LA CLASSE OUVRIERE IRANIENNE A BESOIN DE NOTRE SOLIDARITÉ ET DE NOTRE SOUTIEN طبقه ی کارگر ایران به همبستگی و پُشتیبانی ما نیازمند است

Par Hasse-Nima Golkar

Une nouvelle série de grèves de protestation a éclaté chez les travailleurs de l’usine de sucre de canne « Haft Tappeh » à Ahwaz dans le sud-ouest de l’Iran. Le mouvement a commencé le lundi 15 juin 2020. Aujourd’hui 28 juillet 2020 la gréve est entrée dans son 44e jour. Le «Syndicat des travailleurs de l’usine Haft Tappeh» soutient pleinement les justes revendications des travailleurs

Le «Complexe agro-industriel de la canne à sucre Haft Tappeh à Ahwaz» est situé dans la province du Khuzestan près du golfe Persique du sud-ouest de l’Iran. L’usine a démarré ses opérations pour la première fois en 1966. Ce grand complexe industriel du Moyen-Orient, plus de 7 000 travailleurs s’emploient principalement à produire du sucre de canne, mais aussi toute une gamme de co-produits, tels que l’alimentation pour le bétail et la volaille ou des moulins à

papier.

Depuis sa privatisation en 2015, sur fond de corruption, les conditions de travail se sont terriblement dégradées. Depuis le transfert du capital aux propriétaire actuels, la dette de la compagnie a explosée, les propriétaires exigeant des travailleurs toujours plus d’efforts pour combler le déficit artificiellement creusé.

Le Syndicat des travailleurs de haft Tapeh a été créé en 1974 et n’a jamais cessé la lutte pour les travailleurs, quel que soit le régime.

Aujourd’hui, après quarante-quatre jours de grèves, Gholam Hossein Ismaili, le porte-parole du «système judiciaire» du califat islamique capitaliste chiite en Iran, a averti les grévistes en lutte: « VOUS DEVEZ RETOURNER AU TRAVAIL ET NE PAS ARRÊTER LA PRODUCTION » !! Mais les travailleurs réclament, entre autres: le paiement immédiat des salaires impayés depuis plus de trois mois, la prolongation du contrat pour l’assurance sociale et médicale et le retour au travail des collègues licenciés, dont Ismail Bakhshi. Mais aussi la suppression de la propriété privée de la Haft Tappeh Sugarcane Company, la restitution aux travailleurs du capital  volé par les propriétaires esclavagistes  et punition d’Omid Assad Beigi, PDG de l’entreprise et de son associé Mehrdad Rostami

Entre autres choses, le pouvoir fasciste au pouvoir dans le pays a tenté de mettre en œuvre sa politique économique néolibérale, malgré la résistance des travailleurs, en 2015, l’entreprise a été cédée à Omid Assad Beigi et Mehrdad Rostami, deux capital-risqueurs privés. Les travailleurs de cette usine ont manifesté à plusieurs reprises et se sont mis en grève plus de cent fois au cours des cinq dernières années. Jusqu’à présent, un grand nombre de travailleurs protestataires de Haft Tappeh ont été arrêtés sous la torture et condamnés par le «tribunal révolutionnaire» à l’emprisonnement et aux châtiments corporels par le  fouet. La juste cause des luttes de la classe ouvrière iranienne et la grève des travailleurs de Haft Tappeh ont besoin de notre solidarité et de notre soutien

À BAS LE RÉGIME DU CALIPHAT ISLAMIQUE CAPITALISTE CHIITE EN IRAN SOLIDARITÉ DE LA CLASSE OUVRIERE CONTRE L’OPPRESSION ET L’EXPLOITATION DANS LE MONDE

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طبقه ی کارگر ایران به همبستگی و پُشتیبانی ما نیازمند است

دور جدید اعتصابات اعتراضی کارگران نیشکر هفت تپه در اهواز، از روز دوشنبه ۲۶ خرداد ماه ۱۳۹۹ آغاز گردید و در ادامه ی آن تا امروز هفتم مرداد ماه ۱۳۹۹ وارد چهل و چهارمین روز خود شده است. سندیکای کارگران نیشکر هفت تپه از مطالبات عادلانه ی کارگران کاملن پُشتیبانی می نماید

شرکت کشت و صنعت نیشکر هفت‌ تپه، واقع در استان خوزستان در جنوب غربی ایران می باشد که فعالیت خود را برای نخستین بار در سال ۱۳۴۵ آغاز نمود که در این مجتمع صنعتی بزرگ در خاورمیانه، با بیش از هفت هزار استخدامی، ضمن تولید اصلی شکر، دارای دیگر تولیدات جانبی از جمله کارخانه ‌های کاغذ سازی و تهیه ی خوراک دام و طیور، می ‌باشد.

پس از چهل و چهار روز که از اعتصاب کارگران مبارز می گذرد، امروز غلامحسین اسماعیلی، سخنگوی “قوه قضائیه” ی حکومت سرمایه داری خلیفه گری اسلامی – شیعی در ایران هشدار داده است که: کارگران به سَر کار خود برگردند و تولید را تعطیل نکنند!! اما کارگران خواستار فوری پرداخت حقوق معوّقه ی بیش از سه ماه، تمدید دفترچه ی بیمه های اجتماعی و درمانی، بازگشت به کار همکاران اخراجی از جمله اسماعیل بخشی، لغو مالکیت خصوصی از شرکت نیشکر هفت تپه، بازگرداندن ثروت‌ های اختلاس ‌شده توسط خریداران نیروی کار به کارگران و مجازات اُمید اسد بیگی،‌ مدیرعامل شرکت و شریک تجاری اش مهرداد رُستمی می باشند.

حکومت فاشیستی حاکم بر کشور از جمله به دنبال اجرای سیاستهای اقتصادی نئو لیبرالی خود، این شرکت را علی رغم مخالفت کارگران، در سال ۱۳۹۴ به اُمید اسد بیگی و مِهرداد رُستمی،‌ دو سرمایه دار خطر پذیر بخش خصوصی واگذار نمود. کارگران این کارخانه بیش از صد بار طی پنج سال‌ اخیر دست به اعتصابات و راه پیمائی زده‌ و تا کنون تعداد زیادی از کارگران مُعترض هفت ‌تپه نیز از سوی “دادگاه انقلاب” به زندان، شکنجه های شدید و ضربه ی های شلّاق محکوم شده اند. مبارزات حق طلبانه ی طبقه ی کارگر ایران و اعتصاب کارگران هفت تپه نیازمند همبستگی و پشتیبانی ما می باشد.

سرنگون باد حکومت سرمایه داری خلیفه گری اسلامی – شیعی در ایران!
پایدار باد همبستگی طبقاتی کارگران بر علیه ستم و استثمار در سراسر جهان!

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THE IRANIAN WORKING CLASS NEED OUR SOLIDARITY AND SUPPORT

A new round of protest strikes in the Haft Tappeh Sugarcane Workers in Ahwaz in the southwest of Iran began on Monday, June 15, 2020 and to this day July 28, 2020 has continued and entered to its 44th day. The ”Haft Tappeh Sugarcane Workers Syndicate” fully supports the just demands of the workers

syndica.hafttape@gmail.com / @Sandika7tapeh

The ”Haft Tappeh Sugarcane Agro-industrial Complex in Ahwaz” is located in Khuzestan Province near the Persian Gulf of southwestern Iran, which started its operations for the first time in 1966. In this big industrial complex in Middle East with more than 7,000 employees, besides the main production of sugar, there are other by-products such as paper mills and fodder for livestock and poultry

Today, after forty-four days, Gholam Hossein Ismaili, the spokesman for the “Judicial system” of the Capitalist Shia Islamic Caliphate in Iran, has warned the struggling striking workers that: ”YOU SHOULD RETURN TO WORK AND DO NOT STOP THE PRODUCTION”!! But the Workers demand, among other things are: immediate payment of unpaid wages for more than three months, the extension of contract about the social and medication insurance and the return to work for the dismissed colleagues, including Ismail Bakhshi. Abolition of private ownership of Haft Tappeh Sugarcane Company, return of the stolen capital assets by the labor buyer to the workers and punishment of Omid Assad Beigi, the company’s CEO and his business partner Mehrdad Rostami

Among other things, the fascist ruling power in the country has tried to implement its neoliberal economic policy, despite the workers’ resistance, in 2015 the company was handed over to Omid Assad Beigi and Mehrdad Rostami, two private venture capitalists. The sugar cane workers at this plant have repeatedly demonstrated and gone on strike more than a hundred times over the last five years. So far, a large number of protesting Haft Tappeh workers have been arrested with severe torture and sentenced by the ”Revolutionary Court” to imprisonment and whipping. The just struggles of the Iranian Working Class and the strike of the Haft Tappeh Workers need our solidarity and support

DOWN WITH THE CAPITALIST SHIA ISLAMIC CALIPHATE REGIME IN IRAN
LONG LIVE THE WORKING CLASS SOLIDARITY AGAINST OPPRESSION AND EXPLOITATION AROUND THE WORLD

Le socialisme « scientifique » n’existe pas !

texte issu de la brochure « Marx et l’Anarchisme », éditée par la CNT-AIT de Toulouse et publiée pour la première fois en septembre 2005

Dans leur lutte contre les anarchistes, Marx et ses partisans se targuaient d’être les tenants d’un socialisme « scientifique », à l’inverse de leurs ennemis qualifiés de socialistes « utopiques », poursuivant des chimères de manière excentrique. La croyance fortement ancrée de la bourgeoisie de l’époque en la toute puissance de la science prend ici toute son ampleur. Dans cet esprit, une théorie (entre autre politique) sérieuse et tournée vers l’avenir se devait d’être « scientifique ». Ainsi le marxisme est considéré par ses partisans comme une science, c’est-à-dire pour les plus obtus d’entre-eux qu’on ne discute pas ses conclusions, et qu’il faut les appliquer au pied de la lettre. Ses séides ont malheureusement pu effectuer cette démarche dans quelques pays dont la Russie, avec les résultats que l’on connaît.

La science marxiste tire aussi des conclusions relevant des sciences sociales. Malheureusement pour eux, dans une entrevue donné à France Culture, Pierre Clastres (1), l’anthropologue auteur de « La société contre l’Etat » nous indique que :

« […] si le marxisme c’est la science de la société, et disons les marxistes présentent le marxisme de cette manière : « c’est la science de la société » – j’entends par marxiste pas tellement Marx sinon tout ce qui est venu après. Si le marxisme c’est la science de la société, alors les sociétés primitives relèvent d’une analyse marxistes. Forcement. Sinon on ne peut pas dire que le marxisme c’est la science de la société, puisqu’il y aurait au moins un champ de la société qui échappe à cette analyse. Or qu’est ce qu’on voit  ? C’est que peu à peu, au fur et à mesure que se mènent des études dites d’anthropologie économique, ce qu’on voit c’est que disons la clef de voûte de la conception de l’histoire du marxisme, à savoir le développement nécessaire des forces productives, eh bien ça c’est quelque chose qui ne se passe pas dans les sociétés primitives. Les sociétés primitives c’est des sociétés dans lesquelles ce qu’on appelle les forces primitives ne tendent pas du tout à se développer. Alors par conséquent là il y a quelque chose qui ne colle pas du tout avec la conception marxiste de l’histoire. »

Concernant les sciences dites «  fondamentales », Marx et Engels eux-mêmes se sont essayés aux mathématiques, avec cet exemple que nous narre Laurent Schwartz (2), tiré de son autobiographie « Un mathématicien aux prises avec le siècle » (ed. Odile Jacob, 1997) :

« Aux Etats-Unis, en 1948, où il fit paraître un article qui fit sensation, « A century balance’s sheet », dans Partisan Review, Van Heijenoort  (3) prit ses distances avec le trotskisme en formulant une critique originale du marxisme et du léninisme. Passant au crible les manuscrits mathématiques de Marx, il n’y trouvait guère plus que les connaissances d’un « étudiant alerte » de notre premier cycle, et s’étonnait qu’il eût pu sérieusement se prendre pour un mathématicien. Face à tant de suffisance, comment, se demandait Van Heijenoort, se fier au jugement de Marx sur d’autres sujets ? Ce verdict un peu à l’emporte-pièce était fondé sur une intuition qu’on ne peut simplement repousser. Il cite de nombreuses erreurs mathématiques de Marx et surtout d’Engels, conjuguées à un orgueil démesuré. Glaeser en avait également noté de son côté. Marx, dans une lettre à Engels, lui annonçait qu’il avait trouvé une nouvelle définition de la dérivée sans infiniment petits, plus simple que celle des mathématiciens. Il se trouve que c’était celle de Lagrange. On ne peut certes pas lui reprocher d’avoir réinventé une définition donnée par celui-ci ! Encore faut-il savoir que c’est la seule véritable erreur de Lagrange, dont l’extraordinaire génie mathématique force le respect. La réponse d’Engels à Marx accentue encore la note mégalomaniaque du dialogue: « Bravo, vous avez enfin expliqué ce que ces Messieurs de la Faculté avaient tout fait pour nous cacher ». À ceci près que le temps a consacré la définition de ces messieurs. Engels aggrava encore son cas en avançant, pour justifier le principe hégélien selon lequel la négation de la négation est une affirmation supérieure, que la négation d’un nombre réel positif a est -a, et que la négation de la négation de a est (-a)x(-a) = a² plus grand que a ! C’est abracadabrant. Il confond l’opposé de a dans [l’ensemble des nombres réels] avec la négation d’une proposition en logique. Si l’on voulait absolument faire cette confusion, la négation de la négation de a serait -(-a) = a, et non a². Enfin, a² n’est plus grand que a que si a est plus grand que 1 ; pour a = 1/2, a2 = 1/4. Sachant cela, un mathématicien lit effectivement l’Anti-Dühring (4) avec d’autres yeux ! »

Cet exemple de la « négation de la négation » (5) a fait long feu, ainsi que nous l’explique Jacques Monod (6), dans son fameux ouvrage « Le hasard et la nécessité » (Editions du Seuil, 1970), où quelques pages sont consacrées aux rapports entre marxisme, science et épistémologie :

« Mais à la vérité il n’était pas nécessaire d’attendre les développements de la science du XX° siècle pour qu’apparaissent les confusions et non-sens auxquels cette thèse ne pouvait manquer de conduire. Pour éclairer la lanterne du pauvre M. Dühring qui les dénonçait déjà, Engels lui-même a proposé de nombreux exemples de l’interprétation dialectique des phénomènes naturels. On se rappelle le célèbre exemple du grain d’orge donné comme illustration de la troisième loi :

« Si un grain d’orge trouve les conditions qui lui sont normales, une transformation spécifique s’opère en lui sous l’influence de la chaleur et de l’humidité, il germe : le grain disparaît en tant que tel, il est nié, remplacé par la plante née de lui, négation du grain. Mais quelle est la carrière normale de cette plante ? Elle croît, fleurit, se féconde et produit de nouveaux grains d’orge, et aussitôt que ceux-ci sont mûrs, la tige dépérit, elle est niée pour sa part. Comme résultat de cette négation de la négation, nous avons derechef le grain d’orge du début, non pas simple, mais en nombre dix, vingt, trente fois plus grand… »

« Il en va de même, ajoute Engels un peu plus loin, en mathématiques : prenons une grandeur algébrique quelconque, par exemple a. Nions-la, nous avons -a. Nions cette négation en multipliant -a par -a, nous avons a², c’est-à-dire la grandeur positive primitive, mais à un degré supérieur… » etc.

Ces exemples illustrent surtout l’ampleur du désastre épistémologique qui résulte de l’usage « scientifique » des interprétations dialectiques. Les dialecticiens matérialistes modernes évitent en général de tomber dans de pareilles niaiseries. Mais faire de la contradiction dialectique la « loi fondamentale » de tout mouvement, de toute évolution, ce n’en est pas moins tenter de systématiser une interprétation subjective de la nature qui permette de découvrir en elle un projet ascendant, constructif, créateur ; de la rendre enfin déchiffrable, et moralement signifiante. C’est la « projection animiste », toujours reconnaissable, quels qu’en soient les déguisements.

Interprétation non seulement étrangère à la science, mais incompatible avec elle, ainsi qu’il est apparu chaque fois que les dialecticiens matérialistes, sortant du pur verbiage « théorique », ont voulu éclairer les voies de la science expérimentale à l’aide de leurs conceptions. Engels lui-même (qui cependant avait de la science de son temps une connaissance profonde) avait été conduit à rejeter, au nom de la Dialectique, deux des plus grandes découvertes de son temps : le deuxième principe de la thermodynamique et (malgré son admiration pour Darwin) l’interprétation purement sélective de l’évolution. C’est en vertu des mêmes principes que Lénine attaquait, avec quelle violence, l’épistémologie de Mach ; que Jdanov plus tard ordonnait aux philosophes russes de s’en prendre « aux diableries kantiennes de l’école de Copenhague » ; que Lyssenko accusait les généticiens de soutenir une  théorie radicalement incompatible avec le matérialisme dialectique, donc nécessairement fausse.

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Malgré les dénégations des généticiens russes, Lyssenko avait parfaitement raison. La théorie du gène comme déterminant héréditaire invariant au travers des générations, et même des hybridations, est en effet tout à fait inconciliable avec les principes dialectiques. C’est par définition une théorie idéaliste, puisqu’elle repose sur un postulat d’invariance. Le fait qu’on connaisse aujourd’hui la structure du gène et le mécanisme de sa reproduction invariante n’arrange rien, car la description qu’en donne la biologie moderne est purement mécaniciste. Il s’agit donc encore, au mieux, d’une conception relevant du « matérialisme vulgaire », mécaniciste, et par conséquent « objectivement idéaliste », ainsi que l’a noté M. Althusser (7) dans son sévère commentaire de ma Leçon inaugurale au Collège de France. »

Le fait que Marx et Engels surestiment fortement leurs capacités en mathématique, ou que certains de leurs sectateurs les plus zélés aient raconté absolument n’importe quoi, n’atténue bien sûr en rien la pertinence éventuelle de certains de leur travaux (quoique des confusions de cette nature peuvent amener à avoir des doutes sur la validité de leurs raisonnements…). Par contre cela incite à reconsidérer ce qu’est le marxisme.

Pour ceux qui auraient encore des doutes sur l’existence d’une théorie pouvant tout expliquer, les extraits cités mettent fin à toute discussion ! On peut même aller plus loin et être stupéfait de voir que les hérauts du socialisme « scientifique » aient pu faire des confusions de cette nature – et qu’ils aient quand même été pris très au sérieux.

Parler de socialisme scientifique est une aberration, tant au niveau scientifique qu’au niveau du socialisme. Si le socialisme scientifique n’existe pas, la dichotomie entre socialisme scientifique et socialisme utopique ne signifie plus rien, et on peut dire que le socialisme utopique n’existe pas non plus… car l’on sait bien que les utopies n’existent pas !

Reste le socialisme, qui sera uniquement ce que nous en ferons.

Toulouse, 09/2005

(1) Pierre Clastres (1934-1977). L’émission en question s’intitule « Les chemins de la connaissance », juin 1976, écoutable sur http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture_(aod)/ THEMA_ARCHIVES/THEMA_ARCHIVES20050817.RAM

(2) Laurent Schwartz (1915-2002) reçut notamment la médaille Fields en 1950. Il fut un des premiers trotskystes en France, avant de rompre à l’après-guerre.

(3) Jean Louis Maxime van Heijenoort, est un pionnier de la logique mathématique. Il a également été le secrétaire personnel de Léon Trotski de 1932 à 1939 et un activiste trotskyste de 1939 à 1947, avant de rompre avec le marxisme en 1948. Il a publié en 1967 une anthologie «From Frege to Gödel », peut-être le livre le plus important jamais publié sur l’histoire de la logique et des fondements des mathématique

(4) Ouvrage d’Engel de 1878. Un chapitre est consacré à la « négation de la négation ».

(5) En logique, la négation de la négation peut effectivement être « plus grande » (dans un sens qu’il faudrait convenablement définir) que l’assertion de départ, mais certainement pas de la façon décrite au-dessus !

(6) Jacques Monod (1910-1976) reçu notamment le prix Nobel de médecine en 1965.

(7) Louis Althusser (1918-1990), philosophe marxiste.

Marx et l’Anarchisme (Rudolf ROCKER)

Ce texte écrit par l’anarchosyndicaliste Rudolf Rocker (cf. sa biographie à la suite) a d’abord été publié par les éditions de l’Entraide en 1925. Il fut entre autre publié en espagnol comme supplément à Espoir CNT-AIT n° 645 en 1974. Il est également contenu dans un recueil intitulé « Marx le ténia du socialisme ». La CNT-AIT l’a publié en brochure, avec un texte inédit sur le soit disant « socialisme scientifique ».

Marx et l'Anarchisme

Rudolph Rocker – Marx et l’Anarchisme – 1925.   

