Anarchistes atlantistes

« Certes la république n’est pas l’idéal mais elle existe. En la défendant circonstanciellement, nous n’abandonnons pas nos positions révolutionnaires. La CNT[Vignoles] aurait fait une erreur en prônant l’abstention. Il est peut être temps de dire que le bulletin de vote peut parfois se montrer utile » [/quote]

Très bien, l’appel à voter CHirac en 2002 n’était pas un renforcement du capitalisme d’état. Mais – tu le concèdes – un renforcement du capitalisme néo libéral. Dans le fond est ce mieux ? Est ce que ça change quelque chose en nature ?

Pour un certain courant libertaire – dans la filiation dquel AL Se situe – on pourrait dire qu’en effet cela change quelque chose : il s’agit d’un courant qui a pris une tournure atlantiste pendant la guerre froide, au motif qu’il était préférable d’avoir un capitalisme libéral démocratique plutô qu’un régime soviétique, car au moins le premier te permet de t’exprimer là où le second te réduit au silence par la répression la plus terrible. (si tu veux en savoir plus sur ce courant, tu peux par exemple lire le livre sur l’un des principaux protagonistes en France, Luis Mercier Vega, aux éditions ACL. Bien sur ce livre étant à la gloire du gars, tu n’y liras pas un texte sur « comment je me suis résigner à vendre mon âme à la CIA pour faire barrage au bolchevisme ». cependant si tu sais lire avec un peu de distance et d’esprit critique, tu veras par exemple comment Luis Mercier Vega justifie être financé par les américains …

Cette politique du moindre pire est aussi vieille que le mouvement anarchiste. Au nom du moindre pire, le mouvement a connu ses pires défaites (notamment le ministérialisme en 1936 en espagne).

Ce qui différence – à mon sens – la CNT AIT et AL c’est une interprétation radicalement opposée de ces échecs : pour le courant possibiliste (AL entre autre) c’est parce que le mouvement n’est pas assez loin ans cette politique du moindre pire qu’il a connu ces insuccès. Cette analyse les conduits à une révision des « fondamentaux », dont il faut en partie se débarrasser car inadaptés ou faux, pour se rapprocher d’autres tendances / familles et ainsi se fondre dans une nouvelle dynamique qui dépasse le seul anarchisme. (ce qui transparait de tous les textes de positions d’AL)

Pour la CNT AIT au contraire, c’est la résignation à l’abandon des fondamentaux et avoir transigé avec les principes qui a conduit aux désastres. Cette analyse les conduits donc à essayer de rénover les fondamentaux à la lumière des pratiques révolutionnaires passées (et pas seulement anarchistes d’ailleures) mais aussi présentes, dans une perspective d’une approche globaliste.

Malheureusement, j’ai bien peur que ces deux approches soient en effet difficilement conciliables.

ON verra bien comment – dans la perspective de 2012 – chacun prendra position …

[in un autre futur, bulletin syndicat communicatin-spectacle de la CNT Vignoles, septembre 2002, N°3, article « Les élections, la république et l’anarcho-syndicalisme », pages 6,7 et 8 ]

Quand les Vignoles appelaient à voter Chirac …

On se souvient qu’en 2002, le second tour des élections présidentielles françaises a vu s’affronter le représentant de la droite et celui de la droite extrême, Chirac contre Le Pen. Le résultat ne faisait aucune illusion, il était évident que Chirac serait élu, réunissant sur son nom tous les républicains de droite comme de gauche. Une campagne de matraquage médiatique d’une intensité rarement vue se mit en branle pour faire croire que le fascisme était aux portes du pouvoir. les abstentionnistes furent stigmatisés comme des traitres à la Nation …

On aurait pu s’attendre à ce que les anarchistes, ou du moins les révolutionnaires, soient immunisés contre ce genre de propagande et de bourrage de crâne et gardent leur sang-froid, et leur positions politiques, en remettant les choses à leur place et en refusant de participer à l’Union Nationale derrière un Chirac dont on savait qu’il était un politicard de droite dure …

Et pourtant, les Vignoles participèrent aux cris des loups. On lu dans leur presse, ou dans la presse de leurs amis « redskins », que « face au fascisme tous les moyens sont nécessaires ». Ce qui veut dire « y compris voter … »

Le journal « Un autre futur », de la section Communication des Vignoles (et dont par la suite les animateurs participèrent à la création de la scission des Vignoles : Solidarité Ouvrière), publia d’ailleurs un long article pour justifier pourquoi les Vignoles n’avaient pas appelé à l’abstention, que ce n’était pas un hasard ni une indifférence au processus électoral, mais bien un appel en creux à voter et surtout à défendre la république :

« Certes la république n’est pas l’idéal mais elle existe. En la défendant circonstanciellement, nous n’abandonnons pas nos positions révolutionnaires. La CNT[Vignoles] aurait fait une erreur en prônant l’abstention. Il est peut être temps de dire que le bulletin de vote peut parfois se montrer utile »

Un autre futur, bulletin syndicat communication-spectacle de la CNT Vignoles, septembre 2002, N°3, article « Les élections, la république et l’anarcho-syndicalisme », pages 6,7 et 8

Cette politique du moindre pire est aussi vieille que le mouvement anarchiste. Au nom du moindre pire, le mouvement a connu ses pires défaites (notamment le ministérialisme en 1936 en espagne).

Ce qui différence – à mon sens – la CNT-AIT d’autres mouvements anars ou révolutionnaires que je qualifierai de possibilistes (Vignoles, SO, FA, UCL, …) c’est une interprétation radicalement opposée de ces échecs : pour le courant possibiliste, c’est parce que le mouvement n’est pas assez loin ans cette politique du moindre pire qu’il a connu ces insuccès. Cette analyse les conduits à une révision des « fondamentaux », dont il faut en partie se débarrasser car inadaptés « aux temps présents » (quand ils ne pensent pas qu’ils sont erronés …) , pour se rapprocher d’autres tendances / familles degôche et ainsi se fondre dans une nouvelle dynamique »unitaire » qui dépasse le seul anarchisme. (ce qui transparait de tous les textes de positions d’AL puis de l’UCL, ou encore dans l’habitude de toutes les officines « anarchostes officielles » de cosigner tout et n’importe quel tract avec toutes la gauche )

Pour la CNT-AIT au contraire, c’est la résignation et l’abandon des fondamentaux et avoir transigé avec les principes qui a conduit aux désastres. Cette analyse les conduits donc à essayer de rénover les fondamentaux à la lumière des pratiques révolutionnaires passées (et pas seulement anarchistes d’ailleures) mais aussi présentes, dans une perspective d’une approche globaliste.

LA CNT EST ELLE ANARCHISTE ?

Quelqu’un nous a demandé récemment la différence entre la CNT-AIT et la CNT [Vignoles]. Ce serait très long à expliquer, mais déjà une piste pour comprendre : cette tribune écrite par un membre éminent de la CNT dans Libération en 1998 (il y a plus de 20 ans … depuis ça n’a pas beaucoup évolué).

En ce qui nous concerne on vous rassure (ou pas) : oui la CNT-AIT est anarchiste !

Pour les Vignoles la CNT n’est pas anarchiste (Tribune parue dans Libération en 98)

https://www.liberation.fr/…/la-cnt-n-est-pas-qu-anarchiste_…

— 28 février 1998 à 19:15

La CNT n’est pas qu’anarchiste!

Je vous écris pour attirer votre attention sur la présentation erronée dont est victime la CNT dans vos colonnes.

Qu’un article de fond explique en quoi les idées libertaires sont présentes au sein de la CNT correspond bien sûr à la réalité. Mais que le terme «anarchiste» soit systématiquement accolé à notre sigle est tout à fait incompréhensible! La CNT, en effet, rassemble des «syndicalistes révolutionnaires» de différentes sensibilités. Certains d’entre nous sont «anarcho-syndicalistes», d’autres se définissent plutôt comme militants «autogestionnaires», d’autres encore refusent toute étiquette!

Peut-être les journalistes parisiens confondent-ils la CNT espagnole (très proche du mouvement anar) et la CNT française (issue du syndicalisme révolutionnaire incarné par la CGT d’avant 1914)?

Si votre journal persistait à parler des «anarchistes de la CNT», il serait logique de parler des communistes de la CGT, des trotskistes de SUD, des sociodémocrates de la CFDT, des trotsko-socialo-gaullistes de FO »

Pour l’UR-CNT du Nord-Pas-de-Calais, Eric Dussart, secrétaire

DIS MOI QUI SONT TES AMIS ET JE TE DIRAI QUI TU ES … A PROPOS DE LA CGT ESPAGNOLE

Il existe actuellement plusieurs organisations avec le nom CNT en France : la CNT-AIT (qui publie ce site internet http://blog.cnt-ait.info), la CNT Vignole (du nom de l’adresse de son local parisien au 33 rue des Vignoles) qui a scissionné de la CNT-AIT en 1993 et la CNT-SO qui a elle-même scissionné des Vignoles en 2012. On nous demande parfois quelle est la différence entre les 3 CNT. Ci-dessous un exemple de ce qui nous différencie en tant qu’organisation. Bien sûr, en tant que militants, nous souhaitons que tous les anarchosyndicalistes sincères se retrouvent et se réunissent, dans la clareté et sans compromission avec nos idées et nos pratiques.

La scission de la CNT en France en 1993 a été précédé par une scission de la CNT en Espagne, qui s’est faite sur les mêmes motifs : une organisation révolutionnaire peut elle, oui ou non, participer aux élections professionnelles (DP, CHS, …). Pour la CNT-AIT, anarcosyndicaliste, la réponse est clairement non. Alors que c’est tout à fait acceptable pour les « syndicalistes révolutionnaires » de la CNT- Vignoles (qui s’est ensuite elle même divisée avec la CNT-SO, mais pas sur cette question des élections pour laquelle ils sont tous d’accord).

Dans le processus de scission de la CNT française, les Vignoles ont donné comme modèle et exemple à suivre la CGT espagnole, elle même scission de la CNT-AIT en Espagne.

Les documents de la CIA révélés par Wikileaks éclairent d’un jour nouveau le processus qui a amené à cette scission pro-élection de la CGT espagnole … Il sravère d’après ces documents, qui sont des compte rendus de l’Ambassade des Etats Unis en Espagne, que les dirigeants de la fraction réformiste de la CNT espagnole, qui ensuite créeront la CGT espagnole, se sont rendus à plusieurs reprises – de leur propre initiative – à l’Ambassade des USA, pour leur faire passer des messages et – en retour – espérer un soutient du Gouvernement Américain… Gouvernement qui répondra positivement en invitant ces futurs dirigeants de la CGT-e à venir suivre des formations dans le cadre d’un séminaire « syndicaliste » aux USA … formation qui sera annulée par le secteur révolutionnaire de la CNT-AIT qui avait bien flairé la manipulation.

Parmi les messages transmis par les réformistes futurs dirigeants de la CGT-e – dont le fameux menteur professionnel Enrique MARCOS, faux déportés, vrai flic infiltré – celui ci : ils ne sont pas des anarchistes politiques mais des anarchistes « travaillistes » ; ils sont contre les violences des travailleurs ; ils souhaitent un gouvernement fiable et démocratique et agit dans le cadre des lois et surtout il faut les appuyer à participer aux élections syndicales en maintenant leur statut légal, car les élections sont le point de rupture d’avec les mauvaises habitudes révolutionnaires et violentes héritées du passé …

Nous présentions que le spectaculaire développement de la CGT en Espagne n’était pas complètement l’oeuvre du Saint Esprit ni de Saint Angel Pestaña et son « Concile » des Trentes … Mais maintenant Wikileaks, qui n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des correspondances secrètes des services américains nous en apporte la certitude …

Le vieux dicton populaire affirme « dit moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es ». Et aussi « qui se ressemble s’assemble » …

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Il existe actuellement plusieurs organisations avec le nom CNT en France : la CNT-AIT (qui publie ce site internet http://blog.cnt-ait.info), la CNT Vignole (du nom de l’adresse de son local parisien au 33 rue des Vignoles) qui a scissionné de la CNT-AIT en 1993 et la CNT-SO qui a elle-même scissionné des Vignoles en 2012. On nous demande parfois quelle est la différence entre les 3 CNT. Ci-dessous un exemple de ce qui nous différencie en tant qu’organisation. Bien sûr, en tant que militants, nous souhaitons que tous les anarchosyndicalistes sincères se retrouvent et se réunissent, dans la clareté et sans compromission avec nos idées et nos pratiques.

