutralisation du MLE une priorité. Ainsi, dès fin 1941, la répression s’abat sur le MLE. C’est le premier mouvement de résistance espagnol qui subit un tel coup (les autres subissent le même sort par la suite). Les principaux responsables du MLE, c’est-à-dire les militants les plus aguerris qui ne sont pas encore emprisonnés ou morts, sont arrêtés. On reconnaît les noms de Germinal Esgleas (secrétaire du MLE), Federica Montseny, Germinal de Souza (secrétaire de la FAI), Francisco Isgleas Pierman, Valerien Mas Casas, Pedro Herra Camarero (membre du Comité péninsulaire de la FAI et délégué au Conseil général de SIA (2) ) ainsi que des membres des « amis de Londres » (des anarchistes qui ont préféré agir directement avec les Anglais) tels que Manuel Gonzalez Marin « Marin Manuel », Eduardo Val Basco et Francisco Ponzan Vidal (dont nous reparlerons). Les premiers sont déportés en Afrique, afin de prévenir les tentatives d’évasions et empêcher tout contact avec le MLE. Celui-ci met du temps à se réorganiser après un tel coup.

Ce n’est que le 6 Juin 1943 qu’a lieu un plénum (3) du MLE où, pour la première fois, on aborde le thème de l’action conjointe avec la résistance française. Mais ce plénum n’apporte pas de solution. Il faut faire ici une parenthèse pour expliquer les problèmes qui se posent alors dans l’organisation. Cela nous évitera de tomber dans quelques erreurs faites par bon nombre d’historiens même aussi honnête que Marie-Claude Rafaneau Boj. Le Mouvement Libertaire voit apparaître, dans ce plénum, deux tendances distinctes qui vont s’affronter durant une dizaine d’années allant jusqu’à la scission. Il s’agit d’une part, de la tendance « collaborationniste » ou « politique » et d’autre part, de la tendance « maximaliste » ou « apolitique » (c’est-à-dire anti-politique). Les premiers affirment que les conditions historiques de la guerre d’Espagne sont toujours d’actualité et que, par conséquent, la CNT doit prendre part au gouvernement républicain en exil, dans le cadre d’une stratégie frontiste de reprise de l’Espagne ; les seconds considèrent qu’il faut revenir aux positions rupturistes de la CNT-AIT et baser le renversement de Franco sur un combat insurrectionnel du peuple espagnol. Cette deuxième tendance souligne qu’il faut analyser les leçons de la défaite.

Ces deux tendances sont très marquées et le MLE se trouvera par la suite avec deux comités à sa tête : celui de Juanel (du nom d’un des leader du courant collaborationniste) et celui de Bézier (composé par les « apolitiques »). L’erreur trop répandue est de calquer sur ces deux tendances, les positions pour ou contre l’action dans la résistance française. On croit souvent que les « collaborationnistes » appelaient à rentrer dans la résistance alors que les « apolitiques » refusaient de prendre part à une guerre bourgeoise entre des gens qui avaient laissé massacrer le peuple espagnol. Or la réalité est bien différente. Le sous-comité national (comité de la zone occupée) qui regroupe les deux tendances pour cette partie du territoire français se prononce contre l’entrée dans la résistance dans des proportions qui ne recoupent pas le poids respectif des deux tendances en présence. Il y aurait beaucoup de recherches à faire pour retracer une ligne exacte de ce qui s’est passé au sein du MLE vis-à-vis de la résistance, indépendamment des autres problèmes que se posait le mouvement. Par contre, au plénum de Marseille, en décembre 1943, le MLE conseille « à tous les militants de la CNT-AIT et du MLE de rejoindre la résistance française plutôt que de se laisser emmener en Allemagne » (4).

Le MLE venait d’entériner une situation de fait, puisque bon nombre de militants avaient déjà rejoint la résistance française. Mais nous le verrons tout à l’heure, la réorganisation tardive du MLE qui l’amène à ratifier des situations de faits, au lieu d’agir directement sur le cours des choses, le met dans une situation difficile dans les derniers mois de la guerre lorsque l’UNE aura des prétentions hégémoniques.

La présence des anarchistes.

Dans les maquis, dans les réseaux, à Londres, dans la 2ème DB du général Leclerc, les anarchistes espagnols ont joué un rôle important dans la libération de la France et de l’Allemagne. Ils l’ont fait par conviction anti-fasciste, mais aussi dans l’espoir que De Gaulle tiendrait sa promesse : ouvrir les frontières et chasser Franco. Les grands hommes ont le geste noble : les Espagnols morts pour la France ont reçu des médailles, leurs noms sont gravés sur les monuments aux morts. Comme une insulte, chaque 8 mai, cynique, une gerbe tricolore vient honorer leur sacrifice. En 1945, De Gaulle a envoyé un émissaire pour normaliser les relations avec le Caudillo. En 1975, Franco est mort dans son lit, toujours au pouvoir, 30 ans après… Parmi les nombreux militants anonymes, certains ont joué un rôle important dans la guerre d’Espagne, d’autre resteront à jamais inscrits dans les pages de la résistance. Ainsi Antonio Ortiz s’engage dans les corps francs d’Afrique, blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les « commandos d’Afrique » du Général Leclerc, puis dans le premier bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait la campagne d’Allemagne où il est grièvement blessé. Ortiz n’est pas un inconnu de l’histoire de l’Espagne, le 24 juillet 1936, juste après la colonne Durruti, il avait pris la tête de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C’était la deuxième colonne qui s’est levée contre Franco. Ces deux colonnes réalisèrent ce que personne d’autre ne fît : elles reprirent durablement du terrain sur les factieux (sur le front d’Aragon).

Ramon Villa Capdevilla avait lui aussi montré son courage durant la guerre civile. Il s’enfuit du camp d’Argelès et devient, en 1940, un des tous premiers résistants de la région. Il est plus connu sous le surnom de « commandant Raymond ». Spécialiste en explosif, son aide est précieuse pour le déraillement des trains, il commande deux cents résistants espagnols. Ce sont eux qui anéantissent la garnison qui avait massacré les habitants d’Oradour. Lui et ses compagnons rejoignent ensuite le bataillon « Libertad ». Ramon Villa Capdevilla est mort en 1963, dans une rixe avec des franquistes, alors qu’il était un des meilleurs passeurs d’hommes de la CNT-AIT et que depuis 1945, il faisait partie des groupes d’action qui n’ont de cessé de harceler le régime franquiste.

Enfin, avant de parler des résistants anarchistes espagnols de façon plus générale, il nous faut encore évoquer le parcours d’une figure exemplaire, qui fut la pierre angulaire du plus grand réseau de passeurs de la résistance, le réseau Pat O’Leary. Il s’agit de Francisco Ponzan Vidal, plus connu sous le nom de François Vidal. Militant de la CNT-AIT, il avait été responsable d’une comarcal (5) de la CNT-AIT en Aragon durant la guerre civile, puis il avait fait partie du groupe « Libertador » de la CNT-AIT, spécialisé dans la recherche d’informations militaires et dans les actions de sabotage derrière les lignes franquistes. Ce groupe fut, par la suite, intégré aux services secrets de la République espagnole. A partir de mai 1939, Vidal organise un réseau de passeurs d’hommes dans les Pyrénées pour faire sortir d’Espagne les militants en danger. Dès le début de la guerre ce groupe de cénétistes se met au service de la résistance et travaille activement avec l’Intelligence service et le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA) de Gaulle, mais aussi avec le réseau Sabot et le groupe Combat. Ce réseau permet l’évasion de 1’500 personnes dont plus de 700 aviateurs alliés (6) et le passage de nombreux documents (sans compter tout ce qui sert la CNT-AIT et la lutte anti-franquiste). Le réseau couvre une zone qui va de Bruxelles à Lisbonne. Fait prisonnier en 1944 par la police française, Francisco Ponzan Vidal est livré aux Allemands et exécuté le 17 août 1944 par les nazis qui gardent la prison où il est enfermé à Toulouse.

D’une manière générale les anarcho-syndicalistes ont participé à pratiquement tous les réseaux de passeurs des Pyrénées (on en décompte une vingtaine). On les voit aussi dans les maquis. Voici la liste de ceux où leur présence fut suffisamment significative pour laisser des traces : le maquis de Dordogne, de la Montagne Noire, de Querigut (dans l’Aude), les maquis de l’Aveyron, du Pic Violent, de Savoie, les maquis du Lot, de Loches, de Belves, de l’Isère, de la Gouzette (Saint Girons), de Privas, les maquis du Cantal et de Corrèze, de Maleterne, de Bagnères, des Landes, du Rouergue, des Glières, du Limousin, le maquis Bidon 5 et le maquis du Vercors et n’oublions pas le maquis du COFRA (à moitié cénétistes) et du Barrage de Aigle (où les anarchistes sont hégémoniques). A Foix, ce sont les maquis anarchosyndicalistes CN-FAI qui libèrent la ville le 19 août. Un jeune officier parachustiste français avait été envoyé le 8 août par Londres pour officialiser une présence gaulliste. Son surnom : le lieutenant Aube, qui sera plus connu ensuite sous le nom de Bigeard … (7)

Nous connaissons la présence d’anarchistes dans d’autres maquis, mais il s’agit souvent d’individus essaimés de-ci de-là sans lien entre eux. Notons aussi leur présence dans le réseau Robul Alfred et leur présence massive dans le Bataillon de la mort. Certains se retrouvent avec des responsabilité comme La Rey, membre de la CNT-AIT et responsable de la résistance à Montluçon ou Emilio Castro Ballesta qui, avec sa compagne, le commandant Pariset et l’épouse de Tavet dirigent, à l’arrestation de ce dernier, le maquis du Limousin. Dans le Gers, la moitié des résistants de l’UNE sont confédéraux et ce n’est pas un cas isolé. Faute d’organisation nationale de résistance, les anarchistes apparaissent peu, bien qu’ils soient très présents. Citons tout de même le maquis du Barrage de L’Aigle, dirigé par José German Gonzalez militant de la CNT-AIT, qui est un haut lieu de la reconstruction de la CNT-AIT en exil et un des maquis les plus actifs de la résistance. Ce maquis est pratiquement à 100% confédéral, tout comme le maquis de Bort les Orgues. D’une manière générale, les maquis du Massif Central sont en forte proportion composés d’anarchistes espagnols tout comme ceux issus des chantiers de barrages sur la Dordogne, des barrages de Marèges et de Chastang.

Bon nombre de ces maquisards se retrouveront dans le bataillon « Libertad » sous la responsabilité de l’anarchiste Santos. Ce bataillon atteint par la suite la pointe de Grave et libère le Lot et Cahors. Enfin, la présence anarchiste est particulièrement remarquable (et superbement ignorée) dans la 2ème DB du Général Leclerc. A plus de 60% espagnole, la 2ème DB compte bon nombre d’anarcho-syndicalistes tant et si bien qu’ils sont hégémoniques dans la 9ème compagnie du 3ème RMT, « la nueve », uniquement composée d’espagnols à l’exception du Capitaine Dronne qui la commande. C’est elle qui rentre la première dans Paris. Les premiers blindés portent des noms qui rappellent l’Espagne, les deux premiers se nomment « Ascaso » et « Durruti » rappelant les illustres solidarios (militants de la CNT-AIT), un autre s’appelle « Casas Viejas » pour ne pas oublier la répression anti-cénétiste de 1931 et un autre encore « Teruel » en référence à une grande bataille de la guerre civile. Les militants de la CNT-FAI sont bel et bien présents, la nueve installe un premier canon, nommé « El Abuelo », dans l’Hôtel de ville de Paris ainsi que le premier drapeau… ironie du sort. Cette présence est complètement occultée par bon nombre d’historiens tel Lapierre et Collins dans Paris brûle-t-il ? (édition R. Laffont 1964), Adrien Dansette dans Histoire de la libération de Paris (édition Fayard, 1946) où encore Henri Michel dans La libération de Paris (édition Comps, 1980).

