Le jour où les méprisants voleront, Macron sera chef d’escadrille !

Le SEGUR est du pur mépris : la revalorisation des « héros de première ligne », de celles et ceux que les ministres et députés LREM sommaient par twitt d’’applaudir tous les soirs à 20 heures, de celles et ceux pour lesquels les artistes ont composé tant de chansons et de clips plus ou moins réussis en disant des « merci merci merci », de celles et ceux dont le salaire n’avait pas évolué depuis 10 ans mais à qui Macron a promis qu’ils ne seraient pas oubliés, qu’ils allaient voir concrètement la générosité pour leur sacrifice et ce – promettait Véran – dès le 1er juillet …bref NOTRE revalorisation n’ira pas plus loin que 183 euros nets mensuels. Soit, pour un salaire de 1500 euros nets, 9 euros de plus que l’inflation de ces dix dernières années …

Il n’aurait plus d’argent en caisse, l’Etat a déjà déboursé 7,5 milliards pour les soignants qu’ils s’estiment heureux.
« les gars il faut rester cool » dirait Macron.

Pourtant l’Etat a encore de l’argent : il a trouvé les moyens d’acheter en mars 2020 pour 3,6 millions d’euros de gaz lacrymogène et en avril pour 3,8 millions d’euros de drones policiers. Ne nous plaignons pas : il y a fort à parier que nous serons servis EN NATURE les prochaines fois où nous exprimerons notre saine colère du mépris de l’Etat …

Mais, cerise sur le gâteau, ce début juillet ce ne sont pas augmentations promises par Véran que nous avons eu le plaisir de voir, mais … les avions de la Patrouille de France !

Cette « unité militaire de prestige », pour remercier les soignants qui ne lui ont rien demandé, est venue faire des ronds de fumée autour des hôpitaux parisiens et de l’Est. Au-delà de l’aberration écologique de cette opération de communication, quel est son coût ?

En 2018, un général avait été épinglé pour avoir utilisé un alpha jet, avion de la patrouille de France, pour son usage personnel. BFM – que l’on ne peut soupçonner d’antimilitarisme primaire – avait calculé alors qu’une heure de vol coûte au contribuable entre 13 000 et 15 000 euros rien qu’en kérosène ![1] Les survols des hôpitaux en disposition « diamants » – soit 8 avions – coutent donc au moins 120 000 euros et comme il y a une trentaine de survols prévus, on peut estimer cette galéjade coûte au minimum 3,6 millions d’euros au budget de l’Etat … là encore, toujours ça en moins sur notre feuille de paye !

Alors que l’Etat brule nos impôts dans le ciel, il continue de programmer la fermeture des hôpitaux  Bichat et Beaujon  (Clichy- Paris 17ème). A Broca (13ème arrondissement de Paris) les lits USLD  fermés  pour « cause » du COVID ne sont pas rouverts. Des postes de soignant-e-s sont menacés de disparaître au nom de ces fermetures ! Ce dont nous avons besoin ce ne sont pas d’applaudissements ni de vroum vroum polluants dans le ciel, mais des actes et une mobilisation populaire pour dire NON AUX FERMETURES D’ETABLISSEMENT ET DE  LITS ! DES EMBAUCHES !

Après le Ségur de mépris et de trahison, ils nous envoient la patrouille de France et ses fumigènes bleu blanc rouge : est-ce qu’on va se faire enfumer encore longtemps ???

Le pognon pour la santé,
pas pour l’armée !

Vive la sociale !

Des travailleurs du secteur santé
de la CNT-AIT (Anarchosyndicaliste)

cntaitcochin@gmail.com


[1] https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/un-general-soupconne-d-utilisation-privee-d-un-alpha-jet-combien-couterait-le-vol-1196706.html                                                                                         

SEGUR : un accord INDIGNE et de TRAHISON …

L’accord SÉGUR a donc été signé. 183 €, après 10 ans de blocages des salaires…

Rappelons que depuis 2010 l’inflation cumulée est de  + 11,64 % (source INSEE). exemple pour un salaire  NET environ à 1500  Euros en 2010, il faudrait qu’il gagne NET 1674 euros aujourd’hui pour avoir le même pouvoir d’achat. Cela signifie qu’avec 183 euro l’augmentation est de … 9 EUROS ! CA MERITE DES APPLAUDISSEMENTS !

