BLASPHEME ! Ces anarchistes ne respectent donc rien ! (2)

Tome 2 : En Asie non plus !

Le blasphème, « Parole qui outrage la divinité, la religion, le sacré, et, par extension une personne ou une chose considérée comme quasi sacrée » selon le dictionnaire, est un acte de salubrité mentale qui a toujours fait partie de la pratique anarchiste.

Alors qu’aujourd’hui, y compris parmi les libertaires, on entends des discours tendant à vouloir restreindre cette liberté humaine fondamentale, il nous semble important de réaffirmer notre droit le plus sacré à cracher à la gueule de toutes les religions, de tous les dogmes.

Nous avons édité deux brochures pour rappeler aux trafiquants de mémoire, aux relativistes postmodernes et autres falsificateurs idéologiques que le blasphème fut pratiqué en tout temps et sur tous les continents où furent présents les anarchistes, et qu’ils entendent bien continuer car le combat contre la religion et ses dogmes n’est pas près d’être achevé.

Si tu veux être heureux, nom de Dieu, fout le bon dieu dans la merde !

Les brochures peuvent être téléchargées ici (tome 1) et (tome 2). Pour les recevoir au format papier, adressez un chèque de 8€ à CNT-AIT, 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE

TOME 2 : EN ASIE NON PLUS !

Le blasphème, crime imaginaire
INDE : Bhagat SINGH, pourquoi je suis athée
IRAN : Soheil ARABI : l’anarchisme c’est s’envoler pour toujours
CHINE : les anarchistes chinois, à l’origine de l’iconoclasme de la nouvelle culture
JAPON Uchiyama GUDO : le moine bouddhiste anarchiste et le crime de lèse-majesté
BANGLADESH : Lettre ouverte À Mark Zuckerberg
BLASPHEMES ! (en vietnamien, français et anglais)

BLASPHEME ! Ces anarchistes ne respectent donc rien ! (1)

Tome 1 : de Ravachol à Mila, FOUT L’BON DIEU DANS LA MERDE !

Le blasphème, « Parole qui outrage la divinité, la religion, le sacré, et, par extension une personne ou une chose considérée comme quasi sacrée » selon le dictionnaire, est un acte de salubrité mentale qui a toujours fait partie de la pratique anarchiste.

Alors qu’aujourd’hui, y compris parmi les libertaires, on entends des discours tendant à vouloir restreindre cette liberté humaine fondamentale, il nous semble important de réaffirmer notre droit le plus sacré à cracher à la gueule de toutes les religions, de tous les dogmes.

Nous avons édité deux brochures pour rappeler aux trafiquants de mémoire, aux relativistes postmodernes et autres falsificateurs idéologiques que le blasphème fut pratiqué en tout temps et sur tous les continents où furent présents les anarchistes, et qu’ils entendent bien continuer car le combat contre la religion et ses dogmes n’est pas près d’être achevé.

Si tu veux être heureux, nom de Dieu, fout le bon dieu dans la merde !

Les brochures peuvent être téléchargées ici (tome 1) et là (tome 2). Pour les recevoir au format papier, adressez un chèque de 8€ à CNT-AIT, 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE

TOME 1 : de Ravachol à Mila, Fout l’bon dieu DANS LA MERDE !

Liberté de conscience

Si tu veux être heureux, fout l’bon Dieu dans la merde ! (La chanson du Père Duchesne 1892)

Dieu est-il un être ? S’il en est un c’est de la merde. (Antonin Arthaud + Maurice RAJFUS)

NOTRE DAME : ENFIN UNE EGLISE QUI ILLUMINE !

MAIS CHÂTREZ-LES DONC !

DIEU N’EXISTE PAS (Lucifer)

Les pionniers de la liberte : quand les anarchistes juifs inventaient les apéros saucissons devant les synogogues …

La grève des locataires de Guadalajara de 1922 : Syndicat révolutionnaire des locataires contre Syndicat catholique

LA PESTE RELIGIEUSE (Johan Most)

Du Wahhabisme à l’athéisme : Abdallah Al Quassimi

A propos du « respect » : que messieurs les religieux commencent

L’obscurantisme est tout sauf respectable

Charlie Hebdo : après la tuerie (7 janvier 2015)

Ayons le culte de l’esprit critique

Le « mais » qui tue

Camarades, contre l’État et contre tous les prêtres, Vive le blasphème !

LUMIÈRES D’AUJOURD’HUI EN PAYS MUSULMANS

Rébellions et résistances

Sourate Corona

Lettre de Cavanna aux culs-bénits

Osons la vérité

TOME 2 : EN ASIE NON PLUS ILS NE RESPECTENT RIEN !

Cliquer ici

L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses

L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses
suivi de :
Fédéralisme et réseau : pour une organisation anarchosyndicaliste fédérale du XXIème siècle

Cet ensemble de questions / réponses est le fruit de l’expérience des luttes, des discussions et des réflexion des membres de la CNT-AIT des 20 premières années du XXIème siècle, qui les ont amené à redéfinir ce qu’était pour eux les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme. Il ne s’agit pas d’un dogme figé et indépassable, mais un point de départ pour continuer le débat avec les personnes intéressées par l’anarchosyndicalisme, principe et outil vivant en perpétuel façonnement.

L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses

suivi de :

Fédéralisme et réseau : pour une organisation anarchosyndicaliste fédérale du XXIème siècle

Cet ensemble de questions / réponses est le fruit de l’expérience des luttes, des discussions et des réflexion des membres de la CNT-AIT des 20 premières années du XXIème siècle, qui les ont amené à redéfinir ce qu’était pour eux les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme. Il ne s’agit pas d’un dogme figé et indépassable, mais un point de départ pour continuer le débat avec les personnes intéressées par l’anarchosyndicalisme, principe et outil vivant en perpétuel façonnement.

Table des matières :

1.    Anarchosyndicalisme : notre définition

2.    Voter, est-ce agir ?

3.    La violence des masses est-elle contre-révolutionnaire ?

4.    Le syndicalisme doit-il être non-idéologique (neutre) ?

5.    Les syndicats réformistes sont-ils un « mal nécessaire » ?

6.    L’unité, avec qui ?

7.    Comment de telles structures doivent-elles fonctionner ?

8.    Qui a besoin de la représentativité ?

9.    Faut-il lutter pour des revendications immédiates ?

10.    Quel mode d’organisation construisons-nous ?

11.    Fédéralisme et réseau

     a)    LE FEDERALISME
     b)    LE RESEAU
          i)    Tout d’abord, qu’entendons-nous par organisation en réseau ?
          ii)    Le réseau s’oppose-t-il au fédéralisme ?
     c)    ANARCHO-SYNDICALISME & RESEAU

12.    Militer en reseau fédéral

     a)    MAIS QU’EST-CE QU’UNE ORGANISATION ?
     b)    STRATEGIE ORGANISATIONNELLE…
     c)    … & QUESTIONS PRATIQUES    
     d)    LA GESTION DU RESEAU

13.    Fédéréseau

     a)    Le fédéralisme pyramidal
     b)    Le fédéralisme en réseau

14.    LES RAISONS DE LA COLERE

TECHNIQUES DE LUTTES

Ce texte (qui est issu d’une brochure) est en fait la compilation de 20 ans d’expérience des militants de la CNT-AIT en terme de luttes en entreprise. Parce que nous sommes convaincus, et ntore pratique le démontre, qu’il y a d’autres alternatives pour la lutte en entreprise que de se présenter aux élections professionnelles. Nous sommes persuadés – et l’expérience le montre – que l’action directe paye, et plus que la médiation et la représentation.

Ce texte cherche à faire découvrir ou populariser les techniques de lutte syndicale car dans toute bataille, il faut partir de quelques idées fortes :

Porter à l’adversaire plus de coups qu’il ne peut vous en porter, voire lui porter des coups qu’il ne peut rendre.

Analyser le rapport de force :

-  Numériquement, combien nous sommes ;
-  L’impact sympathie/rejet de la lutte par les autres salariés, par la population ;
-  Les contraintes financières, c’est à dire les moyens en fric pour continuer la luttes.

Eviter l’épuisement des forces, des luttes dures d’emblée peuvent être une faiblesse : le patronat a, dans sa gestion, programmé ce type d’effets sporadiques : production transférable, reprise de production ailleurs, stocks, jaunes, intérim, réserves financières, etc.

Savoir stopper une lutte, éviter le jusqu’au-boutisme quand on n’est pas en situation favorable. Continuer à occuper minoritairement l’entreprise finit par offrir au patron des mécontents manœuvrables contre les grévistes. Les pertes de salaires sont telles que la reprise d’une lutte deviendra difficile. L’écœurement joue contre la mobilisation.

Prévoir des solutions de replis, de luttes ou de revendications.

Analyser l’histoire, la stratégie, les buts des forces en jeu : Bourgeoisie/salariés (patronat dur ou modéré, salariés plutôt revendicatifs ou pas) Organisation/luttes (si les syndicats sont plutôt mous ou radicaux, si les luttes bénéficient d’expérience autonome, etc.)

LES LUTTES SE DEFINISSENT PAR LES CATEGORIE SALARIALE, LEUR TERRITORIALITE OU ENCORE PAR LEUR CONTENU :

Catégories salariales : Luttes des OS, des ouvriers qualifiés, des postiers ou des infirmières, des IATOSS ou des enseignants etc…, appelées luttes catégorielles. Si la luttes est le fait de toute une entreprise ou établissement et porte sur des revendications pour l’ensemble du personnel, la lutte est inter-catégorielle.

Territorialité : Si la lutte a lieu dans un seul établissement, c’est une lutte au niveau du site. Exemples : luttes au CHU de Caen, à Moulinex, Caen.

Une lutte au niveau du groupe se situe sur plusieurs sites mais au sein d’un même groupe. Exemple : luttes au niveau du groupe Renault.

La lutte peut être celle d’un secteur d’activité (branche). Exemples : secteur santé, chimie ou métallurgie. Une lutte peut avoir lieu sur l’ensemble des secteurs d’activité et des sites.

Contenu : Le contenu revendicatif de la lutte peut être matériel (salaires, retraites, condition et temps de travail, Sécu …), politique (retrait d’une loi, critique d’une politique anti-sociale, conquête de nouveaux droits syndicaux, constitution de contre pouvoirs salariés dans une entreprise …). Il peut aussi évidemment mélanger les 2 aspects : par exemple, simplification et homogénéisation par le haut d’une grille de qualification dans une branche donnée. Cette revendication matérielle permet également de favoriser l’unification des travailleurs de cette même branche et donc d’ouvrir des perspectives de luttes plus importantes.

Les luttes peuvent aussi être menées tout simplement en solidarité avec d’autres luttes.

LES DIFFERENTS TYPES DE LUTTE :

-  La protestation verbale : c’est le type de lutte le plus simple.

-  La pétition : c’est un écrit dénonçant, réclamant, exprimant un désaveu, un désir. La pétition peut quelque fois influencer, faire obtenir de menus avantages le plus souvent illusoires et démagogiques. Certains syndicats ne faisant ou ne voulant rien faire, ils se dédouanent par une pétition à des fins électorales ou pour avoir bonne conscience

-  Le débrayage : c’est la cessation d’activité pendant une courte durée maximum quelques heures. Le débrayage exprime déjà un mécontentement plus grand, la naissance d’une certaine radicalité. Le débrayage est utilisé comme pression pour des négociations sur des effets à court terme ou des revendications mineures. Exemple : manque de chauffage, problèmes de primes, de salissures ou de casse-croûte etc.