Même le Capitaine Dronne semble frappé d’amnésie dans son livre La libération de Paris alors que dans son journal de marche, il évoquait abondamment les combattants issus de la CNT-FAI (8). Les six derniers mois de la guerre sont ceux d’un courage qui est effacé par un manque d’organisation nationale en réseau de résistance, qui condamne les anarchistes à l’oubli, pour certains à la mort.

L’UNE, l’hégémonie dans le sang

Le mouvement libertaire est empêtré dans ses problèmes internes qui tournent autour de la question de savoir s’il faut participer ou non au gouvernement de la république espagnole en exil. La défaite contre Franco est encore dans tous les esprits et la question gouvernementale, qu’il aurait fallu trancher en juillet 1936, les anarchistes se la posent toujours au point de négliger des aspects importants. Le plus dramatique est certainement cette absence totale d’organisation des anarcho-syndicalistes espagnols en tant que corps dans la résistance. Rien pour faire valoir leurs droits, aucune structure pour assurer l’arrivée d’armes, de ravitaillement : les anarcho-syndicalistes se sont fondus dans la résistance comme nul autre, sans se soucier un seul instant de leurs intérêts propres.

D’autres sont plus réalistes. Les communistes dirigent la UNE qui se veut hégémonique et se présente comme « l’unique mouvement de résistance espagnole ». Sur un plan historiographique, cette situation a permis aux historiens de passer allègrement sur la complexité des courants d’idées qui animaient les résistants espagnols en les décrivant comme de simples anti-franquistes voire carrément des communistes. Cette conséquence n’est que la moins dramatique, car les volontés hégémoniques de l’UNE ne s’arrêtent pas là.

Les militants anarchistes n’ont pas rejoint unanimement la UNE. Certains y sont rentrés à contre cœur, d’autres dans l’idée de contrecarrer l’influence des communistes, tels les militants de la Agnupacíon Cenetista en la Union Nacional (ACUN). Si certains, quoique méfiants, sont tentés par la reconquête de l’Espagne proposée par la UNE, beaucoup d’anarchistes y adhèrent sous la menace et par peur des représailles. Les groupes de militants les plus avertis ont préféré intégrer les Forces françaises de l’intérieur (FFI), notamment dans le bataillon « Libertad ». Il faut souligner ici le travail essentiel fait dans ce sens par José German Gonzalez, commandant du maquis du Barrage de l’Aigle qui organisa, à travers les Groupes de travailleurs étrangers (GTE), l’entrée des cénétistes directement dans la résistance française.

C’est que les réticences envers la UNE étaient grandes. Comme le disait Pierre Bertaux très cyniquement « le Parti communiste n’a pas de rancune, il n’a que des tactiques ». La phrase convient à merveille au Parti communiste espagnol. On trouve dans la UNE des communistes certes, mais aussi des anti-franquistes très tardifs comme certains requetes, ces monarchistes absolutistes qui ont toujours brillé par leur conservatisme, et aussi les membres de la CEDA de Gil Robles. La CEDA, c’est la droite espagnole qui était au pouvoir durant le bieno negro, ces années de toutes les répressions anti-anarchistes d’avant 1936, quand le mot d’ordre était « pas de blessé, tirez au ventre ». Les anarcho-syndicalistes espagnols ont tous en tête les actes de répression d’avant la guerre, au point que « Casas viejas » transpire sur leurs chars. Et surtout la UNE est tenue par les communistes, ceux qui ont tué Berneri, Nin et tant d’autres. La UNE, c’est le gouvernement de Negrin, c’est la telefónica.. (9).

La suite des événements va prouver que les inquiétudes des anarchistes n’étaient pas vaines. La UNE se sert d’appuis pour éliminer ses adversaires de toujours. Le 20 septembre 1944, Santos, qui dirige le bataillon « Libertad », reçoit l’ordre du colonel Ravanel de transférer 350 de ses hommes à la UNE. En même temps, l’ordre est donné de ne plus ravitailler le bataillon « Libertad ». En cas de refus, le bataillon devait être désarmé par la UNE. Celui-ci préfère alors se dissoudre. Mais la UNE n’en reste pas là, elle fait pression, elle menace et elle tue ceux qui ne veulent pas se joindre à elle (anarchistes en particulier mais pas seulement, on connaît des cas de socialistes qui subirent le même sort). Angel Aransaez, secrétaire du comité régional CNT-AIT de l’Aveyron dénombre pour son département 56 exécutions sommaire. On en compte 13 dans l’Aude (crimes que des ex-guerilleros de la UNE avoueront en octobre 1953). Certains meurtres sont relatés dans Le Républicain du Midi d’août et novembre 1944. Tous sont commis sur des résistants socialistes et anarchistes en conflits avec la UNE. A Lavelanet, Francisco Alberich et Mercedes Miralles sont retrouvés morts après avoir été appréhendés par des guérilleros de la UNE. A Manse dans l’Ariège, Belmonte, anarchiste responsable d’une exploitation forestière où se cachent des réfractaires est abattu avec son compagnon Molina pour avoir refusé que la UNE vienne contrôler leur organisation. On peut aussi s’interroger sur toute la série d’exécutions sommaires d’anarchistes commises par des inconnus dans le Lot, dont celle de l’agent de liaison de tous les maquis du Lot : José Mana dit « Martins ». A Saint Girons, Royo et un de ses compagnons de la CNT-AIT, qui étaient en conflit avec la UNE, échappent miraculeusement à l’incendie et le mitraillage de la maison de Royo. Sa compagne, ses deux enfants et trois de ses amis n’ont pas eu la même chance… En Août 1945, Antonio Tellez, militant de la FIJL, lieutenant de la 9ème brigade des FFI de l’Aveyron, avertit Angel Aransaez que la UNE a prévu d’envoyer un commando à Decazeville, contre le Comité Régional de la CNT-AIT. Le capitaine espagnol Bariso, traducteur du commandant français du 412ème GTE, est enlevé. Aransaez va voir le responsable de la résistance Degoy dit « Valzergues » qui lui déclare « pas d’objection pour les traîtres ». Ce qui montre une fois de plus la collusion de certaines instances de la résistance avec la UNE. Aransaez et les principaux responsables de la CNT-AIT sont arrêtés par les Francs tireurs et partisans, mais ils sont libérés sous la pression des résistants libertaires qui les menacent d’insurrection armée (Aransaez était dans les FFI au barrage de l’Aigle).

Toute une série de cas similaires ont été répertoriés. On peut consulter à ce sujet Les dossiers noirs d’une certaine résistance, (Perpignan, Ed du CES, 1984) ainsi que le livre de Marie-Claude Rafaneau Boj, Odyssée pour la liberté. Les camps de prisonniers espagnols 1939-1945 (Paris, Denoël, 1993) dans lesquels sont relatés les cas les plus flagrants, mais ces ouvrages ne tiennent pas compte de tous les charniers inconnus et de toutes les disparitions. Il est un fait historique qui prouve la gravité et l’importance de ces méthodes expéditives. Il s’agit du rassemblement de l’essentiel du camp républicain espagnol qui se réalise contre la UNE. Cette union se fait au sein de la Alianza Democratica Española (ADE) avec la participation de la Gauche républicaine, de l’Union républicaine, du Parti républicain fédéral démocratique, du Parti socialiste ouvrier espagnol, de la Gauche républicaine de Catalogne, du mouvement libertaire et des centrales syndicales UGT et CNT-AIT. L’ADE dénonce les agissements de la UNE au gouvernement provisoire de la République française en mentionnant, dans un communiqué officiel en 1944, toute une série d’exécutions sommaires, détentions abusives, pressions en tous genres perpétrées par la UNE.

Fin 1944, la famille Soler est brûlée vive dans sa ferme. Le fils en réchappe et parvient à contacter la CNT-AIT. Un plénum national est organisé et un ultimatum des plus menaçants est adressé au PCE : « à partir de cette communication, la CNT-AIT n’est plus disposée à tolérer ni une brutalité, ni un attentat de plus. Elle rend directement responsable la direction du PCE en la personne de ses dirigeants de ce qui pourrait arriver ». La vague d’attentats s’arrête…

Après ce bref aperçu qui ne prétend pas couvrir l’ensemble de la réalité, on peut se faire une idée de la complexité de la période, une complexité accentuée par la situation d’un mouvement libertaire qui se cherche, qui n’est pas remis de sa défaite. Le mouvement est en pleine reconstruction avec tout ce que cela implique de conflits, il n’a pas l’efficacité nécessaire au niveau national, ne serait-ce que pour protéger ses militants. Dans le même temps, les militants qui le composent sont des combattants aguerris, qui ont des réflexes de lutte, d’organisation clandestine au niveau local et qui sont très précieux pour la résistance.

Si bien que l’on se retrouve devant un paradoxe : le mouvement libertaire est en plein dans la résistance, mais ses préoccupations semblent ailleurs, dans un passé récent qu’il cherche à comprendre. Cela lui coûte cher… mais il n’a pas fini de souffrir. Pire que la lutte, il y a l’exil. Un exil de quarante ans, d’une vie.

Qu’ils étaient dignes ces Espagnols que l’on rencontrait parfois dans la rue (que l’on rencontre encore quand on a de la chance). Souvent raillés, souvent pauvres. Ils n’ont pas haï les Français, ils n’ont pas confondu la trahison de ceux qui dirigent à la bête ignorance du petit qui subit. Ils ne lui ont même pas reproché son ignorance. On a laissé Franco les massacrer, bourgeoisement, poliment, sans trop de vagues. On leur a promis l’Espagne pour qu’ils apprennent aux Français à se battre. On a envoyé des émissaires auprès de Franco. Et quand, ces résistants anarchistes espagnols qui se sont battus pour la France, les Sabaté, les Facerias, les Ramon Capdevilla, plutôt que de se venger sur ceux qui les ont toujours trahis, sont repartis combattre Franco, seuls avec ceux d’Espagne qui maîtrisaient encore leur peur, les gouvernements français de la quatrième et de la cinquième République, les ministres de l’intérieur de ces gouvernements de gauche comme de droite, « résistants » comme Mitterand, ces gouvernements ont collaboré avec la police franquiste et ont permis qu’ils soient abattus comme des chiens. Honneur aux braves !

Complément bibliographique

  • J. Borras, Politicas de los exilados españoles, 1944-1945, Paris, Ruedo Ibérico, 1976.
  • A. Tellez Sola, Sabaté, Toulouse, Repère-Siléna, 1990.
  • Les anarchistes espagnols dans la tourmente (1939-1945), Bulletin du Centre international de recherche sur l’anarchisme, Marseille, 1er trimestre 1989.
  • F. Montseny, Seis años de mi vida (1939-1945), Barcelone, Ed. Galba, 1978.
  • D. Wingeate Pike, Jours de gloire, jours de honte : le parti communiste d’Espagne en France…, Paris, SEDES, 1984.

(1) Confédération nationale du travail (CNT) qui constitue l’organisation syndicale, la Fédération anarchiste ibérique (FAI) et la Fédération ibérique des jeunesses libertaires (FIJL). Elle est la section espagnole de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs).

(2) Solidarité internationale antifasciste (SIA) est une organisation de soutien à la lutte antifranquiste créée par la CNT espagnole. Après la guerre, des personnalités comme Jean Rostand, Louis Lecoin et Albert Camus adhèrent à SIA

(3) Dans les organisations libertaires espagnoles, le plénum réunit les délégués mandatés par leurs régions respectives et les organes représentatifs de l’organisation (tel le Comité national) dont le mandat et le travail est alors vérifié. Le plénum gère administrativement l’organisation, donne des directives et peut prendre des décisions ponctuelles.

(4) Déclaration du plénum de Marseille du MLE (déc 1943) (5) Une comarcal est un regroupement de fédérations locales de la CNT-AIT espagnole, que l’on pourrait comparer, par la taille, à une union départementale.

