Trotski tue l’ski !

A propos du Camarade Trotski,

A l’occasion de la remémoration de l’assassinat de Trotski par les staliniens, il y a 80 ans, certains versent des larmes de crocodiles sur le (mauvais) génie de la révolution russe.

On pourrait rappeler son rôle dans la répression des révolutionnaires russes non bolchéviques après 17, dans l’écrasement de l’armée insurrectionnelle en Ukraine (makhnovstchina), ou encore ses attaques ignobles contre le POUM et Andres Nin en 37 alors que ce dernier étaient en train d’être torturé par les sbires de Staline à Barcelone.

Mais on n’oublie pas non plus que dans le Programme de Transition, écrit en 1938 et qui encore aujourd’hui est la Bible de tout Trotskiste qui se respecte quelque soit sa secte d’affiliation, Trotski appelle à combattre à mort l’AIT, l’Internationale anarchosyndicaliste recrée en 1922 :


« La IV° Internationale déclare une guerre implacable … à l’Internationale anarcho-syndicaliste »

Programme de Transition, Trotski, 1938

https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran18.html


Compagnon anarchosyndicaliste, quand tu croises un trotskyste, tu sais à quoi t’en tenir. Mieux vaut prévenir que guérir, la meilleure défense, c’est l’attaque …

Le socialisme « scientifique » n’existe pas !

texte issu de la brochure « Marx et l’Anarchisme », éditée par la CNT-AIT de Toulouse et publiée pour la première fois en septembre 2005

Dans leur lutte contre les anarchistes, Marx et ses partisans se targuaient d’être les tenants d’un socialisme « scientifique », à l’inverse de leurs ennemis qualifiés de socialistes « utopiques », poursuivant des chimères de manière excentrique. La croyance fortement ancrée de la bourgeoisie de l’époque en la toute puissance de la science prend ici toute son ampleur. Dans cet esprit, une théorie (entre autre politique) sérieuse et tournée vers l’avenir se devait d’être « scientifique ». Ainsi le marxisme est considéré par ses partisans comme une science, c’est-à-dire pour les plus obtus d’entre-eux qu’on ne discute pas ses conclusions, et qu’il faut les appliquer au pied de la lettre. Ses séides ont malheureusement pu effectuer cette démarche dans quelques pays dont la Russie, avec les résultats que l’on connaît.

La science marxiste tire aussi des conclusions relevant des sciences sociales. Malheureusement pour eux, dans une entrevue donné à France Culture, Pierre Clastres (1), l’anthropologue auteur de « La société contre l’Etat » nous indique que :

« […] si le marxisme c’est la science de la société, et disons les marxistes présentent le marxisme de cette manière : « c’est la science de la société » – j’entends par marxiste pas tellement Marx sinon tout ce qui est venu après. Si le marxisme c’est la science de la société, alors les sociétés primitives relèvent d’une analyse marxistes. Forcement. Sinon on ne peut pas dire que le marxisme c’est la science de la société, puisqu’il y aurait au moins un champ de la société qui échappe à cette analyse. Or qu’est ce qu’on voit  ? C’est que peu à peu, au fur et à mesure que se mènent des études dites d’anthropologie économique, ce qu’on voit c’est que disons la clef de voûte de la conception de l’histoire du marxisme, à savoir le développement nécessaire des forces productives, eh bien ça c’est quelque chose qui ne se passe pas dans les sociétés primitives. Les sociétés primitives c’est des sociétés dans lesquelles ce qu’on appelle les forces primitives ne tendent pas du tout à se développer. Alors par conséquent là il y a quelque chose qui ne colle pas du tout avec la conception marxiste de l’histoire. »

Concernant les sciences dites «  fondamentales », Marx et Engels eux-mêmes se sont essayés aux mathématiques, avec cet exemple que nous narre Laurent Schwartz (2), tiré de son autobiographie « Un mathématicien aux prises avec le siècle » (ed. Odile Jacob, 1997) :

« Aux Etats-Unis, en 1948, où il fit paraître un article qui fit sensation, « A century balance’s sheet », dans Partisan Review, Van Heijenoort  (3) prit ses distances avec le trotskisme en formulant une critique originale du marxisme et du léninisme. Passant au crible les manuscrits mathématiques de Marx, il n’y trouvait guère plus que les connaissances d’un « étudiant alerte » de notre premier cycle, et s’étonnait qu’il eût pu sérieusement se prendre pour un mathématicien. Face à tant de suffisance, comment, se demandait Van Heijenoort, se fier au jugement de Marx sur d’autres sujets ? Ce verdict un peu à l’emporte-pièce était fondé sur une intuition qu’on ne peut simplement repousser. Il cite de nombreuses erreurs mathématiques de Marx et surtout d’Engels, conjuguées à un orgueil démesuré. Glaeser en avait également noté de son côté. Marx, dans une lettre à Engels, lui annonçait qu’il avait trouvé une nouvelle définition de la dérivée sans infiniment petits, plus simple que celle des mathématiciens. Il se trouve que c’était celle de Lagrange. On ne peut certes pas lui reprocher d’avoir réinventé une définition donnée par celui-ci ! Encore faut-il savoir que c’est la seule véritable erreur de Lagrange, dont l’extraordinaire génie mathématique force le respect. La réponse d’Engels à Marx accentue encore la note mégalomaniaque du dialogue: « Bravo, vous avez enfin expliqué ce que ces Messieurs de la Faculté avaient tout fait pour nous cacher ». À ceci près que le temps a consacré la définition de ces messieurs. Engels aggrava encore son cas en avançant, pour justifier le principe hégélien selon lequel la négation de la négation est une affirmation supérieure, que la négation d’un nombre réel positif a est -a, et que la négation de la négation de a est (-a)x(-a) = a² plus grand que a ! C’est abracadabrant. Il confond l’opposé de a dans [l’ensemble des nombres réels] avec la négation d’une proposition en logique. Si l’on voulait absolument faire cette confusion, la négation de la négation de a serait -(-a) = a, et non a². Enfin, a² n’est plus grand que a que si a est plus grand que 1 ; pour a = 1/2, a2 = 1/4. Sachant cela, un mathématicien lit effectivement l’Anti-Dühring (4) avec d’autres yeux ! »

Cet exemple de la « négation de la négation » (5) a fait long feu, ainsi que nous l’explique Jacques Monod (6), dans son fameux ouvrage « Le hasard et la nécessité » (Editions du Seuil, 1970), où quelques pages sont consacrées aux rapports entre marxisme, science et épistémologie :

« Mais à la vérité il n’était pas nécessaire d’attendre les développements de la science du XX° siècle pour qu’apparaissent les confusions et non-sens auxquels cette thèse ne pouvait manquer de conduire. Pour éclairer la lanterne du pauvre M. Dühring qui les dénonçait déjà, Engels lui-même a proposé de nombreux exemples de l’interprétation dialectique des phénomènes naturels. On se rappelle le célèbre exemple du grain d’orge donné comme illustration de la troisième loi :

« Si un grain d’orge trouve les conditions qui lui sont normales, une transformation spécifique s’opère en lui sous l’influence de la chaleur et de l’humidité, il germe : le grain disparaît en tant que tel, il est nié, remplacé par la plante née de lui, négation du grain. Mais quelle est la carrière normale de cette plante ? Elle croît, fleurit, se féconde et produit de nouveaux grains d’orge, et aussitôt que ceux-ci sont mûrs, la tige dépérit, elle est niée pour sa part. Comme résultat de cette négation de la négation, nous avons derechef le grain d’orge du début, non pas simple, mais en nombre dix, vingt, trente fois plus grand… »

« Il en va de même, ajoute Engels un peu plus loin, en mathématiques : prenons une grandeur algébrique quelconque, par exemple a. Nions-la, nous avons -a. Nions cette négation en multipliant -a par -a, nous avons a², c’est-à-dire la grandeur positive primitive, mais à un degré supérieur… » etc.

Ces exemples illustrent surtout l’ampleur du désastre épistémologique qui résulte de l’usage « scientifique » des interprétations dialectiques. Les dialecticiens matérialistes modernes évitent en général de tomber dans de pareilles niaiseries. Mais faire de la contradiction dialectique la « loi fondamentale » de tout mouvement, de toute évolution, ce n’en est pas moins tenter de systématiser une interprétation subjective de la nature qui permette de découvrir en elle un projet ascendant, constructif, créateur ; de la rendre enfin déchiffrable, et moralement signifiante. C’est la « projection animiste », toujours reconnaissable, quels qu’en soient les déguisements.

Interprétation non seulement étrangère à la science, mais incompatible avec elle, ainsi qu’il est apparu chaque fois que les dialecticiens matérialistes, sortant du pur verbiage « théorique », ont voulu éclairer les voies de la science expérimentale à l’aide de leurs conceptions. Engels lui-même (qui cependant avait de la science de son temps une connaissance profonde) avait été conduit à rejeter, au nom de la Dialectique, deux des plus grandes découvertes de son temps : le deuxième principe de la thermodynamique et (malgré son admiration pour Darwin) l’interprétation purement sélective de l’évolution. C’est en vertu des mêmes principes que Lénine attaquait, avec quelle violence, l’épistémologie de Mach ; que Jdanov plus tard ordonnait aux philosophes russes de s’en prendre « aux diableries kantiennes de l’école de Copenhague » ; que Lyssenko accusait les généticiens de soutenir une  théorie radicalement incompatible avec le matérialisme dialectique, donc nécessairement fausse.

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Malgré les dénégations des généticiens russes, Lyssenko avait parfaitement raison. La théorie du gène comme déterminant héréditaire invariant au travers des générations, et même des hybridations, est en effet tout à fait inconciliable avec les principes dialectiques. C’est par définition une théorie idéaliste, puisqu’elle repose sur un postulat d’invariance. Le fait qu’on connaisse aujourd’hui la structure du gène et le mécanisme de sa reproduction invariante n’arrange rien, car la description qu’en donne la biologie moderne est purement mécaniciste. Il s’agit donc encore, au mieux, d’une conception relevant du « matérialisme vulgaire », mécaniciste, et par conséquent « objectivement idéaliste », ainsi que l’a noté M. Althusser (7) dans son sévère commentaire de ma Leçon inaugurale au Collège de France. »

Le fait que Marx et Engels surestiment fortement leurs capacités en mathématique, ou que certains de leurs sectateurs les plus zélés aient raconté absolument n’importe quoi, n’atténue bien sûr en rien la pertinence éventuelle de certains de leur travaux (quoique des confusions de cette nature peuvent amener à avoir des doutes sur la validité de leurs raisonnements…). Par contre cela incite à reconsidérer ce qu’est le marxisme.

Pour ceux qui auraient encore des doutes sur l’existence d’une théorie pouvant tout expliquer, les extraits cités mettent fin à toute discussion ! On peut même aller plus loin et être stupéfait de voir que les hérauts du socialisme « scientifique » aient pu faire des confusions de cette nature – et qu’ils aient quand même été pris très au sérieux.

Parler de socialisme scientifique est une aberration, tant au niveau scientifique qu’au niveau du socialisme. Si le socialisme scientifique n’existe pas, la dichotomie entre socialisme scientifique et socialisme utopique ne signifie plus rien, et on peut dire que le socialisme utopique n’existe pas non plus… car l’on sait bien que les utopies n’existent pas !

Reste le socialisme, qui sera uniquement ce que nous en ferons.

Toulouse, 09/2005

(1) Pierre Clastres (1934-1977). L’émission en question s’intitule « Les chemins de la connaissance », juin 1976, écoutable sur http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture_(aod)/ THEMA_ARCHIVES/THEMA_ARCHIVES20050817.RAM

(2) Laurent Schwartz (1915-2002) reçut notamment la médaille Fields en 1950. Il fut un des premiers trotskystes en France, avant de rompre à l’après-guerre.

(3) Jean Louis Maxime van Heijenoort, est un pionnier de la logique mathématique. Il a également été le secrétaire personnel de Léon Trotski de 1932 à 1939 et un activiste trotskyste de 1939 à 1947, avant de rompre avec le marxisme en 1948. Il a publié en 1967 une anthologie «From Frege to Gödel », peut-être le livre le plus important jamais publié sur l’histoire de la logique et des fondements des mathématique

(4) Ouvrage d’Engel de 1878. Un chapitre est consacré à la « négation de la négation ».

(5) En logique, la négation de la négation peut effectivement être « plus grande » (dans un sens qu’il faudrait convenablement définir) que l’assertion de départ, mais certainement pas de la façon décrite au-dessus !

(6) Jacques Monod (1910-1976) reçu notamment le prix Nobel de médecine en 1965.

(7) Louis Althusser (1918-1990), philosophe marxiste.

Marx et l’Anarchisme (Rudolf ROCKER)

Ce texte écrit par l’anarchosyndicaliste Rudolf Rocker (cf. sa biographie à la suite) a d’abord été publié par les éditions de l’Entraide en 1925. Il fut entre autre publié en espagnol comme supplément à Espoir CNT-AIT n° 645 en 1974. Il est également contenu dans un recueil intitulé « Marx le ténia du socialisme ». La CNT-AIT l’a publié en brochure, avec un texte inédit sur le soit disant « socialisme scientifique ».

Marx et l'Anarchisme

Rudolph Rocker – Marx et l’Anarchisme – 1925.   

I  

Il y a quelques années, peu après la mort de Frédéric Engels, Édouard Bernstein, un des plus illustres membres de la communauté marxiste, étonna ses amis par quelques découvertes notables. Bernstein manifesta publiquement ses doutes quant à l’exactitude de l’interprétation matérialiste de l’histoire, de la théorie marxiste de la plus-value et de la concentration du capital ; il alla même jusqu’à attaquer la méthode dialectique, arrivant à la conclusion qu’il n’était pas possible de parler d’un socialisme critique. Homme prudent, Bernstein garda pour lui ses découvertes jusqu’à ce que meure le vieil Engels, et alors seulement il les rendit publiques au grand effroi des prêtres marxistes. Mais même cette prudence ne put le sauver, car on l’attaqua de tous côtés. Kautsky écrivit un livre contre l’hérétique, et le pauvre Édouard se vit obligé de déclarer au congrès de Hanovre qu’il était en état de péché mortel et qu’il se soumettait à la décision de la majorité scientifique. 