La scission de la CNT en France en 1993 a été précédé par une scission de la CNT en Espagne, qui s’est faite sur les mêmes motifs : une organisation révolutionnaire peut elle, oui ou non, participer aux élections professionnelles (DP, CHS, …). Pour la CNT-AIT, anarcosyndicaliste, la réponse est clairement non. Alors que c’est tout à fait acceptable pour les « syndicalistes révolutionnaires » de la CNT- Vignoles (qui s’est ensuite elle même divisée avec la CNT-SO, mais pas sur cette question des élections pour laquelle ils sont tous d’accord).

Dans le processus de scission de la CNT française, les Vignoles ont donné comme modèle et exemple à suivre la CGT espagnole, elle même scission de la CNT-AIT en Espagne.

Les documents de la CIA révélés par Wikileaks éclairent d’un jour nouveau le processus qui a amené à cette scission pro-élection de la CGT espagnole … Il sravère d’après ces documents, qui sont des compte rendus de l’Ambassade des Etats Unis en Espagne, que les dirigeants de la fraction réformiste de la CNT espagnole, qui ensuite créeront la CGT espagnole, se sont rendus à plusieurs reprises – de leur propre initiative – à l’Ambassade des USA, pour leur faire passer des messages et – en retour – espérer un soutient du Gouvernement Américain… Gouvernement qui répondra positivement en invitant ces futurs dirigeants de la CGT-e à venir suivre des formations dans le cadre d’un séminaire « syndicaliste » aux USA … formation qui sera annulée par le secteur révolutionnaire de la CNT-AIT qui avait bien flairé la manipulation.

Parmi les messages transmis par les réformistes futurs dirigeants de la CGT-e – dont le fameux menteur professionnel Enrique MARCOS, faux déportés, vrai flic infiltré – celui ci : ils ne sont pas des anarchistes politiques mais des anarchistes « travaillistes » ; ils sont contre les violences des travailleurs ; ils souhaitent un gouvernement fiable et démocratique et agit dans le cadre des lois et surtout il faut les appuyer à participer aux élections syndicales en maintenant leur statut légal, car les élections sont le point de rupture d’avec les mauvaises habitudes révolutionnaires et violentes héritées du passé …

Nous présentions que le spectaculaire développement de la CGT en Espagne n’était pas complètement l’oeuvre du Saint Esprit ni de Saint Angel Pestaña et son « Concile » des Trentes … Mais maintenant Wikileaks, qui n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des correspondances secrètes des services américains nous en apporte la certitude …

Le vieux dicton populaire affirme « dit moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es ». Et aussi « qui se ressemble s’assemble » …

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En 1978, la fraction réformiste de la CNT espagnole qui a créé plus tard la CGT espagnole, dirigée par Enric Marcos (premier secrétaire général de la CGT-e), était en visite à l’ambassade des États-Unis à Madrid pour expliquer que la « CNT » (plus tard la CGT) soutenait la démocratie et constituait une bonne alternative. au « communisme » pour les travailleurs et éviter tout développement comme en Italie …

En outre, ils expliquent clairement pourquoi ils devraient être autorisés à participer à des élections professionnelles et pourquoi cette participation est importante en tant que preuve évidente que la « CNT » a abandonné la voie révolutionnaire…

3. LA RAISON DU MESSAGE D’OSET, DONT NOUS PENSONS QU’IL A ÉTÉ AUTORISÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNT [Enrique MARCOS], EST PEUT ÊTRE DU A UN SENTIMENT CROISSANT D’INSÉCURITÉ DE LA PART DE LA CNT – QUI N’EST PLUS QUE OMBRE DE SA CAPACITE D’AVANT LA GUERRE CIVILE, DU FAIT QUE SON BOYCOTT DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES ÉTAIT SELON L’OPINION DE LA PLUPART DES OBSERVATEURS UNE ERREUR.

(SOURCE Wikileaks : https://www.wikileaks.org/plusd/cables/1978BARCEL00384_d.html )

Aujourd’hui les Vignoles et la SO (toutes deux scission de la CNT-AIT sur le motif des élections professionnelles : la CNT-AIT est contre, les autres CNT sont pour) maintiennent des liens organiques avec la CGT espagnole.

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MONDE DU TRAVAIL: LA CNT APPUIE LA DÉMOCRATIE

1978 le 23 mai, 00h00 (mardi)

1978BARCEL00384_d

1. UN MEMBRE DE LA CNT (CONFÉDÉRATION NATIONALE DU TRAVAIL) LOCAL, AGUSTIN OSET NACHES, A VISITÉ RÉCEMMENT LE CONSULAT POUR DISCUTER DE PLUSIEURS QUESTIONS. Il a déclaré qu’il avait été autorisé à le faire par Enrique Marcos, Secrétaire général de la CNT. [Note de CNT-AIT: Enrique Marcos a été le tout premier secrétaire général de la CGT Espagne après la scission qu’ils ont initiée à CNT]

2. OSET a déclaré qu’il était essentiel pour la CNT de rester un syndicat légal, BIEN QUE LES MEMBRES DE LA CNT AIENT ÉTÉ ACCUSÉS DE l’INCENDIE DE LA SCALA (UN CLUB DE NUIT POPULAIRE DE BARCELONE) ET D’ÊTRE RESPONSABLES DE LA PLUPART DES VIOLENCES DANS LES CONFLITS SALARIAUX, LE CNT ETAIT ENGAGÉ POUR UNE ORGANISATION PACIFIQUE DE LA FORCE DE TRAVAIL.

Bien qu’ils soient anarchistes, [nos interlocuteurs] sont des anarchistes «travaillistes », non politiques, et ils ont besoin d’un gouvernement viable et démocratique pour pouvoir prospérer.

LA CNT ETAIT CONCERNEE COMME TOUT LE MONDE DE LA SITUATION ITALIENNE ET NE VOULAIT PAS QUE L’ESPAGNE SUIVE LE MEME PARCOURS. [NdT : fait référence à l’autonomie italienne et aussi aux brigades rouges]

Aussi longtemps qu’elle restera légale, la CNT pourrait offrir une alternative non communiste aux travailleurs de gauche, quelque chose manquant en Italie et une cause majeure de ses problèmes, selon OSET. CE MESSAGE – L’IMPORTANCE QUE LA CNT RESTE UN SYNDICAT LEGAL DANS UN PAYS DÉMOCRATIQUE – EST CELUI DONT OSET ET MARCOS VEULENT S’ASSURER QU’IL A ETE COMPRIS PAR LE GOUVERNEMENT AMERICAIN (USG).

3. LA RAISON DU MESSAGE D’OSET, DONT ON PENSE QU’IL A ÉTÉ AUTORISÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNT [Enrique MARCOS], EST PEUT ÊTRE DU A UN SENTIMENT CROISSANT D’INSÉCURITÉ DE LA PART DE LA CNT – QUI N’EST PLUS QUE OMBRE DE SA CAPACITE D’AVANT LA GUERRE CIVILE, DU FAIT QUE SON BOYCOTT DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES ÉTAIT SELON L’OPINION DE LA PLUPART DES OBSERVATEURS UNE ERREUR.

LA CONNEXION DE CERTAINS DE SES MEMBRES AVEC LES RÉCENTES VIOLENCES A ÉGALEMENT ENTRAINE UNE PUBLICITÉ NÉGATIVE. Pour la contrer, des affiches de la CNT sont apparues accusant des « agents gouvernementaux » des actes de violence tels que La Scala. LA CNT A ANNONCÉ qu’elle ne participerait pas avec les autres syndicats à la manifestation qu’ils organiseront pour le Premier Mai, de sorte qu’ils ne soient pas blâmés pour une quelconque violence. LEURS MANIFESTATIONS SÉPARÉES À BARCELONE SE SONT DEROULEES SANS INCIDENT. CETTE VISITE [AU CONSULAT] PEUT, PEUT PAR CONSEQUENT, [ETRE CONSIDEREE COMME] UNE TENTATIVE DE LA CNT DE RECONSTRUIRE SON IMAGES [AUPRES DES AUTORITES US].

SINN CONFIDENTIEL NNN Sheryl P. Walter Revue systématique / désintégration du Département d’État des États-Unis Revue systématique de la désuétude économique 20 mars 2014

LA FABRIQUE DE L’OPINION : TENTATIVE D’ENFUMAGE GAUCHISTE

La direction d’Utopia, fortement agacée de la révélation publique de ses pratiques managériales, se devait d’allumer des contre-feux. S’ils utilisèrent pour cela leur gazette (30 000 exemplaires diffusés …), des individus et des organisations dont certaines se réclamant du syndicalisme révolutionnaire voire du mouvement libertaire, jouèrent complaisamment les pompiers d’Utopia, gauchistes – sans que l’on sache s’ils furent sciemment commandités ou pas-

Leurs attaques ciblaient la CNT-AIT, pour essayer de casser le lien entre les
ex-salariés en lutte et l’organisation anarchosyndicaliste, et ainsi les priver du seul soutien organisé dont ils bénéficiaient [1]. Les attaques furent d’une violence incroyable, avec même des appels à des agressions physiques comme ce message publié sur le RedForum [2] publié par le dénommé Redrum [3] : «l’AIT  c’est des petits talibans incapables… une fessée et au lit, ils ne valent même pas le plomb pour les abattre ». Ce même Redrum, publia un long texte pour essayer de dénigrer l’action des ex-salariés, texte qui fut généreusement relayé sur tout ce qu’internet comportait alors de sites de publication ouverte (indymédia et autres) et que nous republions ci-après pour éclairer le climat de l’époque.

Pour finir, alors que la Gazette d’Utopia avait titré au moment de la lutte pour la déprécier « Utopia salaud le peuple aura ta peau », elle ne dit pas un mot du résultat de sa condamnation par le Tribunal des Prud’hommes pourtant rendue – comme dans tous les tribunaux – « au nom du peuple français ». Il aurait été fort logique que la Gazette titre alors « Le peuple a eu la peau d’Utopia ! ». De la même façon, les gauchistes qui avaient attaqué la CNT-AIT, traitant ses militants d’affabulateurs, ne dirent rien, sur aucun forum ni aucun Indimedya, de ce jugement qui reconnaissait comme vraies et fondées en droit les revendications des ex-salariés et qui lavait de tout soupçon d’instrumentalisation les anarchosyndicalistes de la CNT-AIT. Qui a dit que l’absence de transparence de l’information et la manipulation de l’opinion est l’apanage de la grande presse bourgeoise ?

La CNT-AIT Toulouse en manque d’utopie

Publié sur Redforum, par Redrum, Samedi 14 Mai 2005 0:28

Pour rebondir sur l’article : UTOPIA : L’EXPLOITATION C’EST PAS DU CINEMA

Certains connaissaient déjà les positions de ce groupuscule [la CNT-AIT], qui avaient abouti à un splendide isolement dans leur pureté idéologique. Leurs ennemis ? Tout ce qui n’est pas dans leur organisation, ce qui fait beaucoup de monde. Avec une prédilection toute particulière pour ceux qui mènent des luttes différentes des leurs, ce qui représente l’essentiel de leurs interventions.

Si les critiques politiques sont légitimes et nécessaires, il faudrait peut-être les élever à un niveau autre qu’obsessionnel et populiste, genre « José Bové préfère le roquefort au hamburger« . Ou bien : « La CNT-AIT avait choisi de ne pas être au Larzac. Notre refus de participer au spectacle médiatique est une constante [sic]. Cette année, le Larzac était couvert de bistrotiers. Ils ont vendu à prix d’or eau, bière et autres boissons. La canicule n’a pas que des inconvénients : le moindre groupuscule politique a fait 100, 200, 300 000 francs de bénéfice. Pour la bonne cause, évidemment. L’anti marchandisation est en marche. » (Le Combat Syndicaliste CNT-AIT n° 82, oct.-nov. 03)

Et si les conditions de travail à Utopia peuvent être critiquées, elles méritent de l’être d’une façon autre que cette campagne délirante, comme si c’était l’événement du siècle et qu’il ne se passait rien d’autre sur la planète.

Mais demander une attitude plus politique à ces gens-là serait faire abstraction de leur fonds de commerce. Car au-delà de leurs obsessions sur ATTAC, José Bové, Le Monde diplo ou Utopia, leurs ennemis sont aussi l’ensemble du mouvement libertaire extra-muros de la CNT-AIT Toulouse.