(6) Sur le réseau Pat O’Leary, voir Henri Michel, La guerre de l’ombre, Paris, Grasset, 1970.

(7)Bigeard livre dans ses souvenirs : « Il faudrait un livre entier pour raconter dans le détail ce mois d’août dans la résistance : le courage des Esapgnols, le comportement de mon équipe, les démélées avec certains FFI, FTP en particulier, l’accueil chaleureux des populations. Gonflé à bloc, toujours à la pointe des combats, le commandant espagnol Royo veut m’emmener avec lui pour lutter contre Franco. « Je te nomme général. ». Brave Royo. J’apprendrai qu’il sera tué quelques mois plus tard » – Général Bigeard. de la Brousse à la Jungle – Hachette.

On voit comment les « libérateurs » ont remercié le dévouement des militants espagnols : en les laissant se faire tuer par Franco, pendant qu’eux se lançaient dans les guerres coloniales en Indochine ou en massacrant les algériens à Sétif … Le dévouement des espagnols de l’ombre méritait certainement un livre, mais Bigeard n’en a jamais eu le temps, préférant décrire ses aventures de boucher sous les tropiques, ou il put se donner le beau rôle …

(8) Ce journal de marche est reproduit par Antonio Villanova dans son livre Los Olvidados, Paris, Ruedo Iberico, 1969, pp. 371-450.

(9) Camillo Berneri, anarchiste italien et Andres Nin, leader du Partido obrero de unificacíon marxista (POUM) furent assassinés à la suite des événements de la centrale téléphonique de Barcelone, en mai 1937, lorsque les communistes lancèrent une offensive contre le POUM et la CNT-FAI.

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d’après un texte de JP (CNT AIT Pau) paru dans L’Affranchi (n°14 – Printemps été 1997)

Les Enfants de Moissac : une leçon de désobéissance pour aujourd’hui !

Cela fait 80 ans cet été que démarrait une aventure extraordinaire : celle qui, malgré le joug imposé au pays par l’Etat Français du Maréchal Pétain puis directement par l’occupant nazi, allait permettre à un demi-millier d’enfants et adolescents juifs d’échapper aux rafles, à la déportation, à la mort. Une histoire dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, car les leçons qu’elle donne déplaisent à tous les pouvoirs [1].

Car contrairement à la version officielle qu’on essaie de nous faire gober, la Résistance et la protection des enfants juifs contre les déportation ne fut pas le fait de « policiers courageux qui choisirent le maquis » mais au contraire de gens très ordinaires qui ont désobéi à la police …

Cela fait 80 ans cet été que démarrait une aventure extraordinaire : celle qui, malgré le joug imposé au pays par l’Etat Français du Maréchal Pétain puis directement par l’occupant nazi, allait permettre à un demi-millier d’enfants et adolescents juifs d’échapper aux rafles, à la déportation, à la mort. Une histoire dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, car les leçons qu’elle donne déplaisent à tous les pouvoirs [1].

Car contrairement à la version officielle qu’on essaie de nous faire gober, la Résistance et la protection des enfants juifs contre les déportation ne fut pas le fait de « policiers courageux qui choisirent le maquis » mais au contraire de gens très ordinaires qui ont désobéi à la police …

Il y a en effet 80 ans, plus précisément en juillet 1939, que les Eclaireurs israélites de France devenaient occupants à Moissac (Tarn-et-Garonne) d’un bâtiment qui existe toujours, au 18 quai du Port, auxquels ils annexeront progressivement quelques autres bâtisses. Ils poursuivaient un grand objectif : à l’aube d’une période qu’ils anticipaient comme tragique, ouvrir une maison d’enfants.

Du début à la fin de la guerre quelques cinq cents enfants et adolescents juifs passeront par là. Ils y seront pris en charge, d’abord directement par un hébergement sur le site, puis, quand la rafle du Vel’d’hiver sonnera pour eux le début de la clandestinité, par un soutien sans faille dans les multiples planques qui avaient été recherchées en temps utiles.

Les plus jeunes avaient à peine 2 ans. Tous ces enfants avaient vécus une séparation d’avec leurs parents (parents souvent raflés, déportés, assassinés). Beaucoup avaient commencé à traversers les horreurs de la guerre, surtout les « étrangers ». Certains ne parlaient que leur langue à l’arrivée. D’autres avaient été extirpés, cadavériques et traumatisés, des camps français (Septfonds, Gurs, Le Vernet, Noé, Agde…). Beaucoup n’avait plus de famille.
Ceux qui animèrent la maison puis son réseau clandestin n’étaient guère plus âgés qu’eux. Ils avaient 17, 18, 20 ans, rarement plus. Plusieurs, torturés, déportés, fusillés, payèrent de leur vie cet engagement.

Mais, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, malgré la police française, malgré la milice, malgré la gestapo, pas un des « Enfants de Moissac », pas un de ces enfants recueillis et cachés ne fut pris et déporté [2].

Action de la police française sous Vichy : une tâche digne d' »éloges »

76 000 autres juifs en France n’ont pas eu cette chance. Eux ont l’ont été, déportés. Bien peu en sont revenus. A 90 %, ils ont été arrêtés non pas par les nazis mais par la police française*3. Toutes les forces de police ont apporté leur contribution à l’organisation du génocide. Les services « anti-juifs » spécialisées du ministère de l’intérieur bien sûr, mais aussi la gendarmerie et même la police municipale. Cette dernière a joué un rôle essentiel dans les rafles mais surtout par son action au quotidien, lors des contrôles « au faciès ». A Paris, des juifs « sans papier », aux papiers périmés, à l’étoile jaune pas assez visible, ou pris sous n’importe quel prétexte étaient arrêtés chaque jour par les « municipaux », immédiatement conduits en « panier à salade » au camp de rétention de Drancy, et de là acheminés vers les camps d’extermination. Une noria savamment entretenue.

Quant à la police nationale, tous les services s’y mirent sans complexe, dépassant même leurs attributions habituelles. Ainsi, pour la première fois, les « Renseignements généraux » avaient organisé une brigade de la voie publique. Comme les « municipaux », cette brigade « tapait aux papiers et contrôlait au faciès sur la voie publique à la recherche d’israélites… « *3. Les bureaucrates du ministère de l’intérieur ne furent pas en reste : le fichier juif, mis au point par des policiers français, « suscita l’admiration et la convoitise des services allemands et servit à organiser les rafles de mai1941 à février 1944 » [3].

Même si certains policiers ont appliqué mollement les consignes « … les pouvoirs des policiers, leurs prérogatives, leur savoir faire professionnel ont donné aux ordres qu’ils recevaient, une efficacité, des conséquences dramatiques » [4]

De façon tout à fait indéniable, la police française a donc, par son action, rendu possible l’exécution de la « solution finale », c’est-à-dire l’extermination des juifs du pays. Car « Toute action des policiers, même remplie avec répugnance leur a fait alimenter la machine à broyer » [5].

Les nazis ne se sont pas trompés sur la valeur de la contribution apportée au génocide par la police française. Ainsi, à la suite de la rafle des 16 et 17 juillets 1942 (considérée pourtant comme l’une des « moins réussies » par la préfecture de police),_ l’Höhere SS und Polizifuhrer in Frankreich Oberg publiait le message de satisfaction suivant : « Je vous confirme bien volontiers que la police française a réalisé jusqu’ici une tâche digne d’éloge. » [6]_

Protégés par la population

Pourquoi la police française, dont le professionnalisme et l’efficacité ont été couverts d’éloges – à juste titre si on ose l’écrire tant le constat est abominable – par les nazis a-t-elle échouée dans sa traque des enfants de Moissac ? Les raisons en sont à l’évidence multiples. Tout d’abord, l’extraordinaire clairvoyance de la situation, la perspicacité, l’altruisme et le courage dont firent preuve les animateurs de la maison d’enfant. Ensuite, certainement aussi, le soutien financier, jamais interrompu, de la communauté israélite. D’autres raisons aussi, probablement.

Mais, qu’aurait valu tout cela sans le soutien de la population locale ?

Longtemps après les faits, Shatta Simon, la principale animatrice de la maison d’enfants, déclarait : « Pour ce qui est de Moissac… je dois dire qu’on est tombé dans un pays où véritablement la population a été extraordinaire… il y avait quelque chose dans ce pays-là qui a fait qu’il y a eu une protection de la population » [7].

« Protection », c’est bien le mot qui convient : les exactions policières, les déportations, n’ont pas eu lieu grâce, aussi, à la protection de la population. Protection passive (très peu de dénonciations – contrairement au reste du pays), protection active (fuites d’informations sensibles vers la Maison, fabrication à la mairie de faux papiers quasiment à la chaîne, planques chez les paysans ou dans les internats du coin), bref, un sentiment de protection tellement palpable que le commissaire de police nommé en 1941 à Moissac, bien qu’ouvertement antisémite, ne se hasarda pas à intervenir directement, que le commissaire de Castelsarrasin fera « choux blanc » (les enfants étant opportunément partis « en camping » juste avant) et que les nazis eux mêmes n’arriveront pas à attraper qui que ce soit sur place.

Qu’ils soient tous des enfants de Moissac !

Les Enfants de Moissac se prénommaient Ida, Simon, Itzhak ou Ruth. Ils venaient de Pologne, d’Allemagne, d’ailleurs mais aussi de toute la France. Aujourd’hui, d’autres enfants, aux prénoms tout aussi lumineux, des enfants venus d’encore plus loin – d’Afrique Noire, du Maghreb, de Tchétchénie, d’Asie…, poussés par le famine, la misère, la guerre, tremblent chaque jour : un contrôle au faciès, une arrestation à l’école, une rafle dans le quartier… et, que vont-ils devenir ?

Aujourd’hui comme hier… parallèle à la fois éclairant et trompeur. Tant de choses si semblables et tant d’autres si différentes ! Les périodes de l’histoire ne sont jamais une pure répétition._ Evidemment. Ce n’est donc pas tant les similitudes factuelles qu’il faut y rechercher, mais la réflexion éthique qu’elles portent._

Qui étaient ces policiers français ? Si on enlève les antisémites chevronnés, minoritaires, il reste la grande masse des « je ne fais pas de politique » des « républicains », et même de ceux qui avaient eu leur carte dans des mouvements de gauche. Que disent-ils, à la Libération, quant ils sont tenus de s’expliquer ? Qu’ils n’ont fait que leur métier : appliquer la loi. Un point c’est tout [8]. D’autres ajoutent qu’ils en auraient fait moins si leur hiérarchie n’avait pas eu pour obsession de « faire du chiffre » [9] Il n’y a pratiquement pas d’autres explications à leur conduite. Ainsi, la culture de l’obéissance et la culture du résultat ont couvert moralement l’organisation du génocide. Il faudrait y ajouter, pour la population générale, la culture de la résignation.

Là sont bien les véritables question soulevée par l’histoire des Enfants de Moissac. Dans notre période où il ne se passe pas de jour sans qu’une nouvelle loi soit promulguée, où toutes les institutions (de l’école à la justice en passant par le sport) ont fait du « rappel à la loi » leur lei motif, où les fonctionnaires sont menacés d’être payés « au résultat », où on tente de nous faire croire que le capitalisme (une fois moralisé) et l’Etat son compère sont indépassables… l’histoire, celle des Enfants de Moissac comme celle avec un grand H, nous rappelle que les « valeurs » d’obéissance et « d’efficacité » servies par la résignation portent en elles les germes des pires crimes d’Etat.

A Moissac, pendant la guerre, il n’y a pas eu de miracle. Simplement, probablement par hasard, une plus grande concentration ici qu’ailleurs de femmes et d’hommes pour la plus part sans rien de bien particulier, sinon une absence d’obéissance aveugle, une part d’imperméabilité au discours dominant ; des hommes et des femmes qui ont su, chacun avec sa force et sa personnalité, maintenir ce qu’ils étaient au quotidien, sans baisser les bras, et cela en pleine occupation. Ce qui nous prouve bien une chose : même aux pires moments, une opposition populaire peut enrayer la machine à broyer du pouvoir.

