AERONAUTIQUE : Travaille et ferme ta gueule !

L’ODYSSEE PELICANE, Feuille d’info des travailleurs de l’aéronautique d’orientation anarchosyndicaliste

L’autre jour, il y a un mois … (ça me semble un siècle, c’était avant le confinement officiel) je suis allé manger un kebab dans un fast-food du coin, avec mes collègues de boulot. Je bosse dans le secteur aéronautique, dans une PME.

En attendant nos menus, comme d’hab’ nous avons papoté et regardé nonchalamment la télévision du restaurant, qui était bien sûr allumée sur BFM tv. Pendant des plombes tout semblait s’être arrêter autour du coronavirus, et l’inquiétude des journalistes pour les conséquences de cette épidémie l’économie française sur. Pour le business, nous étions à les entendre au bord de la fin du monde. Mais pendant tout ce temps, rien ou si peu sur la santé des gens et l’impact sanitaire que ça laissera dans la société. Seulement l’impact financier pour les entreprises et pour la bourse, en boucle non-stop.

Et puis de fil en aiguille le coronavirus s’installe comme le sujet numéro 1. Dans les médias bien comme il faut, tout le monde s’inquiète pour le climat des affaires. Ainsi le journal le monde s’inquiète du krach boursier, comme étant la pire journée de l’histoire de la bourse de Paris !

Et voilà que la une de ce journal parle de Christine Lagarde, qui fait des pieds et des mains pour rassurer les investisseurs, et donner des leçons de morale aux Etats de l’Union Européenne. Nous sommes content d’apprendre que toutes les grandes place financière d’Europe et des U$A ont vécu tous leurs pire journée de leur histoires, heureux d’apprendre les plans de sauvetage des entreprises par la BCE (la banque centrale européenne), nous voilà bien soulagés d’entendre cela. Bon et après toutes ces bonnes nouvelles (ou mauvaise, ça dépend d’où on se place), dans quel journal télévisé ou papier ils parlent de la situation des gens malades et de l’empoisonnement de leurs vie à cause de cette épidémie ??

Nous pouvons constater que l’Etat Français n’a rien fait pour anticiper cette crise sanitaire. On nous dira que l’Etat ne peut pas penser à tout. Mais ce même État a déboursé en juin 2019 pour le Ministère de l’intérieur, pour je ne sais combien de million d’Euros pour acheter 25 millions de cartouches de fusil d’assaut et de 40 000 grenades de désencerclement pour les 4 années à venir. Par contre seulement deux mois après le début de l’épidémie du coronavirus, l’État n’avait toujours pas constitué de stock de ffp2. La santé de la population ou la préservation de son pouvoir… Chacun ses priorités !

Nous vivons donc une époque formidable, en décembre dernier s’est déclaré une épidémie en Chine, tout le monde s’en foutait un peu, « la Chine c’est loin », « y’a régulièrement des épidémies là-bas », « l’hygiène des marchés Chinois », et puis « ces Chinois ils mangent n’importe quoi tout de même »… (Tout ça entendu dans l’émission tv « C dans l’air »).

Donc l’épidémie arrive ici en Europe, et même ici en France. Alors nous n’étions pas encore au stade de l’hystérie, et puis d’après le gouvernement Macron ce n’était qu’une simple grippe. Donc aucun signal particulier à mon boulot, pas de plan particulier pour notre sécurité sanitaire dans un premier temps.

Les jours passent, et voilà qu’un beau matin le CHSCT, nous conseille de ne plus nous serrer les mains ni de se faire la bise entre collègues. Faut avouer, que leur recommandations, du genre se saluer à la Japonaise, ou à l’Indienne, balancées sans aucune explication, ça avait tendance à prêter à sourire, ça faisait surréaliste.

Nous avons dû continuer à gagner notre vie comme ça sans aucune autre recommandation particulière. Les jours passent l’épidémie s’envenime, nous n’avons toujours pas de masques, toujours pas de gel hydro alcoolique, mais nous continuons à bosser. Et puis un beau matin certain d’entre nous décident de voir leur médecin pour avoir des infos et demander si besoin des arrêts maladie puisque la direction veut que nous continuions à produire, encore et toujours !