On l’a vu dans leur compte-rendu du Forum social libertaire, où ils étaient venus visiblement dans le seul but de faire de la provoc’ et d’écrire un « papier ». Jugez vous-même : «Le Forum Social Libertaire, c’était aussi le salon du livre anarchiste ! J’avais oublié ! Le salon du livre anarchiste, c’est comme un vrai salon du livre sauf que les prix ne sont pas affichés. Il faut le demander au vendeur, en général un type ou une meuf plus tout jeune, placide et l’air habité par la sagesse. Il y a des stands avec des piles de livres, des CD, des vidéos, des tee-shirts (avec ou sans capuche, la tendance « chien noir sur fond rouge » fait fureur) des pin’s, des affiches. En anarchie comme ailleurs, tout est à vendre bien sûr. Même la révolte et le désespoir s’achètent, en pack, en promo, en « soutien », en leasing, à crédit. Les maisons d’édition parmi les plus prestigieuses du microcosme anar sont là : la FA, le Gallimard de la révolte, l’OCL, bien fourni dans le style fémino-écolo branché, AL ou l’Anarchie Liquéfiée, les zéditions Agone, rien que du beau papier et des textes truffés de phrases en français imbitables, et des zindépendants mi-bouquinistes – mi-militants. […] comme une dernière et définitive négation de ce que le mot anarchosyndicalisme veut dire, le Service d’Ordre de la CNT Vignoles. […] Moi, je les emmerde tous, ces réformards rouge et noir, ces chefaillons de bataillons de clowns, ces penseurs sans idées, ces anarchistes sans révolte.« 

Le comble de la mauvaise foi a été atteint, avec l’affaire Utopia, dans leur journal n° 90 du 6 mai 2005 où l’on peut lire : « « SOUTIEN « SYNDICALISTE » AU PATRON : La « CNT-31 »-Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP, vient d’organiser deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron ». [cf. le communiqué intégral ci-dessous]

Pour satisfaire à la démagogie de la CNT-AIT Toulouse, il faudrait ne pas utiliser les rares salles qui permettent des débats. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas interdire le cinéma tout court, puisque 99,99 % des productions ne satisfont pas à ses critères d' »anarcho-syndicalisme » ? Les camarades qui soutiennent les prisonniers d’AD et qui organisent la projection du film de Pierre Carles « Ni vieux ni traîtres » le 17 mai à Utopia seront heureux d’apprendre qu’eux aussi ne font que « soutenir les patrons ».

Tout ça en dit long sur les méthodes de ces gens-là et sur le crédit qu’on peut accorder à des accusations tous azimuts dont on NE PEUT AVOIR QUE LEUR VERSION. Sauf qu’en inondant les divers sites Indymedia, tactique nouvelle, ils s’exposent à UN DROIT DE RÉPONSE AUQUEL ILS N’ÉTAIENT PAS HABITUÉS.


Soutien « syndicaliste » au patron

Article publié dans le Combat Syndicaliste
Midi Pyrénées, n°90, mai juin 2005 En pleine lutte contre un licenciement, au mépris des témoignages accablants, la « CNT 31 » Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP vient d’organiser à Utopia deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron, un patron qui a bien besoin de cautions morales en ce moment ! Cette mascarade morose, qui est d’ailleurs tombée à plat, a été vertement dénoncée sur son versant historique par les fondateurs du SCALP eux-mêmes (qui ne se reconnaissaient pas dans ce spectacle marchand) et par la CNT-AIT sur son versant syndical. Ajoutons pour lever toute ambiguïté que les Vignoles ont agi en connaissance de cause, puisque nous les avions informés par courrier de la lutte en cours.


[1] Dans leur analyse de leur lutte, les salariés du Cinéma des Carmes d’Orléans expliquent bien que ce qui a rendu possible leur répression – et leur licenciement –c’est le silence de la gauche qui a fermé les yeux sur les pratiques de la direction «En  l’absence de tout soutien extérieur officiel, les pratiques de la direction ont répliqué à ces offenses. A la fin de l’été 2004, (…) un écrémage de l’équipe (“la Belle Équipe” comme titrait jusqu’alors illusoirement le programme du cinéma Eden Carmes) s’est fait en catimini. »

[2] Forum aujourd’hui disparu animé par un « redskin » militant des Vignoles,

[3] leader des Vignoles de Toulouse de l’époque

CRACHER DANS LA SOUPE ET MORDRE LA MAIN QUI NOURRIT

Le Combat Syndicaliste Midi Pyrénées, Février Mars 2007, numéro 99

De nombreux militants syndicalistes et politiques se sont donnés beaucoup de peine, depuis près de deux ans, pour expliquer combien cette affaire n’en valait pas la peine. Cela, y compris dans des milieux se déclarant révolutionnaires, se revendiquant de l’anticapitalisme voire des idées libertaires. Le texte qui suit, émanant d’un certain Redrum, que nous pêchons sur internet, résume bien leur campagne :

« Ce soir … au cinéma Utopia, mes camarades « traîtres de classes » (smile) du Scalp/No pasaran organisent un débat précédé d’une projection… je me permets un petit commentaire évidemment qui n’est pas une défense d’Utopia mais une petite mise au clair face à une entreprise publicitaire de la CNT-AIT. (…) Utopia, c’est effectivement une possibilité pour les groupes militants (…) d’organiser des débats/projections et de toucher un large public, plus large en tout cas que dans des réseaux militants ultra-sectaires. Tout comme ces mêmes groupes militants utilisent des salles municipales sans forcément être d’accord avec la politique de l’État, ils utilisent Utopia sans forcément défendre et cautionner les éventuels problèmes. Qui prétend aussi qu’Utopia est « intouchable » pour le « peuple de gauche » ? Personne. (…) Personne n’est dupe (…). Utopia est un bon cinéma avec une bonne présentation mais comme dans toutes (ou presque) les assos et boites de gauche, [ils] jouent sur la corde « militante et bénévole » pour pousser un peu plus les salariéEs. L’AIT Toulouse découvre la réalité du travail dans les boites de gauche. Révolution. Et quand je dis que c’est comme ça dans beaucoup de structures, ça ne veut pas dire que c’est « normal » ou qu’il n’y a pas de raison de changer les choses, ça veut dire que ce n’est pas exceptionnel. Alors, le battage organisé par l’AIT de Toulouse aurait-il pour origine -comme il tente de le faire penser- la colère des salariés d’Utopia organisé en collectif ou dans un syndicat ? Niet ! Le battage de l’AIT a pour origine des témoignages d’ancien salariéEs et surtout le conflit d’une salariée qui est allée aux prud’hommes. Je trouve ça mince (…)« 

Reprenons depuis le début : les patrons d’Utopia vendent leur produit « culturel » grâce à un puissant marketing altermondialiste. Cette offre « anticapitaliste », ils la servent au public grâce au travail de salariés auxquels ils appliquent une « gestion des ressources humaines » violemment capitaliste : travail « bénévole » des employés, licenciement pour « manque de conscience politique », et même, face à la colère des salariés, tentative de séances de « psychothérapie de groupe payée par [leurs] primes annuelles » !

Quant au « produit » proposé, il est bien plus que le film projeté [1] C’est ce qui fait le succès de la firme. Car, ce que les patrons d’Utopia, proposent à la vente, ce n’est pas simplement un film, c’est une identité, un rôle à consommer : celui d’un spectateur intellectuel et critique.

Marketing et cœur de cible

Pour que leur marketing reste crédible et le « cœur de cible » fidèle, ils ont besoin d’un label. Celui-ci est apporté par la multitude de groupes radicaux et alternatifs qui y organisent des soirées « politiques ». En retour, la direction les sponsorise, ne serait-ce que par la publicité qu’elle leur accorde dans sa « Gazette ». Situation bien différente, contrairement à ce qui est avancé dans le texte que nous citons plus haut, de celle des groupes qui utilisent « des salles municipales » : on peut difficilement penser en effet que le Maire de Toulouse cherche à se donner une image anticapitaliste, antilibérale, voire anarchiste par ses prêts ou locations. A l’évidence, les enjeux politiques sont bien différents.

Quoiqu’il en soit, une fois connu tout ce qui précède, on comprend que les salariés et les anciens salariés d’Utopia en colère ont des intérêts diamétralement opposés à ceux de leurs patrons : pour les premier, rendre visible ce qu’ils ont subi ; pour les seconds, l’occulter.

La CNT-AIT a naturellement choisi de soutenir les salariés, tout en respectant leur autonomie et leur démarche : chacun a parlé en son nom, chacun a choisi les méthodes qu’il a voulues. Quant à ces « groupes militants » auxquels Utopia offre effectivement une possibilité de « toucher un large public », quelle a été leur position ? La même que celle des patrons !

Pour commencer, pendant des mois, ils ont tout simplement nié l’existence même de ce conflit. Que 25 salariés aient quitté une boite numériquement aussi modeste [4] en deux ans (certains avant même la fin de leur contrat), que plusieurs aient tenu à apporter un témoignage écrit,… tout cela n’était que du pipi de chat : d’après eux, à partir du moment ou un salarié quitte une entreprise (ou est mis dehors), il n’aurait plus rien à dire !

Abandonnant progressivement cette défense désespérée, ils ont tout fait pour minimiser la portée de la lutte, en soulignant son caractère forcément individuel (du fait de la disparition régulière des opposants !).

Pour finir, passant à la contre-attaque, voici qu’ils nous accusent pêle-mêle de « découvrir la réalité du travail dans les boites de gauche » et d’instrumentaliser les salariés dans une opération publicitaire. Au-delà du ridicule de ces accusations, l’objectif est toujours le même : détourner les regards de l’essentiel, l’exploitation des salariés.

Remarquons que si « la réalité du travail dans les boîtes de gauche » était si bien connue de nos contradicteurs avant que nous ne la dénoncions, il est à se demander pourquoi ils ne l’ont jamais dénoncé eux-mêmes et surtout pourquoi ils ont nié les faits aussi longtemps !A l’ensemble de ces arguments patronaux qui se retrouve dans le texte de Redrum, il faut ajouter son silence éloquent pendant deux ans, lui et ses amis, pourtant si prompts à dénoncer la domination au Liban ou au Mexique. Jamais -jamais- ils n’ont apporté le moindre soutien aux salariés.

Comment expliquer la collaboration de classe et la dérive bureaucratique (qui consiste à préférer les intérêts de son organisation à ceux des exploités) de ces militants qui ont pourtant choisi de se situer en dehors des partis et syndicats majoritaires, avec toutes les difficultés que cela entraîne ? Ce n’est pas, du moins nous ne le pensons pas, qu’ils soient mus par la passion de trahir. L’optimisme nous pousse à penser que leur comportement est, à leurs yeux, l’unique réponse possible à une question réelle et récurrente : celle de la nécessité d’allier éthique et efficacité (ici, conserver nos idées et pratiques tout en gagnant un large public). Pour tout militant, cette question est centrale, elle nous est d’ailleurs commune. Mais pourquoi alors nos réponses s’opposent-elles ? Parce que, ne se donner à choisir, comme nos contradicteurs le font, qu’entre deux solutions caricaturales, est une façon, probablement inconsciente, de justifier un mauvais choix. En effet, contrairement au discours qui sous-tend leur position, le choix n’est pas entre soit d’observer une éthique rigoureuse de tous les instants soit de s’asseoir définitivement sur cette même éthique sous prétexte d’être pragmatique. Il est clair, que vivant dans une société qui met l’individu sous pression, le premier choix est, dans la réalité, pratiquement intenable : je me sers (même à minima) de l’électricité fournie par EDF, alors que je suis anti-nucléaire ; je pars au travail, alors que je suis contre le salariat ; je paye des impôts indirects sur tout ce que j’achète alors que je suis contre l’État,… Bref, au quotidien, mon éthique en prend un coup. Mais l’autre choix, celui qui consiste à jeter l’éthique par-dessus bord sous prétexte qu’on ne peut pas la mettre en pratique à 100 % est tout simplement, pour des révolutionnaires, suicidaire. Il revient à renoncer progressivement à toute résistance et à faire sien « le mode d’emploi de la révolte » fourni par le pouvoir, à se rendre dépendant de ses procédures et institutions. On garde le silence sur les mœurs d’un patron qui nous prête ses salles un jour, on se présente aux élections professionnelles un autre, on s’allie aux autoritaires plus ou moins ponctuellement un troisième, … on prend progressivement le chemin de tous ces anciens 68ards qui ont intégré le système et en sont souvent devenus les meilleurs défenseurs.

Quand ceux qui nous critiquent posent le problème de façon aussi tranchée, aussi sectaire, en ne laissant comme seule solution finalement que de se lancer le jour même dans une révolution totale ou de se trahir soi-même, ils se précipitent dans une impasse. La situation à Utopia n’exigeait d’ailleurs pas un choix aussi cornélien. Pour tout révolutionnaire -et, même pour tout syndicaliste- le choix était fort simple. Quand des salariés dénoncent les pratiques abusives du patron c’est naturellement du côté de l’exploité qu’il se range, même s’il a quelque avantage à perdre. Si certains tiennent à aller, malgré tout, dans une salle où a lieu un tel conflit, une règle simple est de refuser toute contrepartie au « service » que son propriétaire vous rend. En somme, cracher dans la soupe et mordre la main qui nourrit. Pour Utopia, refuser un silence complice aux exploiteurs.