Sachons le dire autour de nous, sachons convaincre nos amis, nos voisins, tous les autres, afin que tous les enfants menacés aujourd’hui deviennent à leur tour des Enfants de Moissac.

 »Papy »

[1] Les « démocraties » ont toujours su élever un « mur du silence » autour des vérités dérangeantes, ou même les censurer sans complexe. Ainsi, la première séquence du film « Nuit et Brouillard », d’Alain Resnais, a été censurée parce qu’elle montrait un gendarme français gardant le camp de Pithiviers. La guerre était finie depuis cinq ou six ans à la sortie du film, mais il était toujours interdit de dire la vérité sur le rôle de la police française de l’époque.

[2] Catherine Lewertowski, « Les enfants de Moissac, 1939-1945, préface de Boris Cyrulnick, Champs histoire, 2009

[3] Jean-Marc Berlière, « Policiers français sous l’occupation d’après les archives de l’épuration », Tempus, éditions Perrin, 2009

[4] Jean-Marc Berlière, « Policiers français sous l’occupation d’après les archives de l’épuration », Tempus, éditions Perrin, 2009

[5] Jean-Marc Berlière, « Policiers français sous l’occupation d’après les archives de l’épuration », Tempus, éditions Perrin, 2009

[6] S. Klarsfeld, « Le calendrier de la déportation des juifs en France », 1993

[7] Colette Zytnicki, « Moissac sous la Seconde guerre mondiale, il faut sauver les enfants juifs », Midi-Pyrénées patrimoine, n°6, avril-juin 2006

[8] Quoique… cette allégeance de principe à la loi devient beaucoup plus aléatoire quand cela concerne directement des policiers. Ainsi, bien que cela soit désormais la loi, avant d’agir, un commissaire demande prudemment à « être protégés contre les mesures qui pourraient être prises demain contre eux [les policiers] par le gouvernement de demain pour avoir exécuté les ordres de celui d’aujourd’hui » – déclaration du commissaire Shirat, in Berlière, op. cit.

[9] « Procès du commissaire Turpault, dans Berlière, op. cit….

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Article paru initialement en 2009 dans Anarchosyndicalisme, journal de la CNT-AIT

http://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article325

1939-1945: Anarchist activity in France during World War II

Patchy historical information about the activity of some anarchists – revolutionary and pacifist – in France during World War II and under occupation.

Patchy historical information about the activity of some anarchists – revolutionary and pacifist – in France during World War II and under occupation.</

This is summary of material from the C.I.R.A., Marseille, Bulletin No. 21/22 (Summer, 1984), which had the theme Anarchists and the Resistance.

Jean Rene Sauliere (alias Andre Arru) was one of the anarchist participants in the French resistance to the Nazis and their Vichy collaborators during World War II. He was born in Bordeaux in 1911 and became an orphan during the First World War. In early adulthood he made his living as a travelling salesman. He belonged to the Bouches-du-Rhone section of the Federation of Free Thinkers, and was elected its president. He also joined the anarchist movement and became a pacifist. Several years before the outbreak of the 1939-1945 conflict, he decided that he would never participate in any war. Like other pacifists and revolutionaries, he saw war as a solution worse than the evil it was supposed to combat. By 1939, Sauliere decided that he would not voluntarily submit to arrest for refusing to serve in the military if called. He intended to escape in order to continue the struggle as a pacifist and anarchist. This was a common attitude in the left libertarian and revolutionary syndicalist circles of the time.

In an article entitled « Reflections on Some Tall Tales, » written in the late 1970s and published in issue 21/22 of the C.I.R.A. Marseille Bulletin, Sauliere noted that the history of the French anarchist movement between 1939 and 1945 has been almost completely neglected, and when dealt with at all, has most often been distorted.

One of the examples he cited was from Jean Maitron’s History Of The Anarchist Movement, Volume 2, 1914 to the Present (published in France in 1975). Maitron dispensed with the period 1940-1945 by asserting that the French anarchist movement was inactive and disorganised until 1943 because it was « leaderless » at the beginning of the war. He also asserted that some of the anarchists were « Germanophiles, » others were Gaullists, and most were simply involved in individual survival during the war. But Sauliere, who was an active participant in the anarchist and anti-Fascist movement during the war, asserted that the charges that some anarchists were « Germanophiles » or Gaullists were definitely untrue. Sauliere did note that the pre-war anarchist movement was suppressed in France, after the general mobilisation was declared in September of 1939. Its members were either inducted into the military, refused the draft, went into hiding, or were put under police surveillance. Louis Lecoin and a large number of other well-known anarchists wrote, signed and distributed a leaflet titled « Immediate Peace » a few days after the declaration of war, for which they were all arrested. At the same time, all anarchist literature was banned because it was basically anti-militarist and anti-war.

Nevertheless, Sauliere indicated, there were a number of individuals and groups who began rebuilding the movement soon after the start of the war. Neither lack of « leadership » nor lack of motivation were hindrances. The number of French anarchist activists had been small before the war relative to the numbers of activists involved in authoritarian left groupings. So, although many of them began undertaking activity, their criticisms of the established unions and political left, and their small numbers, left them relatively isolated. This, in combination with the severe repression and police surveillance, made organised anarchist activity during the war years very difficult.

Before the war Sauliere was actively involved in the Bordeaux anarchist group. A number of other members in the group held the same anti-war, anti-military position as he did, and a number of the other young men had also decided to avoid the draft if war came. But Sauliere was the only one in the group who followed through when the general mobilisation was announced. He went into hiding for five months in Bordeaux, until he was able to get papers that identified him as a person medically unfit for military service. With these, in February 1940, he went to Marseille, where he was less well known by the authorities.

Adopting the name on his papers, Andre Arru, he contacted French, Italian and Spanish anarchists living in the area. Later he was joined by a Bordeaux anarchist comrade named Armand, who had been discharged from the military. They formed a libertarian group and began writing leaflets and pamphlets which they printed themselves. In the centre of the city, during the night-time curfew, they put up posters and distributed the leaflets in mailboxes and other places. In the beginning there were only two activists regularly involved; but their numbers grew to twelve as the war went on. At first, they were only able to print a few dozen small leaflets using very simple techniques, but later, with the help of activists in other cities, they were able to do professional printing of one to five thousand copies. From early 1940 on, they produced literature attacking the Fascists and all those responsible for the war, including capitalists and the Stalinist dictatorship. The Marseille group put out at least five different publications of one thousand or more copies each: a leaflet titled « Too All Intellectual and Manual Workers », a poster headed « Against Fascism and Dictatorship, » a poster headed « Death to The Brutes », a 45-page pamphlet titled The Guilty Ones, and a 12-page bulletin named REASON.

The Marseille anarchists also made and maintained regular contact with anarchist groups in other cities and individuals in the area who worked with them. They were in touch with people in Paris, Nimes, Lyon, Montpellier, Toulouse, Foix, Var and elsewhere. They made contact with the anarchist printers Henri and Raoul Lion in Toulouse, who were actively involved in the French Resistance movement. The brothers printed posters, leaflets, the first issue of Reason, and the pamphlet The Guilty Ones for the Marseille group, as well as books and other anarchist literature. They were eventually arrested and sent to a concentration camp, where both died. The Marseille group’s literature was distributed locally and in the other cities where anarchists were active.

The bulletin Reason: Organ Of The International Revolutionary Syndicalist Federation, issue No. 1, June, 1943, contained discussions of the Katyn Forest massacre, the Spanish Revolution and current events in France from a libertarian perspective.

The Russian anarchist Voline was living in the Marseille area. Even though he was under police surveillance, he was able to evade the authorities in order to participate in the work of the group. He helped to put together and distribute the pamphlet The Guilty Ones, among other things. Sauliere/Arru also received assistance from Pierre Besnard, former secretary- general of the Revolutionary Syndicalist General Confederation of Labour (CGTSR), french section of AIT-IWA, in working on this project.

In his book, Maitron asserted that the anarchists did not have very many meetings during the war, especially before 1943, and that the meetings they had were not very serious. But Sauliere, in « Reflections on Some Tall Tales, » noted that he attended quite a few meetings, many of them before 1943, both in Marseille and in other cities, along with anarchists from a number of places. The discussions they had were quite serious, including analyses of current events and debates about whether they should cooperate directly with non-anarchist anti-Fascists in their ongoing activities or remain separate and independent from the rest of the organised resistance. Many individual anarchists chose to be involved in the establishment Resistance as well as taking part in separate left libertarian group activities. Others preferred not to subject themselves to the hierarchical command system of the Resistance, in which they would have to follow the orders of Gaullists, non-Gaullists, Communists and other authoritarians. Because of their resistance activities a number of anarchists were arrested, imprisoned and, like the Lion brothers, sent to concentration camps.

The French anarchist groups worked closely with the underground Spanish anarchist movement in France and inside Spain opposing the Franco regime. They also had cooperative working arrangements with people and groups outside the anarchist movement.

In 1943 there was a clandestine anarchist conference in Toulouse. It was organised and attended by delegates from Marseille and the other cities mentioned above, plus a representative from the underground movement of Spanish libertarians living in the departments of Ariege and Haute-Garronne. The group formed at the conference published literature under the name International Revolutionary Syndicalist Federation, F.I.S.R. was the French acronym. It advocated revolution by means of the general strike, which would be a prelude to a new social order founded on universal human solidarity in the place of exploitation of human being by human being.

One of the posters the Marseille group wrote and published was « Death to The Brutes ». The title was intended to catch the eye of passer-by. The « brutes » referred to were the heads of the Nazi, Fascist, Francoist, Stalinist, Vichy, British and American states, the generals and their accomplices. The poster argued that they were all responsible for the war and the horrors that resulted from it.

One of the examples of distortion of anarchist wartime history which most disturbed Sauliere appeared in the best-selling book Everything Is Possible: The French Leftists 1929-1944 by Jean Rabaut (published in France in 1974). The book primarily recounted the history of the French Trotskyists, but also mentioned anarchist activity during World War II. Rabaut referred to the poster « Death to The Brutes, » although he did not reprint its text. He offered his readers a very distorted description of its contents, stating that it urged people to nail all « brutes » to doors, including those wearing the symbol of the « five-pointed star. » He went on to note that this supposed contempt for the wearers of the « five-pointed star » did not stop Sauliere and his comrades from risking their freedom and perhaps their lives by making forged identity papers to help Jews. In fact, the only truth in Rabaut’s statement was that the Marseille group did, indeed, produce papers to help Jews and politically involved people evade Nazi and Vichy persecution.

Sauliere was very disturbed by the false charges. He asserted that the text of the poster was not at all anti-Semitic, as implied by Rabaut. In fact, it did not refer to wearers of the « five-pointed star » at all, but to those who wore the red star, symbol of the Bolshevik state. The point was that the rulers of the Soviet state should be viewed like all other rulers.

Sauliere insisted that anti-Semitism never existed among the anarchists involved in the Marseille group, and to imply that it did was a gross falsification. When challenged by Sauliere, Rabaut, in a letter, admitted that he had not checked the facts relating to his charge, apologised for his misstatement and promised to correct it in future editions of his book.

Sauliere and his anarchist comrades in Marseille, as noted above, produced forged identity papers to help political refugees and Jews. They also sheltered a number of people who were fleeing the Vichy government and Nazi occupation authorities. A couple they had assisted were arrested by the Vichy police and were intimidated into revealing the source of their false documents. Because of this, on August 3, 1943, Sauliere, his companion Julie Vinas (who was a Spanish political refugee) and another French anarchist, Etienne Chauvet, were arrested by the Vichy police. When the police broke in, the three had just printed and were preparing to put up the poster « Death to The Brutes. » Three other comrades who were planning to help with the pestering were warned by a neighbour in time to avoid capture.

