II. La mise en place d’une santé publique anarchiste

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Nous continuons notre série sur l’oeuvre de Santé publique des anarchosyndicalistes pendant la Révolution espagnole .

Le premier volume ( LIEN ) était consacré aux mesures prises en urgence face à un évènement sanitaire et politique, imprévu et brutal, en l’occurrence une Révolution. Nous avons vu comment les anarchosyndicalistes ont dû faire face, dans l’urgence, pour prendre en main le système de santé publique, alors qu’ils manquaient de personnel qualifié et de matériels, et qu’ils devaient en plus affronter une guerre civile. Le fait que les anarchosyndicalistes se soint préparés, idéologiquement et pratiquement, pendant des dizaines d’années, à cette éventualité, y compris dans le domaine sanitaire, leur a permis de faire preuve des qualités requises pour le gestion des crises sanitaires : anticipation, préparation (preparadness), réactivité. Ainsi il n’y eu pas dans le camp républicain d’effondrement du système sanitaire, il n’y eu pas d’épidémie par exemple, au grand étonnement des délégations de la Croix Rouge et du Comité d’Hygiène de la Société des Nations venus inspecter sur place.

Dans ce second volume, nous abordons la question de quelle politique de santé publique de long terme a été mise en place par les anarchosyndicalistes une fois le temps  de l’urgence absolue réglée. Car c’est un fait significatif que – même si la situation sanitaire a toujours été sous une tension très critique du fait de la guerre civile – les anarchosyndicalistes ont malgré tout essayé d’ébaucher ce que ce serait une Santé publique « d’après crise » :  universelle, au service de la population,  mettant l’accent sur la prévention,  socialisée et décentralisée.

Des réformes structurelles ambitieuses et visionnaires – qui ne furent mises en place parfois que plusieurs dizaines d’années après dans nos « démocraties libérales » – furent initiées : laïcisation des services de santé et d’assistance, socialisation, médecine préventive, légalisation de l’avortement, réforme de la psychiatrie, approche intégrée de la santé (concept « One health ») … Cette vision culmina avec le Congrès National de la Santé de 1937 qui equissa une proposition de concept de Santé publique d’un point de vue anarchiste, qui reste d’une actualité brûlante. La santé y est en effet décrite comme un état total de bien être, physique, mental et social, définition que l’OMS reprendra à son compté mais sans vraiment mettre l’accent sur le domaine social …

Ce second volume contient des traductions d’articles d’époque ou d’articles universitaires, dont certains pour la première fois en Français comme le décret sur l’avortement de 1936 en Catalogne, l’analyse retrospective de Federica Montseny sur son action dans le domaine de la santé ou encore l’oeuvre de  de Félix Martí Ibáñez, qui écrivit une psychanalyse de la Révolution Espagnole en plein coeur de l’action en 1937, et qui peut toujours nous servir comme support de réflexion et de débat sur les objectifs et l’organisation d’un mouvement révolutionnaire.

Vos commentaires et remarques sont toujours les bienvenus,

Bonne lecture !

La brochure fait 104 pages, au forma A5. Elle peut être téléchargée ici :

On peut aussi la commander au format papier en envoyant un mail à contact@cnt-ait.info, prix 8 Euros, frais de port compris.

INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé

– L’anarchisme espagnol dans le débat sur la santé en Espagne: santé, maladie et médecine (1930-1939)

1.Introduction: le débat autour de la santé, de la salubrité et de l’hygiène
2. La CNT et le concept de médecine sociale
3. Le discours anarchiste sur les «maladies sociales»
4. Le problème de santé pendant la guerre civile : la CNT et le contrôle de la santé catalane
5. Conclusions

– Vers une définition de la Santé Anarchiste : le Congrès National de la Santé de mars 1937

Finalité : la santé d’un point de vue anarchiste
Principe : Le système de santé d’un point de vue anarchiste
Tactiques : mise en œuvre des principes pour atteindre la finalité

– La santé dans la Révolution sociale et libertaire de 1936

La culture sanitaire dans le mouvement libertaire
La Révolution en Catalogne et son impact sur le système de santé
La Révolution à Valence et son impact sur le système de santé
La Révolution en Aragon et son impact sur le système de santé

– La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY (1986)

Organisation du Ministère
Santé
Le Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Assistance Sociale
Invitation du Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Création de l’Office Central d’Evacuation et d’Assistance aux Réfugiés
Le problème de l’avortement
La lutte contre la prostitution
Considérations finales

– Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

De l’infanticide à l’avortement
L’Espagne des années 1930
Félix Martí Ibáñez
Le Décret sur l’interruption artificielle de grossesse
L’idéologie du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse
L’application du décret d’interruption artificielle de la grossesse
Influence du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse en Espagne
En synthèse

– Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

– Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

– Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez

Données biographiques
Martí-Ibáñez et la psychologie avant la guerre civile
La réforme de la psychiatrie pendant la guerre civile
Psychanalyse de la guerre civile
Le travail psychologique d’un exilé

Annexes

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Premier Volume : Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite


Les questions de santé ont joué un très grand rôle dans la structuration de la pensée anarchiste en Espagne, depuis son apparition à la fin du XIXème siècle, et les professionnels de santé, médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens … ont joué un rôle très actif tant du point de vue idéologique, théorique que pratique et organisationnel.

Ce phénomène n’est pas exclusif à l’Espagne. Dans tous les pays où les idées libertaires ont pris racine, il est courant de trouver des professionnels de la santé parmi ses militants . C’est même logique : les médecins et autres agents de santé ont été les témoins directs des effets de la révolution industrielle sur les conditions de vie et de travail du prolétariat. Il est fréquent que dans leurs publications ils proposent des mesures en solution à ces problèmes de santé, véritables épidémies sociales. Certains considèrent même que la seule thérapie possible est la transformation radicale de la société.

Mais en Espagne, la participation des « sanitarios » dans le mouvement libertaire à connue des proportions véritablement structurantes. Le livre « la finalité de la CNT-AIT, le Communisme Libertaire », véritable boussole de référence du mouvement anarchosyndicaliste espagnol, n’a-t-il pas été écrit par le médecin Isaac Puente, dont Federica Montseny – future ministre anarchiste de la santé – a pu dire : « indiscutablement, le docteur Isaac Puente fut le principal inspirateur des réalisations collectives de la Révolution espagnole ».