I  

Il y a quelques années, peu après la mort de Frédéric Engels, Édouard Bernstein, un des plus illustres membres de la communauté marxiste, étonna ses amis par quelques découvertes notables. Bernstein manifesta publiquement ses doutes quant à l’exactitude de l’interprétation matérialiste de l’histoire, de la théorie marxiste de la plus-value et de la concentration du capital ; il alla même jusqu’à attaquer la méthode dialectique, arrivant à la conclusion qu’il n’était pas possible de parler d’un socialisme critique. Homme prudent, Bernstein garda pour lui ses découvertes jusqu’à ce que meure le vieil Engels, et alors seulement il les rendit publiques au grand effroi des prêtres marxistes. Mais même cette prudence ne put le sauver, car on l’attaqua de tous côtés. Kautsky écrivit un livre contre l’hérétique, et le pauvre Édouard se vit obligé de déclarer au congrès de Hanovre qu’il était en état de péché mortel et qu’il se soumettait à la décision de la majorité scientifique. 

Avec tout cela, Bernstein n’avait rien révélé de nouveau. Les raisons qu’il opposait aux fondements de la doctrine marxiste existaient déjà à l’époque où lui-même continuait encore à se faire l’apôtre fidèle de l’église marxiste. Ces arguments avaient été pris çà et là dans la littérature anarchiste, et le seul fait important était qu’un social-démocrate parmi les plus connus se réclamait d’eux pour la première fois. Personne ne niera que la critique de Bernstein avait produit une forte impression dans le camp marxiste : il avait ébranlé les fondements les plus importants de l’économie métaphysique de Karl Marx et il n’est pas surprenant que les respectables représentants du marxisme orthodoxe s’en soient vivement émus.

Tout cela ne serait pas très grave s’il n’y avait un autre inconvénient bien pire. Depuis près d’un siècle, les marxistes ne cessent de prêcher que Marx et Engels furent les inventeurs du socialisme dit scientifique ; une distinction artificielle s’est créée entre les socialistes dits utopiques et le socialisme scientifique des marxistes, différence qui existe seulement dans l’imagination de ces derniers. Dans les pays germaniques, la littérature socialiste a été monopolisée par les théories marxistes, et tout social-démocrate les considère comme de purs produits, absolument originaux, des découvertes scientifiques de Marx et de Engels.

Mais ce rêve s’est lui aussi évanoui : les recherches historiques modernes ont établi d’une manière incontestable que le socialisme scientifique n’était rien de plus qu’une conséquence des vieux socialismes anglais et français, et que Marx et Engels ont connu à la perfection l’art de revêtir le plumage d’autrui. Après les révolutions de 1848, commença en Europe une réaction terrible ; la Sainte Alliance revint tendre ses filets dans tous les pays avec l’intention d’étouffer la pensée socialiste qui produisait une littérature d’une très grande richesse tant en France qu’en Belgique, Angleterre, Allemagne, Espagne et Italie. Cette littérature tomba presque totalement dans l’oubli pendant cette période d’obscurantisme qui commença à partir de 1848. Beaucoup d’œuvres parmi les plus importantes furent détruites, et rares sont les exemplaires qui trouvèrent refuge dans la tranquillité de certaines grandes bibliothèques publiques ou chez des particuliers. C’est seulement à la fin du XIX° siècle et au début du XX° que cette littérature a été redécouverte et aujourd’hui, nous sommes remplis d’admiration devant les idées fécondes que l’on trouve dans les vieux écrits des écoles postérieures à Fourier et à Saint-Simon, dans les œuvres de Considérant, Demasi, Mey et de tant d’autres.

De la même manière, on y a trouvé l’origine du socialisme dit scientifique. Notre vieil ami W. Tcherkesoff fut le premier à offrir un ensemble de tous ces faits ; il démontra que Marx et Engels ne sont pas les inventeurs des théories qui furent considérées pendant tant de temps comme leur patrimoine intellectuel [1] ; il arriva même à prouver que certains des travaux marxistes parmi les plus fameux, comme le Manifeste communiste par exemple, n’étaient en réalité rien d’autre que des traductions libres du français, faites par Marx et Engels. Tcherkesoff a d’ailleurs eu le plaisir de voir ses affirmations relatives au Manifeste communiste, reconnues par Avanti, organe central de la social-démocratie italienne, [2] après que l’auteur ait eu l’idée de comparer le Manifeste communiste avec le Manifeste de la Démocratie de Victor Considérant, paru cinq ans avant l’opuscule de Marx et de Engels.

Le Manifeste communiste est considéré comme une des premières œuvres du socialisme scientifique et le contenu de ce travail a été tiré des écrits d’un utopiste, car le marxisme inclut Fourier dans les socialistes utopiques. Voilà une des ironies les plus cruelles que l’on puisse imaginer, et cela ne constitue pas assurément une recommandation favorable quant à la valeur scientifique du marxisme. Victor Considérant fut un des premiers écrivains socialistes que Marx connut ; il le mentionne déjà à une époque où il n’était pas encore socialiste lui-même. En 1842, la Allgemeine Zeitung attaqua la Rheinische Zeitung dont Marx était rédacteur en chef, lui reprochant de sympathiser avec le communisme. Marx répondit alors par un éditorial [3] dans lequel il déclarait : « Des œuvres comme celles de Leroux, Considérant et plus particulièrement le livre perspicace de Proudhon, ne peuvent être critiquées à partir de quelques observations superficielles ; il faut les étudier à fond avant de vouloir en faire la critique ». Le socialisme français a exercé la plus grande influence sur le développement de Marx ; mais de tous les écrivains socialistes de France, c’est P. J. Proudhon qui l’a le plus puissamment marqué.

Il est même évident que le livre de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? incita Marx à embrasser le socialisme. Les observations critiques de Proudhon sur l’économie nationale et les diverses tendances socialistes firent découvrir, avant Marx, un inonde nouveau, et ce fut principalement la théorie de la plus-value, développée elle aussi par le génial socialiste français, qui causa la plus forte impression sur l’esprit de Marx. L’origine de la doctrine de la plus-value, cette grandiose « découverte scientifique » dont s’enorgueillissent tous nos marxistes, nous la trouvons dans les écrits de Proudhon. Grâce à celui-ci Marx parvint à connaître cette théorie, qu’il modifia plus tard, après l’étude des socialistes anglais Bray et Thompson. Marx alla jusqu’à reconnaître publiquement la grande signification scientifique de Proudhon et, dans un livre aujourd’hui complètement disparu de la vente, [4] il qualifia l’œuvre de celui-ci, Qu’est-ce que la propriété ?, de « premier manifeste scientifique du prolétariat français ». Cette œuvre n’a plus été éditée par les marxistes, ni traduite, malgré les grands efforts des représentants officiel du marxisme pour divulguer, dans toutes les langues, les écrits de leur maître. Ce livre a été oublié, on sait pourquoi ; sa réimpression ferait découvrir au monde le colossal contresens et l’insignifiance de tout ce que Marx a écrit plus tard au sujet de l’éminent théoricien de l’anarchisme.

Marx n’a pas été influencé seulement par les idées économiques de Proudhon, mais aussi par les théories anarchistes du grand socialiste français, et dans un de ses travaux de cette période, il combat l’État sous la même forme que l’avait fait Proudhon.

II

Tous ceux qui ont étudie attentivement l’évolution socialiste de Marx devront reconnaître que l’œuvre de Proudhon Qu’est-ce que la Propriété ? fut celle qui le convertit au socialisme. Ceux qui ne connaissent pas de près les détails de cette évolution et ceux qui n’ont pas eu la curiosité de lire les premiers travaux socialistes de Marx et de Engels, jugeront étrange et invraisemblable cette affirmation, car dans ses travaux postérieurs, Marx parle de Proudhon avec ironie et mépris, et ce sont précisément ces écrits que la social-démocratie publie de nouveau et réimprime constamment.

C’est ainsi que prend corps, petit à petit, l’opinion suivant laquelle Marx fut, dès le début, l’adversaire théorique de Proudhon et qu’il n’a jamais existé, entre eux deux, aucun point de contact. Il est vrai que, quand on lit ce que le premier a écrit à propos du second dans Misère de la philosophie, dans le Manifeste communiste et dans la nécrologie qu’il publia dans le Sozialdemokrat de Berlin, peu après la mort de Proudhon, il n’est pas possible d’avoir une autre opinion.

Dans Misère de la philosophie il attaque Proudhon de la pire manière, usant de tous les recours pour démontrer que les idées de celui-ci n’ont pas de valeur et qu’elles n’ont aucune importance, ni comme socialistes ni comme critique de l’économie politique : « Monsieur Proudhon – dit-il – a le malheur d’être compris d’une étrange manière ; en France il a le droit d’être un mauvais économiste, car on le considère comme un bon philosophe allemand ; en Allemagne, il peut être un mauvais philosophe, puisqu’il y est considéré comme le meilleur économiste français. En ma qualité d’Allemand et d’économiste, je me vois obligé de protester contre cette double erreur ». [5]

Et Marx va plus loin encore : il accuse Proudhon, sans avancer aucune preuve, d’avoir plagié les idées de l’économiste anglais Bray. Il écrit : « Nous croyons avoir trouvé dans le livre de Bray [6] la clé de tous les travaux passés, présents et à venir de Monsieur Proudhon ». Il est intéressant d’observer comment Marx, qui a utilisé tant de fois les idées d’autrui et dont le Manifeste communiste n’est en réalité qu’une copie du Manifeste de la Démocratie de Victor Considérant, traite les autres de plagiaires. Mais poursuivons. Dans le Manifeste communiste, Marx dépeint Proudhon comme un représentant bourgeois et conservateur. [7] Et dans la nécrologie qu’il écrivit dans le Sozialdemokrat (1865) nous lisons les mots suivants : « Dans une histoire, rigoureusement scientifique, de l’économie politique, ce livre (il se réfère à Qu’est-ce que la propriété ?) méritera à peine d’être mentionné. Car de semblables ouvrages jouent dans les sciences exactement le même rôle que dans la littérature de nouvelles ». Et dans le même article nécrologie, Marx réitère son affirmation comme quoi Proudhon manque totalement de valeur en tant qu’économiste, opinion qu’il émettait déjà dans Misère de la philosophie.

Il est facile de comprendre que de pareilles assertions, lancées par Marx contre Proudhon, devaient répandre la croyance, et pour mieux dire la conviction, qu’entre lui et le grand écrivain français il n’existait pas la moindre parenté. En Allemagne, Proudhon est presque totalement inconnu. Les éditons allemandes de ses œuvres, faites autour de 1840, sont épuisées. L’unique livre qui a été de nouveau publié en allemand est Qu’est-ce que la propriété ?, et même cette édition a été diffusée dans un cercle restreint. Cette circonstance explique le fait que Marx soit parvenu à effacer les traces de sa première évolution socialiste. Que son opinion ait été bien différente au début, nous avons eu l’occasion de le voit plus haut, et les conclusions qui suivent corroborent notre affirmation. Étant rédacteur en chef de la Rheinische Zeitung, un des principaux journaux de la démocratie allemande, Marx arriva à connaître les écrivains socialistes les plus importants de France, alors que lui-même n’était pas encore socialiste. Nous avons déjà mentionné une de ses citations dans laquelle il fait allusion à Victor Considérant, Pierre Leroux et Proudhon, et il ne fait pas de doute que Considérant, et spécialement Proudhon, ont été les maîtres qui l’amenèrent au socialisme. Qu’est-ce que la propriété ? a exercé, de toute évidence, la plus grande influence dans la maturation politique de Marx ; ainsi, à la période mentionné, il qualifia le génial Proudhon du plus « conséquent et sagace des écrivains socialistes ». [8] En 1843 la Rheinische Zeitung fut supprimée par la censure prussienne ; Marx partit pour l’étranger, et durant cette période, il poursuivit son évolution vers le socialisme. La dite évolution se constate très bien dans ses lettres à l’écrivain Arnold Ruge, et mieux encore, dans son livre La Sainte Famille ou Critique de la critique critique, qu’il publia conjointement avec Frédéric Engels. Le livre, paru en 1845, avait pour objet la contestation de la nouvelle tendance du penseur Bruno Bauer. [9] En plus de questions philosophiques, cette œuvre s’occupe aussi d’économie politique et de socialisme, et ce sont précisément ces parties qui nous intéressent ici.

De tous les travaux que publièrent Marx et Engels, La Sainte Famille est l’unique qui n’a pas été traduit en d’autres langues, [10] et dont les socialistes allemands ne firent pas d’autre édition. Il est vrai que Frantz Mehring, héritier littéraire de Marx et de Engels, a publié, à la charge du Parti socialiste allemand, La Sainte Famille avec d’autres écrits correspondant à la première période de l’activité socialiste de leurs auteurs, mais ceci se fit soixante ans après la sortie de la première édition, et, d’autres part, la réédition était destinée aux spécialistes, car son coût était excessif pour un travailleur. A côté de cela, Proudhon est connu d’une manière si limitée en Allemagne, que très peu se seront rendu compte de la profonde différence existant entre les premiers jugements que Marx émettait sur lui et ceux qu’il soutiendra plus tard.

Et cependant, ce livre démontre clairement le processus évolutif du socialisme chez Marx et l’influence puissante que Proudhon a exercé sur lui. Tout ce que les marxistes ont attribué ensuite à leur maître, Marx le reconnaissait, dans La Sainte Famille, comme les mérites de Proudhon. Voyons ce qu’il dit à ce sujet à la page 36 : « Tous les développements de l’économie politique supposent la propriété privée. Cette hypothèse de base, l’économie politique la considère comme un fait inattaquable ; elle ne la soumet à aucun examen et même, pour reprendre l’aveu naïf du Say, [11] n’en parle qu’accidentellement. Et voici Proudhon qui soumet la propriété privée, base de l’économie politique, à un examen critique, au premier examen catégorique aussi impitoyable que scientifique. C’est là le grand progrès scientifique qu’il a réalisé, un progrès qui révolutionne l’économie politique et rend pour la première fois possible une véritable science de l’économie politique. L’ouvrage de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? est aussi important pour l’économie politique moderne que l’ouvrage de Sieyès Qu’est-ce que le Tiers-État ? pour la politique moderne ».

Il est intéressant de comparer ces paroles de Marx avec celles qu’il a écrites ensuite à propos du grand théoricien anarchiste. Dans La Sainte Famille il dit que Qu’est-ce que la propriété ? a été la première analyse scientifique de la propriété privée et qu’elle a donné la possibilité de faire de l’économie nationale une véritable science ; mais dans sa nécrologie publiée dans le Sozialdemokrat, le même Marx assure que dans une histoire rigoureusement scientifique de l’économie, cette œuvre mérite à peine d’être mentionnée. Quelle est la cause d’une pareille contradiction ? Voilà une question que les représentants du socialisme dit scientifique n’ont pas encore éclaircie. En réalité, il n’y a qu’une réponse : Marx voulait cacher la fontaine dans laquelle il avait bu. Tous ceux qui ont étudié sérieusement le problème et qui ne se sentent pas entraînés par le fanatisme partisan devront reconnaître que cette explication n’est pas le fait d’un caprice.

Voyons encore ce que Marx constate quant à l’importance historique de Proudhon. A la page 52 du même livre, nous lisons : « Proudhon n’écrit pas seulement en faveur des prolétaires, mais il est un prolétaire lui-même, un ouvrier ; son œuvre est un manifeste scientifique de prolétariat français ».

Ici, comme on le voit, Marx exprime en termes précis que Proudhon est un théoricien du socialisme prolétarien et que son œuvre constitue un manifeste scientifique du prolétariat français. En revanche, dans Manifeste communiste, il assure que Proudhon incarne le socialisme petit-bourgeois et conservateur. Peut-on trouver plus grande contradiction ? Qui devons-nous croire, le Marx de La Sainte Famille ou l’auteur du Manifeste ? Et d’où provient cette divergence ? C’est une question que nous posons de nouveau, et, bien entendu, la réponse est toujours la même ; Marx voulait dissimuler au monde tout ce qu’il devait à Proudhon, et, pour lui, tous les moyens étaient bons. Il ne peut y avoir d’autre explication d ce phénomène ; les moyens que Marx employa plus tard dans sa lutte contre Bakounine prouvent à l’évidence qu’il n’était pas très délicat quant au choix de ceux-ci [ Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A (…) » [12] ].

III

Les écrits politiques de Marx, à cette période, démontrent qu’il avait même été influencé par les idées anarchistes de Proudhon ; par exemple, l’article qu’il publia dans le Vorwerts de Paris.

Le Vorwerts était un journal qui paraissait dans la capitale française vers les années 1844-1845, sous la direction d’Henri Bernstein. Au début, il était seulement de tendance libérale. Mais plus tard, après la disparition des Annales franco-allemandes, Bernstein entra en relation avec les anciens collaborateurs de cette dernière publication, qui le conquirent à la cause socialiste. Le Vorwerts se convertit alors en organe officiel du socialisme et de nombreux collaborateurs de la revue de Arnold Ruge, tels Bakounine, Marx, Engels, Henri Heine, Georges Herwegh, etc. y participèrent.

Dans le numéro 68 de ce journal (7 août 1844), Marx publia une œuvre de polémique, Notes critiques d propos de l’article : Le Roi de Prusse et la réforme sociale. Il y étudia la nature de l’État et démontre l’incapacité absolue de cet organisme pour diminuer la misère sociale et pour supprimer le paupérisme. Les idées que l’auteur développe dans cet article sont les idées purement anarchistes et sont en parfaite concordance avec les concepts que Proudhon, Bakounine et autres théoriciens de l’anarchisme, ont établi à ce sujet. Les lecteurs pourront juger à partir du texte suivant extrait de l’étude de Marx : « Aucun gouvernement au monde n’a pris, immédiatement et sans accord avec les autorités, de mesures contre le paupérisme. Le parlement anglais envoya même des commissaires dans tous les pays d’Europe, afin de prendre connaissance des différents remèdes administratifs contre le paupérisme. Mais pour autant que les États sont occupés du paupérisme, ils en sont restés aux mesures d’administration et de bienfaisance ou en deçà.

L’État peut-il se comporter autrement ?

L’État ne découvrira jamais dans l’État et l’organisation de la société, la raison des maux sociaux. Là où il y a des partis politiques, chacun trouve la raison de chaque mal dans le fait que son adversaire occupe sa place à la direction de l’État. Même les politiciens radicaux et révolutionnaires trouvent la raison non pas dans l’essence (Wesen) de l’État, mais dans une forme déterminée d’État qu’ils veulent remplacer par un autre.

Du point de vue politique, l’État et l’organisation de la société ne sont pas deux choses différentes. L’État c’est l’organisation de la société. Dans la mesure où l’État reconnaît des anomalies sociales, il en cherche la raison, soit dans les lois naturelles qu’aucune puissance humaine ne peut plier, soit dans la vie privée qui est indépendante de l’État, soit dans une inadaptation de l’administration qui dépend de l’État. C’est ainsi que l’Angleterre trouve que la misère a sa raison d’être dans la loi naturelle, d’après laquelle la population doit toujours dépasser les moyens de subsistance. D’un autre côté, elle explique le paupérisme par la mauvaise volonté des pauvres, comme le roi de Prusse l’explique par le sentiment non-chrétien des riches et la Convention par la mentalité contre-révolutionnaire des propriétaires. C’est pourquoi l’Angleterre punit les pauvres, le roi de Prusse exhorte les riches, et la Convention guillotine les propriétaires.

Enfin, tous les États cherchent dans des déficiences accidentelles ou intentionnelles de l’administration la cause, et par suite, dans des mesures administratives, le remède à tous leurs maux. Pourquoi ? Précisément parce que l’administration est l’activité organisatrice de l’État.

L’État ne peut supprimer la contradiction entre la destination et la bonne volonté de l’Administration d’une part, ses moyens et ses possibilités d’autre part, sans se supprimer lui-même parce qu’il repose sur cette contradiction. Il repose sur la contradiction entre la vie publique et la vie privée, sur la contradiction entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. L’administration doit donc se borner à une activité formelle et négative ; car là où la vie civile et son travail commencent cesse le pouvoir de l’administration.

Bien plus, vis-à-vis des conséquences qui découlent de la nature non sociale de cette vie civile, de cette propriété privée, de ce commerce, de cette industrie, de ce pillage réciproque des différentes sphères civiles, vis-à-vis de ces conséquences, c’est l’impuissance qui est la loi naturelle de l’administration. Car cette division poussée à l’extrême, cette bassesse, cet esclavage de la société civile constituent le fondement sur lequel repose l’État moderne, de même que la société civile de l’esclavage constituait le fondement naturel sur lequel reposait l’État antique. L’existence de l’État et l’existence de l’esclavage sont inséparables. L’État antique et l’esclavage antique – franches oppositions classiques – n’étaient pas plus soudés l’un à l’autre que ne le sont l’État moderne et le monde moderne du trafic sordide, hypocrites oppositions chrétiennes ».