-  La grève perlée : débrayage d’une partie du personnel puis reprise tandis qu’une autre partie débraye et ainsi de suite. Avantage : perte de salaire minimum par individu tandis que l’établissement est pratiquement paralysé et que l’employeur paie ses salariés devenus peu productifs voire inactifs. L’employeur tentera de faire travailler les non grévistes, l’encadrement, ou les intérimaires. Si cela ne s’avère pas suffisant, il fermera l’entreprise pour un temps, c’est le lock out qui lui évite de verser des salaires à des gens inactifs.

-  Le coulage : freiner la production en étant le moins productif possible.

-  La grève du zèle : application stricte ou excessive des consignes et des règlements entravant le bon fonctionnement de la production.

-  La grève limitée : les salariés cessent le travail pour une durée limitée.

-  La grève illimitée : cessation du travail par les salariés jusqu’à ce que ceux-ci décident de reprendre le travail. Avantage : exprime une certaine radicalité, une participation à la lutte, bloque tout ou partie de la production. Inconvénient : perte de salaire importante pour les grévistes. L’établissement peut continuer à produire avec des intérimaires, des non grévistes. La production peut être réalisée sur un autre site.

-  Le piquet de grève : mise en place de barrages pour empêcher les non grévistes de pénétrer dans l’établissement pour réaliser l’ouvrage. Les conditions matérielles du piquet sont souvent déplorables : pas d’abris, soumis aux intempéries. Une partie des non grévistes arrivent parfois à pénétrer dans l’établissement ou bloqués à l’intérieur ils continuent d’assurer la production.

-  La grève avec occupation : les grévistes investissent le secteur visé, évacuent les non grévistes, détournent à leur profit la logistique : salles de réunions, réfectoires, dortoirs, photocopieuses, téléphones et véhicules.

-  yLa lutte intra muros : se limite à l’intérieur de l’établissement.

  La lutte extra muros : aller envahir et occuper tel établissement ou une administration favorable à l’employeur : Direction Départementale du Travail et de Emploi, justice, mairie, local de parti politique, siège d’un journal, Chambre de Commerce et d’Industrie, quartier résidentiel des cadres ou de l’employeur, entreprise où a été transférée la production.

LA LUTTE DOIT CHERCHER LA COMPLICITE ET LE SOUTIEN DE LA POPULATION, EXPLIQUER LES REVENDICATIONS ET EVITER DE GENER LE PLUS POSSIBLE LES SALARIES ET/OU LES USAGERS.

  La manifestation de ville : elle fait découvrir le conflit, popularise la lutte, maintient la pression, permet de jauger le rapport de force.

  La manifestation nationale voire internationale obéit aux mêmes règles que celle de ville mais à une plus grande échelle.

  L’intox : produire rumeurs, informations en tout genre pour fragiliser l’adversaire.

  Le discrédit : rendre publiques des critiques sur la qualité des produits ou services de l’établissement.

  Le sabotage : (voir cahier de l’anarcho-syndicalisme n°15 : « Le sabotage » par Emile Pouget) Cette vieille méthode de lutte est toujours pratiquée bien que non médiatisée. Elle doit être manipulée par des individus conscients des risques ou de l’effet catastrophique à terme de certaines destructions pouvant entraîner la fermeture de l’entreprise. Peut être qu’une graduation doit être introduite pour éviter des problèmes néfastes. Le sabotage est une arme très efficace, peu coûteuse pour les grévistes, très nocive pour l’employeur. Il faut toujours conserver à l’esprit que la lutte doit nuire à l’employeur mais pas aux usagers salariés eux-mêmes, ex : les services publics, les transports, EDF, santé, alimentation, etc.

  La ré appropriation : reprise sous le contrôle des salariés de biens produits par l’entreprise c’est-à-dire par eux-mêmes.

  La vente sauvage : vente par les grévistes des stocks de l’entreprise pour constituer un trésor de guerre qui les indemnisera.

  La production sauvage : les grévistes utilisent les machines de l’entreprise pour produire des biens qu’ils vendent directement à la population en en réduisant le prix ce qui satisfera tout le monde et apportera des liquidités aux grévistes.

  Le travail sauvage : utilisant leurs propres outils les grévistes réparent fabriquent ou rendent des services aux particuliers moyennant finances. Exemples les coiffeurs de Rennes qui, sur une place publique coupèrent les cheveux. L’argent payé pour ce service allait à la caisse de grève. En Australie, les chauffeurs de tramway, pendant une grève mirent les trams en circulation gratuitement pour la population.

  Le boycott : sur demande des salariés en lutte dans une entreprise, ne pas utiliser ou acheter telle production ou tel service fournis par cette même entreprise. Exemple : le comité de lutte appelle la population à ne pas consommer telle marque de produit tant que les revendications ne sont pas satisfaites.

  La désobéissance civile : refus d’appliquer, de se soumettre aux lois de l’Etat. Exemple : soutenir et aider des personnes réprimées. Ne pas payer l’impôt, refuser de présenter ses papiers d’identité, de faire l’armée… etc.

  La grève généralisée : situation de grève touchant tout un secteur ou plusieurs secteurs de production ou bien une région, un pays ou un groupe de pays.

  La grève générale : grève intercatégorielle, intersectorielle sur un territoire donné région, pays, international. Action consciente et concertée, ce qui la différencie de la grève généralisée. C’est l’arme voulue, souhaitée, défendue par les anarcho-syndicalistes. C’est l’acte ou toute une masse, qu’elle le sache ou non, s’anarchosyndicalise. En effet, à ce stade, les gens en lutte entendent défier leurs adversaires. Ils ne s’en remettent pas au verdict des urnes, ni au gouvernement qui en est issu, ni aux promesses à venir. Les gens en lutte, s’appuyant sur l’action directe, entendent ici et maintenant faire aboutir leurs revendications. La grève générale marque et exprime l’affrontement de classes clairement. Si elle est massive, le rapport de force est optimum et d’autres choix peuvent apparaître.

  La grève générale insurrectionnelle : les grévistes, pour diverses raisons, deviennent émeutiers, barricadiers. Partout le peuple en armes se soulève ouvrant la perspective d’une possible expropriation des capitalistes.

  La grève générale expropriatrice : les grévistes, maîtres de la rue, s’emparent des moyens de production, d’échange, de communication. Les entreprises, le commerce, les administrations sont placés sous le contrôle des comités de luttes. C’est le prélude à un changement social profond d’où, à notre avis, devrait sortir le communisme libertaire.

QUELQUES CONSEILS

Voici donc présentés un certain nombre de techniques de luttes faisant partie de la culture syndicale. Il appartient à chacun d’en juger l’usage. Mais je pense que chaque technique doit correspondre à l’enjeu. Inutile de déployer de gros moyens pour un petit enjeu. Exemple : pour une petite revendication, le débrayage, la grève perlée, le coulage, le zèle sont suffisants.

Si cela s’avérait insuffisant, graduer le passage à des luttes plus radicales. Toujours maintenir la pression, aller crescendo car partir fort puis revenir en arrière marque une faiblesse que l’adversaire sait analyser et travailler.

Se méfier des faux radicaux, analyser si ceux qui propagent le radicalisme sont sincères, même s’ils ont raison ou tort sur le moment. Ceux qui poussent à un conflit dur non adapté, tentent soit de jouer dur pour coller avec les grévistes afin d’obtenir leur confiance et, par la suite, tuer la lutte, ou bien, sachant que l’échec est assuré, veulent capitaliser en terme d’élection la sympathie obtenue. S’ils sont de mèche avec l’adversaire, ils feront éclater un conflit dur aboutissant à un échec qui pèsera lourd quand une attaque du patron (restructuration, licenciements, etc.) sera à l’ordre du jour car les pertes de salaire subies ne permettront pas aux travailleurs de redémarrer un conflit.

Analyser les rapports de force. Exemple : la proximité d’élections syndicales ou politiques qui poussent les pouvoirs publics à éviter des conflits,

Analyser le niveau de mécontentement de l’opinion publique ou encore la situation financière et économique des établissements où les grévistes veulent agir.

Examiner l’état des stocks, s’ils sont importants, l’employeur pourra continuer à vendre ses produits et, parallèlement, baisser sa masse salariale (salaires versés) pour des raisons de grève. En revanche, des stocks faibles ou périssables le gênent beaucoup. Attention à l’annualisation du temps de travail (flexibilité) qui l’avantage suivant la loi d’annualisation, l’employeur peut faire faire plus d’heures de travail que la durée légale hebdomadaire et, de fait, reproduire plus rapidement ses stocks et honorer les commandes en retard suite au conflit (voir le cahier de l’anarcho-syndicalisme n°5 : « Réflexion sur le chômage »).

Examiner l’état des commandes, l’importance des réserves financières, les possibilités de transfert de production sur un autre site. On peut préparer le terrain d’une lutte en utilisant, combinés ou pas, la grève perlée, le zèle, le coulage, le sabotage, l’absentéisme pour réduire la production.

Eviter la répression en faisant en sorte que les grévistes ne soient pas identifiés, que l’adversaire ignore le plus possible qui est qui et qui fait quoi. Occulter si possible le nombre de personnes en conflit, les dates et lieux de leurs réunions. Décider au tout dernier moment des actions pour éviter les divulgations.

Opter pour un comité de lutte plus large que les seules sections syndicales. Le comité de grève, lieu unitaire, doit être géré par l’assemblée générale des grévistes.

Multiplier les commissions : médias, bouffe, propagande, finance, production sauvage, travail sauvage. Cela oblige l’adversaire à multiplier l’intervention de jaunes contre les grévistes.

Appliquer la démocratie directe des assemblées générales souveraines pour éviter qu’un petit groupe s’empare de la lutte à des fins autres que celles décidées par l’A.G.

Inutile d’envoyer des personnes discuter avec le patron, le directeur, le conseil d’administration. Inutile d’envoyer les délégués du personnel et autres personnes soi-disant spécialistes de la négociation. Elles ne servent à rien sinon à vous faire croire à leur utilité ou vous obliger à la délégation de pouvoir et vous persuader de la nécessité des syndicats réformistes. La bourgeoisie sait utiliser et utilise des outils pour analyser un malaise. Ex : que la production ralentisse ou que la mauvaise qualité de l’ouvrage, l’absentéisme ou le sabotage augmentent, elle conclura très vite que les salariés sont mécontents même si elle le nie ou le cache. Qu’une grève éclate ne nécessite en rien que les soi-disant représentants élus des salariés se précipitent devant la direction pour le lui dire, elle le sait, elle sait même ce qu’elle proposera aux grévistes. Le délégué du personnel ne sert à rien.

Envoyez à la presse, à la population ou à l’employeur par courrier signé du comité de lutte vos revendications.

Si l’employeur veut négocier ou proposer ou satisfaire les revendications, qu’il fasse connaître ses propositions par la presse, par voie d’affichage ou prise de parole devant les salariés. Le comité répondra par écrit. Inutile d’envoyer des délégués négocier, ils risquent fort de se contenter de miettes ou de défendre leurs idées plutôt que les vôtres surtout s’il s’agit d’élus des syndicats réformistes.