C’est d’ailleurs exactement ce qu’a fait le groupe Scalp-No Pasaran. Dans le débat qui a suivi la projection, il a déclaré en substance ceci : »Nous remercions Utopia, mais nous tenons à dire que nous sommes gênés d’être là, parce qu’Utopia est une entreprise avec des patrons et des salariés. Or, nous sommes anticapitalistes et libertaires, nous sommes contre les patrons. Surtout ceux d’Utopia qui maltraitent leurs salariés et ont été condamnés aux prud’hommes« . Cette prise de position du Scalp No-Pasaran, tout à fait cohérente, est allée droit au cœur de ceux des anciens salariés qui en ont pris connaissance et qui, jusque-là, se sentaient abandonnés par le « peuple de gauche ».

Bidule

[1] Ainsi, le même film projeté dans un autre cinéma (par exemple, l’ABC -cinéma sur lequel nous aurons probablement l’occasion de revenir bientôt) reçoit infiniment moins de spectateurs.

[2] La modestie de l’effectif employé n’empêche pas l’importance des ressources financières. Il est vrai, comme nous l’écrivions dans un précédent numéro, qu’avec 600 000 entrées en 2004 (Toulouse + Tournefeuille), Utopia bat à plate couture UGC centre-ville (550 000 entrées)et que les chiffres d’affaire 2003 de quelques SARL, qui ont toutes la même gérante, s’établissait comme suit : Utopia Latin, 1 626 058 euros. Utopia St Siméon, 1 207 151 euros. Félicité Films (spécialisée dans le conseil pour les affaires et la gestion), 299 705 euros. Colossal, non ? Ajoutons que la même personne est aussi gérante de la Société civile immobilière St Siméon, au capital social rondelet, et que nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout retrouvé…

When swedish SAC choosed the « free world camp » and US capitalism during Cold war ..

« The fight against war »

Evert Arvidsson’s article in Dagstidningen Arbetaren (SAC’s magazine), published in 1956

The activity of the SAC in the cause of peace is as old as the organization itself. Probably, there is no movement in our country that has proportionately done such a great job for peace and international fraternization as the SAC. This interest continues to exist to the same degree. The current basis for the struggle of the SAC in favor of peace is given by the declaration of principles voted in 1952. In it it is noted that the movement fights for a federalist order of international law which suppresses nationalism and makes the superfluous militarism. It is further stated that the SAC considers the struggle against militarism and war as one of the most important cultural tasks, and it is also underlined that the trade unionists members of the SAC are supporters of common actions of free popular movements against the war.

In the resolution on tactics adopted by the 1953 Congress, which defines and interprets the content of the Declaration of Principles in this point, that the SAC appeals to popular solidarity wherever it is possible to mobilize it to ensure peace among the peoples through negotiations. In the event that this is not successful, the SAC recommends direct action against, war. This means that the SAC, in case the people in the country which represents the threat of war can do the same, will try to prevent the war by sabotage of mobilization, general strike against the own government, etc.

This is the known attitude of the SAC which has always been the same. We are ready to apply it under the conditions which make it possible. In case the situation is quite different, the tactics of the SAC also change. Indeed, the situation has changed radically since the emergence of modern totalitarianism, the new despotism of our time. We quote the tactic resolution:

« The difference between the social situation of democracy and dictatorship is so great that it acquires a decisive importance for libertarian trade unionism. State despotism liquidates all free popular movements and thereby destroys the basis of the struggle of libertarian trade unionism for peace (that is, the pacifist struggle in its traditional forms). To the extent that any activity for peace is carried out under dictatorship, this activity will be the work of the state itself. But the defense of democracy as an institution is the basic condition not only for the pacifist struggle of libertarian trade unionism, but also for all activity of our movement. This is why libertarian trade unionism unhesitatingly takes the side of democracy when it comes to the fight against dictatorship in all its forms. « 

SAC resolution on tactics, 1953

This is the attitude of the SAC which is very much in line with its position on all other issues. SAC unionism has never been pacifist in a superficial sense; but a movement of struggle. Its struggle is directed against all forms of injustice, violence and oppression. We have demonstrated this in practice. Trade unionists and anarchists have always been in the forefront of the defense against all oppressive power, be it old-style capitalist violence, Bolshevism or fascism. It is enough to remember the initiatives of the trade unionists, and of the Spanish anarchists, of their important interventions in the struggle against the aggression of Spanish fascism and German and Italian fascisms. Blood has been shed many lives have been sacrificed.

But we must look closer at the idea of defense accepted by libertarian unionism. We will never fight for « the homeland », for a specific territory. For us, these are social systems without considering national borders. Libertarian trade unionism defends freedoms where they exist and it stands against oppression wherever it comes from. “This also applies to the case, to quote once again the resolution on tactics « where state despotism invades the country to crush any form of freedom in the sense of libertarian trade unionism ».

This is something essential for us. Libertarian unionism does not want to fight oppressive forces that may appear within the country, but to remain passive when it comes to oppression that comes from outside. This is the origin of the resolution on tactics of the SAC. Since the SAC never wanted to play the role of a « Qvisling » (1) it was obliged to clarify these ideas in order to find a position which was acceptable in the face of the new situation. Already in 1938, confronted with the threat of Hitlerism, the SAC saw that a new situation demanded a new tactic and in 1953, the resolution of tactics that we have just explained was voted by the national congress of the movement with 64 against 8.

Evert arvidsson

(1) Quisling: founder of the Norwegian fascist party before WWII, main architect of collaboration in Norway with the Nazi occupier during World War II. His name is passed in common parlance in Norway and in the Scandinavian world as a synonym of « traitor »


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Reply from Christian Lagant of GAAR (Anarchist groups of revolutionnary action ) published in issue number 2 of “Noir et Rouge magazine”(black and red magazine)

The proletarians have no homeland

Black & Red n ° 2, summer 1956

In our last (and first) issue, we published two texts from the Swedish libertarian trade union movement, the S.A.C. (Sveriges Arbetares Central Organization) concerning: 1) the problem of nationalizing a company, 2) the position of our comrades in the face of war.

(…), the case of attitude of S.A.C. facing with an international war conflict also seems to us to justify the publication of a more in-depth study on a subject whose topicality can become hot from one moment to another, and this, in spite of the friendly toasts of a Khrushchev or the good smile of an Eisenhower.

It goes without saying that the point of view of the comrades in Sweden provoked reactions and discussions in libertarian circles. In two words, let’s recall this one:

  • SAC has always fought for the cause of peace. In the event of war or the threat of war between two democratic countries, S.A.C. will fight to demand negotiations. If these fail, the S.A.C. recommends direct action by the masses of the warring countries against their own governments.
  • In the event of a conflict between a democracy and a dictatorship (fascism, Bolshevism, etc.) S.A.C. sides alongside democracy, without however opting for any notion of « Fatherland ». SAC just choose democracy as a lesser evil.

We do not believe that we have distorted the thinking of the comrades by so succinctly recalling their position. By stating ours here we do not think we will either definitively decide the question because if it is relatively easy to express general principles, how many of us can say with certainty what they will do at the time of the supreme choice? Regardless, the merit of the comrades of S.A.C. will be for having opened a dialogue by clearly specifying a position with which libertarians in many countries disagreed.

This is the case of G.A.A.R., for example, and we were already expressing our opposition to the text of S.A.C. writing recently:

« The text tends to prepare ‘The Sacred Union » (national union] even before the outbreak of a conflict. Recently an agency report announced that according to an opinion poll in Sweden, around 80% of the population was ready to defend the country in the event of an attack. It is therefore, to say the least, astonishing for us to see libertarian trade unionism not to rank among the 20% who, consequently, “will not line up”.

Indeed, how can we not feel astonished, to put it mildly, at the choice of libertarians in favor of « democracy »-  in fact of capitalism. Yes, of course, we understand that S.A.C. disregards any idea of « fatherland », any idea of defense of a specific territory, and takes without « hesitating the party of democracy against dictatorship ». But the result is there and all the details and reassuring justifications for our internationalist concept will not change anything. And first, what do our comrades understand by « democracy »? The right to meet in a back room of coffee to discuss politics whereas the reciprocal is prohibited in the countries known as of behind the Iron Curtain? That the right to assembly, to speak, to publish is greater in our « democracies », okay, we would be stupid to den stupid to deny it (although these elementary rights in democrats are dwindling day by day, see the situation in France for example) but this is precisely where the mistake begins. Yes, for a certain number of libertarian comrades, seeing this difference between capitalist and bureaucratic regimes is tantamount to « choosing » the lesser evil. A whole part of our perspective is distorted by an erroneous dilemma, by an arch-lame formulation: « Shall I choose plague or cholera? » Then it might make more sense to try not to be sick.
A few years ago a number of us helped launch a campaign for the « 3rd Front ». What do we mean by that? Simply that it was time to try to demystify the workers and that the notion of an inevitable suicide choice between the Russian and American blocs, there was a 3rd common fighting front, that of the exploited. No doubt our formula was not perfect because it was repeatedly interpreted in various ways. However, the G.A. A.R. have not given up on their spirit if they changed its form slightly. They indeed note the division of the world into two antagonistic blocs, the impossibility for revolutionaries to subjugate themselves to one or the other of these blocs, nor to support them. The only field of struggle is that of the classes, which is waged on the international and proletarian front, (extract from a resolution on war adopted at the first Congress of G.A.A.R.).

Of course, we will be told that these are just a few words and the reality is simpler. Indeed, it is very simple to take the gun in the event of war to defend democracy against dictatorship. On the other hand, it is much more complicated to try not to behave like servants of the STATES where we live, than whatever they are (since there is not yet a country in a libertarian regime, as far as we know) and this second attitude is obviously in direct relation. with the « big words » quoted above.

We are wary of « Sacred Unions » and the defense of a lesser evil regime sank many revolutionaries into militarism with strange underlying elements, including Kropotkin and Jean Grave at the start of the « Great War » (sic) and in 1939 the Hitlerite danger could also be a justification for taking up arms and the khaki livery to defend « democracy ». We will be allowed to say that considering the problem from this angle is very primary for libertarians because before the effects, we must see the causes and we do not believe that the comrades who left in Spain in 1936 to fight in the Durutti column were less anti-fascist than the government troops fighting for a « democratic » republic. If the comrades of S.A.C see anti-fascism in Spain from this perspective, we obviously agree. As for Hitlerism and to take the situation in France, some fought in the maquis without joining Leclerc or the F.F.L., trying to give their combat as much class character as possible. It is true that on this last point the statists that are the Trotskyists often taught the anarchists a lesson, but this is another story which we hope to return to in more detail.

In summary, it emerges from these various observations that we disagree with the position of the comrades of S.A.C. We would like the dialogue to continue and expand, the stakes are serious enough.

Christian

Suède : la SAC et le réformisme libertaire

Introduction à l’édition de 1992

Pourquoi publier une brochure sur la SAC, un syndicat suédois avec lequel nous ne sommes pas liés ? Notre internationale, l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) se développe actuellement. La SAC a pris contact, récemment avec plusieurs de nos sections. Or bien des militants ignorent tout ou partie des divergences que nous avons avec cette organisation. Un travail de clarification est donc nécessaire. Car pour pouvoir poser les bonnes questions aux représentants de la SAC et débattre valablement avec eux, il faut disposer d’un minimum d’information.

Nous ne sommes pas des spécialistes de la Suède, nous ne savons pas le suédois. Nous avons travaillé à partir de la documentation qui nous était accessible ce qui limite évidemment la portée de cette brochure. Qu’on n’espère donc pas trouver ici une histoire exhaustive de la SAC.

Certains lecteurs trouveront surprenant qu’on associe « réformisme » et « libertaire », ces termes n’étant pas habituellement liés. Pourtant ce sont ceux que nous avons trouvé les plus adéquats pour désigner l’itinéraire de la SAC. Comme libertaires, comme anarcho-syndicalistes, nous ne croyons pas au réformisme ; nous ne pensons pas qu’il soit possible de changer la société petit à petit à partir des institutions mises en place par le système. Nous sommes révolutionnaires parce que nous sommes convaincus que l’Etat et les patrons ne vont pas se laisser gentiment priver de leurs prérogatives. L’idée de grève générale, de renversement du système capitaliste à partir de la mobilisation et de l’organisation autonome des exploités reste la nôtre.

N’est-il pas abusif d’affubler du terme libertaire une organisation réformiste qui, durant les années cinquante, s’est mise à prétendre que le système allait se transformer graduellement au travers des institutions de cogestion qui se sont mises en place en Suède ? Le terme libertaire peut, à notre avis, s’appliquer à la SAC pour plusieurs raisons. Des raisons historiques d’abord, la SAC a fait partie de l’AIT ; traditionnelles aussi, un certain nombre d’organisations qui se disent libertaires voire anarchistes (pour nous ces deux termes sont synonymes) considèrent la SAC comme telle.

