LA COLONNE DURRUTI (DIECINUEVE DE JULIO) [FILM]

Les victoires militaires et la vie quotidienne de la colonne Durruti dans la plaine de l’Aragon, dans les premiers mois de la guerre d’Espagne (août-septembre 1936).

Le titre original de ce film anarchiste célèbre le 19 juillet 1936, jour où le peuple en armes mit en déroute les fascistes quelques heures après le coup d’Etat franquiste.

L’armement des miliciens est visiblement disparate et insuffisant. La colonne – que l’on voit se déployer en ordre dispersé dans la plaine Aragonaise – reprend aux franquistes des petites villes (Pina de Ebro et Siétamo) tandis qu’est montré le quartier général de Buenaventura Durruti (Bujaraloz).


Dans les villes libérées, la population et les miliciens anarchistes de la CNT-AIT (Confederacion National del Trabajo, Association INternationale des Travailleurs) et de la FAI (Federacion Anarquista Ibérica) se saluent poing fermé. Dans la dernière partie du film, quelques rares avions appuyant la colonne anarchiste sont filmés à plusieurs reprises.

La colonne Durruti présente un décalage entre la musique (La Chevauchée des Walkyries) et le contenu des images (peu spectaculaires), entre le texte du commentaire (parfois grandiloquent) et son ton (terne et hésitant). La colonne Durruti n’en reste pas moins un document émouvant sur la Révolution espagnole, l’un des tous premiers film produits par les « rangs républicains ». Il témoigne également de la popularité du dirigeant anarchiste.

Musique : La Chevauchée des Walkyries de Wagner.
Lieu : Pina, Siétamo, Bujaraloz (plaine de l’Aragon)
Personnalité : Buenaventura Durruti

Après le soulèvement militaire fasciste du 18 juillet, les ouvriers de Barcelone et les anarchistes , dont Buenaventura Durruti, organisèrent des milices armées qui montèrent aussitôt en première ligne pour libérer les villes tombées aux mains fascistes, dont Saragosse en Aragon.

Ces colonnes étaient formées de soldats improvisés, dont beaucoup voyaient et maniaient les armes pour la première fois, et à qui, en pleine rue, ceux qui avaient un tant soit peu d’expérience enseignaient les rudiments : charger et décharger, prendre la ligne de mire, lancer des grenades, etc. La formation ne fut pas aussi facile que l’imaginaient les militants.

A son départ de Barcelone, la colonne Durruti, malgré le prestige de ce dernier, n’avait que 2000 hommes; les chauffeurs de ses camions étaient si inexpérimentés qu’ils semèrent bon nombre de leurs véhicules sur la route; cependant la colonne se renforça progressivement, atteignant un effectif de 3500 hommes, et elle joua un rôle très important à Madrid, où Durutti mourut en première ligne, dans des conditions encore discutés …

Les organisations anarchosyndicalistes CNT-AIT/FAI constituèrent une équipe de film immédiatement après la victoire de Barcelone sur les rebelles. La première production du CNT-AIT, Reportaje del Movimiento Revolucionario, ne cachait pas l’anti-cléricalisme des révolutionnaires, ce qui déplut fortement aux commuistes et aux républicains modérés, qui trouvèrent que ce film donnait une mauvaise image de la République espagnole …

Le groupe cinématographique CNT-AIT/FAI continua la production de documentaires, en grande partie destinés à l’étranger, si l’on s’en réfère aux commentaires français et anglais dont ils étaient pourvus. En France c’est le Comité pour l’Espagne libre qui s’occupait de la distribution des films CNT/FAI et en Grande-Bretagne l’Anarchist Communist Federation. (in La guerre civile et le cinéma de Bert Hogenkamp, Revue belge du cinéma, n°17, automine 1986)

Lieux de consultation : Ciné-Archives, Archives françaises du film, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, Forum des images

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tc intc outduréedescriptionmots clés
10:00:15:0010:01:20:0000:01:05:00Le convoi s’arrête sur une route de la plaine. Les voitures et camions sont surchargés. Buenaventura Durruti discute avec ses camarades de la CNT-AIT et de la FAI. Les hommes (et une jeune femme) en armes se rassemblent en petits groupes. Plan sur un camion siglé UGT. (Union General de Trabajadores) 
10:01:20:0110:02:50:0000:01:29:24Les combattants à pied se dispersent dans les collines. Durruti observe la plaine avec ses jumelles. 10:02:16:00 Plan très bref sur la soupe, puis sur les combattants aux aguets, et contrechamp sur la plaine qu’ils surveillent. 
10:02:50:0110:03:52:0000:01:01:24Le village de Bujaraloz, « occupé sans combat. Les fascistes avaient fui devant l’ardeur de nos milicien de la CNT et de la FAI ». Images de l’église, des rues et places du village. Une inscription à la craie « Viva la FAI ». « La vie nouvelle s’organise » : plan sur un attroupement devant une affiche, sur un camion de la croix rouge, puis courte séquence sur l’hygiène : tout sourire, les hommes font leur toilette au puits communal. 
10:03:52:0110:04:40:0000:00:47:24Retour dans le maquis. Plan d’ensemble sur depuis une colline. 10:04:03:00 les hommes font traverser la rivière à des moutons en barque. Sur la terre ferme, les soldats s’improvisent bergers et guident le troupeau. 10:04:30:00 L’abattage des moutons. 
10:04:40:0110:05:35:0000:00:54:24Retour au village. Les combattants au repos font la sieste dans la rue. Des charrettes passent dans la rue principale. Puis un des soldats tient au discours à ses camarades venus de toutes les régions de l’Espagne, et aux villageois (jeunes, vieux, femmes et enfants). 10:05:22:00 plan sur un milicien blessé à la tête. 
10:05:35:0110:06:50:0000:01:14:24La colonne s’ébranle et traverse le village. Des combattants en uniforme saluent le passage de la caméra, juchée sur un camion, en levant les fusils et en saluant poing fermé. Foule nombreuse massée le long du cortège. Alternances d’un plan moyen de Durruti en discussion avec des soldats (en dehors du village) et de vues de la foule dans les rues du village. Les hommes montent dans un camion. 10:06:45:00 Des villageois souriants, au premier plan desquels une femme et des enfants saluent les combattants le poing tendu. 
10:06:50:0110:07:40:0000:00:49:24Le convoi des jeeps estampillées FAI et CNT sur les routes de plaine. Décalage criant entre la Chevauchée des Walkyries et la lenteur et l’espacement du convoi…. 10:07:22:00 le drapeau rouge et noir flotte au vent. Les hommes marchent sur la route. 
10:07:40:0110:09:00:0000:01:19:24Bruits de détonations et images d’explosions au loin. Images d’hommes tirant au fusil et à la mitrailleuse. 10:08:07:00 des hommes creusent des tranchées. 10:08:25:00 toujours au son des explosions, des hommes installent une clôture autour du camp. Les hommes courent avec leur fusil. 
10:09:00:0110:10:05:0000:01:04:24Pina de Ebro. Après une journée de combats, la CNT vient de prendre la ville de Pina. L’arrière-garde s’organise. Nouvelles images de villageois saluant (on reconnaît des villageois du village précédent….!) 10:09:26:00 les hommes se baignent, se coupent les cheveux, fauchent le foin. Sous une chaleur de plomb, les hommes construisent un nouveau camp. Plan sur des hommes buvant dans des outres. Images du nouveau camp, avec ses tentes. Une lampe destinée à envoyer des signaux lumineux. 
10:10:05:0110:11:50:0000:01:44:24Plan sur un camion blindé marqué CNT FAI sur lequel flotte le drapeau anarchiste. Les miliciens attendent ou creusent des tranchées (en décalage avec le commentaire qui raconte le combat contre les fascistes postés sur l’autre rive de l’Ebre.) 10:11:00:00 Détonations, une explosion au loin du côté du village de Pina. Montage de plusieurs scènes illustrant les combats (hommes qui tirent) mais qui a priori ne s’accordent pas entre elles (le paysage est très différent de l’une à l’autre), en alternance avec un plan fixe sur le village au loin. De la fumée s’élève de Pina. 
10:11:50:0110:12:33:0000:00:42:24Plan sur la carte d’Espagne. Pina est reprise. Nouvelles images du village ; un homme fait le guet à l’intérieur du clocher ; des combattants, cachés derrière des sacs de sable, sont postés sous un hangar jouxtant l’église. Dégâts des explosions sur les maisons. Ruines. 
10:12:33:0110:13:32:0000:00:58:24Plan d’ensemble sur le camion blindé « CNT FAI – Columna Durruti » Quelques miliciens posent sur le camion. Gros plan sur les impacts de balle sur le camion, et sur le drapeau criblé. 10:12:41:00 plan sur l’ensemble de la colonne qui célèbre sa victoire (les hommes brandissent leur poings, leurs fusils, et le drapeau) 10:12:50:00 vue d’ensemble sur leurs camions dans la plaine . Des combattants saluent, debout devant leur tente. 
10:13:32:0110:14:29:0000:00:56:24Le quotidien. Le moment du repas (plans sur les marmites, sur le cuisinier qui sonne la cloche, puis sur les miliciens présentant leur gamelle, en regardant fixement la caméra). Les combattants reçoivent les nouvelles des journaux venus de Barcelone. 10:14:15:0 un milicien lit Solidaridad Obrera. 10:14:21:00 L’hôpital de Pina. 
10:14:29:0110:17:30:0000:03:00:24De retour dans la plaine, images des tentes. 10:14:50:00 on met en place les canons. 00:15:29:00 on prépare les projectiles. Champ/contrechamp des tirs et d’explosions au loin. 10:16:33:00 succession de plans sur des hommes armés de fusils postés en différents points. 
10:17:30:0110:19:25:0000:01:54:24La bataille finie, les miliciens marchent sur la route et regagnent les voitures. Décalage entre les images tournées à la campagne et le commentaire disant que la milice arrive en ville. 10:18:26:00 les soldats arrivent dans le village désert. 10:19:10 Ils hissent le « drapeau de la liberté » sur le clocher. 
10:19:25:0110:20:47:0000:01:21:24Retour à Bujaraloz, QG de la colonne. Des camions stationnent sur une place 10:19:51:00 Durruti s’adresse à ses troupes. 10:20:00:00 un groupe est massé sous un avion, qui va appuyer les combattants à nouveau sur le départ. Vues des rues du village, des miliciens au balcon, et Durruti avec un enfant. « Il inspire toujours la confiance ». 
10:20:47:0110:21:30:0000:00:42:24L’avion, marqué de la faucille et du marteau, se met en marche. Les avions décollent et volent. 
10:21:30:0110:21:47:0000:00:16:24Retour au village. Les jeunes miliciens défilent sur les camions. « Les aiglons de la FAI partent sur les traces de leurs ainés » 
10:21:47:0110:22:40:0000:00:52:24La colonne en marche, sur la route et à travers champs. Commentaire à nouveau décalé « pas à pas on se bat ». 
10:22:40:0110:27:34:0000:04:53:24A nouveau la carte d’Espagne. d’autres noms apparaissent : Huesca, Sietamo, Zaragoza. Images floues tournées dans les champs, son médiocre. Les miliciens attendent dans des tranchées. Les combats reprennent, pour prendre Siétamo cette fois : alternance de plans du village au loin, de plans d’un avion, et de plans montrant les miliciens au combat avec leurs fusils. Tirs nourris. Les combattants avancent vers la ville. 10:27:04:00 un blessé évacué sur une civière. 
10:27:34:0110:29:08:0000:01:33:24Les combattants courent dans Siétamo. Ils récupèrent des armes, évacuent des blessés, se fraient des passages en abattant des murs à coups de pioche. Le village en ruines fume. « Enfin Setmaos (sic) est pris. Bravo, camarades de la FAI, bravo camarades de la CNT qui luttez pour la liberté. » Fin.

Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

extrait du Journal officiel de la Généralité de Catalogne du 9 janvier 1937

Présidence

Décret

La réforme eugénésique, qui représente l’une des meilleures conquêtes révolutionnaires en matière de Santé, commence son plan d’action en incorporant dans la législation sanitaire un fait qui jusqu’à présent a été mené hors de tout contrôle scientifique, dans l’ombre et par des personnes incompétentes, et qui, à partir de ce moment, devient une catégorie biologique et sociale, en tant que avortement. L’objectif principal poursuivi est de fournir aux travailleuses un moyen sûr et sans risque de réguler la naissance, lorsqu’il existe des causes puissantes, sentimentales, eugéniques ou thérapeutiques qui nécessitent l’interruption artificielle de la grossesse.

L’avortement est pratiqué depuis longtemps par des éléments sans scrupules qui ont spéculé sur les besoins prolétariens pour limiter la prolificité dans certaines situations. Il y a besoin de mettre fin à la honte des avortements clandestins, source de mortalité maternelle, pour que l’interruption de grossesse devienne un instrument au service des intérêts de la race et vérifié par ceux qui ont la crédibilité scientifique et l’autorisation légale.

Pour tout ce qui précède, sur proposition des Conseillers de Santé et d’Assistance Sociale et de la justice et en accord avec le Conseil,

Je décrète :

Art.1. L’interruption artificielle de grossesse effectuée dans les hôpitaux, cliniques et établissements de santé dépendant de la Generalitat de Catalogne est autorisée, dans laquelle le service spécial à cette fin est autorisé.

Art.2. Sont considérées comme des raisons justifiées, pour la pratique de l’avortement, les raisons d’ordre thérapeutique, eugénique ou éthique.

Art.3. Les cas d’avortements non thérapeutiques ou eugéniques seront effectués exclusivement à la demande de l’intéressé, sans qu’aucun de leurs proches ou proches parents ne puisse ultérieurement faire valoir de prétention quant au résultat de l’intervention.

Art.4. Dans les cas où sont dépassés 3 mois de grossesse, l’interruption de grossesse n’aura pas lieu, sauf justification thérapeutique.

Art.5. La même femme ne sera pas autorisée à interrompre une grossesse plus d’une fois par an, si aucune cause thérapeutique ne l’exige.


Ce texte est extrait de la brochure de la CNT-AIT  » LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE, LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938), Tome 2 : La mise en place d’une santé publique anarchiste « 

Autres textes relatifs au décret de 1936 sur l’avortement en Catalogne :

Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

La vulgarisation scientifique de l’embryologie par le Docteur anarchiste Isaac Puente : instruire pour reprendre le contrôle de son corps


Modèle de fiche d’examen et fiche d’intervention
 pour l’interruption volontaire de grossesse
Services d’interruption artificielle de grossesse en Catalogne (Mars 1937)

La Révolution espagnole de 1936 et la légalisation de l’avortement

Suivi de

Les anarchosyndicalistes et la vasécotomie dans les années 1930

Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

Autre brochure :

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE, LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938), Tome 2 : La mise en place d’une santé publique anarchiste « 

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

(Extrait de la brochure sur l’Histoire de l’avortement pendant la Révolution Espagnole de 1936)

José María Zavala (La Razón, 18-07-2015)

La mise en place du décret du 25 décembre 1936 sur l’interruption de grossesse ne s’est pas faite sans résistance de la part des médecins.

Ainsi, l’opposition des Dr José Roig et Gilabert est documentée. Le Dr Félix Martí Ibáñez, directeur général de la santé du gouvernement catalan, lors d’une visite d’inspection à la maternité de Lérida, a entendu de la bouche même du Dr Roig que s’il n’avait pas pratiqué d’avortement jusque-là, c’est parce qu’il n’avait reçu aucune autorisation officielle pour le faire !

Face à une telle mauvaise foi, Martí organisa l’annonce du nouveau service médical dans toute la presse. [cf. le reportage de Mundo Gráfico ci-après]  Quelques jours plus tard, les premières femmes qui étaient prêtes à subir l’intervention se pressaient dans les centres autorisés. Mais le Dr Roig fit de son mieux pour les décourager. Il ordonna au pharmacien de l’hôpital de ne pas se réapprovisionner en laminaires [algues séchées stérilisées utilisées dans le processus médical]. Le directeur du laboratoire accepta même de falsifier les résultats des tests cliniques pour faire croire aux femmes que l’opération leur était refusée en raison de mauvaises conditions de santé. Et pour finir de les dissuader, le Dr Roig proclama que pour subir un avortement, une hospitalisation minimale de six jours était nécessaire.

Certaines femmes réagirent en achetant leurs propres laminaires avant de se rendre à l’hôpital. L’une d’elles, l’épouse d’un garde d’assaut, a même intimidé le Dr Roig avec un pistolet lorsqu’il a refusé d’intervenir. Mais ce n’est que lorsque la police a menacé de l’arrêter qu’il a accepté de pratiquer l’avorte ment.

Néanmoins, le nombre total d’avortements légaux enregistrés pendant la guerre en Espagne pourrait être estimé entre 1 200 et 2 000.

Un chiffre certainement élevé étant donné que le 30 juillet 1937, le gouvernement a retiré son décret sous la pression des médecins, qui ont ainsi remporté une grande victoire dans leur guerre particulière contre l’avortement, dans une autre guerre encore plus sanglante.

Annonce d’une conférence pour promouvoir « l’avortement et la conception consciente » du Dr Rodriguez à l’Athénée Libertaire d’Igualda, janvier 1937

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La Révolution espagnole de 1936 et la légalisation de l’avortement

Suivi de

Les anarchosyndicalistes et la vasécotomie dans les années 1930

Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

Autre brochure :

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE, LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938), Tome 2 : La mise en place d’une santé publique anarchiste « 

Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

(Extrait de la brochure sur l’Histoire de l’avortement pendant la Révolution Espagnole de 1936)

D’arpès un texte de Juan Gérvas, Médecin généraliste retraité, Equipe CESCA (Madrid, España) [1]

De l’infanticide à l’avortement

Pendant des centaines de millénaires, le contrôle des naissances a été imposé par la nature, avec la faim et les maladies infectieuses. Lorsqu’il y avait trop d’enfants, l’infanticide était pratiqué, directement ou indirectement, avec peu de soin et d’attention. On pratiquait l’avortement volontaire avec diverses herbes ou avec des moyens mécaniques brutaux qui mettaient en danger la vie des femmes. À la fin du XIXe siècle, l’Église catholique interdit l’avortement volontaire.

La lutte pour le droit à l’avortement a commencé à partir de positions très différentes; d’une part, par des personnes aux préoccupations sociales et féministes qui, face à la réalité de l’avortement désespéré, ont préféré une procédure légale n’impliquant pas la mort de la femme. De l’autre, nous trouvons les courants eugénésiques[2] et néo-malthusiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, qui considéraient la reproduction aveugle comme un problème, soit parce que se reproduisaient des éléments sociaux peu recommandables, soit parce qu’en général il y avait une reproduction excessive, qui conduirait à une crise des ressources.

Une évolution intéressante a été celle des mouvements néo-malthusiens anarchistes du début du XXe siècle, qui ont renversé une idéologie purement conservatrice (le malthusianisme) pour la mettre au service de la classe ouvrière. «Le néo-malthusianisme de ces années […] était un mouvement proto-écologique, anticapitaliste et féministe de premier ordre […]; c’était un mouvement révolutionnaire face à la réalité socio-politique et économique de l’Espagne et de l’Italie, dans ce qu’il avait consciemment choisi de limiter le taux de natalité des travailleurs »[3]. La propagande de ces théories pénétrait le prolétariat urbain, bien que les difficultés à se procurer des moyens contraceptifs rendent difficile le passage à une application générale. Le soutien que des intellectuels éminents comme Gregorio Marañón ont donné aux mouvements hygiénistes / néo-malthusiens leur donna une patine de respectabilité.