Au même moment le soir même Macron nous fait son discours apocalyptique, comme quoi nous serions en guerre contre des envahisseurs venus de la planète Mars, et là j’ai décidé de faire valoir mon droit de retrait, puisque la société dans laquelle je bosse est un sous-traitant d’Airbus et qu’elle ne réagit qu’en fonction de ce qu’Airbus décide de faire, et pas en fonction de l’intérêt de ses salariés. Oui l’industrie de l’Aéronautique à un coté féodal, il y a le Grand Seigneur Airbus et une multitude de PME vassales …

Les conditions de mon droit de retrait ont été celle-ci :

– toilettes communes, et pas désinfectées, donc un nid à choper éventuellement le virus

– lavabos à main, et non à commande à pied ou un système quelconque qui nous dispense de nous servir de nos mains, transformant le robinet manuel en vecteur pour choper ce que nous n’avons pas encore.

– les essuies mains en tissus et non en papier jetable.

– pas de masques

– pas de gel hydro-alcoolique

– impossibilité de tenir la distance de sécurité de 1 mètre (dans les métiers d’ouvriers c’est généralement difficiles)

– pas de gants.

J’informe le service R.H, soulignant que tout ça n’est pas conforme aux règles de sécurité coronavirus que préconisent pourtant le gouvernement.

Donc après ce fameux discours apocalyptique de Macron je suis resté confiné chez moi. Je vaquais à mes occupations quand je reçois un coup de fil d’un collègue pour me dire que la boite ferme pour 1 semaine, parce qu’Airbus ferme pour 1 ou 2 semaines.

La semaine passe et Airbus décide de rouvrir ses sites. Il y a un roi au-dessus du Grand Seigneur, l’État, qui a dit qu’il fallait retourner bosser. Alors Airbus se doit de montrer l’exemple … et les petits vassaux n’ont pas d’autres choix que de suivre. Pour ce faire Airbus annonce qu’ils ont installés un dispositif de sécurité apparemment super chiadé où paraît-il, ils respectent toutes les normes de sécurité, au point qu’ils ont reçu 20 000 masques ffp3 c’est à dire la formule 1 des masques chirurgicaux, 10 000 pour les sites en France et 10 000 pour l’Espagne, Quand on connaît la pénurie de ces masques dans les hôpitaux, ça fait rêver !

Du coup mon employeur a repris le boulot aussi – et moi aussi par la force des choses : comme il paraît que l’employeur respecte les consignes du Gouvernement, le droit de retrait n’est plus autorisé … Bref j’arrive le matin, pour voir : on nous prend notre température pour détecter d’éventuelle fièvre, distance de 1 mètre chacun. J’arrive ensuite à l’atelier, je vérifie les sanitaires : rien de changé, juste qu’ils ont supprimé l’essuie main tissus par rien du tout. Inutile de faire un commentaire sur les masques, le gel hydro-alcoolique, les distances de 1 mètre impossible à tenir …

Pendant ce temps les syndicats officiels n’appellent pas à la grève. Les syndicalistes font jouer la démerde individuelle, ils nous disent « allez voir votre médecin qu’il vous mette en arrêt maladie »

Le sentiment des collègues est que nous sommes sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et de la production, que nous sommes de la chair à canon. Une colère froide semble traverser les ateliers, personnes n’a envie de rigoler, surtout quand nous savons que les grands donneurs d’ordre sont en télétravail. Macron a dit que c’est la guerre, il n’a pas complètement tort … Messieurs les officiers de la direction donnent des ordres depuis leur maison en télétravail et les ouvriers-soldats sont priés de monter au front du travail pour se sacrifier.

Comment tout ça va évoluer je n’en sais rien, mais en tout cas rien de ce qui vient de la direction n’est pris au sérieux, nous sommes conscients que nous prenons des risques pour notre santé et celle de nos proches. Mais que vaut la vie des ouvriers de l’industrie ou du bâtiment qui partent au boulot la peur au ventre, pour produire des trucs qui ne sont pas essentiel et urgent, dans la situation sanitaire dans laquelle nous vivons.

Ce que nous vivons est un mépris magistral de ce que nous sommes dans la société.

Il faudra s’en souvenir pour après, pour que tout cela change …

Icare

L’Odyssée Pélicane est une feuille d’info et de liaison entre les travailleurs du secteur aéronautique. Elle ne vit que par vos contributions, vos informations, vos encouragement , vos coups de gueule, votre soutien. N’hésitez pas à partager cette feuille avec vos collègues.

Un tsunami économique et social s’annonce dans le secteur aéronautique. Nous ne pourrons nous en sortir que collectivement.

L’entraide, la solidarité et la lutte sont notre force !

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CONFINE A AIRBUS …

L’ODYSEE PELICANE : Feuille d’info à parution irrégulière des travailleurs de l’aéronautique d’orientation anarchosyndicaliste

Sur la feuille de route de cette livraison

– CONFINE A AIRBUS … Témoignage d’un salarié d’Airbus sur la façon dont est organisé le travail dans les ateliers

– FACE AU CORONAVIRUS : BOEING, AIRBUS … MEME COMBAT ! Témoignage d’un salarié de Boeing USA

– RAPPEL : SUR LA RESPONSABILITE DE LA SECURITE AU TRAVAIL

CONFINE A AIRBUS ….