Obligez l’adversaire à signer un accord de non répression suite au conflit. Le contraindre au paiement des jours de grève. Il faut tenter de minimiser les incidences financières du conflit pour les salariés, de cette façon, si le patron tente de contre-attaquer, les salariés, non affaiblis, pourront déclencher un nouveau conflit.

Dans cette logique, faites des collectes, des concerts, des fêtes de soutien financier. Agissez sur les mairies, les aides sociales, les caisses de secours (Sécu, ASSEDIC, Comités d’Entreprise, etc.) pour trouver du fric.

LEGALISME – ILLEGALISME

Il faut user le plus possible de la légalité et éviter ainsi des problèmes de répression éventuelle. Mais nous devons constater que la légalité s’accommode mal de nos intérêts. Très vite, pour satisfaire leurs objectifs, les travailleurs doivent agir illégalement : piquets de grève, occupations, production sauvage. Mais nous devons en analyser froidement les avantages et les répercussions. Vous découvrirez très vite que la loi légitimée par l’Etat n’est pas neutre et sert l’intérêt de la bourgeoisie.

Partant de l’idée de Bakounine « Le droit n’est que le fait illustré par la force », deviendra légal ce que nous imposerons.

VIOLENCE – NON VIOLENCE

A l’occasion ce n’est pas forcément l’une ou l’autre, ça peut être les deux un conflit plutôt pacifique avec des poussées violentes et vice versa.

Tantôt un conflit non violent et déterminé peut être efficace, tantôt ce sera le contraire. Une bonne manifestation massive et sage peut être efficace mais une manifestation violente peut l’être tout autant. C’est une question de contexte et de choix des gens en lutte.

Toutefois, se méfier de la violence et de qui la provoque (si ce sont les grévistes ou les adversaires).

Les anarcho-syndicalistes sont partisans d’un monde sans violence, sans armes tel est leur but.

Hélas, nous constatons que la résistance agressive active des salariés est légitime face à la violence de la bourgeoisie : exploitations, licenciements, guerres, prisons, pollutions.. .etc.

S’ORGANISER

Nous devons aussi penser le mode d’organisation adéquat pour lutter. Le syndicalisme actuel de gauche défend-t-il réellement les intérêts des travailleurs ou quels autres intérêts ? Est-il adapté à la lutte, la défend-t-il, n’introduit-il pas des modes de concertation, de médiation favorables à la bourgeoisie ? Pacifie-t-il ? Faut-il radicaliser ? Les protections juridiques des élus sont-elles efficaces ? Les élus syndicaux sont-ils bien protégés ?

Apparemment, vu les milliers d’entre eux qui ont été licenciés, non. De fait, élu ou pas, protégé ou pas, participer à des actions illégales vous expose aux licenciements. Donc les protections dans ce cadre ne servent à rien.

Pire, essayer de se protéger par les moyens légaux conduit les adeptes de ces pratiques à respecter la loi favorable aux patrons, à ne pas participer aux luttes sortant du cadre légal donc à défendre la légalité bourgeoise et à être contre-révolutionnaire.

Jouer le double langage, légaliste en façade et illégaliste dans les faits, n’est souvent pas tenable car les élus syndicaux ou politiques, consciemment ou inconsciemment, sont obligés de défendre le cadre légal donc de le renforcer et de taire leurs critiques pour obtenir les protections légales dues à leur mandat. Surtout que, par la suite, le cadre légal offrant des avantages à l’individu, il devient difficile de le rejeter (voir cahier de l’anarcho-syndicalisme n°10, « A propos des institutions représentatives du personnel »).

Et puis, n’ayez crainte, si la lutte menace la bourgeoisie, celle-ci saura faire fi des lois et renverra les élus de toute sorte méditer sur le droit.

Un militant anarcho-syndicaliste

(publication initiale sur internet : mardi 28 mars 2006)

Version en arabe / العربية : http://cnt-ait.info/2019/10/05/technique-ar

Version en portugais / portuguêse : http://cnt-ait.info/2019/06/05/tecnicas-de-luta

Version en anglais / in english : http://cnt-ait.info/2019/12/21/methods-of-struggle-anarchosyndicalist-tactics/

II. La mise en place d’une santé publique anarchiste

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Nous continuons notre série sur l’oeuvre de Santé publique des anarchosyndicalistes pendant la Révolution espagnole .

Le premier volume ( LIEN ) était consacré aux mesures prises en urgence face à un évènement sanitaire et politique, imprévu et brutal, en l’occurrence une Révolution. Nous avons vu comment les anarchosyndicalistes ont dû faire face, dans l’urgence, pour prendre en main le système de santé publique, alors qu’ils manquaient de personnel qualifié et de matériels, et qu’ils devaient en plus affronter une guerre civile. Le fait que les anarchosyndicalistes se soint préparés, idéologiquement et pratiquement, pendant des dizaines d’années, à cette éventualité, y compris dans le domaine sanitaire, leur a permis de faire preuve des qualités requises pour le gestion des crises sanitaires : anticipation, préparation (preparadness), réactivité. Ainsi il n’y eu pas dans le camp républicain d’effondrement du système sanitaire, il n’y eu pas d’épidémie par exemple, au grand étonnement des délégations de la Croix Rouge et du Comité d’Hygiène de la Société des Nations venus inspecter sur place.

Dans ce second volume, nous abordons la question de quelle politique de santé publique de long terme a été mise en place par les anarchosyndicalistes une fois le temps  de l’urgence absolue réglée. Car c’est un fait significatif que – même si la situation sanitaire a toujours été sous une tension très critique du fait de la guerre civile – les anarchosyndicalistes ont malgré tout essayé d’ébaucher ce que ce serait une Santé publique « d’après crise » :  universelle, au service de la population,  mettant l’accent sur la prévention,  socialisée et décentralisée.

Des réformes structurelles ambitieuses et visionnaires – qui ne furent mises en place parfois que plusieurs dizaines d’années après dans nos « démocraties libérales » – furent initiées : laïcisation des services de santé et d’assistance, socialisation, médecine préventive, légalisation de l’avortement, réforme de la psychiatrie, approche intégrée de la santé (concept « One health ») … Cette vision culmina avec le Congrès National de la Santé de 1937 qui equissa une proposition de concept de Santé publique d’un point de vue anarchiste, qui reste d’une actualité brûlante. La santé y est en effet décrite comme un état total de bien être, physique, mental et social, définition que l’OMS reprendra à son compté mais sans vraiment mettre l’accent sur le domaine social …

Ce second volume contient des traductions d’articles d’époque ou d’articles universitaires, dont certains pour la première fois en Français comme le décret sur l’avortement de 1936 en Catalogne, l’analyse retrospective de Federica Montseny sur son action dans le domaine de la santé ou encore l’oeuvre de  de Félix Martí Ibáñez, qui écrivit une psychanalyse de la Révolution Espagnole en plein coeur de l’action en 1937, et qui peut toujours nous servir comme support de réflexion et de débat sur les objectifs et l’organisation d’un mouvement révolutionnaire.

Vos commentaires et remarques sont toujours les bienvenus,

Bonne lecture !

La brochure fait 104 pages, au forma A5. Elle peut être téléchargée ici :

On peut aussi la commander au format papier en envoyant un mail à contact@cnt-ait.info, prix 8 Euros, frais de port compris.

INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé

– L’anarchisme espagnol dans le débat sur la santé en Espagne: santé, maladie et médecine (1930-1939)

1.Introduction: le débat autour de la santé, de la salubrité et de l’hygiène
2. La CNT et le concept de médecine sociale
3. Le discours anarchiste sur les «maladies sociales»
4. Le problème de santé pendant la guerre civile : la CNT et le contrôle de la santé catalane
5. Conclusions

– Vers une définition de la Santé Anarchiste : le Congrès National de la Santé de mars 1937

Finalité : la santé d’un point de vue anarchiste
Principe : Le système de santé d’un point de vue anarchiste
Tactiques : mise en œuvre des principes pour atteindre la finalité

– La santé dans la Révolution sociale et libertaire de 1936

La culture sanitaire dans le mouvement libertaire
La Révolution en Catalogne et son impact sur le système de santé
La Révolution à Valence et son impact sur le système de santé
La Révolution en Aragon et son impact sur le système de santé

– La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY (1986)

Organisation du Ministère
Santé
Le Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Assistance Sociale
Invitation du Comité d’Hygiène de la Société des Nations
Création de l’Office Central d’Evacuation et d’Assistance aux Réfugiés
Le problème de l’avortement
La lutte contre la prostitution
Considérations finales

– Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

De l’infanticide à l’avortement
L’Espagne des années 1930
Félix Martí Ibáñez
Le Décret sur l’interruption artificielle de grossesse
L’idéologie du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse
L’application du décret d’interruption artificielle de la grossesse
Influence du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse en Espagne
En synthèse

– Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

– Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

– Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez

Données biographiques
Martí-Ibáñez et la psychologie avant la guerre civile
La réforme de la psychiatrie pendant la guerre civile
Psychanalyse de la guerre civile
Le travail psychologique d’un exilé

Annexes

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE

LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938)

Premier Volume : Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite


Les questions de santé ont joué un très grand rôle dans la structuration de la pensée anarchiste en Espagne, depuis son apparition à la fin du XIXème siècle, et les professionnels de santé, médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens … ont joué un rôle très actif tant du point de vue idéologique, théorique que pratique et organisationnel.

Ce phénomène n’est pas exclusif à l’Espagne. Dans tous les pays où les idées libertaires ont pris racine, il est courant de trouver des professionnels de la santé parmi ses militants . C’est même logique : les médecins et autres agents de santé ont été les témoins directs des effets de la révolution industrielle sur les conditions de vie et de travail du prolétariat. Il est fréquent que dans leurs publications ils proposent des mesures en solution à ces problèmes de santé, véritables épidémies sociales. Certains considèrent même que la seule thérapie possible est la transformation radicale de la société.

Mais en Espagne, la participation des « sanitarios » dans le mouvement libertaire à connue des proportions véritablement structurantes. Le livre « la finalité de la CNT-AIT, le Communisme Libertaire », véritable boussole de référence du mouvement anarchosyndicaliste espagnol, n’a-t-il pas été écrit par le médecin Isaac Puente, dont Federica Montseny – future ministre anarchiste de la santé – a pu dire : « indiscutablement, le docteur Isaac Puente fut le principal inspirateur des réalisations collectives de la Révolution espagnole ».

La spécificité du mouvement anarchiste espagnol,  particulièrement dans le secteur de la santé, est qu’il a tenté de mettre en application, sur une grande échelle géographique, les principes anarchistes et de les confronter à  la réalité, même si ce fut dans les conditions effroyables d’une guerre civile, qui rendait les problèmes de santé encore plus aigus (blessés de guerre, réfugiés, pénuries de personnels et de matériel, risque d’épidémies, …).