Avec tout cela, Bernstein n’avait rien révélé de nouveau. Les raisons qu’il opposait aux fondements de la doctrine marxiste existaient déjà à l’époque où lui-même continuait encore à se faire l’apôtre fidèle de l’église marxiste. Ces arguments avaient été pris çà et là dans la littérature anarchiste, et le seul fait important était qu’un social-démocrate parmi les plus connus se réclamait d’eux pour la première fois. Personne ne niera que la critique de Bernstein avait produit une forte impression dans le camp marxiste : il avait ébranlé les fondements les plus importants de l’économie métaphysique de Karl Marx et il n’est pas surprenant que les respectables représentants du marxisme orthodoxe s’en soient vivement émus.

Tout cela ne serait pas très grave s’il n’y avait un autre inconvénient bien pire. Depuis près d’un siècle, les marxistes ne cessent de prêcher que Marx et Engels furent les inventeurs du socialisme dit scientifique ; une distinction artificielle s’est créée entre les socialistes dits utopiques et le socialisme scientifique des marxistes, différence qui existe seulement dans l’imagination de ces derniers. Dans les pays germaniques, la littérature socialiste a été monopolisée par les théories marxistes, et tout social-démocrate les considère comme de purs produits, absolument originaux, des découvertes scientifiques de Marx et de Engels.

Mais ce rêve s’est lui aussi évanoui : les recherches historiques modernes ont établi d’une manière incontestable que le socialisme scientifique n’était rien de plus qu’une conséquence des vieux socialismes anglais et français, et que Marx et Engels ont connu à la perfection l’art de revêtir le plumage d’autrui. Après les révolutions de 1848, commença en Europe une réaction terrible ; la Sainte Alliance revint tendre ses filets dans tous les pays avec l’intention d’étouffer la pensée socialiste qui produisait une littérature d’une très grande richesse tant en France qu’en Belgique, Angleterre, Allemagne, Espagne et Italie. Cette littérature tomba presque totalement dans l’oubli pendant cette période d’obscurantisme qui commença à partir de 1848. Beaucoup d’œuvres parmi les plus importantes furent détruites, et rares sont les exemplaires qui trouvèrent refuge dans la tranquillité de certaines grandes bibliothèques publiques ou chez des particuliers. C’est seulement à la fin du XIX° siècle et au début du XX° que cette littérature a été redécouverte et aujourd’hui, nous sommes remplis d’admiration devant les idées fécondes que l’on trouve dans les vieux écrits des écoles postérieures à Fourier et à Saint-Simon, dans les œuvres de Considérant, Demasi, Mey et de tant d’autres.

De la même manière, on y a trouvé l’origine du socialisme dit scientifique. Notre vieil ami W. Tcherkesoff fut le premier à offrir un ensemble de tous ces faits ; il démontra que Marx et Engels ne sont pas les inventeurs des théories qui furent considérées pendant tant de temps comme leur patrimoine intellectuel [1] ; il arriva même à prouver que certains des travaux marxistes parmi les plus fameux, comme le Manifeste communiste par exemple, n’étaient en réalité rien d’autre que des traductions libres du français, faites par Marx et Engels. Tcherkesoff a d’ailleurs eu le plaisir de voir ses affirmations relatives au Manifeste communiste, reconnues par Avanti, organe central de la social-démocratie italienne, [2] après que l’auteur ait eu l’idée de comparer le Manifeste communiste avec le Manifeste de la Démocratie de Victor Considérant, paru cinq ans avant l’opuscule de Marx et de Engels.

Le Manifeste communiste est considéré comme une des premières œuvres du socialisme scientifique et le contenu de ce travail a été tiré des écrits d’un utopiste, car le marxisme inclut Fourier dans les socialistes utopiques. Voilà une des ironies les plus cruelles que l’on puisse imaginer, et cela ne constitue pas assurément une recommandation favorable quant à la valeur scientifique du marxisme. Victor Considérant fut un des premiers écrivains socialistes que Marx connut ; il le mentionne déjà à une époque où il n’était pas encore socialiste lui-même. En 1842, la Allgemeine Zeitung attaqua la Rheinische Zeitung dont Marx était rédacteur en chef, lui reprochant de sympathiser avec le communisme. Marx répondit alors par un éditorial [3] dans lequel il déclarait : « Des œuvres comme celles de Leroux, Considérant et plus particulièrement le livre perspicace de Proudhon, ne peuvent être critiquées à partir de quelques observations superficielles ; il faut les étudier à fond avant de vouloir en faire la critique ». Le socialisme français a exercé la plus grande influence sur le développement de Marx ; mais de tous les écrivains socialistes de France, c’est P. J. Proudhon qui l’a le plus puissamment marqué.

Il est même évident que le livre de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? incita Marx à embrasser le socialisme. Les observations critiques de Proudhon sur l’économie nationale et les diverses tendances socialistes firent découvrir, avant Marx, un inonde nouveau, et ce fut principalement la théorie de la plus-value, développée elle aussi par le génial socialiste français, qui causa la plus forte impression sur l’esprit de Marx. L’origine de la doctrine de la plus-value, cette grandiose « découverte scientifique » dont s’enorgueillissent tous nos marxistes, nous la trouvons dans les écrits de Proudhon. Grâce à celui-ci Marx parvint à connaître cette théorie, qu’il modifia plus tard, après l’étude des socialistes anglais Bray et Thompson. Marx alla jusqu’à reconnaître publiquement la grande signification scientifique de Proudhon et, dans un livre aujourd’hui complètement disparu de la vente, [4] il qualifia l’œuvre de celui-ci, Qu’est-ce que la propriété ?, de « premier manifeste scientifique du prolétariat français ». Cette œuvre n’a plus été éditée par les marxistes, ni traduite, malgré les grands efforts des représentants officiel du marxisme pour divulguer, dans toutes les langues, les écrits de leur maître. Ce livre a été oublié, on sait pourquoi ; sa réimpression ferait découvrir au monde le colossal contresens et l’insignifiance de tout ce que Marx a écrit plus tard au sujet de l’éminent théoricien de l’anarchisme.

Marx n’a pas été influencé seulement par les idées économiques de Proudhon, mais aussi par les théories anarchistes du grand socialiste français, et dans un de ses travaux de cette période, il combat l’État sous la même forme que l’avait fait Proudhon.

II

Tous ceux qui ont étudie attentivement l’évolution socialiste de Marx devront reconnaître que l’œuvre de Proudhon Qu’est-ce que la Propriété ? fut celle qui le convertit au socialisme. Ceux qui ne connaissent pas de près les détails de cette évolution et ceux qui n’ont pas eu la curiosité de lire les premiers travaux socialistes de Marx et de Engels, jugeront étrange et invraisemblable cette affirmation, car dans ses travaux postérieurs, Marx parle de Proudhon avec ironie et mépris, et ce sont précisément ces écrits que la social-démocratie publie de nouveau et réimprime constamment.

C’est ainsi que prend corps, petit à petit, l’opinion suivant laquelle Marx fut, dès le début, l’adversaire théorique de Proudhon et qu’il n’a jamais existé, entre eux deux, aucun point de contact. Il est vrai que, quand on lit ce que le premier a écrit à propos du second dans Misère de la philosophie, dans le Manifeste communiste et dans la nécrologie qu’il publia dans le Sozialdemokrat de Berlin, peu après la mort de Proudhon, il n’est pas possible d’avoir une autre opinion.

Dans Misère de la philosophie il attaque Proudhon de la pire manière, usant de tous les recours pour démontrer que les idées de celui-ci n’ont pas de valeur et qu’elles n’ont aucune importance, ni comme socialistes ni comme critique de l’économie politique : « Monsieur Proudhon – dit-il – a le malheur d’être compris d’une étrange manière ; en France il a le droit d’être un mauvais économiste, car on le considère comme un bon philosophe allemand ; en Allemagne, il peut être un mauvais philosophe, puisqu’il y est considéré comme le meilleur économiste français. En ma qualité d’Allemand et d’économiste, je me vois obligé de protester contre cette double erreur ». [5]

Et Marx va plus loin encore : il accuse Proudhon, sans avancer aucune preuve, d’avoir plagié les idées de l’économiste anglais Bray. Il écrit : « Nous croyons avoir trouvé dans le livre de Bray [6] la clé de tous les travaux passés, présents et à venir de Monsieur Proudhon ». Il est intéressant d’observer comment Marx, qui a utilisé tant de fois les idées d’autrui et dont le Manifeste communiste n’est en réalité qu’une copie du Manifeste de la Démocratie de Victor Considérant, traite les autres de plagiaires. Mais poursuivons. Dans le Manifeste communiste, Marx dépeint Proudhon comme un représentant bourgeois et conservateur. [7] Et dans la nécrologie qu’il écrivit dans le Sozialdemokrat (1865) nous lisons les mots suivants : « Dans une histoire, rigoureusement scientifique, de l’économie politique, ce livre (il se réfère à Qu’est-ce que la propriété ?) méritera à peine d’être mentionné. Car de semblables ouvrages jouent dans les sciences exactement le même rôle que dans la littérature de nouvelles ». Et dans le même article nécrologie, Marx réitère son affirmation comme quoi Proudhon manque totalement de valeur en tant qu’économiste, opinion qu’il émettait déjà dans Misère de la philosophie.

Il est facile de comprendre que de pareilles assertions, lancées par Marx contre Proudhon, devaient répandre la croyance, et pour mieux dire la conviction, qu’entre lui et le grand écrivain français il n’existait pas la moindre parenté. En Allemagne, Proudhon est presque totalement inconnu. Les éditons allemandes de ses œuvres, faites autour de 1840, sont épuisées. L’unique livre qui a été de nouveau publié en allemand est Qu’est-ce que la propriété ?, et même cette édition a été diffusée dans un cercle restreint. Cette circonstance explique le fait que Marx soit parvenu à effacer les traces de sa première évolution socialiste. Que son opinion ait été bien différente au début, nous avons eu l’occasion de le voit plus haut, et les conclusions qui suivent corroborent notre affirmation. Étant rédacteur en chef de la Rheinische Zeitung, un des principaux journaux de la démocratie allemande, Marx arriva à connaître les écrivains socialistes les plus importants de France, alors que lui-même n’était pas encore socialiste. Nous avons déjà mentionné une de ses citations dans laquelle il fait allusion à Victor Considérant, Pierre Leroux et Proudhon, et il ne fait pas de doute que Considérant, et spécialement Proudhon, ont été les maîtres qui l’amenèrent au socialisme. Qu’est-ce que la propriété ? a exercé, de toute évidence, la plus grande influence dans la maturation politique de Marx ; ainsi, à la période mentionné, il qualifia le génial Proudhon du plus « conséquent et sagace des écrivains socialistes ». [8] En 1843 la Rheinische Zeitung fut supprimée par la censure prussienne ; Marx partit pour l’étranger, et durant cette période, il poursuivit son évolution vers le socialisme. La dite évolution se constate très bien dans ses lettres à l’écrivain Arnold Ruge, et mieux encore, dans son livre La Sainte Famille ou Critique de la critique critique, qu’il publia conjointement avec Frédéric Engels. Le livre, paru en 1845, avait pour objet la contestation de la nouvelle tendance du penseur Bruno Bauer. [9] En plus de questions philosophiques, cette œuvre s’occupe aussi d’économie politique et de socialisme, et ce sont précisément ces parties qui nous intéressent ici.

De tous les travaux que publièrent Marx et Engels, La Sainte Famille est l’unique qui n’a pas été traduit en d’autres langues, [10] et dont les socialistes allemands ne firent pas d’autre édition. Il est vrai que Frantz Mehring, héritier littéraire de Marx et de Engels, a publié, à la charge du Parti socialiste allemand, La Sainte Famille avec d’autres écrits correspondant à la première période de l’activité socialiste de leurs auteurs, mais ceci se fit soixante ans après la sortie de la première édition, et, d’autres part, la réédition était destinée aux spécialistes, car son coût était excessif pour un travailleur. A côté de cela, Proudhon est connu d’une manière si limitée en Allemagne, que très peu se seront rendu compte de la profonde différence existant entre les premiers jugements que Marx émettait sur lui et ceux qu’il soutiendra plus tard.

Et cependant, ce livre démontre clairement le processus évolutif du socialisme chez Marx et l’influence puissante que Proudhon a exercé sur lui. Tout ce que les marxistes ont attribué ensuite à leur maître, Marx le reconnaissait, dans La Sainte Famille, comme les mérites de Proudhon. Voyons ce qu’il dit à ce sujet à la page 36 : « Tous les développements de l’économie politique supposent la propriété privée. Cette hypothèse de base, l’économie politique la considère comme un fait inattaquable ; elle ne la soumet à aucun examen et même, pour reprendre l’aveu naïf du Say, [11] n’en parle qu’accidentellement. Et voici Proudhon qui soumet la propriété privée, base de l’économie politique, à un examen critique, au premier examen catégorique aussi impitoyable que scientifique. C’est là le grand progrès scientifique qu’il a réalisé, un progrès qui révolutionne l’économie politique et rend pour la première fois possible une véritable science de l’économie politique. L’ouvrage de Proudhon Qu’est-ce que la propriété ? est aussi important pour l’économie politique moderne que l’ouvrage de Sieyès Qu’est-ce que le Tiers-État ? pour la politique moderne ».

Il est intéressant de comparer ces paroles de Marx avec celles qu’il a écrites ensuite à propos du grand théoricien anarchiste. Dans La Sainte Famille il dit que Qu’est-ce que la propriété ? a été la première analyse scientifique de la propriété privée et qu’elle a donné la possibilité de faire de l’économie nationale une véritable science ; mais dans sa nécrologie publiée dans le Sozialdemokrat, le même Marx assure que dans une histoire rigoureusement scientifique de l’économie, cette œuvre mérite à peine d’être mentionnée. Quelle est la cause d’une pareille contradiction ? Voilà une question que les représentants du socialisme dit scientifique n’ont pas encore éclaircie. En réalité, il n’y a qu’une réponse : Marx voulait cacher la fontaine dans laquelle il avait bu. Tous ceux qui ont étudié sérieusement le problème et qui ne se sentent pas entraînés par le fanatisme partisan devront reconnaître que cette explication n’est pas le fait d’un caprice.

Voyons encore ce que Marx constate quant à l’importance historique de Proudhon. A la page 52 du même livre, nous lisons : « Proudhon n’écrit pas seulement en faveur des prolétaires, mais il est un prolétaire lui-même, un ouvrier ; son œuvre est un manifeste scientifique de prolétariat français ».