La spécificité du mouvement anarchiste espagnol,  particulièrement dans le secteur de la santé, est qu’il a tenté de mettre en application, sur une grande échelle géographique, les principes anarchistes et de les confronter à  la réalité, même si ce fut dans les conditions effroyables d’une guerre civile, qui rendait les problèmes de santé encore plus aigus (blessés de guerre, réfugiés, pénuries de personnels et de matériel, risque d’épidémies, …).

Témoin de cette intense participation des professionnels de santé dans le mouvement anarchiste espagnol, la presse libertaire espagnole, dont le nombre de titres continue de surprendre les historiens et les militants actuels, a recueilli un grand nombre d’articles, d’informations, de courriers des lecteurs et de conférences données par des professionnels de la santé dans les centres libertaires et les athénées (centre sociaux libertaires). Cela ne signifie pas que tous les auteurs de ces articles, pas même la majorité sûrement, partageaient l’intégralité des idées anti-autoritaires des journaux dans lesquels ils s‘exprimaient, mais ils savaient que c’était là le moyen le plus direct de rapprocher leurs idées de la partie la plus active du prolétariat. Il y eu des influences réciproques entre le mouvement anarchosyndicaliste et les mouvements populaires de santé d’autres obédiences – socialiste notamment – tant et si bien que lors de la Révolution de 1936, la vision globale de l’organisation de la santé révolutionnaire était globalement partagée, dans le sens anarchiste d’un système de santé socialisé (pas forcément étatisé), universel, laïque et gratuit, avec un système de santé intégré, laissant une plus grande part à la prévention.

Cette série de brochures en 4 parties  essaye de mettre en lumière ce qui a animé ces centaines et ces milliers de militants, sur plus d’un siècle : l’aide mutuelle et la solidarité, l’humanisme avant tout. Ils étaient persuadés que la meilleure des thérapies face à une société malade, reste encore la Révolution, sociale et libertaire.

L’objectif de ce travail de compilation de textes, écrits par des militants dans le feu de l’action ou par des universitaires plusieurs décennies après que la passion révolutionnaire soit retombée, n’est pas de se complaire dans la nostalgie d’une Utopie perdue qui ne reviendrait jamais.
Alors que l’Humanité est secouée par une crise sanitaire, qui se transforme en crise politique et économique majeure dont on dit qu’elle annonce un changement d’organisation du Monde ; il nous semble essentiel de revenir sur cette période de la Révolution espagnole dont on sait qu’elle a été l’annonciatrice des bouleversements mondiaux ultérieurs.

Il est de bon ton, chez les commentateurs académiques, universitaires, journalistiques ou politiques, de dire que l’Anarchie est une situation de désordre absolu, et que les Anarchistes sont au mieux de doux rêveurs, au pire de dangereux casseurs. La crise que nous vivons en ce moment avec le Covid 19 nous démontre au contraire que le désordre absolu que nous vivons actuellement n’est pas l’Anarchie mais le chaos, et qu’il  n’est pas le fruit d’une politique anarchiste, mais bien le résultat combiné de l’action du Capitalisme et de l’État.

L’expérience de la CNT-AIT en Espagne nous montre que – confronté à une situation aussi soudaine que celle du Covid-19, les anarchosyndicalistes ont néanmoins réussi à refaire tourner quasi immédiatement le système de santé, et ce alors que la plupart des cadres de santé avait fui et qu’ils manquaient d’absolument tout. La différence vient du fait que si la crise (le Révolution) n’avait pas été prévue par les anarchistes (le facteur déclenchant est venu d’un coup d’état fasciste qui n’avait pas été annoncé), au moins l’avaient ils prédite – et même appelée de leurs vœux – et donc ils s’étaient patiemment organisés, et ce pendant plus de 70 ans, pour être prêt, le jour venu, à faire face.

C’est cela qui manque au Capitalisme et à l’état pour faire face aux épidémies : le sens de l’Histoire. Or on sait qu’en cas d’épidémie, les facteurs clés pour empêcher sa propagation sont la préparation, la détection précoce et la réaction rapide. Et que ce n’est pas en temps de « guerre » que ces aptitudes se préparent.

Les militants anarchosyndicalistes espagnols ont fait la preuve de leur capacité d’anticipation et de préparation et si la révolution espagnole a débouché sur une crise politique majeure puisque Guerre Civile, au moins faut il leur reconnaître qu’elle n’a pas débouché sur une crise sanitaire puisque – du moment que les anarchistes étaient responsables de la santé de la population en zone républicaine, aucune épidémie n’a été à déplorer, et ce au grand étonnement même des meilleurs spécialistes mondiaux qui étaient venus inspecter la situation s’attendant à trouver une situation sanitaire explosive.

Si l’on compare ce que les ouvriers, les paysans espagnols, et quelques médecins et infirmières qui étaient restés ont pu accomplir en si peu de temps en 1936 en temps de guerre, avec les prouesses de 2019 du système de santé des armées françaises, qui coûte des millions d’euros et qui dispose de profusion de matériel et de personnel mais qui n’a pas été foutu de monter une tente barnum avec 30 lits de réanimation en moins de 3 semaines pendant l’épidémie Covid, on ne peut s’empêcher de penser que oui, décidément, l’Anarchie est la plus haute expression de l’Ordre, et qu’il serait souhaitable pour notre santé et le bien-être de l’humanité et de la planète, que l’on prenne exemple sur les révolutionnaires espagnols de 1936 …

La définition anarchiste de la santé est « État total de bien-être, physique, mental et social » ». Pour rétablir l’Harmonie, entre les humains comme avec la Planète, condition sine qua none pour vivre en plénitude de notre santé, nous devons en finir avec le Capitalisme et l’Etat. Il y a urgence.