Témoin de cette intense participation des professionnels de santé dans le mouvement anarchiste espagnol, la presse libertaire espagnole, dont le nombre de titres continue de surprendre les historiens et les militants actuels, a recueilli un grand nombre d’articles, d’informations, de courriers des lecteurs et de conférences données par des professionnels de la santé dans les centres libertaires et les athénées (centre sociaux libertaires). Cela ne signifie pas que tous les auteurs de ces articles, pas même la majorité sûrement, partageaient l’intégralité des idées anti-autoritaires des journaux dans lesquels ils s‘exprimaient, mais ils savaient que c’était là le moyen le plus direct de rapprocher leurs idées de la partie la plus active du prolétariat. Il y eu des influences réciproques entre le mouvement anarchosyndicaliste et les mouvements populaires de santé d’autres obédiences – socialiste notamment – tant et si bien que lors de la Révolution de 1936, la vision globale de l’organisation de la santé révolutionnaire était globalement partagée, dans le sens anarchiste d’un système de santé socialisé (pas forcément étatisé), universel, laïque et gratuit, avec un système de santé intégré, laissant une plus grande part à la prévention.

Cette série de brochures en 4 parties  essaye de mettre en lumière ce qui a animé ces centaines et ces milliers de militants, sur plus d’un siècle : l’aide mutuelle et la solidarité, l’humanisme avant tout. Ils étaient persuadés que la meilleure des thérapies face à une société malade, reste encore la Révolution, sociale et libertaire.

L’objectif de ce travail de compilation de textes, écrits par des militants dans le feu de l’action ou par des universitaires plusieurs décennies après que la passion révolutionnaire soit retombée, n’est pas de se complaire dans la nostalgie d’une Utopie perdue qui ne reviendrait jamais.
Alors que l’Humanité est secouée par une crise sanitaire, qui se transforme en crise politique et économique majeure dont on dit qu’elle annonce un changement d’organisation du Monde ; il nous semble essentiel de revenir sur cette période de la Révolution espagnole dont on sait qu’elle a été l’annonciatrice des bouleversements mondiaux ultérieurs.

Il est de bon ton, chez les commentateurs académiques, universitaires, journalistiques ou politiques, de dire que l’Anarchie est une situation de désordre absolu, et que les Anarchistes sont au mieux de doux rêveurs, au pire de dangereux casseurs. La crise que nous vivons en ce moment avec le Covid 19 nous démontre au contraire que le désordre absolu que nous vivons actuellement n’est pas l’Anarchie mais le chaos, et qu’il  n’est pas le fruit d’une politique anarchiste, mais bien le résultat combiné de l’action du Capitalisme et de l’État.

L’expérience de la CNT-AIT en Espagne nous montre que – confronté à une situation aussi soudaine que celle du Covid-19, les anarchosyndicalistes ont néanmoins réussi à refaire tourner quasi immédiatement le système de santé, et ce alors que la plupart des cadres de santé avait fui et qu’ils manquaient d’absolument tout. La différence vient du fait que si la crise (le Révolution) n’avait pas été prévue par les anarchistes (le facteur déclenchant est venu d’un coup d’état fasciste qui n’avait pas été annoncé), au moins l’avaient ils prédite – et même appelée de leurs vœux – et donc ils s’étaient patiemment organisés, et ce pendant plus de 70 ans, pour être prêt, le jour venu, à faire face.

C’est cela qui manque au Capitalisme et à l’état pour faire face aux épidémies : le sens de l’Histoire. Or on sait qu’en cas d’épidémie, les facteurs clés pour empêcher sa propagation sont la préparation, la détection précoce et la réaction rapide. Et que ce n’est pas en temps de « guerre » que ces aptitudes se préparent.

Les militants anarchosyndicalistes espagnols ont fait la preuve de leur capacité d’anticipation et de préparation et si la révolution espagnole a débouché sur une crise politique majeure puisque Guerre Civile, au moins faut il leur reconnaître qu’elle n’a pas débouché sur une crise sanitaire puisque – du moment que les anarchistes étaient responsables de la santé de la population en zone républicaine, aucune épidémie n’a été à déplorer, et ce au grand étonnement même des meilleurs spécialistes mondiaux qui étaient venus inspecter la situation s’attendant à trouver une situation sanitaire explosive.

Si l’on compare ce que les ouvriers, les paysans espagnols, et quelques médecins et infirmières qui étaient restés ont pu accomplir en si peu de temps en 1936 en temps de guerre, avec les prouesses de 2019 du système de santé des armées françaises, qui coûte des millions d’euros et qui dispose de profusion de matériel et de personnel mais qui n’a pas été foutu de monter une tente barnum avec 30 lits de réanimation en moins de 3 semaines pendant l’épidémie Covid, on ne peut s’empêcher de penser que oui, décidément, l’Anarchie est la plus haute expression de l’Ordre, et qu’il serait souhaitable pour notre santé et le bien-être de l’humanité et de la planète, que l’on prenne exemple sur les révolutionnaires espagnols de 1936 …

La définition anarchiste de la santé est « État total de bien-être, physique, mental et social » ». Pour rétablir l’Harmonie, entre les humains comme avec la Planète, condition sine qua none pour vivre en plénitude de notre santé, nous devons en finir avec le Capitalisme et l’Etat. Il y a urgence.

Des travailleurs de la santé de la CNT-AIT

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CONTENU DE LA BROCHURE :

– INTRODUCTION : la Santé par la Révolution, la Révolution par la Santé    1

– Quelques précurseurs :  critiques anarchistes de la médecine    5

– Bref Panorama historique de la santé anarchiste en Espagne    7

a) Les débuts de la première internationale en Espagne (1870-1900) : les bases rationnelles et scientifiques de l’anarchisme espagnol    7
b) Les apports du néo-malthusianisme et du naturisme (1900-1920)    8
c) Durant la dictature de Primo de Rivera (1923 – 1931) : maturation des apports idéologiques    9
d) La seconde République (1931-1936) : affirmation du  communisme libertaire comme finalité de l’anarchosyndicalisme et remède aux maladies sociales    9
e) La Révolution Sociale (1936-1937) : mise en pratique de 70 ans de préparation conceptuelle et idéologique.    10
f) L’Ordre contre l’Utopie sanitaire et sociale : les communistes puis l’exil, la résistance intérieure, la clandestinité (1938-1975)    10

– Sur le rôle des techniciens en période révolutionnaire    13

– Anarchosyndicalisme et santé à l’arrière et au front : le cas de Valence et de la Colonne de fer  dans la guerre civile espagnole ((1936-1937)    15 – « Santé, performance et activité  » ! L’Organisation Sanitaire Ouvrière, la CNT-AIT et la collectivisation des services médico-sanitaire au déclenchement de la révolution à Barcelone    49

– L’hôpital de campagne de la CNT-AIT de Villajoyosa (Alicante)    54

– « À l’hôpital …»    55

– Les affiches de la CNT-AIT en soutien aux hôpitaux de campagne, témoins de la Révolution et de la guerre d’Espagne    57

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La brochure peut être commandée au format Papier, 8 Euros frais de port compris, chèques à l’ordre de CNT-AIT à adresser à CNT AIT 7 rue St Rémésy 31000 Toulouse

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Autres Volumes de la série :

I.    Un exemple de réponse anarchosyndicaliste à une crise sanitaire et politique soudaine et  inédite

II.    La mise en place d’une santé publique anarchiste :
–    La Santé et l’Assistance Sociale pendant la Guerre Civile par Federica MONTSENY ;
–    Psychologie et Anarchisme dans la Guerre Civile espagnole : l’œuvre de Félix Martí Ibáñez
–    Histoire du décret sur l’avortement de 1936

III.    Du serment d’Hippocrate à la Révolution sociale : des femmes et des hommes engagées pour la Santé et la Révolution (deux tomes) [En préparation]

IV.    L’hygiène et l’éducation à la santé : pour une pratique populaire de santé publique ; innovation médicale pendant la révolution et la Guerre d’Espagne ; L’Internationalisme sanitaire [En préparation]

Bulletin d’Information – Special Covid19 SRAS2 – Travailleurs de la santé

Bulletin d’Information – Special Covid19 SRAS2 – Travailleurs de la santé

La pandémie de Coronavirus touche tous les pays et va avoir un impact – direct ou indirect – sur la vie de milliards de personnes. Il est important malgré la crises que nous traversons de conserver notre esprit critique, pour essayer de comprendre comment nous sommes arrivés dans cette situation, comment faire face, et comment imaginer des solutions pour après la crise.

L’AIT est l’Association internationale des travailleurs. Elle regroupe des travailleurs qui se reconnaissent dans les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme dans le monde entier. Nous voulons contribuer à ce travail de réflexion critique collective, Par ce bulletin, nous avons rassemblés les textes produits par des groupes de l’AIT qui sont actifs dans le secteur de la santé et des soins. Il ressort de ces articles que globalement la situation est la même partout : manque de moyens, manque de formation, personnels sacrifiés par une impréparation des services de santé qui ont été détruit depuis plusieurs années au nom de l’efficacité managériale et de la rentabilité financière. On voit en effet aujourd’hui l’efficacité de ces restructurations … Cette désorganisation et ce chaos même ne sont pas les fruits du hasards, ils ne sont pas dus aux anarchistes, ils sont le résultat de l’action combiné de l’Etat et du Capitalisme. Pour sauver l’humanité, nous n’avons pas d’autre choix que de nous organiser collectivement pour en finir avec l’Etat et le Capitalisme.

Si vous souhaitez continuer à recevoir ce bulletin, contacter votre section de l’AIT de votre pays ou bien le secrétariat  de l’AIT : secretariado@iwa-ait.org

« L’Anarchie est la plus haute expression de l’ordre. « (E RECLUS)
Finissons-en avec le chaos de l’Etat et du Capitalisme !

Table des matières

L’organisation des travailleurs soignant en temps de pandemie (SolFed, Grande-Bretagne, 2020-04-10)    2

Le triage de guerre, le confinement et le rôle de la classe ouvrière (CNT-AIT, Espagne, 2020-04-03)    3

Les travailleurs de la santé: chair à canon du Coronavirus ? (SolFed, Grande-Bretagne, 2020-04-08)    5

Chaos dans les hôpitaux, contre l’absence de sens … Partageons les expériences. Déclaration de la Section Santé de la CNT-AIT de Madrid (CNT-AIT, Espagne, 2020-03-28)    7

Les élections professionnelles ne protègent pas les syndicalistes, elles sont un leurre et un piège! Non à la répression contre les travailleurs du secteur de la santé! (CNT-AIT, France, Espagne, 2020-04-07)    10

MEME (SURTOUT) EN CAS DE CRISE, L’ACTION DIRECTE PAYE ! (CNT-AIT, France, 2020-04-07)    11

LES SOIGNANTS NE SONT PAS DES SOLDATS ! (CNT-AIT, France, 2020-04-05)    11

L’entraide en action : exemples d’actions concrètes des sections de l’AIT (BASF-IWA Bangladesh, ZSP-IWA Pologne, Mars 2020)    12

Ce système nous rend malades (Secrétariat de l’AIT , 2020-03-16)    13

Position de la Confédération des travailleurs autonomes de Bulgarie sur la pandémie mondiale et l’introduction de l’tat d’urgence (ARC, Bulgarie, 2020-03-13)    15

#CORONAVIRUS : QUAND LES POLITICIENS PARLOTENT, LES TRAVAILLEURS TRINQUENT ! (CNT-AIT, France, 2020-03-08)    15

In English : http://cnt-ait.info/2020/05/01/information-bulletin/

En Español : http://cnt-ait.info/2020/05/08/boletin/

GREVE DES LOYERS : ACTION DIRECTE CONTRE LA VIE CHERE ET POUR UN LOGEMENT DIGNE

La CNT-AIT vient d’éditer une brochure sur l’histoire des grèves des loyers, depuis la Commune de paris (la grève des loyers la plus réprimée de l’histoire), jusqu’à la Grève actuellement en cours en lien avec le  Covid 19, en passant par les grèves de loyers insurrectionnelles d’Argentine, du Mexique ou d’Espagne d’avant guerre. Elle contient d’ailleurs des textes inédits en français sur ces trois derniers mouvements.