De plus, les 183 €  annoncés  vous ne les verrez pas tout de suite, mais seulement partiellement à partir de JANVIER puis MARS 2021,alors que Véran avait promis que l’augmentation serait effective dès le 1er juillet !!!

A ce niveau, cet accord est surtout une INSULTE À NOTRE DIGNITÉ !

CFDT, UNSA et FO sont les complices de ce doigt d’honneur aux soignants. Mais ce doigt d’honneur-là ne sera pas critiqué par la presse aux ordres, contrairement à celui de l’infirmière Farida …. CFDT, UNSA, sans surprise ; on sait qu’ils se couchent devant la direction, même quand elle ne leur demande pas. Mais attardons nous sur le cas de FO, qui se veut plus revendicatif. FO Santé ose déclarer dans son tract « Négociations Ségur VICTOIRE ». Heureusement que le ridicule ne tue pas … Voyons de quelle victoire il s’agit :

Une victoire pour les salaires ? pas vraiment …

Déjà on l’a vu la revalorisation ne suffira même pas à rattraper le blocage des salaires depuis 10 ans.

En plus pourquoi attendre 2021 pour mettre en place la revalorisation ? Pour Air France, l’Etat n’a pas attendu pour débloquer directement 3  milliards. Est-ce que la santé est moins importante que les avions ? Est-ce pour être sûr que les soignants continueront de se sacrifier si jamais il y avait une seconde vague à l’automne, en agitant cette carotte sous leur nez ?

Par ailleurs, cette revalorisation n’est pas claire et nette. L’accord ne prévoit pas une augmentation du point d’indice ni du traitement mais un « complément de traitement indiciaire à hauteur  (sic) de 49 points  représentant 183 euros nets par mois ». En gros c’est comme une prime : un complément ça peut être annulé du jour au lendemain, sans préavis, car ce n’est pas intégré définitivement dans le salaire. Avec la crise qui s’annonce, autant dire que cette revalorisation risque de faire long feu … 

Et que veut dire « à hauteur » : que ce sera un maximum qui pourra être atteint mais sans garantie ? Car l’esprit de ce texte est de renvoyer au niveau local les négociations sur les indemnités et les primes, bonus etc. Application sur la base d’accords locaux signés avec les organisations syndicales. Lécheurs de cul de la Direction, l’avenir vous sourit ! 

Enfin, cet « accord » prévoit de « simplifier » les fiches de paie  en fusionnant toutes les indemnités : « Les parties au présent accord  conviennent qu’une rénovation du régime indemnitaire  des personnels de la fonction publique hospitalière sera  entreprise  [sur le]  principe suivant : le nouveau  régime indemnitaire a vocation  à fusionner l’ensemble des régimes indemnitaires existants.».

Concrètement cela veut dire qu’à terme le complément indemnitaire de 183 euros risque d’absorber toutes les indemnités actuelles, comme par exemple l’indemnité de sujétion pour un Aide-soignant de Classe 3, qui est de 165 euros par mois et qui avait été acquis par une lutte en 1991. Belle victoire du SÉGUR en effet que de supprimer les victoires de nos précédentes luttes ! 

Une victoire pour les conditions de travail  et l’organisation des services  ? pas vraiment …

Le texte prévoit également que les syndicats conviennent de la mise en place de la gestion des emplois et des compétences,  avec des plannings autogérés par les soignants eux-mêmes. Mais le texte ne dit rien – ou peu – sur les moyens matériels pourtant nécessaires pour exercer nos fonctions dans des conditions DIGNES.

 Au contraire, le texte prévoit même de continuer les fermetures de lits en « développant les hospitalisations programmées et ambulatoires » ! (cf. Bichat Beaujon 35% de lits en moins …) En absence de moyens matériels supplémentaires et massifs, en absence de nouveaux lits, en absence de nouvelles embauches fermes et massives, ce sera surtout  l’autogestion de la misère et de notre propre exploitation.