Des travailleurs de la santé de la CNT-AIT

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CONTENU DE LA BROCHURE :

– INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé    1

– Quelques précurseurs :  critiques anarchistes de la médecine    5

– Bref Panorama historique de la santé anarchiste en Espagne    7

a) Les débuts de la première internationale en Espagne (1870-1900) : les bases rationnelles et scientifiques de l’anarchisme espagnol    7
b) Les apports du néo-malthusianisme et du naturisme (1900-1920)    8
c) Durant la dictature de Primo de Rivera (1923 – 1931) : maturation des apports idéologiques    9
d) La seconde République (1931-1936) : affirmation du  communisme libertaire comme finalité de l’anarchosyndicalisme et remède aux maladies sociales    9
e) La Révolution Sociale (1936-1937) : mise en pratique de 70 ans de préparation conceptuelle et idéologique.    10
f) L’Ordre contre l’Utopie sanitaire et sociale : les communistes puis l’exil, la résistance intérieure, la clandestinité (1938-1975)    10

– Sur le rôle des techniciens en période révolutionnaire    13

– Anarchosyndicalisme et santé à l’arrière et au front : le cas de Valence et de la Colonne de fer  dans la guerre civile espagnole ((1936-1937)    15 – « Santé, performance et activité  » ! L’Organisation Sanitaire Ouvrière, la CNT-AIT et la collectivisation des services médico-sanitaire au déclenchement de la révolution à Barcelone    49

– L’hôpital de campagne de la CNT-AIT de Villajoyosa (Alicante)    54

– « À l’hôpital …»    55

– Les affiches de la CNT-AIT en soutien aux hôpitaux de campagne, témoins de la Révolution et de la guerre d’Espagne    57

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La brochure peut être commandée au format Papier, 8 Euros frais de port compris, chèques à l’ordre de CNT-AIT à adresser à CNT AIT 7 rue St Rémésy 31000 Toulouse

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Autres Volumes de la série :

I.    Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite

II.    La mise en place d’une santé publique anarchiste :
–    La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY ;
–    Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez
–    Histoire du décret sur l’avortement de 1936

III.    Du serment d’Hippocrate à la Révolution sociale : des femmes et des hommes engagées pour la Santé et la Révolution (deux tomes) [En préparation]

IV.    L’hygiène et l’éducation à la santé : pour une pratique populaire de santé publique ; innovation médicale pendant la révolution et la Guerre d’Espagne ; L’Internationalisme sanitaire [En préparation]

LES TRADITIONS OPPRIMENT LES FEMMES

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu  quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent  progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Le point de départ idéologique du régime tsariste peut être situé sous le règne d’Ivan IV le Terrible. C’est lui qui introduisit la notion capitale, celle qui fonde l’absolutisme,la notion « de droit divin ».

Pour cela ; Ivan IV prit appui sur la religion orthodoxe et son clergé. A partir de cette période, le Tsar,  l’empereur de toutes les Russies prit dans les esprits un caractère sacré et devint le dépositaire de la parole  divine… La révolution de février 1917 marquera de façon grandiose le point final de cette croyance. Entre  les deux dates extrêmes, les mentalités, sous la domination des dogmes de l’église orthodoxe – pilier du  pouvoir autocratique- n’évoluent d’abord que lentement ; puis, à partir de 1825 tout s’accélère.

Un marqueur de cette évolution historique est la condition féminine. A la fin du XVIe siècle, que ce soit dans les plus hautes sphères de la société ou bien chez les cosaques, la femme est soumise à une domination sans borne. La religion, qui est le pilier du régime, fait de la femme quelque chose comme un démon ; ou pour le dire tout simplement, un être impur. Ce délire anti-féminin est tel que des masses d’hommes se  châtrent volontairement afin de se préserver de toute tentation sexuelle et vivent en communautés  composées uniquement d’eunuques.

La conséquence de cette idéologie est que la femme ne peut être qu’enfermée ou esclave. Dans  l’aristocratie russe, elle vit recluse dans des pièces prévues à cet effet. Partout ailleurs, elle est exploitée comme un animal. Les préjugés de l’idéologie dominante impliquent que la femme n’a pas statut humain. Il faut remarquer que nous retrouvons – y compris dans les révoltes paysannes et cosaques – cette absence de reconnaissance qui est corrélée à l’enracinement de la légende de l’origine divine du tsar.

Quand elles se révoltent, les masses ne sont alors nullement révolutionnaires : il n’y a sur le fond aucune rupture avec la tradition. Ce paradoxe est bien notable chez les cosaques. Eux qui se définissent comme des « hommes libres » sont à la pointe de nombreuses rébellions. Ils ont recours à des sortes « d’assemblées  générales ». Mais ces assemblées de cosaques sont composées uniquement d’hommes et les décisions prises  envers les femmes y sont simplement odieuses. Telle femme soupçonnée d’adultère est traînée par les cheveux au centre de l’assemblée par l’époux qui se sent bafoué, et si aucun homme ne veut d’elle et ne prend sa défense, elle est cousue vivante dans un sac et jetée dans la Volga . C’est aussi dans la Volga que Stenka Razine autre chef de révoltés se débarrassera de sa concubine aux fins de conserver le respect des troupes et de rester leur Ataman, leur chef.

Les premiers craquements notables de cet état de fait se produisent au sommet de l’édifice du pouvoir, en particulier lors de la lutte de la princesse Sophie pour la conquête du trône contre son frère, le futur Pierre le Grand. Sophie terminera sa vie dans un couvent mais cette lutte aura ouvert la voie à une série de tsarines dont la plus célèbre, Catherine, sera au XVIIIe siècle à l’origine de la création de l’institut Smolny pour l’éducation de jeunes filles nobles. Mais tout va s’accélérer au milieu du XIXe siècle, parallèlement à la  pénétration des idées révolutionnaires dans le pays. On doit alors au mouvement nihiliste l’apparition d’une position de rupture idéologique globale qui va consister en un rejet total de la culture ancestrale. Ce mouvement au départ purement intellectuel n’admettait strictement rien de l’héritage du passé (« nihil » = rien). Il sera à l’origine de quelque chose de radicalement nouveau : les individus des deux sexes vont mener sur un pied d’égalité la lutte pour l’émancipation.