L’Espagne des années 1930

Avec l’arrivée de la démocratie en Espagne en 1931 [chute de la Monarchie et déclaration de la Seconde République], des mouvements progressistes de toutes sortes ont pu étendre leur action sociale, ce qui a conduit à une large diffusion des informations sur l’hygiène sexuelle et même des moyens contraceptifs tels que les coupes vaginales. Le débat sur l’avortement n’était pas généralisé mais limité aux seuls médecins et, bien que les anarchistes le considérèrent comme un outil d’émancipation, leur approche était plutôt centrée sur la contraception.

Lorsque l’armée fractionnelle franquiste fasciste exécuta son coup d’État contre la république et le Front Populaire, la nuit du 17 au 18 juillet 1936, les organisations ouvrières et les partis de gauche réagirent  pour défendre la [Liberté et] la République. Après les premiers moments de confusion et de lutte, avec la stabilisation de la situation et le début de la guerre civile, les institutions de l’État républicain durent s’appuyer sur ces organisations politiques pour la gestion d’une partie de leurs fonctions. Mais dans certains cas le Gouvernement fut simplement submergé par l’action politique des milices révolutionnaires. Celles-ci, notamment les anarchistes regroupés au sein de la CNT-AIT[4], décidèrent de mener la révolution sociale parallèlement à l’effort de guerre. Dans le cas spécifique de Barcelone, où la CNT-AIT était particulièrement forte, il y a eu un remplacement de facto des institutions de la Generalitat [le gouvernement Catalan] par les forces anarchistes. A partir de septembre 1936, la CNT fut intégrée au gouvernement de la Catalogne, en même temps que celui de la République. Cela a permis aux anarchistes, dans les domaines dans lesquels ils étaient impliqués, d’appliquer leurs idées en utilisant la structure étatique. Ainsi, cinq conseillers de la CNT-AIT ont rejoint le gouvernement de la Generalitat en tant que responsables de la santé, en même temps que des ministres cénétistes ont été nommés au gouvernement espagnol de Largo Caballero (PSOE, Parti Socialiste) en septembre 1936.

Félix Martí Ibáñez

Avantages et inconvénients des procédés
anticonceptionnels,
Dr Isaac Puente, Iniciales (1934)

Le responsable sanitaire anarchiste était le médecin de la CNT, Félix Martí Ibáñez, né en 1911, à Carthagène (Murcie). Martí venait d’une famille valencienne de la classe moyenne supérieure, son père était éducateur et sa mère pédagogue[5].

À Barcelone, il passa son bac puis étudia la médecine, qu’il termina à l’âge de 19 ans. Plus tard, en 1933, il s’installa à Madrid, où il fut fortement influencé par Gregorio Marañón  et par José Ortega y Gasset. En 1934, il présenta sa thèse de doctorat sur « l’Histoire de la psychologie et physiologie mystiques de l’Inde. ; Études de psychologie religieuse ».

Puis il retourna à Barcelone, où il combina sa propre consultation en cabinet avec le travail pour les militants de la CNT-AIT regroupés dans une coopérative de soins de santé.

Il réalisa également un travail important de diffusion de l’idéologie néo-malthusienne et eugénésique, en relation dans son cas également avec son intérêt pour les maladies mentales. Ainsi, il était en charge de la rubrique de la santé du magazine valencien Estudios, une publication libertaire à la pointe dans la diffusion des connaissances sur la santé sexuelle et le contrôle des naissances[6]. Avec le début de la guerre, il participe activement à l’organisation des services médicaux associés à la CNT-AIT, ainsi qu’à l’ensemble de la structure révolutionnaire.

Le Décret sur l’interruption artificielle de grossesse

En septembre 1936, Félix Martí Ibáñez fut nommé Directeur de la Santé Publique et des Services Sociaux du gouvernement catalan et, en même temps, Sous-secrétaire général du ministère de la Santé de la République, poste qu’il n’accepte pas. De son poste catalan, il se battit pour que la structure de la Generalitat applique les politiques de santé dans une perspective anarchiste. L’initiative la plus importante et la plus connue est le décret sur l’interruption artificielle de la grossesse, approuvé le 25 décembre 1936, publié au Journal officiel de la Generalitat de Catalunya le 9 janvier 1937. (Le texte accordait un délai de 15 jours pour l’organisation des services en vue de son application)[7].

Extrait du Journal officiel de la Generalitat de Catalunya du 9 janvier 1937

Il est intéressant de noter ce que Martí Ibáñez commenta au sujet du Décret: «Et comme toute réforme eugénésique doit placer au centre la mère et l’enfant, c’est là que nous avons commencé, en établissant dans le décret susmentionné la liberté de pratiquer l’avortement, quelle que soit la cause qui le motive, effaçant ainsi le charlatanisme meurtrier et dotant le prolétariat d’un moyen scientifique et efficace de contrôler sa natalité, sans crainte des risques que cela pourrait lui apporter »[8].

De cette citation, on peut déduire plusieurs idées :

1) Martí Ibáñez avait une idée claire d’être à l’origine de cette initiative réglementaire ;

2) Il entendait ce décret comme le début d’un processus d’application de politiques eugénésiques ;

3) il n’a pas limité les causes de l’avortement;

4) il a souligné la limitation des naissances comme l’un des objectifs du décret ;

5) D’un point de vue rhétorique, il est clair que Martí Ibáñez a considéré le décret parmi les mesures révolutionnaires visant à l’émancipation du prolétariat ; et

6) Il recherchait la légitimité [réglementaire] pour empêcher la mort de femmes lors de pratiques d’avortement illégal.

Le texte du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse indique une volonté d’intervention eugénésique générale sur la société et propose une idéologie pour la libération des femmes.

Martí Ibáñez développa ces points (notamment celui de l’avortement comme instrument d’émancipation du prolétariat) et mis en évidence la combinaison de l’avortement avec la création de centres dédiés à la diffusion des « moyens contraceptifs ». On y perçoit clairement le désir de créer un ensemble de mesures visant à faciliter le choix reproductif des femmes[9].

Martí Ibáñez poursuivra son travail en collaboration avec le gouvernement de la Generalitat, tant que les anarchistes y participeront; c’est-à-dire jusqu’aux événements de Mai 1937, lorsque la CNT fut expulsée des gouvernements central et catalan. Martí Ibáñez parti alors comme médecin sur le Front de l’Est où il fut blessé, puis participa à des rencontres internationales aux Etats-Unis et au Mexique. Il revint en Espagne alors que la défaite ne faisait plus de doute puis suivit les chemins de l’exil avec ses compagnons, en France puis aux États-Unis, où il fut professeur d’histoire de la médecine à New York[10].

L’idéologie du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse

Le texte du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse indique un désir d’intervention eugénésique générale sur la société (bien que l’on ne sache pas clairement quelles seraient ces interventions), et propose une idéologie pour la libération des femmes.

Aucun type de restriction morale n’est accepté en ce qui concerne le droit à l’avortement, qui est présenté comme un fait de « catégorie biologique et sociale ». On voit ainsi dans le texte les deux influences fondamentales déjà évoquées: le féminisme anarchiste et l’eugénisme / néo-malthusianiste. Comme le dit Marie Nash[11], « La nouvelle réforme eugénésique de l’avortement » a répondu à une approche eugénésique, hygiénique [sic] et de classe « .

D’un point de vue féministe, on peut souligner que, bien que cette législation fût très en avance [sur son époque] et qu’elle légitime l’autonomie totale des femmes, la légitimation de l’avortement est  lié à la maternité, pour qu’elle soit heureuse et féconde. C’est une représentation du rôle des femmes dans la lutte pour le droit à l’avortement en Espagne, une lutte dans laquelle il n’y avait pratiquement pas de femmes et dans laquelle les points de vue étaient éminemment pratiques, et idéologiques uniquement du point de vue global anarchiste et pas de celui de l’émancipation féminine.[12]

L’application du décret d’interruption artificielle de la grossesse

[Dès la promulgation du décret, des réunions sont organisées pour informer la population. Ainsi le Bulletin CNT-FAI d’Igualada du 13 mars 1937 rend compte de la conférence du Dr. J. Rodríguez sur le thème de la « conception consciente de l’avortement ».]

Mais quel a été l’impact de cette législation ? Ce qui peut être dit se fonde sur les données conservées dans les quatre principaux hôpitaux de Catalogne et sur les estimations des professionnels de la santé. Cet aspect a été étudié en profondeur par Marie Nash[13], et nous nous référons à ses données. Ainsi, on estime qu’au début du siècle dernier, il y avait un avortement clandestin pour sept ou huit naissances et, dans les années 1920, environ 20% des grossesses en Catalogne se sont soldées par un avortement provoqué.

La documentation disponible à l’hôpital de San Pau montre des chiffres très bas pour l’avortement volontaire et encadrée par le décret de 1936 sur l’interruption artificielle de la grossesse. Entre 1937 et 1938, seuls 15 avortements sur 281 documentés peuvent être considérés comme tels, ce qui signifie que «l’incidence de la nouvelle législation a été minime puisqu’elle n’a touché que 5% des avortements enregistrés pendant la période d’application du décret. Tout semble indiquer un niveau d’échec élevé dans la mise en œuvre de la réforme de l’avortement eugénésique »[14]. Bien que les données fournies par Félix Martí Ibáñez pour l’hôpital Clínic indiquent un plus grand nombre d’avortements (300 pour le mois de juin 1937), il est possible que les circonstances dans cet hôpital aient été particulières étant donné la présence surplace de Martí Ibáñez lui-même.

Influence du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse en Espagne

Parmi les quatre ministères que Largo Caballero attribua à la CNT-AIT, se trouvait celui du Ministère de la Santé et de l’Aide sociale, créé en partie pour pouvoir le remettre spécifiquement aux anarchistes[15]. Jusque-là, la santé et l’assistance sociale faisaient partie d’un autre ministère (historiquement, l’Intérieur et depuis 1933, le Travail). De fait, après la courte période où le ministère spécifique dédié à cette seule fonction était sous la responsabilité de Federica Montseny, la santé redevint la charge d’autres ministères – en l’occurrence celui du l’Instruction publique puis de nouveau celui du Travail.