Souvenons de ce qui s’est passé l’été dernier : alors que le personnel réclamait des MOYENS en pleine canicule (climatiseurs, aérations en bon fonctionnement, postes de soins réfrigérés, …), FO Cochin réclamait une PRIME-Canicule. Or les primes n’empêchent pas la dégradation des conditions de travail.

Le texte ouvre aussi la boîte de pandore de la remise en cause des « 35 heures » (même si on sait bien que ça n’a jamais été les réelles 35 heures) : « Il sera procédé  après concertation , à des modifications réglementaires , notamment  le décret  N° 2002-9 du 4 janvier 2002 relatif à l’aménagement et à la réduction du temps de travail  dans  la fonction publique hospitalière , pour mettre en oeuvre les dispositions visant à améliorer l’organisation du travail sans remettre  en cause le cadre légal  . »

Le rappel au cadre légal ne doit pas faire illusion : le cadre légal ce ne sont pas les « 35 heures hebdomadaire » mais bien « l’annualisation du temps de travail »- prévu dans la loi dite des 35 heures. Avec l’accord SÉGUR, « dans le cadre des accords locaux », la Direction pourra toucher à vos 35 heures, à vos RTT, à planifier des 12 heures partout  » sur la base du volontariat » … et mon cul sur la commode …Regardez  Cornill ( pneumologie Cochin ) au nom du COVID, ils étaient  tous passés en 12 heures sans qu’aucune organisation syndicale  ne dise rien …. Il faut dire que les permanents syndicaux étaient exemptés du « volontariat » ( imposé de fait )  : les 12 heures c’est bien mais pour les travailleurs, par pour leurs « représentants » …

Il faut souligner la ruse introduite par cet accord : sous couvert d’autonomie d’organisation, la remise en cause du mode d’organisation du travail se faisant au niveau local, structure par structure, chacun partira éventuellement en lutte dans son coin, pour essayer de contrer sa direction, mais sans qu’il y ait un mouvement généralisé. C’est la bonne vieille stratégie du « diviser pour mieux régner ». On sait que la lutte dans une structure isolée aura moins de poids, et donc moins de chance de réussir, qu’une grève générale de l’ensemble du secteur hospitalier. Or le soutien populaire aux hospitaliers suite à la crise COVID nous mettait dans un rapport de force favorable vis-à-vis de l’Etat et des Directions hospitalières. Les syndicats, en acceptant de participer aux négociations SÉGUR, nous ont désarmé et ont saboté notre rapport de force favorable.

Au final, les seuls victorieux ce sont les syndicalistes garde-chiourmes de notre colère …

Ce qui est proprement incroyable c’est que des syndicalistes aient signé ce texte qui est une reddition en rase campagne avant même d’avoir engagé toute lutte !!!

Mais en fait, ce texte correspond bien à leur conception du syndicalisme, un syndicalisme de service, d’accompagnement, de concertation et de discussion, qui apporte aux syndicalistes des avantages (permanents, décharges syndicales, locaux, heures de formation et restos…) en échange de leur docilité. (cf. l’article du Canard Enchaîné de cette semaine qui confirme notre analyse)

Que SUD ou  la CGT n’aient pas signé l’accord ne doit pas nous leurrer : ils n’ont pas besoin de signer, puisque les autres le font à leur place. Cela leur permet de jouer le rôle des rebelles, mais dans le fond ils n’agissent pas tellement différemment des autres syndicats (. Au fait est ce que ces syndicats ont appelé à des assemblées de lutte pendant qu’ils négociaient ? Non ! cela montre bien qu’aucun d’entre eux ne voulait vraiment engager de bras de fer.).

Et surtout ils ne crachent pas sur les avantages que leur confère leur statut de syndicat « représentatif ». S’ils étaient réellement des structures de lutte, ils refuseraient les avantages octroyés par l’Etat pour assurer leurs mandats, de façon à être réellement libres et indépendants.