Ici, comme on le voit, Marx exprime en termes précis que Proudhon est un théoricien du socialisme prolétarien et que son œuvre constitue un manifeste scientifique du prolétariat français. En revanche, dans Manifeste communiste, il assure que Proudhon incarne le socialisme petit-bourgeois et conservateur. Peut-on trouver plus grande contradiction ? Qui devons-nous croire, le Marx de La Sainte Famille ou l’auteur du Manifeste ? Et d’où provient cette divergence ? C’est une question que nous posons de nouveau, et, bien entendu, la réponse est toujours la même ; Marx voulait dissimuler au monde tout ce qu’il devait à Proudhon, et, pour lui, tous les moyens étaient bons. Il ne peut y avoir d’autre explication d ce phénomène ; les moyens que Marx employa plus tard dans sa lutte contre Bakounine prouvent à l’évidence qu’il n’était pas très délicat quant au choix de ceux-ci [ Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A (…) » [12] ].

III

Les écrits politiques de Marx, à cette période, démontrent qu’il avait même été influencé par les idées anarchistes de Proudhon ; par exemple, l’article qu’il publia dans le Vorwerts de Paris.

Le Vorwerts était un journal qui paraissait dans la capitale française vers les années 1844-1845, sous la direction d’Henri Bernstein. Au début, il était seulement de tendance libérale. Mais plus tard, après la disparition des Annales franco-allemandes, Bernstein entra en relation avec les anciens collaborateurs de cette dernière publication, qui le conquirent à la cause socialiste. Le Vorwerts se convertit alors en organe officiel du socialisme et de nombreux collaborateurs de la revue de Arnold Ruge, tels Bakounine, Marx, Engels, Henri Heine, Georges Herwegh, etc. y participèrent.

Dans le numéro 68 de ce journal (7 août 1844), Marx publia une œuvre de polémique, Notes critiques d propos de l’article : Le Roi de Prusse et la réforme sociale. Il y étudia la nature de l’État et démontre l’incapacité absolue de cet organisme pour diminuer la misère sociale et pour supprimer le paupérisme. Les idées que l’auteur développe dans cet article sont les idées purement anarchistes et sont en parfaite concordance avec les concepts que Proudhon, Bakounine et autres théoriciens de l’anarchisme, ont établi à ce sujet. Les lecteurs pourront juger à partir du texte suivant extrait de l’étude de Marx : « Aucun gouvernement au monde n’a pris, immédiatement et sans accord avec les autorités, de mesures contre le paupérisme. Le parlement anglais envoya même des commissaires dans tous les pays d’Europe, afin de prendre connaissance des différents remèdes administratifs contre le paupérisme. Mais pour autant que les États sont occupés du paupérisme, ils en sont restés aux mesures d’administration et de bienfaisance ou en deçà.

L’État peut-il se comporter autrement ?

L’État ne découvrira jamais dans l’État et l’organisation de la société, la raison des maux sociaux. Là où il y a des partis politiques, chacun trouve la raison de chaque mal dans le fait que son adversaire occupe sa place à la direction de l’État. Même les politiciens radicaux et révolutionnaires trouvent la raison non pas dans l’essence (Wesen) de l’État, mais dans une forme déterminée d’État qu’ils veulent remplacer par un autre.

Du point de vue politique, l’État et l’organisation de la société ne sont pas deux choses différentes. L’État c’est l’organisation de la société. Dans la mesure où l’État reconnaît des anomalies sociales, il en cherche la raison, soit dans les lois naturelles qu’aucune puissance humaine ne peut plier, soit dans la vie privée qui est indépendante de l’État, soit dans une inadaptation de l’administration qui dépend de l’État. C’est ainsi que l’Angleterre trouve que la misère a sa raison d’être dans la loi naturelle, d’après laquelle la population doit toujours dépasser les moyens de subsistance. D’un autre côté, elle explique le paupérisme par la mauvaise volonté des pauvres, comme le roi de Prusse l’explique par le sentiment non-chrétien des riches et la Convention par la mentalité contre-révolutionnaire des propriétaires. C’est pourquoi l’Angleterre punit les pauvres, le roi de Prusse exhorte les riches, et la Convention guillotine les propriétaires.

Enfin, tous les États cherchent dans des déficiences accidentelles ou intentionnelles de l’administration la cause, et par suite, dans des mesures administratives, le remède à tous leurs maux. Pourquoi ? Précisément parce que l’administration est l’activité organisatrice de l’État.

L’État ne peut supprimer la contradiction entre la destination et la bonne volonté de l’Administration d’une part, ses moyens et ses possibilités d’autre part, sans se supprimer lui-même parce qu’il repose sur cette contradiction. Il repose sur la contradiction entre la vie publique et la vie privée, sur la contradiction entre l’intérêt général et les intérêts particuliers. L’administration doit donc se borner à une activité formelle et négative ; car là où la vie civile et son travail commencent cesse le pouvoir de l’administration.

Bien plus, vis-à-vis des conséquences qui découlent de la nature non sociale de cette vie civile, de cette propriété privée, de ce commerce, de cette industrie, de ce pillage réciproque des différentes sphères civiles, vis-à-vis de ces conséquences, c’est l’impuissance qui est la loi naturelle de l’administration. Car cette division poussée à l’extrême, cette bassesse, cet esclavage de la société civile constituent le fondement sur lequel repose l’État moderne, de même que la société civile de l’esclavage constituait le fondement naturel sur lequel reposait l’État antique. L’existence de l’État et l’existence de l’esclavage sont inséparables. L’État antique et l’esclavage antique – franches oppositions classiques – n’étaient pas plus soudés l’un à l’autre que ne le sont l’État moderne et le monde moderne du trafic sordide, hypocrites oppositions chrétiennes ».

Cette interprétation essentiellement anarchiste de la nature de l’État, qui parait tellement étrange quand on évoque les doctrines postérieures de Marx, est une preuve évidente de l’origine anarchiste de sa première évolution socialiste. L’article mentionné reflète les concepts de la critique de l’État faite par Proudhon, critique qui trouva sa première expression dans Qu’est-ce que la Propriété ?. Cette œuvre immortelle a exercé l’influence la plus décisive dans l’évolution du communiste allemand, malgré qu’il se soit efforcé par tous les moyens – et ils ne furent pas des plus nobles – de nier les premières phases de son évolution de socialiste. Naturellement les marxistes soutinrent leur maître là-dessus et ainsi, petit à petit, se développa une fausse interprétation historique quant au caractère des premières relations entre Marx et Proudhon.

En Allemagne principalement, ce dernier étant pratiquement inconnu, les plus étranges affirmations purent circuler à propos. Mais mieux on connaît les œuvres importantes de la vieille littérature socialiste et plus on constate tout ce que le socialisme dit scientifique doit à ces utopistes, longtemps oubliés à cause de la réclame gigantesque que fit l’école marxiste ainsi que pour d’autres raisons qui contribuèrent à reléguer dans l’ombre la littérature socialiste de la première période. Et un des maîtres les plus importants de Marx, celui qui posa les bases de toute son évolution postérieure, fut précisément Proudhon, l’anarchiste si calomnié et si mal compris par les socialistes légalistes.

IV

Le 20 juillet 1870, Karl Marx écrivait à Frédéric Engels : « Les français ont besoin d’être rossés. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation des pouvoirs de l’État sera utile à la centralisation de la classe ouvrière allemande. La prépondérance allemande, en outre, transportera le centre de gravité du mouvement européen de France en Allemagne ; et il suffit de comparer le mouvement dans les deux pays depuis 1866 jusqu’à présent, pour voir que la classe ouvrière allemande est supérieure à la française, tant au point de vue de la théorie qu’à celui de l’organisation. La prépondérance, sur le théâtre du monde, du prolétariat allemand sur le prolétariat français serait en même temps la prépondérance de notre théorie sur celle de Proudhon ».

Marx avait raison : le triomphe de l’Allemagne sur la France traça une nouvelle voie dans l’histoire du mouvement ouvrier européen.

Le socialisme révolutionnaire et libéral des pays latins fut écarté, laissant le champ libre aux théories étatistes et anti-anarchistes du marxisme. L’évolution de ce socialisme vivant et créateur se vit contrariée par le nouveau dogmatisme de fer qui prétendait posséder une connaissance totale de la réalité sociale, alors qu’il n’était tout au plus, qu’un ensemble de phraséologie et de sophisme fatalistes, et le résultat fut la mort de toute véritable pensée socialiste.

Avec les idées, changèrent aussi les méthodes de lutte du mouvement socialiste. Au lieu des groupes révolutionnaires, assurant la propagande et l’organisation des luttes économiques, dans lesquels les internationalistes avaient vu le germe de la société future et les organes aptes à la socialisation des moyens de production et d’échanges, commença l’ère des partis socialistes et la représentation parlementaire du prolétariat. Petit à petit, on oublia la vieille éducation socialiste qui conduisait les ouvriers à la conquête de la terre et des usines, mettant à sa place la nouvelle discipline de parti qui considérant la conquête du pouvoir politique comme son idéal suprême.

Michel Bakounine, le grand adversaire de Marx, jugea avec clairvoyance, le changement de situation et, le cœur amer, il prédit qu’avec le triomphe de l’Allemagne et la chute de la Commune de Paris, commençait un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Europe. Physiquement épuisé et tout près de la mort il écrivit, le 11 novembre 1874, ces mots importants à Ogarev :

« Le bismarckisme – qui devient militarisme, régime policier et monopole financier fusionnés dans un système s’intitulant Nouvel État – est en train de triompher partout. Mais peut-être que dans dix ou quinze ans l’évolution imprévue de l’espèce humaine éclairera de nouveau les sentiers de la victoire ». Bakounine se trompa en cette occasion, ne se doutant pas qu’un demi-siècle serait nécessaire ainsi qu’une terrible catastrophe mondiale, pour que le bismarckisme soit détruit.

V

De même que le triomphe de l’Allemagne en 1871 et la chute de la Commune de Paris furent les signes de la disparition de la vieille Internationale, de même la grande guerre de 1914 fût le point de départ de la banqueroute du socialisme politique.

Et ici se produit un événement singulier, véritablement grotesque, dont l’explication se trouve dans un manque total de connaissance quant à l’histoire du vieux mouvement socialiste. Bolcheviks, indépendants, communistes, etc, ne se privèrent pas d’accuser la vieille social -démocratie d’une trahison honteuse des principes du marxisme. Ils les accusèrent aussi d’avoir étouffé le mouvement socialiste dans le marais du parlementarisme bourgeois, d’avoir mal interprété l’attitude de Marx et de Engels sur l’État, etc. Le directeur spirituel des bolcheviks, Lénine, essaya de fonder son accusation sur des bases solides dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution qui est, d’après des disciples, la véritable et pure interprétation du marxisme. Au moyen d’une collection de citations parfaitement arrangées, Lénine prétend démontrer que les fondateurs du socialisme scientifique furent toujours des ennemis déclarés de la démocratie et du bourbier parlementaires, et que toutes leurs aspirations tendaient à la disparition de l’État.

Il ne faut pas oublier que Lénine fit tout récemment cette découverte quand son parti, contre toute espérance, se trouva en minorité après les élections pour l’Assemblée Constituante. Jusqu’alors les bolcheviks avaient participé, à côté des autres partis, aux élections, et faisaient bien attention de ne pas entrer en conflit avec les principes de la démocratie. Aux dernières élections de la Constituante de 1918, ils y prirent part avec un programme grandiose. Mais voyant que, malgré tout, ils restaient minoritaires, ils déclarèrent la guerre à la démocratie et provoquèrent la dissolution de l’Assemblée constituante, Lénine publiant alors L’État et Révolution comme justificatif personnel. La tâche de Lénine n’était pas simple, pour sûr : d’un côté il se voyait obligé de faire des concessions avancées aux tendances anti-étatiques des anarchistes, et de l’autre, de démontrer que son attitude n’était en aucune façon anarchiste, mais exclusivement marxiste. La conséquence inévitable de tout cela est que son œuvre est pleine d’erreurs de défie toute logique sensée. Un exemple prouvera cette affirmation : Lénine, voulant accentuer le plus possible une tendance anti-étatique supposée de Marx, cite le paragraphe célèbre de la Guerre civile en France, où Marx donne son approbation à la Commune pour avoir commencé par bannir l’État parasitaire. Mais Lénine ne se donne pas la peine de rappeler que Marx se voyait obligé par ces paroles, – qui sont en contradiction ouverte avec toute son attitude antérieure – de faire une concession aux partisans de Bakounine, avec lesquels il poursuivait alors une lutte très aiguë.

Même Frantz Mehring – que l’on ne peut suspecter de sympathie pour les socialistes majoritaires – a dû reconnaître cette contradiction dans son dernier livre Karl Marx, où il dit : « Malgré tout l’aspect authentique des détails de cette œuvre, il est hors de doute que la pensée ici exprimée, contredit toutes les opinions que Marx et Engels proclamaient depuis le Manifeste communiste, soit un quart de siècle avant ».

Bakounine était dans le vrai en disant alors :

« L’effet de la Commune fut si formidable que les marxiens eux-mêmes, dont toutes les idées avaient été renversées par cette insurrection, se virent obligés de tirer devant elle leur chapeau. Ils firent plus : à l’inverse de la plus simple logique et de leurs sentiments véritables, ils proclamèrent que son programme et son but étaient les leurs. Ce fut un travestissement vraiment bouffon, mais forcé. Ils avaient dû le faire sous peine de se voir débordés et abandonnés de tous, tellement la passion de cette révolution avait été puissante ». (Lettre au journal La Liberté de Bruxelles, 5 octobre 1872)

VI

Lénine oublie encore quelque chose et cette chose est d’une importance capitale pour notre sujet. La voici : ce furent précisément Marx et Engels qui essayèrent d’obliger les organisations de la vieille Internationale à développer une action parlementaire, se faisant ainsi les responsables directs de l’embourbement collectif du mouvement ouvrier socialiste dans le parlementarisme bourgeois.