Le décret d’interruption artificielle de la grossesse de la Generalitat catalane de 1936 avait et a une valeur symbolique dont les échos dépassent les limites légales de l’avortement dans l’Espagne du XXIe siècle

Outre la grande valeur symbolique d’être la première femme ministre d’un gouvernement espagnol et l’une des premières au monde, Montseny a consacré les six mois que son ministère a duré à introduire des idées de progrès dans le domaine de la santé et de l’assistance sociale, dans un contexte de guerre civile. Bien que certains de ses collaborateurs soient des anarchistes, d’autres venaient également de différentes organisations du Front populaire, et elle essaya pour les choisir de s’appuyer davantage sur l’expertise technique que sur l’idéologie. Les actions fondamentales de son ministère ont été la création de Liberatorios de Prostitución (abris pour les femmes qui voulaient renoncer à la prostitution), des foyers pour enfants, ainsi que des campagnes de santé logiques dans un pays en guerre, en particulier pour éviter les épidémies et soutenir les réfugiés fuyant devant l’avance des troupes factieuses. Le projet de loi sur l’avortement fut également de ceux les plus importants.

La position anarchiste, généralement favorable au droit des femmes de décider librement, était encore plus marquée dans une situation de guerre et de difficultés sociales énormes : «Tous les scrupules religieux ou autres pesaient peu dans la vie des femmes qui ont dû faire face à un tel état de fait. Conscients de la nécessité de trouver une solution à l’affaire, sans être partisan, loin s’en faut, de la pratique de l’avortement, le Dr Mercedes Maestre et moi avons décidé ensemble d’élaborer un décret qui permettrait l’interruption artificielle et volontaire de la grossesse. Décret bloqué dans le portefeuille du président en raison de l’opposition de la majorité des membres du gouvernement »[16]. En effet, [le socialiste] Largo Caballero était contre l’approbation du projet, qui ne réussit donc pas à se concrétiser. ».

Federica Montseny dit dans ses mémoires avoir recouru « au subterfuge de l’extension au reste de l’Espagne républicaine des avantages du décret sur le droit à l’interruption artificielle de grossesse adopté par la Generalitat de Catalogne ». Il n’y a pas de données quant à l’extension du décret d’interruption artificielle de grossesse au reste du territoire de la République. Le droit à l’avortement a duré peu de temps, et a été définitivement oublié lorsque la République fut défaite en 1939 et que le régime de Franco se fut établi.

En synthèse

Le décret d’interruption artificielle de la grossesse de la Generalitat catalane de 1936 avait et a toujours une valeur symbolique dont les échos dépassent les limites légales de l’avortement en Espagne aujourd’hui, au 21e siècle, y compris les limites pratiques pour qu’il soit pratiqué dans l’intimité du domicile de la femme, par le médecin généraliste et par des méthodes pharmacologiques simples et sûres.


[1] Traduction annotée et enrichie d’un article qui fait partie d’un texte de Pedro Gérvas (« L’avortement en Espagne. Première législation. Le décret de la Generalitat de Catalunya sur l’interruption artificielle de la grossesse, 1936 »), daté de novembre 2015, pour le master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation »(MEEF), Séminaire« Histoire de la pensée féministe en Espagne », avec le professeur Mercedes Yusta Rodrigo, Université Paris 8.

[2]NdT : j’ai choisi d’utiliser le terme “eugénésique” (plutôt qu’eugénisme positif comme il est parfois décrit) pour différencier ce courant de « l’eugénisme négatif », lequel est la base des théories racistes et racialistes notamment nazis, avec lequel il n’entretien aucun lien. NdT

[3] Eduard Masjuan: Procreación consciente y discurso ambientalista: anarquismo y neomalthusianismo en España e Italia, 1900-1936. Ayer. 46, Naturaleza y conflicto social (2002), p. 64.

[4] La Confédération Nationale du Travail (Confederación Nacional del Trabajo) est un syndicat anarchiste fondé en 1910 et dont les origines remontent à la Première Internationale et 1870. L’AIT (Association Internationale des Travailleurs) est l’alliance Internationale des anarchosyndicalistes, fondée à Berlin en 1922, et dont sont toujours membres actuellement tant la CNT-AIT espagnole que la CNT-AIT française. NdT

[5] https://es.wikipedia.org/wiki/Félix_Martí_Ibáñez

[6] Josep Lluis Ausín i Hervella y Josep María Calbert i Camarasa: Félix Martí Ibáñez i l’Institut de Medicina Pràctica (1931-1938). Gimbemat 2000, 34, 181-198. También publicó en la revista anarquista de salud Higia.

[7] http://dogcrepublica.gencat.cat/pdf/republica/1937/19370009.pdf

[8] Félix Martí Ibáñez: En torno a la reforma eugénica del aborto. Estudios, nº160, enero de 1937, 11-12.

[9] Jaume Sobrequés: “Cataluña tuvo durante la República la ley del aborto más progresista de Europa”. El País, 13 de febrero de 1983. http://elpais.com/diario/1983/02/13/espana/413938815_850215.html

[10]http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1294140/pdf/jrsocmed00093-0051.pdf

[11] Mary Nash: Género, cambio social y la problemática del aborto. Historia Social No. 2 (Otoño, 1988), 19-35.

[12] [ « Cette idée est reflétée dans l’annonce des femmes sans cette annoncé des Mujeres Libres « À toutes les femmes libertaires » parue dans Fragua Social le 9 décembre 1936 à Valence: «Nous sommes les pionnières d’une nouvelle société, celles d’entre nous qui doivent accoucher et guider les hommes de demain. Préparons-nous à l’imitation de la Grèce antique, amantes de la Beauté de l’Art et de la Nature, à avoir des enfants sains, sains de corps et d’esprit. Cultivons-nous nous même pour qu’il en soit ainsi. Cultivons-nous pour donner aux enfants des orientations de vie nouvelles et saines, lavées de toutes discordes, de fanatisme, de mensonges et de routines … Un monde nouveau, riant, sain et beau; des hommes libres et forts sortiront de nos ventres… » Cette annonce est intéressante en raison de la claire allusion à la responsabilité qu’implique le fait d’avoir des enfants. Amparo à cette date venait d’arriver à Valence, il n’est pas déraisonnable de penser qu’elle aurait pu l’écrire.L’opinion sur la maternité qui est apparue dans les publications de Mujeres Libres était celle d’un engagement évident envers la «femme en tant que personne», pas seulement en tant que mère. La position de Lucía Sánchez Saornil était que «le concept de mère absorbe celui de femme; la fonction annulant l’individu ». Elles ont insisté sur le fait que la maternité n’était pas quelque chose qui « se produit de forme naturelle » – à l’exception du fait biologique de l’accouchement. Elles pensaient que c’était un fait social et elles insistaient donc sur la préparation pour être de bonnes mères. Voir: Ackelsberg M. Mujeres Libres. op. cit., pp. 196-8. Elles ne firent pas  campagne pour la contraception dans leur magazine et par rapport aux programmes d’alphabétisation, d’emploi, de maternité et d’éducation, ceux liés à la sexualité étaient assez limités » in Ética, anarquismo y sexualidad en Amparo Poch y Gascón, Concepción Gómez Cadenas, Madrid, 2017.]

[13] Mary Nash : Género, cambio social…, pp. 19-35

[14] Mary Nash : Género, cambio social…, p. 32. [NdT : cependant il semble que le Décret a été abrogé par la Generalitat dès le départ des anarchises du Conseil de Santé en juillet 1937 …]

[15] Federica Montseny: La sanidad y la asistencia social durante la guerra civil, 1986. Cf. la traduction ci-après

[16] Ibid.


La Révolution espagnole de 1936 et la légalisation de l’avortement

Suivi de

Les anarchosyndicalistes et la vasécotomie dans les années 1930

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

le Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936
par la Generalitat de Catalogne.

Autre brochure :

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE, LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938), Tome 2 : La mise en place d’une santé publique anarchiste « 

II. La mise en place d’une santé publique anarchiste

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Nous continuons notre série sur l’oeuvre de Santé publique des anarchosyndicalistes pendant la Révolution espagnole .

Le premier volume ( LIEN ) était consacré aux mesures prises en urgence face à un évènement sanitaire et politique, imprévu et brutal, en l’occurrence une Révolution. Nous avons vu comment les anarchosyndicalistes ont dû faire face, dans l’urgence, pour prendre en main le système de santé publique, alors qu’ils manquaient de personnel qualifié et de matériels, et qu’ils devaient en plus affronter une guerre civile. Le fait que les anarchosyndicalistes se soint préparés, idéologiquement et pratiquement, pendant des dizaines d’années, à cette éventualité, y compris dans le domaine sanitaire, leur a permis de faire preuve des qualités requises pour le gestion des crises sanitaires : anticipation, préparation (preparadness), réactivité. Ainsi il n’y eu pas dans le camp républicain d’effondrement du système sanitaire, il n’y eu pas d’épidémie par exemple, au grand étonnement des délégations de la Croix Rouge et du Comité d’Hygiène de la Société des Nations venus inspecter sur place.

Dans ce second volume, nous abordons la question de quelle politique de santé publique de long terme a été mise en place par les anarchosyndicalistes une fois le temps  de l’urgence absolue réglée. Car c’est un fait significatif que – même si la situation sanitaire a toujours été sous une tension très critique du fait de la guerre civile – les anarchosyndicalistes ont malgré tout essayé d’ébaucher ce que ce serait une Santé publique « d’après crise » :  universelle, au service de la population,  mettant l’accent sur la prévention,  socialisée et décentralisée.