Cette interprétation essentiellement anarchiste de la nature de l’État, qui parait tellement étrange quand on évoque les doctrines postérieures de Marx, est une preuve évidente de l’origine anarchiste de sa première évolution socialiste. L’article mentionné reflète les concepts de la critique de l’État faite par Proudhon, critique qui trouva sa première expression dans Qu’est-ce que la Propriété ?. Cette œuvre immortelle a exercé l’influence la plus décisive dans l’évolution du communiste allemand, malgré qu’il se soit efforcé par tous les moyens – et ils ne furent pas des plus nobles – de nier les premières phases de son évolution de socialiste. Naturellement les marxistes soutinrent leur maître là-dessus et ainsi, petit à petit, se développa une fausse interprétation historique quant au caractère des premières relations entre Marx et Proudhon.

En Allemagne principalement, ce dernier étant pratiquement inconnu, les plus étranges affirmations purent circuler à propos. Mais mieux on connaît les œuvres importantes de la vieille littérature socialiste et plus on constate tout ce que le socialisme dit scientifique doit à ces utopistes, longtemps oubliés à cause de la réclame gigantesque que fit l’école marxiste ainsi que pour d’autres raisons qui contribuèrent à reléguer dans l’ombre la littérature socialiste de la première période. Et un des maîtres les plus importants de Marx, celui qui posa les bases de toute son évolution postérieure, fut précisément Proudhon, l’anarchiste si calomnié et si mal compris par les socialistes légalistes.

IV

Le 20 juillet 1870, Karl Marx écrivait à Frédéric Engels : « Les français ont besoin d’être rossés. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation des pouvoirs de l’État sera utile à la centralisation de la classe ouvrière allemande. La prépondérance allemande, en outre, transportera le centre de gravité du mouvement européen de France en Allemagne ; et il suffit de comparer le mouvement dans les deux pays depuis 1866 jusqu’à présent, pour voir que la classe ouvrière allemande est supérieure à la française, tant au point de vue de la théorie qu’à celui de l’organisation. La prépondérance, sur le théâtre du monde, du prolétariat allemand sur le prolétariat français serait en même temps la prépondérance de notre théorie sur celle de Proudhon ».

Marx avait raison : le triomphe de l’Allemagne sur la France traça une nouvelle voie dans l’histoire du mouvement ouvrier européen.

Le socialisme révolutionnaire et libéral des pays latins fut écarté, laissant le champ libre aux théories étatistes et anti-anarchistes du marxisme. L’évolution de ce socialisme vivant et créateur se vit contrariée par le nouveau dogmatisme de fer qui prétendait posséder une connaissance totale de la réalité sociale, alors qu’il n’était tout au plus, qu’un ensemble de phraséologie et de sophisme fatalistes, et le résultat fut la mort de toute véritable pensée socialiste.

Avec les idées, changèrent aussi les méthodes de lutte du mouvement socialiste. Au lieu des groupes révolutionnaires, assurant la propagande et l’organisation des luttes économiques, dans lesquels les internationalistes avaient vu le germe de la société future et les organes aptes à la socialisation des moyens de production et d’échanges, commença l’ère des partis socialistes et la représentation parlementaire du prolétariat. Petit à petit, on oublia la vieille éducation socialiste qui conduisait les ouvriers à la conquête de la terre et des usines, mettant à sa place la nouvelle discipline de parti qui considérant la conquête du pouvoir politique comme son idéal suprême.

Michel Bakounine, le grand adversaire de Marx, jugea avec clairvoyance, le changement de situation et, le cœur amer, il prédit qu’avec le triomphe de l’Allemagne et la chute de la Commune de Paris, commençait un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Europe. Physiquement épuisé et tout près de la mort il écrivit, le 11 novembre 1874, ces mots importants à Ogarev :

« Le bismarckisme – qui devient militarisme, régime policier et monopole financier fusionnés dans un système s’intitulant Nouvel État – est en train de triompher partout. Mais peut-être que dans dix ou quinze ans l’évolution imprévue de l’espèce humaine éclairera de nouveau les sentiers de la victoire ». Bakounine se trompa en cette occasion, ne se doutant pas qu’un demi-siècle serait nécessaire ainsi qu’une terrible catastrophe mondiale, pour que le bismarckisme soit détruit.

V

De même que le triomphe de l’Allemagne en 1871 et la chute de la Commune de Paris furent les signes de la disparition de la vieille Internationale, de même la grande guerre de 1914 fût le point de départ de la banqueroute du socialisme politique.

Et ici se produit un événement singulier, véritablement grotesque, dont l’explication se trouve dans un manque total de connaissance quant à l’histoire du vieux mouvement socialiste. Bolcheviks, indépendants, communistes, etc, ne se privèrent pas d’accuser la vieille social -démocratie d’une trahison honteuse des principes du marxisme. Ils les accusèrent aussi d’avoir étouffé le mouvement socialiste dans le marais du parlementarisme bourgeois, d’avoir mal interprété l’attitude de Marx et de Engels sur l’État, etc. Le directeur spirituel des bolcheviks, Lénine, essaya de fonder son accusation sur des bases solides dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution qui est, d’après des disciples, la véritable et pure interprétation du marxisme. Au moyen d’une collection de citations parfaitement arrangées, Lénine prétend démontrer que les fondateurs du socialisme scientifique furent toujours des ennemis déclarés de la démocratie et du bourbier parlementaires, et que toutes leurs aspirations tendaient à la disparition de l’État.

Il ne faut pas oublier que Lénine fit tout récemment cette découverte quand son parti, contre toute espérance, se trouva en minorité après les élections pour l’Assemblée Constituante. Jusqu’alors les bolcheviks avaient participé, à côté des autres partis, aux élections, et faisaient bien attention de ne pas entrer en conflit avec les principes de la démocratie. Aux dernières élections de la Constituante de 1918, ils y prirent part avec un programme grandiose. Mais voyant que, malgré tout, ils restaient minoritaires, ils déclarèrent la guerre à la démocratie et provoquèrent la dissolution de l’Assemblée constituante, Lénine publiant alors L’État et Révolution comme justificatif personnel. La tâche de Lénine n’était pas simple, pour sûr : d’un côté il se voyait obligé de faire des concessions avancées aux tendances anti-étatiques des anarchistes, et de l’autre, de démontrer que son attitude n’était en aucune façon anarchiste, mais exclusivement marxiste. La conséquence inévitable de tout cela est que son œuvre est pleine d’erreurs de défie toute logique sensée. Un exemple prouvera cette affirmation : Lénine, voulant accentuer le plus possible une tendance anti-étatique supposée de Marx, cite le paragraphe célèbre de la Guerre civile en France, où Marx donne son approbation à la Commune pour avoir commencé par bannir l’État parasitaire. Mais Lénine ne se donne pas la peine de rappeler que Marx se voyait obligé par ces paroles, – qui sont en contradiction ouverte avec toute son attitude antérieure – de faire une concession aux partisans de Bakounine, avec lesquels il poursuivait alors une lutte très aiguë.

Même Frantz Mehring – que l’on ne peut suspecter de sympathie pour les socialistes majoritaires – a dû reconnaître cette contradiction dans son dernier livre Karl Marx, où il dit : « Malgré tout l’aspect authentique des détails de cette œuvre, il est hors de doute que la pensée ici exprimée, contredit toutes les opinions que Marx et Engels proclamaient depuis le Manifeste communiste, soit un quart de siècle avant ».

Bakounine était dans le vrai en disant alors :

« L’effet de la Commune fut si formidable que les marxiens eux-mêmes, dont toutes les idées avaient été renversées par cette insurrection, se virent obligés de tirer devant elle leur chapeau. Ils firent plus : à l’inverse de la plus simple logique et de leurs sentiments véritables, ils proclamèrent que son programme et son but étaient les leurs. Ce fut un travestissement vraiment bouffon, mais forcé. Ils avaient dû le faire sous peine de se voir débordés et abandonnés de tous, tellement la passion de cette révolution avait été puissante ». (Lettre au journal La Liberté de Bruxelles, 5 octobre 1872)

VI

Lénine oublie encore quelque chose et cette chose est d’une importance capitale pour notre sujet. La voici : ce furent précisément Marx et Engels qui essayèrent d’obliger les organisations de la vieille Internationale à développer une action parlementaire, se faisant ainsi les responsables directs de l’embourbement collectif du mouvement ouvrier socialiste dans le parlementarisme bourgeois.

L’Internationale fut la première tentative pour unir les travailleurs organisés de tous les pays en une grande Union, dont l’aspiration finale serait la libération économique des travailleurs. Les idées et les méthodes des différentes sections se différenciant entre elles, il était d’une importance capitale d’établir des points de contact pour l’œuvre commune, et de reconnaître l’ample autonomie et l’autorité indépendante des diverses sections. Tant que cela se fit, l’Internationale grandit avec force et se développa dans tous les pays. Mais tout changea complètement à partir du moment où Marx et Engels s’obstinèrent à pousser les différentes fédérations vers l’action parlementaire. Ceci se produisit pour la première fois à la malheureuse conférence de Londres, en 1871, où il essayèrent de faire approuver une résolution qui se terminait par les mots suivants :

« • (…) considérant que contre le pouvoir collectif des classes possédantes le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant en parti politique distinct opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ; que cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême, l’abolition des classes ;

• que la coalition des forces ouvrières déjà obtenue par les luttes économiques doit aussi servir de levier aux mains de cette classe dans sa lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs.

• La conférence rappelle aux membres de l’Internationale : que, dans l’état militaire de la classe ouvrière, son mouvement économique et son action politique sont indissolublement liés ».

(Résolution n° 9 de la Conférence de Londres, 17-25 septembre 1871)

Qu’une seule section ou fédération de l’Internationale adopte une telle résolution était chose fort possible, car seuls ses adhérents étaient tenus de l’appliquer ; mais que le Conseil exécutif l’impose à tous les membres de l’Internationale, et surtout s’agissant d’un sujet n’ayant pas été présenté au Congrès général, constituait un procédé arbitraire, en contradiction totale avec l’esprit de l’Internationale et qui devait soulever une protestation énergique de tous les éléments individualistes et révolutionnaires.

Le congrès honteux de La Haye, en 1872, conclut l’œuvre entreprise par Marx et Engels afin de transformer l’Internationale en une mécanique à élections, incluant à cet effet une clause qui obligeait les différentes sections à lutter pour la conquête du pouvoir politique. Marx et Engels furent donc responsables de la division de l’Internationale, avec toutes ses conséquences funestes pour le mouvement ouvrier, et ce sont eux, par l’action politique, qui provoquèrent l’embourbement et le dégénérescence du Socialisme.

VII

Quand éclata la révolution d’Espagne en 1878, les membres de l’Internationale – presque tous anarchistes – dénoncèrent les pétitions des partis bourgeois et suivirent leur propre chemin vers l’expropriation de la terre et des moyens de production, avec un esprit socialement révolutionnaire. Des grèves générales et des révoltes éclatèrent â Alcoy, San Lucar de Barrameda, Cartagène et en d’autres endroits, qui durent être étouffées dans le sang. La ville portuaire de Cartagène résista plus longtemps, restant aux mains des révolutionnaires pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’elle tombe finalement sous le feu des bateaux de guerre prussiens et anglais. C’est alors que Engels attaqua sévèrement, dans le Volkstaat les bakouniniens espagnols et les invectiva pour ne pas vouloir s’allier aux républicains. Comme le même Engels aurait critiqué, s’il vivait encore, ses disciples communistes de Russie et d’Allemagne !

Après le célèbre congrès de 1891, quand les dirigeants des Jeunes furent exclus du parti social-démocrate, pour répondre à la même accusation que Lénine adressait aux opportunistes et kautskystes, ils fondèrent un parti à côté avec son organe propre : Der Sozialist à Berlin. Au début, ce mouvement fut extrêmement dogmatique et présenta des idées vraiment identiques à celles de l’actuel Parti communiste. Si on lit par exemple le livre de Teistler Le parlementarisme et la classe ouvrière, on rencontrera des concepts identiques à ceux de L’État et la Révolution de Lénine. De la même manière que les bolcheviks russes et que les membres du parti communiste allemand, les socialistes indépendants d’alors rejetaient les principes de la démocratie et se refusaient a participer aux parlements bourgeois sur les bases des principes réformistes du marxisme.

Et comment parlait Engels de ces jeunes qui se complaisaient, de même que les communistes, à accuser les dirigeants du parti social-démocrate de trahison envers le marxisme ? Dans une lettre à Sorge, en octobre 1891, le vieil Engels fait les aimables commentaires suivants : « Les sales Berlinois se sont convertis en accusés au lieu de continuer à se conduire en accusateurs et, ayant manœuvré comme de pauvres types, ils ont été obligés de travailler hors du parti, s’ils voulaient faire quelque chose. Il est certain, qu’il y a parmi eux des espions policiers et des anarchistes déguisés qui désirent travailler secrètement parmi nous. Avec ceux-ci il y a une quantité d’ânes, d’étudiants trompés et de clowns insolents de tout acabit. En tout, ils sont environs deux cents personnes ».

On serait véritablement curieux de savoir de quels adjectifs sympathiques Engels aurait honoré nos communistes d’aujourd’hui, qui prétendent être les gardiens des principes marxistes.

* * *

Il n’est pas possible de caractériser les méthodes de la vieille social-démocratie. Sur ce point, Lénine ne dit pas un mot et ses amis allemands moins encore. Les socialistes majoritaires doivent rappeler ce détail évocateur pour démontrer que ce sont eux les véritables représentants du marxisme ; quiconque connaît un peu d’histoire leur donnera raison. Le marxisme est responsable de l’orientation de la classe ouvrière vers l’action parlementaire et il a tracé le chemin de l’évolution poursuivie dans le parti social-démocrate allemand. C’est seulement quand on aura compris cela que l’on verra que la voie de la libération sociale nous conduit vers la terre heureuse de l’anarchisme, en passant bien au-dessus du marxisme.

Rudolf ROCKER

[1] W. Tcherktsoff : Pages d’histoire socialiste, Les Précurseurs de l’Internationale.

[2] Cet article, intitulé Il inanifesto della democrazia, fut publié d’abord dans Avanti. (N° 1901 de l’année 1902).

[3] Rheinische Zeitung, n° 289, 16 octobre 1842.

[4] Il s’agit de la Sainte Famille, écrit en 1813 et publié en 1845 ! Cet ouvrage figure dans les Œuvres complètes (traduction Molitor) et les Éditions sociales l’ont Publié dans une nouvelle traduction en 1969. Une soixantaine de pages élogieuses sont consacrées à Proudhon, que Marx défend contre les attaques d’Edgard Bauer.

[5] Marx Misère de la Philosophie. Introduction.

[6] Bray Labour’s wrougs and Labour’s remedy.

[7] Marx-Engels Das Kommunistische manifest, p. 2l.

[8] Rheinische Zeitung, 7 janvier 1843.

[9] Bruno Bauer un des participants les plus assidus du club berlinois Les Libres, où on pouvait rencontrer les figures les plus représentatives de la libre-pensée allemande (première moitié du XIX°), comme Feuerbach, l’auteur de L’essence du Christianisme, œuvre profondément athée, ou Max Stirner, auteur de L’Unique et sa propriété. La Pensée autoritaire de Karl Marx devait forcément se heurter avec les idées libres de B. Bauer, dont l’œuvre Kritik mit kirche und staat (La critique de l’Église et de l’État) fut totalement saisie par les dominicains et brûlée (première édition de 1843). La seconde édition (Berne, 1844) eut un sort meilleur, contrairement à son auteur qui fut condamné et incarcéré pour ses idées.

[10] Voir note 4.

[11] J.-B. Say, économiste français de l’époque dont les œuvres complètes furent traduites en allemand par Max Stirner. La phobie de Marx pour la pensée anarchiste française ou pour la libre-pensée allemande (une partie de son livre posthume L’idéologie allemande était destinée à minimiser l’importance de l’Unique et sa propriété de Stirner), se tournait aussi contre le sociologue Say, très commenté à l’époque par tous ceux qui critiquaient la tyrannie de l’État et qui tentaient de s’y soustraire.

[12] La rupture de Marx avec Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A Paris en 1845-1846, Marx luttait contre l’influence de Karl Grün sur les Allemands émigrés. Tous les moyens étaient bons et Marx écrivit d Proudhon pour le mettre en garde contre cet individu « suspect ». En même temps, il proposait à Proudhon d’être son correspondant en France, en un mot de l’enrôler. Proudhon répondit par une longue lettre le 17 mai 1843. Il repousse fermement les accusations contre Grün et se refuse « après avoir démoli tous les dogmatismes (…) à endormir le peuple » (..) « ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle religion, cette religion fut-elle la religion de la logique, la religion de la raison (..). A cette condition j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! » . On conçoit l’effet que put faire cette, lettre sur Marx… A partir de ce moment, Proudhon était condamné. Il devenait « un parvenu de la science qui se rengorge de ce qu’il n’est pas et de ce qu’il n’a pas, (..) un crâneur et un encenseur de soi-même, etc. ! ».

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RUDOLF ROCKER

 (d’après l’éphéméride anarchiste)

Né le 25 mars 1873 à Mainz (Mayence) Allemagne. Très jeune orphelin, il est élevé par un oncle républicain et devient relieur.

Il adhère au « Jungen » (Jeunesses) du S.P.D (Parti Social Démocrate), qui forment un opposition au sein du parti. Il découvre l’anarchisme à la lecture de « Freiheit » de Johann Most. En 1891, il assiste au Congrès socialiste de Bruxelles. De retour à Mayence, fortifié par la lecture de « Dieu et l’Etat » de Bakounine, il rejoint un groupe anarchiste et mène une propagande anarchiste illégale qui attire sur lui l’attention de la police. En 1892, il se réfugie à Paris où il retrouve des exilés allemands et rentre en contact avec les anarchistes français dont Jean Grave. Mais après les persécutions policières de 1894, il part à Londres où vivent de nombreux anarchistes. Il traduit « Paroles d’un révolté » de Kropotkine en allemand, et se lie avec Max Nettlau.

En 1896, il participe au Congrès international socialiste. En 1898, pour avoir fait l’éloge de l’Union libre, il est refoulé avec sa compagne Milly des Etats-Unis où ils souhaitaient émigrer.


Il commence alors à militer avec les ouvriers anarchistes juifs de Londres. Actif propagandiste (par la parole comme par l’écrit), il apprend le yiddish et fait paraître à partir de 1898 le journal « Arbeiter freund » puis « Germinal ». En 1906, il prend part à la création du Worker’s Friend Club and Institute et soutient les grèves des tailleurs (en 1906 et 1912).

En 1907, à Amsterdam, il est un des secrétaires avec Malatesta, J-B Wilquet, John Turner et Schapiro du Congrès anarchiste international. En 1909, il est interdit de séjour en France après un meeting de protestation contre l’assassinat de Francisco Ferrer. En 1913, il fait une tournée de conférence au Canada, mais lorsque la guerre éclate il est interné par les autorités anglaises dans un camp comme « étranger dangereux ». Expulsé d’Angleterre en mars 1918, il vit un temps chez Domela Nieuwenhuis à Amsterdam avant de rejoindre
Berlin.

Il est de nouveau interné (avec Fritz Kater) pour « incitation à la
grève et atteinte à la sureté de l’Etat ». Libéré, il se consacre à reconstruire le mouvement anarcho-syndicaliste allemand F.A.U.D qui aboutit au niveau international, en décembre 1922, à Berlin, à la renaissance de l’A.I.T (anti-autoritaire). Souchy, Schapiro et Rocker en sont les secrétaires internationaux. Plusieurs de ses écrits sont publiés. Orateur, il donne également des conférences jusqu’en Suède (en 1929).

En 1933, fuyant les nazis, il rejoint les Etats-Unis où il tentera en 1936 de mobiliser l’opinion en faveur de la révolution espagnole. En 1937, il s’installe avec Milly dans la communauté anarchiste de Mohigan, et publie un de ses principaux ouvrages « Nationalisme et Culture ».

Après-guerre, les USA tentent de l’expulser, mais dans le même temps le retour
en Allemagne lui est refusé. Il meurt donc aux USA en septembre 1958.


Il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que: « Les soviets trahis par les bolcheviks »(1921); « Anarchistes et rebelles »(1923); « Anarcho-syndicalisme »(1938); « Influence des idées absolutistes dans le socialisme »(1945), une biographie de « Max Nettlau, l’hérodote de l’anarchie »(1950) etc.

گه‌ڕیلایه‌کی ئه‌نارکیست، که‌سێك که‌ نێوی

Kurdish (Sorani) translation of Nestor Makhno’s bioghaphy.

نێستۆر ماخۆ «Nestor Makhno» ئه‌و که‌سه‌ی که‌ سه‌رپه‌رشتی سه‌ربازیی له‌شکری بزووتنه‌وه‌ی ئه‌نارکیستی ناسراو به‌ بزاڤی ماخنۆڤیستی «Makhnovist movement- Makhnovshchina»ی کرد.