Témoignage d’un salarié d’Airbus sur la façon dont est organisé le travail dans les ateliers

« J’ai été réquisitionné, malgré un courrier que j’ai envoyé pour faire valoir mon droit de retrait car je ne me sentais pas en sécurité. Sans compter que je pourrai être potentiellement dangereux pour les autres : comme il n’y a pas de tests, si ça se trouve j’ai le virus et je ne le sais pas !
Ce qui m’a étonné, c’est que le 15 mars  Macron en appelle au « restez chez vous, mais airbus reste ouvert ! Et le 17 mars, soit deux jours après l’appel à se confiné, Airbus ferme à midi. Une semaine plus tard, voilà la réouverture du site, avec des moyens de protection que rêverait d’avoir les aides-soignantes, les travailleurs dans les EPHAD, les infirmières libérales, les généralistes, etc…. Des masques chirurgicaux pour tous (à changer tous les 6 heures ! quel luxe !), des courriers d’informations pour appliquer les gestes barrières, des portes ouvertes pour éviter les contacts et bien des choses qui sont décrites dans le tract de la CNT-AIT, mais toujours pas les fameux robinets non manuels pour éviter de se re-contaminer les mains après les avoir lavées…

Mais comment est-ce possible qu’en une semaine Airbus ait pu se procurer un stock suffisant de masques,  de blouses jetables et du gel hydralcooliques alors que l’Etat n’a rien de tout ça depuis plusieurs semaines ? On pourrait se poser la question : quels autres secteurs économiques ont reçu des masques pour faire tourner la machine infernale (la pompe à fric).Je me sent plus en sécurité sur mon lieu de travail que quand je dois faire des course. D’ailleurs le personnel des grandes surfaces est très exposé  et on ne leur fournit pas d’EPI à eux. La crise sanitaire n’est pas terminée. »

FACE AU CORONAVIRUS : BOEING, AIRBUS … MEME COMBAT !

On nous ballade avec la soit disant compétition entre Boeing et Airbus. En tout cas sur la question du Coronavirus ils sont sur la même longueur d’onde. Témoignage d’un compagnon anarchosyndicaliste américain qui bosse dans un site d’assemblage Boeing aux USA, qui nous a envoyé ce message de solidarité :

« Dans mon atelier, il y a eu plusieurs cas avérés de Covid-19, et MEME APRES CA ils ne veulent pas renvoyer tous les travailleurs à la maison. Tous les salariés des services administratifs et des bureaux sont en télétravail, mais ceux de la chaîne de production nous devons rester au travail (si nous voulons être payés). Nous avons l’option de rentrer chez nous, mais nous ne serons pas payés. Et oui, car nous sommes une entreprise « Union Shop » (1)
Or Boeing dit qu’il font « absolument tout » pour nous garder en sécurité, (en fait ce n’est « absolument pas tout », sinon nous serions à la maison), et nous n’avons rien entendu de la part des syndicats, nous ne savons pas si ils essayent de faire quoi que ce soit pour nous. »

Aux US dans les entreprises qui appliquent le système « Union shop »la syndicalisation est obligatoire. C’est le cas de la plupart des grandes entreprises privées US, comme Boeing. Comme les dockers en France l’embauche ne peut se faire que si vous êtes membre d’un syndicat reconnu, auquel vous devez obligatoirement cotiser de manière continue. Si vous démissionnez du syndicat et cessez de verser vos cotisations syndicales, le patron vous licencie …

C’est le syndicat qui négocie pour vous votre contrat de travail dans tous ses détails. Vous êtes ainsi tenu d’obéir au syndicat pour ce qui est de vos horaires de travail, planning, etc. Le syndicat sert de RH en quelque sorte. Et donc dans le cadre du Coronavirus, si les syndicats ne disent rien, en vertu de la réglementation « union shop », les travailleurs ne peuvent pas quitter leur poste sauf à être considéré en abandon de poste, non payés et peut être licenciés Et bien sûr le Syndicat ne vous défendra pas puisque vous aurez agi de manière autonome …

Aux US comme en Europe : #ETAT_ASSASSIN #PATRONS_TERRORISTES   #SYNDICATS_COLLABOS

RAPPEL : SUR LA RESPONSABILITE DE LA SECURITE AU TRAVAIL

Pour mémoire, cet extrait du Code du travail que beaucoup de secteurs ont bafoué. Le responsable de la sécurité physique ET mentale dans la boite, c’est l’employeur. Hors de question de signer des décharges de responsabilité !
Article L4121-1 
L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent :
1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l’article L. 4161-1 ;

2° Des actions d’information et de formation ;

3° La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés.