L’Internationale fut la première tentative pour unir les travailleurs organisés de tous les pays en une grande Union, dont l’aspiration finale serait la libération économique des travailleurs. Les idées et les méthodes des différentes sections se différenciant entre elles, il était d’une importance capitale d’établir des points de contact pour l’œuvre commune, et de reconnaître l’ample autonomie et l’autorité indépendante des diverses sections. Tant que cela se fit, l’Internationale grandit avec force et se développa dans tous les pays. Mais tout changea complètement à partir du moment où Marx et Engels s’obstinèrent à pousser les différentes fédérations vers l’action parlementaire. Ceci se produisit pour la première fois à la malheureuse conférence de Londres, en 1871, où il essayèrent de faire approuver une résolution qui se terminait par les mots suivants :

« • (…) considérant que contre le pouvoir collectif des classes possédantes le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant en parti politique distinct opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes ; que cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême, l’abolition des classes ;

• que la coalition des forces ouvrières déjà obtenue par les luttes économiques doit aussi servir de levier aux mains de cette classe dans sa lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs.

• La conférence rappelle aux membres de l’Internationale : que, dans l’état militaire de la classe ouvrière, son mouvement économique et son action politique sont indissolublement liés ».

(Résolution n° 9 de la Conférence de Londres, 17-25 septembre 1871)

Qu’une seule section ou fédération de l’Internationale adopte une telle résolution était chose fort possible, car seuls ses adhérents étaient tenus de l’appliquer ; mais que le Conseil exécutif l’impose à tous les membres de l’Internationale, et surtout s’agissant d’un sujet n’ayant pas été présenté au Congrès général, constituait un procédé arbitraire, en contradiction totale avec l’esprit de l’Internationale et qui devait soulever une protestation énergique de tous les éléments individualistes et révolutionnaires.

Le congrès honteux de La Haye, en 1872, conclut l’œuvre entreprise par Marx et Engels afin de transformer l’Internationale en une mécanique à élections, incluant à cet effet une clause qui obligeait les différentes sections à lutter pour la conquête du pouvoir politique. Marx et Engels furent donc responsables de la division de l’Internationale, avec toutes ses conséquences funestes pour le mouvement ouvrier, et ce sont eux, par l’action politique, qui provoquèrent l’embourbement et le dégénérescence du Socialisme.

VII

Quand éclata la révolution d’Espagne en 1878, les membres de l’Internationale – presque tous anarchistes – dénoncèrent les pétitions des partis bourgeois et suivirent leur propre chemin vers l’expropriation de la terre et des moyens de production, avec un esprit socialement révolutionnaire. Des grèves générales et des révoltes éclatèrent â Alcoy, San Lucar de Barrameda, Cartagène et en d’autres endroits, qui durent être étouffées dans le sang. La ville portuaire de Cartagène résista plus longtemps, restant aux mains des révolutionnaires pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’elle tombe finalement sous le feu des bateaux de guerre prussiens et anglais. C’est alors que Engels attaqua sévèrement, dans le Volkstaat les bakouniniens espagnols et les invectiva pour ne pas vouloir s’allier aux républicains. Comme le même Engels aurait critiqué, s’il vivait encore, ses disciples communistes de Russie et d’Allemagne !

Après le célèbre congrès de 1891, quand les dirigeants des Jeunes furent exclus du parti social-démocrate, pour répondre à la même accusation que Lénine adressait aux opportunistes et kautskystes, ils fondèrent un parti à côté avec son organe propre : Der Sozialist à Berlin. Au début, ce mouvement fut extrêmement dogmatique et présenta des idées vraiment identiques à celles de l’actuel Parti communiste. Si on lit par exemple le livre de Teistler Le parlementarisme et la classe ouvrière, on rencontrera des concepts identiques à ceux de L’État et la Révolution de Lénine. De la même manière que les bolcheviks russes et que les membres du parti communiste allemand, les socialistes indépendants d’alors rejetaient les principes de la démocratie et se refusaient a participer aux parlements bourgeois sur les bases des principes réformistes du marxisme.

Et comment parlait Engels de ces jeunes qui se complaisaient, de même que les communistes, à accuser les dirigeants du parti social-démocrate de trahison envers le marxisme ? Dans une lettre à Sorge, en octobre 1891, le vieil Engels fait les aimables commentaires suivants : « Les sales Berlinois se sont convertis en accusés au lieu de continuer à se conduire en accusateurs et, ayant manœuvré comme de pauvres types, ils ont été obligés de travailler hors du parti, s’ils voulaient faire quelque chose. Il est certain, qu’il y a parmi eux des espions policiers et des anarchistes déguisés qui désirent travailler secrètement parmi nous. Avec ceux-ci il y a une quantité d’ânes, d’étudiants trompés et de clowns insolents de tout acabit. En tout, ils sont environs deux cents personnes ».

On serait véritablement curieux de savoir de quels adjectifs sympathiques Engels aurait honoré nos communistes d’aujourd’hui, qui prétendent être les gardiens des principes marxistes.

* * *

Il n’est pas possible de caractériser les méthodes de la vieille social-démocratie. Sur ce point, Lénine ne dit pas un mot et ses amis allemands moins encore. Les socialistes majoritaires doivent rappeler ce détail évocateur pour démontrer que ce sont eux les véritables représentants du marxisme ; quiconque connaît un peu d’histoire leur donnera raison. Le marxisme est responsable de l’orientation de la classe ouvrière vers l’action parlementaire et il a tracé le chemin de l’évolution poursuivie dans le parti social-démocrate allemand. C’est seulement quand on aura compris cela que l’on verra que la voie de la libération sociale nous conduit vers la terre heureuse de l’anarchisme, en passant bien au-dessus du marxisme.

Rudolf ROCKER

[1] W. Tcherktsoff : Pages d’histoire socialiste, Les Précurseurs de l’Internationale.

[2] Cet article, intitulé Il inanifesto della democrazia, fut publié d’abord dans Avanti. (N° 1901 de l’année 1902).

[3] Rheinische Zeitung, n° 289, 16 octobre 1842.

[4] Il s’agit de la Sainte Famille, écrit en 1813 et publié en 1845 ! Cet ouvrage figure dans les Œuvres complètes (traduction Molitor) et les Éditions sociales l’ont Publié dans une nouvelle traduction en 1969. Une soixantaine de pages élogieuses sont consacrées à Proudhon, que Marx défend contre les attaques d’Edgard Bauer.

[5] Marx Misère de la Philosophie. Introduction.

[6] Bray Labour’s wrougs and Labour’s remedy.

[7] Marx-Engels Das Kommunistische manifest, p. 2l.

[8] Rheinische Zeitung, 7 janvier 1843.

[9] Bruno Bauer un des participants les plus assidus du club berlinois Les Libres, où on pouvait rencontrer les figures les plus représentatives de la libre-pensée allemande (première moitié du XIX°), comme Feuerbach, l’auteur de L’essence du Christianisme, œuvre profondément athée, ou Max Stirner, auteur de L’Unique et sa propriété. La Pensée autoritaire de Karl Marx devait forcément se heurter avec les idées libres de B. Bauer, dont l’œuvre Kritik mit kirche und staat (La critique de l’Église et de l’État) fut totalement saisie par les dominicains et brûlée (première édition de 1843). La seconde édition (Berne, 1844) eut un sort meilleur, contrairement à son auteur qui fut condamné et incarcéré pour ses idées.

[10] Voir note 4.

[11] J.-B. Say, économiste français de l’époque dont les œuvres complètes furent traduites en allemand par Max Stirner. La phobie de Marx pour la pensée anarchiste française ou pour la libre-pensée allemande (une partie de son livre posthume L’idéologie allemande était destinée à minimiser l’importance de l’Unique et sa propriété de Stirner), se tournait aussi contre le sociologue Say, très commenté à l’époque par tous ceux qui critiquaient la tyrannie de l’État et qui tentaient de s’y soustraire.

[12] La rupture de Marx avec Proudhon repose aussi sur un fait sordide. A Paris en 1845-1846, Marx luttait contre l’influence de Karl Grün sur les Allemands émigrés. Tous les moyens étaient bons et Marx écrivit d Proudhon pour le mettre en garde contre cet individu « suspect ». En même temps, il proposait à Proudhon d’être son correspondant en France, en un mot de l’enrôler. Proudhon répondit par une longue lettre le 17 mai 1843. Il repousse fermement les accusations contre Grün et se refuse « après avoir démoli tous les dogmatismes (…) à endormir le peuple » (..) « ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle religion, cette religion fut-elle la religion de la logique, la religion de la raison (..). A cette condition j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non ! » . On conçoit l’effet que put faire cette, lettre sur Marx… A partir de ce moment, Proudhon était condamné. Il devenait « un parvenu de la science qui se rengorge de ce qu’il n’est pas et de ce qu’il n’a pas, (..) un crâneur et un encenseur de soi-même, etc. ! ».

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RUDOLF ROCKER

 (d’après l’éphéméride anarchiste)

Né le 25 mars 1873 à Mainz (Mayence) Allemagne. Très jeune orphelin, il est élevé par un oncle républicain et devient relieur.

Il adhère au « Jungen » (Jeunesses) du S.P.D (Parti Social Démocrate), qui forment un opposition au sein du parti. Il découvre l’anarchisme à la lecture de « Freiheit » de Johann Most. En 1891, il assiste au Congrès socialiste de Bruxelles. De retour à Mayence, fortifié par la lecture de « Dieu et l’Etat » de Bakounine, il rejoint un groupe anarchiste et mène une propagande anarchiste illégale qui attire sur lui l’attention de la police. En 1892, il se réfugie à Paris où il retrouve des exilés allemands et rentre en contact avec les anarchistes français dont Jean Grave. Mais après les persécutions policières de 1894, il part à Londres où vivent de nombreux anarchistes. Il traduit « Paroles d’un révolté » de Kropotkine en allemand, et se lie avec Max Nettlau.

En 1896, il participe au Congrès international socialiste. En 1898, pour avoir fait l’éloge de l’Union libre, il est refoulé avec sa compagne Milly des Etats-Unis où ils souhaitaient émigrer.


Il commence alors à militer avec les ouvriers anarchistes juifs de Londres. Actif propagandiste (par la parole comme par l’écrit), il apprend le yiddish et fait paraître à partir de 1898 le journal « Arbeiter freund » puis « Germinal ». En 1906, il prend part à la création du Worker’s Friend Club and Institute et soutient les grèves des tailleurs (en 1906 et 1912).

En 1907, à Amsterdam, il est un des secrétaires avec Malatesta, J-B Wilquet, John Turner et Schapiro du Congrès anarchiste international. En 1909, il est interdit de séjour en France après un meeting de protestation contre l’assassinat de Francisco Ferrer. En 1913, il fait une tournée de conférence au Canada, mais lorsque la guerre éclate il est interné par les autorités anglaises dans un camp comme « étranger dangereux ». Expulsé d’Angleterre en mars 1918, il vit un temps chez Domela Nieuwenhuis à Amsterdam avant de rejoindre
Berlin.

Il est de nouveau interné (avec Fritz Kater) pour « incitation à la
grève et atteinte à la sureté de l’Etat ». Libéré, il se consacre à reconstruire le mouvement anarcho-syndicaliste allemand F.A.U.D qui aboutit au niveau international, en décembre 1922, à Berlin, à la renaissance de l’A.I.T (anti-autoritaire). Souchy, Schapiro et Rocker en sont les secrétaires internationaux. Plusieurs de ses écrits sont publiés. Orateur, il donne également des conférences jusqu’en Suède (en 1929).

En 1933, fuyant les nazis, il rejoint les Etats-Unis où il tentera en 1936 de mobiliser l’opinion en faveur de la révolution espagnole. En 1937, il s’installe avec Milly dans la communauté anarchiste de Mohigan, et publie un de ses principaux ouvrages « Nationalisme et Culture ».

Après-guerre, les USA tentent de l’expulser, mais dans le même temps le retour
en Allemagne lui est refusé. Il meurt donc aux USA en septembre 1958.


Il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que: « Les soviets trahis par les bolcheviks »(1921); « Anarchistes et rebelles »(1923); « Anarcho-syndicalisme »(1938); « Influence des idées absolutistes dans le socialisme »(1945), une biographie de « Max Nettlau, l’hérodote de l’anarchie »(1950) etc.

Les anti-Lumières, une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre Froide (A propos d’un livre de Zeev Sternhell)

Article paru intialiement dans Anarchosyndicalisme ! n°152 déc 2016 – Janv 2017

Zeev Sternhell vient de s’éteindre à 85 ans. Historien et intellectuel, il avait essayé d’analyser les racines du fascisme, pour tenter de comprendre comment l’Humanité en était arrivé là. Né en 1935, en Pologne, il avait du vivre caché pendant toute la guerre pour fuir les persécutions antisémites des Nazi, tandis que sa mère et sa soeur furent déportées et exterminées comme tan d’autres pour leur seul motif de leur soit disant « race ».

Un des membres fondateurs du mouvement israélien La paix maintenant (Shalom Akhchav), il prend position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et prône un compromis de paix avec les Palestiniens affirmant : « si les Palestiniens faisaient preuve de plus de clairvoyance, ils concentreraient leurs actions contre les colonies au lieu de s’en prendre à des femmes et des enfants [en territoire israélien]. »

Le 25 septembre 2008, il est visé par un attentat et blessé par l’explosion d’un engin piégé, revendiqué par Jack Teitel, terroriste sioniste à la prison à vie pour avoir assassiné un chauffeur de bus et un berger palestinien et avoir déposé des bombes contre des juifs messianiques ou encore des homosexuels.

En février 2018, dans une tribune publiée par Le Monde, Zeev Sternhell compare le sort des juifs avant la guerre et celui des Palestiniens aujourd’hui. Il affirme : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts. »

Au niveau universitaire, il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l’origine du corpus idéologique fasciste. Cette question est d’importance pour nous, anarchosyndicalistes, car Sorel est l’un des théoriciens du syndicalisme révolutionnaire, et le cercle Proudhon était une tentative de la part des nationalistes de l’époque regroupés autour de Charles Maurras et de l’Action Française de récupérer les milieux populaires militants, et notamment les anarchistes et les précurseurs du syndicalisme. Les royalistes du Cercle Proudhon espéraient attirer des syndicalistes sur leurs positions, se servant pour ce faire de la référence à Proudhon et de la critique de la démocratie parlementaire comme d’un levier.