Elle fait 188 pages et peut être téléchargée en ligne ici :

a version papier peut être commandée en envoyant un mail à contact@cnt-ait.info. La brochure faire 184 pages, le prix y compris les frais d’envois est de 8 euros. Vu le confinement prévoir malgré tout un délai pour l’acheminement …

Ci dessous l’intro et le sommaire. Bonne lecture !

INTRODUCTION : « LA PROPRIÉTÉ C’EST LE VOL »

Cette phrase prophétique de Proudhon – le Père de l’Anarchie si on en croit les historiens – fut écrite en 1840, en plein essor de la Révolution Industrielle qui réclamait sans cesse toujours plus d’ouvriers pour faire tourner à plein l’économie de production en plein essor.

Les paysans quittent les campagnes et viennent s’entasser en ville, pour rejoindre le cortège des ouvriers qui se feront avaler par l’usine-Moloch, comme l’a immortalisé Fritz Lang dans son film prophétique Metropolis.

Si les paysans étaient logés par leurs maitres, les ouvriers eux doivent payer pour se loger. Mais rien n’a été prévu pour héberger ces masses qui se pressent toujours plus dans les villes. Les logements sont rares, et donc chers. Les propriétaires n’investissent pas dans l’entretien des immeubles, qui deviennent rapidement des taudis, entraînant leur cortège de maladies telles que la tuberculose. La rénovation du centre de Paris par le baron Hausmann a assuré à la bourgeoisie des conditions de logements très confortables, mais a « oublié » la construction de logements pour les ouvriers : il faut dire que ce n’est pas un secteur rentable. Il existe une véritable crise du logement populaire. Cette cherté du loyer explique l’instabilité de l’ouvrier dans la ville, ses déménagements fréquents, faits parfois à la « cloche de bois » quand il ne peut plus payer le loyer.

Avec la naissance du mouvement ouvrier et l’apparition d’une conscience de classe, les ouvriers vont passer de la prise de conscience – la propriété, c’est le vol – à la résistance individuelle – les déménagements clandestins. Puis avec l’émergence de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) et des sociétés de résistance ouvrière, cette résistance va devenir collective. L’idée d’une grève des loyers, comme il y a la grève du travail, commence à germer.

Les premières associations de locataires se forment. Souvent, ce sont les femmes qui sont à la pointe de la lutte : ce sont elles qui dirigent le foyer et sont chargées des tâches domestiques. Souvent le travail leur est interdit, elles sont donc obligées de rester confinées dans des réduits insalubres alors que leurs hommes eux vont se divertir au café ou au cabaret. Elles sont donc les premières à souffrir de cette situation, et logiquement les premières à se rebeller.

Ce phénomène est universel : l’industrialisation et l’urbanisation sont mondiales, les mêmes causes produisent les mêmes effets, de Paris à Buenos Aires, de Tenerife au Ghetto de Harlem.

Mais le problème du logement n’est qu’un des problèmes liés à l’organisation de la société capitaliste. Il est inséparable de celui du travail et de son mode d’organisation. La contestation sur le logement débouche alors sur une contestation globale du capitalisme. Les anarchosyndicalistes de la FORA en Argentine, de la CGT mexicaine, ou de la CNT-AIT à Barcelone et Tenerife, organisent des grèves de loyer qui prennent des tournures insurrectionnelles. En Italie dans les années 70, c’est toute la société capitaliste de consommation qui est remise en cause par l’Autonomie ouvrière.

Si aujourd’hui dans les pays occidentaux la qualité des logements s’est globalement améliorée, il reste néanmoins des ilots d’insalubrité tels que les foyers pour étrangers. Ceux-ci aussi s’organisent et pratiquent la grève des loyers pour exiger leur dignité.

La question de logement reste centrale pour le budget des familles, notamment les plus modestes. Les luttes et les grèves de loyer sont désormais bien ancrées dans le répertoire de lutte, comme des exemples récents en Angle-terre, en Pologne ou en France contre la hausse des APL nous le montrent.

Cette brochure regroupe différents textes, certains théoriques, la plupart historiques, publiés dans le journal de la CNT-AIT « Anarchosyndicalisme ! », ou bien dans d’autres titres militants. Sont aussi proposés à la lecture des extraits de textes d’universitaires, souvent dans des traductions inédites.

En réalisant cette brochure, il nous a semblé voir apparaitre des traits communs à ces luttes pourtant distantes dans le temps (elles s’étalent sur plus d’un siècle) et l’espace (sur plusieurs continents) :

–    ces luttes se mènent souvent quand la lutte dans l’usine ou l’entreprise est difficile, voire impossible, comme à Glasgow en 1915, où la discipline sévère imposée dans le cadre de l’économie de guerre empêche les ouvriers de se mobiliser sur leurs lieux de travail. Mais ces grèves de loyer quand elles s’étendent et se massifient débordent vite sur les questions salariales, par exemple à Tenerife en 1933.

–    elles dépassent souvent le seul cadre de la classe ouvrière. Elles sont d’ailleurs le plus souvent victorieuses quand elles réussissent à associer toutes les couches populaires au-delà des seuls ouvriers industriels : employés, travailleurs indépendants, étudiants, chômeurs, artisans et petits commerçants de quartiers, voire prostitués.

–    les femmes sont soent en première ligne, pour les raisons expliquées auparavant.

–    ces luttes ne sont pas exclusivement quantitatives (le coût du loyer), mais aussi très souvent qualitatives (des logements sains et de qualité), permettant ainsi une réflexion sur la nature et l’organisation du système capitaliste. Le fait que les femmes soient particulièrement impliquées dans ces luttes explique certainement cette richesse et cette intelligence de la lutte.

–    ce sont souvent des luttes de migrants, qu’il s’agisse de migrants ruraux comme pendant la période de la Commune, ou encore à Barcelone en 1931 ou en Italie dans les années 60, ou de migrants transnationaux comme à Buenos Aires, dans le Mexique post révolutionnaire ou les foyers Sonacotra dans les années 70. Cette diversité des acteurs nécessite que se forge une identité commune pour agir ensemble. Dès lors, la mobilisation et la lutte sont les creusets où se forge cette identité qui n’est plus nationale ou ethnique, ni même religieuse, mais bien politique au sens premier du terme (polis, la ville en grec).

Concernant les méthodes de lutte, il est remarquable de voir que dès les origines, l’action directe est employée : menée par les concernés eux-mêmes, sans intermédiaire entre les deux protagonistes (le locataire d’une part et le propriétaire d’autre part). Et surtout, sans revendication autre que l’action elle-même. Que l’on déménage en cachette ou même bruyamment, que l’on diminue de soi-même son loyer ou qu’on l’annule carrément, s’abstenir de payer son loyer est en premier une stratégie individuelle qui déborde le cadre légal. C’est une décision prise par le locataire lui-même, qu’il met lui-même en application, avec l’appui de la solidarité de ses égaux dans le cas des luttes collectives. De même, dans une grève de loyer il n’y a pas de revendication autre que l’action elle-même. On ne paye pas, point barre. À l’origine et tout au long du 20e siècle, ces luttes ne se menaient pas du point de vue de la légalité, mais du point de vue de la légitimité. Pour reprendre une expression du sociologue Hmed CHOUKRI les grèves de loyer sont des « contestations transgressive ».

Il n’est donc pas étonnant que les anarchistes aient été à l’origine de bien des luttes que nous évoquons dans cette brochure. Du 19e siècle jusqu’à la fin des années 30, on retrouve les sections de l’AIT (première ou seconde époque) dans tous les grands mouvements de grève de loyer, contribuant souvent à leur donner des dimensions quasi insurrectionnelles (Buenos-Aires 1907, Veracruz 1922, Barcelone 1931, Tenerife 1933). Car pour le finalisme révolutionnaire des anarchosyndicalistes, les luttes revendicatives immédiates sont toujours menées dans une finalité révolutionnaire qui structure dès aujourd’hui l’organisation sociale de demain.

Bien sûr, cette potentielle dimension révolutionnaire de la grève des loyers n’est pas du goût de la bourgeoisie ni de l’État. Ce dernier, détenteur du monopole de la violence et garant de l’Ordre public, n’a pas d’autre choix pour faire cesser durablement l’agitation que de faire cesser la cause problème, c’est-à-dire augmenter le nombre de logements disponibles (et ainsi faire baisser les loyers par la « loi du marché ») et améliorer leur qualité. Mais comment faire cela sans que ce soit coûteux pour la bourgeoisie, et même si possible pour que cela lui rapporte sachant que la location sociale n’est pas rentable ? La solution à cette équation passe par l’introduction d’une tierce partie dans l’affrontement locataire – propriétaire : l’État. En chargeant l’État de s’occuper de la construction des logements sociaux, et de leur entretien, la bourgeoisie se dédouane de son obligation de trouver une solution au problème qu’elle a pourtant créé en faisant venir en ville des légions de travail-leurs qui font tourner l’économie à son plus grand profit. Ces logements sociaux seront payés par l’État, c’est-à-dire par les impôts et donc les exploités eux-mêmes contribueront à leur financement (quand ce n’est pas avec un prélèvement effectué sur le travail…).

Par ailleurs, puisqu’elle est propriétaire des terrains constructibles, la bourgeoisie pourra même se faire payer par l’État ce qu’elle devrait autrement mettre à disposition gracieusement. Et mieux encore, par le jeu des appels d’offres pour les travaux de construction et d’entretien, ce qui aurait dû lui coûter va devenir une source de revenus juteux pour la bourgeoisie, ce qui entraîne les scandales à répétitions dans l’immobilier dont nous sommes désormais familiers.

Cette transition a pu s’opérer, car il y a eu des militants, pourtant issus de la mouvance libertaire, qui ont introduit le loup dans la bergerie en abandonnant les pratiques d’action directe au profit d’actions médiatisées. Ils ont dans le même temps abandonné la finalité de la lutte pour y introduire des revendications, lesquelles ne sont pas d’ailleurs pas adressées au premier responsable (le propriétaire), mais à l’État à qui l’on demande de  prendre ce problème en charge (demande de loi pour le logement social, parc locatif de l’État, droit des locataires).

Dès lors, il n’est pas étonnant que sentant tout l’intérêt qu’elle pouvait tirer de ce genre de revendication, la bourgeoisie ait encensé – en lui ouvrant en grand les pages de ses journaux et les carnets d’adresses de ses politiciens – le précurseur de cette stratégie « réformiste radicale » (un radicalisme de pacotille sous forme d’action médiatique au service d’un réformisme politique le plus plat), Georges Cochon et sa bouffonne fanfare de Saint-Polycarpe.