L’employeur veille à l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes.

TRAVAILLEUR DE L’AERONAUTIQUE : PRODUIRE OUI MAIS POUR QUI ? POUR QUOI ?

La pandémie continue ses ravages. Tous sont touchés, vieux, jeunes, caissières, médecins, Même des députés actuels ou des anciens ministres… Le Président de la République a été très clair : nous sommes en guerre, et pour gagner cette guerre vous devez rester chez vous. Nous payerons intégralement ceux qui se mettront à l’abri. Oui mais voilà, encore une fois, la parole politique c’est du pipeau. On nous dit que gouverner c’est prévoir : ils ont été infoutus de faire les stocks de masques, de tests, de médicaments qui auraient permis d’endiguer la propagation de la maladie. Macron quand il  a promis que tous les travailleurs seraient payés quel que soit le coût n’avait pas non plus prévu les conséquences. Résultat, maintenant qu’ils ont fait leurs calculs, ils ne veulent plus assumer le coût de leur improvisation, et c’est à nous qu’ils demandent d’assumer les risques de leur nullité en payant avec notre santé et peut être notre vie en retournant au boulot. Les salariés de l’aéronautique « occitane »  nous avons donc reçu des mails de nos chers DRH qui nous supplient de retourner au travail pour sauver la boite. Leur argument principal ? Extrait du mail reçu : « même si l’Etat communique sur le chômage partiel c’est l’entreprise qui  avance les salaires et nous ne sommes pas certains d’être remboursés par l’Etat ». Autrement dit, parce que les patrons ne font pas confiance dans l’Etat pour assurer ses promesses, c’est à nous qu’on demande d’éviter le trou dans la trésorerie que créerait le chômage partiel et de prendre tous les risques ! Pour essayer de nous rassurer, les patrons se font mielleux. Ils nous décrivent toutes les bonnes mesures qu’ils ont mises en place pour nous : désinfectant, gel hydro alcoolique, tournée quotidienne de désinfection des sanitaires, groupes de travail en nombre réduit, protocole pour le respect des distances de sécurité, port du masque si nécessaire … Que de sollicitudes pour nous faire retourner au boulot. Par contre pas un mot sur l’installation de laves mains à commande non manuelle, qui seuls empêcheraient de transformer les robinets en source de re-contamination des mains … Pour appuyer leur demande, les patrons nous joignent un courrier signé de trois ministres, Lemaire, Pénicaud et Véran qui pleurent « il est crucial que les usines de production puissent continuer de travailler sur le territoire français ». Un courrier de ces mêmes ministres d’un Etat dont le patron lui-même nous dit qu’il n’est pas sûr qu’ils respectent leurs promesses …

#ETAT ASSASSIN #SYNDICATS COLLABOS

Comme les DRH ne sont pas complètement cons et savent que nous n’avons qu’une confiance modérée dans la parole de l’Etat et ses représentants, pour finir de nous rassurer ils nous joignent un courrier signé des syndicats (CFE-CGC, CFDT et FO métaux) et nous confirment qu’un « CSE extraordinaire a donné un avis favorable à la reprise dans les conditions que nous avons défini. » Autrement dit les Syndicats se sont mis d’accord avec les patrons sur la façon dont nous allons être exploités. Quand on vous dit que les syndicats sont là pour discuter de la longueur de la chaine ou de l’épaisseur du masque, cela se vérifie une fois de plus ! Soyons clairs : ce n’est pas que nous soyons contre le fait de créer ou de produire, ni que le risque nous fasse peur. Mais quitte à mettre notre santé et celle de nos familles en danger, nous voulons que ce soit UTILE, pour toutes et pour tous. Dans la situation actuelle de pandémie et d’arrêt de l’économie mondiale, quel est le sens et l’utilité de travailler « comme avant » ? Nous voulons bien aller au travail malgré le risque, mais pour produire du matériel médical, des respirateurs, des lits d’hôpitaux, des masques, du gel, bref des choses réellement nécessaires et socialement utiles. AIRBUS et ses sous-traitants vont-ils continuer à fabriquer et monter du matériel militaire ? C’est nous, les travailleurs, qui produisons toutes les richesses. C’est nous qui avons collectivement le pouvoir d’arrêter cette folie en premier lieu en refusant de travailler par le retrait ou la grève générale, et ensuite en reprenant en main les outils des productions et en les faisant fonctionner pour l’intérêt collectif.