Dès lors dans les groupes révolutionnaires qui vont passer à l’action contre le régime – les populistes d’abord puis les socialistes et anarchistes ensuite – on verra des femmes qui prendront leur part dans le combat terrible qui sera mené contre le despotisme L’une d’entre elles, Sofia Perovskaïa, participera à l’attentat de 1881 qui mettra fin à la vie du tsar Alexandre II. Elle sera exécutée avec quatre de ses camarades.

Cette égalité politique homme-femme, qui se réalise concrètement grâce à cette négation des traditions, est un fait crucial. Elle contient en elle la destruction du vieux monde tsariste qui dès ce moment est condamné et ne mettra pas quarante ans à s’écrouler. Car cette égalité des sexes, issue d’un travail idéologique de rupture, est un élément qui mesure la pénétration de la culture révolutionnaire. Cette culture a traversé toute la mosaïque des populations qui habitent l’immense territoire russe et dans les groupes révolutionnaires, les hommes et les femmes mais aussi les croyants et les athées, ont rejeté leurs différences culturelles, ont rejeté la division imposée par le pouvoir : ces faits préfiguraient l’unité réelle de la population ouvrière et paysanne qui sera une condition de son passage à l’action directe et massive dès 1905 et ce jusqu’à la chute de la tyrannie tsariste en Février 1917.

Dans les moments historiques de lutte contre la domination, comme en Russie à partir de 1880, se détachent des figures de femmes anonymes ou célèbres, telles Maria Spiridonova, leader du parti socialiste révolutionnaire russe, qui ne sont que la face visible d’une profonde prise de conscience. A contrario leur défaut d’implication ou leur marginalisation de la lutte sociale est un indicateur du conservatisme ambiant ou des progrès de la réaction.

On retrouve exactement les mêmes symptômes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936, avec l’apparition dans les combats de femmes du peuple libres et armées. Ce n’est pas un hasard si la campagne réactionnaire pour la militarisation des colonnes anarchistes et révolutionnaires débuta par une attaque en  règle des miliciennes qui y combattaient. Cette propagande touchait un point sensible des « cultures ibériques originelles », un point qui n’avait pas encore été suffisamment anéanti, celui de la place de la femme dans la société. Ainsi dans la presse de la bourgeoise communiste ou socialiste on commença à traiter ces miliciennes de prostitués et de syphilitiques. Puis après un recentrage de l’organe de la CNT catalane « Solidaridad obrera » on put lire des insinuations identiques en faveur du retour à l’ordre sexuel. Quand, dans « Mujeres libres », organe des femmes anarchosyndicalistes jaillira le mot d’ordre explicite « Los hombre al frente, las mujeres al trabajo » (2) et qu’après quoi la dernière milicienne déposa son fusil pour rentrer à la maison cela en était aussi fini de la révolution espagnole.

La conclusion est simple : pas de liberté des femmes sans rejet des traditions oppressives !

Nanard

(1) Ces « idées » ne sont pas arrivées toutes seules mais ont été produites sciemment pour pénétrer l’adversaire que nous sommes par des officines US (voir Jordi Vidal).

(2) “Les hommes au front, les femmes au travail”.

En anglais : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/TRADITIONS-OPPRESS-WOMEN

En espagnol  : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/Las-tradiciones-oprimen-a-las-mujeres

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Floreal Barberà : un siècle de lutte anarchosyndicaliste et antifasciste

Les compagnons de la CNT-AIT de Catalogne nous informent dans le journal « Solidaridad Obrera » de la disparition de Floreal Barberà, à l’âge de 98 ans, survenue le 20 juillet dernier, soit le lendemain de la commémoration du 83ème anniversaire du déclenchement de la Révolution Espagnole.

Fils d’un des fondateurs de la CNT-AIT en Espagne en 1910, il a subi au cours de sa longue vie trois exils.

Le premier exil, en 1924, lorsque sa famille s’enfuit à Toulouse à cause des activités anarcho-syndicalistes de son père. Enfant étranger, il sera scolarisé comme son frère Calmisto (qui participera lui aussi à la lutte anarchosyndicaliste) à l’école française. La maitrise de la langue et la culture française lui sera fondamentale dans le succès de ses futures missions clandestines. Lorsque la Révolution éclate en Espagne, la famille retourne en Espagne, à Barcelone. Le père présidera l’Industrie de fonderie socialisée, tandis que les deux fils intégreront les milices confédérales et se battront en première ligne contre les fascistes franquistes.

Le second exil, en 1939, alors que la guerre civile était déjà perdue, il est contraint de fuir Barcelone et traverse la frontière à pied, comme des centaines de milliers d’anarchistes et de républicains. L’accueil est terrible : c’est le sinistre camp de concentration d’Argelès, où l faut essayer de dormir le soir dans des trous creusés dans le sable, sans couverture. Pendant l’occupation nazi, il s’enfuie du camp et part rejoindre la lutte armée clandestine. Agent de liaison libertaire indépendant, il sera cependant bien connecté avec la résistance française (FFI), comme les services secrets alliés. Il réalisa pour leur compte de nombreuses missions d’information en France ou en Espagne, et participa au sauvetage de nombreux juifs pour le compte de l’Organisation Juive de combat (OJC).

Poursuivi par les polices Franquistes, françaises et la Gestapo, il finira par être arrêté, interrogé et torturé. A Toulouse, il était lié à Francisco PONZAN, autre militant de la CNT-AIT, qu’il fut un des derniers à le voir en vie avant son exécution par les nazis le 17 aout 1944, deux jours avant la libération de la ville.

Les compagnons de la CNT-AIT de Catalogne nous informent dans le journal « Solidaridad Obrera » de la disparition de Floreal Barberà, à l’âge de 98 ans, survenue le 20 juillet dernier, soit le lendemain de la commémoration du 83ème anniversaire du déclenchement de la Révolution Espagnole.

Fils d’un des fondateurs de la CNT-AIT en Espagne en 1910, il a subi au cours de sa longue vie trois exils.