The arrested anarchists were interrogated for five days, but luckily were not tortured. The men were sent to the Chave prison in Marseille and Vinas to a prison hospital.

In prison Sauliere/Arru and Chauvet met Communists, socialists and Gaullists, who had also been arrested for resistance activities. The two anarchists openly criticised the Petain regime and refused to go along with the celebration led by the Communists to mark the October Bolshevik revolution, or to sing the patriotic songs the Communists sang to impress the Gaullists with their loyalty to the French nation-state.

In March of 1944 some of the Communists, led by one Charles Poli, organised an escape, and invited the Gaullist prisoners to join them. The escape was a success; but seven of the political prisoners were left behind, five, including the two anarchists, for purely ideological reasons. In her book History Of The Partisan Groups (M.U.R.) Of Bouches-Du-Rhone From September 1943 To The Liberation (published in 1962) Madeleine Baudoin included an interview she had with the Communist Poli. He confirmed to Baudoin that the Communists purposely left the anarchists behind in prison because of their anti-patriotic attitudes. He was aware that the two had participated in the resistance in various ways, including forging papers to help people fleeing the Nazi and Vichy authorities. But, he asserted that, as Communists, he and his comrades loved France and were true patriots. They could tolerate differences of opinion and would have been willing even to help monarchists who shared their love of France, but not anti-patriotic anarchists.

After the escape, the political prisoners left behind were transferred to the prison at Aix, from which they escaped, at the end of April 1944, with help from the local resistance organisation. Many years later, Sauliere learned that he and Chauvet had been scheduled to be sent to a concentration camp from the prison at Aix.

On their way to safety, two of the escaped prisoners had to be left behind because they were too sick to walk the distance to the rendezvous point arranged for meeting their local resistance guide. Those who made it were taken into the countryside, where a maquis unit was forming. The escaped prisoners were asked by the F.T.P. leader if they wanted to join or go their own way. The two anarchists decided to go off on their own to rejoin their own contacts. So, after a few weeks of rest, they were given forged identity papers and food and were escorted to a town. Sauliere then contacted other anarchists and was joined by his companion Vinas, who had been released six months earlier. Together they went to Toulouse at the end of June, 1944 and re-contacted other anarchist comrades there.

The groups in the region had been inactive since the August 1943 arrest because of fear of police surveillance; but activity was renewed as soon as Sauliere and Vinas became involved again. In August, 1944, the Toulouse group put out a pamphlet, which was printed and distributed the same day the German army evacuated the city. They had great hopes for the future – everyone « assumed that the Francoist regime would now be overthrown and a republic could be restored in Spain.

Although Sauliere understood fairly clearly that the end of the Second World War would not bring the rule of social justice, at first he believed that things would surely be better than before the war. He felt that things would have to be different because people had learned from the mistakes of the past and because all of the political ideologues had been discredited. But he later recognised that he and his comrades had been naively optimistic; and, by the 1970s, he sadly acknowledged that there was less social justice after the war than before. Despite this, Sauliere continued to believe that he and his anarchist comrades had acted as they had to. When interviewed in Marseille in 1970 by Madeleine Baudoin, he asserted that, given the same situation, he would do it all again, but would try to learn more lessons from history and not repeat mistakes.

After the war Sauliere continued his anarchist activities, settling in Marseille again. In 1948, because of his wartime draft resistance, he was sentenced to a five-year prison term. But this was suspended because he was able to produce twenty- eight affidavits from people who had known him in the resistance.

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Interview With French Anarchist André Arru

André Arru

Jean-René Saulière, aka André Arru was born in Bordeaux on 6 September 1911. When the Second World War was declared, he refused to answer the draft and made his way to Marseilles where he founded an underground anarchist group, one of the members of which was Voline. It was one of the members of this anarchist group, a Marcel-André Arru, who let him have the army discharge book in his name.

Q. So you arrived in Marseilles in 1940?

A. On the morning of 13 February to be precise. As a draft-dodger I had changed my name to André Arru. I shall skip the details of how I settled in Marseilles insofar as that is a matter for myself alone. I was lucky enough to find work quite quickly. I ran and manned a small filling station, No 46, on the Route Nationale in Saint-Loup. There was a puncture repair shop there too. That lasted for only six months, up until petrol ran short. From the owner I then borrowed enough money to set up a bicycle repair shop. Armand Maurasse, a black comrade, had been called up and been sent to Syria. When he was demobbed, I sent for him. Since Bordeaux was in the occupied zone by then, there was no way he was going back there. With his help I started to run off stickers and hand-written leaflets. We would go out at night to stick them up on posts and at tram stops .. As for my position in society, I made the most of my status as a « reject » – and I was not the only one – by learning the trade of vulcanisation and then of bicycle repairer. Which was a far cry from my recent employment as a salesman. I made every effort to procure the necessary papers to substantiate my adopted identity. Little by little, I accumulated rent receipts, an artisan’s card from the Trades Council and finally an identity card made out in the name of André Arru, duly stamped and signed by the police: which gave me an idea. Then I made the acquaintance of Francois, who was of Italian birth and who had fled to France before the war to escape imprisonment by the fascists. We chatted and he eventually gave me addresses of other refugees, some of them anarchists. And so our group began to take shape.

Q. And how did you meet Voline for the first time?

A. In happy circumstances. At one meeting a comrade happened to mention Voline and said that he was living in Marseilles. I knew him only by reputation, through his writings and his activity. He had lodgings in the Rue Edmond-Rostand, a couple of yards from the prefect’s office. I called there to see him one evening. I was rather overawed but was soon put at my ease. I will skip the preliminaries. I spelled out my intentions and my situation to him. As I saw it, we had to relaunch an anarchist movement that would, of necessity, be an underground movement; we would have to get in touch with the old hands, rise above factionalism and engage in propaganda by whatever means we could, etc. I had no need to argue my case. He had heard me out attentively, put a few questions to fill in the gaps and then he told me where he stood with regard to the French police. He was required to report regularly to the prefecture for purely ‘regulation’ questioning. There was no big file on him but his appearance, his command of French, his refusal to make any secret of his anarchist philosophy all made him look like some sort of a utopian to the police questioning him. I came away from our two or three hour meeting reassured, stunned and delighted. I was 30 years old at the time and Voline a little over 60. Yes, I found it marvellous that we had hit it off so quickly, so well and so profoundly. At the time, being caught in the act of anarchist propaganda meant going straight to jail: volunteers were few and not overly enthusiastic. My plans worried those who already had records on account of their pre-war activities. The political refugees were in the same boat. Moreover, I was a stranger in Marseilles and the border between the occupied zone and the supposedly free zone made communications difficult.

Q. And then ..?

A. Gradually our group took shape. Voline’s presence at our meetings had a lot to do with that. Ours was a truly international crew. It included Italians, Spaniards, a Czech and a Russian. We used to meet at my place in a room that I pretty much used as a storeroom or somewhere for comrades or other fugitives to bed down. It was there that I drafted our first handbill of any note. It was addressed to « All workers of brain and arm ». It had been worked out with Voline, discussed at our meetings, then was printed up in Toulouse, then finally slipped through letterboxes after curfew. It was also posted up on walls.

Q. Voline hardly took part in posting them up, did he?

A. He did volunteer a few times, but I dodged giving him an answer. On several occasions – I was fly-posting with Armand – we had been forced to take to our heels to escape being arrested. Anyway, Voline was plagued by chronic stomach trouble. He had picked it up as a prisoner in the Peter and Paul fortress in the tsar’s day. After one meeting, he took me to one side and told me: « You know, I doing pretty well right now. You should count me in as part of the fly-posting squad. » Most often a group was made up of two comrades, rarely three and nobody ever acted alone. At the time that Julia, Étienne Chauvet and I were arrested a short while after that, we had seven teams out posting up a handbill entitled: « Death to the cattle! » Had it been put up, it would have created a sensation the following day. Alas!

Q. And these meetings you held, what did you talk about?

A. At first, of necessity, the events of the day. Then there was communication with the Spanish movement with an eye to joint operations. We had to lay the groundwork for a clandestine congress and we were on the lookout for correspondents in towns where we had no contacts. We already had contacts in Beaucaire, Nîmes, Lyon, Montluçon, Clermont-Ferrand, Paris (where I had established contact with Laurent, Toublet, Bouye and others), Montpellier, Toulouse, Agen, Foix, Villeneuve- sur-Lot … We were faced with another problem: should we have contacts with the Resistance? A schoolteacher who attended our meetings and who had written the « Lessons of the Past » piece under the « Trade Unionism » rubric in La Raison, disclosed to us that he also worked with the Resistance. He took some soundings and reported back to us: every applicant would be approached individually. On acceptance, he would be put in touch with a Resistance member who would give him assignments to carry out and there could be no discussion about these. No one was agreeable to these conditions. Our position as set out in our writings was: we accused Hitler and Mussolini of responsibility for the war, but we also pointed a finger at Stalin and international capitalism as represented by Churchill and Roosevelt, not forgetting Petain and the rest. In 1974 Pierre Guiral wrote in The Liberation of Marseilles (pp.46 and 47): « And let’s not overlook the anarchists in a town where they still had ‘sympathisers’. Jean-René Saulière, alias André Arru, managed to set up a small, underground, strictly libertarian group hostile to the Germans, to Vichy, to capitalism, to those warmongers and the Stalinist dictatorship. It delighted in mounting up enemies, so much so that the anarchists were to be as suspect in Gaullist eyes as they were in communist ones (…) »

Q. And did Voline involve himself in this debate?

A. He was rarely absent. It was very often he who did the summing up in our discussions. He was very busy too. To support himself he did a few hours’ work for a business house every day, whilst he was cashier at matinee and evening shows at the Le Gymnase theatre, and he gave French and German lessons to kids who had fallen behind a bit in their studies and, then again, he wanted to get on with the writing of his book, The Unknown Revolution which was quite properly a cherished project with him. I knew that he ate poorly and ate little, because his finances did not allow him access to the black market. Every time I invited him to dinner or lunch he came up with some excuse for not accepting. One day I suggested that he give Julia French lessons and me German lessons. He was an outstanding teacher. He patiently encouraged his students along and always found that they were progressing. The lessons he gave me were placed in the context of German history and every single word or phrase played its part.

Q. And did he contribute to meetings?

A. Yes, he was very well received. He was the wise man who knew how to calm things down.

Q. Who drafted your handbills? How was that done?

A. I honestly believe that I was the one who drafted our handbills, posters and pamphlets. As far as La Raison goes, there was a different writer covering each rubric: « Trade Unionism » was the teacher’s province: « History » was handled by San Clemente; I wrote « The Katyn Forest »; « It’s all up this time » was by Voline; And Voline and I co-wrote « The reason for La Raison« . As for the pamphlet Les Coupables (The Guilty Ones), I drafted that on my own, before correcting it with Voline’s help before it was put to Pierre Besnard (who was living in Bon-Encontre, 6 kilometres outside of Agen) who wanted to add on a closing part, an outline of the organisation of the society of the future. When I got back, Voline was furious when he discovered that this had been added and I was overwhelmed by the whole scheme which struck me as unconvincing. After a re-reading, the decision was made to have it printed up by the Lion brothers. Friends put up the money for that pamphlet – But the security police inspector who interrogated me refused to believe this. In his report he wrote: « Moreover, there is a curious excellence in the quality of the paper used and I for one would not be surprised to find that this organisation is overseen by citizens of a foreign power or hired individuals eager to sow disorder through their supporters. »

Q. And how did relations with the outside world go?

A. Much as I have said. When I tried to extend the movement, I have to travel and yet my workshop had to stay open, so Armand at first and then Chauvet took over the running of it. The first address I had was a craftsman, comrade Noël, in Agen. He was trying to rally his friends himself. He was an enterprising sort. He introduced me to the engraver who made me the twelve phoney rubber-stamps. He also led me to Pierre Besnard’s door. In Toulouse he introduced me to the printers Antoine and Henri Lion. It was in Toulouse that I met René and Marcelle Clavé. Throughout our time in detention, Chauvet and I had been receiving good quality food parcels from them. Not the sort of thing one forgets! I also established contact with the brothers Charles and Maurice Laisant. Tricheux and his wife Paule, Étienne who ran a restaurant where meetings where held, and others whose faces I can recall but whose names escape me … Around 1941, Pierre Besnard had a book printed up in Toulouse but it was not for distribution, because it contained the author’s signature and photograph. Copies were buried so that they could be circulated once the war was over (…) To return to that Les Coupables pamphlet, I was informed at the beginning of 1943 that copies were ready. So off I went to fetch them. At the printer’s, I placed them in two suitcases. On arrival in Marseilles, I dropped them off at the left luggage office at the railway station. I went back that afternoon to pick them up. Just as I was boarding a tram, an officer from the economic police tapped me on the shoulder and said to me: « What are you carrying in those cases? » I told him it was students’ theses. Together with the Lion brothers, we had made up bundles and since there were theses lying around in the printshop, I had the idea of sticking one on top of each bundle of pamphlets. So I threw the suitcase open, he peeped inside, must have seen the word « thesis » and allowed me to proceed. A close call!