Le Cercle Proudhon fut un échec, les anarchistes et la plupart des syndicalistes ne se laissant pas berner. Mais ce projet trouva un écho en Italie. Zeev Sternhell montre bien comment, en 1915, le mouvement syndicaliste révolutionnaire italien (USI) se fractura en deux : les syndicalistes révolutionnaires sont favorables à l’entrée en Guerre de l’Italie alors que les anarchosyndicalistes sont contre. Les syndicalistes révolutionnaires « purs », sont expulsés de l’USI et rejoignent alors les nationalistes « de gauche » – dont un certain Benito Mussolini. Les syndicalistes révolutionnaires italiens participeront activement à la naissance du Parti Fasciste …

Approfondissant ses recherches, Zeev Sternhell montra que c’est fondamentalement dans la rejet des Lumières et de la Révolution française que se trouvent les racines de cette « droite révolutionnaire » qui enfanta le fascisme après sa rencontre avec les syndicalistes révolutionnaires soréliens. Nous avions rendus compte, dans notre journal Anarchosyndicaliste en 2016, de ce livre essentiel sur le sujet.

Alors qu’aujourd’hui le confusionnisme politique atteint des records, que Onfray – qui se prétend libertaire – établit des passerelles avec des catho-royalistes moisis au nom du « souverainisme » (1), que Soral et Dieudonnné redonnent corps à un antisémitisme prétendument populaire au nom du respect des identités (2) , que la « racialisme » remet à l’ordre du jour le concept mortifère de « race », que les Lumières et l’Universalisme sont attaquées de toutes part et y compris depuis les rangs soit-disant « libertaires », à notre époque où l’émotion et le ressenti supplantent en politique la raison, il est important de relire Zeev Sternhell.

(1) déjà en 1912, Sorel titrait sa revue socialiste-nationale et antisémite L’Indépendance

(2) Zeev Sternhell a bien démontré que l’antisémitisme est l’élément fondamental du syndicalisme révolutionnaire de Sorel

Les anti-Lumières, une tradition du XVIIIe siècle à la Guerre Froide

Première publication dans « Anarchosyndicalisme ! », n°152 déc 2016 – Janv 2017

Dans les précédents numéros d’Anarchosyndicalisme! , j’ai pu lire des présentations et analyses tout à fait intéressantes relatives au courant des Lumières, mais aucune d’elle ne s’est arrêtée sur le courant opposé, celui des anti-Lumières. Or, il me semble intéressant de décrire ce courant, nommé par Nietzche, et je me propose de le faire ici à partir de l’étude documentée et soigneuse de Zeev Sternhell dans « Les anti-Lumières, une tradition du 18ème siècle à la guerre froide » (2006). Ce livre, volumineux et précis, présente les contours et les principaux acteurs d’un courant idéologique qui, selon lui, a eu une importance capitale dans la vie des idées.

Démarrant avec Vico (un auteur italien) qui critique le rationalisme en 1725 dans son ouvrage « La science nouvelle » , le courant anti-Lumières se poursuit avec des auteurs aussi variés que Burke et Carlyle, Meinecke, Maistre, Renan ou Sorel.

Comme c’est le cas pour les auteurs des Lumières, il n’y a pas d’unité idéologique entre ces auteurs, mais plutôt un fond commun de pensée qui se base sur plusieurs présupposés et positions : refus du rationalisme et des droits naturels, mise en avant de la valeur des préjugés, inégalité fondamentale des hommes entre eux, caractère nocif de la démocratie et enfin, nationalisme. Ces positions ne se trouvent pas toutes chez tous les auteurs, mais elles tissent une tradition qui est cohérente et qui a fortement influencé tant les débats d’idées que l’histoire des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Les anti-Lumières affirment tout d’abord la valeur des traditions et s’insurgent contre leur remise en causes par la philosophie des Lumières. Ainsi, pour Burke, il faut critiquer la Révolution Française parce qu’elle a remis en cause, non pas l’ordre existant, mais bien le meilleur ordre possible ! D’après lui, l’ordre de l’ancien régime, basé sur les traditions et la chrétienté, est celui qui permet à la société de fonctionner au mieux. Le Moyen-âge est idéalisé, et les valeurs telles que l’héroïsme mises en avant. Quant à la Révolution Française elle n’aurait été que le résultat d’un processus de décadence. La raison et l’universalisme sont considérés comme des abstractions nivellatrices qui font perdre aux hommes leur singularité.

Ce corpus théorique ne sert pas une antimodernité, nous dit Zeev Sternhell, mais est bien à l’origine d’une autre modernité, parallèle à celle issue des lumières et qui a vocation à la supplanter. A une époque où l’idée de nation n’est pas encore formée complètement, les anti-lumières en font une notion transcendante, vivante et organique. Vico, repris par Herder et ses héritiers, considère que

« la marche des affaires humaines est conditionnée non par le hasard ou par des choix arbitraires, mais par leur contexte historique et social. […] Mais ce qui gouverne en dernière analyse la vie des hommes, que ce soit en famille ou dans le cadre de l’Etat, c’est la providence […] » (1).

C’est alors que Manneicke crée l’historicisme : l’historien doit examiner les faits sans émettre de jugement de valeur, dans un complet relativisme et en évitant la systématisation. Le rejet de l’universalisme par ce courant entraîne le fait que chaque nation et chaque époque doit être étudiée indépendamment, en cherchant la cause immédiate de chaque fait. C’est après cette élaboration intellectuelle que Herder produit le concept de « destin » , appliqué à la nation. Celle-ci est unique, et doit être étudiée comme telle. Pour les anti-Lumières l’universalisme et le rationalisme empêchent d’atteindre les particularismes qui expliquent l’histoire de chaque groupe humain.

Zeev Sternhell s’emploie à démontrer que les anti-lumières sont dans une lutte extrêmement violente contre la raison et son corollaire, les droits naturels. Selon Herder et Burke, la raison ne peut saisir les particularités de l’histoire d’une nation. Pour ce faire, il faut faire appel à l’empathie et à l’intuition, au sentiment. Soit le contraire de l’analyse et de l’abstraction.

« […] Les émotions, l’inconscient, les sentiments, l’intuition et finalement la foi remplacent l’intellect. […] Pour Herder, le doute, le scepticisme, la philosophie, les abstractions, la pensée éclairée tuent les forces vitales dans les hommes » (1).

Cet appel constant aux forces émotionnelles et religieuses a pour conséquence l’affirmation de la dangerosité du concept de droits naturels. En effet, pour les anti-Lumières, la raison n’ayant aucune capacité à saisir l’être humain dans son essence, elle ne peut être efficiente dans la détermination des règles de droits dirigeant les communautés. La seule cause première acceptable est donc par voie de conséquence « la toute puissance du créateur » (1). Les anti-lumières considèrent donc que la dissolution de l’ordre existant, rendu possible par la Révolution Française, est inacceptable et constitue une véritable abomination.

Pour eux, en plus de la Providence, la société doit être bâtie sur des préjugés. Loin de les condamner comme le font les Lumières, les anti-Lumières leur reconnaissent une valeur de premier plan. Selon Taine, chaque génération n’est que

« la gérante temporaire et la dépositaire responsable d’un patrimoine précieux et glorieux qu’elle a reçu de la précédente, à charge de la transmettre à la suivante. ».

Dans toute société, on retrouve « un résidu de justice, reliquat petit mais précieux que la tradition conserve. » . Voilà ce que sont les préjugés : une règle de bon sens, transmise de génération en génération, qui fait sens car elle intègre en elle des siècles d’expérience. « Le préjugé est une raison qui s’ignore » (Taine). C’est aussi une raison collective. Toujours pour Taine, il est le fondement de la civilisation, qui permet de sortir de l’état sauvage. Il y a donc une dépendance et une subordination de l’individu à la société, car celui-ci doit se soumettre à la tradition. La société, elle, est une « fondation à perpétuité » , que chaque génération se doit de laisser intacte. Et la société comprend « les structures du pouvoir, le régime, les institutions et en dernière analyse la nation. » (1). L’Etat et les préjugés sont une forme de « garde-fou » , qui empêchent l’individu de redevenir un sauvage. Dans ce contexte, il ne saurait être question de liberté. La société et sa conservation priment sur tout. La démocratie est aussi à rejeter, étant contraire à « l’ordre de la nature » (Burke). Quant à l’égalité, elle est une uniformité et un appel au pluralisme, donc forcément destructrice de l’ordre existant et de la société que l’on doit protéger.

C’est sur cette base qu’Herder modernise la notion de nationalisme. Pour les auteurs des Lumières, la nation n’est qu’une collection d’individus réunis par la raison, par leurs intérêts et par la défense de leurs droits. Herder, au contraire, en fait une communauté culturelle, ethnique et linguistique. La nation est une individualité inaccessible à la raison, pour les motifs exposés plus haut. Si l’on suit Ziev Sternhell, il est évident que le nationalisme est une conséquence directe et inévitable de la lutte contre les idées des Lumières et de la création de cette nouvelle modernité qui en découle. Ce cadre implique que la nation est considérée comme un être vivant et une totalité. Celle-ci s’exprime « de la manière la plus parfaite » (Z.S.) dans la langue.

« La question se pose donc : si chaque langue constitue le réservoir de pensée propre à une nation, la pensée peut-elle encore avoir une signification et une vocation universelle ? » (1).

Pour les anti-Lumières, la réponse est évidemment non. S’ils tentent de déclarer toutes les nations égales entre elles, très vite, dans leurs écrits, la nation à laquelle ils appartiennent se voit attribuer un rôle supérieur, un destin (souvent de guide des autres nations).

S’ajoute à cette modernisation de la notion de nation, la théorisation du « déclin » , notamment par Spengler. Celui-ci considère que l’histoire est faite d’une variété de cultures grandioses, qui ont chacune « une croissance et une vieillesse » . Ces cultures sont biologisées par l’emploi de qualificatifs végétaux, et de comparaisons à des arbres et des fleurs. Les cultures se succèdent sans se prolonger, et sont l’émanation d’une certaine « âme » selon l’interprétation de Spengler par Sternhell. Spengler fustige le cosmopolitisme et le sens froid des réalités qui ont entraîné la mort de l’empire Romain, et qui entraîneront la mort de toutes civilisations. Cette mort passera par une phase d’impérialisme, « symbole typique de la fin » . Pour la civilisation occidentale, le déclin est marqué par l’émergence de la raison, qui « arrache l’homme à son enracinement dans les forces du sang et du sol » (1). Il pense aussi que chaque civilisation passe par un moment de « Lumière » au début de sa décadence. L’époque de Spengler marque aussi la disparition de la foi chrétienne comme support qui empêche l’idéologie anti-Lumière de sombrer dans le nihilisme. Spengler, Croce et Sorel sont les principaux représentants de cette chute dans le nihilisme qui aboutira au culte de la mort ( « Viva la muerte » ) et du sacrifice dans les années 30. La suite, nous la connaissons. C’est le développement des idées fascistes, dont la genèse est très bien démontrée dans les autres ouvrages de Zeev Sternhell : Maurice Barrès et le nationalisme français – la droite révolutionnaire – Ni droite ni gauche et enfin la naissance de l’idéologie fasciste.

C’est un travail considérable qu’a effectué Zeev Sternhell. Il permet de battre en brèche certaines idées reçus sur les idéologies d’extrême-droite. Non, celles-ci ne sont pas incohérentes, ou bien folles. Elles sont cohérentes avec une tradition intellectuelle vieille de trois siècles qu’on aurait tort d’ignorer. Bien évidemment, tous les héritiers des anti-Lumières ne sont pas des fascistes. Mais la cohérence de cette pensée trouve son accomplissement dans les divers mouvements fascistes. Pour ceux-ci, au christianisme a été substitué un socialisme anti-marxiste, vitaliste et moral, qui a pour vocation d’unir les classes dans l’intérêt de la Nation, devenue remplaçante du prolétariat dans l’imaginaire révolutionnaire des fascistes.

Un aspect peu abordé dans « Les anti-Lumières… » , mais développé dans ses autres ouvrages, est la place prépondérante de l’antisémitisme dans l’expression de l’idéologie des anti-Lumières. Les nationalistes français ont remarqué que l’antisémitisme était un facteur profond d’unification des milieux populaires, et ils l’ont donc rénové pour en faire un outil politique puissant. Pour eux, les « Juifs » sont des cosmopolites trafiquants d’argent, qui détruisent les nations de l’intérieur. Cet antisémitisme se développe de concert avec un racisme plus général mais virulent. Par exemple, pour Taine, une civilisation n’est que le résultat de ces « trois forces primordiales : la race, le milieu et le moment » . Ce qui lierait les hommes entre eux, c’est avant tout la « communauté de sang et d’esprit » . Les Juifs sont, dans cette idéologie, des corrupteurs des races avec lesquelles ils sont en contact. Ils sont les propagateurs du rationalisme, et donc du déclin des civilisations.

Sternhell nous offre un imposant outil critique de cette modernité alternative, dont on a vu les conséquences dans le fascisme, mais dont on mesure aussi l’influence aujourd’hui auprès de toutes les idéologies postmodernes, promotrices d’un relativisme culturel généralisé et d’un antirationalisme violent. Les multiples passerelles qui se créent depuis des années entre les mouvements postmodernes et les mouvements réactionnaires, voire fascistes, ne sont pas seulement le fait d’un calcul stratégique. Ils résultent aussi d’une proximité idéologique radicale sur des bases nationalistes, différencialistes et antiscientifiques. C’est pourquoi les militants identitaires de « gauche » , tels que ceux PIR et ses avatars ont une dette intellectuelle immense vis-à-vis de penseurs européens profondément racistes (2).

(1) : Citations de Zeev Sternhell.