Le premier exil, en 1924, lorsque sa famille s’enfuit à Toulouse à cause des activités anarcho-syndicalistes de son père. Enfant étranger, il sera scolarisé comme son frère Calmisto (qui participera lui aussi à la lutte anarchosyndicaliste) à l’école française. La maitrise de la langue et la culture française lui sera fondamentale dans le succès de ses futures missions clandestines. Lorsque la Révolution éclate en Espagne, la famille retourne en Espagne, à Barcelone. Le père présidera l’Industrie de fonderie socialisée, tandis que les deux fils intégreront les milices confédérales et se battront en première ligne contre les fascistes franquistes.

Le second exil, en 1939, alors que la guerre civile était déjà perdue, il est contraint de fuir Barcelone et traverse la frontière à pied, comme des centaines de milliers d’anarchistes et de républicains. L’accueil est terrible : c’est le sinistre camp de concentration d’Argelès, où l faut essayer de dormir le soir dans des trous creusés dans le sable, sans couverture. Pendant l’occupation nazi, il s’enfuie du camp et part rejoindre la lutte armée clandestine. Agent de liaison libertaire indépendant, il sera cependant bien connecté avec la résistance française (FFI), comme les services secrets alliés. Il réalisa pour leur compte de nombreuses missions d’information en France ou en Espagne, et participa au sauvetage de nombreux juifs pour le compte de l’Organisation Juive de combat (OJC).

Poursuivi par les polices Franquistes, françaises et la Gestapo, il finira par être arrêté, interrogé et torturé. A Toulouse, il était lié à Francisco PONZAN, autre militant de la CNT-AIT, qu’il fut un des derniers à le voir en vie avant son exécution par les nazis le 17 aout 1944, deux jours avant la libération de la ville.

En décembre 1944, au retour d’une mission effectuée en Espagne pour le compte de l’OJC, il est de nouveau arrêté en Cerdagne et emprisonné à Gérone et à Barcelone jusqu’en 1945. Après sa sortie de prison, il revint en France où il essaya d’organiser un réseau de combat contre le régime franquiste qui avait le soutien du gouvernement en exil de la République espagnole. Mais finalement, en 1948, le financement légal promis n’arrivant pas et devant les dissensions autour de ce mode d’action, le projet fut abandonné.

Commença alors sont troisième et dernier exil, cette fois au Venezuela, où il a continué à travailler pour la réunification confédérale et la lutte contre Franco. Il rencontre García Oliver et Octavio Alberola, alors exilés au Mexique, mais la distance qui les séparait était trop grande pour mener à bien leurs projets. Finalement ces deux derniers déménagèrent à Paris où ensemble, avec Cipriano Mera et d’autres compagnons, ils fondèrent à la demande du Mouvement Libertaire espagnol en Exil (CNT-AIT, FIJL et FAI) la « Defensa interior », groupe armé antifranquiste d’idéologie anarcosyndicaliste, qui va mener des actions de guerillas et de maquis en Espagne dans les années 60.

La vie militante de Floréal fut très intense et avec son départ, c’est l’un des meilleurs témoins de l’histoire de la CNT-AIT qui a vécu ses moments les plus aigus et intenses, les meilleurs (la révolution) comme les pires (la guerre et la répression). La lutte pour ses idéaux l’a conduit à lutter contre le fascisme en Espagne et en France dans la résistance, ce qui lui vaudra d’être décorée par le pays voisin, en 2001.

Humainement, parmi ceux qui l’ont connu personnellement, nous retiendrons les mots de Xavier Montanyà, qui nous ont servi à écrire ce mémorial :  Homme aux idées fermes, intelligent, constant et rigoureux, sans peur du risque, lutteur né, activiste clandestin,  Floréal était  un homme fraternel, discret, mais aussi réservé, qui mesurait bien ses paroles. Ce fut un des grands hommes de la lutte antifasciste.»

A toujours, Floréal.

Des compagnons de la CNT-AIT de Barcelone et de Toulouse

A suivre :

Floreal Barbera, Joan Catala, Luis-Andres Edo, Xavier Montanya ; Debat sur le groupe Ponzan. Barcelone, 2000, Espai-Obert

André Bösiger (1913 – 2005) : rebelle pour la vie !

André Bösiger

Dans une Suisse que l’on se plaît à voir paisible, l’existence d’André Bosiger fait figure d’exception. Après une enfance et une adolescence jurassiennes, toutes faites de résistance à un milieu hostile et étouffant, l’itinéraire de cet homme libre croisera les luttes des travailleurs, la Ligue d’Action du Bâtiment (LAB-FOBB) – dont il sera l’un des principaux acteurs -, puis les évènements du 9 novembre 1932 à Genève, qui l’amèneront à se révolter contre toutes les injustices et à découvrir peu à peu un idéal libertaire de solidarité. Réfractaire, il passera deux années en prison, s’engagera ensuite dans la Révolution Espagnole, dans la Résistance Française, avant de rejoindre la lutte des Algériens, celle des anti-franquistes de l’après-guerre, tout en assurant, au travers de mille difficultés, la vie matérielle des siens.

André Bösiger 1913 – 2005


André ne défilera pas ce premier mai 2005 à Genève, comme il l’a fait pendant tant d’années, il est mort le 13 avril.

On a pu lire dans Le Courrier [de Genève] du 26 avril que André Bösiger représentait  » le vénérable ancêtre  » du mouvement anarchiste… genevois ? suisse? international ? Soyons sérieux: pour qui l’a entendu évoquer, avec un copain de sa génération, les  » vieux  » anarchistes de Genève qu’ils avaient rejoints alors qu’ils étaient de jeunes ouvriers, André n’a jamais été un  » vénérable « , ni un ancêtre. Mais un copain qui a eu la chance de vivre et de rester lucide longtemps et aussi le mérite de garder la maison, lorsque que d’autres l’avaient désertée.

André Bösiger a raconté, dans un livre souvenir*, les principales étapes de son engagement libertaire. Nous n’en évoquerons ici que les éléments qui nous ont semblé les plus marquants.

Ayant quitté son Jura natal, il rejoint en 1929, à l’âge de 16 ans, la Ligue d’Action du Bâtiment. Bras anarcho-syndicaliste du syndicat FOBB, la LAB pratiquait l’action directe sur les chantiers pour faire respecter les conventions collectives, empêcher les heures supplémentaires et le travail du samedi. Elle luttait aussi contre les expulsions et saisies dont étaient victimes les chômeurs qui ne pouvaient payer leur loyer.