Q. And you took part in a number of congresses with Voline?

A. In 1943 we agreed to our old pal Tricheux’s suggestion that a congress be held. Tricheux’s home was roomy and set in a large piece of ground where he grew a few things. It was located on the outskirts of town. Voline was not allowed to move outside of Marseilles, yet was keen to attend. I had some phoney papers made for him. The risk he was running was high, but everything went off well. At that congress, three delegations from the Spanish movement attended as observers. When we were leaving, one of the members of one delegation came up to tell me that he was impressed by the seriousness of our work. Voline made a number of outstanding contributions.

Q. How many of you were there?

A. Fifteen to twenty of us. Several delegates from Toulouse (groups or individuals), from Foix, two girl delegates from Paris, from Marseilles (Voline, San Clemente and I). And there were letters of support from Thiers, Clermont-Ferrand, Lyon, etc.

Q. And afterwards?

A. The congress finished on 20 July: Julia, Chauvet and I were arrested on 3 August In personnel terms, the damage was none too great, just the three of us. I was on my own when the police came. I was immediately placed in handcuffs. That must have been somewhere between 3 and 6 o’clock in the afternoon. Julia turned up. I immediately showed her the cuffs and told her (in Spanish): « Not a word! Not one! You don’t know a thing! Not a thing! » One of the cops barked « Shut up, you! » but he was too late by then. Chauvet arrived later and promptly bumped into the policemen. They had just found the rubber stamps, handbills, birth certificates and now things were out of their hands. One of them went off to phone from a neighbouring bar where the owner sent out the word through the grapevine. Francisco Botey who arrived shortly after Chauvet found a helmeted, armed, uniformed police officer and immediately took the stairs before coming back downstairs with one of the tenants and racing off to use the telephone himself. We were loaded into a police van with the handbills and the rest of the stuff. This was at about 8 o’clock. They questioned us over five days, with no brutality used. All of our mates had been tipped off in time. Under questioning, I learned that a couple of elderly Jews, caught with phoney papers, had given my name. With the questioning over and reports drawn up, Julia was committed to the Présentines prison: then a while later, having been taken ill, she was moved to the Conception Hospital. Chauvet and I were committed to the Chave prison and initially placed in a one-man cell together. There were six of us in it. The walls were stained with blood – the blood of fleas squashed on a daily basis. We were thrown in among the criminal offenders. We were then moved to the political wing with the Gaullists and communists. Neither was inclined to forgive us our anti-patriotism and when the National Liberation Movement orchestrated a breakout in March 1944, the communists refused to open our cell on the grounds that « we were not patriots ». After that we were moved to Aix-en-Provence in handcuffs, each of us cuffed to a gendarme and escorted by a GMR vehicle which followed us with its guns cocked. On the night of 24-25 April 1944, the Franc Tireurs et Partisans (FTP) resistance group organised an escape with assistance from inside the prison. This time we were included. Everything went well and after spending a month with a non-combatant maquis, I was able to rejoin Julia in the home of a friend of Lorgues’ in the Var department. Chauvet left to join some relatives he had in the Vaucluse whilst Julia and I moved to Toulouse.

Q. And you resumed your activities in Toulouse …

A. We left the Var department on Pentecost Sunday 1944. The night before the railway lines had been bombed. We caught the 7 o’clock morning train to Marseilles and arrived in Toulouse at about 11.00 pm. Our friends the Claves were not at home but we managed to take a room in a hotel. Later I re-established contact with other comrades. Toulouse was liberated early, in August 1944. The German troops manning the Southwest passed through the city on their retreat. Together with Maurice Laisant, a handbill had been drawn up to rally anarchists and anarcho-syndicalists. It was entitled « Manifesto of the anarcho-syndicalist inclined libertarian groups ». A group was promptly formed. Later the Spanish movement suggested that I revive the SIA (International Antifascist Solidarity). I became the SIA general secretary.

Q. You were still in touch with Voline at the time?

A. Yes, I had been in touch with him throughout. When we passed through Marseilles en route to Toulouse, we met up in the Saint-Charles station. I wanted him to join me in Toulouse to launch an SIA newspaper. He agreed, on condition that everybody was happy with the idea. They were not. A pity, because Voline was very competent in this area and would have been able to speed up the launch. In October 1944, there was the pre-congress in Agen, the aim of which was to rally anarchists of every persuasion. Voline attended. So did Julia and I. We were delighted to meet up again. Voline was very worried about the cracks that were starting to emerge in Paris. The pre-congress drew delegates from Agen, Villeneuve-sur-Lot, Bordeaux, Langon, Toulouse, etc. Louis Louvet who was publishing Ce qu’il faut dire (What Needs Saying) and Simone Larcher had sent letters of apology setting out the situation of anarchists in the Paris region. For the time being the Agen pre-congress papered over the cracks. Voline spent an extra day with us in Toulouse before returning to Marseilles where he had a lot of work on.

Q. When he fell ill, how did that come about?

A. We used to write regularly to each other, then, all of a sudden, replies to my letters stopped coming. This went on for two months until one long letter came telling me that he was in the Conception hospital, that he was doing a lot better and meant to go home just as soon as they would allow him. He claimed that his « stomach trouble » had returned, adding that the quacks were useless. He was somewhat afraid of medicine because both his parents had been doctors. I knew him well enough to know that I could believe him except where his health was concerned. So I set off for Marseilles the next morning. I went along to the hospital and was allowed to see him behind glass. He was in quarantine, the doctors fearing that he had something contagious. I saw the hospital manager to get permission to step inside the glass cage and stay there as long as I could. I pulled it off. We talked a lot about The Unknown Revolution, but very little mention was made of his health. He told me how the nurse taking his blood pressure had been stunned: it did not register. He had begun again with a different piece of equipment and the result was the same. And as Voline pressed him, he got the anxious response: « This is impossible. You have no blood pressure! » Physically, he had shrunk a lot and must have been down to 40 or 50 kilos. His mind, however, was as sharp as ever. He was very lucid. The nurses and doctor told me in fact that he did not know what was wrong with him. They meant to hold on to him for a little while longer. I returned to Toulouse whilst keeping in touch with him. A few weeks later, he wrote me that he was due to leave hospital and was planning to go home. Off I went to Marseilles again. I had some epic conversations with him. Voline was absolutely determined to go home but I tried to talk him out of it. There were the stairs to climb and errands to be run. He would not last the fortnight and was going to kill himself. I managed to talk him round. I had to find him somewhere to stay: getting him out of the hospital was not easy: petrol was rationed and there were more petrol coupons than petrol in circulation. Eventually I found a couple of Spanish comrades – Francisco Botey and his wife Paquita – who agreed to take in our friend. They did not have much room, having two children, but they had a cottage in La Treille. It was airy and well-lit. A doctor friend of Voline’s ferried him to the Boteys’ place where he stayed for a time. Then his son, Léo, took him up to Paris. Voline was then given a thorough examination by a doctor friend whom he had invited to call on him. The X-ray results were emphatic: tuberculosis and exhaustion. He returned to Laennac. And on 18 September 1945, Voline died.

From: Itinéraire (Paris) No 13, 1995. Translated by: Paul Sharkey.

RAPPORT DE LA POLICE DE VICHY SUITE A L’ARRESTATION D’ARRU

Dans son rapport en date du 7 août 1943, adressé à M. le Commissaire divisionnaire, chef du Service Régional de Police de Sûreté, le Commissaire de Police de Sûreté MATTEI Robert de la Section des Affaires politiques précise au sujet de la découverte de tracts anarcho-syndicalistes et de faux cachets au domicile du nommé ARRU André

Dans son rapport en date du 7 août 1943, adressé à M. le Commissaire divisionnaire, chef du Service Régional de Police de Sûreté, le Commissaire de Police de Sûreté MATTEI Robert de la Section des Affaires politiques précise au sujet de la découverte de tracts anarcho-syndicalistes et de faux cachets au domicile du nommé ARRU André

j’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de l’enquête que j’ai effectuée conformément à vos instructions et après avoir acquis l’assurance par Mr L’INTENDANT REGIONAL DE POLICE, qu’en aucun moment les autorités allemandes n’exigeraient que les individus compromis dans cette affaire ne leur soient livrés.

Puis on lit dans ce même rapport au sujet d’André ARRU et d’Etienne CHAUVET :

ARRU, que l’on doit considérer comme un « illuminé » possédant une instruction secondaire assez poussée n’a fait aucune déclaration intéressante ; volubile et verbeux pour les faits sans importance, il s’est renfermé dans le mutisme le plus absolu, toutes les fois qu’il a été nécessaire de lui faire donner des détails précis, et pour reprendre sa propre expression rien n’aurait pu le faire sortir de sa réserve « quels que soient les moyens qui auraient pu être employés ». …

ARRU est cependant dangereux « théoriquement » ; ce n’est pas en effet un individu qui se signalera par des actes de terrorisme bruyants et sans effet, mais il est dangereux en raison de son intelligence et de son activité.

Le nombre imposant et la qualité des documents découverte chez lui montrent de façon très nette et ce, malgré ses dénégations, qu’il était à la veille d’une distribution intensive de tracts et de brochures extrémistes.

Son employé, le nommé CHAUVET, est à l’échelle inférieure l’image exacte de son « chef ». Intelligent, mais dans l’impossibilité de raisonner logiquement, intoxiqué par ses lectures subversives, CHAUVET a reconnu que son activité politique devait le conduire prochainement à diffuser les documents qui étaient entreposés chez ARRU

Les époux Grindlinger [qui ont dénoncés ARRU], ces deux israélites qui comme leurs coreligionnaires essayent depuis 3 ans d’échapper aux recherches de la Police, ils sont victimes de leur peur et des évènements.

En conclusion de ce rapport on lit :

Sommes-nous en présence d’une puissante organisation clandestine ? ARRU est-il à la tête d’une officine fonctionnant uniquement pour la délivrance de fausses pièces d’identités ? Ce sont deux points que le mutisme [1] d’ARRU ne nous ont pas permis d’établir de façon précise ?

ARRU prétend n’être que dépositaire ; toute la documentation trouvée chez lui aurait été déposée temporairement par un nommé « VICTOR ».

Les tracts et les brochures font ressortir le caractère indépendant de cette organisation qui n’est affiliée ni au Parti Communiste ni au Parti Gaulliste. Il est très curieux par ailleurs de constater l’excellente qualité du papier employé et je ne serais pas étonné pour ma part de trouver à la tête de cette organisation des ressortissants d’une puissance étrangère ou des individus à sa solde désireux de créer le désordre par l’intermédiaire de ses partisans.

Enfin, il est certain que ARRU ne s’est pas contenté d’établir quelques cartes d’identités ou de valider des récépissés périmés. Mais il est à peu près certain qu’il n’a pas agi dans un but intéressé.