ئه‌م بزاڤه‌ ڕه‌نگدانه‌وه‌ی شۆڕشی روسیه‌ی 1917 بوو له‌ ئۆکرانیا، له‌وێنده‌رێ شۆڕش شێوه‌یه‌کی ئازادیخوازانه‌ی به‌خۆوه‌ گرت و کارگه‌ران و جوتیاران دژی له‌شکره‌کانی تزاری و دژه‌شۆڕش و بۆلشه‌ڤیکه‌ سه‌رکوتگه‌ره‌کان جه‌نگین.

نێستۆر ئیڤانۆڤیچ ماخنۆ «Nestor Ivanovich Makhno» لە 27ی ئۆکتۆبەری 9188 لە ئۆکرانیا لەدایك بووە، لە 25ی جولای 1934دا لە فه‌ره‌نسه‌ مردووە.

بزاڤی ماخنۆڤیست به‌نێوی ماخنۆ ئه‌نارکیستی ئۆکرانی، ئه‌وێك که‌ هه‌ر له‌ سه‌ره‌تاوه‌ ڕۆڵێکی سه‌ره‌کی له‌ بزاڤه‌که‌دا گێڕا. له‌ راستیدا، « Makhnovshchina» پیت به ‌پیت ده‌کاته‌ بزاڤی ماخنۆ و نێوی وی بۆ هه‌میشه‌ به‌ شۆڕشی‌ ناوچه‌ی باشووری خۆرهه‌ڵاتی ئۆکرانیاوه‌ گرێی خواردووه‌. ده‌ی که‌واته‌ ماخنۆ کێ بوو؟

نێستۆر ئیڤانۆڤیچ ماخنۆ « Nestor Ivanovich Makhno» له‌ 27ی ئۆکتۆبه‌ری 1889 له‌ هولیای پۆله‌ «Hulyai Pole» شارۆچکه‌یه‌كی 30.000 که‌سی له‌ باشووری خۆرهه‌ڵاتی ئۆکرانیا له‌دایكبووه‌، که‌ کۆمه‌ڵێك فیرگه‌ و کارگه‌ی تیدابوو.

ماخنۆ کوڕی خێزانێکی هه‌ژاری جوتیاریی بوو. کاتێك که‌ وی ته‌مه‌نی ده‌ هه‌یڤ بوو، باوکی مرد، ژیانی وی و چوار براکه‌ی تری که‌وتۆته‌ سه‌رشانی دایکیان. له‌به‌ر هه‌ژاری و نه‌داری له‌ راده‌به‌ده‌ری خێزانه‌که‌ی، ناچار له‌ حه‌وت ساڵیدا ده‌ستی به‌ شوانکاره‌یی کردووه‌. له‌ هه‌شت ساڵیدا له‌ فێرگه‌ی سه‌ره‌تایی «هولیای پۆله‌» ده‌ستی به‌ خوێندن کردووه‌ و به‌ زستاندا خوێندویه‌تی و به‌ هاویندا لای خاوه‌ن مو‌ڵکه‌‌ نێوخۆییه‌کان کاری کردووه‌. کاتێك که‌ ته‌مه‌نی گه‌یشتووه‌ته‌ دوازده‌ سالان وازی له‌ خوێندن هێناوه‌ و ملی به‌ کاری ته‌واو وه‌خت (full-time employment) وه‌ك کارگه‌ری کشتوکاڵی له‌سه‌ر زه‌ویوزاری خانزاده‌ و کێڵگه‌ی داگیرکراوه‌کانی ژێرچه‌پۆکی کۆلاكه‌ «وه‌رزێڕه‌ ده‌وڵه‌مه‌نده‌»کانی ئاڵمان دا کاری کردووه‌. له‌ته‌مه‌نی هه‌ڤده‌ ساڵیدا له‌ خودی هولیای پۆله‌ دا، سه‌ره‌تا وه‌ك شاگردی وێنه‌کار و پاشان وه‌ك کارگه‌رێکی بێپیشه‌ له‌ کارخانه‌یه‌کی ئاسنڕێژیدا ده‌ستی به‌کار کرد و دواجار وه‌ك داڕێژه‌ر له‌ هه‌مان ڕشته‌دا ده‌ستبه‌کار بوو.

هه‌ر له‌و کاته‌دا بوو که‌ له‌ ئاسنداڕێژیدا کاری ده‌کرد، که‌ به‌شداری له‌ ڕامیاری شۆڕشگێڕانه‌ کرد. له‌ ساڵانی ناجێگیری پاش شۆڕشی 1905ی ڕوسیه‌دا‌، ماخنۆ تێکه‌ڵ به‌ ڕامیاری شۆڕشگێڕانه‌ بوو . ئه‌م بڕیاره‌ی بۆ ئه‌زموونه‌کانی له‌مه‌ڕ سته‌م له‌ شوێنکار و دیتنه‌کانی له‌ تیرۆرگه‌ری ڕژێمی ڕوسی له‌ کاتی ڕووداوه‌کانی 1905دا ده‌گه‌ڕایه‌وه‌ (له‌و کاته‌دا له‌ هولیای پۆله بارگرژییه‌کی وا له‌ ئارادا نه‌بوو، سه‌ره‌رای ئه‌وه‌ ڕژێم هه‌ژمارێکی زۆری له‌ هێزی پۆلیسی دابڕی بۆ سه‌رکوتی کۆبوونه‌وه‌ و کۆڕوکۆمه‌ڵ بۆ چاوترسێنی ڕێبواران و لێدانی زیندانیان به‌ قۆنداخه‌ تفه‌نگ له‌سه‌ر شه‌قامه‌کان له‌ شارۆچکه‌که‌دا ، نارد). له‌ ساڵی 1906دا ماخنۆ بڕیاری په‌یوه‌ستبوونی به‌ گروپێکی ئه‌نارکیست له‌ هولیای پۆله‌، دا ( گروپێك که‌ به‌زۆری له‌ کوڕانی جوتیاره‌ هه‌ژاره‌کان، ساڵی له‌وه‌وپیش پێکهاتبوو).

له‌ کۆتایی 1906 و له‌ 1907دا، ماخنۆ به‌ تۆمه‌تی کوشتنی ڕامیارانه‌ ده‌ستبه‌سه‌رکرا، به‌ڵام له‌به‌ر له‌ده‌ستدا نه‌بوونی به‌ڵگه‌ بۆ ئه‌م تۆمه‌ته‌، له‌ زیندان هاته‌ده‌ر. له‌ ساڵی 1908دا به‌ هۆی تۆمه‌تی هه‌ڵبه‌ستراو له‌لایه‌ن پۆلیسێکی سیخور له‌نێو گروپه‌که‌دا، ده‌ستبه‌سه‌رکراو خرایه‌ زیندانه‌وه‌. له‌ مارچی 1910دا ماخنۆ و سیازده‌ که‌سی دی له‌ دادگه‌یه‌کی سه‌ربازیدا سزای له‌ سێداره‌دانیان بۆ بڕایه‌وه‌. ماخنۆ به‌هۆی که‌مته‌مه‌نی و هه‌وڵ و تێکۆشانی دایکییه‌وه‌، سزای له‌ سێداره‌دانه‌که‌ی گۆڕدرا به‌ زیندانیی هه‌میشه‌یی له‌گه‌ڵ کاری سه‌خت. له‌ ماوه‌ی زیندانیبوونه‌که‌ی له‌ زیندانی بوتیرکی «Butyrki» له‌ مۆسکۆ، به‌ هه‌موو شێوازێکی له‌به‌رده‌ست و لواو به‌رهه‌ڵستی ده‌سه‌لاتدارانی زیندانه‌که‌ی ده‌کرد، هه‌ر به‌هۆی ئه‌م به‌رهه‌ڵستییه‌وه‌، زۆربه‌ی ماوه‌ی زیندانییبوونه‌که‌ی به‌ زنجیرکراوی یا له‌ سیاچاڵه‌ سارد و شیداره‌کاندا برده‌سه‌ر. ئه‌م ئه‌زموونه‌ ڕکوکینه‌ی له‌ ڕاده‌به‌ده‌ری ماخنۆی له‌ زیندانه‌کان فراوانتر کرد ( دواتر، له‌ سه‌رده‌می شۆڕشدا، یه‌که‌مین ئه‌رکی له‌گه‌ڵ گه‌یشتنی به ‌هه‌ر ‌شار و‌ شارۆچکه‌یه‌ك، ئازادکردنی زیندانییه‌کان و وێرانکردنی زیندانه‌کان بوو).

ماخنۆ له‌ کاتی زیندانییبوونه‌که‌یدا له‌ زیندانی بوتیرکی له‌گه‌ڵ پیته‌ر ئارشینۆڤ «Peter Arshinov» هاوزیندانییه‌کی ئه‌نارکیست، که‌ دواتر بووه‌ هه‌ڵسوڕاو و مێژوونووسی بزاڤی ماخنۆڤیستی. پیته‌ر ئارشینۆڤ ساڵی 1887 له‌ شارۆچکه‌ی پیشه‌سازیداری کاتێرینۆسڵاڤ «Katerinoslav»ی ئۆکرانیا له‌دایك بوو بوو. باوکی کارگه‌ری کارخانه‌ بوو و کانه‌کارگه‌ر بوو. پیته‌ر ئارشینۆڤ له‌ بنه‌ڕه‌تدا بۆڵشه‌ڤیك بوو و له‌ ساڵی 1906دا بوو بوو به‌ ئه‌نارکیست، له‌ ڕێکخستنی کارگه‌ران و کاری کارخانه‌دا دژی ڕژێم ڕۆڵێکی ڕابه‌رانه‌ی دیت. له‌ ساڵی 1907دا ده‌ستبه‌سه‌ر کراو به‌ مردن سزادرا و به‌ره‌و ئۆروپای خۆراوایی هه‌ڵهات. له‌ ساڵی 1909دا گه‌رایه‌وه‌ روسیه‌ و دووباره‌ گیرایه‌وه‌ و دیسانه‌وه‌ هه‌ڵهاته‌وه‌. له‌ ساڵی 1910دا، گیرا و خرایه‌ زیندانی بوتیرکی و له‌وێنده‌رێ بوو که‌ له‌گه‌ڵ ماخنۆ ئاشنابوو. هه‌ردوو ئه‌نارکیست هاوه‌ڵێتییه‌کی که‌سی و رامیاری توندوتۆڵیان پێکهێنا و ئاڕشینۆڤ له‌ په‌ره‌دان و قوڵکردنه‌وه‌ی بۆچوونه‌ ئه‌نارکیستییه‌کاندا، کۆمه‌کی ماخنۆی کرد.

له‌ 2ی مارچی 1917دا ، پاش هه‌ش ساڵ و هه‌شت مانگ مانه‌وه‌ له‌ زیندان ماخنۆ له‌گه‌ڵ زیندانییه‌ رامیاره‌کانی دیدا وه‌ك سه‌ره‌نجامی شۆڕشی فێبریوه‌ری ئازاد بوو. پاش به‌سه‌ربردنی سێ هه‌فته‌ له‌ مۆسکۆ له‌گه‌ڵ ئه‌نارکیسته‌کانی ئه‌وێنده‌رێ، ماخنۆ گه‌رایه‌وه‌ بۆ هولیای پۆله‌. وه‌ك تاقه‌ زیندانی که‌ به‌هۆی شۆڕشه‌وه‌ گه‌رایه‌وه‌ ناو خێزانه‌که‌ی، ماخنۆ به‌ شێوه‌یه‌کی تایبه‌ت له‌ سارۆچکه‌که‌یدا ڕێزی لێده‌گیرا. پاش سالانێك له‌ زیندانییبوون و زه‌جرکێشان به‌لام به‌فێربوونه‌وه‌، ماخنۆ وه‌ك هه‌رزه‌کارێكی هه‌ڵسوڕاوی بێپێشینه‌ نه‌گه‌ڕایه‌وه‌، به‌ڵکو وه‌ك ئه‌نارکیستێکی په‌روه‌رده‌ و جه‌نگاوه‌ر هاوڕای بیرپته‌وی له‌مه‌ڕ ململانێی کۆمه‌ڵایه‌تی و ڕامیاری شۆڕشگێڕانه‌، بیرگه‌لێك که‌ ده‌ستبه‌جێ بۆ پیاده‌کردن ده‌گونجان. ماخنۆ کاتێك که‌ له‌ هولیای پۆله‌ نیشته‌جێ بوو، به‌زوویی خۆی بۆ کاری شۆڕشگێڕانه‌ ته‌رخانکرد. ئه‌ندامه‌کانی تری گروپه‌ ئه‌نارکیستییه‌که‌ و ژماره‌یه‌کی زۆر له‌ جوتیاران هاتنه‌ سه‌ردانی. پاش گۆڕینه‌وه‌ی بیرورا له‌گه‌ڵیان، پێشنیاری ده‌ستبه‌جێ ده‌ستکردن به‌ کاری ڕێکخراوه‌یی بۆ گڕیدانه‌وه‌ی جوتیارانی هولیای پۆله‌ و ده‌وروبه‌ری له‌گه‌ڵ گروپه‌ ئه‌نارکیسته‌کان. له‌ 28-29ی مارچ دا، یه‌کێتی جوتیاران، به‌ سه‌رپه‌رشتگه‌ری ماخنۆ پێکهات. پاشان یه‌کێتی له‌م چه‌شنه‌ی له‌ گوند و شارۆچکه‌کانی تری ناوچه‌که‌دا ڕێکخست. ماخنۆ ڕۆڵێکی سه‌رکه‌وتوو و به‌رچاوی له‌ مانگرتنی کارگه‌رانی دارتاشی و کانه‌کان له‌ کارخانه‌یه‌کدا که‌ موڵکی پیره‌ خاوه‌نکاره‌ پێشووییه‌که‌ی خۆی ( ئه‌م تێکشکانه‌ وای له‌ خاوه‌نکاره‌کانی دی کرد، مل به‌ داخوازی کارگه‌ره‌کانیان بده‌ن). له‌ هه‌مانکاتدا، جوتیاره‌کان ئاماده‌نه‌بوون کرێ به‌ خاوه‌ن موڵکه‌کان بده‌ن[1].

ئه‌نجوومه‌نه‌ ناوچه‌ییه‌کانی جوتیاران له‌ ناوچه‌ی هولیای پۆله‌ و ناوچه‌کانی دی راگه‌یێندران، هه‌روه‌ها له‌ 5-7ی ئاوگوست، کۆنگرێسی هه‌رێمی له‌ کاتێرینۆسلاڤ «Katerinoslav» بڕیاری سه‌رله‌نوێ ڕێکخستنه‌وه‌ی یه‌کێتییه‌ جوتیارییه‌کانی له‌ نێو سۆڤییه‌ت «کۆمون»ه‌کانی جوتیاران و نوێنه‌رانی کارگه‌راندا دا.

به‌م شێوه‌یه‌، ماخنۆ و هاوکاره‌کانی پرسه‌ رامیاری و کۆمه‌ڵایه‌تییه‌کانیان ڕاکێشایه‌ ژیانی ڕۆژانه‌ی خه‌ڵکه‌وه‌، ئه‌وه‌ی که‌ له‌خۆیدا پشتیوانی له‌ کۆششه‌کانی ده‌کرد، به‌هیوای خێراکردنی ده‌ستبه‌سه‌رداگرتنی خاوه‌ندارییه‌ گه‌وره‌کان. »[2] له‌ هولیای پۆله‌، شۆڕش له‌چاو شوێنه‌کانی تر خێراتر ده‌بزووت ( بۆ نموونه‌، له‌کاتێکدا که‌ سۆڤیه‌تی ئه‌لێکساندرۆڤسك «Aleksandrovsk» له‌ پیترۆگراد له‌ ڕۆژانی جولای دا پشتیوانیان له‌ کاره‌کانی میری کاتیی ده‌کرد، به‌ڵام کۆبوونه‌وه‌یه‌ك له‌ هولیای پۆله‌ هاوده‌نگی سه‌ربازانی یاخی و کارگه‌ران ده‌بێت). جوتیاران له‌ گشت لایه‌که‌وه‌ به‌ره‌و هولیای پۆله‌ بۆ به‌ده‌سهێینانی ڕێنوێنی و کۆمه‌ك له‌لای ناوه‌نده‌ « volosts» (ناوه‌ندی به‌ڕێوه‌به‌رایه‌تییه‌کان) نزیکه‌کانیانه‌وه‌ ده‌کشان. چینی جوتیاران ده‌یویست ده‌ستبه‌سه‌ر زه‌مینی زه‌ویداره‌ گه‌وره‌کان و کۆلاکه‌کاندا بگرێت. ماخنۆ ئه‌م داخوازییه‌ی له‌ یه‌که‌مین دانیشتنه‌کانی سۆڤیه‌ته‌ هه‌رێمییه‌کاندا پێشکه‌شکرد، ئه‌وه‌ی که‌ له‌ هولیای به‌رزکرایه‌وه‌. له‌ ئاوگوست دا، ماخنۆ گشت خاوه‌ن موڵکه‌ نێوخۆیی و جوتیاره‌ ده‌وڵه‌مه‌ند «kulaks»ه‌کانی بانگکرد و هه‌موو به‌ڵگه‌نامه‌کانی خاوه‌ندارێتی (زه‌وی، وڵاخ و ئامێر)ی لێ سه‌ندن. لیستی داراییه‌کان چێکراو و وه‌ك ڕاپۆڕتێك بۆ دانیشتنی سۆڤیه‌تی ناوچه‌که‌ و کۆبوونه‌وه‌ی هه‌رێمیی به‌رزکرایه‌وه‌. له‌وێدا دان به‌وه‌دا نرا، که‌ هه‌موو زه‌مینه‌کان و وڵاخ و ئامیره‌کان به‌یه‌کسانی دابه‌شێنرێن و دابه‌شکردنه‌که‌ش خودی خاوه‌نزه‌وییه‌کانیشی ده‌گرته‌وه‌. ئه‌مه‌ ناوه‌ڕۆکی پرۆگرامی کشتوکاڵیی بزووتنه‌وه‌که‌ بوو، واته‌ هه‌ڵوه‌شاندنه‌وه‌ی خاوه‌ندارێتی موڵکاداره‌کان و کۆلاکه‌کان. هیچکه‌س بۆی نه‌بوو، زه‌وی زیاتر له‌وه‌ی که‌ ده‌توانی به‌خۆی کاری تێدا بکات – بێ له‌وه‌ی که‌سێکی دی به‌کرێ بگرێت- هه‌یبێت. ئه‌مه‌ هه‌مووی به‌رهه‌ڵستکاری بوو به‌رامبه‌ر میری کاتیی که‌ پێی له‌سه‌ر ئه‌وه‌ داده‌گرت، که‌ ئه‌م پرسانه‌ گشت کاری ئه‌نجومه‌نی دامه‌زرێنه‌رانن‌« Constituent Assembly» . هه‌روه‌ها کۆمونه‌ ئازاده‌کان له‌ سه‌ر موڵك و دارایی خاوه‌نزوه‌وییه‌ کۆنه‌کان پێکهاتن.

به‌شێوه‌یه‌کی چاوه‌ڕواننه‌کراو، جێبه‌جێکردنی ئه‌م بڕیارانه‌، به‌هۆی به‌رهه‌ڵستی خاوه‌نزه‌وی و کۆلاکه‌کانه‌وه ‌دواخرا، که‌ خۆیان ڕێکخست و په‌یوه‌ندییان به‌ ده‌سه‌ڵاتدارانی کاتییه‌وه‌ کرد. کاتێك که‌ جه‌نه‌راڵ کۆڕنیلۆڤ «Kornilov» هه‌وڵیدا له‌شکرکێشی بۆ سه‌ر پترۆگراد بکات و ده‌سه‌ڵات به‌ده‌سته‌وه‌ بگرێت، سۆڤیه‌تی هولیای پۆله‌ به‌ رابه‌ری ماخنۆ ده‌ستپێشخه‌ری له‌ پێهێنانی کۆمیته‌یه‌کدا بۆ ڕزگارکردنی شۆڕش، کرد. ئامانجی سه‌ره‌کی ئه‌وه‌بوو، چه‌ککردن (ده‌ستکۆتاکردن)ی دوژمنه‌ نێوخۆییه‌کان – خاوه‌نزه‌وییه‌کان، سه‌رمایه‌داره‌کان و کۆلاکه‌کان- هه‌روه‌ها هه‌ڵوه‌شاندنه‌وه‌ی خاوه‌ندارێتیان به‌سه‌ر سامانه‌کانی خه‌ڵکیدا: زه‌وی، کارخانه‌، کێڵگه‌کان، دوکانه‌کانی چاپه‌مه‌نی، شانۆکان و هیتریش. له‌ 25ی سێپتێمبه‌ردا کۆنگری ڤۆلۆستی سۆڤیه‌ته‌کان و ڕێکخراوه‌کانی جوتیاران له‌ هولیای پۆله‌، ده‌ستبه‌سه‌رداگرتنی زه‌مینی موڵکداره‌کان و گؤرینی به‌ خاوه‌نداێتی کۆمه‌ڵایه‌تی (گشتی) ڕاگه‌یاند. هێڕش بۆ سه‌ر موڵکی موڵداره‌کان و جوتیاره‌ ده‌وڵه‌مه‌نده‌کان، له‌ناویاندا داگیرکه‌ره ‌ئاڵمانه‌کان ده‌ستی پێکرد و ده‌ستکرا به‌ ده‌ستبه‌سه‌رداگرتنی موڵکی ده‌ستبه‌سه‌رداگره‌کان (زه‌ویداره‌ گه‌وره‌کان و داگیرکه‌ره ‌ئاڵمانه‌کان).