À plus de 70 ans d’écart, les mêmes causes produisant les mêmes effets, alors que la lutte des mal-logés à Paris à la fin des années 80 prenait une tournure d’action directe avec des perspectives révolutionnaires, l’on vit surgir le DAL et ses vedettes médiatiques inamovibles qui, avec ses actions spectaculaires et ses soutiens politiques et médiatiques, a permis de désamorcer une situation explosive en la faisant rentrer dans le jeu de la contestation médiatisée et acceptable. À noter que le DAL a toujours été hostile aux pratiques d’action directe (grève de loyer, squats), privilégiant les négociations avec l’État pour le relogement.

Nous avons souhaité présenter cette richesse d’expérience des luttes, où les anarchosyndicalistes et singulièrement les membres de l’AIT ont souvent pris une part importante, non par nostalgie, mais parce que nous pensons qu’il y a encore des leçons à en tirer pour nos luttes présentes et futures, notamment sur les modes d’organisation, l’articulation entre revendication immédiate et perspective révolutionnaire.

Bonne lecture et n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et commentaires.


Des militants de la CNT-AIT

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– INTRODUCTION : « La propriété c’est le vol »  p.4

– L’exploitation locative et ses conséquences    p. 9

– État, Patrons, Syndicats : 60 ans d’escroquerie en bande organisée    p. 12

– Il resterait plus de 1 million de logements vides si tout le monde était logé !    p. 20

– Grèves de loyers (Dictionnaire des mouvements sociaux, 2009)    p. 22

– 1871 : La Commune de Paris, la grève de loyer la plus réprimée de l’histoire    p. 23

– 1890 : Si tu veux être heureux, pend ton propriétaire ! L’invention de l’action directe    p. 28

– 1907 : Balayer l’injustice, la grève des locataires de Buenos-Aires et le rôle des femmes anarchistes    p. 43

– 1911 : Cochon, inventeur du coup médiatique permanent et du « réformisme radical »    p. 48

– 1922 : « je ne paye pas, je fais la grève des loyers », quand des internationalistes et des prostitués font exploser la marmite sociale au Mexique ….    p. 52

– 1931 : Barcelone, la Grève massive des loyers    p. 103

– 1933 : Toit et Dignité, la grève insurrectionnelle du Syndicat des locataires de Ténérife    p. 110

– 1914-2018 : Un siècle DE Grèves des loyers dans les pays anglophones    p. 128

– 1960-1980 : Autonomie populaire et désobéissance civile, les auto-réductions en Italie    p. 132

– 1975-1980 : La grève des loyers des foyers SONACOTRA    p. 142

– 2007 : Levallois, de la lutte pour le logement à la lutte des places…    p. 157

– 2010 : Grève des loyers de Varsovie : succès de l’organisation communautaire dans le contexte de l’atomisation sociale    p. 165

– 2017 : Baisse des APL ? Baissons les loyers  !    p. 177

– 2017-2019  Grande Bretagne : Succès de la grève des loyers contre G4Lets :    p. 179

– COVID19 : Appel à la grève des loyers    p. 182

METHODS OF STRUGGLE – ANARCHOSYNDICALIST TACTICS

A text from the French CNT-AIT written in March 2006, covering anarcho-syndicalist tactics and strategy.

METHODS OF STRUGGLE
Thursday 29th July 2010

The following text was written to help people discover, remind themselves or popularize the various syndicalist methods of struggle because in any battle, one must start from a few key ideas:

Hitting the enemy harder than they can hit you, or better – hitting them so they can’t hit back.

Analysing the power balance:
-How great are our numbers
-How much other workers and the general population will sympathise with or reject our struggle
-What are our financial constraints, ie. financial and material resources available to continue the fight

Avoiding exhaustion: fighting too arduously from the start can be a weakness: the employers are prepared to overcome short term difficulties by transferring production, resuming production in other places, maintaining stocks, using scabs, financial reserves, etc.

Knowing how to stop a fight, avoiding fighting to the end when the situation is unfavourable. A continued minority occupation of a business ends up offering the boss discontented people who can he can turn against the strikers. Wages lost become so great that resuming a struggle becomes difficult. Disillusionment makes mobilisation harder.

Allowing for a return to the struggles or demands.

Analysing the history, strategy, and objectives of the forces in play: Bosses/workers: (moderate or hardline employers, combative or passive employees) Organisation/struggles (whether the unions are weak or radical, if the fights benefit from autonomous experience etc..)

—The fights are defined by the employment category, territorial extent or by their content.—

Employment category: struggles of unskilled workers, skilled workers, postal workers or nurses, white collar workers, teachers, technicians etc … called sectional struggles. If the struggle involves the entire company or institution and deals with claims for all staff, the struggle is industrial.

Territoriality: if the struggle takes place in one particular location of a business, it is a local fight. Example: Visteon.

A fight at the group level is located in several places but within the same company: Example: the postal strikes.

The struggle may be in a sector or industry: examples: the health sector or education sector. The struggle can take place in all business lines and sites.

Content: content of the struggle can be material (wages, pensions, working conditions hours, health and safety), political (changing a law, a critique of anti social policy, gaining new union rights, the formation of worker counter-power within a company…) It can also of course combine the two aspects: for example the simplification and standardisation over grades and qualifications in a given industry. This material claim allows the unification of workers in the same industry and thus open the prospect of larger struggles.

The fight may also simply be held in solidarity with other struggles.

A text from the French CNT-AIT written in March 2006, covering anarcho-syndicalist tactics and strategy.

METHODS OF STRUGGLE
Thursday 29th July 2010

The following text was written to help people discover, remind themselves or popularize the various syndicalist methods of struggle because in any battle, one must start from a few key ideas:

Hitting the enemy harder than they can hit you, or better – hitting them so they can’t hit back.

Analysing the power balance:
-How great are our numbers
-How much other workers and the general population will sympathise with or reject our struggle
-What are our financial constraints, ie. financial and material resources available to continue the fight

Avoiding exhaustion: fighting too arduously from the start can be a weakness: the employers are prepared to overcome short term difficulties by transferring production, resuming production in other places, maintaining stocks, using scabs, financial reserves, etc.

Knowing how to stop a fight, avoiding fighting to the end when the situation is unfavourable. A continued minority occupation of a business ends up offering the boss discontented people who can he can turn against the strikers. Wages lost become so great that resuming a struggle becomes difficult. Disillusionment makes mobilisation harder.

Allowing for a return to the struggles or demands.

Analysing the history, strategy, and objectives of the forces in play: Bosses/workers: (moderate or hardline employers, combative or passive employees) Organisation/struggles (whether the unions are weak or radical, if the fights benefit from autonomous experience etc..)

—The fights are defined by the employment category, territorial extent or by their content.—

Employment category: struggles of unskilled workers, skilled workers, postal workers or nurses, white collar workers, teachers, technicians etc … called sectional struggles. If the struggle involves the entire company or institution and deals with claims for all staff, the struggle is industrial.

Territoriality: if the struggle takes place in one particular location of a business, it is a local fight. Example: Visteon.

A fight at the group level is located in several places but within the same company: Example: the postal strikes.

The struggle may be in a sector or industry: examples: the health sector or education sector. The struggle can take place in all business lines and sites.

Content: content of the struggle can be material (wages, pensions, working conditions hours, health and safety), political (changing a law, a critique of anti social policy, gaining new union rights, the formation of worker counter-power within a company…) It can also of course combine the two aspects: for example the simplification and standardisation over grades and qualifications in a given industry. This material claim allows the unification of workers in the same industry and thus open the prospect of larger struggles.

The fight may also simply be held in solidarity with other struggles.

—The different types of struggle—

Verbal protest : this type of struggle is the most simple.

Petition: a written denunciation, a complaint, expressing a desire, a disapproval. The petition can, sometimes, exert influence to obtain a list of benefits, often illusory, insubstantial or demagogic (designed for political power by appealing to rhetoric). Some unions which do or wish to do little or nothing engage in petitions for an election or to keep their conscience clean.

Walkout: the cessation of activity for a few hours at most. The stoppage expresses a greater dissatisfaction, the birth of a certain radicalisation. The stoppage is used as pressure for negotiations on short term or minor claims. Example: the lack of ventilation or heating, breaks, bonus issues, problems with safety equipment etc.

Partial strike: Workers stopping in rotation. Advantage: minimum loss of wage to individuals whilst the company is practically paralysed and the company still pays its employees who are now less productive or indeed idle. Employers try to put to work non striking employees, supervisors, agency staff or contractors. If this proves insufficient it may close the company for a while, locking workers out rather than paying people to be idle.

Go slow: a reduction in the rate or work to become as unproductive as possible.

Work to rule: excessively strict observance of instructions and regulations which hinders the proper functioning of the work.

Limited strike: workers stop working for a specific amount of time.

Indefinite strike: cessation of work by employees until they have resolved the issues in the conflict (or otherwise decide to return) Advantage: expresses a degree of radicalisation, involvement in struggle, blocks all or part of production. Disadvantage: substantial loss of wages for the striking workers. The company may continue production with non striking workers, contracted staff or they may move production to another site.

Picket line: The creation of barriers to prevent non striking workers entering the workplace. The material conditions of pickets are often deplorable: no shelter, being subject to the weather. Some non striking workers sometimes manage to enter the premises or remain inside to ensure continued production.

Occupation: The striking workers occupy the workplace and evacuate all non striking workers. They take control of meeting rooms, canteens, dormitories, copiers, telephones and vehicles.

The internal action: limited to within the company, confined within the institution.

The exterior action: the invasion and occupation of institutions, establishments, administrations or government departments favourable to the employer: the Department for Work and Pensions, courts, city halls, local political offices, newspaper headquarters, the Chamber of Commerce, management’s living quarters, or a company to which production has been moved or which is linked to the conflict.

The fight should seek to obtain the support and collusion of the general public, explain the demands and avoid disturbing other workers and the public where possible.

Local demonstration: It publicises the conflict, popularizes the fight, maintains pressure, helps to assess the balance of power.

National or international demonstration: follows the same rules as local but on a large scale.

Rumours: spread rumours, information of all types to weaken the enemy.

Discredit: make public criticisms of the quality of the products or facilities of the business.

Sabotage: (See “Sabotage” by Emile Pouget) This ancient method of fighting is quick and direct. It is still practised but not publicised. It should be handled by people aware of the risks. Catastrophic destruction can even result in the closure of the company. Perhaps a scale of actions may be made to avoid major problems. Sabotage is very effective, low cost for the strikers whilst very damaging to the employer. Always remember that the action must be harmful to the employers but not to users themselves, eg. utilities, transport, electricity, healthcare, food etc…

Re-appropriation: Recovery and control by workers of goods produced by the company – that is to say produced by the workers themselves.

(Unauthorised) Sale of stock: Selling the company’s stock to build a war chest and compensate workers.

Autonomous production: The strikers use the company’s machines to produce good which can be sold directly to the people at lower cost. This will satisfy everyone and bring funds to the strikers.

Unauthorised work: using their own tools strikers repair, manufacture or provide services to individuals for a fee. The proceeds are put into the strike fund. (Example: hairdressers in Rennes, cut people’s hair in a public square. In Australia the tram drivers ran the trams freely for the population.)

Boycott: On the request of workers struggling in a company people do not buy the products or services provided by that company.