Nous avons donc adopté ces termes que nous ne trouvons pas entièrement satisfaisants. Dans le même esprit, ils pourraient sans doute s’appliquer à d’autres organisations ou individus qui n’ont jamais tenu de discours aussi explicite que la SAC, mais dont la pratique est similaire. On peut même dire que la SAC a été à l’avant-garde d’une évolution qui a touché une partie du mouvement libertaire ainsi que l’extrême-gauche.

On nous reprochera peut-être de juger la SAC sur des textes déjà anciens, argumentant que cette organisation ne tient plus aujourd’hui le même discours. Il est bien évident qu’à l’heure où le libéralisme triomphe, en Suède comme ailleurs, on ne peut plus prétendre que l’évolution va dans le sens des idées libertaires, comme le pensaient les porte-paroles de la SAC en 1960. La situation a aussi changé parce que l’accord tacite qui existait, sur la menace soviétique, entre la bourgeoisie et le mouvement ouvrier suédois n’a plus de raisons d’être. Le nationalisme suédois libère maintenant son potentiel chauvin sous la forme d’agressions racistes contre les travailleurs étrangers. L’évolution actuelle rend nécessaire une radicalisation des discours, pas seulement pour la SAC, mais pour tous les syndicats réformistes de par le monde.

Toute la question est de savoir ce qu’il en est de leurs pratiques, de leur type d’organisation, de leurs projets…

Dans les textes récents auxquels nous avons eu accès, la SAC tient toute sorte de considérations intéressante sur le monde dans lequel nous vivons, mais ne donne pratiquement pas d’information sur sa stratégie actuelle. Nous espérons que cette brochure incitera ceux qui en savent plus long que nous à se manifester et qu’elle permettra aussi de débattre de ce que devrait être l’anarcho-syndicalisme aujourd’hui. Lausanne, le 2 avril 1992

Les origines de la SAC

L’Organisation centrale des travailleurs suédois (Sveriges Arbetares Centralorganisation – SAC) a été fondée en juin 1910 à Stockholm. Comme dans d’autres pays à l’époque, le syndicalisme révolutionnaire a tout d’abord fait souche parmi les éléments contestataires de la social-démocratie. C’est l’anarchiste allemand A. Roller qui le premier fait connaître en Suède les idées syndicalistes révolutionnaires dans une série d’articles publiés par « Brand » (le flambeau) le journal de la jeunesse social-démocrate, organisation qui rompt avec le parti ouvrier social-démocrate en 1908. A la même époque, le syndicalisme révolutionnaire se développe au sein de la centrale syndicale suédoise « Organisation nationale » (Lands Organisation – LO). Les syndicalistes révolutionnaires s’opposent au système centralisé de conventions collectives, impliquant pour les syndicats le respect de la paix sociale en dehors des périodes de renouvellement des dites conventions ; ils s’opposent également au fédérations d’industrie centralisées auxquelles ils préfèrent des structures interprofessionnelles locales, sur le modèle des Bourses du Travail en France. Le débat sur ces questions prend de l’ampleur après l’échec de la grève générale de 1909, abandonnée à son sort par la bureaucratie de LO. Les syndicalistes révolutionnaires quittent LO en 1910 pour fonder la SAC. Celle-ci compte environ 1000 membres au départ. A la veille de 1914, ils sont près de 5000, surtout des travailleurs non qualifiés de la construction navale, du bâtiment et de l’industrie forestière dans le nord du pays.

Dans les années vingt et au début des années trente, le mouvement ouvrier suédois est très combatif, les grèves sont nombreuses et la SAC a une pratique syndicaliste d’action directe. En 1923 la SAC participe à la fondation de l’AIT, l’internationale anarcho-syndicaliste, dont elle se sépare en 1958, nous y reviendrons par la suite.

Quel est le « poids » de la SAC ?

La SAC a toujours été, selon ses propres déclarations, une organisation syndicale relativement petite pour la Suède. C’est en 1924 que la SAC a eu le plus grand nombre d’adhérents : 37366 ; ils n’étaient plus que 16217 en 1957. A l’heure actuelle la SAC regrouperait environ 13 000 membres dont 3 000 retraités, selon ses propres sources (1991).

Le poids effectif d’une organisation dépend de sa nature, du contexte et pas seulement du nombre de ses adhérents. Un aperçu du panorama syndical suédois permet de saisir « l’importance » réelle de la SAC.

En Suède le taux de syndicalisation est le plus élevé du monde : 85,3 % (Suisse 26 %, France 12 %) [1]. Les principales organisations syndicales sont en premier lieu la centrale syndicale LO liée au parti social-démocrate qui est pratiquement hégémonique parmi les ouvriers avec près de deux millions d’adhérents. Ensuite il y a la TCO qui regroupe entre 600000 et 700000 employés et fonctionnaires, la SACO qui compte environ 110000 travailleurs intellectuels, et finalement la SR avec 20 000 cadres administratifs supérieurs de l’Etat [2].

Dans un rapport sur les perspectives de l’emploi, l’OCDE explique que le sens du mot syndicalisation diffère selon les pays. Dans les pays où le taux d’adhésion est faible, se syndiquer constitue un engagement volontaire. Par contre, dans les pays où ce taux est élevé, on se syndique avant tout pour bénéficier de certaines prestations sociales. C’est le cas en Suède où l’adhésion à une caisse de chômage passe par le syndicat. C’est précisément à propos d’une histoire de caisse de chômage subventionnée par l’Etat qu’historiquement la SAC a rompu avec l’AIT.

C’est de cette vieille querelle que nous allons parler, car elle constitue un des éléments qui permet de comprendre pourquoi il existe actuellement deux traditions différentes qui se revendiquent de l’anarcho-syndicalisme.

Les raisons d’une rupture

La SAC n’a pas été expulsée de l’AIT. Le processus de séparation est le suivant : durant le IXème congrès de l’AIT à Marseille en juillet 1956 des divergences évidentes apparurent entre la SAC, soutenue par la section hollandaise, et le reste des anarcho-syndicalistes. La SAC qui avait modifié sa déclaration de principes souhaitait moderniser celle de l’AIT dans un sens réformiste. Lors du Xème congrès de l’AIT à Toulouse en 1958, les activités qui lient la SAC à l’Etat suédois sont analysées. Il est question principalement des relations que la SAC entretient avec le parti « municipaliste » et de la gestion d’une caisse de chômage subventionnée par l’Etat.

Dès 1940, les syndicats de la LO ont commencé, branche après branche, à mettre en place des caisses de chômage subventionnées par l’Etat. Les ouvriers non syndiqués à LO pouvaient s’affilier à ces caisses, mais les bureaucrates de LO rendaient la chose difficile aux membres de la SAC qui en faisaient la demande. C’est officiellement la raison qui a poussé la SAC à monter sa propre caisse.

Voici ce que dit à ce sujet Evert Arvidsson le directeur de « Arbetaren », le journal de la SAC : « Les autorités se montrèrent très compréhensives [sic]. La SAC reçut non seulement la subvention normale de l’Etat – en moyenne 55 % – mais aussi un capital de départ de 300000 couronnes. La caisse commença à fonctionner à partir du 1er janvier 1954 » [3]. L’augmentation du chômage qui toucha la Suède au début de 1958 renforça, chez la majorité des membres de la SAC, la conviction d’avoir fait le bon choix. Des travailleurs intégrèrent la SAC via sa caisse de chômage. Il semble que cela se passe encore souvent ainsi aujourd’hui, d’autant que dans certains secteurs la cotisation à la caisse chômage de la SAC est un peu moins élevée que celle des caisses de LO.

Quant au parti municipaliste, il s’agissait d’un parti « socialiste libertaire » dont une bonne partie des membres étaient également membres de la SAC. Ce parti, constitué en 1948, n’avait parait-il « aucune relation organique avec la SAC. Cependant la presse de la SAC se mettait à leur disposition tous les quatre ans, c’est-à-dire en période d’élections municipales » [4].

En 1958, les sections de l’AIT demandent à la SAC de clarifier ses positions. Une motion est votée par le congrès, demandant que seules les organisations qui acceptent comme finalité le communisme libertaire puissent participer à l’AIT. La SAC suivie par la section hollandaise ne ratifient pas cette motion, se mettant ainsi en dehors de l’AIT. En 1961, des délégués de la SAC et de la section hollandaise participent comme observateurs au congrès de l’AIT à Bordeaux, mais refusent de reconsidérer leur désaffiliation malgré la demande qui leur est faite.

Dans les lignes qui suivent nous allons essayer de comprendre pourquoi la SAC s’est éloignée de l’anarcho-syndicalisme, et ce qui différencie son syndicalisme libertaire du nôtre. En relisant aujourd’hui les textes que publiait la SAC à l’époque à laquelle elle s’est séparée de l’AIT, nous avons eu le sentiment que c’était toute la stratégie de la SAC, dont le principal objectif était la « démocratie industrielle », qui se trouvait en contradiction avec notre conception du syndicalisme. Notre impression a été confirmée par les analyses que faisaient à l’époque aussi bien des anarcho-syndicalistes français que le secrétariat de l’AIT

Une « nouvelle » stratégie

Dans sa déclaration de principe adoptée en 1952 on peut lire : « l’ordre de production anarcho-syndicaliste est la réalisation totale de la démocratie industrielle, et la SAC […] s’efforce d’introduire l’influence ouvrière dans les entreprises privées, municipales, étatiques » [5].

La SAC renonce explicitement à renverser le capitalisme : « il n’est pas question d »abattre » ou de « détruire » tel ou tel système. Par contre, nous nous efforçons d’indiquer dans quelle direction l’organisation veut orienter l’évolution sociale […]. Nous avons complètement renoncé à la « baguette magique » de la révolution » [6].

Pour la SAC, le fait que des ouvriers soient appelés à participer, au côté des patrons, à la gestion de certaines entreprises en Suède constitue un premier pas en direction du socialisme libertaire : « les réalisations partielles sont conçues comme mesures pratiques pour influencer l’évolution dans la direction voulue […]. La SAC considère la démocratisation progressive de l’économie comme sa tâche essentielle » [7]. « L’idée [c’est] de transmettre le pouvoir économique pas à pas des actionnaires aux hommes Producteurs » [8]. Dans la résolution du congrès de la SAC de 1956 on peut lire ce qui suit : « la démocratisation effective de la grande industrie représente un des meilleurs moyens pour concilier et harmoniser l’économie avec les intérêts de la communauté en général, par libre accord au lieu de l’imposer par décrets d’Etat. Quant à l’activité en faveur de la démocratie industrielle, le congrès croit que la SAC doit chercher des contact avec des groupes et des courants appartenant à d’autres secteurs sociaux qui sont intéressés par la cogestion des salariés » [9].

La démocratie industrielle en Suède

Le concept de démocratie industrielle recouvre les notions de « participation » et/ou de cogestion. « L’ensemble des institutions de coopération ouvrière et patronale sur le plan local, constitue ce qu’on appelle en Suède « la démocratie industrielle ». Cette expression un peu imprécise […] désigne tous les organismes ayant pour but la collaboration ouvrière à la marche de l’entreprise » [10].

Ce système se met progressivement en place en Suède à partir de la fin des années trente. L’idée de démocratie industrielle n’est pas à l’origine une idée de la SAC. Dès 1920, le syndicat LO fait de la démocratie industrielle un des fondements de ses revendications. Les premières tentatives ont été organisées par des patrons paternalistes et « éclairés ». L’exemple des aciéries de Sandviken est à ce titre très éloquent. Dès 1923 y fonctionne le « club du mercredi ». « Ce n’était pas encore de la Démocratie industrielle, écrit le directeur actuel, parce que les délégués n’étaient pas élus, […] mais c’en était déjà l’esprit. […] Cet esprit, il est le fruit de la collaboration entre la direction et les ouvriers qui ont ensemble construit Sandviken, matériellement et spirituellement. […] Il est le fait de la clairvoyance de la dynastie des Gôransson, et de l’habileté des ouvriers » [11].

Sur le plan national, le système de collaboration entre le patronat et les « représentants » des travailleurs se met en place par étapes successives. En 1938, les dirigeants de la centrale LO et le syndicat patronal SAF « s’accordent à penser que les grèves et les lock-outs représentent un gaspillage de la richesse nationale, et qu’ils vaut mieux s’efforcer de se mettre d’accord sur les rythmes de développement de la production et de l’augmentation des salaires » [12]. Ils signent la convention dite « de Saltsjöbaden » du nom de la localité où les négociations ont lieu. Un « comité du marché du travail », organisme paritaire permanent de négociations, est mis en place. L’objectif principal de cet accord est de favoriser les négociations de conventions collectives et de maintenir la paix sociale. Il prévoit l’interdiction de la grève et du lock-out pendant toute la période de validité d’une convention collective.