Des réformes structurelles ambitieuses et visionnaires – qui ne furent mises en place parfois que plusieurs dizaines d’années après dans nos « démocraties libérales » – furent initiées : laïcisation des services de santé et d’assistance, socialisation, médecine préventive, légalisation de l’avortement, réforme de la psychiatrie, approche intégrée de la santé (concept « One health ») … Cette vision culmina avec le Congrès National de la Santé de 1937 qui equissa une proposition de concept de Santé publique d’un point de vue anarchiste, qui reste d’une actualité brûlante. La santé y est en effet décrite comme un état total de bien être, physique, mental et social, définition que l’OMS reprendra à son compté mais sans vraiment mettre l’accent sur le domaine social …

Ce second volume contient des traductions d’articles d’époque ou d’articles universitaires, dont certains pour la première fois en Français comme le décret sur l’avortement de 1936 en Catalogne, l’analyse retrospective de Federica Montseny sur son action dans le domaine de la santé ou encore l’oeuvre de  de Félix Martí Ibáñez, qui écrivit une psychanalyse de la Révolution Espagnole en plein coeur de l’action en 1937, et qui peut toujours nous servir comme support de réflexion et de débat sur les objectifs et l’organisation d’un mouvement révolutionnaire.

Vos commentaires et remarques sont toujours les bienvenus,

Bonne lecture !

La brochure fait 104 pages, au forma A5. Elle peut être téléchargée ici :

On peut aussi la commander au format papier en envoyant un mail à contact@cnt-ait.info, prix 8 Euros, frais de port compris.

INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé

– L’anarchisme espagnol dans le débat sur la santé en Espagne: santé, maladie et médecine (1930-1939)

1.Introduction: le débat autour de la santé, de la salubrité et de l’hygiène
2. La CNT et le concept de médecine sociale
3. Le discours anarchiste sur les «maladies sociales»
4. Le problème de santé pendant la guerre civile : la CNT et le contrôle de la santé catalane
5. Conclusions

– Vers une définition de la Santé Anarchiste : le Congrès National de la Santé de mars 1937

Finalité : la santé d’un point de vue anarchiste
Principe : Le système de santé d’un point de vue anarchiste
Tactiques : mise en œuvre des principes pour atteindre la finalité

– La santé dans la Révolution sociale et libertaire de 1936

La culture sanitaire dans le mouvement libertaire
La Révolution en Catalogne et son impact sur le système de santé
La Révolution à Valence et son impact sur le système de santé
La Révolution en Aragon et son impact sur le système de santé

– La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY (1986)

Organisation du Ministère
Santé
Le Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Assistance Sociale
Invitation du Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Création de l’Office Central d’Evacuation et d’Assistance aux Réfugiés
Le problème de l’avortement
La lutte contre la prostitution
Considérations finales

– Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

De l’infanticide à l’avortement
L’Espagne des années 1930
Félix Martí Ibáñez
Le Décret sur l’interruption artificielle de grossesse
L’idéologie du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse
L’application du décret d’interruption artificielle de la grossesse
Influence du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse en Espagne
En synthèse

– Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

– Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

– Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez

Données biographiques
Martí-Ibáñez et la psychologie avant la guerre civile
La réforme de la psychiatrie pendant la guerre civile
Psychanalyse de la guerre civile
Le travail psychologique d’un exilé

Annexes

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Premier Volume : Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite


Les questions de santé ont joué un très grand rôle dans la structuration de la pensée anarchiste en Espagne, depuis son apparition à la fin du XIXème siècle, et les professionnels de santé, médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens … ont joué un rôle très actif tant du point de vue idéologique, théorique que pratique et organisationnel.

Ce phénomène n’est pas exclusif à l’Espagne. Dans tous les pays où les idées libertaires ont pris racine, il est courant de trouver des professionnels de la santé parmi ses militants . C’est même logique : les médecins et autres agents de santé ont été les témoins directs des effets de la révolution industrielle sur les conditions de vie et de travail du prolétariat. Il est fréquent que dans leurs publications ils proposent des mesures en solution à ces problèmes de santé, véritables épidémies sociales. Certains considèrent même que la seule thérapie possible est la transformation radicale de la société.

Mais en Espagne, la participation des « sanitarios » dans le mouvement libertaire à connue des proportions véritablement structurantes. Le livre « la finalité de la CNT-AIT, le Communisme Libertaire », véritable boussole de référence du mouvement anarchosyndicaliste espagnol, n’a-t-il pas été écrit par le médecin Isaac Puente, dont Federica Montseny – future ministre anarchiste de la santé – a pu dire : « indiscutablement, le docteur Isaac Puente fut le principal inspirateur des réalisations collectives de la Révolution espagnole ».

La spécificité du mouvement anarchiste espagnol,  particulièrement dans le secteur de la santé, est qu’il a tenté de mettre en application, sur une grande échelle géographique, les principes anarchistes et de les confronter à  la réalité, même si ce fut dans les conditions effroyables d’une guerre civile, qui rendait les problèmes de santé encore plus aigus (blessés de guerre, réfugiés, pénuries de personnels et de matériel, risque d’épidémies, …).

Témoin de cette intense participation des professionnels de santé dans le mouvement anarchiste espagnol, la presse libertaire espagnole, dont le nombre de titres continue de surprendre les historiens et les militants actuels, a recueilli un grand nombre d’articles, d’informations, de courriers des lecteurs et de conférences données par des professionnels de la santé dans les centres libertaires et les athénées (centre sociaux libertaires). Cela ne signifie pas que tous les auteurs de ces articles, pas même la majorité sûrement, partageaient l’intégralité des idées anti-autoritaires des journaux dans lesquels ils s‘exprimaient, mais ils savaient que c’était là le moyen le plus direct de rapprocher leurs idées de la partie la plus active du prolétariat. Il y eu des influences réciproques entre le mouvement anarchosyndicaliste et les mouvements populaires de santé d’autres obédiences – socialiste notamment – tant et si bien que lors de la Révolution de 1936, la vision globale de l’organisation de la santé révolutionnaire était globalement partagée, dans le sens anarchiste d’un système de santé socialisé (pas forcément étatisé), universel, laïque et gratuit, avec un système de santé intégré, laissant une plus grande part à la prévention.

Cette série de brochures en 4 parties  essaye de mettre en lumière ce qui a animé ces centaines et ces milliers de militants, sur plus d’un siècle : l’aide mutuelle et la solidarité, l’humanisme avant tout. Ils étaient persuadés que la meilleure des thérapies face à une société malade, reste encore la Révolution, sociale et libertaire.

L’objectif de ce travail de compilation de textes, écrits par des militants dans le feu de l’action ou par des universitaires plusieurs décennies après que la passion révolutionnaire soit retombée, n’est pas de se complaire dans la nostalgie d’une Utopie perdue qui ne reviendrait jamais.
Alors que l’Humanité est secouée par une crise sanitaire, qui se transforme en crise politique et économique majeure dont on dit qu’elle annonce un changement d’organisation du Monde ; il nous semble essentiel de revenir sur cette période de la Révolution espagnole dont on sait qu’elle a été l’annonciatrice des bouleversements mondiaux ultérieurs.

Il est de bon ton, chez les commentateurs académiques, universitaires, journalistiques ou politiques, de dire que l’Anarchie est une situation de désordre absolu, et que les Anarchistes sont au mieux de doux rêveurs, au pire de dangereux casseurs. La crise que nous vivons en ce moment avec le Covid 19 nous démontre au contraire que le désordre absolu que nous vivons actuellement n’est pas l’Anarchie mais le chaos, et qu’il  n’est pas le fruit d’une politique anarchiste, mais bien le résultat combiné de l’action du Capitalisme et de l’État.

L’expérience de la CNT-AIT en Espagne nous montre que – confronté à une situation aussi soudaine que celle du Covid-19, les anarchosyndicalistes ont néanmoins réussi à refaire tourner quasi immédiatement le système de santé, et ce alors que la plupart des cadres de santé avait fui et qu’ils manquaient d’absolument tout. La différence vient du fait que si la crise (le Révolution) n’avait pas été prévue par les anarchistes (le facteur déclenchant est venu d’un coup d’état fasciste qui n’avait pas été annoncé), au moins l’avaient ils prédite – et même appelée de leurs vœux – et donc ils s’étaient patiemment organisés, et ce pendant plus de 70 ans, pour être prêt, le jour venu, à faire face.

C’est cela qui manque au Capitalisme et à l’état pour faire face aux épidémies : le sens de l’Histoire. Or on sait qu’en cas d’épidémie, les facteurs clés pour empêcher sa propagation sont la préparation, la détection précoce et la réaction rapide. Et que ce n’est pas en temps de « guerre » que ces aptitudes se préparent.

Les militants anarchosyndicalistes espagnols ont fait la preuve de leur capacité d’anticipation et de préparation et si la révolution espagnole a débouché sur une crise politique majeure puisque Guerre Civile, au moins faut il leur reconnaître qu’elle n’a pas débouché sur une crise sanitaire puisque – du moment que les anarchistes étaient responsables de la santé de la population en zone républicaine, aucune épidémie n’a été à déplorer, et ce au grand étonnement même des meilleurs spécialistes mondiaux qui étaient venus inspecter la situation s’attendant à trouver une situation sanitaire explosive.

Si l’on compare ce que les ouvriers, les paysans espagnols, et quelques médecins et infirmières qui étaient restés ont pu accomplir en si peu de temps en 1936 en temps de guerre, avec les prouesses de 2019 du système de santé des armées françaises, qui coûte des millions d’euros et qui dispose de profusion de matériel et de personnel mais qui n’a pas été foutu de monter une tente barnum avec 30 lits de réanimation en moins de 3 semaines pendant l’épidémie Covid, on ne peut s’empêcher de penser que oui, décidément, l’Anarchie est la plus haute expression de l’Ordre, et qu’il serait souhaitable pour notre santé et le bien-être de l’humanité et de la planète, que l’on prenne exemple sur les révolutionnaires espagnols de 1936 …

La définition anarchiste de la santé est « État total de bien-être, physique, mental et social » ». Pour rétablir l’Harmonie, entre les humains comme avec la Planète, condition sine qua none pour vivre en plénitude de notre santé, nous devons en finir avec le Capitalisme et l’Etat. Il y a urgence.