(2) : Voir par exemple « L’islamophobie, une invention du colonialisme français » , Anarchosyndicalisme !, n°149 http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article810

Article d’Anarchosyndicalisme ! n°152 déc 2016 – Janv 2017
http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article844

Télécharger le livre de Zeev Sternhell:


https://anarchosyndicalisme.wordpress.com/2017/09/20/zeev-stenhell-les-anti-lumieres

ONFRAY, LE PIERRE GANIVET DE NOTRE TEMPS

la petite musique d’Onfray autour de son appel aux « souverainistes » des deux bords, ça a comme une petite odeur des « intellectuels non conformistes des années 30 », ceux qu’on appelait « les planistes », dont certains venaient des milieux anarchisants et gauchisants. A l’époque eux aussi revendiquaient le souverainisme, c’est à dire que la France retrouve sa souveraineté sur la scène internationale et qu’elle ne soit pas entrainée par des jeux d’alliances internationales dans la guerre. Ces gens là aussi venaient des deux « bords » de l’échiquier politique , on peut citer les revues suivantes :

– jeune droite (transfuges d’action française)

– Esprit (les personnalistes autour de mounier, maritain, qui se revendiquaient plus ou moins de Proudhon et du catholicisme. Précurseurs de l’anti industrialisme aussi avec Charbonneau père, Ellul, …)

– Ordre Nouveau (Denis de rougemont : le cancer américain, contre la décadence spirituelle et matérielle de la France)

– Plan : avec Le Corbusier, Hubert Lagardelle (figure historique du syndicalisme révolutionnaire qui finira ministre du travail de vichy …)

Ces souverainistes des années 30, pacifistes intégraux, se retrouvèrent nombreux dans les Ministères de Vichy où ils animaient les tendances « planistes » …

Onfray croit innover et il nous réinvente en fait ces tendances « non conformistes » qui ont finit vautrées dans le fascisme …

Nous lui prédisons un destin à la Achille Dauphin-Meunier, dit Pierre GANIVET …

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Achille Dauphin-Meunier était le fils de Joseph, Émile Dauphin-Meunier, employé à la Préfecture de la Seine, historien des Mirabeau — il signait ses livres Dauphin Meunier, sans autre prénom —, puis conservateur de la Bibliothèque administrative de la Ville de Paris. Il fit ses études au collège catholique de Saint Aspais, puis au lycée Lakanal à Sceaux. Son père, ami de Benoît Malon, aurait un temps « flirté avec le socialisme » mais Achille Dauphin-Meunier est issu, avant tout, d’un milieu catholique. En 1922, âgé de 16 ans, il entra à la faculté de droit de Paris avant de suivre les cours de l’école de sciences politiques et l’école des hautes études sociales tout en étant employé de banque. Par l’intermédiaire de son condisciple Robert Longuet, arrière-petit-fils de Karl Marx, il entra en rapport avec l’anarchiste Jean Grave.

Achille Dauphin-Meunier participa alors activement au mouvement anarchiste français et international. Il considérait Christian Cornelissen comme un maître à penser, fréquentait la veuve et la fille de Kropotkine, le docteur Pierrot et Paul Reclus. Sa compagne était une couturière hongroise d’origine paysanne et anarchiste, Böske Kovacs. Elle éveilla en lui un grand intérêt pour le mouvement anarchiste en Hongrie et l’amena à publier un livre sur La Commune hongroise et les anarchistes. Dans La Revue Anarchiste (avril 1925), dans Le Libertaire et encore en 1928 dans Le Populaire de Paris, il donna une série d’articles pour dénoncer le régime de Horthy.

Dauphin-Meunier fut un militant actif et un auteur prolifique du mouvement anarchiste entre 1923 et 1930. Il participa à de nombreuses publications françaises (Le libertaire de l’Union Anarchiste (1923-1930), Révolte et Temps nouveaux de Jean Grave jusqu’en 1935) et internationales (les revues anarcho-syndicalistes espagnoles Redencion, Cultura Libertaria, Orto et la revue hongroise Manka du poète anarchiste Lajos Kassak). En 1924, il était secrétaire du groupe anarchiste du V° arrondissement, puis des groupes de Bourg-La-Reine de 1925 à 1930. En 1925 toujours, il créa un Cercle d’Etudes Bakouninistes à l’écart de l’Union Anarchiste.

En contact avec les secrétaires de l’Association Internationale des Travailleurs, Lehning, Souchy et Schapiro, il participa le 12 février 1927, à titre individuel, à la réunion préparatoire du Congrès international anarchiste qui se tint à L’Haÿ-les-Roses le 20 mars, et qui débattit de la Plate-forme (voir Makhno). Habitant à Bourg-La-Reine, il est probable qu’il se soit chargé de son organisation pratique.

L’année 1930 semble un tournant dans sa vie : sa compagne mourut le 25 juin. C’est aussi l’année où les Plate-formistes perdirent la majorité dans l’UACR. Dauphin Meunier participa aux polémiques liées au congrès. A la suite d’un compte rendu du congrès de l’Union Anarchiste des 19 et 20 avril 1930, qu’il signa sous le nom de Pierre Ganivet, il s’affronta à Sébastien Faure. Il revint sur l’Affaire Malvy et le « Manifeste des seize ». Parmi les quinze signataires figuraient les amis de Dauphin-Meunier : Jean Grave, Marc Pierrot, Paul Reclus et Christian Cornelissen. Dauphin-Meunier était toujours très attaché à Cornelissen, avec lequel il entretenait une correspondance, et à Jean Grave. Il participa d’ailleurs à sa dernière publication, Révolte et Temps nouveaux, revue que Grave créa après sa rupture avec l’équipe des Temps nouveaux. Il reprit les arguments des « quinze » contre Sébastien Faure : il accusa Faure d’avoir collaboré avec Mauricius, qualifié de mouchard, et d’avoir accepté que son école, « La Ruche », soit financée par des fonds du ministère de l’intérieur durant la guerre. Il relança ainsi la polémique enclenchée contre Faure au sujet de l’affaire Malvy.

Sébastien Faure répondit très vigoureusement aux attaques de Dauphin-Meunier, le traitant de « faux anarchiste » et appelant les lecteurs du Libertaire à le laisser, lui et ses amis, « à leurs vomissements ».

Dauphin-Meunier rompit alors avec l’Union Anarchiste mais adhéra à la CGT syndicaliste révolutionnaire.

ndicaliste révolutionnaire.

De 1932 à 1939, il dirigea la revue L’Homme réel, « revue syndicaliste et humaniste ». La revue rassemblait un nombre important de collaborateurs plus ou moins réguliers, tous des intellectuels du mouvement ouvrier. Leurs sensibilités politiques au sein du mouvement socialiste et leurs parcours respectifs étaient très variés. Nous pouvons supposer que les contributions de Christian Cornelissen, d’Henri Poulaille et de Luigi Fabbri sont la conséquence des liens de Dauphin-Meunier avec le mouvement anarchiste. Mais nous trouvons aussi d’autres plumes : des socialistes liés à la CGT de Léon Jouhaux comme René Belin, André Philip et Robert Lacoste ; des penseurs proches du syndicalisme révolutionnaire comme Edouard Berth, Edouard Dolléans, Francis Delaisi et Hubert Lagardelle. La revue devint la pierre angulaire de la pensée planiste en France. Les idées d’Henri De Man qu’elle véhiculait jouèrent un rôle central dans cette dérive d’un certain nombre de socialistes vers le fascisme ou le pétainisme. Hubert Lagardelle semble avoir été un agent très efficace de la propagande fasciste à cet égard.

Dauphin-Meunier s’éloigna donc de l’anarchisme. En 1934, il adhéra à la CGT. En février 1935, il se brouilla avec Jean Grave à propos d’une polémique autour des idées planistes dans La révolte et les temps nouveaux, sa dernière participation à une revue anarchiste.

Comme une partie des intellectuels de L’Homme Réel, il s’engagea dans des mouvements pacifistes. En juin 1935, il soutint l’idée d’un comité national rassemblant les adversaires de la guerre qui semblait venir et d’un éventuel pacte militaire avec l’URSS. Le Comité tint deux conférences, l’une à Saint-Denis, les 10-11 août 1935, l’autre à Paris, salle de la Mutualité, le 28 septembre 1935.

Militant socialiste et syndicaliste, Dauphin-Meunier participa à la Révolution prolétarienne de Monatte, anima avec Christian Pineau la revue Banque et bourse, organe de la section fédérale des employés de banques de la CGT dont il était responsable lors des grèves de mai et juin 1936. À ce dernier titre, il appartint au Comité des sept experts chargé de la réforme du statut de la Banque de France. Comme beaucoup de « planistes », il fut déçu par l’attitude du gouvernement Blum. Il s’éloigna donc des socialistes. A la même époque, il devint un économiste reconnu en publiant en 1937 deux volumes sur la banque de France. Il devint universitaire à la faculté de droit de Toulouse.

Durant la guerre, alors qu’il retrouva la foi catholique, il collabora, comme beaucoup de ses amis planistes tels Bertrand de Jouvenel, René Belin, Delaisi et Lagardelle. Il écrivit alors dans plusieurs journaux du régime de Vichy : Aujourd’hui, La vie industrielle, commerciale, agricole, financière, Le Fait. En 1943, directeur de l’école supérieure d’Organisation professionnelle, il préfaça la première traduction en français de l’ouvrage de l’auteur allemand August Winning qui, comme lui, avait quitté la social-démocratie allemande et le syndicalisme pour devenir un conservateur pro-nazi et un chrétien militant.

A la Libération, Dauphin-Meunier ne semble pas avoir été inquiété (il dut cependant se cacher un moment dans le monastère bénédictin de La Pierre-qui-vire), puisqu’il dirigea le département d’économie de la faculté libre de Paris jusqu’en 1968 (il avait pris ce poste en 1941). Cette Faculté ayant disparu en février 1968, il fonda avec quelques collègues, en juin 1968, la Faculté libre autonome et cogérée de droit et de sciences économiques (FACO) dont il devint le doyen, Faculté financièrement soutenue par un certain nombre d’entreprises industrielles et commerciales.

Universitaire reconnu, conseiller du roi du Cambodge, il écrivit des travaux d’économie sur les banques et devint spécialiste de l’histoire de la doctrine sociale de l’Eglise. Parallèlement, de 1954 à 1970, A. Dauphin-Meunier remplit les fonctions d’expert international d’assistance technique au Cambodge, en Amérique centrale et en Jordanie. Il entretint une correspondance avec l’équipe de De Benoist jusqu’à sa mort, alors qu’il se considérait alors comme un « anarcho-conservateur ». Sa sympathie pour l’extrême droite ne s’est pas démentie, il parraina la « Nouvelle École » dès sa fondation. La revue du GRECE lui consacra d’ailleurs une nécrologie au moment de sa mort, en 1984. Cette nécrologie passe sous silence son passé anarchiste, cégétiste et socialiste, la période vichyste, pour insister sur les nombreuses décorations (chevalier de la légion d’honneur par exemple) de ce monsieur « respectable ».

Le Monde des 2 et 3 septembre 1984 annonça son décès.

ATTAC 45 ET LES AMIS DU MONDE DIPLO : POUR SOUTENIR UNE SARL, C’EST LA LUTTE DES PLACES

Brochure publiée en Août 2005, https://infokiosques.net/spip.php?article392

Derrière les discours radicaux des anti-néo-libéraux et altermondialistes citoyennistes, il y a des pratiques plus conciliantes. La lutte déclarée au libéralisme économique et à l’uniformisation culturelle prend alors une tournure anti-lutte de classes ; et devant l’objectif ultime de la Culture et de sa promotion militante, certains supportent finalement l’exploitation salariale et ses extravagances.

Pour illustrer cette posture, nous allons revenir sur ce qui s’est passé à Orléans autour d’un cinéma, où une partie du mouvement social, culturel et associatif orléanais, notamment ATTAC 45 et le groupe local des Amis du Monde Diplomatique (AMD), s’est arrangé de pratiques patronales bien concrètes.

Les Révoltés du Bounty

Quand l’ancienne SARL gérante du cinéma Les Carmes d’Orléans a eu des difficultés financières (dès 2001 jusqu’à son départ d’Orléans en automne 2004), les seules réponses d’ATTAC 45 puis des AMD furent de demander des subventions publiques pour renflouer cette entreprise ; à aucun moment ces associations dites militantes n’ont pris la peine de rencontrer les salariés pour avoir leur point de vue. Et en août 2004, quand cette même entreprise privée dite culturelle a licencié un de ces salariés pour faute grave, à la suite d’une grève (engagée les 28-29 juillet 2004) considérée par l’ancien patron du cinéma comme “injustifiée” (sic)… puis “illicite et abusive”, il n’y a eu aucune réaction de ces associations alter-mondaines. Celles-ci, ne souhaitant certainement pas revenir sur leur soutien public à l’ancien exploitant des lieux, poursuivirent leurs partenariats avec ce cinéma et avec la nouvelle direction.

MOBILISATION POUR UNE SARL CULTURELLE SUBVENTIONNÉE

Ouvert depuis novembre 1999, le cinéma Les Carmes revendiquait légitimement sa spécificité cinématographique et d’offres culturelles, et est devenu progressivement un lieu important de l’activité socio-culturelle orléanaise (globalement faiblarde). Beaucoup d’associations ont recours à ce cinéma pour des soirées-débats. Mais après un an et demi d’existence (courant 2001), la direction fait part au public de ses difficultés financières. Des spectateurs se mobilisent alors pour récolter de l’argent, auprès de spectateurs et surtout des collectivités publiques locales (celles-ci donneront près de 90.000€), afin d’aider à la pérennité de ce cinéma privé. De ces mobilisations de spectateurs naîtra en 2002 l’association Citizens Carmes, qui deviendra omniprésente dans la vie de ce cinéma.

De nombreuses associations soutiennent alors cet appel à subventions. C’est ainsi qu’Attac 45 s’enquérait promptement (il a été en effet évoqué en CA “la nécessité d’agir rapidement si l’on souhaite venir en aide à ce cinéma.” [1]) dans cette mobilisation. L’association faisait même bénéficier de son réseau de relations dans le but de récolter de l’argent public pour la société gérante du cinéma. Ainsi on pouvait lire ainsi dans La lettre d’ATTAC n°10 du 12 septembre 2001 que “ATTAC 45 a décidé d’apporter son appui au comité de soutien du cinéma “Les Carmes”, créé à l’initiative de spectateurs.” Et que “le 13 juillet, une lettre a été envoyée à la municipalité de Saran (membre du réseau des villes ATTAC), afin d’encourager à répondre favorablement à la demande de subvention” [2]

Et les raisons invoquées pour le soutien à l’entreprise cinématographique se paraient des attributs typiques du clinquant combat anti-libéral défendant la diversité culturelle et son accessibilité à tous. Dans la même lettre on met en avant “une certaine éducation du goût et de la réflexion.”, et l’importance culturelle locale du cinéma inquiétée par le jeu cynique du capitalisme libéral : “Ce cinéma d’Art et d’Essai représente en effet un élément important dans la vie culturelle de l’agglomération orléanaise qui ne peut être laissée aux seules lois du marché.” (retenons le “seules”) ; la “programmation des Carmes favorise la diversité culturelle sur le plan cinématographique. Ce cinéma est un maillon de la chaîne de résistance à l’uniformisation de la culture. Une autre culture est possible.” [3]

Mais on va se rendre compte que cette “autre culture est possible”, c’est-à-dire restant de l’ordre de l’éventualité, du pas tout de suite ou alors pas pour tout le monde ; à moins que la culture préconisée soit celle de l’entreprise, du moins pour les salariés de ce cinéma cependant au service de la Culture !