Civil disobedience: refusal to comply with the laws of the state. Eg. To support and assist repressed people. Refusal to pay taxes, refusing to show identification etc.

Generalised strike: A strike situation which affects one or several sectors of production (or commerce) in a region, country or several countries.

General strike: A strike which crosses sectors in a region, country or internationally. It is a conscious and concerted action, which differentiates it from the generalised strike. It is the weapon desired by and defended by anarcho-syndicalists. It is an act by the masses, the population, which is anarcho-syndicalist whether they understand it or not. Indeed, at this stage, people want and intend to fight and challenge their adversaries. They do not rely upon governmental elections, or promises for the future, to effect reform. The people struggle, here and now, relying on direct action, intend to resolve their demands. The general strike expresses the conflict of opposed classes clearly. If it is large, the balance of power is favourable and new choices may appear.

The insurrectionary general strike: for various reasons the strikers form barricades, create disorder and riots. Everywhere the people rise up in arms, opening the prospect of the expropriation of the capitalists.

The expropriatory general strike: the strikers, masters of the street, seize the means of production, exchange and communication. Businesses, commerce, governments are under the control of the committees of struggle. This is the prelude to a profound social change which, in our opinion, will lead to libertarian communism.

—Some Advice—

A number of techniques of struggle from syndicalist history and practise have been presented. It is necessary for everyone to judge their usefulness. Each technique must match the stake. It is not necessary to deploy heavy means for a small gain. Example: for a small struggle, walkouts, partial strikes, go-slows and work to rule are sufficient.

After applying a technique, evaluate it. If it proves to be insufficient, graduate to a more radical method. Always keep the pressure applied. Starting at too high a level and stepping back may expose, or be considered to be, weakness which the enemy can take advantage of.

Beware of false radicals: consider whether those who spread radicalism are sincere or not (even if they are right at that moment in what they say). There are those who come forward and push for unsuitable conflict, they try to play hard in order to stick with and gain the trust of the strikers, eventually to do away with the movement or kill the fight, or knowing that defeat is assured, they wish to capitalise on the trust they have gained in an election. If they are in collusion with the enemy, they will start a tough and ultimately doomed struggle which will weigh heavily when the boss attacks later (with restructuralisation, redundancies, etc.), because the previous defeat will make it hard for the workers to fight back.

Analyse the relationships of power: for example, upcoming union or political elections which will pressure the powers that be to avoid conflict.

Analyse the level of public discontent, and the financial and economic situation at the company where the strike action is to occur.

Analyse the status of stock held by the company, if they have large amounts the employers will continue to sell their products whilst simultaneously reducing their payroll due to the strike. In contrast, low levels of stocks, or perishable stocks will disadvantage the employers a great deal. Note that after the strike the employer may attempt to force increased overtime work in order to make up for losses suffered during the strike and catch up on delayed orders.

Review the status of upcoming orders, the extent of financial reserves, possibilities for transferring production to other locations. We can prepare the ground for a fight by using a combination of techniques such as a go slow, limited strikes, sabotage, work to rule, or absenteeism to reduce production.

Avoid retaliation by ensuring that the identities of those taking action remain unknown. Make sure the employer knows as little as possible about who is who and who does what. Obscure the number of people involved in the conflict, as well as dates and locations of meetings. Agree to actions at the last minute to avoid disclosure.

Opt for a strike committee which is wider than the union branches. The strike committee must emanate from and be directed by the general assembly of the strikers.

Multiply the base of your actions: media, propaganda, finance, independent production and unauthorised work in support. This forces the enemy to draw upon more of their resources to fight the strike.

Apply direct democracy in the general meetings to avoid having a small group seizing control for purposes other than those decided upon by the general assembly. Close attention is required when people advocate a vanguard party or trade union: even if legal it cannot serve the interests of the people. If conspiracies are suspected, or closed meetings, document and report them.

It is useless to send people to negotiate with the boss, the director or the board of directors. Nor is it useful to send staff representatives or ‘experts’ in negotiation. They serve no purpose except make you believe in them, and impose a delegation of responsibility, persuading people of the necessity of reformist unions. The bourgeoisie knows how to use tools to analyse unrest. For example, production slows or quality falls, absenteeism and sabotage increase. The employers will quickly understand that the workers are unhappy, even if they try to deny or hide this. The management knows the grievance and what it will propose to the workers: representatives are useless.

Send to the press, the population and the employer a list of demands signed by the strike committee.

If the employer wants to negotiate or offer to meet some demands, they can make their proposals known through the media, publishing them in the press, by posting a notice or by speaking to the workers at an assembly. The committee will respond in writing. There is no need to send delegates to a negotiation who risk being satisfied with crumbs, or will defend their own ideas instead of remaining with the agenda of demands, especially if they are representatives of a reformist trade union.

Force the opponent to sign an agreement not to engage in repression after the conflict. Require pay for strike days. Try to minimise the financial impact of the conflict for employees, so if the management decided to counter attack, the employees are not weakened and can bring about a new conflict.

With the same thing in mind, raise funds, hold concerts and festivals to gain financial support for the fight. Take action to seek material support for the fight.

—Legalism – Illegalism—

You should stay within the law as far as possible in order to avoid repression. But we should note that the law does not support our interests. Very quickly, workers have to act illegally in order to meet their goals: picketing, occupations, independent production. But we need to analyse calmly the advantages and implications. You’ll quickly discover that the law, legitimised by the state, is not neutral and serves the interests of the bourgeoisie above all.

Based on Bakunin’s idea “Law merely reflects the existing state of affairs backed by force” what we impose will become legal.

—Violence – Non Violence—

The situation doesn’t necessarily have to be one or the other, it could be a largely non-violent struggle with occasional violent incidents, or vice versa.

Sometimes a non violent and determined conflict can be effective, sometimes not. A large well behaved protest can be effective, but a rowdy one can be even more so. It’s a question of context and the choice of the people engaged in the struggle.

However, be cautious about violence and who is provoking it (whether it is the strikers or their opponents).

Anarcho syndicalists are supporters of a world without violence, without weapons: this is our goal. But we also see that aggressive resistance of employees can be legitimate violence against the violence of the bourgeoisie: repression, prisons, exploitation, lay-offs, wars, pollution etc…

—Organising Ourselves—

We must now consider the type of organisation appropriate to the fight. Does the unionist left defend the interests of the workers, or other interests? Does it prepare for the fight, defend it, without introducing models of conciliation and mediation favourable to the bourgeoisie? Does it pacify struggle? Can it be radicalised? Is the legal protection of trade union representatives [élus] effective? Do recognised unions guarantee the protection of union members?

Apparently, given the thousands of union members who have been laid off: no. In any case, recognised or not, protected or not, participating in illegal actions will expose you to lay-offs. So the protection is in this case useless.

Worse, trying to protect themselves through legal means leads the supporters of these methods to comply with laws which are favourable to the employers, to not engage in fights outside the legal framework and therefore to defend the bourgeois legality become counter revolutionary.

Engaging in double talk: having the façade of legality whilst acting illegally, is unsustainable because union officials will be obliged, consciously or unconsciously, to defend the legal framework, strengthening themselves whilst weakening their critics in order to maintain the legal protections they enjoy. Furthermore, when the legal framework protects some individuals it becomes difficult to reject it.

And don’t doubt: if the struggle threatens the bourgeoisie’s position they will ignore the law, and union officials will be left to reflect upon their supposed rights under the law.

An anarcho-syndicalist militant.

Translated for libcom by 888 and cobbler July 2010.

In French / en français : http://cnt-ait.info/2020/06/17/techniques-de-luttes/

In Arabic / العربية : http://cnt-ait.info/2019/10/05/technique-ar

In Portuguese / en portugais : http://cnt-ait.info/2019/06/05/tecnicas-de-luta/

21 septembre 2001, TOULOUSE, AZF : UNE JOURNEE SOUS LA TERREUR

Alors que le PDG de Total vient d’annoncer depuis New York, en plein sommet sur la crise climatique, des profits colossaux de 11,4 MILLIARDS d’euros (contre 8,6 l’an passé) et une augmentation annuelle des dividendes aux actionnaires de 5% (contre 3% habituellement),

Alors que Grande paroisse, filiale de total (donc TOTAL ) a été condamné par la Cours d’appel de Paris du 30 octobre 2017 pour production de produits incompatibles sur le même site, violation de l arrêté préfectoral, abus de sous traitante etc etc MAIS condamnation pas effectuée car TOTAL s’est pourvu en cassation et que l’examen du dossier est en cours (c’est comme pour Balkani : ça prend plus de temps que pour juger une Gilet Jaune ou un voleur de sandwich),

il nous semble important de rappeler ce qui s’est passé il y 18 ans, le 21 septembre 2001 à Toulouse : AZF, le plus grave accident industriel de France …
TOTAL MISE SUR L’OUBLI ET LA CONFUSION. RESTONS VIGILANTS. AFFAIRE À SUIVRE

=====
21 septembre 2001, TOULOUSE, AZF: UNE JOURNEE SOUS LA TERREUR

10 heures 15. Castanet Tolosan (5 km de l’usine AZF). Je suis au boulot, en réunion avec trois collègues dans un bureau. Soudain, tout se met à trembler, les portes claquent, des vitres pètent. On entend un grondement sourd, qui s’amplifie. Tout le monde se regarde sans un mot. Je fonce à l’extérieur du bâtiment. Le grondement vient de Toulouse. Il finit par s’arrêter. Beaucoup de collègues sont dehors, tous regardent vers Toulouse.

Je pense à un attentat et à l’ONIA en même temps. Un copain allume la radio dans sa voiture. On se regroupe autour pour écouter. Rien… Je regarde en direction de la colline qui nous protège de l’ONIA, on ne voit rien, pas de fumée, pas de flamme. Puis les premières nouvelles tombent sur France Info : « trois ou quatre explosions sur Toulouse – Explosions à la FNAC et l’ONIA. Panique à Tou-louse, le centre ville touché … ». Je retourne au bureau, j’essaie de téléphoner. Rien, ça ne passe pas. Je ressors du bâtiment car j’ai la trouille qu’il s’écroule. Un collègue me lance : « C’est AZF, La Grande Paroisse qui a sauté. Il y a un nuage toxique sur Toulouse et le Mirail ». La radio dit tout et n’importe quoi, je n’y comprends plus rien. Attentat ? Accident ? Personne ne parle de la SNPE qui est une poudrière et un lieu de stockage de gaz mortel. Je regarde le vent. J’ai du bol, ça souffle vers Toulouse. Je pense à ma gosse, aux copains du Mirail, à tous ces gens dans la ville. Je veux en avoir le cœur net.