C’est dans l’immédiat après-guerre, en 1946, que commence véritablement à s’instaurer la « démocratie industrielle ». Un nouvel accord, la « convention de collaboration » est signé entre LO et la SAF. Le point principal de cette convention est la mise en place de comités d’entreprises. Il s’agit de comités paritaires formés par des représentants des travailleurs et des représentant de la direction de l’entreprise.

Voyons quel est leur rôle : suivant l’article III de la Convention de collaboration : « le comité d’entreprise est un organe d’information et de consultation ; il a pour mission […] : a) d’établir une collaboration constante entre l’employeur et le personnel, afin d’atteindre la meilleure production possible ; – b) d’informer le personnel des conditions économiques et techniques de l’entreprise, et des résultats obtenus par elle ; – c) d’agir en vue d’assurer aux ouvriers la stabilité de leur emploi, l’hygiène et la sécurité dans leur travail, et d’éliminer les causes de mécontentement ; – d) d’encourager au sein de l’entreprise l’instruction professionnelle ; – e) d’une manière générale, d’assurer à l’entreprise de bonnes conditions de travail et de Production » [13].

Cette convention crée un cadre général. La décision d’introduire les comités d’entreprise revient aux fédérations ouvrières dans chaque branche de la production. En Suède les divisions syndicales sont avant tout catégorielles et non idéologiques, ce qui confirme la dimension corporatiste du système.

Vers un système corporatiste

Contrairement à ce que prétendait la SAC, la démocratie industrielle ne constitue pas un premier pas vers l’autogestion. L’idéologie qui prétend que les patrons et les ouvriers d’une entreprise ont les mêmes intérêts porte un nom, c’est du corporatisme.

Dès 1955, les anarcho-syndicalistes français étaient conscients de l’importance du virage que prenait la SAC. Le secrétariat aux relations internationales de la CNT française s’exprimait ainsi : « en proposant la cogestion la SAC admet implicitement l’installation définitive du mouvement syndical – y compris « libertaire » – dans l’édifice capitaliste. […] admettre d’administrer les biens des propriétaires en leur compagnie, pour eux et au nom des travailleurs, c’est reconnaître leur légitimité et se convertir en une sorte de majordome […]. Avec la cogestion, l’aristocratie syndicale composée de militants rétribués se verrait enrichie de ces super-cadres que seraient les représentants syndicaux au sein des entreprises […]. La nouvelle caste professionnelle engendrerait un nouvel Etat, sans contrôle extérieur à la profession, dans lequel des professionnels (au milieu desquels l’autorité patronale serait prépondérante) seraient rois. Cet Etat ne serait-il pas un état corporatiste ? Au nom du professionnalisme, de la démocratie industrielle et de prétendues transformations révolutionnaires sans révolution, on nous abreuve de la charte fasciste du travail si appréciée par Mussolini, de l’œuvre de Lagardelle, ce mauvais disciple de Proudhon, qui fut un temps ministre du travail sous le maréchal Pétain » [14].

Par la suite, cette analyse a été confirmée par d’autres observateurs comme l’écrivain suédois Jan Myrdal. Lorsqu’on lui demande si grâce aux nouvelles lois sur la participation votées en 1976, le pouvoir économique est enfin en train de glisser des mains des patrons dans celles des salariés, voici ce qu’il répond : « pas entre les mains des salariés, entre les mains de leurs représentants, c’est-à-dire de la LO et du mouvement ouvrier. Ces militants de la LO constituent maintenant en réalité une nouvelle bourgeoisie qui, alliée avec des représentants des anciennes classes dominantes, s’élève dans la hiérarchie sociale pour arriver au pouvoir et au bien-être » [15].

A qui profite le modèle suédois ?

Si le patronat suédois a accepté de donner aux « représentants » des travailleurs un droit de regard sur le fonctionnement des entreprises, c’est pour une raison bien précise. De 1938 à aujourd’hui, à l’exception de très brèves interruptions (1976-1982 et 1991-1994), les sociaux-démocrates ont gouverné la Suède. Pour les grandes entreprises (Volvo, Electrolux, Ericsson, etc.) il était bien préférable de faire des concessions au syndicat LO que de courir un risque de nationalisation.

La centrale syndicale LO est intimement liée au parti au pouvoir. Dans les années quarante, les ouvriers qui s’inscrivaient à LO devaient faire valoir un « droit de réserve exprès » pour ne pas devenir automatiquement membre du parti social-démocrate ! [16]

Un véritable partage des tâches s’est opéré entre gouvernement et syndicat. Dans le domaine du droit du travail, le gouvernement social-démocrate a très peu légiféré, laissant à LO la responsabilité de négocier les conventions régissant les conditions de travail. Ce système a eu pour conséquences une organisation du travail qui n’est pas toujours aussi favorable qu’on le dit pour les salariés. L’âge de la retraite est par exemple fixé à 66 ans, tant pour les hommes que pour les femmes. Si le patronat suédois a octroyé certains avantages sociaux aux travailleurs, c’est parce qu’il a pu obtenir, en contre partie, le consensus sur la productivité. Voici ce qu’en disait en 1977 un jeune chercheur français : « la Suède est un des pays du monde où le niveau et le taux de croissance sont parmi les plus élevés. Cela suppose que des conditions de travail, critiquables sur plusieurs points, soient imposées aux ouvriers suédois. Par exemple, le salaire, fondé en totalité ou en partie sur le rendement est encore largement répandu […]. Le droit à l’information syndicale au cours des heures de travail n’existe pas : le canal institutionnel pour les sections syndicales d’entreprises est le journal de la direction » [17].

Jusqu’à récemment, le système de négociation centralisée par branche a été l’une des clés du « modèle suédois ». « Chaque année, le niveau des salaires est fixé en fonctions des besoins du secteur exportateur […]. Ce système a une vertu : la négociation forcée « associe le capital et le travail » ; en introduisant un « consensus ». Toute la Suède, y compris ses fonctionnaires, vit ainsi au rythme impératif des exportations. Mais il est aussi « restructurant » […]. La centralisation des négociations oblige en effet toutes les entreprises à verser le même salaire pour le même travail. La PME paie autant que Volvo » [18].

Le grand patronat suédois a su tirer profit des règles mises en place par la social-démocratie. Selon certains économistes, « […] la fixation centralisée des salaires a entraîné de répétitives dévaluations de la couronne suédoise. Ce sont elles qui auraient donné au pays sa compétitivité et sa richesse dans un premier temps, avant, dans un second, d’épuiser leurs effets et de provoquer un dérapage de l’inflation à la fin des années quatre-vingt. En clair, la gauche appelle « modèle suédois » ce qu’ailleurs on nomme une politique de « dévaluations compétitives » » [19].

La fin d’un modèle

A l’heure de la mondialisation, il ne reste plus grand chose de ce fameux modèle dont les principales caractéristiques ont été résumées ainsi : « coexistence d’une économie de marché dominée par les entreprises privées au sein d’un Etat dirigé […] par le Parti social démocrate ; […] une étroite collaboration entre travail et capital ; des organisations patronales et syndicales puissantes et centralisées ; le maintien du plein-emploi ; […] un secteur public très important » [20].

Entre 1994 et 1998, le gouvernement suédois a procédé à des économies budgétaires pour plus de 125 milliards de couronnes (22 milliards de francs suisses), les communes ont licencié du personnel dans les crèches, les écoles et les hôpitaux, le taux de chômage a grimpé à plus de 12 % de la population active. Il se situe désormais aux alentours de 8 % plus 3 % de personnes en formation ou affectées à des travaux temporaires financés par l’Etat [21]. Parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la Suède a rétrogradé de la troisième place, en terme de revenu par habitant, à la quinzième place.

La dérive de la SAC

Pour essayer de comprendre pourquoi, à un moment donné, la SAC s’est mise à suivre une voie réformiste, il faut situer le problème dans son contexte. Nous allons essayer de donner quelques éléments non exhaustifs, qui mériteraient d’être approfondis.

La Suède a connu, jusqu’au début de ce siècle, une grande pauvreté. Le fait qu’elle ait échappé aux deux guerres mondiales a favorisé un développement industriel rapide. L’élévation du niveau de vie fut un fait indéniable qui a sans aucun doute favorisé les tendances « réalistes » au sein de la SAC.

Le raisonnement de certains dirigeants de la SAC comme Helmut Rudiger [22] ou Evert Arvidsson était grosso modo le suivant : les progrès techniques produisent une élévation générale du niveau de vie dans les pays qui connaissent une économie libérale. Les événements révolutionnaires ont engendré des sociétés totalitaires dans lesquelles n’existent aucun droit syndical. Si nous voulons continuer de faire du syndicalisme, nous avons intérêt à accepter la société telle qu’elle est. On pourra changer les choses, petit à petit à partir de la « base », en favorisant la « démocratisation » des entreprises capitalistes ou en participant à la politique locale, comme représentants du parti municipaliste.

Les responsables de la SAC sont favorables à la cogestion qui est selon eux un premier pas vers l’autogestion, mais à condition que cette collaboration de classe soit décentralisée et que la SAC puisse y participer… Car en étudiant l’histoire de la démocratie industrielle en Suède nous avons découvert un élément assez surprenant. Quand le système s’est mis en place, les délégués ouvriers aux comités d’entreprise étaient élus uniquement par les membres des fédérations de LO. Les non-syndiqués ou les membres d’autres syndicats ne pouvaient même pas participer au vote. Au départ, la SAC était donc complètement exclue d’un système qu’elle va considérer comme une évolution allant dans le sens de son projet de société !

Il faut aussi signaler que la SAC a beaucoup souffert des tentatives du syndicat LO d’obtenir le monopole de l’embauche, interdisant ainsi l’accès à l’emploi aux adhérents de la SAC. La SAC s’est trouvée protégée par la loi et par un règlement interne du syndicat patronal SAF qui interdit à ses membres de céder aux syndicats les droits d’embauche. Voici peut-être pourquoi on peut lire des déclarations de ce genre : « il existe des éléments bourgeois de bon sens qui apprécient l’attitude libertaire de la SAC et de sa presse, sa lutte contre le nazisme, le bolchevisme et le centralisme d’Etat sous toutes ses formes. Il existe des patrons qui comprennent qu’ils n’ont aucun motif de favoriser le socialisme étatique de la LO au détriment de la SAC » [23].

Dans sa volonté de s’opposer à LO, la SAC utilisait des arguments assez étranges qui ne devait pas déplaire au patronat. La SAC critiquait les grèves économiques menées par les grandes organisations réformistes en leur reprochant de détruire des richesses… Un échec des négociations centrales qui peut se produire à cause d’un seul öre de salaire, implique le risque d’un conflit social qui peut détruire des valeurs économiques de plusieurs milliards de couronnes écrit Evert Arvidsson. La grève a un autre inconvénient selon lui, elle renforce le pouvoir de l’Etat qui intervient dans les négociations [24]. A aucun moment il n’est question de la grève comme école de lutte et d’organisation des travailleurs.

La SAC a cru assurer sa survie en se transformant en un partenaire raisonnable. A court terme, le fait de s’être mis à gérer une caisse de chômage lui a permis de gagner de nouveaux adhérents. Lors de son congrès de 1964, la SAC se vantait d’avoir progressé et d’avoir 20 000 affiliés. Aujourd’hui l’on sait que ce succès fut de courte durée. De plus, avec ses 10 000 affiliés [25] la fameuse caisse de chômage de la SAC ne doit pas avoir les reins très solides face aux caisses des autres syndicats.

Pendant l’intermède de 1991 à 1994 durant lequel il fut au pouvoir, le gouvernement conservateur a mené une offensive en règle contre les syndicats : baisse des subsides étatiques, fin de la déductibilité des cotisations syndicale sur le plan fiscal… ce qui, combiné avec la hausse du chômage a eu pour effet de faire doubler les cotisations de l’assurance chômage dès le 1er janvier 1992. Il se pourrait que bon nombre de salariés préfèrent à l’avenir se contenter de s’assurer contre l’inactivité, sans pour autant, comme cela est possible, devenir membre d’un syndicat [26].

Que se passerait-il si les membres de la SAC étaient confrontés à une radicalisation des mouvement sociaux et que nombre d’entre eux se fassent licencier ? A cause de sa caisse de chômage, la SAC n’est elle pas l’otage de l’Etat suédois ?