Athée, allergique à l’autorité, c’est en toute logique que André Bösiger rejoint, à la même époque, le groupe anarchiste genevois. Si on en croit son témoignage, ce groupe, qui réunissait entre 20 et 50 personnes chaque semaine, était alors constitué d’une majorité de militants d’âge moyen, parmi lesquels beaucoup d’ouvriers italiens ayant fui le fascisme. Et sa principale activité était  » la pratique syndicaliste, surtout dans le bâtiment  » !

Lors du massacre perpétré par l’armée suisse contre la manifestation antifasciste du 9 novembre 1932, André voit Melchior Allemann, son meilleurs ami, debout à ses côtés s’effondrer d’une balle dans la tête. Mobilisé peu après, il refuse bien sûr de servir. Son insoumission lui vaudra près de deux ans de prison.

A sa sortie du pénitencier, au début de l’année 1937, il veut s’engager au coté des anarchistes espagnols pour se battre contre l’armée franquiste. Mais son ami Louis Bertoni – rédacteur du Réveil anarchiste – l’en dissuade en lui disant  » Là-bas, il y a trois hommes qui attendent qu’un autre tombe, pour ramasser son fusil (…) ici tu es bien plus utile « . André se chargera donc de faire transiter par la France des armes pour la CNT-AIT et la FAI… Par la suite, il continuera d’aider le mouvement libertaire espagnol, n’hésitant pas, pour cela, à se rendre dans l’Espagne franquiste à de nombreuses reprises.

André n’était pas un anarchiste dogmatique et les choix de ses combats furent guidés par le bon sens et le libre arbitre bien plus que par des idées préconçues. Ainsi, il aida la résistance française durant la seconde guerre mondiale, puis la résistance algérienne, faisant passer la frontière suisse à de nombreux indépendantistes algériens et à des insoumis français. Il disait souvent: « j’ai lutté pour la libération de la France de l’occupation nazie, il était normal que j’aide les Algériens à se libérer de l’occupation française. » Toujours très concret, il participera ensuite à la création de coopératives dans ce pays… avant que celui-ci n’évolue vers un système dictatorial. Sa curiosité et sa volonté de réaliser ses idées, ici et maintenant, l’amèneront aussi à s’intéresser à l’autogestion yougoslave… dont les réalisations ne le convaincront pas.

Des déceptions, sa vie militante lui en a, sans doute, beaucoup apportées. La plus grande désillusion étant certainement la trahison de Lucien Tronchet, le militant le plus en vue du mouvement libertaire genevois qui devait rejoindre le parti socialiste à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais André Bösiger était un optimiste aux engagements multiples, un bon vivant et une force de la nature qui n’a jamais baissé les bras. Fondateur et soutien indéfectible du Centre International de Recherche sur l’Anarchisme, André était aussi un pilier de la Libre Pensée…

Et quand notre groupe (Direct! AIT) a décidé de réaliser son premier périodique L’Affranchi, c’est vers lui que nous nous sommes tournés pour lui demander d’être notre éditeur responsable. Il a accepté en nous faisant entièrement confiance et en nous laissant toujours la complète liberté du contenu du journal.

Personnalité profondément anti-autoritaire (ce qui n’est pas le cas, et loin de là, de tous ceux qui se revendiquent de l’anarchisme) André Bösiger a aussi constitué avec sa femme Coucou (Ruth Bösiger décédée en 1990) un couple de militants, ce qui n’était pas fréquent dans sa génération et n’est toujours pas très répandu d’ailleurs.

La classe ouvrière suisse a perdu un élément de ce qu’elle a produit de meilleur, espérons que le siècle qui débute verra naître d’autres personnalités de cette trempe.

Ariane Miéville et José Garcia

* André Bösiger, Souvenirs d’un rebelle, Canevas Éditeur, 1992 (et plusieurs rééditions).

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André BÖSIGER

Ayant quitté le Jura bernois après un conflit avec son employeur, André Bösiger adhéra en 1929 à Genève, à l’âge de 16 ans, à la Ligue d’Action du Bâtiment (LAB), tendance anarcho-syndicaliste de la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB), qui sur les chantiers pratiquait l’action directe, empêchant les heures supplémentaires ou le travail du samedi. La LAB luttait aussi contre les expulsions et les saisies dont étaient victimes les chômeurs ne pouvant plus acquitter leurs loyers.

Bösiger rejoignit également le groupe anarchiste genevois qui, selon son témoignage, réunissait chaque semaine entre 20 et 50 personnes, dont beaucoup d’ouvriers italiens ayant fui le fascisme, et se lia d’amitié avec en particulier Luigi Bertoni* et Lucien Tronchet*. Le 9 novembre 1932, il participa à la manifestation antifasciste au cours de laquelle l’armée, protégeant une réunion fasciste, ouvrit le feu et tua 13 manifestants dont un ami d’André mort à côté de lui d’une balle en pleine tête.

Appelé peu après sous les drapeaux, André se déclara insoumis et fut condamné à plusieurs peines de prison successives. C’est au cours de sa détention à la prison de Saint-Antoine (Genève) qu’il apprit vraiment à lire et à écrire et qu’il fit la lecture de A- Z du Petit Larousse ; il ajoutait malicieusement « Est-ce que ça fait long deux ans de prison ? En fait j’aurais eu besoin de deux années de plus pour finir tout ce que j’avais à lire. » A sa sortie du pénitencier en 1937, il fut dissuadé de partir comme volontaire en Espagne par L. Bertoni qui considérait qu’il était plus utile en Suisse. André Bösiger se consacra alors à faire transiter des armes – dissimulées dans des camions de ravitaillement et de vêtements – de Suisse en France pour les compagnons espagnols ; elles étaient prises en charge à Annemasse par un négociant en primeurs, Déturche, qui les convoyait en Espagne. Il s’occupa également de la prise en charge d’enfants espagnols orphelins de guerre. En 1937, il fut expulsé de France pour ces activités.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, réduit au chômage pour ses activités syndicales, il survécut en pratiquant le braconnage et assura également de nombreux passages de frontière (hommes et armes) pour le compte de la résistance française. A la Libération il fut extrêmement déçu par l’attitude de son ami Lucien Tronchet, qui entraîna avec lui de nombreux autres militants syndicalistes et anarchistes au Parti socialiste.