Cet accord est une INSULTE contre notre dignité. 

L’objectif de l’accord n’est pas d’augmenter le salaire des soignants, mais de nous faire travailler encore plus, dans des conditions matérielles qui seront toujours aussi dégradées, avec les syndicats dans le rôle des gardes-chiourmes, qui s’assureront que les accords qu’ils auront « négocié » soient bien respectés par les soignants. Et les syndicats tireront des avantages sonnants et trébuchants de cette Collaboration. Sous couvert d’autonomie de gestion, l’accord va en fait surtout servir à augmenter la pression sur les personnels, en les obligeants à gérer eux même leur propre misère. 

Macron nous a affirmé au début de l’épidémie « La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilise tous les moyens financiers nécessaires, quoi qu’il en coûte ». Le SEGUR montre que encore une fois, MACRON A MENTI : finalement c’est bien la logique comptable qui prévaut sur les considérations sanitaires …

Aujourd’hui nous sommes à l’heure des choix. Ne pas dénoncer cet accord, c’est se rendre complice. S’il reste des syndicalistes sincères à FO ou ailleurs, s’ils ne déchirent pas leur carte, c’est qu’ils couvrent cette trahison.

Ce pseudo-accord est une usine à gaz dirigée contre nous, ceux qui se sont sacrifiés sans compter pendant la crise. Le Capitalisme porte en lui la guerre et la misère, et se fout bien de notre santé comme de nos conditions de vie. Seule une révolution sociale permettra d’en finir avec l’exploitation généralisée tant de la Planète que des Humains. Mais d’ici là exigeons :

  • Le retrait immédiat de cette fumisterie de plan Notat-Ségur ;
  • Respect par Macron de sa parole «la santé avant l’économie,  quel qu’en soit le coût » et salaire unique pour tous les soignants, sur la base du traitement des directeurs d’ARS (après tout, nous n’avons pas été moins déméritant qu’eux pendant la crise COVID) ;
  • Création massive de lits supplémentaires ;
  • Embauches massives d’au moins 300 000 personnels en secteur hospitalier et EHPAD.

Pour défendre nos intérêts, n’attendons rien des syndicats officiels. Organisons nous nous-mêmes, refus de la représentation, pour l’action directe créons nos assemblées de lutte, pour libérer la parole et les initiatives et faire aboutir nos revendications.

  Pour un véritable militantisme sans décharges syndicales, contre les permanents à vie !

Pour un système de santé universel, socialisé, solidaire.

Vive la sociale !

Des travailleurs du secteur santé de la CNT-AIT (Anarchosyndicaliste)
Cochin-Broca –Hôtel-Dieu, juillet-août 20
20

Si vous souhaitez prolonger la discussion avec nous, vous pouvez nous contacter par mail : cntaitcochin@gmail.com

http://cnt-ait.info

EPHAD : LES YEUX DE L’HUMILIATION

Les yeux de l’humiliation…
Ce soir, j’ai été appelé pour une diahree profuse chez une dame en EHPAD.
Lorsque je suis entrée dans la chambre, ce n’est ni l’odeur ni les excréments déversés sur le fauteuil roulant et partout sur les draps qui ont frappé mon esprit .
Non. C’est le regard désespéré de cette femme et ses gémissements, nue, assise sur son lit, en train d’être nettoyée par une aide soignante. Les gémissements et les yeux de la honte.
« Regardez ce que je leur fait subir à ces dames » me dit elle. Je n’avais pas encore tourné les yeux pour découvrir que son mari était allongé dans le lit en face, détournant le regard.
Parce qu’elles ne sont pas assez d’effectifs pour cette femme handicapée dépendante, il n’était pas possible de faire sortir son mari pour la nettoyer dans l’intimité ni assez de temps pour qu’elle profite d’une douche chaude et salvatrice pendant qu’un autre changerait les draps souillés .
Non,il n’y avait qu’une aide soignante, douce, qui tentait de la rassurer, elle, nue, frileuse et tremblante, pendant qu’on lui passait un gant savonné sur son dos taché d’excréments.
C’est cela Mme Buzyn, Mr Macron que vous ne voyez pas dans vos tableaux et que vous ne verrez probablement jamais. Ce sont ces yeux là, ce regard désespéré qui dit « pardon » alors qu’il ne devrait pas.