NOS VIES VALENT PLUS QUE LEUR PROFITS !

Des travailleurs de l’aéronautique de la CNT-AIT

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MONDE DU TRAVAIL : BONNE ANNEE 2020 !

En 2020 la démocratie française continuera de donner l’exemple au monde entier.

Pour Noël la police recevra une dotation supplémentaire de cagoules, d’habits sales* et de LBD pour continuer à protéger les manifestants en leur tapant dessus.

En 2020 l’économie française se portera mieux, les statisticiens réduiront le chômage en radiant des demandeurs d’emploi, ils diminueront le nombre de pauvres en baissant le seuil de pauvreté et achèveront de sauver les retraites en les supprimant.

On créera aussi des emplois pour les plus méritants. Jean Paul Delevoye se verra
offrir un vingtième siège dans un conseil d’administration. Pour compléter l’action de Ségolène Royal, notre toujours nécessaire ambassadrice aux pôles, Benjamin Grivaux sera nommé ministre plénipotentiaire auprès des tropiques du Cancer et du Capricorne.

Les députés macroniens Amélie de Montchalin et Pacôme Rupin formeront le couple de l’année aux bals des aristos puis ils seront nommés consuls à la principauté de Monaco.

Romain Goupil sera ministre des farces et attrapes.

Le ministre de l’intérieur fera un grand discours sur le thème du droit à manifester : oui mais là où il veut et pas sans son autorisation.

Le parlement rédigera aussi des lois pour défendre les citoyens contre les nuisances sonores, seront proscrits les chants de gilets jaunes, les cris de révolte et autres insolences.

2020 sera aussi l’année du luxe et de la mode. Le président changera de costume et s’essaiera au haut de forme, son premier ministre, dit barbe trouée, renouvellera sa confiance à son barbier.

Le préfet de police de Paris, Lallemand le bien nommé, commandera son uniforme chez Hugo Boss.

François de Rugy restera l’arbitre du bon goût et la couleur jaune sera bannie des beaux quartiers.

Évidemment, la justice appliquera la loi de façon absolument indépendante, elle réprimera avec zèle toute infraction au politiquement admis. La France macronienne reconnaît le droit de manifester, mais pas celui de s’attrouper, tout est une question de nuance. L’attroupement de deux personnes sera un délit, celui de plus de trois personnes sera une circonstance aggravante du délit
précédent, les deux premières personnes seront considérées comme conspiratrices, complotant en vue d’être plus de deux sur la voie publique. La voie publique elle-même sera suspecte.

En 2020 on sauvera la planète. Les usines Seveso seront déclarées d’intérêt général, les centrales nucléaires d’utilité publique. On constituera des réserves d’eau pour les terrains de golf, on taxera les poubelles des ménages, on fichera les crottes de chiens en prélevant leur ADN, on chassera les mégots de Gauloises et les automobilistes seront invités à acheter des voitures à crédit pour les laisser au garage. Enfin, une médaille la GTC, pour Greta Thunberg Cross, sera créée et attribuée aux citoyens acceptant de recueillir des déchets nucléaires dans leur jardin.

Vivement demain qu’on rigole.


Paru dans Anarchosyndicalisme ! n°166
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Education spécialisée, animation, aide à la personne … On achève bien les pauvres !

Nous relayons ci-dessous un appel de travailleuses et travailleurs sociaux de l’Hérault, soutenu par le Collectif Working Class Hérault, qui invite à une discussion collective pour élaborer des formes de résistance ou de lutte collectives dans ce secteur.

Nous le faisons suivre de deux textes écrits il y a plusieurs années, pour alimenter le débat.

CNT-AIT Paris

Nous relayons ci-dessous un appel de travailleuses et travailleurs sociaux de l’Hérault, soutenu par le Collectif Working Class Hérault,  qui invite à une discussion collective pour élaborer des formes de résistance ou de lutte collectives dans ce secteur.
Nous le faisons suivre de deux textes écrits il y a plusieurs années, pour alimenter le débat.

Education spécialisée, animation, aide à la personne … On achève bien les pauvres !

Nous, travailleurs et travailleuses du social sommes à une place qui se résume à être souvent entre le marteau et l’enclume : et le marteau capitaliste frappe de plus en plus fort. L’Etat coupe l’argent, les institutions – associatives pour la plupart – se transforment en vraies petites entreprises avec un manegeriat de plus en plus autoritaire voire agressif.