کاتێك که‌ میریی ڤلادیمیر لێنین ڕێکه‌وتننامه‌ی برێست لیتۆڤسك «Brest-Litovsk»ی له‌ به‌هاری داهاتوودا، واژۆ کرد، چالاکییه‌کانی ماخنۆ ڕاگیران. ئه‌م ڕێکه‌وتننامه‌یه‌ به‌شێکی گه‌وره‌ی ئیمپراتۆری ڕوسیی، له‌نێویدا ئۆکرانیای له‌به‌رامبه‌ر ئاشتیدا به‌ ئاڵمان و نه‌مسا به‌خشی. هه‌روه‌ها ڕێکه‌وتننامه‌که‌ داگیرکردنی ئۆکرانیای له‌لایه‌ن هه‌ژمارێکی گه‌وره‌ی هێزی ئاڵمانی و نه‌مساوییه‌وه‌ له‌به‌رچاو گرتبوو، که‌ سه‌راپای وڵاته‌که‌ی له‌ ماوه‌ی که‌متر سێ مانگدا داگیرکرد. ماخنۆ له‌ پێکهێنانی یه‌که‌ سه‌ربازییه‌کاندا، که‌ 1700 که‌سیان ده‌گرته‌خۆ، سه‌رکه‌وتوو بوو. به‌لام نه‌یتوانی به‌ر به‌ داگیرکردنی هولیای پۆله‌ بگرێت. پاش کۆنگریسی ئه‌نارکیسته‌کان له‌ کۆتایی ئه‌پریلدا له‌ تاگانڕۆگ «Taganrog»، کۆنگره‌که‌ بڕیاری ڕیکخستنی یه‌که‌ی جه‌نگاوری بچووكی پێکهاتوو له‌ پێنج تا ده‌ جوتیار و کارگه‌ر، کۆکردنه‌وه‌ی چه‌ك له‌ دوژمن و هه‌ڵخرانی ڕاپه‌ڕینی سه‌رتاسه‌ری جوتیاران دژی هێزه‌کانی ئاڵمان و نه‌مسا و ناردنی گروپێکی بچووك بۆ ڕوسیای سۆڤیه‌تی به‌ پله‌ی یه‌که‌م بۆ ئه‌وه‌ی بزانرێت که‌ له‌وێنده‌رێ شۆڕش و ئه‌نارکیسته‌کان له‌ ژێر سایه‌ی بۆلشه‌ڤیکه‌کاندا چییان به‌سه‌ردا هاتووه‌.

ماخنۆ یه‌کێك بوو له‌ گروپه‌که‌. له‌ جونی دا، ماخنۆ گه‌یشته‌ مۆسکۆ. وی ده‌ستوبرد چاوی به‌ هه‌ندێك له‌ ئه‌نارکیسته‌کانی ڕوسیه‌ (له‌ناویاندا هاوه‌ڵی دێرینی پیته‌ر ئارشینۆڤ) که‌وت. بزاڤی ئه‌نارکیستی له‌ مۆسکۆ لاواز بوو بوو، به‌هۆی هێرشی چێکا (ده‌زگه‌ی ئاسایشیی بۆلشه‌ڤیکه‌کان –Bolshevik secret service the Cheka )‌ له‌ ئه‌پریلدا بڕبڕه‌ی پشتی بزووتنه‌وه‌که‌ شکابوو، به‌مجۆره‌ ‌هێرشی ڕامیاری چه‌پ بۆ سه‌ر بۆلشه‌ڤیکه‌کان تێکشکابوو. بۆ ماخنۆ که‌ له‌ ناوچه‌یه‌که‌وه‌ هاتبوو، که‌ ئازادی ده‌ربڕین و ڕێکخراوبوون، شتێکی جێکه‌وته‌ بوو، لاوازی ئاستی چالاکیکردن بۆی شتێکی ته‌کانده‌ر بوو. بۆ وی، مۆسکۆ وه‌ك پایته‌ختی شۆڕشێکی کارتۆنی وابوو، کارخانه‌یه‌کی گه‌وره‌بوو که‌ تێیدا بڕیار و دروشمی‌ بێناوه‌ڕۆکی تاکه‌‌ پارتێکی رامیاری لێوه‌ ده‌رده‌چوون، پارتێك که‌ به‌هۆی ده‌ستبه‌سه‌رداگرتن و خۆسه‌پاندن و خۆی گه‌یانده‌ پله‌ی فه‌رمانڕه‌وایی.[3] هه‌روه‌ها ماخنۆ سه‌ردانی ئه‌نارکیستی سه‌رشوناس پیته‌ر کرۆپۆتکین «Peter Kropotkin»ی کرد، له‌مه‌ڕ کاری شۆڕشگێڕانه‌ و بارودۆخی ئۆکرانیا ڕاوێژی له‌ته‌كدا کرد.

کاتێك که‌ له‌ مۆسکۆ بوو، ماخنۆ چاوی به‌ لێنین «Lenin» که‌وت. ئه‌م دانیشتنه‌ به‌ ڕێکه‌وت بوو. وی بۆ به‌ده‌ستهێنانی مۆڵه‌تی مانه‌وه‌ و خواردنی خۆڕایی سه‌ردانی کرێملین «Kremlin» ده‌کات، له‌و سه‌ردانه‌دا سه‌رۆکی کۆمیته‌ی سه‌رتاسه‌ری ڕوسیه‌ی ناوه‌ندی به‌ڕێوه‌به‌رایه‌تی سۆڤیه‌ته‌کان ژاکۆڤ م. سڤێردلۆڤ «Jakov M. Sverdlov» ده‌بینێت، هه‌ر ئه‌ویش چاوپێکه‌وتنی ماخنۆ و لێنین ی سازکرد. لێنین له‌ ماخنۆی پرسی  » جوتیاره‌کانی ناوچه‌که‌ت چۆن له‌ دروشمی گشت ده‌سه‌ڵات بۆ سۆڤیه‌ته‌کان له‌ دیهاته‌کان تێگه‌یشتوون؟ »، ماخنۆ ڕایده‌گه‌یێنێت، که‌ لێنین به‌ وه‌ڵامه‌کی وی سه‌ری سوڕده‌مێنێت :  » جوتیاره‌کان به‌ شێوازی تایبه‌تی خۆیان له‌م دروشمه‌ تێگه‌یشتوون. به‌پێی لێکدانه‌وه‌ی خۆیان. هه‌موو ده‌سه‌لاته‌کان، له‌ هه‌موو ناوچه‌ ژیارییه‌کاندا، پێویسته‌ هه‌ست به‌ هه‌مان ده‌رکی هوشیاری و لێهاتووی خه‌ڵکی کارگه‌ر بکرێت. جوتیاران له‌وه‌ تێگه‌یشتوون، که‌ سۆڤیه‌ته‌کانی کارگه‌ران و جوتیارانی دێهات، وڵات و ناوچه‌کان، له‌ ئامرازه‌کانی ڕێکخراوی شۆڕشگێڕانه‌ و خۆبه‌ڕیوه‌به‌رایه‌تییه‌ ئابورییه‌کانی خه‌ڵکی کارگه‌ر له‌ خه‌بات دژی بۆرژوازی و نۆکه‌رانی و سۆشیالیسته‌ ڕاستڕه‌و و میرییه‌ هاوبه‌شه‌که‌یان، زیاتر نین ».

لێنین له‌ وه‌لامی ئه‌مه‌دا ده‌ڵێت  » ده‌ی باشه‌، که‌واته‌ جوتیارانی ناوچه‌که‌ت توشی ئه‌نارکیزم بوون! »[4] دواتر له‌ وتووێژه‌که‌دا، لێنین درێژه‌ی ده‌داتێ:  » ئایا ئه‌نارکیسته‌کان هه‌رگیز له‌ که‌تواری دونیای هاوچه‌رخدا دان به‌ که‌مایه‌تی خۆیاندا ده‌نێن؟ بۆچی هیچکات بیری لێناکه‌نه‌وه‌ ». ماخنۆ له‌وه‌لامدا ده‌ڵێت:  » هاوڕێ لێنین، به‌لام پێوسیته‌ من پێتڕاگه‌یێنم، که‌ ئه‌و پاگانده‌یه‌ت، که‌ ئه‌نارکیسته‌کان له‌ که‌تواریی هاوچه‌رخ تێناگه‌ن، ئه‌وه‌ی که‌ ئه‌وان په‌یوه‌ندییه‌کی که‌توارییان له‌گه‌ڵی نییه‌ و …تد، له‌ بنه‌ڕه‌ته‌وه‌ هه‌ڵه‌یه‌. ئه‌نارکۆ- کۆمونیسته‌کان له‌ ئۆکرانیا… ئه‌ناکۆ–کۆمونیسته‌کان، ده‌ڵێم بۆ ئه‌وه‌ زۆر به‌ڵگه‌یان به‌ده‌سته‌وه‌ داوه‌، که‌ ڕه‌گیان له‌ ئێستادا داکوتاوه‌. سه‌راپای خه‌باتی شۆڕشگێڕه دێهاتنشینه‌‌کانی ئۆکرانیا دژی «Central Rada» له‌ژێر ئاراسته‌ی ئایدیۆلۆجی ئه‌نارکۆ – کۆمونیسته‌کان به‌ زۆری و به‌راده‌یه‌کیش سۆشیالیسته‌ شۆڕشگێڕه‌کان دا به‌ڕیوه‌براوه‌ … بۆلشه‌ڤیکه‌کانی تۆ بۆ ده‌رمانیش له‌ دێهاته‌کانی ئێمه‌دا بوونیان نییه‌. به‌جۆرێك که‌ کاراییان تا ڕاده‌ی نه‌بوون، دابه‌زیوه‌. نزیکه‌ی گشت ئه‌نجومه‌نه‌کانی جوتیاران و کۆمونه‌کان له‌ ئۆکرانیا به‌ هه‌ڵخرانی ئه‌نارکۆ- کۆمونیسته‌کان پێکهاتوون. خه‌باتی چه‌کدارانه‌ به‌رامبه‌ر دژه‌شۆڕش به‌گشتی و به‌رامبه‌ر به‌ هێرشی نه‌مسا- ئاڵمانی به‌تایبه‌ت به‌ئاراسته‌ی ئایدیۆلۆجی و ڕێکخراوه‌یی ئه‌نارکۆ-کۆمونسیته‌کان سه‌ری گرتووه‌. به‌ دڵنیاییه‌وه‌ ئه‌وه‌‌ بۆ پارته‌که‌ی تۆ هیچ گرنگ نییه‌، تا به‌هۆی ئه‌م گشته‌وه‌ باوه‌ڕمان بداتێ، به‌ڵام ئه‌مانه‌ ڕاستین و تۆ ناتوانی نکۆڵییان لێبکه‌یت. من وای بۆ ده‌چم تۆ ئه‌وه‌ باش ده‌زانیت، هێزی چالاك و توانای جه‌نگینی هێزه‌ خۆبه‌خشه‌ شۆڕشگێڕه‌کانی ئۆکرانیا. به‌بێ هۆ نییه‌، که‌ تۆ ڕاتگه‌یاند به‌شێوه‌یه‌کی پاله‌وانانه‌ به‌رگرییان له‌ دستکه‌وته‌ شۆڕسگێڕییه‌ هاوبه‌شه‌کان کرد. له‌نیو ئه‌وانه‌دا لانیکه‌م نیوه‌یان له‌ژێر ئالای ئه‌نارکیستیدا جه‌نگان….

گشت ئه‌مانه‌ نیشانی ده‌ده‌ن، که‌ تۆ چه‌نده‌ به‌ هه‌ڵه‌دا چووی، هاوڕێ لێنین، به‌پێی ئه‌وه‌ی که‌ ئێمه‌ ئه‌نارکۆ – کۆمونیسته‌کان، پێمان له‌سه‌ر زه‌وی نییه‌، ئه‌وه‌ی که‌ هه‌ڵوێستمان بۆ ئێستا خه‌مناکه‌، ئه‌وه‌ی که‌ خه‌ون به‌ داهاتووه‌وه‌ ده‌بینین. ئه‌وه‌ی له‌م چاوپێکه‌وتنه‌دا پێم وتی، له‌به‌رئه‌وه‌ی که‌ راستییه‌، وه‌لام وه‌رناگرێت. ئه‌وه‌ی که‌ من بۆتم خسته‌روو، پێچه‌وانه‌ی ئه‌و سه‌ره‌نجامه‌یه‌ که‌ تۆ له‌باره‌ی ئێمه‌وه‌ به‌ده‌ستتهێناوه‌. هه‌موو که‌س ده‌توانێت، ئه‌وه‌ ببینێت، که‌ ئێمه‌ ڕه‌گمان له‌ ئێستادا داکوتاوه‌، ئه‌وه‌ی که‌ کارده‌که‌ین و به‌دوای ئامرازگه‌لێكدا بۆ به‌ده‌ست‌ینانی داهاتوو ده‌گه‌ڕێین، له‌ راستیدا ئێمه‌ به‌ په‌یگیرییه‌وه‌ له‌گه‌ڵ ئه‌و گرفته‌دا کار ده‌که‌ین ». لێنین له‌ وه‌لامدا ده‌ڵێت:  » له‌وانه‌یه‌ من هه‌ڵه‌ ببم ». [5]

بۆلشه‌ڤیکه‌کان یارمه‌تی ماخنۆ ده‌ده‌ن له‌ گه‌رانه‌وه‌یدا بۆ ئۆکرانیا. گه‌شته‌که‌ی به‌ دژوارییه‌کی فراوان ئه‌نجام دا. جارێکیان خه‌ریكبوو ماخنۆ بکوژرێت. له‌لایه‌ن هێزه‌کانی ئاڵمان- نه‌مساوه‌ گیرا و له‌و کاته‌دا نامیلکه‌ و بڵاوکراوه‌ی ئازادیخوانه‌ی پێبوو. دانیشتوویه‌کی جوله‌که‌ی هولیای پۆله‌، که‌ ماوه‌یه‌ك بوو ماخنۆی ده‌ناسی، توانی به‌ دانی بڕه‌پاره‌یه‌کی زۆر بۆ ئازادبوونی، له‌ مردن بیپارێزێت. کاتێك که‌ گه‌ڕایه‌وه‌ هولیای پۆله‌، ده‌ستیکرد به‌ ڕێکخراوکردنی به‌رهه‌ڵستی دژ به‌ هێزه‌داگیرکه‌ره‌کانی نه‌مسا- ئاڵمانی و ڕژێمه‌ به‌کرێگیراوه‌که‌یان به‌سه‌رۆکایه‌تی هیتمان سکۆرۆپادسکی «Hetman Skoropadsky». ده‌توانرێت بگوترێت بزاڤی ماخنۆڤیستی ‌له‌گه‌ڵ به‌رهه‌ڵستیدا سه‌ریهه‌ڵداوه. ماخنۆ له‌ جولای 1918بۆ ئاوگوستی 1921، سه‌رکردایه‌تی خه‌باتی ئازادیخوازانه‌ی چینی کارگه‌ری دژ به‌ هه‌موو چه‌وسێنه‌ران، چ بۆلشه‌ڤیك و سپییه‌کان (دژه‌شۆڕش) چ ناسیونالیسته‌کان، کردووه‌. له‌ ڕه‌وتی ئه‌م خه‌باته‌دا، توانی خۆی وه‌ك « سه‌رکرده‌یه‌کی گه‌ریلایی لێهاتوو و به‌توانا » بسه‌لمێنێت.[6]

پاش تێكشکانی بزاڤی ماخنۆڤیستی له‌ 1921دا، ماخنۆ بۆ ئۆروپای خۆراوایی دوورخرایه‌وه‌. له‌ 1925دا له‌ پاریس کۆتایی به‌ته‌مه‌نی هات، هه‌ر له‌وێشدا دواسه‌ته‌کانی ژیانی به‌سه‌ربرد. هه‌روه‌ها له‌وێدا وه‌ك هه‌ڵسوراوێکی بزاڤی ئه‌نارکیستی مایه‌وه‌ و شمشێره‌که‌ی گۆڕی به‌ پێنووس ( به‌کاربردنی ده‌ربڕینێکی ڕه‌نگینی ئه‌لێکسانده‌ر سکیردا Alexander Skirda). ماخنۆ به‌ وتار به‌شداری له‌ ڕۆژنامه‌ ئه‌نارکیستییه‌ جۆراوجۆره‌کان و به‌تایبه‌ت له‌ ده‌نگی کارگه‌ر «Dielo Truda» کرد، که‌ بڵاوکراوه‌یه‌کی ئه‌نارکیست-کۆمونیست بوو، له‌ پاریس له‌لایه‌ن « پیته‌ر ئارشینۆڤ»ه‌وه‌ ده‌رده‌کرا، زۆرێك له‌و وتارانه‌ له‌ په‌رتوکێکدا به‌ناوی خه‌بات دژی ده‌وڵه‌ت و وتاره‌کانی تر، بڵاوکرانه‌وه‌. ماخنۆ له‌ بزاڤی ئه‌نارکیستیدا تا کۆتایی ژیانی چالاك مایه‌وه‌.

له‌ پاریس، له‌ ساڵی 1927دا ماخنۆ چاوی به‌ ئه‌نارکیسته‌ ناسراوه‌کانی ئه‌سپانیا بوێناڤێنترا دوڕوتی «Buenaventura Durruti » و فرانسیسکۆ ئاسکازۆ «Francisco Ascaso» که‌وت. وی داکۆکی له‌وه‌ کرد « ‌بارودۆخ بۆ شۆڕشی پێکهاته‌ به‌هێزی ئه‌نارکیستی له‌ ئه‌سپانیا فره‌تر له‌بارتره‌ تاوه‌کو له‌ ڕوسیه‌ »، له‌به‌ر ئه‌وه‌ی‌ نه‌ك ته‌نیا له‌وێنده‌رێ پرۆلیتاریا و جوتیاران دارای سونه‌تی شۆڕشگێڕانه‌ بوون، به‌ڵکو له‌به‌ر ئه‌وه‌ش که‌ پێگه‌یینی رامیاری له‌ کاردانه‌وه‌کانیدا ده‌بینرا، ئه‌نارکیسته‌کانی ئه‌سپانیا ده‌رکی ڕێکخراوه‌ییان هه‌بوو، ئه‌وه‌ی که‌ ئێمه‌ له‌ ڕوسیه‌ نه‌مابوو. ڕێکخراوبوونێك، که‌ سه‌رکه‌وتنی له ‌هه‌ناوی هه‌موو شۆڕشه‌کاندا مسۆگه‌ر ده‌کرد. ماخنۆ چالاکییه‌کانی گروپی ئه‌نارکیستی هولیای پۆله‌ و ڕوداوه‌کانی ئۆکرانیای شۆڕشگێری هه‌ژمارکرد:  » کۆمونه‌ کشتکارییه‌که‌مان یه‌کێك بوو له‌ ناوه‌نده‌ زیندووه‌ ئابوری و ڕامیارییه‌کانی سیسته‌مه‌ کۆمه‌ڵایه‌تییه‌که‌مان. کۆمیونیتییه‌کانی به‌ بنه‌مای خۆپه‌رستی تاکگه‌رایی پشت ئه‌ستور نه‌بوون، به‌ڵکو پشتیان به‌ سه‌ره‌تاکانی هاوپشتی ناوخۆیی و ناوچه‌یی و سه‌رتاسه‌ری به‌ستبوو. به‌ هه‌مانشێوه‌ ئه‌ندامانی کۆمیونیتییه‌کان هه‌ستیان به‌ هاوپشتی له‌ نیوان خۆیاندا ده‌کرد، کۆمیونیتییه‌کان له‌گه‌ڵ یه‌کدی یه‌کییان گرتبوو. ئه‌وه‌ی که‌ به‌رامبه‌ر سیسته‌مه‌که‌مان له‌ ئۆکرانیا ده‌وترا، ئه‌وه‌بوو، که‌ ده‌توانێت به‌رده‌وام بێت، له‌به‌ر ئه‌وه‌ی ته‌نیا له‌ جوتیاران پێکهاتبوو. ئه‌مه‌ ڕاست نه‌بوو. کۆمیونیتییه‌کانمان تێکه‌ڵه‌یه‌ك بوون له‌ کشتوکاڵی (کێڵگه‌یی) و پیشه‌سازی و ته‌نانه‌ت هه‌ندێکیان ته‌نیا پیشه‌سازی بوون. ئێمه‌ گشت جه‌نگاوه‌ر و کارگه‌ر بووین. کۆمه‌ڵه‌ی گه‌لی بریاره‌کانی ده‌رده‌کرد. له‌ ژیانی سه‌ربازیدا کۆمیته‌ی جه‌نگی پێکهاتوو له‌ نوێنه‌رانی گشت ده‌سته‌ گه‌ڕیلاکان سه‌رپه‌رشتی ده‌کرد. بۆ به‌ ئامانج گه‌یاندن، هه‌موو که‌سێك به‌شداری له‌ کاری به‌کۆمه‌ڵدا کرد، تاوه‌کو به‌ر به‌ سه‌رهه‌ڵدانی توێژی به‌ڕێوه‌به‌ران ئه‌وانه‌ی که‌ چه‌پاوڵی ده‌سه‌ڵات ده‌که‌ن، بگیرێت. ئێمه‌ له‌مه‌شدا سه‌رکه‌توو بووین. [7]

له‌ ساڵی 1936دا له‌گه‌ڵ ده‌ستپێکی جه‌نگی ناوخۆ و شۆڕش له‌ ئه‌سپانیا، ژماره‌یه‌ك له‌ جه‌نگاوه‌رانی سوپای یاخی ماخنۆ چوون بۆ جه‌نگین له‌ ستونی دوڕوتی «Durruti column»دا.