La SAC a donc choisi de rompre avec le principe libertaire d’indépendance vis-à-vis de l’Etat. Elle a choisi de sauver la structure de son organisation plutôt que ses principes. Personne ne peut réécrire l’histoire et dire ce qu’il serait advenu si la SAC avait fait un autre choix. Toutefois nous ne pensons pas qu’il faille uniquement attribuer à des éléments extérieurs son assimilation au consensus suédois. Un élément interne a dû jouer un rôle important. Le fait que la SAC ait des permanents payés pourrait expliquer beaucoup de choses. Toute bureaucratie essaie de préserver ses structures, même au détriment des finalités pour lesquelles elle a été mise en place ; celle de la SAC n’a pas fait exception à la règle, elle a préféré assurer sa survie plutôt que de conserver l’indépendance de son organisation. Un autre élément est de nature idéologique. Sur le plan de la prospérité économique, de la cogestion et de la solidarité sociale, la société suédoise a sans doute été le plus loin qu’il était possible d’aller dans le cadre capitaliste. Cette situation a entraîné, chez certains, la conviction que de nombreux autres pays allaient connaître la même évolution [27]. Persuadés d’aller dans le sens de l’histoire, les idéologues de la SAC ont cru bon devoir « se limiter à intervenir utilement dans cette évolution qui favorise nos idées. Pour eux la tâche de l’anarcho-syndicalisme ne consistait alors plus qu’à poursuivre, compléter, approfondir et améliorer l’évolution de la société démocratique » [28].

Pour conclure

Les prédictions de la SAC ne se sont pas réalisées, la cogestion ne s’est pas généralisée dans les pays occidentaux. Là ou elle existe, elle n’a pas entraîné l’autogestion et moins encore un partage des richesses. Personne n’a jamais vu le pouvoir économique passer progressivement « des actionnaires aux hommes producteurs ». Pourtant la SAC semble conserver encore ce genre d’illusion : « sans laisser de côté la revendication nécessaire de salaires décents, la SAC soutient qu’il est prioritaire d’obtenir une influence toujours plus importante dans le processus de production et dans les relations de travail » [29].

Encore récemment elle s’adressait à l’Etat pour qu’il légifère en faveur de la participation des travailleurs à la gestion du système. « La SAC exige la création de fonds administrés par les travailleurs […] pour contribuer à la distribution égalitaire des ressources entre différents secteurs, ou entre différentes régions » [30].

Si la SAC a cessé d’être une organisation anarchosyndicaliste sur le plan de ses relations avec l’Etat, il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie de sa propagande se réfère toujours à l’idéal libertaire. Ses militants ont renouvelé leurs discours qui ne paraissent plus aussi réformistes que dans les années 50 – 60. Il est possible qu’elle ait en son sein des travailleurs combatifs qui souhaitent pratiquer ou pratiquent l’action directe. A l’heure actuelle, les travailleurs suédois sont confrontés à de nouveaux défis. Les expériences de production « holiste » – autre fleuron du « modèle suédois » – qui rompaient avec la parcellisation des tâches et la monotonie du travail à la chaîne ont été abandonnées. Volvo a fermé ses usines expérimentales de Kalmar et d’Uddevalla et a même vendu sa division automobile à l’américain Ford. Récemment, la multinationale Ericsson annonçait qu’elle allait licencier plus de 10% de ses salariés d’ici la fin 2000 dont 3 300 en Suède [31]. Il serait très intéressant de savoir ce que la SAC pense faire face à ces nouveaux problèmes. Sera-t-elle capable d’offrir des alternatives à ceux qui luttent contre le système capitaliste ou constituera-t-elle une entrave au développement du mouvement libertaire dans ce pays ? L’avenir seul nous le dira.

Il semble malheureusement que la SAC ait tendance à privilégier le travail international. Elle a toujours maintenu des relations avec une partie du mouvement libertaire. Elle a aussi des relations avec des « syndicats indépendants ». Une conférence internationale réunissant un certain nombre de ces groupes a été organisée par la SAC en novembre 1990 à Stockholm. A cette occasion, la SAC a manifesté sa volonté de coordonner ses différents contacts. Une année plus tard, une autre conférence a eu lieu dans les locaux de la CGT espagnole de Barcelone [32]. Depuis lors, plusieurs manifestations de ce genre ont été organisées à l’initiative de la SAC et la CGT d’Espagne (la dernière en date à Malaga, du 7 au 10 juillet 1999) avec la participation, suivant les cas, de : Uni-Cobas (Italie), SUD (France), syndicat des correcteurs CGT (France), CNT Vignoles (France), OSL (Suisse) etc. Leur objectif est de « mettre en place une sorte de pôle syndical européen, rassemblant les organisations en marge de la Confédération européenne des syndicats (CES) ou en désaccord avec les orientations de cette dernière » [33].

Depuis longtemps, la SAC entretient d’étroites relations avec la CGT espagnole. Organisation à laquelle elle a prêté de l’argent : 5 millions de pesetas en 1986 [34]. Signalons au passage que parmi les organisations qui se déclarent libertaire dans le monde, la CGT espagnole est sans doute la moins contestataire que l’on puisse rencontrer. Son ancien secrétaire général déclarait par exemple : « qui va crier à bas l’Etat ! quand l’Etat c’est les rentes, la sécurité sociale, l’enseignement gratuit ? […] La seule alternative est de donner des réponses concrètes en utilisant les moyens disponibles à chaque moment » [35]. On se demande bien ce qui différencie un tel « libertaire » d’un membre du parti socialiste.

C’est une tradition au sein de la SAC d’appuyer les scissions réformistes de la CNT espagnole, ainsi que les groupes libertaires opposés à l’AIT. Après avoir quitté l’AIT et jusqu’au milieu des années soixante, la SAC avait mis en place une commission internationale de liaison ouvrière (CILO) à laquelle participait une scission de la CNT espagnole favorable à la participation au gouvernement républicain de Giral en exil [36].

Pourquoi la SAC éprouve-t-elle un pareil besoin d’activisme international ? Sur ce point nous en sommes réduits aux hypothèses. Il se pourrait que cela soit dû à des difficultés internes que ses dirigeants essaient de contourner en attirant l’attention des membres sur ce qui se passe ailleurs ; il est traditionnel dans certaines couches de la population suédoise de manifester un certain altruisme, doublé d’un vif intérêt pour ce qui se passe dans les pays moins conformistes. La SAC a en partie un recrutement de nature « idéologique ». Sur le plan symbolique, le label libertaire est à la hausse. Le contenu que lui a donné la SAC n’ayant plus grand chose à voir avec celui de ses fondateurs, elle a sans doute intérêt à voir sa version insipide se répandre. Le développement d’un mouvement plus radical pourrait peut-être mettre en crise sa bureaucratie… En tout cas, si la SAC prend contact avec des sections de l’AIT ce n’est pas pour les renforcer, mais au contraire pour se renforcer à leur dépend. Comme la CGT en Espagne, la SAC a besoin d’une image attrayante pour se construire. Pour cela des contacts avec des sections de l’AIT lui sont utiles.

Si la SAC voulait réellement renouer avec l’AIT, il faudrait qu’elle entame une sérieuse réflexion sur les raisons qui l’ont amenée à quitter notre internationale, qu’elle fasse preuve d’un peu plus de transparence sur sa pratique et sur ses projets actuels, qu’elle n’essaie plus d’affaiblir l’anarcho-syndicalisme là où il existe et surtout qu’elle cesse de se proposer comme modèle syndical. Elle n’est vraiment pas un exemple à suivre.


[1] Chiffres OCDE 1988.

[2] Gilles Martinet, Sept syndicalismes, Seuil, 1979.

[3] Evert Arvidsson, Le syndicalisme libertaire et la « welfare state » (l’expérience suédoise), édition de l’Union des syndicalistes et de la CILO, p. 25. La publication n’est pas datée, mais elle a dû être publiée autour de 1960, date de l’édition espagnole.

[4] Ibid., p. 49.

[5] Cité par Evert Atvidsson, ibid., p. 43.

[6] Ibid, p. 42-43.

[7] Ibid, p. 44-45.

[8] Hebert Anckar, secrétaire général de la SAC, « Informations », SAC – Syndicalistes libertaires, décembre 1955.

[9] « Informations », automne 1956, relatant 1e congrès du 9 au 15 septembre 1956.

[10] Charles Léger, La démocratie industrielle et les comités d’entreprise en Suède, « Cahiers de la fondation nationale des sciences politiques », Paris, A. Colin, 1950, p. 2-3.

[11] Ibid, p. 196. Au sujet de l’excellente entente entre le patronat et les ouvriers dans cette entreprise, l’auteur nous raconte une anecdote des années vingt. Mlle Sigrid Göransson qui faisait visiter son entreprise à une délégation anglaise, ouvrit le local syndical dont elle avait la clé pour permettre à ses hôtes de consulter des documents. La délégation fut extrêmement étonnée, mais les syndicalistes suédois qui pénétrèrent dans le local par la suite ne le furent pas du tout.

[12] Gilles Martinet, op. cit.

[13] Charles Léger, op. cit., p. 111.

[14] « Service de presse de l’AIT » n° 9, mars-avril 1955.

[15] Interview de Jan Myrdal par Guy de Framond in Suède : la réforme permanente, Paris, Stock, 1977, p. 249.

[16] Charles Léger, op. cit., p. 10.

[17] Daniel Nebenhaus, La démocratie industrielle, second souffle du socialisme suédois ? in : Suède : la réforme permanente, op. cit., p. 162.

[18] « Le Monde », 14 septembre 1991.

[19] ibid.

[20] Janine Goetschy, Les modèles sociaux nordiques à l’épreuve de l’Europe, Paris, La Documentation française, 1994.

[21] « Le Monde »,19 septembre 1998.

[22] Militant de la SAC d’origine allemande auteur de 1a préface de l’ouvrage d’Arvidsson, Le Syndicalisme libertaire… op, cit.

[23] Evert Arvidsson, op. cit., p. 22.

[24] Voir « Informations », mars 1956.

[25] Les 3000 retraités de la SAC ne cotisent sûrement pas pour le chômage.

[26] « Le Nouveau quotidien », Lausanne, 4 février 1992.

[27] Désormais les spécialistes émettent de sérieux doutes quant à 1a possibilité de transposer le « modèle suédois » dans d’autres pays, « car il est en grande partie issu de conditions spécifiques voire uniques ». JeanPierre Durand (dir), La fin du modèle suédois, Paris, Syros, 1994, p. 270.

[28] Evert Arvidsson, op. cit.

[29] Un sindicato combativo e independiente SAC sindicalistas reuolucionarios, Stockholm, 1987.

[30] Ibid.

[31] « Le Monde », 27 janvier 1999.

[32] « Le Monde libertaire » n° 853, 9-15 janvier 1992.

[33] « Le Monde », 7 août 1999.

[34] Déclaration de José March, secrétaire de la CGT, au quotidien « Diario 16 », le 27 mars 1989, p. 53.

[35] Emilio Lindosa, « El Pais », 13 novembre 1990, p. 20.

[36] La CILO était formée par là SAC, la scission de la CNT et l’ « Union des syndicalistes » pour la France.

Quand la SAC choisit de prendre partie pour les USA lors de la guerre froide

« La lutte contre la guerre »

Article d’Evert Arvidsson dans Dagstidningen Arbetaren (journal de la SAC), légèrement abrégé.

Traduit et paru dans Noir & Rouge n°1, mars 1956

L’activité de la SAC pour la cause de la paix est aussi vieille que l’Organisation elle-même. Probablement, il n’y a aucun mouvement dans notre pays qui, proportionnellement, a fait un si grand travail pour la paix et la fraternisation internationale que la SAC. Cet intérêt continue d’exister dans le même degré. La base actuelle pour la lutte de la SAC en faveur de la paix est donnée par la déclaration de principes votée en 1952. Dans celle-ci il est constaté que le mouvement lutte pour un ordre de droit international fédéraliste qui supprime le nationalisme et rend le militarisme superflu. Il y est dit en outre que la SAC considère la lutte contre le militarisme et la guerre comme une des taches culturelles les plus importantes, et il est aussi souligné que les syndicalistes membres de la SAC sont partisans d’actions communes des mouvements populaires libres contre la guerre.

Dans la résolution de tactique acceptée par le congrès de 1953, qui définit et interprète le contenu de la Déclaration de principes dans ce point, que la SAC fait appel à la solidarité populaire partout où il est possible de la mobiliser pour assurer la paix entre les peuples par moyen de négociations. Au cas où cela ne réussit pas, la SAC recommande l’action. directe contre, la guerre. Cela veut dire que la SAC, au cas où le peuple dans le pays qui représente la menace de guerre puisse faire la même chose, tâchera d’empêcher la guerre par le sabotage de la mobilisation, la grève générale contre le propre Gouvernement, etc.