Et à l’autre bout, les populations que nous accompagnons subissent la paupérisation de manière de plus en plus violente. Les centres de formation, les institutions qui nous embauchent ont bien réussi leur coup : nous convaincre d’une division entre « notre public » et nous travailleurs du social. Si nos rôles et nos statuts sont distincts il n’en est pas moins que notre appauvrissement commun est lié à une même ennemi : le capitalisme.

Derrière la fonction d’extincteur des tensions sociales, l’atomisation des relations au travail (manageriat) et de baisse du budget, nous tendons à intérioriser nos souffrances au travail ou à la rejeter contre nos collègues quand ce n’est pas contre les personnes dont nous sommes en charge. Arrêts maladies à répétition, burn-out, conflits interpersonnels au sein des équipes, maltraitance, et la liste est longue, ne sont que l’expression de la brutalité de nos jobs.

On peut se demander alors qu’est-ce qui fait frein à l’auto-organisation des travailleurs sociaux en tant que travailleurs précaires ou précarisés ? Quelles formes de résistance ou de lutte peut-on envisager dans le travail social ? Quelles formes d’alliances avec les personnes accompagnées ? Peut-on résister à notre fonction d’encadrement des pauvres, des exclus et si oui, comment ?

Cet appel propose de briser l’isolement dans lequel nous nous trouvons, de venir discuter de solutions collectives et de se donner la force de lutter.

Des travailleuses et travailleurs sociaux

Avec le soutien du Collectif Working Class Hérault

Facebook : @workingclassherault
Mail : working.class.herault@riseup.net


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TRAVAILLEURS SOCIAUX : DES PRECAIRES AU SERVICE DE LA PRECARITE

(Paru dans le journal de la CNT-AIT, Anarchosyndicalisme ! novembre 2006 )

On connaît l’ambiguïté de la fonction du travailleur social. Chargé de venir en aide aux plus exploités et aux plus démunis, le travailleur social est aussi un des instruments de la paix sociale, condition nécessaire au bon fonctionnement de cette société d’exploitation et de profit. Vivant au quotidien cette situation schizophrénique, il est sans cesse confronté au cynisme du pouvoir et à la détresse des populations marginalisées, paupérisées, mises au rebut. Sous l’égide notamment du pouvoir socialiste, la gestion de la misère fût rationalisée dans les années 80 par la multiplication des associations dites d’aide sociale, d’aide par le travail ou de réinsertion. L’affaire est rentable !

L’État, la région, le département se déchargent sur ces associations de la gestion de 1a pauvreté en échange de quelques subsides leur permettant de faire tourner la boutique. Statut bancal, salaire minimum, horaires démentiels, le travailleur social est pris au piège. Face à la misère des personnes, il bosse le plus souvent sans compter, jonglant avec les démarches administratives, les lois arbitraires, les décrets scélérats, tentant dans ce dédale de paperasse d’aider ses semblables à rester debout, â sortir de l’impasse dans laquelle le système les pousse inexorablement.

Mais les années 80 sont bien loin. Le temps de l’aumône paternaliste est passé. Aujourd’hui, le secteur social est sommé de s’adapter aux lois du marché qui s’appliquent à la misère comme au reste de la société. Les mots clés ont changé ! Évaluation, contrôle, rentabilité, productivité, voilà les nouvelles valeurs qui régissent le fonctionnement du secteur social. A quelques exceptions près, les aides publiques aux associations de réinsertion sont de plus en plus maigres, tandis que les exigences du pouvoir sont de plus en plus fortes. Sous couvert d’insertion, le travailleur social devient malgré lui un indic, un contrôleur de la misère, un auxiliaire de police qui assure la surveillance des personnes « hors circuit ». Et les gens ne. s’y trompent pas. Nombreux sont ceux qui lâchent leur droit au RMI pour éviter les contrôles sur leur vie, leur façon de survivre dans la débrouille. Et nombre d’exclus ont encore plus de difficulté à vivre, ne correspondant pas aux normes administratives nécessaires pour recevoir l’aumône.

On le sent quotidiennement, la misère n’est plus un mal à enrayer, c’est devenu une tare dangereuse qu’il faut gérer, maîtriser, encadrer. Cette reprise en main concerne tout le monde : l’exclu comme le travailleur social. Face aux restrictions des subventions, 1es associations serrent les boulons. Le statut du travailleur sociai dès lors n’est pas très loin de celui de son « client ». CDD à répétition.. CES, vacations, travail à temps partiel, SMIC horaire… sont le plus souvent les conditions de travail de l’éducateur lambda. Et l’inique de la situation veut qu’il ne soit pas rare de voir dans le même temps les dirigeants de ces associations se verser des salaires de plusieurs milliers d’euros par mois. Des précaires pour gérer la précarité, il fallait y penser. A Montauban, un travailleur social demanda le mois dernier à un « client » venu pour des démarches administratives quelle profession il exerçait avant de connaître les affres du chômage, puis du RMI : « Educateur, répondit celui-ci, mais faute de subvention, l’association a mis la clé sous la porte ».