Des travailleurs de la santé de la CNT-AIT

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CONTENU DE LA BROCHURE :

– INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé    1

– Quelques précurseurs :  critiques anarchistes de la médecine    5

– Bref Panorama historique de la santé anarchiste en Espagne    7

a) Les débuts de la première internationale en Espagne (1870-1900) : les bases rationnelles et scientifiques de l’anarchisme espagnol    7
b) Les apports du néo-malthusianisme et du naturisme (1900-1920)    8
c) Durant la dictature de Primo de Rivera (1923 – 1931) : maturation des apports idéologiques    9
d) La seconde République (1931-1936) : affirmation du  communisme libertaire comme finalité de l’anarchosyndicalisme et remède aux maladies sociales    9
e) La Révolution Sociale (1936-1937) : mise en pratique de 70 ans de préparation conceptuelle et idéologique.    10
f) L’Ordre contre l’Utopie sanitaire et sociale : les communistes puis l’exil, la résistance intérieure, la clandestinité (1938-1975)    10

– Sur le rôle des techniciens en période révolutionnaire    13

– Anarchosyndicalisme et santé à l’arrière et au front : le cas de Valence et de la Colonne de fer  dans la guerre civile espagnole ((1936-1937)    15 – « Santé, performance et activité  » ! L’Organisation Sanitaire Ouvrière, la CNT-AIT et la collectivisation des services médico-sanitaire au déclenchement de la révolution à Barcelone    49

– L’hôpital de campagne de la CNT-AIT de Villajoyosa (Alicante)    54

– « À l’hôpital …»    55

– Les affiches de la CNT-AIT en soutien aux hôpitaux de campagne, témoins de la Révolution et de la guerre d’Espagne    57

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La brochure peut être commandée au format Papier, 8 Euros frais de port compris, chèques à l’ordre de CNT-AIT à adresser à CNT AIT 7 rue St Rémésy 31000 Toulouse

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Autres Volumes de la série :

I.    Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite

II.    La mise en place d’une santé publique anarchiste :
–    La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY ;
–    Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez
–    Histoire du décret sur l’avortement de 1936

III.    Du serment d’Hippocrate à la Révolution sociale : des femmes et des hommes engagées pour la Santé et la Révolution (deux tomes) [En préparation]

IV.    L’hygiène et l’éducation à la santé : pour une pratique populaire de santé publique ; innovation médicale pendant la révolution et la Guerre d’Espagne ; L’Internationalisme sanitaire [En préparation]

LES TRADITIONS OPPRIMENT LES FEMMES

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu  quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent  progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Le point de départ idéologique du régime tsariste peut être situé sous le règne d’Ivan IV le Terrible. C’est lui qui introduisit la notion capitale, celle qui fonde l’absolutisme,la notion « de droit divin ».

Pour cela ; Ivan IV prit appui sur la religion orthodoxe et son clergé. A partir de cette période, le Tsar,  l’empereur de toutes les Russies prit dans les esprits un caractère sacré et devint le dépositaire de la parole  divine… La révolution de février 1917 marquera de façon grandiose le point final de cette croyance. Entre  les deux dates extrêmes, les mentalités, sous la domination des dogmes de l’église orthodoxe – pilier du  pouvoir autocratique- n’évoluent d’abord que lentement ; puis, à partir de 1825 tout s’accélère.

Un marqueur de cette évolution historique est la condition féminine. A la fin du XVIe siècle, que ce soit dans les plus hautes sphères de la société ou bien chez les cosaques, la femme est soumise à une domination sans borne. La religion, qui est le pilier du régime, fait de la femme quelque chose comme un démon ; ou pour le dire tout simplement, un être impur. Ce délire anti-féminin est tel que des masses d’hommes se  châtrent volontairement afin de se préserver de toute tentation sexuelle et vivent en communautés  composées uniquement d’eunuques.

La conséquence de cette idéologie est que la femme ne peut être qu’enfermée ou esclave. Dans  l’aristocratie russe, elle vit recluse dans des pièces prévues à cet effet. Partout ailleurs, elle est exploitée comme un animal. Les préjugés de l’idéologie dominante impliquent que la femme n’a pas statut humain. Il faut remarquer que nous retrouvons – y compris dans les révoltes paysannes et cosaques – cette absence de reconnaissance qui est corrélée à l’enracinement de la légende de l’origine divine du tsar.

Quand elles se révoltent, les masses ne sont alors nullement révolutionnaires : il n’y a sur le fond aucune rupture avec la tradition. Ce paradoxe est bien notable chez les cosaques. Eux qui se définissent comme des « hommes libres » sont à la pointe de nombreuses rébellions. Ils ont recours à des sortes « d’assemblées  générales ». Mais ces assemblées de cosaques sont composées uniquement d’hommes et les décisions prises  envers les femmes y sont simplement odieuses. Telle femme soupçonnée d’adultère est traînée par les cheveux au centre de l’assemblée par l’époux qui se sent bafoué, et si aucun homme ne veut d’elle et ne prend sa défense, elle est cousue vivante dans un sac et jetée dans la Volga . C’est aussi dans la Volga que Stenka Razine autre chef de révoltés se débarrassera de sa concubine aux fins de conserver le respect des troupes et de rester leur Ataman, leur chef.

Les premiers craquements notables de cet état de fait se produisent au sommet de l’édifice du pouvoir, en particulier lors de la lutte de la princesse Sophie pour la conquête du trône contre son frère, le futur Pierre le Grand. Sophie terminera sa vie dans un couvent mais cette lutte aura ouvert la voie à une série de tsarines dont la plus célèbre, Catherine, sera au XVIIIe siècle à l’origine de la création de l’institut Smolny pour l’éducation de jeunes filles nobles. Mais tout va s’accélérer au milieu du XIXe siècle, parallèlement à la  pénétration des idées révolutionnaires dans le pays. On doit alors au mouvement nihiliste l’apparition d’une position de rupture idéologique globale qui va consister en un rejet total de la culture ancestrale. Ce mouvement au départ purement intellectuel n’admettait strictement rien de l’héritage du passé (« nihil » = rien). Il sera à l’origine de quelque chose de radicalement nouveau : les individus des deux sexes vont mener sur un pied d’égalité la lutte pour l’émancipation.

Dès lors dans les groupes révolutionnaires qui vont passer à l’action contre le régime – les populistes d’abord puis les socialistes et anarchistes ensuite – on verra des femmes qui prendront leur part dans le combat terrible qui sera mené contre le despotisme L’une d’entre elles, Sofia Perovskaïa, participera à l’attentat de 1881 qui mettra fin à la vie du tsar Alexandre II. Elle sera exécutée avec quatre de ses camarades.

Cette égalité politique homme-femme, qui se réalise concrètement grâce à cette négation des traditions, est un fait crucial. Elle contient en elle la destruction du vieux monde tsariste qui dès ce moment est condamné et ne mettra pas quarante ans à s’écrouler. Car cette égalité des sexes, issue d’un travail idéologique de rupture, est un élément qui mesure la pénétration de la culture révolutionnaire. Cette culture a traversé toute la mosaïque des populations qui habitent l’immense territoire russe et dans les groupes révolutionnaires, les hommes et les femmes mais aussi les croyants et les athées, ont rejeté leurs différences culturelles, ont rejeté la division imposée par le pouvoir : ces faits préfiguraient l’unité réelle de la population ouvrière et paysanne qui sera une condition de son passage à l’action directe et massive dès 1905 et ce jusqu’à la chute de la tyrannie tsariste en Février 1917.

Dans les moments historiques de lutte contre la domination, comme en Russie à partir de 1880, se détachent des figures de femmes anonymes ou célèbres, telles Maria Spiridonova, leader du parti socialiste révolutionnaire russe, qui ne sont que la face visible d’une profonde prise de conscience. A contrario leur défaut d’implication ou leur marginalisation de la lutte sociale est un indicateur du conservatisme ambiant ou des progrès de la réaction.

On retrouve exactement les mêmes symptômes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936, avec l’apparition dans les combats de femmes du peuple libres et armées. Ce n’est pas un hasard si la campagne réactionnaire pour la militarisation des colonnes anarchistes et révolutionnaires débuta par une attaque en  règle des miliciennes qui y combattaient. Cette propagande touchait un point sensible des « cultures ibériques originelles », un point qui n’avait pas encore été suffisamment anéanti, celui de la place de la femme dans la société. Ainsi dans la presse de la bourgeoise communiste ou socialiste on commença à traiter ces miliciennes de prostitués et de syphilitiques. Puis après un recentrage de l’organe de la CNT catalane « Solidaridad obrera » on put lire des insinuations identiques en faveur du retour à l’ordre sexuel. Quand, dans « Mujeres libres », organe des femmes anarchosyndicalistes jaillira le mot d’ordre explicite « Los hombre al frente, las mujeres al trabajo » (2) et qu’après quoi la dernière milicienne déposa son fusil pour rentrer à la maison cela en était aussi fini de la révolution espagnole.

La conclusion est simple : pas de liberté des femmes sans rejet des traditions oppressives !

Nanard

(1) Ces « idées » ne sont pas arrivées toutes seules mais ont été produites sciemment pour pénétrer l’adversaire que nous sommes par des officines US (voir Jordi Vidal).

(2) “Les hommes au front, les femmes au travail”.

En anglais : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/TRADITIONS-OPPRESS-WOMEN

En espagnol  : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/Las-tradiciones-oprimen-a-las-mujeres

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Floreal Barberà : un siècle de lutte anarchosyndicaliste et antifasciste

Les compagnons de la CNT-AIT de Catalogne nous informent dans le journal « Solidaridad Obrera » de la disparition de Floreal Barberà, à l’âge de 98 ans, survenue le 20 juillet dernier, soit le lendemain de la commémoration du 83ème anniversaire du déclenchement de la Révolution Espagnole.

Fils d’un des fondateurs de la CNT-AIT en Espagne en 1910, il a subi au cours de sa longue vie trois exils.