Pendant la guerre d’Algérie, Bösiger continua ses activités de passeur au profit d’exilés espagnols, d’insoumis et de déserteurs français, ainsi que de militants algériens du FLN qu’il hébergea souvent et pour lesquels il trouvait papiers et travail. Il déclarait souvent : « J’ai lutté pour la libération de la France de l’occupation nazie, il était normal que j’aide les Algériens à se libérer de l’occupation française ». Il fut pendant quelques années très lié à l’UGAC et à Guy Bourgeois, notamment au travers de réunions régionales entre Rhône-Alpes et Suisse, mais aussi temporairement à des proches de l’AOA de Raymond Beaulaton, souhaitant toujours reconstituer une Internationale libertaire et révolutionnaire. Ses relations avec les militants antifranquistes espagnols étaient du même ordre : il soutint activement la frange de la FIJL qui organisait des actions directes, enlèvements et attentats (voir Octavo Alberola), mais aussi l’Alianza sindical obrera dans les années soixante, qui espérait reconstituer un mouvement libertaire au prix d’alliances parfois délicates avec des institutions en place en Espagne.

En 1957, André Bösiger participa à la création du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme (CIRA) à Genève et à l’aménagement du local puis à ses déménagements successifs. Il fut à la même époque le gérant d’une nouvelle série du journal bilingue Le Réveil anarchiste (Genève, janvier 1957-décembre 1960). Dans les année 1980, il assura l’aménagement de l’hôtel-café libertaire du Soleil à Saignelégier (Jura) et participa aux activités anarchistes à Genève ainsi qu’à la Ligue des droits de l’homme.

En 1990 il perdit sa compagne Ruth dite Coucou. Il fut ensuite le gérant de L’Affranchi, organe de la section suisse de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs).

André Bösiger, qui était également un militant actif de la Libre Pensée, est mort le 13 avril 2005 à Genève.

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« Les algériens que je faisais parfois passer en groupe, j’ai également aidé des insoumis et des déserteurs de l’armée française qui refusaient d’aller se battre en Algérie … Je bénéficiais de la complicité de douaniers tant français que suisses, qui me signalaient les moyens de franchir les passages. (j’ai hébergé) des algériens … Pour moi, ils étaient tous des réfugiés et ce qui comptais, c’était leur lutte pour l’Algérie indépendante. »

André BÖSIGER, P 93-99, Souvenirs d’un rebelle, 60 ans le lutte d’un libertaire jurassien, Dôle, 1991, 134 p.

« Au début de 1955, le premier responsable de la Wilaya 3 vint me rendre visite accompagné de Jean Ramet… C’est lui qui fut l’initiateur d’une présence communiste libertaire directe dans la région (Bourgogne) dans la lutte algérienne… Le groupe libertaire de Mâcon (1) assurait le stockage t les transports ds carnets (de cotisation). Nous passions par la filière suisse, animée par « André » (Bösinger), vieux militant anarchiste… J’ai été protégé par le responsable de Saône-et-Loire de la DST (Direction dela Surveillance du Territoire), qui était franc-maçon et qui me faisait prévenir par le « Vénérable » de Mâcon … »

(1) Notre compagnon Leandre VALERO participait aux activités clandestines de ce groupe.

Témoignage de Guy Bourgeois (Gérard dans la clandestinité), l’insurrection algérienne et les communistes libertaires, p. 6-7, Alternative ibertaire (UCL), Paris, 1992

PARIS : Inauguration du jardin Federica montseny et exorcisme républicain

Ce 24 août 2019, Madame la Maire de Paris, membre du Parti Socialiste (celui de la non-intervention en 36 et on en passe depuis … ), en présence de Madame la Ministre de la Justice du Royaume d’Espagne (celui mis en place par la rébellion militaire dirigée par le Caudillo Franco), Monsieur l’Ambassadeur du même Royaume, la famille Montseny (on ne saurait les blâmer), sans oublier l’innefable Aimable Marseillan (qui était en retard) ont inauguré le Parc Federica Montseny à Paris.

Ce 24 août 2019, Madame la Maire de Paris, membre du Parti Socialiste (celui de la non-intervention en 36 et on en passe depuis … ), en présence de Madame la Ministre de la Justice du Royaume d’Espagne (celui mis en place par la rébellion militaire dirigée par le Caudillo Franco), Monsieur l’Ambassadeur du même Royaume, la famille Montseny (on ne saurait les blâmer),  sans oublier l’innefable Aimable Marseillan (qui était en retard) ont inauguré le Parc Federica Montseny à Paris.

Sur la plaque on lit « écrivain libertaire ». Anarchiste ça leur aurait arraché la gueule …

Federica goutait assez peu les honneurs, surtout officiels et républicains… Le plus bel hommage qui lui a été rendu ce jour là est certainement la dizaine de fourgons de flics et le détachement d’éborgneurs qui protégeait le vitrine de la banque d’â côté. Des fois que le fantôme de Federica vienne se joindre à la cérémonie. Il faut croire que même morts et enterrées sous les honneurs, les anarchistes font encore peur au pouvoir, qui se sent obligé  d’organiser des rituels d’exorcisme pour intégrer ces démons au panthéon républicain et démocratique.

Heureusement, il y eut quelques voix pour crier bien haut à tout ce petit monde :

Ni monarchie, ni république, vive l’Anarchie !

CHELO, UNE VIE DE LUTTE POUR LA LIBERTE, LE RESPECT ET LA DIGNITE

Consuelo Rodríguez López, Chelo dans le maquis gallicien, nous a quitté le 18 juillet dernier, à quelques mois de célébrer son centenaire, et alors que nous apprêtions à commémorer le 83ème anniversaire de la Révolution espagnole.