مه‌خابن، مه‌رگی ماخنۆ له‌ 1934دا ڕێگر بوو له‌ ڕاگه‌یاندنه‌ کۆتاییه‌که‌ی بۆ دوو ئه‌سپانی : « ماخنۆ هه‌رگیز جه‌نگینی ڕه‌د نه‌کردۆته‌وه‌. ئه‌گه‌ر زیندوو بم، کاتێك که‌ تیکۆشانه‌که‌تان ده‌ست پێده‌کات، له‌گه‌ڵتان ده‌بم ». له‌ { Paz, Op. Cit., p. 90} وه‌رگیراوه‌.

چالاکی هه‌ره‌ ناسراوی ماخنۆ له‌ دورخراوگه‌ کۆمه‌ڵه‌که‌ی بوو ‌هاوڕا و به‌رگری له‌ سه‌کۆی ڕێکخراوی کۆمونیزمی ئازادیخوازانه‌ «the Organisational Platform of the Libertarian Communists» ناسراو به‌ سه‌کۆ «Platform». سه‌کۆ هه‌وڵی دا، چی له‌ شۆڕشی ڕوسیه‌دا هه‌ڵه‌ بوو لێکبداته‌وه‌ و پێشنیاری ڕێکخراوی ئه‌نارکیستی پته‌وتری له‌ داهاتوودا کرد. ئه‌م بۆچوونه‌ پاش بڵاوبوونه‌وه‌ی مشتومڕێکی توندی له‌گه‌ڵ زۆربه‌ی ئه‌و ئه‌نارکیستانه‌ی که‌ ڕه‌تیان ده‌کرده‌وه‌ به‌ڕێخست. ئه‌م ڕوانگه‌ گۆڕینه‌وه‌یه‌ «debate» به‌زۆری بووه‌ هۆی مشتومڕ«polemic»ی توند و تاراده‌یه‌ك ماخنۆی ته‌ریکخسته‌وه‌ له‌ هه‌ندێك له‌ هاوه‌ڵه‌کانی، له‌وانه‌ ڤۆلین، که‌ دژی سه‌کۆ بوو. هه‌رچه‌نده‌ تا مردنی له‌ 1934دا وه‌ك ئه‌نارکیستێك مایه‌وه‌.

ماخنۆ له‌ به‌ره‌به‌یانی بیست و پێنجی جولای 1934دا مرد و سێ ڕۆژ دواتر جه‌سته‌که‌ی سوتێنرا و خۆڵه‌مێشه‌که‌ی له‌ گۆزه‌یه‌کدا له‌ پێر لەشەیز «Père Lachaise» گۆڕستانی کۆمونه‌ی پاریس. پێنجسه‌د که‌س له‌ هاوڕێیانی ڕوس، فه‌ره‌نسی، ئه‌سپانی و ئیتالی ئاماده‌ی به‌ڕێکردنی ته‌رمه‌که‌ی بوون، له‌وانه‌ ئه‌نارکیستی فه‌ره‌نسی پییه‌ر بێسنارد « Pierre Besnard» و ڤۆلین «Voline» قسه‌یانکرد ( ڤۆلین ئه‌م هه‌له‌ی بۆ ڕه‌تکردنه‌وه‌ی پاگه‌نده‌ی دژه‌ سامیگه‌رایی anti-Semitism بۆلشه‌ڤیکه‌کان قۆسته‌وه‌). هاوسه‌ره‌که‌ی «ماخنۆ»ش، هالینا «Halyna» هاته‌ دوان. به‌مجۆره‌ ژیانی یه‌کێك له‌ جه‌نگاوه‌ره‌کانی ئازادی چینی کارگه‌ر کۆتایی هات.

وشه‌کانی دوروتی « Durruti» بۆ ماخنۆ سه‌رنجڕاکێشتر بوون:  » ئێمه‌ هاتووین سڵاوت له‌ تۆ بکه‌ین، تۆی سیمبولی گشت ئه‌و که‌سه‌ شۆڕشگێڕانه‌ی که‌ له‌ پێناو که‌توارکردنی هزره‌ ئه‌نارکیستییه‌کان له‌ ڕوسیه‌ جه‌نگین و گیانیان به‌ختکرد. هه‌روه‌ها بۆ ده‌ربڕینی ڕێزمان به‌رامبه‌ر ئه‌زموونی ده‌وڵه‌مه‌ندی ئۆکرانیا هاتووین « . [8]

په‌راویزه‌کان:

1. Michael Malet, Nestor Makhno in the Russian Civil War, p. 4
2. Michael Palij, The Anarchism of Nestor Makhno, p. 71
3. David Footman, Civil War in Russia, p. 252
4. Nestor Makhno, My Visit to the Kremlin, p. 18
5. Nestor Makhno, Op. Cit., pp. 24-5
6. David Footman, Op. Cit., p. 245
7. quoted by Abel Paz, Durruti: The People Armed, p. 88-9
8. quoted by Abel Paz, Op. Cit., p. 88

کاره‌ کۆکراوه‌کانی نێستۆر ماخنۆ

The ABC of the Revolutionary Anarchist. (1932).
The Anarchist Revolution
Letter to the Spanish Anarchists. (1932).
In Memory of the Kronstadt Revolt. (1926).
Mahkno’s Response to Malatesta
May Day, (1928). Dyelo Truda. No. 36, p. 2–3. 01 May 1928.
My Visit To The Kremlin
On the History of the Spanish Revolution of 1931 and the Part Played by the Left and Right-Wing Socialists and the Anarchists. (1933).
Summons: A Poem by Makhno
The Struggle Against the State and Other Essays
To the Jews of All Countries. (1927).
Great October in the Ukraine. (1927).

بیبلیۆگرافی

Kubanin, M. Makhnovshchina (Leningrad 1927)
Makhno, N. Russkaia revoliutsiia na Ukraine (Paris 1929)
—. Pod udarami kontr-revoliutsii (Paris 1936)
—. Ukrainskaia revoliutsiia (Paris 1937)
Peters, V. Nestor Makhno: The Life of an Anarchist (Winnipeg 1970)
Arshinov, P. History of the Makhnovist Movement (Detroit–Chicago 1974)
Holota, W. ‘Le mouvement makhnoviste ukrainien, 1918–1921,’ PH D diss, Université des sciences humaines de Strasbourg, 1975
Palij, M. The Anarchism of Nestor Makhno, 1918–1921: An Aspect of the Ukrainian Revolution (Seattle 1977)
Sysyn, F. ‘Nestor Makhno and the Ukrainian Revolution,’ in Ukraine, 1917–1921: A Study in Revolution, ed Taras Hunczak (Cambridge, Mass 1977) و.ك

* مەبەست لە وەرگێڕانی ئەم ژیاننامەیە، ناساندنی ئەم کەسایەتییە شۆڕشگێڕە و ئاشناکردنی خوێنەرانی کوردە بە بەرهەم و نووسینەکانی، نەك پیرۆزکردن و بە بتکردنی کەسایەتییەکی شۆڕشگێڕ، چونکە هاودەمی وی. هەزاران شۆڕشگێڕی گومناو بە خوێن و خەباتی خۆیان ئەو زەمینەیان لەبارکردووە، کە نێستۆر ماخنۆ و دەیانی وەك ئەو بتوانن خامەکانیان ئازادانە هزر و بۆچوونی خۆیان دەربڕن؛ بە واتایەکی تر ئەگەر خوێن و خەباتی ئەو هاوڕێ گومناوانە نەبوایە، بەرهەمەکانی نێستۆر ماخنۆ و کەسانی دیش لەدایك نەدەبوون. و.ك

سه‌رچاوه‌:

A notre compagnon Sameh Saeed Aboud

أنا أزرع فسائل للحرية والمساواة لعلها تثمر يوما ويجد من يبحث عنها ما يشبعه

Je plante des semis de liberté et d’égalité, afin qu’elles portent un jour leurs fruits, et que ceux qui les recherchent trouveront pleine satisfaction (Profil du blog de Sameh)

Ce 23 juillet 2020, notre compagnon Sameh Aboud aurait eu 64 ans. Il est parti trop tôt le 18 janvier 2018, après une maladie fulgurante.

Sameh est un des pionniers de la résurgence de l’anarchisme dans la région arabophone. Militant de gauche dès les années 79 , dans des organisations marxistes-léninistes égyptiennes, l’échec du Socialisme réel et l’effondrement du bloc soviétique l’a amené non pas à jeter le bébé révolutionnaire avec l’eau du bain marxiste, comme l’ont fait nombre de « camarades » dans le monde entier, mais à mener une réflexion profonde sur la révolution, le socialisme, l’organisation etc … réflexion qui l’a amené à considérer positivement l’anarchisme comme moyen et fin de la lutte révolutionnaire. il fait partie des précurseurs du mouvement anarchiste égyptien, qui a éclot lors de la Révolution de 2011 de la place Tahrir.

Il a également participé à de nombreux collectifs, dont le Comité de solidarité populaire avec les peuples palestinien et libanais, et dernièrement le groupe égyptien contre la mondialisation.

https://dc606.4shared.com/img/FWlv1FZQce/s21/14ca27cf340/___online

Penseur radical et profond, o n lui doit la publication de nombreux textes de recherches sur le droit (il était Directeur de recherche au Centre Al-Mahrousa pour la publication, les services de presse et l’information) mais aussi sur l’anarchisme, les coopératives, les problème sociaux. Il fut à l’origine de la publication – souvent pour la première fois en arabe – de classiques de la littérature anarchiste. Il avait créé un maison d’édition pour essayer de rendre ces livres accessibles au plus grand nombre. Toujours dans ce même souci de diffusion maximale, il avait participé à la bibliothèque anarchiste arabe en ligne, la « black cat library ».

Nous avions entretenu une correspondance avec Sameh depuis le début des années 2000. nous avions traduits en français certains de ses textes et il en avait traduit en arabe un certain nombre des notre, notamment lors des émeutes des banlieues de 2005.

اللاسلطو ,سامح سعيد عبود

Pour que ne disparaisse pas dans le vide digital l’oeuvre de notre compagnon, nous avons repris le flambeau de la « black cat librairy ». Ces chers livres sont désormais de nouveaux accessibles en ligne les ouvrages, dont son propre ouvrage « اللاسلطوية » , l’anarchisme, qui est la première introduction aux principes anarchistes rédigés en arabe et pour un public arabophone.

Par ailleurs la meilleure façon d’honorer la mémoire de notre compagnon est d’enrichir cette bibliothèque virtuelle de nouveaux titres, ce que nous faisons chaque fois que possible.

La bibliothèque est en ligne à l’adresse suivante :

http://cnt-ait.info/category/inter/arabe/bcl/

des compagnons anarchosyndicalistes en France

Nous reproduisons ci-dessous un texte de nos compagnons anarchistes tunisiens pour honorer sa mémoire. Nous les remercions d’avoir accepté que nous le rediffusions.

L’image contient peut-être : 1 personne, lunettes et gros plan

اليوم يوافق عيد ميلاد الرفيق سامح و قد توفي يوم 18 جانفي 2018 و بهذه المناسبة اردت التعريف به و ببعض اعماله … كم نفتقد كتاباتك يا رفيق …
الاسم : سامح سعيد عبود
تاريخ الميلاد :23/7/1956
محل الميلاد : مدينة العمال ـ إمبابة ـ الجيزة ـ مصر
المؤهلات : خريج معهد البصريات بالقاهرة عام 1980 ، وحاصل على ليسانس حقوق جامعة القاهرة عام 1988
العمل:
مديرالبحوث بمركز المحروسة للخدمات الصحفية والأبحاث والنشر
من عام 1996 ،بعد فترة من العمل كمحامى حر من عام 1988 إلى 1996
التاريخ السياسى:
النضال السياسى عبر العديد من المنظمات اليسارية والماركسية اللينينية المصرية من عام 1979وحتى عام 1993، و المشاركة فى العديد من اللجان العامة التضامنية كلجان المناصرة للشعبين الفلسطينى واللبنانى ، و آخرهما اللجنة الشعبية المصرية لدعم انتفاضة الشعب الفلسطينى والمجموعة المصرية لمناهضة العولمة .
تم الانتقال تدريجيا بدأ من أوائل التسعينات من صفوف اليسار الماركسى اللينينى إلى اليسار اللاسلطوى عبر نقد الماركسية اللينينية .
المؤلفات:
1 ـ الجزء الأول من موجز تاريخ المادة و الوعى ـ صدرت الطبعة الأولى عن دار الثقافة الجديدة بالقاهرة عام 1991ـ باقى الأجزاء لم تنشر بعد
2 ـ العلم والأسطورة منهجان للتغيير الاجتماعى ـ صدرت الطبعة الأولى عن مركز المحروسة للخدمات الصحفية والأبحاث والنشر فى يناير 1998والطبعة الثانية فى يناير 1999
3 ـ انهيار عبادة الدولة ـ صدرت الطبعة الأولى عن مركز المحروسة للخدمات الصحفية والأبحاث والنشر فى يناير 1998
4 ـ مجموعة مقالات الفسائل المنشور بموقعى التحررية الجماعية و الحوار المتمدن , ومدونة الفسائل
5 ـ كتاب تاريخ الكون المنشور بموقعى التحررية الجماعية و الحوار المتمدن
6 ـ مجموعة من الأبحاث القانونية منها قانون الجمعيات الأهلية فى ظل القانون 32لسنة 1964 عن مركز المساعدة القانونية بالقاهرة عام 1997، قانون الجمعيات الأهلية والتدهور المستمر فى حالة حقوق الإنسان عن مركز الأرض بالقاهرة عام2002،والمشاركة فى بحث العنف ضد المرأة والتقرير العمالى عن مركز المحروسة للخدمات الصحفية والأبحاث والنشر فى عام
7ـ اعداد وتحرير كتاب غروب شمس الأنظمة العربيةعن مركز المحروسة للخدمات الصحفية والأبحاث والنشروله ترجمات عديدة وسلسلة من المقالات حول تاريخ اللاسلطوية والتعاونيات….
وله ترجمات عديدة وسلسلة من المقالات حول تاريخ اللاسلطوية والتعاونيات….

لروحك السلام و السكينة …

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اللاسلطوية

أفكار برودون، باكونين، وكروبوتكين قد أهملت من قبل التاريخ، خصوصا في المنطقة العربية. لكن اليوم هناك تنامي للاهتمام بتلك الأفكار التحررية خصوصا مع فشل الاشتراكية السلطوية. إن تاريخ اللاسلطوية هو تاريخ مقاوم ضد السلطة، ضد اضطهاد الدولة، وضد استغلال الرأسمالية. في هذا النص يغطي سامح سعيد عبود تاريخ اللاسلطوية، أهدافها وممارستها ويتحدث عن مستقبل هذه الحركة. هذا الكتاب الصغير هو أساسي في التعرف على اللاسلطوية.

Le jour où les méprisants voleront, Macron sera chef d’escadrille !

Le SEGUR est du pur mépris : la revalorisation des « héros de première ligne », de celles et ceux que les ministres et députés LREM sommaient par twitt d’’applaudir tous les soirs à 20 heures, de celles et ceux pour lesquels les artistes ont composé tant de chansons et de clips plus ou moins réussis en disant des « merci merci merci », de celles et ceux dont le salaire n’avait pas évolué depuis 10 ans mais à qui Macron a promis qu’ils ne seraient pas oubliés, qu’ils allaient voir concrètement la générosité pour leur sacrifice et ce – promettait Véran – dès le 1er juillet …bref NOTRE revalorisation n’ira pas plus loin que 183 euros nets mensuels. Soit, pour un salaire de 1500 euros nets, 9 euros de plus que l’inflation de ces dix dernières années …

Il n’aurait plus d’argent en caisse, l’Etat a déjà déboursé 7,5 milliards pour les soignants qu’ils s’estiment heureux.
« les gars il faut rester cool » dirait Macron.

Pourtant l’Etat a encore de l’argent : il a trouvé les moyens d’acheter en mars 2020 pour 3,6 millions d’euros de gaz lacrymogène et en avril pour 3,8 millions d’euros de drones policiers. Ne nous plaignons pas : il y a fort à parier que nous serons servis EN NATURE les prochaines fois où nous exprimerons notre saine colère du mépris de l’Etat …

Mais, cerise sur le gâteau, ce début juillet ce ne sont pas augmentations promises par Véran que nous avons eu le plaisir de voir, mais … les avions de la Patrouille de France !

Cette « unité militaire de prestige », pour remercier les soignants qui ne lui ont rien demandé, est venue faire des ronds de fumée autour des hôpitaux parisiens et de l’Est. Au-delà de l’aberration écologique de cette opération de communication, quel est son coût ?

En 2018, un général avait été épinglé pour avoir utilisé un alpha jet, avion de la patrouille de France, pour son usage personnel. BFM – que l’on ne peut soupçonner d’antimilitarisme primaire – avait calculé alors qu’une heure de vol coûte au contribuable entre 13 000 et 15 000 euros rien qu’en kérosène ![1] Les survols des hôpitaux en disposition « diamants » – soit 8 avions – coutent donc au moins 120 000 euros et comme il y a une trentaine de survols prévus, on peut estimer cette galéjade coûte au minimum 3,6 millions d’euros au budget de l’Etat … là encore, toujours ça en moins sur notre feuille de paye !

Alors que l’Etat brule nos impôts dans le ciel, il continue de programmer la fermeture des hôpitaux  Bichat et Beaujon  (Clichy- Paris 17ème). A Broca (13ème arrondissement de Paris) les lits USLD  fermés  pour « cause » du COVID ne sont pas rouverts. Des postes de soignant-e-s sont menacés de disparaître au nom de ces fermetures ! Ce dont nous avons besoin ce ne sont pas d’applaudissements ni de vroum vroum polluants dans le ciel, mais des actes et une mobilisation populaire pour dire NON AUX FERMETURES D’ETABLISSEMENT ET DE  LITS ! DES EMBAUCHES !

Après le Ségur de mépris et de trahison, ils nous envoient la patrouille de France et ses fumigènes bleu blanc rouge : est-ce qu’on va se faire enfumer encore longtemps ???

Le pognon pour la santé,
pas pour l’armée !

Vive la sociale !

Des travailleurs du secteur santé
de la CNT-AIT (Anarchosyndicaliste)

cntaitcochin@gmail.com


[1] https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/un-general-soupconne-d-utilisation-privee-d-un-alpha-jet-combien-couterait-le-vol-1196706.html                                                                                         

ETAT FRANÇAIS – MINISTERE DE L’INTERIEUR TRES SECRET : LE « MOUVEMENT LIBERTAIRE » ESPAGNOL EN FRANCE (1942)

Ce texte fait partie d’une brochure en cours d’édition sur les anarchosyndicalistes espagnols et la résistance

La présence en France, suite à la défaite de la Révolution et la Guerre d’Espagne en 1939, de milliers d’anarchistes fut un motif d’inquiétude tant pour la République que pour Vichy. Si la République les traita en indésirable, Vichy les traita en ennemis de l’intérieur potentiels. ils furent l’objet d’une surveillance particulière.

Nous reproduisons ci-après une lettre du Ministère de l’Intérieur de l’Etat Français adressée au Directeur du Camp de concentration de Vernet d’Ariège, accompagné d’une note qui décrit ce que Vichy connaissait de la réorganisation du Mouvement anarchiste espagnol en France. Il apparait qu’il n’en connaissait qu’une partie émergée de l’iceberg, la partie la plus visible autour notamment du « conseil national ». Mais les regroupements diffus, notamment autour du barrage de l’Aigle dans le Cantal, qui rejoignirent les maquis, ne leur semble pas connus alors. A la suite, nous joignons la reproduction de la réponse du directeur du Camp du Vernet, qui permet de voir comment les membres du « conseil national » avaient berné la surveillance étroite dont ils faisaient l’objet.