Le premier exil, en 1924, lorsque sa famille s’enfuit à Toulouse à cause des activités anarcho-syndicalistes de son père. Enfant étranger, il sera scolarisé comme son frère Calmisto (qui participera lui aussi à la lutte anarchosyndicaliste) à l’école française. La maitrise de la langue et la culture française lui sera fondamentale dans le succès de ses futures missions clandestines. Lorsque la Révolution éclate en Espagne, la famille retourne en Espagne, à Barcelone. Le père présidera l’Industrie de fonderie socialisée, tandis que les deux fils intégreront les milices confédérales et se battront en première ligne contre les fascistes franquistes.

Le second exil, en 1939, alors que la guerre civile était déjà perdue, il est contraint de fuir Barcelone et traverse la frontière à pied, comme des centaines de milliers d’anarchistes et de républicains. L’accueil est terrible : c’est le sinistre camp de concentration d’Argelès, où l faut essayer de dormir le soir dans des trous creusés dans le sable, sans couverture. Pendant l’occupation nazi, il s’enfuie du camp et part rejoindre la lutte armée clandestine. Agent de liaison libertaire indépendant, il sera cependant bien connecté avec la résistance française (FFI), comme les services secrets alliés. Il réalisa pour leur compte de nombreuses missions d’information en France ou en Espagne, et participa au sauvetage de nombreux juifs pour le compte de l’Organisation Juive de combat (OJC).

Poursuivi par les polices Franquistes, françaises et la Gestapo, il finira par être arrêté, interrogé et torturé. A Toulouse, il était lié à Francisco PONZAN, autre militant de la CNT-AIT, qu’il fut un des derniers à le voir en vie avant son exécution par les nazis le 17 aout 1944, deux jours avant la libération de la ville.

(Extrait de la brochure des anarchistes espagnols en Résistance, tome 1)

Les compagnons de la CNT-AIT de Catalogne nous informent dans le journal « Solidaridad Obrera » de la disparition de Floreal Barberà, à l’âge de 98 ans, survenue le 20 juillet dernier, soit le lendemain de la commémoration du 83ème anniversaire du déclenchement de la Révolution Espagnole.

Fils d’un des fondateurs de la CNT-AIT en Espagne en 1910, il a subi au cours de sa longue vie trois exils.

Le premier exil, en 1924, lorsque sa famille s’enfuit à Toulouse à cause des activités anarcho-syndicalistes de son père. Enfant étranger, il sera scolarisé comme son frère Calmisto (qui participera lui aussi à la lutte anarchosyndicaliste) à l’école française. La maitrise de la langue et la culture française lui sera fondamentale dans le succès de ses futures missions clandestines. Lorsque la Révolution éclate en Espagne, la famille retourne en Espagne, à Barcelone. Le père présidera l’Industrie de fonderie socialisée, tandis que les deux fils intégreront les milices confédérales et se battront en première ligne contre les fascistes franquistes.

Le second exil, en 1939, alors que la guerre civile était déjà perdue, il est contraint de fuir Barcelone et traverse la frontière à pied, comme des centaines de milliers d’anarchistes et de républicains. L’accueil est terrible : c’est le sinistre camp de concentration d’Argelès, où l faut essayer de dormir le soir dans des trous creusés dans le sable, sans couverture. Pendant l’occupation nazi, il s’enfuie du camp et part rejoindre la lutte armée clandestine. Agent de liaison libertaire indépendant, il sera cependant bien connecté avec la résistance française (FFI), comme les services secrets alliés. Il réalisa pour leur compte de nombreuses missions d’information en France ou en Espagne, et participa au sauvetage de nombreux juifs pour le compte de l’Organisation Juive de combat (OJC).

Poursuivi par les polices Franquistes, françaises et la Gestapo, il finira par être arrêté, interrogé et torturé. A Toulouse, il était lié à Francisco PONZAN, autre militant de la CNT-AIT, qu’il fut un des derniers à le voir en vie avant son exécution par les nazis le 17 aout 1944, deux jours avant la libération de la ville.

En décembre 1944, au retour d’une mission effectuée en Espagne pour le compte de l’OJC, il est de nouveau arrêté en Cerdagne et emprisonné à Gérone et à Barcelone jusqu’en 1945. Après sa sortie de prison, il revint en France où il essaya d’organiser un réseau de combat contre le régime franquiste qui avait le soutien du gouvernement en exil de la République espagnole. Mais finalement, en 1948, le financement légal promis n’arrivant pas et devant les dissensions autour de ce mode d’action, le projet fut abandonné.

Commença alors sont troisième et dernier exil, cette fois au Venezuela, où il a continué à travailler pour la réunification confédérale et la lutte contre Franco. Il rencontre García Oliver et Octavio Alberola, alors exilés au Mexique, mais la distance qui les séparait était trop grande pour mener à bien leurs projets. Finalement ces deux derniers déménagèrent à Paris où ensemble, avec Cipriano Mera et d’autres compagnons, ils fondèrent à la demande du Mouvement Libertaire espagnol en Exil (CNT-AIT, FIJL et FAI) la « Defensa interior », groupe armé antifranquiste d’idéologie anarcosyndicaliste, qui va mener des actions de guerillas et de maquis en Espagne dans les années 60.

La vie militante de Floréal fut très intense et avec son départ, c’est l’un des meilleurs témoins de l’histoire de la CNT-AIT qui a vécu ses moments les plus aigus et intenses, les meilleurs (la révolution) comme les pires (la guerre et la répression). La lutte pour ses idéaux l’a conduit à lutter contre le fascisme en Espagne et en France dans la résistance, ce qui lui vaudra d’être décorée par le pays voisin, en 2001.

Humainement, parmi ceux qui l’ont connu personnellement, nous retiendrons les mots de Xavier Montanyà, qui nous ont servi à écrire ce mémorial :  Homme aux idées fermes, intelligent, constant et rigoureux, sans peur du risque, lutteur né, activiste clandestin,  Floréal était  un homme fraternel, discret, mais aussi réservé, qui mesurait bien ses paroles. Ce fut un des grands hommes de la lutte antifasciste.»

A toujours, Floréal.

Des compagnons de la CNT-AIT de Barcelone et de Toulouse

A suivre :

Floreal Barbera, Joan Catala, Luis-Andres Edo, Xavier Montanya ; Debat sur le groupe Ponzan. Barcelone, 2000, Espai-Obert

André Bösiger (1913 – 2005) : rebelle pour la vie !

André Bösiger

Dans une Suisse que l’on se plaît à voir paisible, l’existence d’André Bosiger fait figure d’exception. Après une enfance et une adolescence jurassiennes, toutes faites de résistance à un milieu hostile et étouffant, l’itinéraire de cet homme libre croisera les luttes des travailleurs, la Ligue d’Action du Bâtiment (LAB-FOBB) – dont il sera l’un des principaux acteurs -, puis les évènements du 9 novembre 1932 à Genève, qui l’amèneront à se révolter contre toutes les injustices et à découvrir peu à peu un idéal libertaire de solidarité. Réfractaire, il passera deux années en prison, s’engagera ensuite dans la Révolution Espagnole, dans la Résistance Française, avant de rejoindre la lutte des Algériens, celle des anti-franquistes de l’après-guerre, tout en assurant, au travers de mille difficultés, la vie matérielle des siens.

André Bösiger 1913 – 2005


André ne défilera pas ce premier mai 2005 à Genève, comme il l’a fait pendant tant d’années, il est mort le 13 avril.

On a pu lire dans Le Courrier [de Genève] du 26 avril que André Bösiger représentait  » le vénérable ancêtre  » du mouvement anarchiste… genevois ? suisse? international ? Soyons sérieux: pour qui l’a entendu évoquer, avec un copain de sa génération, les  » vieux  » anarchistes de Genève qu’ils avaient rejoints alors qu’ils étaient de jeunes ouvriers, André n’a jamais été un  » vénérable « , ni un ancêtre. Mais un copain qui a eu la chance de vivre et de rester lucide longtemps et aussi le mérite de garder la maison, lorsque que d’autres l’avaient désertée.

André Bösiger a raconté, dans un livre souvenir*, les principales étapes de son engagement libertaire. Nous n’en évoquerons ici que les éléments qui nous ont semblé les plus marquants.

Ayant quitté son Jura natal, il rejoint en 1929, à l’âge de 16 ans, la Ligue d’Action du Bâtiment. Bras anarcho-syndicaliste du syndicat FOBB, la LAB pratiquait l’action directe sur les chantiers pour faire respecter les conventions collectives, empêcher les heures supplémentaires et le travail du samedi. Elle luttait aussi contre les expulsions et saisies dont étaient victimes les chômeurs qui ne pouvaient payer leur loyer.

Athée, allergique à l’autorité, c’est en toute logique que André Bösiger rejoint, à la même époque, le groupe anarchiste genevois. Si on en croit son témoignage, ce groupe, qui réunissait entre 20 et 50 personnes chaque semaine, était alors constitué d’une majorité de militants d’âge moyen, parmi lesquels beaucoup d’ouvriers italiens ayant fui le fascisme. Et sa principale activité était  » la pratique syndicaliste, surtout dans le bâtiment  » !

Lors du massacre perpétré par l’armée suisse contre la manifestation antifasciste du 9 novembre 1932, André voit Melchior Allemann, son meilleurs ami, debout à ses côtés s’effondrer d’une balle dans la tête. Mobilisé peu après, il refuse bien sûr de servir. Son insoumission lui vaudra près de deux ans de prison.

A sa sortie du pénitencier, au début de l’année 1937, il veut s’engager au coté des anarchistes espagnols pour se battre contre l’armée franquiste. Mais son ami Louis Bertoni – rédacteur du Réveil anarchiste – l’en dissuade en lui disant  » Là-bas, il y a trois hommes qui attendent qu’un autre tombe, pour ramasser son fusil (…) ici tu es bien plus utile « . André se chargera donc de faire transiter par la France des armes pour la CNT-AIT et la FAI… Par la suite, il continuera d’aider le mouvement libertaire espagnol, n’hésitant pas, pour cela, à se rendre dans l’Espagne franquiste à de nombreuses reprises.