LA FINALITE DU TRAVAILLEUR SOCIAL : DISPARAITRE !

Créer une organisation sociale de la misère, c’est décréter que cette organisation s’inscrit dans la durée. que ce n’est pas un événement conjoncturel, mais une structure qui fait partie intégrante du système capitaliste. C’est aussi aux travailleurs sociaux de comprendre le rôle qu’on veut leur faire jouer. Dans une société où régnerait la justice et l’équité, le travailleur social. aurait comme finalité de disparaître le plus rapidement possible !

contact@cnt-ait.info
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LE TRAVAILLEUR SOCIAL DOIT OEUVRER A L’ABOLITION DU TRAVAIL SOCIAL ! ? !


(Paru dans le journal de la CNT-AIT, Anarchosyndicalisme ! , novembre 2002 )


J’étais déjà militant anarcho-syndicaliste avant de commencer à travailler dans le social ; sans nul doute il est, de ce fait, plus facile pour moi de résister à la  » tentation réformiste  » (ou  » citoyenniste « , c’est plus à la mode aujourd’hui…) -émanation de l’idéologie dominante au même titre que le conservatisme- dans laquelle me semblent plongés, plus encore que dans d’autres secteurs, la majorité des travailleurs sociaux.

L’éradication de la pauvreté passe par le changement social, et ce changement social ne peut qu’être radical car ce sont les bases même de la société (capitalisme et délégation de pouvoir) qui génèrent l’exclusion et la précarité. Partant de là, quel intérêt, autre que pour gagner son pain, d’être travailleur social ? On peut trouver nombre de raisons  » nobles  » et humaines, on peut aussi trouver en chacun de nous des raisons personnelles (thérapeutiques ? ! ?). Mais lorsqu’on est libertaire il y en a au moins une qui rejoint notre volonté de transformer ce monde : considérant que seule la lutte consciente paye, il est de notre intérêt (militants comme population) que les individus aient les moyens de se prendre en main, d’acquérir une autonomie maximale, et tout simplement d’avoir des conditions de vie permettant la réflexion ; il me semble clair que mieux on se sent dans sa tête et son corps, plus on est à même de prendre conscience et s’organiser…

Le paradoxe du travail social serait d’oeuvrer à sa destruction ; ne pensant pas avoir la science infuse, nous pensons que, même une fois la révolution faîte, il restera toujours des problèmes (on  » n’est  » pas anarchiste, on le devient) mais il s’agira peut-être plus de gérer ceux-ci par le collectif, la communauté égalitaire, bref nous serons tous des travailleurs du social dans notre vie quotidienne.

Si la révolution sociale et libertaire (qui implique une conscientisation élevée du peuple) résoudra pas mal de dysfonctionnements structurels -et donc aussi individuels grâce à un cadre non coercitif-, revenons en au travail social aujourd’hui : comme pour tout autre métier, un travailleur social libertaire dans une société autoritaire ressent un profond malaise en son for intérieur qui vient de cette impossibilité (structurelle) à concilier ses principes avec ses actions professionnelles : celles-ci, lorsqu’on arrive à les mettre le plus en adéquation possible avec nos conceptions de la vie et surtout les désirs des personnes, finissent inévitablement par être limitées, galvaudées, détournées, manipulées, vidées de leur sens par tous ceux qui décident à la place des gens (car le but de ceux qui sont au pouvoir, loin de la reconnaissance de l’être humain, n’est que la survie d’un système existant et par là même de leurs privilèges).

Ceci est vrai pour l’ouvrier qui produit une marchandise qui servira les profits des dominants ; ceci est vrai pour le travailleur social qui par ses prestations de service, participe à la paix sociale, voire à la légitimation des élus.
Il s’agit pour l’un comme pour l’autre d’utiliser les failles de l’établissement, de s’aménager des espaces de liberté (sabotage de la machine, pédagogie de conscientisation,…) dans son travail. Mais il s’agit aussi d’avoir une démarche intercorporatiste, pour ne pas s’enfermer dans un carcan mental qui nuit à l’analyse globale du système social.
Si les moyens d’action ne sont pas toujours les mêmes, il ne faut pas oublier que nous faisons partie d’une même classe sociale : celle des dominés. Il nous faut par conséquent nous inscrire dans un projet politique commun, où ce sont les gens qui déciderons eux-mêmes de leur vie.