Chelo était l’ultime combattante de la Fédération des Guérilla de León et de Galice. Elle prit part activement aux combats dès la création du groupe, dans l’immédiat après-guerre civile.

Elle n’avait pas d’autre choix. Née dans une famille aisée de Soulecín, à El Barco de Valdeorras, elle à peine 20 ans quand les Légionnaires fascistes assassinent ses deux parents sous ses yeux. « Lorsque je me suis approché, la seule chose que j’ai vue était une flaque de sang », se souvient Chelo. « Je sais qu’ils sont morts enlacés. »

Ses parents avaient refusé de balancer aux fascistes la planque de leur fils ainé, qui avaient déserté l’armée franquiste pour rejoindre le camp républicain. Ses quatre frères s’enfuirent dans la montagne, où ils tomberont au combat contre les forces fascistes de Franco entre 1941 et 1949.

Consuelo Rodríguez López, Chelo dans le maquis gallicien, nous a quitté le 18 juillet dernier, à quelques mois de célébrer son centenaire, et alors que nous apprêtions à commémorer le 83ème anniversaire de la Révolution espagnole.

Chelo était l’ultime combattante de la Fédération des Guérilla de León et de Galice. Elle prit part activement aux combats dès la création du groupe, dans l’immédiat après-guerre civile.

Elle n’avait pas d’autre choix. Née dans une famille aisée de Soulecín, à El Barco de Valdeorras, elle à peine 20 ans quand les Légionnaires fascistes assassinent ses deux parents sous ses yeux. « Lorsque je me suis approché, la seule chose que j’ai vue était une flaque de sang », se souvient Chelo. « Je sais qu’ils sont morts enlacés. »

Ses parents avaient refusé de balancer aux fascistes la planque de leur fils ainé, qui avaient déserté l’armée franquiste pour rejoindre le camp républicain. Ses quatre frères s’enfuirent dans la montagne, où ils tomberont au combat contre les forces fascistes de Franco entre 1941 et 1949.

Dépossédées de tous leurs biens par les fascistes, emprisonnées à de multiples reprises, elle et sa sœur Antonia sont agents de liaison pour la guérilla antifasciste. Quand elles virent que leur vie était en danger, elles s’enfuirent à leur tour dans la montagne, pour y rejoindre « la ville de la jungle » de la Serra do Eixo (Carballeda de Valdeorras), où se trouvait le camp de base de la guérilla.

En 1946, son compagnon le guérillero Arcadio Ríos tombe dans une embuscade. Chelo passa alors trois années dans la clandestinité, hébergée par des soutiens à Orense et El Bierzo, avant de se réfugier en France, de l’autre côté de la frontière, en 1949. Elle se maria avec le guérillero asturien Marino Montes, père de ses deux fils. La famille vécut dans différents endroits, connaissant les vie difficile des réfugiés, « sans papiers » de l »époque, avant de s’installer dans l’Ile de Ré, avec Antonia (décédée en 2012) et son mari le guérillero César Ríos, le frère de Arcadio.

Dans un interview donné en 2007, Consuelo disait qu’elle se souvenait « d’une lutte très belle, car ils avaient tous beaucoup de volonté ».

Chelo a combattu toute sa vie l’injustice et la barbarie, sans prétendre à l’héroïsme dont elle a pourtant su faire preuve constamment. Elle est un exemple de courage et de force, et nous inspire pour nos combats présents et futurs.

Nous adressons notre sincère sympathie à sa famille, à ses amis, et à tous les révolutionnaires qui ont perdu une lutteuse infatigable.

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Une vie sans sens.

Et oui nous nous retrouvons orphelins même si nous avons réécrit l’histoire falsifiée par le fascisme. La société enferme et conditionne nos libertés pour le pouvoir de la force, de la toute-puissance de l’argent et ou du pouvoir, en passant par les religions qui nous ont amené à cette société absurde et dénué de sens.

Ma mère qui toute sa vie a lutté pour la liberté, le respect et la dignité s’est éteinte hier matin.

Que dire de plus dans un monde ou la conscience s’éteint ou l’individualisme passe avant l’intérêt collectif.

Tous ces gens qui ont donné tous ce qu’ils avaient y compris leurs vies pour que nous n’ayons plus faim que nous puissions avoir un logement une vie digne de ce nom.

Nous serons toujours là à porter avec fierté le partage, la connaissance, les sacrifices qui nous ont laissé presque un siècle de répit.

Face à un capitalisme qui est en train de nous bouffer tout cru, la seule réponse ne peut être que la riposte.
Faisons comme eux, ne nous laissons pas bouffer comme des moutons qu’on amène à l’abattoir.

Elle a vue comment la légion est venu un matin du 18 octobre 1939 sortir toutes les personnes de son village, rentrer chez elle en frappant sa mère et torturant ses parents pour leurs faire avouer ou était leurs enfants déserteurs de l’armée fasciste et, après avoir la bénédiction du curé, les assassiner à la sortie de son village.

Depuis elle avait pris les armes pour ne pas mourir sans sourciller et ne plus se laisser faire.
La guérilla était dure, bon nombre de ses compagnons perdirent leurs vies dans le climat de ces montagnes enneigées, ces rivières en crues à traverser de nuit encordés les uns aux autres – quand ils avaient des cordes.

De 1939 à 1949, 10 ans sans répit, la Fédération des Guérillas de Leon Galicia comptait à peu près 200 guérilleros. Mais ceux qui les poursuivaient étaient 2000, il fallait résister bien souvent. Peu survécurent.

Arrivé en l’exil en France en 1949, les problèmes ne faisaient que continuer. Bien souvent refoulés à la frontière et remis entre les mains des fascistes pour se faire assassiner, ou de nombreuses années de labeurs d’esclaves défrichant les champs à main nues, et le soir tremper ses mains et pieds piqués par les ronces et les orties.

Rester bon nombre d’années sans papiers pour travailler, sans compter des chambres de bonne pour se loger, sans toilettes ni eau.

Gros bisous maman c’est fini tu es rentrée dans l’histoire.

Georges MONTES

Les soeurs Antonia et Chelo Rodríguez, avec leurs maris César Ríos (à droite) y Mariano Montes (à gauche) à París.