Les yeux de l’humiliation…
Ce soir, j’ai été appelé pour une diahree profuse chez une dame en EHPAD.
Lorsque je suis entrée dans la chambre, ce n’est ni l’odeur ni les excréments déversés sur le fauteuil roulant et partout sur les draps qui ont frappé mon esprit .
Non. C’est le regard désespéré de cette femme et ses gémissements, nue, assise sur son lit, en train d’être nettoyée par une aide soignante. Les gémissements et les yeux de la honte.
« Regardez ce que je leur fait subir à ces dames » me dit elle. Je n’avais pas encore tourné les yeux pour découvrir que son mari était allongé dans le lit en face, détournant le regard.
Parce qu’elles ne sont pas assez d’effectifs pour cette femme handicapée dépendante, il n’était pas possible de faire sortir son mari pour la nettoyer dans l’intimité ni assez de temps pour qu’elle profite d’une douche chaude et salvatrice pendant qu’un autre changerait les draps souillés .
Non,il n’y avait qu’une aide soignante, douce, qui tentait de la rassurer, elle, nue, frileuse et tremblante, pendant qu’on lui passait un gant savonné sur son dos taché d’excréments.
C’est cela Mme Buzyn, Mr Macron que vous ne voyez pas dans vos tableaux et que vous ne verrez probablement jamais. Ce sont ces yeux là, ce regard désespéré qui dit « pardon » alors qu’il ne devrait pas.
C’est cette douche qui lui aurait fait tant de bien qu’elle n’aura pas à cause de vos tableaux Excel dans lesquels il est écrit que l’heure est à servir le repas pour 80 personnes au lieu de s’occuper d’une.
Ensuite, j’ai du prescrire des perfusions d’hydratation pour 3 patientes, à ajouter au travail des infirmières parce que les effectifs ne sont pas suffisants pour stimuler les patients à boire dans la journée.

Voilà messieurs dames les dirigeants la déclinaison de vos décisions et de vos calculs à mille lieux du réel, c’est celle de la désespérance de nos aînés que l’on tente tant bien que mal de réparer avec nos mots et nos sourires parce que nous n’avons plus que ça…
J’espère que vous lirez ce post pour, qu’à défaut d’en répondre à vos concitoyens, vous en répondrez à votre conscience .

MAISONS DE RETRAITE et EHPAD : QUAND LA MALTRAITANCE EST INSTITUTIONNELLE

A propos des EHPAD et des maisons de retraites …

Il se déroule actuellement un mouvement de grève touchant de très nombreux établissements du secteur de la santé (urgences, EHPAD, …). Ce mouvement lutte pour la dignité des travailleurs du secteur et celle des résidents et patients. Ce qui est nouveau, c’est que ce mouvement, inspiré par la dynamique des gilets jaunes, vient des travailleurs eux mêmes, en dehors des syndicats (même si ils courent après pour essayer de le rattraper et le canaliser)

Pour comprendre ce qui est en jeu, nous republions un article que nous avions écrit il y a exactement 10 ans , en 2009, lorsque nous avions appuyé des luttes et grèves des personnels de différentes maisons de retraite. mais comme ces mouvements étaient restés localisés, il n’avaient pas pu enclencher de dynamique collective capable d’inverser le rapport de force,

Sur le fond si rien n’a fondamentalement changé (à part le nom des ministres, mais pas leur politique …), peut être la prise de conscience généralisée née de ce mouvement pourra amener à une grève générale (et non des luttes isolées) qui permettrait d’obtenir un rapport de force suffisant ?