André n’était pas un anarchiste dogmatique et les choix de ses combats furent guidés par le bon sens et le libre arbitre bien plus que par des idées préconçues. Ainsi, il aida la résistance française durant la seconde guerre mondiale, puis la résistance algérienne, faisant passer la frontière suisse à de nombreux indépendantistes algériens et à des insoumis français. Il disait souvent: « j’ai lutté pour la libération de la France de l’occupation nazie, il était normal que j’aide les Algériens à se libérer de l’occupation française. » Toujours très concret, il participera ensuite à la création de coopératives dans ce pays… avant que celui-ci n’évolue vers un système dictatorial. Sa curiosité et sa volonté de réaliser ses idées, ici et maintenant, l’amèneront aussi à s’intéresser à l’autogestion yougoslave… dont les réalisations ne le convaincront pas.

Des déceptions, sa vie militante lui en a, sans doute, beaucoup apportées. La plus grande désillusion étant certainement la trahison de Lucien Tronchet, le militant le plus en vue du mouvement libertaire genevois qui devait rejoindre le parti socialiste à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais André Bösiger était un optimiste aux engagements multiples, un bon vivant et une force de la nature qui n’a jamais baissé les bras. Fondateur et soutien indéfectible du Centre International de Recherche sur l’Anarchisme, André était aussi un pilier de la Libre Pensée…

Et quand notre groupe (Direct! AIT) a décidé de réaliser son premier périodique L’Affranchi, c’est vers lui que nous nous sommes tournés pour lui demander d’être notre éditeur responsable. Il a accepté en nous faisant entièrement confiance et en nous laissant toujours la complète liberté du contenu du journal.

Personnalité profondément anti-autoritaire (ce qui n’est pas le cas, et loin de là, de tous ceux qui se revendiquent de l’anarchisme) André Bösiger a aussi constitué avec sa femme Coucou (Ruth Bösiger décédée en 1990) un couple de militants, ce qui n’était pas fréquent dans sa génération et n’est toujours pas très répandu d’ailleurs.

La classe ouvrière suisse a perdu un élément de ce qu’elle a produit de meilleur, espérons que le siècle qui débute verra naître d’autres personnalités de cette trempe.

Ariane Miéville et José Garcia

* André Bösiger, Souvenirs d’un rebelle, Canevas Éditeur, 1992 (et plusieurs rééditions).

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André BÖSIGER

Ayant quitté le Jura bernois après un conflit avec son employeur, André Bösiger adhéra en 1929 à Genève, à l’âge de 16 ans, à la Ligue d’Action du Bâtiment (LAB), tendance anarcho-syndicaliste de la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), qui sur les chantiers pratiquait l’action directe, empêchant les heures supplémentaires ou le travail du samedi. La LAB luttait aussi contre les expulsions et les saisies dont étaient victimes les chômeurs ne pouvant plus acquitter leurs loyers.

Bösiger rejoignit également le groupe anarchiste genevois qui, selon son témoignage, réunissait chaque semaine entre 20 et 50 personnes, dont beaucoup d’ouvriers italiens ayant fui le fascisme, et se lia d’amitié avec en particulier Luigi Bertoni* et Lucien Tronchet*. Le 9 novembre 1932, il participa à la manifestation antifasciste au cours de laquelle l’armée, protégeant une réunion fasciste, ouvrit le feu et tua 13 manifestants dont un ami d’André mort à côté de lui d’une balle en pleine tête.

Appelé peu après sous les drapeaux, André se déclara insoumis et fut condamné à plusieurs peines de prison successives. C’est au cours de sa détention à la prison de Saint-Antoine (Genève) qu’il apprit vraiment à lire et à écrire et qu’il fit la lecture de A- Z du Petit Larousse ; il ajoutait malicieusement « Est-ce que ça fait long deux ans de prison ? En fait j’aurais eu besoin de deux années de plus pour finir tout ce que j’avais à lire. » A sa sortie du pénitencier en 1937, il fut dissuadé de partir comme volontaire en Espagne par L. Bertoni qui considérait qu’il était plus utile en Suisse. André Bösiger se consacra alors à faire transiter des armes – dissimulées dans des camions de ravitaillement et de vêtements – de Suisse en France pour les compagnons espagnols ; elles étaient prises en charge à Annemasse par un négociant en primeurs, Déturche, qui les convoyait en Espagne. Il s’occupa également de la prise en charge d’enfants espagnols orphelins de guerre. En 1937, il fut expulsé de France pour ces activités.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, réduit au chômage pour ses activités syndicales, il survécut en pratiquant le braconnage et assura également de nombreux passages de frontière (hommes et armes) pour le compte de la résistance française. A la Libération il fut extrêmement déçu par l’attitude de son ami Lucien Tronchet, qui entraîna avec lui de nombreux autres militants syndicalistes et anarchistes au Parti socialiste.

Pendant la guerre d’Algérie, Bösiger continua ses activités de passeur au profit d’exilés espagnols, d’insoumis et de déserteurs français, ainsi que de militants algériens du FLN qu’il hébergea souvent et pour lesquels il trouvait papiers et travail. Il déclarait souvent : « J’ai lutté pour la libération de la France de l’occupation nazie, il était normal que j’aide les Algériens à se libérer de l’occupation française ». Il fut pendant quelques années très lié à l’UGAC et à Guy Bourgeois, notamment au travers de réunions régionales entre Rhône-Alpes et Suisse, mais aussi temporairement à des proches de l’AOA de Raymond Beaulaton, souhaitant toujours reconstituer une Internationale libertaire et révolutionnaire. Ses relations avec les militants antifranquistes espagnols étaient du même ordre : il soutint activement la frange de la FIJL qui organisait des actions directes, enlèvements et attentats (voir Octavo Alberola), mais aussi l’Alianza sindical obrera dans les années soixante, qui espérait reconstituer un mouvement libertaire au prix d’alliances parfois délicates avec des institutions en place en Espagne.

En 1957, André Bösiger participa à la création du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme (CIRA) à Genève et à l’aménagement du local puis à ses déménagements successifs. Il fut à la même époque le gérant d’une nouvelle série du journal bilingue Le Réveil anarchiste (Genève, janvier 1957-décembre 1960). Dans les année 1980, il assura l’aménagement de l’hôtel-café libertaire du Soleil à Saignelégier (Jura) et participa aux activités anarchistes à Genève ainsi qu’à la Ligue des droits de l’homme.

En 1990 il perdit sa compagne Ruth dite Coucou. Il fut ensuite le gérant de L’Affranchi, organe de la section suisse de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs).

André Bösiger, qui était également un militant actif de la Libre Pensée, est mort le 13 avril 2005 à Genève.

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« Les algériens que je faisais parfois passer en groupe, j’ai également aidé des insoumis et des déserteurs de l’armée française qui refusaient d’aller se battre en Algérie … Je bénéficiais de la complicité de douaniers tant français que suisses, qui me signalaient les moyens de franchir les passages. (j’ai hébergé) des algériens … Pour moi, ils étaient tous des réfugiés et ce qui comptais, c’était leur lutte pour l’Algérie indépendante. »

André BÖSIGER, P 93-99, Souvenirs d’un rebelle, 60 ans le lutte d’un libertaire jurassien, Dôle, 1991, 134 p.

« Au début de 1955, le premier responsable de la Wilaya 3 vint me rendre visite accompagné de Jean Ramet… C’est lui qui fut l’initiateur d’une présence communiste libertaire directe dans la région (Bourgogne) dans la lutte algérienne… Le groupe libertaire de Mâcon (1) assurait le stockage t les transports ds carnets (de cotisation). Nous passions par la filière suisse, animée par « André » (Bösinger), vieux militant anarchiste… J’ai été protégé par le responsable de Saône-et-Loire de la DST (Direction dela Surveillance du Territoire), qui était franc-maçon et qui me faisait prévenir par le « Vénérable » de Mâcon … »

(1) Notre compagnon Leandre VALERO participait aux activités clandestines de ce groupe.

Témoignage de Guy Bourgeois (Gérard dans la clandestinité), l’insurrection algérienne et les communistes libertaires, p. 6-7, Alternative ibertaire (UCL), Paris, 1992

PARIS : Inauguration du jardin Federica montseny et exorcisme républicain

Ce 24 août 2019, Madame la Maire de Paris, membre du Parti Socialiste (celui de la non-intervention en 36 et on en passe depuis … ), en présence de Madame la Ministre de la Justice du Royaume d’Espagne (celui mis en place par la rébellion militaire dirigée par le Caudillo Franco), Monsieur l’Ambassadeur du même Royaume, la famille Montseny (on ne saurait les blâmer), sans oublier l’innefable Aimable Marseillan (qui était en retard) ont inauguré le Parc Federica Montseny à Paris.

Ce 24 août 2019, Madame la Maire de Paris, membre du Parti Socialiste (celui de la non-intervention en 36 et on en passe depuis … ), en présence de Madame la Ministre de la Justice du Royaume d’Espagne (celui mis en place par la rébellion militaire dirigée par le Caudillo Franco), Monsieur l’Ambassadeur du même Royaume, la famille Montseny (on ne saurait les blâmer),  sans oublier l’innefable Aimable Marseillan (qui était en retard) ont inauguré le Parc Federica Montseny à Paris.

Sur la plaque on lit « écrivain libertaire ». Anarchiste ça leur aurait arraché la gueule …

Federica goutait assez peu les honneurs, surtout officiels et républicains… Le plus bel hommage qui lui a été rendu ce jour là est certainement la dizaine de fourgons de flics et le détachement d’éborgneurs qui protégeait le vitrine de la banque d’â côté. Des fois que le fantôme de Federica vienne se joindre à la cérémonie. Il faut croire que même morts et enterrées sous les honneurs, les anarchistes font encore peur au pouvoir, qui se sent obligé  d’organiser des rituels d’exorcisme pour intégrer ces démons au panthéon républicain et démocratique.

Heureusement, il y eut quelques voix pour crier bien haut à tout ce petit monde :

Ni monarchie, ni république, vive l’Anarchie !