MINISTERE DE L’INTERIEUR
———————–
Direction Générale
de la Police Nationale
———————–
Inspection Générale Des Services
De Police Judiciaire
———————–
N°8179 POL.JUD.2.T
rappeler la réf.
———————–

ETAT FRANÇAIS

VICHY, le 26 janvier 1942
Le CONSEILLER D’ETAT
SECRETAIRE GENERAL pour la POLICE
A Monsieur le PREFET de l’ARIEGE
– Cabinet –
A FOIX

OBJET : Action du « Mouvement Libertaire », en France.

PIECES JOINTES : Une note du 20 Janvier 1942 et son annexe.

J’ai l’honneur de vous transmettre, sous ce pli, la copie d’une note, en date du 20 Janvier 1942, et de son annexe, relative à l’action du « Mouvement Libertaire » en France.

Je vous prie de vouloir bien faire procéder, d’extrême urgence, à une enquête approfondie sur les membres de cette organisation anarchiste résident dans votre département, et au domicile desquels il y aura lieu de faire effectuer une perquisition et de saisir tout document intéressant cette propagande étrangère.

Vous voudrez bien me tenir informé dans le moindre délai possible des résultats des opérations et me communiquer avec la notice individuelle, la fiche dactyloscopique en double exemplaire et la photographie des intéressés, contre lesquels je vous laisse le soin de prendre, le cas échéant, toute mesure administrative que vous jugerez utile.

Le Conseiller d’Etat
Secrétaire Général pour la Police

Notes manuscrites dans la marge (vraisemblablement du Préfet ou du Directeur de Cabinet) : En faire une copie supplémentaire pour en Barranchin ( ?) en tout 4

Note manuscrite en bas de page : Copie au Commandant Général, et au Commandant Lundman au Camp du Vernet, en le priant de m’adresser les renseignements demandés internés étrangers désignés dans la note ci jointe [illisible] internés au Vernet.

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Vichy, le 20 Janvier 1942
TRES SECRET


– NOTE –
« LE MOUVEMENT LIBERTAIRE »
Espagnol en France.

Il y a quelques mois, les services de police de Casablanca découvraient un centre de propagande anarchiste dans les milieux espagnols réfugiés au Maroc. Les mots d’ordre de cette propagande étrangère venaient de France où le mouvement semblait être dirigé par les nommés « ‘GERMINAL »  et « MARIN ».

Une enquête effectuée par le Commissaire TAUPIN de l’Inspection Générale des Services de Police Judiciaire devait amener l’identification des animateurs de ce « Mouvement Libertaire » qui s’étaient constitués en « Comité National».

Origine

L’origine de ce « mouvement libertaire » doit être cherchée en Espagne où il prit naissance il y a un peu moins d’un siècle, se développant sous l’influence des théoriciens de la Ière internationale dans les milieux ouvriers espagnols où ils devaient d’ailleurs trouver un terrain favorable, l’individu de par sa nature portant en lui le germe de l’anarchisme.

Le « Mouvement Libertaire » se traduisit sur le plan politique par la création de la Fédération Anarchiste Ibérique et sur le plan syndical par la création de la Confédération Nationale du Travail. Il ne faut pas oublier que la F.A.I. restée toujours clandestine, avait besoin d’un organe officiel aux fins de pouvoir exercer son influence sur les pouvoirs publics. C’est par l’intermédiaire de la C.N.T. dont les membres dirigeants sont en général des adhérents de la F.A.I., ou tout au moins gagnés aux idées libertaires, que cette influence s’exerce. La participation au gouvernement Largo CABALLERO à titre de ministres, de quatre représentants de la C.N.T. en est un exemple frappant, car MONTSENY Frédérica [sic], GARCIA Oliver, Juan PEIRO, et Juan LOPEZ, sont avant tout, les représentants de la F.A.I.

La famille libertaire comprend donc : la C.N.T., la F.A.I., et les Jeunesses Libertaires.

Le Mouvement Libertaire en France :

La débâcle des armées républicaines espagnoles, obligea les dirigeants et les adhérents de la C.N.T. et de la F.A.I. à se réfugier en France.

Le Service d’Evacuation des Réfugiés Espagnols (S.E.R.E.) et la Junta de Auxilio a los Republicanos Espagnoles (J.A.R.E.) organes crées à Paris pour s’occuper des questions d’émigration et d’allocations aux réfugiés républicains, allaient permettre aux chefs du Mouvement Libertaire de tenter un timide essai pour regrouper leurs adhérents, mais cet essai fut sans lendemain le S.E.R.E. et la J.A.R.E. ayant été dissous et leurs dirigeants poursuivis devant les tribunaux de la Seine pour infraction aux décrets des 12 Août et 26 Septembre 1939 .

Malgré ces poursuites, la question d’émigration et d’allocations aux réfugiés continua à être agitée dans les milieux espagnols et les anciens collaborateurs du S.E.R.E. et de la J.A.R.E. continuèrent leur activité en relation avec la Légation du Mexique qui, en vertu des accords Franco-Mexicains du 23 Août 1941, se chargeait en France du problème des réfugiés espagnols se substituant en réalité aux organismes que ceux-ci avaient créées à Paris et qui avaient été, comme nous venons de le voir, dissous.

C’est sous le couvert de correspondances ou de circulaires traitant de ces questions d’émigration qu’allait prendre naissance la propagande libertaire, inspirée par un « Comité National » dont le Secrétaire Général n’était autre que le mari de la [sic] MONTSENY : ESGLEAS-JAIME José, né le 5 Octobre 1903 à Malgrat, dt à Salon (Dordogne), individu figurant sur les listes de suspects de la Police Nationale du 15 Juin 1938, comme anarchiste propagandiste.

Les autres membres du « Conseil National » étaient :

MONTSENY-MANE Frédérica  [sic], femme ESGLEAS, née le 12 février 1905 à Madrid, dt à Salon (Dordogne), ex-Ministre de la Santé Publique et de l’Assistance Sociale dans le Cabinet Largo CABALLERO, propagandiste notoire connue aux archives de la Police Nationale comme anarchiste.

DE SOUZA Germinal, né le 22 Mai 1906 à Porto (Portugal) de nationalité espagnole, Secrétaire de la F.A.I., membre de la C.N.T., figurant sur la liste n°2 des individus suspects de menées terroristes publiée par la Police Nationale avec la mention suivante « expulsé d’Espagne comme anarchiste dangereux ».

ISGLEAS-PIERNAU Francisco, né le 16 Février 1916 à St Féliu de Guixols, ancien Commissaire Politique aux Armées, Conseiller de défense de la Généralité de Catalogne, membre de la Commission politique de la C.N.T., membre de la F.A.I., figure comme terroriste sur la liste des suspects n°1 d’Avril 1939 de la Police Nationale.

MAS-CASAS Valério, né le 24 mai 1894 à Barcelone, Conseiller de l’Economie, des Services Publics, et de l’Assistance Sociale de la Généralité de Catalogne, membre de la C.N.T.

HERRA-CAMARERO Pedro, né le 18 janvier 1909 à Valladolid, Président de la Junte du Commerce Extérieur de Catalogne, Ministre de l’Assistance Sociale et de la Santé Publique dans le Gouvernement de Catalogne. Secrétaire du Syndicat de Catalogne C.N.T. Membre du Comité Péninsulaire de la F.A.I. et délégué du Conseil Général de la S.I.A. (Solidarité Internationale Antifasciste).

Il y a lieu de noter que certains membres du Mouvement Libertaire, entre-autre ceux qui avaient constitué à Madrid, sous la présidence du Général MIAJA, la Junte de défense de cette ville, dernier noyau de la défense républicaine et qui s’étaient réfugiés à Londres, en 1939, ne voulurent pas reconnaître l’autorité d’ESGLEAS ni celle du Comité National.

Cette tendance désignée sous le nom des « Amis de Londres » a pour représentant :

SALAGO Manuel, GONZALEZ José et PRADAS qui se trouveraient à Londres et :

GONZALES-MARIN Manuel : dit « MARIN Manuel », né le 4 juillet 1898 à Archena, dt à Albefeuille-Lagarde (Tarn et Garonne). Membre du Conseil National de la Junte de défense de Madrid et figurant aux archives de la Préfecture de Police comme membre actif de la C.N.T. et de la F.A.I. et comme anarchiste dangereux pour l’ordre public.

VAL-BESCOS Edouardo, dit « VAL », né le 13 octobre 1908 à Jaca, dt à Toulouse, 20 rue Beauséjour, Délégué du Gouvernement pour l’organisation des milices à Madrid. Conseiller de la Junte de défense de Madrid.

PONZAN-VIDAL François, né le 30 mars 1912 à Oviédo, dt chez une dame Vinuales, 41 rue Limarec à Toulouse.

Propagande

Elle se traduit par l’envoi de circulaires, par l’échange de lettres traitant en général des questions d’émigration ou de toute autre question relative au problème des réfugiés espagnols en France, à l’occasion desquelles sont développées des idées philosophiques à tendance anarchiste.

Elle tend à regrouper les adhérents de la C.N.T. à renouer et entretenir entre eux des liens de solidarité du passé et à maintenir le contact en vue d’un retour éventuel en Espagne. Le retour actuel au pays natal est dépeint comme impossible, de même que le départ vers les terres d’Amérique.

Elle a pour résultat de faire rester sur notre sol une masse d’individus ayant fait leurs preuves pendant la guerre civile espagnole et qui, prête à repasser la frontière en cas d’effondrement du régime franquiste, constitue un danger permanent pour l’ordre public de notre pays.

C’est dans ces milieux libertaires espagnols que peuvent être recrutés par le Parti Communiste français ou par les services de renseignement de puissances étrangères, les agents qui ont pour mission de commettre sur notre territoire des actes de sabotages ou des attentats.

La diffusion de circulaires et la propagande par lettres sont des causes d’agitation dans les milieux espagnols réfugiés en France.

Dans certaines villes, les représentants du Mouvement se sont constitués en comité, véritables cellules anarchistes, dont le rôle est de contrôler les adhérents de la région, de diffuser les circulaires et même comme au Maroc de faciliter l’évasion des internés des camps de séjour surveillé ou des compagnies de travailleurs étrangers dans lesquelles le Mouvement a également des représentants.

Le Comité National du Mouvement Libertaire en France, entretient également des liaisons avec les adhérents restés en Espagne et avec ceux réfugiés en Amérique ou en Angleterre. Ces liaisons sont effectuées par des agents.

En ce qui concerne les adhérents se trouvant en France, en Afrique du Nord ou au Maroc, la correspondance s’effectue par l’intermédiaire des nommés :

BARUTA-VILA Mattéo, poste restante, à Marseille, ou de SANCHEZ Francisco, Consulat du Mexique à Marseille ou Felix RAMBAUD, boite postale n°31 dans cette ville. Ces derniers groupent les lettres destinées à
« GERMINAL »  et les expédient au nommé GERMAIN André, boite postale n°49 à Périgueux, qui les fait parvenir au Secrétaire Général du Mouvement Libertaire. Quant à GONZALEZ-MARIN Manuel, il se fait adresser sa correspondance au nom de CAYETANA Alcaïne, 5 rue Bombet à Montauban.

Il y a lieu de noter qu’il est recommandé aux adhérents du Mouvement Libertaire d’employer un langage conventionnel pour leur correspondance.

Les nommés DE SOUZA Germinal, ISGLEAS-PIERNAU Francisco, MAS CASAS Valério et HERRA-CAMARERO Pedro sont actuellement internés au Camp du Vernet (Ariège).

ESGLEAS-JAIME José, dit « GER » dit « GERMI » dit « GERMINAL » ; GONZALEZ-MARIN Manuel ; VAL-BESCOS Eduardo ; BARUTA-VILA Mattéo né le 18 juillet 1901 à Molina de Llobregat, dt Hôtel Sainte Claire, 12 Rue Ste Claire, à Marseille et SANCHEZ-MARTINEZ Francisco, né le 29 Avril 1909 à Villelongue de Santiago, dt 11, rue du Coq à Marseille, ont été arrêté et mis à disposition du Tribunal Militaire permanent de la 17è Division Militaire à Toulouse, sous l’inculpation de menées anarchistes portant atteinte à la sûreté extérieure de l’État, crime prévu par l’article 80 du Code Pénal §2.

PONZAN-VIDAL Francisco a été laissé en liberté provisoire et SANJURJO [sic]-LOPEZ Julio, dt 13 rue de la Redoube à l’Estaque Plage (Bouches du Rhône) en relation avec les militants du Maroc est en fuite.

Au cours des perquisitions de nombreuses adresses furent découvertes notamment celles figurant dans la liste ci-jointe.

————————–oOo———————–

Camp du Vernet d’Ariège
Le Vernet, le 12 Janvier 1942.-
DH N° 80/D

SECRET

LE CHEF DE CAMP
A Monsieur le PREFET DE L’AIEGE
A FOIX

– :- :- :- :- :- :- :- :- :- :- :-

Me référant à votre note en date du 8 courant, transmissive d’une lettre du 2 Janvier de M. Le Conseiller d’Etat, Secrétaire Général pour la Police, à laquelle était joint un rapport d’information sur l’activité de certains anarchistes du camp,

J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui suit :

Le Camp du Vernet est composé d’internés dont le passé, pour la plupart, plus ou moins chargé à motivé l’internement. Malheureusement, ainsi que j’ai déjà eu l’honneur de le signaler à plusieurs reprises, il est fréquent que ce passé ne soit pas porté à ma connaissance. Ce manque de renseignements précis est très regrettable car il ne permet pas de me faire une opinion immédiate sur les internés.-

Il en résulte que les commandants de quartier ne peuvent se baser pour assurer une bonne marche de leurs quartiers que sur la seule conduite au camp des internés qui leur sont confiés.-

Or, dans ce Camp, on compte une assez forte proportion de communistes d’une part et d’anarchistes italiens ou espagnols d’autre part.-

Ainsi que l’ont fait ressortir de nombreux rapports à ce sujet certains commandants de quartier ayant constaté l’animosité existant entre ces deux catégories d’internés s’en sont servis pour détruire l’action de celle de ces deux catégorie qui essayait de dominer.-

Pendant un certain temps, les communistes par une action lente et continue avaient réussi à obtenir les emplois assez nombreux qui qui ne peuvent être occupés que par des internés et dont ils se servaient comme des leviers de commande pour faciliter leur propagande.-

Afin de paralyser ce mouvement, le plus dangereux pour notre pays, puisque le communisme est international, les commandants de quartiers ont d’abord utilisé les éléments les plus intéressants. Ils ont dû toutefois placer à certains postes des internés ayant une personnalité suffisante pour s’imposer et capables de contrecarrer l’action des communistes. Certains de ces internés ont dû être pris parmi les anarchistes pour lesquels cependant aucun motif d’internement n’avait été communiqué et dont la conduite au camp ainsi que l’attitude à l’égard des autorités avaient toujours été parfaites.-

Ces internés ont certes conservés leur opinion politique mais rien jusqu’à présent n’a pu permettre de les suspecter de poursuivre avec l’extérieur leurs menées anarchistes.-

Lors de son enquête au camp, M. le Commissaire TAUPIN n’a d’ailleurs pu rien établir de positif à leur encontre. Dans la note jointe à la lettre du 2 janvier précitée, ce commissaire part du domaine du probable pour aboutir à une supposition du domaine de la certitude. Il écrit en effet, « que ces internés ont dû être au courant de la vie du mouvement libertaire et des faits qui se sont produits à une époque postérieure à leur internement, preuve qu’ils ont eu des contacts avec l’extérieur ». Il croit trouver cette preuve dans la découverte d’un document chez GONZALEZ-MARIN, suivant lequel un certain VAL devait se rendre au camp du Vernet pour y voir le reste des membres du conseil. Ce document prouve bien que VAL avait l’intention de rendre visite à tous les membres du conseil qu’il savait pour certains être au camp du Vernet mais il ne prouve nullement que ce soit les internés du camp du Vernet qui aient écrit à ce sujet. En tout cas VAL n’est jamais venu au camp.-

Le seul point bien établi à retenir et qui e parait intéressant c’est la découverte au cours d’opérations effectuées à Marseille d’une correspondance émanant d’internés, correspondance ne portant pas le cachet du service de la censure du camp et postée à Pamiers. Quelle était la valeur de cette correspondance ? – Portait-elle sur des questions politiques ou ne donnait-elle que des renseignements d’ordre privé ? –

Il y aurait eu intérêt, semble-t-il à donner des précisions sur ce point et surtout à me signaler ces infractions graves au règlement du camp, ce qui m’aurait permis d’établir une surveillance plus serrée dans un sens bien déterminé et le cas échéant, d’obtenir des éclaircissements voire même de prendre des sanctions, indépendamment de l’avantage pour la Direction d’être tenu au courant de tout fait relevé à l’extérieur du camp sur l’activité des internés.-

En outre, cette correspondance émanait-elle des internés mentionnés à savoir :

DE SOUZA Furtado Germinal

ISGELAS – PIERANU Francisco

HERRERA – CAMARERO Pedro

MAS – CASES Valerio

Pour ce qui est de ces internés, il y a lieu de remarquer que !

1° DE SOUZA est effectivement employé à l’Hôpital comme secrétaire-adjoint du Médecin-Chef. A ce titre, il est chargé de surveiller le travail des internés qui y sont employés. C’est sans doute ce qui fait dire qu’il est chef du personnel. Il contrôle la distribution de la nourriture, établit la liste des internés loqueteux, veille à la propreté des salles et de l’Hôpital.-

Il a toujours accompli son service consciencieusement, avec dévouement et intelligence à l’entière satisfaction du Médecin-Chef qui a pu constater que l’action de DE SOUZA a été heureuse à tous les points de vue.-

Etant également agent de liaison du Médecin-Chef avec les différents services, il a été muni d’une carte de circulation dans le Camp.-

2° ISGLEAS – PIERNAU est chef de baraque au quartier B et a pour mission au bureau central du travail de signaler les internés communistes qui auraient pu être proposés pour une corvée, afin d’éviter leur emploi dans des corvées extérieures.

Il est chargé de se rendre de temps à autre, sur l’ordre du Major des Internés, dans les corvées extérieures pour vérifier si aucune action politique ne s’y est créée.-

Le Major des Internés a toujours été satisfait de ses services et n’a jamais pu relever contre lui aucun acte répréhensible.-

3° HERRERA-CAMARERP est chef de l’équipe de travailleurs mise à la disposition du Lieutenant-Colonel Commandant l’Ecole préparatoire de Gendarmerie de Pamiers. Il est sous la surveillance de la gendarmerie et ne peut quitter seul la caserne.-

4° MAS – CASAS est chef de la corvée agricole mis à la disposition, sur ordre de M. le Préfet de l’Ariège, de M. RETHALER, à la ferme Lafargette commune de BONNAC.-

En aucun cas, le Chef du Camp pas plus que le Commissaire Spécial n’ont eu recours directement à ces internés pour en obtenir des renseignements. Il s’agit là seulement d’une question de cuisine intérieure de quartiers, contrôlée et autorisée certes par la Direction, mais uniquement destinée à faciliter la tâche des commandants de quartiers et du Major des Internés.-

Dans un Camp comme celui du Vernet où il existe des travaux de toutes sortes, tant intérieurs qu’extérieurs, exécutés par des internés, il est absolument indispensable que chaque chef de service puisse se sentir au courant de toutes les manifestations possibles d’opinons parmi les internés dont il a la charge de façon à pouvoir prendre, le cas échéant, toutes les précautions indispensables. Ceci ne va pas sans difficultés. Il y a toujours un risque à courir. C’est à amoindrir ce risque que tend notre action de tous les instants.-

Quoiqu’il en soit, et bien que depuis leur internement aucune preuve d’activité politique avec l’extérieur ou même avec leurs camarades internés n’ait été portée à ma connaissance contre les internés DE SOUZA, ISLGEAS, HERRERA et MAS CASES dont la conduite ici n’a jamais laissé à désirer et dont les services rendus au camp sont certains, j’ai décidé, pour répondre au désir exprimé par l’Inspection générale des Services de Police Judiciaire, de leur faire réintégrer leur quartier et de retirer à ceux qui en étaient détenteurs la carte de circulation qui leur avait été délivrée.-

Il y a 80 ans, le premier convoi de déportation de France partait du Camp du Vernet d’Ariège. N’oublions pas !

Alors que la République française est friande de commémoration en tous genres, censées faire le « devoir de mémoire » tout en « ressoudant le corps de la nation », cet « anniversaire » là n’aura pas le droit à une commémoration officielle.

Et pour cause : il se pourrait que la République Française se sente un peu merdeuse sur ce coup.