Ennemi de l’ordre social actuel, vivant dans la mesure du possible en, marge de notre société, ARRU a partiellement de la sorte, mis en pratique l’une de ses théories humanitaires.

Le Commissaire de Police de Sûreté.

Destinataires de ce rapport :
-   Mr le Procureur de l’Etat Français à Marseille

-   Mr le Directeur des Services de la Police de Sûreté à Vichy

-   Mr l’Intendant Régional de Police à Marseille.


[1] souligné dans le rapport par l’auteur

À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSEE ET DES BRAS ! ( tract diffusé à Toulouse et Marseille en 1943)

Tract « À tous les travailleurs de la pensée et des bras’ » (on reconnaît dans cette appellation l’influence de la Charte de Lyon de la CGTSR-AIT), tiré à Toulouse en 1943 à 5 000 exemplaires, dans l’imprimerie des frères Lyon.

Ce tract a été composé à Marseille par Jean Saulière, alias André Arru, Voline et leurs camarades. Il définit la position politique des anarcho-syndicalistes nous l’Occupation.

Tract « À tous les travailleurs de la pensée et des bras’ » (on reconnaît dans cette appellation l’influence de la Charte de Lyon de la CGTSR-AIT), tiré à Toulouse en 1943 à 5 000 exemplaires, dans l’imprimerie des frères Lyon.

Ce tract a été composé à Marseille par Jean Saulière, alias André Arru, Voline et leurs camarades. Il définit la position politique des anarcho-syndicalistes nous l’Occupation.

FEDERATION INTERNATIONALE SYNDICALISTE REVOLUTIONNAIRE

À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSEE ET DES BRAS

Au moment où l’humanité, dirigée par des fous, des arrivistes et des hypocrites, s’effondre sous les coups répétés des appétits des profiteurs de toutes sortes, nous jetons, une fois de plus, un appel sincère à tous les individus raisonnables et pratiques, pour essayer d’éviter la destruction totale et, profitant du chaos actuel, de les orienter vers une organisation sociale rationnelle et humaine.

Indéniablement, c’est par la faute de tous les gouvernements que le sang des travailleurs coule à flots, dans tous les pays, depuis plus de trois années. Si, effectivement, ce sont Hitler et Mussolini qui, en dernier lieu . provoquèrent le conflit, il y a d’autres responsables : la finance internationale, les trusts industriels et financiers qui, de 1919 à 1930, financèrent le mouvement fasciste italien et le national-socialisme allemand et, de 1930 à 1939, payèrent la presse des différents pays démocratiques et fascistes, pour faire les campagnes bellicistes qui devaient provoquer un réarmement puissant et sans limite de toutes les nations, qui devait trouver sa conclusion dans la guerre actuelle, en même temps que le conflit enrayait tout mouvement de libération des masses travailleuses.

Le conflit actuel est l’oeuvre des puissances d’argent de chaque nation, puissances qui vivent exclusivement et internationalement de l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est aussi le résultat des compétitions internationales, des compromissions et des rivalités politiques des hommes et des systèmes, de la vénalité, de la faiblesse, de l’hypocrisie, de l’inconscience des politiciens du monde entier.

Et nous n’exceptons personne.

La diplomatie secrète a sévi aussi bien à Londres qu’à Berlin, à Paris qu’à Moscou, à Washington aussi bien qu’à Tokio.

Aujourd’hui, les impérialistes d’hier se posent en libérateurs. Les fabricants et les trafiquants du Traité de Versailles, les inventeurs et les torpilleurs de la Société des Nations, les complices d’Hindenburg et de Dollfüs, les étrangleurs de la Révolution espagnole, les fomenteurs des contre-révolutions du Mexique, les fournisseurs de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie mussolinienne prétendent, ô ironie ! mettre de l’ordre dans le Monde, eux qui n’ont jamais vécu que du désordre et de l’incohérence des nations des deux hémisphères.

Que nous propose et le sordide impérialisme anglais et le féroce capitalisme américain ? Tout simplement le retour à « l’avant-guerre », le retour au statut-quo de Versailles ou à quelque chose d’à peu près semblable, et la réinstallation de la Société des Nations, la continuation de l’exploitation du travail par le capital, la banque maîtresse du monde, l’Or-Roi, les mille et une combinaisons diplomatiques, les mille et une combinaisons politiques et financières que nous connaissons. En somme, de quoi re-préparer une bonne petite guerre mondiale dans 25 ou 30 ans, si les Peuples sont incapables d’instituer la véritable Société des Peuples qui garantira la Paix et organisera le monde, par la Révolution sociale universelle.

Que nous proposent, d’autre part, les sinistres apôtres de la « Révolution Nationale » ? Une Révolution à rebours, qui rejetterait l’humanité en arrière vers les époques les plus sombres de son existence, dans l’abîme d’un fanatisme racial et religieux, d’un esclavage total des masses laborieuses et d’un écrasement absolu de l’individu.

Il reste l’U.R.S.S. Mais la République de Staline, si elle a fait disparaître le capital privé, n’a pas fait disparaître les différences de classes (hauts fonctionnaires, hauts militaires, ouvriers privilégiés et, en tout dernier lieu, le peuple). D’autre part, nous lui reprochons d’avoir supprimé toute pratique et toute apparence ou idée de liberté. Hélas ! le Guépéou n’a rien à envier à la Gestapo et, si les camps de concentration de Sibérie renferment des fascistes, ils contiennent aussi des socialistes, des Trotkistes, des syndicalistes et des libertaires. Nous lui reprochons d’avoir aussi, dans cette guerre, joué un jeu diplomatique qui a servi les intentions des fascistes et des impérialistes et permis le déclenchement du terrible conflit actuel.

De tout cela il résulte que les peuples ne peuvent, ni ne doivent plus avoir confiance en personne Les Chefs d’Etat, les chefs militaires de toutes couleurs et de toutes nuances, passent d’un camp dans l’autre, déchirent des traités, en signent d’autres, servent tantôt la République, tantôt la Dictature, collaborent avec ceux à qui ils faisaient hier la guerre, et vice-versa et revice-versa. Tant et si bien que personne ne comprend plus rien à l’honneur, à la foi jurée, à la probité, à l’honnêteté.

Mais si les hommes d’Etats, les généraux, les amiraux et consorts se permettent de jouer « aux petits fous », le peuple, lui, paie les pots cassés : on le mobilise pour les démocraties, contre les démocraties, pour les fascistes, contre les fascistes*

Mais que ce soit en Afrique, en Asie, en Europe, c’est le bon peuple qui fait les frais de ces « expériences contradictoires » et se fait casser la gueule. Ce sont les maisons des gens du peuple qui s’écroulent avec dedans les femmes et les gosses du peuple. Et demain, ce sera encore le peuple qui paiera les frais de reconstruction.

Nous demandons à tous ceux que le parti pris n’aveugle pas d’ouvrir les yeux sur la situation.

Le fascisme germano-italien, conséquence de l’impérialisme mondial est à l’agonie.

L’impérialisme anglo-méricain, aidé de toutes les forces du capitalisme aux abois prépare :

  • 1° Une paix impérialiste, genre Traité de Versailles, qui sera une nouvelle base de conflits futurs et l’espoir de nouveaux bénéfices ;
  • 2° L’étouffement de tout mouvement d’émancipation ouvrière avec le concours des traîtres et arrivistes de tous les pays ;
  • 3° Un règlement de comptes, à l’amiable ou non-avec la Russie soviétique.

Quant à cette dernière, elle rêve d’instaurer de par le monde un capitalisme d’Etat qui, par son despotisme, serait aussi néfaste que le capitalisme privé.

Ainsi sera l’ordre social universel, à moins que les travailleurs du monde entier s’unissent dès maintenant pour planter le drapeau de la Révolution sociale sur le chaos que nous vivons.

Pour cela, que faut-il faire ?

En premier lieu, utiliser la tendance naturelle des Peuples vers l’Unité des Continents ; fédérer les pays qui composent les Continents ; développer entre ces Continents les liens de solidarité qui les associent ; donner à ces liens une forme organique, par l’institution d’une véritable Société des Peuples et non par un replâtrage d’une Société des Nations, qui ne serait qu’une Ligue nouvelle des Nations et de leurs intérêts égoïstes ; faire de cette Société des Peuples, par la création d’organismes à son service, tels qu’un Conseil Economique International et un Conseil Administratif et Social International, le véritable Régulateur Economique, administratif et social du Monde entièrement organisé pour la Paix et contre la guerre.

Mais tout cela ne sera, incontestablement, que l’oeuvre de la Révolution sociale, universelle comme la guerre elle-même.

Et pour cette tache gigantesque, il faut que les peuples s’entendent, s’associent, luttent ; qu’ils comprennent, agissent et réalisent et que, par avance, ils jettent entre eux, par l’organe de leurs prolétariats respectifs, les bases d’un vaste mouvement fédéraliste continental d’abord, universel ensuite ; qu’ils soient prêts à projeter, avec toutes ses conséquences ce mouvement sur le plan des réalités concrètes dans chaque pays, afin que naissent de leurs propres organisations de classe les institutions qui, demain, régiront, dans tous les domaines les Peuples associés.

Nous entendons par Révolution Sociale : l’abolition du pouvoir politique, l’abolition du militarisme, l’abolition de l’Or-Roi, l’abolition des classes.

Nous entendons par Révolution Sociale la liberté entière et définitive de parole, d’organisation, d’action pour tous ; la libre disposition des moyens de production pour tous les Peuples ; le travail, les produits, l’instruction, le bien-être pour tous.

Nous entendons par Révolution Sociale : le pouvoir aux mains de tous, par :

-   L’association syndicale, faisant fonctionner la production dans chaque pays et dans le Monde, assurant une équitable répartition des matières premières et des produits, ainsi que des objets de toute nature nécessaires à la consommation

-   L’association communale, assurant par la distribution, tous les besoins de la consommation et administrant le bien commun dans l’intérêt de tous ; créant, sur le plan social tous les organismes capables sur tous les terrains, d’assurer le plein développement et l’épanouissement des individus ; garantissant à tous la véritable égalité sociale par la bonne administration d’une saine et populaire justice, basée sur la conciliation et l’arbitrage.

-   L’association sur le plan géographique, de façon identique, des localités, régions et pays, par la création d’organismes de liaison permanente des rouages économiques et administratifs pour gérer mieux les intérêts de tous ordres et de tous, harmonieusement conjugués et associés pratiquement.

Pour cela,, il faut non seulement que notre Révolution sociale soit universelle et, autant que possible, simultanée dans tous les pays, mais il faut encore qu’elle ouvre la voie à l’Ere de la Raison, de la Science consciente et du Travail libérée.

Travaillons pour elle. Travaillons bien.

Il ne s’agit pas de lutter seulement contre le fascisme hitlérien, mais contre tous les fascismes, contre toutes les tyrannies,, qu’elles soient de droite, du centre ou de gauche, qu’elles soient encore royales, démocratiques ou sociales, car aucune tyrannie n’émancipera le travail, ne libèrera le monde, n’organisera l’humanité sur des bases vraiment nouvelles.

Il ne s’agit pas de parler de liberté, il s’agit de vivre librement. Il ne s’agit pas de parler de fraternité, il s’agit de vivre fraternellement.

Nous ne luttons pas pour inscrire des mots sur une bannière ou changer de couleur un drapeau.

Nous sommes concrets. Nous voulons passer : de la guerre perpétuelle à la paix perpétuelle ; de l’exploitation de l’homme par l’homme à l’égalité sociale ; de la tyrannie totale ou partielle à la liberté entière ; de l’incohérence à la conscience.

Nous n’acceptons aucun compromis avec personne. Nous ne sommes attachés à aucune personnalité, ni à aucun parti. Nous voulons la réalisation pratique de l’Idée sociale préconisée depuis près de deux cents ans par les républicains, les socialistes, les syndicalistes, les libertaires. Et nous sommes convaincus que, seules, la méthode sus-indiquée pourra la réaliser.