MYSTIFICATION DE L’ENTREPRISE CULTURELLE

Mais jamais les salariés n’ont été pris en considération dans les étapes de cette mobilisation, pire se poser des questions sur les moyens utilisés pour cette mobilisation était considéré comme jouer contre son lieu de travail et au final, évidemment jouer contre le cinéma, contre la culture. On ne leur a jamais demandé comment ils vivaient les aléas de leur entreprise, ni ce qu’ils pouvaient penser de sa gestion, encore moins quelles étaient leurs conditions de travail ; tout se passait entre la direction et les associatifs. Une partie de ces salariés était tenu à l’écart aussi bien des informations sur le devenir du cinéma que sur son animation, ils acceptaient tant bien que mal des pratiques patronales paternalistes et individualisantes, et pourtant certains d’entre eux avaient à en redire sur la gestion de ce cinéma. On peut se demander alors ce qu’Attac45 et les AMD, qui prétendent intervenir sur le plan social et lutter contre le libéralisme économique, voulaient vraiment aider : un lieu ? la programmation du cinéma (avec des films qui dénoncent !) ? la disponibilité de salles ? la politique sociale de l’ancienne direction de l’entreprise ? La volonté de résistance culturelle affichée par ces émules locales du chevènementiste Bernard Cassen, mise en perspective avec leur indifférence sur la situation des salariés du même cinéma, relevait sûrement de la défense d’une image bien jolie, un Cinéma d’Art et d’Essai ne devant pas être à leurs yeux une société commerciale comme les autres… il s’agissait donc de demander des subventions publiques pour la société Eden Carmes. Mais quelle aurait été l’attitude de ces associatifs s’il s’était agi de renflouer (par le biais du fric des collectivités locales) une entreprise quelconque en délicatesse financière, ou du genre de la Fnac (qui diffuse elle aussi en faisant payer toute une série de produits contestataires) ? Gageons qu’ils auraient au moins exigé un suivi de la gestion de l’entreprise subventionnée. Mais là rien de tout cela (céderaient-ils au libéralisme ?) ; on oubliait qu’il s’agissait d’une SARL et que de ce fait sa vocation était … lucrative. Il n’a donc jamais été question pour ces associations d’alternatives (hé oui !) concernant l’exploitation de ce cinéma, par des structures un peu plus dégagées de la rentabilité comme l’association ou un peu moins inégalitaires dans la prise de décision comme la coopérative. [4]

“ATTENTION DANGER TRAVAIL” OU DANGER PATRON (DE GÔCHE)

Passe encore cette faiblesse politique des citoyennistes heureux de pouvoir disposer d’un lieu de choix pour s’auto congratuler et faire leur autopromotion à partir de films militants [5], en l’absence de réaction des salariés de l’entreprise leur offrant ce service [6]. Mais voilà que trois méchants travailleurs de la SARL Eden Carmes (PME de 10 salariés) ont commencé à ruer dans les brancards. Et en Juin 2004, dans un contexte où leurs conditions salariales n’allaient pas en s’améliorant (13ème mois versé en 4 fois, prime de panier jamais payée depuis l’ouverture du cinéma, heures travaillées déclarées en « prime de service », réduction permanente d’heures de présence des caissiers-agents d’accueil, distribution bénévole de programmes du cinéma en dehors des heures de travail …), où la viabilité de leur entreprise exploitante était incertaine et …donc leur emploi potentiellement menacé, ils assistaient en queue de train aux rebondissement incessants concernant le sauvetage du cinéma employeur, au nom duquel on leur intimait pourtant de faire des efforts et …d’exécuter.

C’est pourquoi début juillet 2004, alors que le cinéma, par la signature d’une promesse de vente, semblait être livré-au-méchant-discounter-allemand-LIDL-où-rappliqueraient-les-pauvres-qui-regardent-TF1, ces trois salariés se manifestent par la diffusion d’un texte Rappels aux spectateurs [7], dans lequel ils exprimaient leur mécontentement sur la manière dont se déroulaient les événements : “Nous apprenons les rebondissements de ce que nous vivons au quotidien par les médias ou par des spectateurs.” Ils dénonçaient aussi une certaine séparation des tâches : “D’un côté il y a ceux qui savent, qui négocient en secret et de l’autre il y a les employés, juste bons à appliquer les directives des premiers, devenus des bénévoles d’une association… dont ils ne sont pas membres.”[8] . Ils ont revendiqué le droit qui leur était régulièrement usurpé [9] de “pouvoir s’investir et répondre en leur nom”.

Et, rappelant leur propre désillusion – “Si pour les spectateurs le cinéma Les Carmes est avant tout un lieu culturel, pour nous, il est devenu avant tout… une entreprise.” – ces salariés lancent un signal de vigilance aux militants qui s’enthousiasment pour ce cinéma : “Le cinéma Les Carmes a aujourd’hui pris une autre dimension. Il a dépassé sa dénomination d’entreprise privée pour se hisser au rang de symbole de résistance culturelle qu’il faut sauver, à tout prix, pour montrer qu’un des bastions de l’anti-néo-libéralisme tient encore et contre tout. Mais au bout du compte, le spectateur orléanais ne défend qu’une image : il plaide pour des films différents (à petit budget, étrangers, en VO), et pense résister à l’uniformisation marchande de la culture. Le spectateur réagit ici en simple consommateur de films, il défend une idée généreuse et plaisante, pour certains gratifiante, (défendre David contre Goliath) sans s’interroger sur les conditions de sa réalisation.

LUTTE DE CLASSE CONTRE LUTTE DE PLACES

Et là comment pensez-vous que les associations militantes ont réagi ? Se sont-elles réveillées et ont elles reconnu leur négligence ? Sont-elles allées rencontrer les salariés ? Les ont-elles soutenu ou du moins reconnu la légitimité de leur manifestation, de leur prise de parole ? … Et bien non, rien de tout cela ! … On a pu même ressentir de leur part une certaine gêne à ce que les salariés manifestent un point de vue dérangeant leur confort militant. Parce que ces salariés ont remis en cause finalement le sérieux de la démarche de ces associations que ces dernières n’ont nullement l’intention de changer [10]. Il n’y a plus pour ces association à ce moment de “nécessité d’agir rapidement” ; un membre du bureau d’Attac 45 dira même textuellement à l’un de ces salariés – à défaut de réaction de son association ! – : “t’as qu’à être plus offensif avec ton patron”[11]

A partir de la mi-juillet 2004, 2 salariés ont contesté un aménagement du travail des caissiers et projectionnistes ; mais la direction n’en tient nullement compte. Ces mêmes salariés se déclarent alors en grève le 28 juillet 2014 [12] ; ils reprennent le travail le 30 juillet après avoir obtenu en partie satisfaction. Les salariés en grève avaient alors ressenti le besoin de se s’expliquer et d’ouvrir le débat sur le bien-fondé de leur action collective revendicative : “Nous regrettons” … “qu’il y ait eu, pour sortir de ce conflit, un traitement individuel des problèmes soulevés” … “Notre mouvement de grève a aussi souligné au bout de plus de 4 ans de présence au cinéma, un manque de dialogue avec la direction.” … “Après les sacrifices accumulés et consentis par les salariés pour le bon fonctionnement de l’entreprise, l’organisation du travail proposé pour cet été” … “aura été l’élément déclencheur de ce mouvement.” ; “On nous a reproché de sous-estimer les difficultés financières du cinéma, que ce n’était pas le bon moment” … “On nous a aussi reproché de méconnaître voire d’ignorer la spécificité attendue de fonctionnement d’un cinéma d’art et d’essai” … “faut-il tout accepter quand une entreprise a des difficultés ? … dans quelle mesure, et avec quelle limite ? faut-il enfin ne pas critiquer une organisation du travail interne parce que le projet final (montrer des films différents) serait plus décisif ? » [13]

Mais bien mal leur en a pris. En l’absence de tout soutien extérieur officiel, les pratiques de la direction ont répliqué à ces offenses. A la fin de l’été 2004, en même temps que s’organise la vente du cinéma – non pas à un méchant-supermarché-de-pauvres mais à une autre société cinématographique devenue exploitante le 13 octobre 2004 (tandis que les murs du cinéma étaient rachetés par la Mairie d’Orléans) -, un écrémage de l’équipe (“la Belle Équipe” comme titrait jusqu’alors illusoirement le programme du cinéma Eden Carmes) s’est fait en catimini. Non, pas de licenciement économique pour préparer un effectif allégé à la future nouvelle direction. Mais comme par hasard, ce sont les 3 mêmes indignes employés qui ne travaillent plus dès l’automne 2004 dans ce cinéma ; ils ont disparus de l’équipe dans des conditions différentes mais quelque peu originales pour au moins deux d’entre eux : 1 licenciement pour faute grave le 30 août 2004 motivé par la grève [14], 1 congé sans solde … démissionné (démission fixée au 31 août 2004) sur un CDI transformé en CDD (fin de contrat fixée au 15 septembre 2004), 1 vraie démission datée du 22 septembre 2004.

Ces occurrences sont apparemment insignifiantes, comme en témoigne la déclaration sans gêne de Citizens Carmes au cours de son CA du 25 septembre 2004 : “la Présidente a également reçu l’assurance que les salariés actuellement employés de la société Eden Carmes seraient maintenus dans leur emploi.”[15] Comme si rien n’était arrivé ! Et de s’empresser, ainsi que la gôche locale, de rendre hommage mielleusement au directeur s’en allant (certains ont même proposé de dédier une salle du cinéma à son nom !15). Mais pourquoi cette association de spectateurs (de… 61 membres en 2005 !) s’offusquerait quand les associations dites militantes ne réagissent aucunement à cette répression patronale concrète ?

SILENCE ! PARTENARIAT MILITANT : ON ACHÈVE BIEN LES CHEVAUX

Pourtant Attac45 était au courant, l’un de ses membres du bureau ayant eu l’honneur d’être avisé personnellement [16] par le salarié incriminé depuis sa notification de licenciement fin août 2004. Attac 45 sait qu’un salarié est licencié pour avoir exercé son droit de grève ; que les pratiques patronales, notamment la gestion du personnel, sont peu reluisantes ; plus tard qu’un congé sans solde est maquillé en démission. Aucune réaction de la part d’ATTAC 45, histoire par exemple de revenir sur son soutien et son appel à subventions publiques (en 2001) à la société Eden Carmes, ou de se montrer un peu critique à l’égard de cette entreprise culturelle contestant notamment le droit de grève en 2004, avec laquelle ATTAC 45 a organisé de nombreux débats.

Ce partenariat se poursuit tranquillement avec la nouvelle société exploitante. Il est vrai qu’il serait dommage de revenir sur une collaboration qui risquerait de nuire au militantisme cinématographico-mondain actuel ; mieux vaut faire comme si de rien était, comme si la lutte de certains salariés n’avait jamais existé. D’autant qu’il y a un nouvel exploitant, que ces salariés récalcitrants ne sont plus là ; tout va donc pour le mieux, le monde culturel et militant peut exalter leurs grandes idées (sans qu’il y ait de “nécessité d’agir rapidement” pour cet autre monde “possible”) sans être dérangés [17]. On promet un article dans La lettre d’Attac … par résidu de cohérence militante ? Par soupçon de culpabilité quand on leur rappelle leur contradiction ? Ou par lâcheté d’avouer son indifférence à la condition salariale des entreprises qui leur sont utiles ? En tous cas, ici non plus, pas de “nécessité d’agir rapidement” ; les mois passent, on demande quelques informations, on se montre tatillon, puis l’affaire s’oublie … Attac45 prenait moins de précautions, et moins de temps à réagir quand il s’agissait d’écrire dans sa lettre qu’il fallait du fric public pour la SARL Eden Carmes. Quant aux AMD, leur soutien ayant été constant à l’ancien dirigeant de la société Eden Carmes, on ne s’étonnera pas de leur silence [18].

Les seules réactions publiques furent celles d’un petit groupe de spectateurs solidaires et du syndicat CNT [Vignoles] 45 et Spectacle Paris [19] dénonçant clairement la remise en cause du droit de grève, les conditions de travail et les pratiques patronales de ce genre d’entreprise, les illusions entretenues par le vernis culturel et l’indulgence des milieux militants. L’attitude d’indifférence et de non-positionnement des associations militantes locales n’est pas malheureusement une exception orléanaise. Cela rappelle notamment ce qui se passe autour des cinémas Utopia, de Toulouse particulièrement.

ICI OU LÀ : MOTIVÉS ! QU’ILS DISAIENT … AUTRE CAS À UTOPIA-TOULOUSE

En effet, dans cette célèbre – ça c’est moins dit – SARL (plutôt prospère) de cinémas Art et Essai aussi on profite d’une image culturelle et de gôche pour exploiter allègrement les salariés (et bénévoles de plus en plus). C’est ainsi que le compte-rendu interne de la réunion d’équipe d’Utopia du 25 novembre 2004, révèle le licenciement en cours d’une salariée dont les motifs, tenez-vous bien, sont le “déficit d’heures de travail d’un délégué du personnel” et le manque “d’un minimum de conscience politique” [20]. Cette information diffusée et dénoncée par le syndicat CNT-AIT, est renchérie par d’anciens salariés d’Utopia réunis en Collectif évoquant le choc individuel de leur désillusion, et les conditions de travail difficilement supportables dans ces cinémas, contraignant au surinvestissement personnel et au bénévolat. Ces anciens salariés, avant de faire part de leurs témoignages personnels, établissent “un simple constat : 25 départs en juin 2002 et octobre 2004. Départs protéiformes qui, exception faite de trois licenciements” … “ont été pour beaucoup à l’initiative des employés eux-mêmes. En plus des démissions, des congés de formation, certains n’ont pas hésité à interrompre un CDD avant terme ou à décliner une proposition de CDI, préférant ainsi l’incertitude du chômage à la sécurité de l’emploi.” [21]

Là aussi les associations militantes et de gôche restent impassibles face à cet affrontement de classe [22]. Elles tentent d’ailleurs plutôt à étouffer l’affaire ; et une militante d’Attac (est-il besoin de préciser ce qui devient une évidence !), à la lecture d’un tract de la CNT-AIT sur cette affaire diffusé lors d’une projection-débat-qui-dénonce (autour du film “Haro sur le boulot”), de couvrir “de louanges Utopia qu’elle a présenté comme un espace de liberté.” [23]. La cinquantaine de militants, syndicalistes, citoyens venus à cette soirée ont, l’heure du débat venue, critiqué “vertement les conditions de travail … en Argentine, et non pas à Utopia Toulouse.”. Un seul spectateur s’est alarmé publiquement sur ce qui était dénoncé par la CNT-AIT.