25 juillet 1940. L’encre de l’armistice entre la République française et le Reich Nazi, signé le 22 juin, est à peine sèche. Pétain vient à peine de se faire attribuer, le 10 juillet, les pleins pouvoirs par les Députés issus de la Chambre du Front Populaire qui ont voté à la quasi-unanimité pour le « sauveur de la France ». Les entêtes de courriers administratifs portent toujours le devise « République française », les nouveaux avec la mention « Etats français » n’ont pas encore eu le temps d’être imprimés …

L’Etat français vient à peine de se substituer à la République et un de ses premières mesures est de livrer aux autorités nazies 178 exilés et réfugiés qu’il extrait du camp de concentration du Vernet d’Ariège. C’est le début de la COLLABORATION française avec l’occupant allemand.

Ce convoi d’hommes était composé de : 125 Allemands, 12 Autrichiens, 12 Belges, 10 Polonais, 10 Tchécoslovaques, 2 juifs allemands, 2 Luxembourgeois, 2 Sarrois, 1 Estonien, 1 Français, 1 de nationalité indéterminée. Nous ne savons pas ce que ces hommes sont devenus, mais ils ont dû rejoindre les milliers d’opposants politiques et de personnes de « races impures » dans les camps de concentration allemands, dont les premiers avaient été ouverts dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 33. On ne pouvait donc pas dire qu’on ne savait pas le sort qui les attendrait.

Cette déportation a été réalisée par des fonctionnaires français, qui étaient déjà en poste sous la République. Les régimes changent, le personnel reste. Servir est leur devise, quel que soit la nature de leur Maître …

le camp du Vernet d’Ariège

Ce fut assez facile pour eux au demeurant : il leur a suffit d’aller piocher parmi les réfugiés entassés au camp de concentration du Verne d’Ariège. Ce n’est pas Pétain qui les avait mis dans ce camp. C’est la République qui avait ouvert ces camps pour y concentrer derrière des barbelés ceux que, dans une loi de 1938 elle appelait les « indésirables, plutôt que d’ouvrir les bras à ces antifascistes de la première heure qui avaient fuit les persécutions politiques et raciales en Allemagne ou qui avaient combattus contre le fascisme en Espagne».

Pourtant, même enfermés et traités comme des chiens (il faut lire le livre d’Arthur Koestler, lui-même interné au Vernet, « La lie de la terre »), ces « indésirables de la république » n’ont pas abandonné la lutte. Le camp du Vernet concentre notamment de nombreux anarchistes, italiens ou espagnols, dont les miliciens de la colonne Durruti. Ils n’ont pas attendus 1941 et l’invasion de l’URSS pour entrer en résistance. Dans ces camps du mépris, ils retissent des liens, se regroupent, réussissent pour certains à s’enfuir, ou à rejoindre les Groupes de Travailleur étrangers. Ils seront des premiers maquis, comme au Barrage de l’aigle dans le Cantal, ils montent l’un des réseaux d’évasion les plus actif e la seconde guerre mondiale,  le réseau Ponzan(1), qui passera clandestinement plus de 1 500 personnes (résistants, juifs, aviateurs alliés …) à travers les Pyrénées.

Le cimetière du camp du Vernet est représentatif de cette Internationale de l’Humanité qui s’était rendu en Espagne en 1936, pour aller y défendre une certaine idée de la Liberté et de la Solidarité ; On y trouve côté à côte des anarchosyndicalistes espagnols, des communistes allemands ou autrichiens, des italiens antifascistes, jusqu’à des éthiopiens venus se battre coude à coude avec leurs frères européens contre le fascisme international.

Alors que des nuages sombres continuent d’agiter les airs, nous – anarchosyndicalistes – n’oublions pas ce train du 25 juillet 1940 ni les suivants, et restons déterminés dans notre lutte avec la liberté comme base, l’égalité comme moyen, et la fraternité comme but.

(1) Francisco Ponzan, anarchosyndicaliste espagnol, militant de la CNT-AIT,  sera interné au camp du Vernet après d’être réfugié en France en 1939. Il s’en évadera grâce à la complicité de l’Ariégeois Jean Bénazet et mettra tout en œuvre pour libérer des prisonniers… Appréhendé en 1943, à Toulouse, par la police française, il sera emprisonné à la prison Saint-Michel de Toulouse. Le 17 août 1944, deux jours avant la Libération de Toulouse, il est fusillé par les nazis à Buzet (Tarn), avec cinquante autres victimes.

Les anti-Lumières, une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre Froide (A propos d’un livre de Zeev Sternhell)

Article paru intialiement dans Anarchosyndicalisme ! n°152 déc 2016 – Janv 2017

Zeev Sternhell vient de s’éteindre à 85 ans. Historien et intellectuel, il avait essayé d’analyser les racines du fascisme, pour tenter de comprendre comment l’Humanité en était arrivé là. Né en 1935, en Pologne, il avait du vivre caché pendant toute la guerre pour fuir les persécutions antisémites des Nazi, tandis que sa mère et sa soeur furent déportées et exterminées comme tan d’autres pour leur seul motif de leur soit disant « race ».

Un des membres fondateurs du mouvement israélien La paix maintenant (Shalom Akhchav), il prend position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et prône un compromis de paix avec les Palestiniens affirmant : « si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s’en prendre à des femmes et des enfants [en territoire israélien]. »

Le 25 septembre 2008, il est visé par un attentat et blessé par l’explosion d’un engin piégé, revendiqué par Jack Teitel, terroriste sioniste à la prison à vie pour avoir assassiné un chauffeur de bus et un berger palestinien et avoir déposé des bombes contre des juifs messianiques ou encore des homosexuels.

En février 2018, dans une tribune publiée par Le Monde, Zeev Sternhell compare le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui. Il affirme : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts. »

Au niveau universitaire, il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l’origine du corpus idéologique fasciste. Cette question est d’importance pour nous, anarchosyndicalistes, car Sorel est l’un des théoriciens du syndicalisme révolutionnaire, et le cercle Proudhon était une tentative de la part des nationalistes de l’époque regroupés autour de Charles Maurras et de l’Action Française de récupérer les milieux populaires militants, et notamment les anarchistes et les précurseurs du syndicalisme. Les royalistes du Cercle Proudhon espéraient attirer des syndicalistes sur leurs positions, se servant pour ce faire de la référence à Proudhon et de la critique de la démocratie parlementaire comme d’un levier.

Le Cercle Proudhon fut un échec, les anarchistes et la plupart des syndicalistes ne se laissant pas berner. Mais ce projet trouva un écho en Italie. Zeev Sternhell montre bien comment, en 1915, le mouvement syndicaliste révolutionnaire italien (USI) se fractura en deux : les syndicalistes révolutionnaires sont favorables à l’entrée en Guerre de l’Italie alors que les anarchosyndicalistes sont contre. Les syndicalistes révolutionnaires « purs », sont expulsés de l’USI et rejoignent alors les nationalistes « de gauche » – dont un certain Benito Mussolini. Les syndicalistes révolutionnaires italiens participeront activement à la naissance du Parti Fasciste …

Approfondissant ses recherches, Zeev Sternhell montra que c’est fondamentalement dans la rejet des Lumières et de la Révolution française que se trouvent les racines de cette « droite révolutionnaire » qui enfanta le fascisme après sa rencontre avec les syndicalistes révolutionnaires soréliens. Nous avions rendus compte, dans notre journal Anarchosyndicaliste en 2016, de ce livre essentiel sur le sujet.

Alors qu’aujourd’hui le confusionnisme politique atteint des records, que Onfray – qui se prétend libertaire – établit des passerelles avec des catho-royalistes moisis au nom du « souverainisme » (1), que Soral et Dieudonnné redonnent corps à un antisémitisme prétendument populaire au nom du respect des identités (2) , que la « racialisme » remet à l’ordre du jour le concept mortifère de « race », que les Lumières et l’Universalisme sont attaquées de toutes part et y compris depuis les rangs soit-disant « libertaires », à notre époque où l’émotion et le ressenti supplantent en politique la raison, il est important de relire Zeev Sternhell.

(1) déjà en 1912, Sorel titrait sa revue socialiste-nationale et antisémite L’Indépendance

(2) Zeev Sternhell a bien démontré que l’antisémitisme est l’élément fondamental du syndicalisme révolutionnaire de Sorel

Les anti-Lumières, une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre Froide

Première publication dans « Anarchosyndicalisme ! », n°152 déc 2016 – Janv 2017

Dans les précédents numéros d’Anarchosyndicalisme! , j’ai pu lire des présentations et analyses tout à fait intéressantes relatives au courant des Lumières, mais aucune d’elle ne s’est arrêtée sur le courant opposé, celui des anti-Lumières. Or, il me semble intéressant de décrire ce courant, nommé par Nietzche, et je me propose de le faire ici à partir de l’étude documentée et soigneuse de Zeev Sternhell dans « Les anti-Lumières, une tradition du 18ème siècle à la guerre froide » (2006). Ce livre, volumineux et précis, présente les contours et les principaux acteurs d’un courant idéologique qui, selon lui, a eu une importance capitale dans la vie des idées.

Démarrant avec Vico (un auteur italien) qui critique le rationalisme en 1725 dans son ouvrage « La science nouvelle » , le courant anti-Lumières se poursuit avec des auteurs aussi variés que Burke et Carlyle, Meinecke, Maistre, Renan ou Sorel.

Comme c’est le cas pour les auteurs des Lumières, il n’y a pas d’unité idéologique entre ces auteurs, mais plutôt un fond commun de pensée qui se base sur plusieurs présupposés et positions : refus du rationalisme et des droits naturels, mise en avant de la valeur des préjugés, inégalité fondamentale des hommes entre eux, caractère nocif de la démocratie et enfin, nationalisme. Ces positions ne se trouvent pas toutes chez tous les auteurs, mais elles tissent une tradition qui est cohérente et qui a fortement influencé tant les débats d’idées que l’histoire des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Les anti-Lumières affirment tout d’abord la valeur des traditions et s’insurgent contre leur remise en causes par la philosophie des Lumières. Ainsi, pour Burke, il faut critiquer la Révolution Française parce qu’elle a remis en cause, non pas l’ordre existant, mais bien le meilleur ordre possible ! D’après lui, l’ordre de l’ancien régime, basé sur les traditions et la chrétienté, est celui qui permet à la société de fonctionner au mieux. Le Moyen-âge est idéalisé, et les valeurs telles que l’héroïsme mises en avant. Quant à la Révolution Française elle n’aurait été que le résultat d’un processus de décadence. La raison et l’universalisme sont considérés comme des abstractions nivellatrices qui font perdre aux hommes leur singularité.

Ce corpus théorique ne sert pas une antimodernité, nous dit Zeev Sternhell, mais est bien à l’origine d’une autre modernité, parallèle à celle issue des lumières et qui a vocation à la supplanter. A une époque où l’idée de nation n’est pas encore formée complètement, les anti-lumières en font une notion transcendante, vivante et organique. Vico, repris par Herder et ses héritiers, considère que

« la marche des affaires humaines est conditionnée non par le hasard ou par des choix arbitraires, mais par leur contexte historique et social. […] Mais ce qui gouverne en dernière analyse la vie des hommes, que ce soit en famille ou dans le cadre de l’Etat, c’est la providence […] » (1).

C’est alors que Manneicke crée l’historicisme : l’historien doit examiner les faits sans émettre de jugement de valeur, dans un complet relativisme et en évitant la systématisation. Le rejet de l’universalisme par ce courant entraîne le fait que chaque nation et chaque époque doit être étudiée indépendamment, en cherchant la cause immédiate de chaque fait. C’est après cette élaboration intellectuelle que Herder produit le concept de « destin » , appliqué à la nation. Celle-ci est unique, et doit être étudiée comme telle. Pour les anti-Lumières l’universalisme et le rationalisme empêchent d’atteindre les particularismes qui expliquent l’histoire de chaque groupe humain.

Zeev Sternhell s’emploie à démontrer que les anti-lumières sont dans une lutte extrêmement violente contre la raison et son corollaire, les droits naturels. Selon Herder et Burke, la raison ne peut saisir les particularités de l’histoire d’une nation. Pour ce faire, il faut faire appel à l’empathie et à l’intuition, au sentiment. Soit le contraire de l’analyse et de l’abstraction.

« […] Les émotions, l’inconscient, les sentiments, l’intuition et finalement la foi remplacent l’intellect. […] Pour Herder, le doute, le scepticisme, la philosophie, les abstractions, la pensée éclairée tuent les forces vitales dans les hommes » (1).

Cet appel constant aux forces émotionnelles et religieuses a pour conséquence l’affirmation de la dangerosité du concept de droits naturels. En effet, pour les anti-Lumières, la raison n’ayant aucune capacité à saisir l’être humain dans son essence, elle ne peut être efficiente dans la détermination des règles de droits dirigeant les communautés. La seule cause première acceptable est donc par voie de conséquence « la toute puissance du créateur » (1). Les anti-lumières considèrent donc que la dissolution de l’ordre existant, rendu possible par la Révolution Française, est inacceptable et constitue une véritable abomination.

Pour eux, en plus de la Providence, la société doit être bâtie sur des préjugés. Loin de les condamner comme le font les Lumières, les anti-Lumières leur reconnaissent une valeur de premier plan. Selon Taine, chaque génération n’est que

« la gérante temporaire et la dépositaire responsable d’un patrimoine précieux et glorieux qu’elle a reçu de la précédente, à charge de la transmettre à la suivante. ».

Dans toute société, on retrouve « un résidu de justice, reliquat petit mais précieux que la tradition conserve. » . Voilà ce que sont les préjugés : une règle de bon sens, transmise de génération en génération, qui fait sens car elle intègre en elle des siècles d’expérience. « Le préjugé est une raison qui s’ignore » (Taine). C’est aussi une raison collective. Toujours pour Taine, il est le fondement de la civilisation, qui permet de sortir de l’état sauvage. Il y a donc une dépendance et une subordination de l’individu à la société, car celui-ci doit se soumettre à la tradition. La société, elle, est une « fondation à perpétuité » , que chaque génération se doit de laisser intacte. Et la société comprend « les structures du pouvoir, le régime, les institutions et en dernière analyse la nation. » (1). L’Etat et les préjugés sont une forme de « garde-fou » , qui empêchent l’individu de redevenir un sauvage. Dans ce contexte, il ne saurait être question de liberté. La société et sa conservation priment sur tout. La démocratie est aussi à rejeter, étant contraire à « l’ordre de la nature » (Burke). Quant à l’égalité, elle est une uniformité et un appel au pluralisme, donc forcément destructrice de l’ordre existant et de la société que l’on doit protéger.

C’est sur cette base qu’Herder modernise la notion de nationalisme. Pour les auteurs des Lumières, la nation n’est qu’une collection d’individus réunis par la raison, par leurs intérêts et par la défense de leurs droits. Herder, au contraire, en fait une communauté culturelle, ethnique et linguistique. La nation est une individualité inaccessible à la raison, pour les motifs exposés plus haut. Si l’on suit Ziev Sternhell, il est évident que le nationalisme est une conséquence directe et inévitable de la lutte contre les idées des Lumières et de la création de cette nouvelle modernité qui en découle. Ce cadre implique que la nation est considérée comme un être vivant et une totalité. Celle-ci s’exprime « de la manière la plus parfaite » (Z.S.) dans la langue.

« La question se pose donc : si chaque langue constitue le réservoir de pensée propre à une nation, la pensée peut-elle encore avoir une signification et une vocation universelle ? » (1).

Pour les anti-Lumières, la réponse est évidemment non. S’ils tentent de déclarer toutes les nations égales entre elles, très vite, dans leurs écrits, la nation à laquelle ils appartiennent se voit attribuer un rôle supérieur, un destin (souvent de guide des autres nations).

S’ajoute à cette modernisation de la notion de nation, la théorisation du « déclin » , notamment par Spengler. Celui-ci considère que l’histoire est faite d’une variété de cultures grandioses, qui ont chacune « une croissance et une vieillesse » . Ces cultures sont biologisées par l’emploi de qualificatifs végétaux, et de comparaisons à des arbres et des fleurs. Les cultures se succèdent sans se prolonger, et sont l’émanation d’une certaine « âme » selon l’interprétation de Spengler par Sternhell. Spengler fustige le cosmopolitisme et le sens froid des réalités qui ont entraîné la mort de l’empire Romain, et qui entraîneront la mort de toutes civilisations. Cette mort passera par une phase d’impérialisme, « symbole typique de la fin » . Pour la civilisation occidentale, le déclin est marqué par l’émergence de la raison, qui « arrache l’homme à son enracinement dans les forces du sang et du sol » (1). Il pense aussi que chaque civilisation passe par un moment de « Lumière » au début de sa décadence. L’époque de Spengler marque aussi la disparition de la foi chrétienne comme support qui empêche l’idéologie anti-Lumière de sombrer dans le nihilisme. Spengler, Croce et Sorel sont les principaux représentants de cette chute dans le nihilisme qui aboutira au culte de la mort ( « Viva la muerte » ) et du sacrifice dans les années 30. La suite, nous la connaissons. C’est le développement des idées fascistes, dont la genèse est très bien démontrée dans les autres ouvrages de Zeev Sternhell : Maurice Barrès et le nationalisme français – la droite révolutionnaire – Ni droite ni gauche et enfin la naissance de l’idéologie fasciste.

C’est un travail considérable qu’a effectué Zeev Sternhell. Il permet de battre en brèche certaines idées reçus sur les idéologies d’extrême-droite. Non, celles-ci ne sont pas incohérentes, ou bien folles. Elles sont cohérentes avec une tradition intellectuelle vieille de trois siècles qu’on aurait tort d’ignorer. Bien évidemment, tous les héritiers des anti-Lumières ne sont pas des fascistes. Mais la cohérence de cette pensée trouve son accomplissement dans les divers mouvements fascistes. Pour ceux-ci, au christianisme a été substitué un socialisme anti-marxiste, vitaliste et moral, qui a pour vocation d’unir les classes dans l’intérêt de la Nation, devenue remplaçante du prolétariat dans l’imaginaire révolutionnaire des fascistes.

Un aspect peu abordé dans « Les anti-Lumières… » , mais développé dans ses autres ouvrages, est la place prépondérante de l’antisémitisme dans l’expression de l’idéologie des anti-Lumières. Les nationalistes français ont remarqué que l’antisémitisme était un facteur profond d’unification des milieux populaires, et ils l’ont donc rénové pour en faire un outil politique puissant. Pour eux, les « Juifs » sont des cosmopolites trafiquants d’argent, qui détruisent les nations de l’intérieur. Cet antisémitisme se développe de concert avec un racisme plus général mais virulent. Par exemple, pour Taine, une civilisation n’est que le résultat de ces « trois forces primordiales : la race, le milieu et le moment » . Ce qui lierait les hommes entre eux, c’est avant tout la « communauté de sang et d’esprit » . Les Juifs sont, dans cette idéologie, des corrupteurs des races avec lesquelles ils sont en contact. Ils sont les propagateurs du rationalisme, et donc du déclin des civilisations.

Sternhell nous offre un imposant outil critique de cette modernité alternative, dont on a vu les conséquences dans le fascisme, mais dont on mesure aussi l’influence aujourd’hui auprès de toutes les idéologies postmodernes, promotrices d’un relativisme culturel généralisé et d’un antirationalisme violent. Les multiples passerelles qui se créent depuis des années entre les mouvements postmodernes et les mouvements réactionnaires, voire fascistes, ne sont pas seulement le fait d’un calcul stratégique. Ils résultent aussi d’une proximité idéologique radicale sur des bases nationalistes, différencialistes et antiscientifiques. C’est pourquoi les militants identitaires de « gauche » , tels que ceux PIR et ses avatars ont une dette intellectuelle immense vis-à-vis de penseurs européens profondément racistes (2).

(1) : Citations de Zeev Sternhell.

(2) : Voir par exemple « L’islamophobie, une invention du colonialisme français » , Anarchosyndicalisme !, n°149 http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article810

Article d’Anarchosyndicalisme ! n°152 déc 2016 – Janv 2017
http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article844

Télécharger le livre de Zeev Sternhell:


https://anarchosyndicalisme.wordpress.com/2017/09/20/zeev-stenhell-les-anti-lumieres

Les pauvres sont deux fois plus susceptibles de mourir de COVID-19 que les riches

Manchester Solfed

De nouvelles données révèlent que les plus pauvres d’Angleterre et du Pays de Galles ont été les plus durement touchés par le coronavirus. Les personnes vivant dans les zones les plus défavorisées sont mortes de Covid-19 au double du taux de celles vivant dans les zones les plus riches, selon de nouveaux chiffres de l’Office for National Statistics.

Les chiffres montrent que les personnes vivant dans les 10% les plus pauvres de l’Angleterre sont décédées à un taux de 128,3 pour 100 000, par rapport à celles vivant dans les 10% les plus riches, qui sont décédées à un taux de 58,8 pour 100 000, entre mars et mai de cette année.

Le fait que les maladies respiratoires touchent les moins aisés de manière disproportionnée n’est pas nouveau. Par exemple, la tuberculose, qui au pire était responsable de 1 décès sur 4 au Royaume-Uni, était connue comme une maladie des pauvres.

L’inégalité tue les gens, elle l’a toujours fait et le fera toujours.