Aujourd’hui, nous sommes une association de lutteurs. Demain nous serons une association de-constructeurs et de réalisateurs.

Et pour mener la tâche à biens :

… Nous cherchons des associés

La F.I.S.R.

=========

La diffusion de ce genre de tracts pendant l’occupation était strictement interdite par les autorités de l’Etat Français qui avait institué par la loi du 14 août 1941, des cours spéciales pour juger directement et sans instruction préalable les individus arrêtés en flagrant délit d’infraction pénale résultant d’une activité communiste ou anarchiste.

Voici le texte de l’article Premier de ladite loi :

« Nous,, Maréchal de France,, chef de l’Etat français ; Le Conseil des Ministres entendu ;

DECRETONS :

ARTICLE PREMIER. – Il est institué auprès de chaque tribunal militaire ou de chaque tribunal maritime une ou plusieurs sections spéciales auxquelles sont déférés les auteurs de toutes infractions pénales, quelles qu’elles soient, commises dans une intention d’activité communiste ou anarchiste.

La circulaire du 23 août 1941 qui accompagne la loi créant les sections spéciales spécifie que « la section spéciale peut infliger pour n’importe quelle infraction une peine pouvant aller jusqu’à la peine de mort ».

Plus d’info sur les cours spéciales.

A PROPOS DES « CAMPS ESPAGNOLS », CAMPS DE CONCENTRATION FRANCAIS ET REPUBLICAINS

Les camps Espagnols …

Hier, dans son discours de commémoration du 6 juin 1944, le Président de la République Française, Emmanuel MACRON, a salué la mémoire de ceux qui au péril de leur vie se sont lancés sur ces plages sous la mitraille. Il nous a exhorté à nous souvenir de ces libérateurs. Au détour d’une phrase, il a évoqué les origines diverses de ces héros : armée d’Afrique, maquis, camps espagnols … Camps espagnols ??? Quelle belle périphrase … Les camps espagnols étaient surtout les camps établis dès 1939 par la République Française (donc avant Vichy …) pour concentrer et parquer les républicains et anarchistes espagnols, ainsi que tous les combattants de la liberté, qui fuyaient après leur défaite contre le fascisme …

Puisqu’on nous demande de faire un exercice de mémoire, nous republions un petit texte pour rappeler ce que furent ces « camps espagnols » mais qui étaient en fait des camps de concentration français et républicains …

Les camps Espagnols …

Hier, dans son discours de commémoration du 6 juin 1944, le Président de la République Française, Emmanuel MACRON, a salué la mémoire de ceux qui au péril de leur vie se sont lancés sur ces plages sous la mitraille. Il nous a exhorté à nous souvenir de ces libérateurs. Au détour d’une phrase, il a évoqué les origines diverses de ces héros : armée d’Afrique, maquis, camps espagnols … Camps espagnols ??? Quelle belle périphrase … Les camps espagnols étaient surtout les camps établis dès 1939 par la République Française (donc avant Vichy …) pour concentrer et parquer les républicains et anarchistes espagnols, ainsi que tous les combattants de la liberté, qui fuyaient après leur défaite contre le fascisme …

Puisqu’on nous demande de faire un exercice de mémoire, nous republions un petit texte pour rappeler ce que furent ces « camps espagnols » mais qui étaient en fait des camps de concentration français et républicains …

1939 – 1945 : LES CAMPS DONT L’ON PARLE & CEUX DONT ON NE PARLE PAS

En ce mois de janvier 2005, on a commémoré le 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz où plus d’un million de personnes ont été tuées, gazées dès leur arrivée ou sont mortes après quelques mois d’une vie d’épouvante absolue.

Si, de nos jours, on connaît bien l’existence de ces camps situés en Allemagne ou en Pologne, si les noms de Ravensbrück, Buchenwald, Dachau, Dora, Matausen, Sobidor, Treblinka, Bergen-Belsen, sonnent souvent étrangement familièrement à nos oreilles, comme une litanie macabre dont il ne faudrait rien oublier, l’évocation de quelques localités du Sud-Ouest, aux sonorités bien de chez nous -Rieucros, Le Récébédou, Noé, Montech, Caylus, Septfonds de Caussade, Le Vernet, Rivesaltes, Le Barcarès, Argelés, St Cyprien, …- n’évoque souvent que peu de choses pour la plupart des gens (ou tout au plus quelques souvenirs de villégiature). Si ces camps d’internement français n’étaient pas des camps de concentration ou d’extermination, ils en étaient souvent l’antichambre et l’on pouvait fort bien y mourir de froid, de malnutrition ou de dysenterie avant d’être déporté en Allemagne. La mémoire collective a tendance à sélectionner les souvenirs, à transformer positivement le passé national. Les camps français sombreraient vite dans l’oubli, tellement leur existence dérange encore la représentation chimérique que beaucoup de Français se font de leur histoire récente. En ces jours de commémoration, il n’est pas inutile de rappeler que l’internement de masse n’a pas été le fait de la seule Allemagne nazie mais qu’il a été pratiqué par les gouvernements de la IIIème République finissante et par Vichy.

C’est à la fin du mois de janvier 1939 que nos compagnons espagnols vont découvrir l’exquise hospitalité de la République du gouvernement Daladier (Parti Radical [aujourd’hui alliés de LREM …]). Ce sont eux qui vont inaugurer les camps d’internement où rien n’est prévu pour l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés (plus de 500 000 espagnols franchisent la frontière), si ce n’est l’essentiel bien sûr : des barbelés et des gendarmes. Argelès restera l’exemple le plus terrible de ces camps. 100 000 réfugiés y sont entassés sur la plage, dans le dénuement le plus total, sans aucun abri, sans nourriture, sans eau, sans soins pour les blessés. La mortalité y est très élevée les premiers jours et plus de 15 000 personnes mourront avant le début de l’été.

Un an et demi avant la débâcle et l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain, c’est bien le gouvernement républicain du radical Daladier qui inaugure une politique d’internement massif d’indésirables, pour l’heure, les réfugiés espagnols. Sans état d’âme particulier, les forces de répression -gendarmes, tirailleurs, policiers- vont s’employer à mener à bien leur tâche de garde-chiourme. La xénophobie ambiante des années 30 et la propagande insidieuse de l’extrême-droite gangrène déjà une bonne partie de la population. Ni l’internement des réfugiés, ni les conditions désastreuses de détention qui leur sont réservées ne déclenchent de très grands mouvements de protestation (même s’il y a bien heureusement des actions de solidarité). Dans cette IIIème République finissante, taraudée par la peur de la Révolution et la crainte de la guerre, les grands idéaux républicains sont déjà largement entamés. Déjà les convois d’hommes et de femmes mal nourris et mal vêtus, militairement escortés, entrent dans la banalité ; déjà les vaincus n’appartiennent plus à l’humanité.

Après la déclaration de guerre, en septembre 1939, la pénurie de main d’œuvre se fait sentir du fait de la mobilisation ; en dehors de toute considération humanitaire, ce sont bien les nécessités de l’économie et les besoins du patronat qui amèneront la République à utiliser le réservoir de main-d’œuvre que constituent les travailleurs espagnols : à partir de janvier 1940, les camps se vident petit à petit. Seuls les camps répressifs, comme celui du Vernet, au régime particulièrement dur sont maintenus (c’est là qu’a été internée la XXVIème division -la colonne Durruti-, les derniers à avoir franchi la frontière après avoir protégé jusqu’au bout la longue cohorte des réfugiés).

Mais, pour autant, ce n’est pas la liberté que retrouvent les réfugiés libérés. Affectés aux « Compagnies de travailleurs étrangers », ils sont soumis à un contrôle militaro-policier strict et voués au travail forcé, hébergés souvent en casernement après la journée de travail.

Quand survient la défaite des armées françaises, en juin 1940, la République livre à l’État Français qui lui succède un réseau de camps d’internement (notamment dans le Sud-Ouest), un contingent de travailleurs militairement encadrés et clairement désignés comme politiquement suspects (où l’occupant viendra bientôt puiser), une gendarmerie et une police qui s’y entendent à organiser les camps. Le gouvernement de Vichy saura faire fructifier avec talent cet héritage pénitentiaire et répressif républicain. Aux Espagnols encore détenus, aux réfugiés allemands et autrichiens persécutés chez eux en raison de leurs activités politiques ou de leur soi-disant appartenance raciale que la République a arrêtés comme ressortissants d’une nation ennemie- Vichy va ajouter des milliers de Juifs qui constitueront dès lors la majorité de la population des camps. Dès 1942, avant même l’invasion de la « Zone libre », les camps français vont envoyer vers Drancy (ultime étape avant les camps nazis) des milliers d’internés. Après novembre 1942, et l’invasion de la “Zone sud”, le rythme des déportations s’accélère : la solution finale se met en place. L’exclusion, l’humiliation, l’enfermement ne suffisent plus. Il va s’agir d’éliminer des millions d’individus à travers toute l’Europe. L’administration française, sa police et sa gendarmerie, apporteront leur quote-part à cet effroyable massacre.

La résistance s’organisera peu à peu, et les anarchosyndicalistes espagnols, premiers usagers des camps d’internement, seront parmi les premiers à créer des maquis, en particulier dans le Sud-Ouest, et à reprendre la lutte armée contre le fascisme.

A la Libération, les responsables de la collaboration, les pourvoyeurs des camps de la mort n’auront, à quelques notables exceptions près, que peu d’ennuis véritables. Les camps français recevront la visite rapide du menu fretin de la « Révolution Nationale », les hauts fonctionnaires -pourtant très compromis avec les nazis- se verront même promus à des échelons supérieurs. Ainsi, à Bordeaux, l’ami personnel du commandant LUTER, chef de l’Abwehr (services de renseignements), Maurice SABATIER, préfet régional, directement responsable de l’arrestation et de la déportation de 1 700 juifs et de 2 000 résistants -français et étrangers- est promu à l’état-major du général Pierre KOENING, commandant en chef des Forces françaises qui occupent l’Allemagne à partir de 1945. Son secrétaire général, un certain Maurice PAPON est promu préfet des Landes. Jean CHAPELLE, le chef de cabinet de SABATIER devient sous-préfet à Dax. Il finira sa carrière en 1977 comme conseiller à la DST, le contre-espionnage français. Henri CADO, directeur national de la police de Vichy, adjoint de René BOUSQUET, rejoindra l’équipe dirigeante du patronat français. BOUSQUET lui-même, ministre de l’intérieur -d’avril 1942 à décembre 1943- coulera des jours heureux jusqu’à son assassinat en 1993. Tour à tour administrateur de La Dépêche du Midi, banquier et homme d’affaires, c’était un ami de François MITTERRAND.

Ce sont en tout plus de 300 hauts fonctionnaires qui se verront maintenus à leur poste ou promus et 51 ministres vichyssois (de 1940 à 1944) qui se verront amnistiés. C’est une tradition bien établie dans l’histoire -entre politiciens, on s’amnistie beaucoup- parce que la survie de cette engeance en dépend, parce que la défense des intérêts vitaux de l’État et de la classe possédante priment sur les « erreurs de parcours », parce que le maintien de « l’ordre social » exige des compétences solides et un savoir-faire qui ne s’improvise pas, parce que l’État sait toujours récompenser ses amis à leur juste valeur. Parce que les États perdent parfois leurs armées ; jamais leur police ni leur prisons.

Garga

Bibliographie :

-  « Les camps du Sud-Ouest de la France », ouvrage collectif, éditions Privat.

-  « Les libertaires espagnols dans la tourmente », brochure du CIRA de Marseille.

-  « les camps du mépris » éditions du trabucaire

-  « Cette lettre oubliée. Récits d’un exil » Gisèle Matamala Verschelde Editions les Passés Simples (toulouse)