NEUTRALITÉ BIEN ORDONNÉE… DANS LE MARCHÉ DE LA MILITANCE POUR UNE MILITANCE LIBRE ET NON FAUSSÉE

Le syndicat anarcho-syndicaliste toulousain explique cette non réaction : “Le cinéma Utopia est peu banal : c’est une salle militante qui défend haut et fort le cinéma indépendant contre les lois du marché. C’est aussi un lieu très engagé politiquement, qui soutient toutes les luttes progressistes. D’ailleurs, l’extrême majorité des organisations de gauche y a recours. Bref, c’est une véritable institution de la contestation toulousaine”, “incontournable”. “Si l’ensemble de ces militants altermondialistes et de ces pseudos syndicalistes radicaux continuent d’alter-fréquenter ces alter-patrons pourtant peu fréquentables, ce n’est pas sans raison. Utopia est en effet un véritable média pour ces organisations ; ils peuvent y laisser leur presse, y organiser des débats. Ce qui leur permet d’accéder à leur clientèle et de tenir à distance les concurrents. Que le prix en soit de s’associer à leur adversaire de classe et de fermer les yeux sur le sort de ses salariés compte si peu à leurs yeux. L’intérêt de leur organisation prime sur celui de la cause qu’elle est censée défendre.” “Quant au salarié d’Utopia, il sait qu’il a une pluralité de patrons : les patrons-militants d’Utopia et les militants-patrons de la quasi-totalité de la gauche toulousaine.

À Toulouse, à Orléans, comme ailleurs, c’est au même exercice que s’adonnent les organisations de gôche et alter-patronophiles, celui de l’art de la neutralité bien ordonnée : on demande l’intervention des pouvoirs publics pour aider une entreprise – avec la “nécessité d’agir rapidement” – tout en restant muet face aux pratiques patronales internes … pour la culture et la résistance au libéralisme bien sûr. Reprenons le tract diffusé par des spectateurs orléanais solidaires des salariés du cinéma : “Nous regrettons aussi l’indifférence de certains membres d’associations sociales et culturelles ayant organisé des débats au cinéma Les Carmes, plus préoccupés de délivrer leur message, et soigner leur image que de s’interroger sur le fonctionnement interne de cette entreprise cinématographique que ces associatifs ont tacitement accepté.” [24]. Un peu comme les rédacteurs du Monde Diplomatique qui s’invitent chez Daniel Mermet sur France-Inter pour vendre leur argumentaire dit alternatif, sans se soucier des pratiques (ubuesques) de leur hôte Mermet avec ses collaborateurs : “Ce 4 octobre, le rendez-vous mensuel avec le Diplo avait un petit air d’inachevé. Car il manquait un point à l’ordre du jour : la précarité. Non pas celle des caissières d’Auchan ou des working poors de Georges Bush, mais celle qui sévit au sein même de l’émission.” [25].

SAUVE QUI PEUT ! ATTAC-AMD PARTOUT ! JUSTICE SOCIALE NULLE PART !

On peut alors rire franchement quand on lit les articles des membres d’Attac45 et de leurs collègues locaux des AMD. Ainsi un membre d’Attac de s’enflammer – ça ne mange pas de pain – cet été 2005 à la suite du référendum européen : “La victoire du Non aura un prolongement : celui de donner un nouvel élan à toutes les luttes sociales et citoyennes ainsi qu’aux alternatives déjà en marche.” [26]. Personnellement, on aurait plutôt aimé localement qu’elle ait eu un prologue par des soutiens ou des mises au points quand c’était concrètement nécessaire. Le meilleur est pour l’incontournable Christian Weber, désormais membre éminent des Amis du Monde Patronal local. Désormais parce que ce respectable associatif se trouvait être président d’Attac45 au moment de leur fameux soutien à la société Eden Carmes, et qui avait même accordé officiellement son soutien en 2001 au directeur de l’époque avant même que les membres de son association soient consultés ! [27]

On peut lire la prose de ce monsieur sur son site personnel [28], qui sert aussi de site du groupe pour les AMD – histoire de ne pas mélanger les genres et de ne pas trop personnifier les choses -. Dans un article intitulé Depuis le 29 mai… [29] (décidément ce référendum est une obsession, à moins qu’il n’y ait rien d’autre qui soit digne d’intérêt pour la gôche associative) tout devient plus lumineux : “Le 29 mai au soir les temps ont changé.” On découvre dans ce texte pourquoi les associations citoyennistes ne pouvaient réagir lors du conflit du cinéma local : “La mission d’éducation populaire d’Attac et d’autres associations (les Amis du Monde Diplomatique par exemple) doit impérativement se développer sur ce terrain aujourd’hui favorable.” Donc, d’une part, le terrain n’était pas favorable ; et de l’autre, l’éducation populaire se fout éperdument du droit des salariés, l’exploitation de l’homme par l’homme étant un bien nécessaire à l’humanité et à ses éducateurs. Toujours dans ce texte, on tombe sur quelques belles surprises qui feraient penser que le militant multicarte opère un transfert sur les dirigeants politiques de l’État Français : “Les modifications du droit du travail qu’il” (“le nouveau gouvernement”) “entend imposer par ordonnances montrent clairement que le message n’a pas été entendu.” et ailleurs : “L’alliance objective du PS et de l’UMP sur le texte constitutionnel” … “a été un révélateur puissant sur l’ambiguïté – voire la duplicité – du social réformisme.” Ce militant omniprésent entend-il ainsi faire oublier sa propre surdité (et celle de ses associations) aux conflits sociaux locaux ? Quant à parler de duplicité, il devrait d’abord régler le problème dans son propre “social réformisme” alter machin. Pour le coup mais sans vraiment d’illusion quant à la solvabilité de ce militantisme de gôche, il y a “nécessité d’agir rapidement”.


[1] Attac 45 Compte-Rendu de Conseil d’Administration du 3 juillet 2001 ; visible sur le site http://sipncntait.free.fr/crca20010703.pdf

[2] Franck Élie d’Attac 45, La lettre d’ATTAC n°10, 12 septembre 2001 ; visible sur le site http://sipncntait.free.fr/lettre10.pdf

[3] Perle d’Attac45 : “Ce cinéma est un maillon de la chaîne de résistance à l’uniformisation de la culture. Une autre culture est possible.” Eh bien oui ! Cette culture est possible maintenant ! C’est la culture d’entreprise ! Du moins à en juger la satisfaction des militants tobinistes aussi bien que leurs amis élus de gôche, envers ces structures de “résistance”. Ainsi aux motifs des licenciements par leurs entreprises résistantes préférées, qui leur semblent apparemment révélateurs d’un cachet culturel original – grève “injustifiée” puis “illicite et abusive” à Orléans, “déficit d’heures de travail d’un délégué du personnel” et manque “d’un minimum de conscience politique” à Toulouse -, les militants réagissent … À Toulouse une disciple de Tobin couvre “de louanges Utopia qu’elle a présenté comme un espace de liberté.]” … À Orléans la gôche élue du conseil municipal dans “L’opposition, par la voix de Hélène MOUCHARD-ZAY” … “a tenu à rendre hommage au travail effectué par (l’ancien directeur du cinéma les carmes) pendant 5 ans”.

[4] Attac ne promeut l’autogestion … qu’à l’écran : Bien que la gestion bien concrète de leurs entreprises partenaires locales ne portent pas les militants à cogiter leurs alternatives, l’université d’été d’Attac proposera le 28 août 2005 à ces militants – lassés par les discours de Jacques Nikonoff ? – une projection de “the Take” de Naomi Klein où des travailleurs argentins se réapproprient leur usine.

[5] (Auto)promotion filmique d’Attac45 : Pour la soirée avec Pierre Carles autour de son film “Attention Danger Travail”, le 23 novembre 2003 au cinéma Les Carmes, un membre d’Attac 45 demandera à un salarié d’apposer le logo “ATTAC” sur l’affiche du film annonçant le débat… Histoire de bien rappeler aux spectateurs (salariés) et aux salariés (du cinéma), qui leur offrait cette soirée de haute résistance.

[6] Aux AMD, la sincérité parle : Pour motiver le soutien à une campagne pour l’ouverture d’une 4e salle de cinéma aux Carmes, est invoqué dans leur réunion du 27 novembre 2003 le fait que les “3 salles ne permettent pas de répondre à toute la demande des associations”. Démonstration est faite que le cinéma fait bien office de prestataire de service aux associations locales !

[7] Rappels aux spectateurs, signé par 2 (puis 3) salarié-e-s du Cinéma Les Carmes

[8] Ces salariés renvoient ici notamment à leur mise à contribution bénévole dans le recueil de souscriptions et quelques mois plus tard dans le retour de ces dons aux souscripteurs, l’initiative venant de l’association Citizens Carmes dans l’intention au départ de créer une 4e salle. Cette campagne fut soutenue par les AMD (cf. leur C-R de réunion du 27/11/03), par contre ATTAC 45 cette fois s’est abstenue d’apporter son soutien

[9] En effet, outre le fait qu’ils n’aient pas voix au chapitre dans les pourparlers autour de leur entreprise, leur souveraineté quant à leur expression a été régulièrement détournée, que ce soit par la direction au travers de son assistante qui dans un article du quotidien local se permet de parler au nom des salariés pour plaindre le directeur, ou bien par l’association Citizens Carmes qui estime que les salariés devraient passer par eux pour exprimer leurs doléances : “charge en principe des salariés membres du CA que de faire part de ces problèmes” (compte-rendu de CA, 25 septembre 2004). http://citizenscarmes.orleanscity.com/deliberations/ca_0409.htm.

[10] Cf. le texte « Il y a compromission et compromission »

[11] Petites crasses entre “amis” : Un membre du bureau d’Attac 45, avant que des salariés du cinéma orléanais ne regimbent, est parfaitement au courant depuis plusieurs mois déjà – comme d’autres membres tobiniens informés par des salariés de problèmes concernant les conditions de travail et de communication avec la direction – des tensions entre une partie des salariés et le directeur du cinéma. Il se sent donc, en bon militant, en droit de se permettre de donner quelque leçon d’alternative à l’un des salariés de son cinéma préféré et lui sort un “t’as qu’à être plus offensif avec ton patron”. Il est vrai que ce responsable d’Attac 45 avait sa manière à lui d’accompagner cette offensive… en négociant avec le patron des soirées débats … offensive ou pas : entre militant compréhensif et directeur attentif, tout finit par s’arranger !

[12] Cf. le tract Revendicatif de Grève des deux salariés, 28 juillet 2004.

[13] Cf. le texte « «Suite et fin de grève, 2 salariés du cinéma Les Carmes, 30 juillet 2004 »

[14] Une procédure a été engagée aux prud’hommes par le salarié licencié.

[15] Citizen Carmes, compte-rendu du conseil d’administration du 25 septembre 2004 ; visible sur http://citizenscarmes.orleanscity.com/deliberations/ca_0409.htm

[16] On croise, des fois, vraiment n’importe qui dans les cafés de la rue de Bourgogne.

[17] Les voix du partenariat sont inattaquables : Le 19 mai 2005, l’association “le Chiendent”, à laquelle adhèrent … les AMD et Attac45, inaugura un “partenariat mensuel” de soirée-débat avec la nouvelle entreprise gérant “le cinéma les Carmes”. Le film projeté “la carotte et le bâton” avait pour “ambition de donner à comprendre ce tournant de société à partir des voix qui s’élèvent dans la lutte”(sic) … Il y a des “voix” qui travaillaient pour leur ancien partenaire que nos zélés militants n’ont guère entendu.

[18] Il faut dire qu’en tant que membre du nouveau lieu-dit “associatif et autogéré” d’Orléans (Le Chiendent), les Amis du Monde Patronal avouent avoir comme objectif pour ce lieu (sans être suivi par les autres associations adhérentes, ni même par Attac…ouf !) la création d’un emploi salarié, sous-payé … ils réinventent l’autogestion par le salariat, et on souhaite bien du courage en cas de conflit (de velléité de grève par exemple) à ce nouveau salarié face à ces patrons militants !

[19] Cf. le texte « Exploitation … cinématographique »

[20] Information reprise notamment dans le tract Danger patrons de gôche, CNT-AIT Toulouse

[21] Sauve qui peut Utopia ! Collectif d’anciens salariés d’Utopia, mise en ligne sur la toile le 19 avril 2005 ; sur http://cnt-ait.info/

[22] Note de la CNT-AIT, avec l’accord des révoltés du Bounty : les organisations qui ont été complices activement ou passivement avec Utopia Toulouse sont : ATTAC 31, le PCF 31, la CNT 31 [Vignoles] et le SCALP 31.

[23] Quelle est la différence entre un patron de “gôche” et un patron, Pétula de la CNT-AIT, 9 avril 2005

[24] Cf. le texte Nous soutenons les grévistes dans les films … et dans les cinémas, 2 octobre 2004 ; http://www.associations45.ras.eu.org/article.php3?id_article=319

[25] Là-bas si j’en sors d’Olivier Cyran, CQFD n°16, Octobre 2004 ; visible sur http://www.cequilfautdetruire.org/article.php3%20?id_article=413

[26] “L’espoir” Gilles Ferté d’Attac 45, La lettre d’Attac n°31/32 ; visible sur http://sipncntait.free.fr/lettre31.pdf

[27] Un “autre monde possible” ou les déboires démocratiques selon Attac45 : “Une certaine confusion est intervenue du fait que le directeur du cinéma, a affirmé dans une conférence de presse juste antérieure à la tenue du CA, avoir reçu le soutien d’ATTAC45 en la personne de son Président. Ne sachant comment interpréter cette affirmation, et en l’absence de Christian Weber pour rétablir la vérité, il a été procédé à un vote pour le soutien direct (pour=3 ; contre=2 ; abstention=4)”. Bel exemple de démocratie pour leur “autre monde possible”.

[28] http://perso.wanadoo.fr/chweber/Depuis29mai.htm

[29] Article publié aussi dans Bâbord n°40, juin 2005 : journal local, rempli de commentaires creux plus que d’informations ou d’analyses, une vingtaine de pages mal photocopiées pour 3 euros et visant essentiellement à recomposer la gauche aux élections municipales…