L’utopie (au sens galvaudé du terme) n’est pas de vouloir transformer radicalement une société inhumaine, mais de croire pouvoir la rendre humaine sans la transformer de manière radicale.

un apprenti éduc.

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CNT-AIT Paris

LA VIE A AIRBUS

Quand une équipe de techniciens Français va à Hambourg pour analyser les méthodes de cablage des Allemands, et qu’ils se font jeter par les travailleurs de ce site à l’appel de leur syndicat ;

Quand, à Toulouse, les travailleurs Français et Allemands en viennent aux mains à cause d’une très grande différence de salaire, avec des syndicats locaux qui jouent sur la fibre chauvine.

Quand tout ceci se produit, inutile de dire que ces syndicats sont les alliés de la direction , qui non seulement désamorce la critique sociale et d’éventuels embryons de lutte, mais aussi, quitte à créer des tensions stupides, divise les salariés entre eux.

Si ces syndicats, qui ont la prétention de défendre les salariés face à la direction n’étaient pas des hypocrites, on n’en viendrait pas à frapper sur le voisin Français ou Allemand, mais il y aurait une union entre exploités.

Pendant que le syndicats (FO, CGC, CFTC, CFDT) « défendent l’emploi » contre la mainmise allemande sur EADS, la productivité et la flexibilité marchent plein pot sur les sites toulousains.Notamment des intérimaires en CDI, en passant sous la coupe des sous-traitants, bossent beaucoup avec des horaires difficiles pour gagner peu en définitive.

Mais ces syndicats trouvent ça tout à fait normal.

Il existe plus de 150 types d’horaires différents sur tous les sites d’Airbus France : 2 x 9 heures ; 3 x 8 h ; samedi, dimanche y compris nuits ; vendredi-samed idimanche ; 6 jours / 7 ; … Là aussi, les syndicats trouvent ça tout à fait normal.

La rentabilité des exploiteurs de la direction, 
qu’ils soient Français ou Allemands se foutent royalement des conditions de travail et des conséquences sur la santé des ouvriers.

Ainsi, après deux ans de crise et dix-huit mois d’annonce du plan « Power 8 », les problèmes à Airbus ne sont toujours pas réglés et se sont toujours les ouvriers, Français, Allemands, Espagnols ou Anglais qui supportent le cynisme de la direction et qui trinquent.

Texte diffusé à Airbus et  tiré de Anarchosyndicalisme ! #107

Disponible en ligne ici : http://www.cntaittoulouse.lautre.net/rubrique.php3?id_rubrique=80

Envoi du journal papier sur simple demande à CNT AIT, 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE

AIRBUS : CHERCHEZ L’ERREUR

Tract distribué Jeudi 24 avril matin au piquet de gréve et bloquage de l’entrée des usines AIRBUS de la Toulouse. Gros bouchons sur les périphériques organisé par les syndicats … A suivre

Tract distribué Jeudi 24 avril matin au piquet de gréve et bloquage de l’entrée des usines AIRBUS de la Toulouse. Gros bouchons sur les périphériques organisé par les syndicats … A suivre ==================================================

CHERCHEZ L’ERREUR

Plan power 8 et compagnie : Conséquence pour les salariés,Conséquences pour le patron et les actionnaires

Dès maintenant :

– Augmentation des cadences sur toutes les chaînes

-Déteriorations des conditions de travail : stress, fatigue, risques d’accident

– Augmentation de la production, donc des profits

Dès 2008 :

– travail de nuit sur l’’A320 Idem + déterioration de la vie familiale et social + risque pour la santé

– Augmentation de la production donc des profits

Bientôt :

– fermeture d’’usines et diminution des effectifs changements de régions, expatriation, licenciements programmmés

– Augmentation de la production, donc des profits

Et n’oublions pas :

– Retard de livraison de l’A380

– Disparition presque totale des primes

– Vente anticipée des actions, gros profits, prétexte pour plus de restructuration

Nous savons tous ou est ‘l’’erreur’’ !

Ce n’est pas aux salariés de payer les pots cassés.

Ce printemps, nous avons su faire ce qu’’il fallait pour obtenir nos primes, par nous mêmes, malgré les syndicats.

L’’année 2008 annonce des grands changements : Flexions-extensions-démission-soumission ou Réflexion- union- rébellion- contestation

A nous de choisir

Des salariés de l’’aéronautique et la CNT-AIT

Pour tout contact : CNT AIT 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE ou contact@cnt-ait.info