24 Septembre 2019 : Alors que le PDG de Total vient d’annoncer depuis New York, en plein sommet sur la crise climatique, des profits colossaux de 11,4 MILLIARDS d’euros (contre 8,6 l’an passé) et une augmentation annuelle des dividendes aux actionnaires de 5% (contre 3% habituellement),

Alors que Grande paroisse, filiale de total (donc TOTAL ) a été condamné par la Cours d’appel de Paris du 30 octobre 2017 pour production de produits incompatibles sur le même site, violation de l arrêté préfectoral, abus de sous traitante etc etc MAIS condamnation pas effectuée car TOTAL s’est pourvu en cassation et que l’examen du dossier est toujours en cours … (c’est comme pour Balkani : ça prend plus de temps que pour juger une Gilet Jaune ou un voleur de sandwich),

il nous semble important de rappeler ce qui s’est passé il y 18 ans, le 21 septembre 2001 à Toulouse : AZF, le plus grave accident industriel de France …

TOTAL MISE SUR L’OUBLI ET LA CONFUSION. RESTONS VIGILANTS.  AFFAIRE À SUIVRE

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21 septembre 2001, TOULOUSE, AZF: UNE JOURNEE SOUS LA TERREUR

10 heures 15. Castanet Tolosan (5 km de l’usine AZF). Je suis au boulot, en réunion avec trois collègues dans un bureau. Soudain, tout se met à trembler, les portes claquent, des vitres pètent. On entend un grondement sourd, qui s’amplifie. Tout le monde se regarde sans un mot. Je fonce à l’extérieur du bâtiment. Le grondement vient de Toulouse. Il finit par s’arrêter. Beaucoup de collègues sont dehors, tous regardent vers Toulouse.

Je pense à un attentat et à l’ONIA en même temps. Un copain allume la radio dans sa voiture. On se regroupe autour pour écouter. Rien… Je regarde en direction de la colline qui nous protège de l’ONIA, on ne voit rien, pas de fumée, pas de flamme. Puis les premières nouvelles tombent sur France Info : « trois ou quatre explosions sur Toulouse – Explosions à la FNAC et l’ONIA. Panique à Tou-louse, le centre ville touché … ». Je retourne au bureau, j’essaie de téléphoner. Rien, ça ne passe pas. Je ressors du bâtiment car j’ai la trouille qu’il s’écroule. Un collègue me lance : « C’est AZF, La Grande Paroisse qui a sauté. Il y a un nuage toxique sur Toulouse et le Mirail ». La radio dit tout et n’importe quoi, je n’y comprends plus rien. Attentat ? Accident ? Personne ne parle de la SNPE qui est une poudrière et un lieu de stockage de gaz mortel. Je regarde le vent. J’ai du bol, ça souffle vers Toulouse. Je pense à ma gosse, aux copains du Mirail, à tous ces gens dans la ville. Je veux en avoir le cœur net.

Je prends la voiture et je file vers Pech David, une zone verte située sur la colline juste au dessus d’AZF. Lorsque je passe devant la fac de Rangueil, c’est le bordel le plus complet. Des centaines de gosses du lycée en face, d’étudiants, de gens de tous âges marchent en silence, le pas pressé, les uns avec un mouchoir sur le visage, les autres sans rien. Personne ne court, tout le monde marche. Les regards trahissent l’inquiétude. Les visages sont blêmes. Dans les rues, les voitures sortant de Toulouse sont à l’arrêt. J’entends les premières sirènes de voitures de flics, d’ambulances et de pompiers. En montant au pas vers la colline, je vois une flopée d’ambulances qui quittent l’hôpital de Rangueil. Elles n’y vont pas, elle le quittent. Aucune n’est vide. Elles sont toutes chargées de malades ou de blessés. L’hôpital a dû morfler. Des gens sortent à pied de l’hôpital, un masque blanc sur le visage. Une fille demande à un type en voiture de l’emmener. Mais la voiture n’avance pas et le type fait la sourde oreille. La fille se met à courir sur le trottoir. Elle va plus vite que les voitures. Je gare la voiture et je fais le reste du chemin à pied. J’ai la trouille : du gaz malgré le vent, de ce que je vais découvrir en haut de la colline.

Lorsque j’arrive enfin au belvédère de Pech David, il est 11 h 15. Je regarde AZF. Sur les trois cheminées, il n’en reste plus qu’une. Ça fume, blanc, épais et ça part sur la ville : Empalot, le Mirail, St Cyprien. Je vois aussi une fumée plus jaune dans le fond. Je regarde vers la SNPE. On dirait que ça va, il n’y a rien qui fume, les bâtiments n’ont plus de vitres, mais ils sont debout. C’est con, mais ça me rassure. Cette putain de poudrière, j’ai toujours su que c’était une bombe aux portes de la ville. Et puis il y a le phosgène, ce gaz mortel inodore et incolore. Il y a tellement de fumée autour d’AZF que l’on ne voit rien sinon des carcasses de bâtiments, des enchevêtrements de poutrelles, des hangars sans toit. J’ai la rage qui monte, et la peine aussi. Depuis le temps que l’on gueule contre cette merde aux portes de la ville, ça devait arriver. Je me souviens d’un projet d’affiche : une photo des cheminées avec, marqué en gros dessus « AZF vous remercie de tousser en silence ! ». On était loin du compte.

Je retourne vers la voiture et je tente de redescendre vers Toulouse. Tout est bloqué. Les gens sont pris au piège dans leurs voitures, aux arrêts de bus. J’allume la radio. Ils racontent toujours tout et n’importe quoi, mais sur la SNPE, pas un mot, sur le Mirail pas un mot, sur Empalot, pas un mot. Putain de journalistes. Sur le trottoir, je vois deux petits vieux une valise dans chaque main qui se hâtent en peinant vers la gare. Je les prends en voiture. Le papy pleure. La mamie se tait. On est à St Michel, je laisse la voiture, on ne peut plus avancer. Je laisse papy et mamie partir vers la gare et je pars à pied vers la route de Seysses chez un pote qui habite à moins de 800m de cette merde fumante. Il est 12 heures. Partout des gens qui marchent, un foulard sur le visage ou le regard perdu. C’est vrai, maintenant ça me pique les yeux et la gorge. La trouille revient, mais je me dis « trop tard ».

Sur le pont de la Garonne, il y a une ribambelle de voitures de pompiers, sans blessés. Ils auscultent la Garonne, ça promet. Ça et là, des vitrines brisées, des panneaux arrachés, des volets tordus. Surtout, ça grouille de flics et de pompiers. Les camions rouges passent par des routes dégagées et contrôlées par la police municipale. Soudain une horde de grosses bagnoles grises se pointe dans la rue toutes sirènes hurlantes. Ça s’arrête devant un lycée complètement dévasté, et une horde de barbouzes en costard surgit des bagnoles et écarte tout le monde. Je jette un œil, c’est le premier ministre,  Jospin, qui fait sa campagne électorale en visitant les décombres. Quand j’arrive enfin vers chez mon pote, route de Seysses, on dirait qu’il y a la guerre. Les maisons sont comme déchiquetées de l’intérieur. Les murs tiennent debout mais les toits, les fenêtres, les portes, tout est tordu, troué, arraché. On dirait un bombardement. Les gens sont sur le trottoir. Ils se parlent entre voisins à voix basse et s’entraident. Mon pote est là assis dans le salon en short et en marcel. Je cherche une connerie à dire : « Salut ! Alors, le capitalisme se fissure ? » – « Le capitalisme, peut être ! Mais la baraque de mes vieux, c’est sûr, regarde ! ». Tout est broyé. Les plafonds tombés, plus de porte ni de fenêtre. Un bordel indescriptible. Quand ça a pété, il n’était pas là, il rentrait de courses. Il a tout de suite compris que c’était cette putain d’usine. Son père lui disait que son grand-père avant la guerre s’était battu avec les maraîchers pour sa fermeture. On pioche dans le frigo. Il n’a besoin de rien, il va aider la voisine à ramasser le verre cassé. J’ai peur de déranger. Je file chez Boris au Mirail. Par terre, c’est plein de suie noire et ocre. Sur un capot de voiture couverte de suie, quelqu’un a écrit du bout du doigt « BAGDAD ».

Ça pique encore plus la gorge. Je croise Karim. Il me dit que chez lui c’est le carnage. Sa sœur vient d’emmener sa mère à l’hôpital. Elle a des éclats de verre plein la tronche. Lui, il va voir « cette saloperie ». « T’en veux une toute fraîche ? » me dit il. « Il y a 5 minutes, j’ai croisé un keuf. Quand je lui ai demandé ce que c’était, il m’a répondu : Vous devez le savoir, VOUS ! » ce connard de schmit.

Je laisse Karim et je continue vers la Reynerie. Il est 14 heures 30. Les gens regroupés sur la pelouse en groupes, en grappes. Hommes, femmes, enfants. On parle, on grogne, on se réconforte, on s’aide à porter des sacs, à ramasser du verre au pied des immeubles. Et pas une ambulance, pas une voiture de pompier. Juste une bagnole de la police municipale qui passe au loin au ralenti. Au nouveau commissariat, les keufs sont planqués derrière leurs grilles. Les salauds. Ici, on peut crever la gueule ouverte. Les immeubles sont comme cabossés. Ici, c’est comme ailleurs, plus de fenêtre, les parois des murs tombés ou fissurés, les cages d’ascenseurs défoncées. Je monte chez Boris. Il est sur ce qui lui reste de balcon et il fume un clope en regardant fumer l’usine. « Tu veux un coup de main ? ». On range un peu le bordel. Va en falloir des sacs, vu ce qu’on accumule dans un coin de la pièce. Il y a des bouts de verre plantés dans les murs. Lui, il était dans la pièce à côté, il n’a rien sauf ce putain de goût dans la bouche. Il n’ose pas se servir de l’eau du robinet.

A 17 heures, on craque. Coups de fil sur son portable, ça passe. Les copains vont bien, sa mère est rassurée. Ma fille et sa maman vont bien. Moi aussi, je suis rassuré. Avec les copains, on a rendez-vous à 19 heures au local pour faire le point. On y va à pied. Les gens sont plus calmes. Presque plus personne ne met un mouchoir devant son nez. Plus on se rapproche du coin de l’ONIA, plus il y a de flics. On croise même deux cars de CRS qui se garent discrètement dans une petite rue. Impossible d’approcher, même à pied. Le pouvoir a de nouveau la situation en main. C’est le balai des ambulances, des pompiers, des croix rouges, des protections civiles. Le Mirail ne doit pas être sur leur carte à tous ceux-là. On passe devant une agence du Crédit Populaire… Eventrée… On sourit et on continue la route. Il y a moins de gens dans les rues. Ça parle peu, ou ça parle bas. Avec Boris, on ne parle pas. On marche, on marche. Arrivés au local, on retrouve les copains. Personne n’a rien, sauf Raymond, qui a pris des éclats de verre. Mais des copains ont leur appartement éventré. Celui dans lequel on fait « Le Combat Syndicaliste » n’a pas échappé au massacre. Bon, c’est que du matériel. On s’en tire bien… pour le moment.

En quittant le local vers 23 heures 30, j’entends un moteur au dessus de ma tête. C’est un hélicoptère de flics avec un gros projecteur pointé vers les rues, pour veiller sur les boutiques éventrées des commerçants toulousains. La gorge ne me pique plus, mais j’ai un drôle de goût dans la bouche.

Franck

Article publié initialement dans le Journal de la CNT-AIT Midi Pyrénées (Toulouse),  Octobre – Novembre 2001

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Brochure sur AZF :

Toulouse, 21 septembre 2001, un crime industriel

Cette brochure a été élaborée à partir d’articles rédigés par des militants, militantes et sympathisants de la cnt-ait, a propos de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse le 21 septembre 2001.

Ces articles sont initialement parus dans l’édition Midi-Pyrénées du journal de la CNT-AIT.

Cette édition a été revue et augmentée.