Voilà l’attitude connue de la SAC qui a toujours été la même. Nous sommes prêts à l’appliquer sous les conditions qui la font possible. Au cas où la situation est tout à fait différente, la tactique de la SAC change aussi. En effet, la situation a changé radicalement depuis l’apparition du totalitarisme moderne, du despotisme nouveau de notre temps. Nous citons la résolution de tactique :

« La différence entre la situation sociale de la démocratie et de la dictature est tellement grande qu’elle acquiert une importance décisive pour le syndicalisme libertaire. Le despotisme de l’État liquide tous les mouvements populaires libres et détruit, par cela, les bases de la lutte du syndicalisme libertaire pour la paix (c’est-à-dire la lutte pacifiste dans ses formes traditionnelles). Dans la mesure où une activité pour la paix est réalisée sous la dictature elle sera l’oeuvre de l’État lui-même. Mais la défense de la démocratie comme institution est la condition de base non seulement pour la lutte pacifiste du syndicalisme libertaire, mais aussi pour toute activité de notre mouvement. Voilà pourquoi le syndicalisme libertaire prend sans hésiter le parti de la démocratie s’il s’agit de la lutte contre la dictature dans toutes ses formes. »

Voilà l’attitude de la SAC qui est tout à fait d’accord avec sa position dans toutes les autres questions. Le syndicalisme de la SAC n’a jamais été pacifiste dans un sens superficiel ; mais un mouvement de lutte. Sa lutte se dirige contre toute forme d’injustice, de violence et d’oppression. Nous avons démontré cela dans la pratique. Les syndicalistes et anarchistes se sont toujours trouvés dans les premiers rangs de la défense contre tout pouvoir d’oppression, fut-ce de la violence capitaliste de vieux style, du bolchevisme ou du fascisme. Il suffit de se souvenir des initiatives des syndicalistes, et des anarchistes espagnols, de leurs importantes interventions dans la lutte contre l’agression du fascisme espagnol et des fascismes allemands et italiens. Du sang a coulé beaucoup de vies ont été sacrifiées.

Mais il faut observer bien l’idée de la défense acceptée par le syndicalisme libertaire. Nous ne lutterons jamais pour « la patrie », pour un territoire déterminé. Il s’agit pour nous des systèmes sociaux sans prendre en considération des frontières nationales. Le syndicalisme libertaire défend des libertés là où il y en a et il se dirige contre l’oppression d’où qu’elle vienne. « Cela vaut aussi au cas », pour citer encore une fois la résolution. de tactique « où le despotisme d’État envahit le pays pour écraser toute forme de liberté au sens du syndicalisme libertaire ».

Voilà quelque chose d’essentiel pour nous. Le syndicalisme libertaire ne veut pas combattre des forces oppressives qui puissent apparaître au sein du pays, mais rester passif quand il s’agit d’une oppression qui vienne d’en dehors. Voilà l’origine de la résolution de tactique de la SAC. Puisque la SAC ne désirait jamais jouer le rôle d’un « Qvisling »(1) elle était obligée d’éclaircir ces idées pour trouver une position qui était acceptable devant la nouvelle situation. Déjà en 1938, confrontée avec la menace de l’hitlérisme, la SAC constata qu’une nouvelle situation exigeait une nouvelle tactique et en 1953, la résolution de tactique que nous venons d’expliquer fut votée par le congrès national du mouvement avec 64 contre 8.

Evert Arvidsson

[Voir ci-après la réponse de Christian Lagant à cet article dans le numéro 2 de noir et Rouge]
======================== (1) Quisling : fondateur du parti fasciste norvégien avant le Seconde guerre mondiale, principal artisan de la collaboration en Norvègre avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. Son nom est passé dans le langage courant en Norvège et dans le monde scandinave comme synonyme de « traître » ========================

Les prolétaires n’ont pas de patrie

Noir & Rouge n°2, été 1956

Dans notre dernier (et premier) numéro, nous avons publié deux textes du mouvement syndicaliste libertaire suédois, la S.A.C. (Sveriges Arbetares Centralorganisation) concernant : 1) le problème de la nationalisation d’une entreprise, 2) la position de nos camarades face à la guerre.

Si nous revenons sur le premier de ces problèmes dans notre no2, le cas de la S.A.C. face à un conflit international nous semble également justifier la parution d’une étude plus approfondie sur un sujet dont l’actualité peut devenir brûlante d’un instant à l’autre, et ce, malgré les toasts amicaux d’un Khrouchtchev ou le bon sourire d’un Eisenhower…

Il va sans dire que le point de vue des camarades de Suède a suscité maintes réactions et discussions dans les milieux libertaires. En deux mots, rappelons celui-ci :

– La S.A.C. a toujours lutté pour la cause de la paix. En cas de guerre ou de menace de guerre entre deux pays démocratiques, la S.A.C. se battra pour exiger des négociations. Si échec de celles-ci, la S.A.C. recommande l’action directe des masses des pays antagonistes contre leurs propres gouvernements. – Au cas d’un conflit entre une démocratie et une dictature (fascisme, bolchevisme, etc.) la S.A.C. se range aux côtés de la démocratie, sans toutefois opter pour une notion de « Patrie » quelconque. La S.A.C. Choisit simplement la démocratie comme un moindre mal.

Nous ne pensons pas avoir déformé la pensée des camarades en rappelant aussi succinctement leur position. En affirmant ici la nôtre nous ne pensons pas plus trancher définitivement la question car s’il est relativement facile d’exprimer des principes généraux, combien d’entre nous peuvent dire avec certitude ce qu’ils feront au moment du suprême choix ? N’importe, le mérite des camarades de S.A.C. sera d’avoir ouvert un dialogue en précisant très nettement une position avec laquelle les libertaires de nombreux pays risquent d’être en désaccord.

C’est le cas des G.A.A.R., par exemple, et nous exprimions déjà notre opposition au texte de S.A.C. en écrivant dernièrement :

« Le texte tend à préparer « L’Union Sacréé avant même le déclenchement d’un conflit. Récemment une dépêche d’agence annonçait que selon un sondage d’opinion effectué en Suède, environ 80 % de la population était prêt à défendre le pays en cas d’attaque. Il est donc pour le moins étonnant pour nous de voir le syndicalisme libertaire ne pas se ranger parmi les 20 % qui, par conséquent, « ne marchent pas ».

En effet, comment ne pas se sentir étonnés, pour ne pas dire plus, du choix de libertaires en faveur de la « démocratie » en fait du capitalisme. Oui, bien sur, nous entendons bien que la S.A.C. fait abstraction de toute idée de « patrie », de toute idée de défense d’un territoire déterminé prend sans « hésiter le parti de la démocratie contre la dictature » mais le résultat est là et toutes les précisions et justifications rassurantes pour notre concept internationaliste n’y changeront rien. Et d’abord, qu’entendent nos camarades par « démocratie » ? Le droit de se réunir dans une arrière-salle de café pour discuter politique alors que la réciproque est interdite dans les pays dits du Rideau de Fer ? Que le droit de réunion, de parole, de publication soit plus grand dans nos « démocratie », d’accord, nous serions stupides de le nier (encore que ces droits élémentaires en démocratiques s’amenuisent de jour en jour, voir la situation en France par exemple) mais c’est là que commence précisément la méprise. Oui, pour un certain nombre de camarades libertaires, constater cette différence entre les régimes capitalistes et bureaucratiques équivaut à « choisir » le moindre mal. Toute une partie de notre optique se trouve faussée par un dilemme erroné, par une formulation archi-boiteuse : « Choisirai-je la peste ou le choléra ? » alors qu’il-serait peut-être plus logique d’essayer de ne pas être malade.

Il y a quelques années, un certain nombre d’entre nous contribuèrent au lancement d’une campagne en faveur du 3e front. Qu’entendions-nous par là ? Simplement qu’il était temps d’essayer de démystifier les travailleurs et qu’à la notion d’un choix-suicide inéluctable entre les blocs russes et américains, existait un 3e front de combat commun, celui des exploités. Sans doute, notre formule n’était-elle pas parfaite car elle fut maintes fois diversement interprétée. Toutefois, les G.A.A.R. n’en ont pas abandonné l’esprit s’ils en sont légèrement changé la forme. Ils Constatent en effet le partage du monde en 2 blocs antagonistes, l’impossibilité pour des révolutionnaires de s’inféoder à l’un ou l’autre de ces blocs, ni de les soutenir. Le seul terrain de lutte est celui des classes, laquelle est menée sur le front international et prolétarien, (extrait d’une résolution sur la guerre adoptée au premier congrès des G.A.A.R.).

Certes, on nous répondra qu’il s’agit de quelques mots et que la réalité est plus simple. En effet, il est très simple de prendre le fusil en cas de guerre pour défendre la démocratie contre la dictature. Il est par contre bien plus compliqué d’essayer de ne pas se conduire en valets des ÉTATS où nous vivons, que quels qu’ils soient (puisqu’il n’existe pas encore de pays en régime libertaire, à ce que nous sachions) et cette deuxième attitude est évidemment en relation direct. avec les « grands mots » cites plus haut.

Nous nous méfions des « Unions sacrées » et la défense d’un régime du moindre mal fit sombrer maints révolutionnaires dans un militarisme aux étranges sous-jacentes, y compris Kropotkine et Jean Grave au début de le « Grande Guerre » (sic) et en 1939 le danger hitlérien pouvait également être une justification à prendre les armes et la livrée kaki pour défendre la « démocratie ». On nous permettra de dire qu’envisager le problème sous cet angle est bien primaire pour des libertaires car avant les effets, il faut voir les causes et nous ne croyons pas que les camarades qui partirent en 1936 en Espagne pour se battre dans la colonne Durutti furent moins antifascistes que les troupes gouvernementales se battant pour une république « démocratique ». Si les camarades de S.A.C envisagent, l’antifascisme en Espagne selon cette optique, nous sommes évidemment d’accord. Quant à l’hitlérisme et pour prendre la situation en France, certains ont lutté dans les maquis sans pour cela s’engager chez Leclerc ou dans les F.F.L., en essayant de donner à leur combat le maximum de caractère de classe. Il est vrai que sur ce dernier point, les étatistes que sont les trotskistes donnèrent souvent la leçon aux anarchistes, mais cela est une autre histoire sur laquelle nous espérons revenir plus en détail.

En résumé, il ressort de ces différentes observations que nous sommes en désaccord avec la position des camarades de S.A.C. Nous aimerions que le dialogue se poursuive et s’élargisse, l’enjeu en est suffisamment grave.

Christian

WARNING ! Swedish SAC IS COLLABORATING WITH THE POLICE !

The CGT-Spain, CNT-Vignoles-France and the SAC-Sweden have met in in a summercamp arranged by the Vignoles student organisation FAU in the town Masseube in France to evaluate the mobilisations from Gothenburg to Genova. The SAC-paper « Arbetaren » has a three page article from Masseube written by Bella Frank in the issue 35/01 (31/8 – 6/9 – 2001). It`s called « Syndicalists about the summers mobilisations ». We give you herby some quotes from the article that we suppose will interest you:

« During the debate, the thought of a new syndicalist international was raised. But even though many thought that it is a good idea in sight, the majority thought that the time is not mature. Nilala Hadadi means that the priority should be to continue to develope the cooperation between the CNT, the CGT and the SAC without demanding ideological purity. They should even, according to her, cooperate with other independent unions » (from page 8 of Arbetaren)

On page 9 of Arbetaren they discuss Gothenburg. The SAC had the policy to denounce both the violence from the Police and the « destruction » made by the demontrators.

« Among the French anarchosyndicalists it is huge surprise that the SAC was in a dialogue with the police before Gothenburg. They are even more surprised that SAC-members did not expect that the police would break the cooperation- We could have told that to you- says a CNT member. »

Then the article says: « The SAC must defend its cooperation again, but this time in another persepective that in Sweden. Orjan Bergsten says that we inside the SAC and the « Goteborgsaktionen » were too blue eyed concerning the police- We were too naive concerning the police and how far they were able to act. We hadn`t understood the huge power that we had against ourselves. A lot was made hidden behind the curtains, as for example the American secret -service work with Bush- these things should we have been more prepared for,- he says. »

And the article continues: « The secretary of the SAC- Hannele Peltonen means that it was correct to participate in the cooperation with the police before Gothenburg. If this cooperation had functioned the way it was ment, she believes that most of the violence could have been avoided. But even she means that they were too naive.- The cooperation was necessary and promising, but the police broke it even the first day with the siege of the Hvitfeldska school. Today we would have been more sceptical. It is important to see what happened in an international and historical context- it is a pattern in the increasing police violence and that the establishment is on the side of the police »

The Secretariat of the IWA can translate the whole article if you want and if you give us some more time to show that these quotes speak for themselves and are not distorted from their context.

Oslo the 10th of September 2001

With anarchosyndicalist greetings

on behalf of the IWA-Secretariat

General Secretary

IWA AIT : http://www.iwa-ait.org