A propos des EHPAD et des maisons de retraites …

Il se déroule actuellement un mouvement de grève touchant de très nombreux établissements du secteur de la santé (urgences, EHPAD, …). Ce mouvement lutte pour la dignité des travailleurs du secteur et celle des résidents et patients. Ce qui est nouveau, c’est que ce mouvement, inspiré par la dynamique des gilets jaunes, vient des travailleurs eux mêmes, en dehors des syndicats (même si ils courent après pour essayer de le rattraper et le canaliser)

Pour comprendre ce qui est en jeu, nous republions un article que nous avions écrit il y a exactement 10 ans , en 2009, lorsque nous avions appuyé des luttes et grèves des personnels de différentes maisons de retraite. mais comme ces mouvements étaient restés localisés, il n’avaient pas pu enclencher de dynamique collective capable d’inverser le rapport de force,

Sur le fond si rien n’a fondamentalement changé (à part le nom des ministres, mais pas leur politique …), peut être la prise de conscience généralisée née de ce mouvement pourra amener à une grève générale (et non des luttes isolées) qui permettrait d’obtenir un rapport de force suffisant ?

MAISONS DE RETRAITE : LA MALTRAITANCE EST INSTITUTIONNELLE

(Article écrit en février 2009)

Un scandale permanent

C’était il y a pile 10 ans, en 1998 [soit plus de 20 ans en 2019 … Une génération !]. La revue « 60 millions de consommateurs » publiait un dossier sur les maisons de retraite. Son titre ? « Le scandale ». Un mot qui n’a pas fini de revenir chaque fois qu’il est question du sujet. Et qui n’est pas là par hasard !

Face à l’émotion du public devant ce « monde hermétique, …, où trop souvent le seul objectif est l’appât du gain », on nous en promet, alors, des choses ! Pas sur le fond, car les responsables de notre société, basée sur la ségrégation, n’envisagent nullement de mettre en place d’autres modes de vie, plus humains, pour les personnes âgées. Mais, sur la forme : « On va moraliser les maisons de retraite » devient leur leitmotiv des pouvoirs publics.

Dix ans après, ça continue, pas en mieux, sinon en pire ! Entre temps, des dossiers, des émissions, des bouquins, des témoignages, des réunions de concertation, des formations, des rapports… ce n’est pas ça qui a réellement manqué.

Prenons quelques exemples chez des gens peu suspects de sympathies anarchosyndicalistes. Après la canicule, dont la gestion lamentable constitue, un crime d’Etat, Le Figaro, journal hautement sarkozyste écrivait sous le titre « Maisons de retraite : le scandale continue » : « Plus de 4 600 des 15 000 victimes de l’été dernier ont trouvé la mort dans ces établissements censés les protéger. » Comme « protection », en effet, on fait mieux… Coupable d’avoir laissé crever de déshydratation 15 000 personnes âgées, le gouvernement renouvelle ses promesses, avec, cette fois-ci, à la clef, une idée « lumineuse » : la création d’une nouvelle taxe, la fameuse journée dite de solidarité, qui devait – promis, juré – améliorer définitivement le sort des vieux. Résultat : nous, on paye ; eux, ils ont toujours rien vu.

Et tout a continué comme avant. Autre exemple entre mille : en 2007, Zone Interdite (M6) diffusait le documentaire : « Héritages détournés, maisons de retraite sans scrupule : le scandale des personnes âgées maltraitées ». Résumé de la présentation de cette émission : « Des témoignages accablants. Vexations, privations, méchancetés. Au banc des accusés, les conditions de travail : moyens insuffisants, absence de contrôle, manque de personnel qualifié … dans cet univers caché où règne la loi du silence. » En 2008, d’autres émissions télé à forte audience faisaient le même constat (« Maisons de retraite, du scandale à l’espoir », sachant que « l’espoir » apparaissait bien lointain…). Ceux qui voudraient, en 2009, montrer de nouvelles images ne manqueront pas de matière !

Plus ça change, plus c’est la même chose

En effet, si les conditions de vie sont variables d’une maison à l’autre, il ne faut pas « gratter » beaucoup pour avoir des détails honteux ! Il suffit d’interroger les familles… à distance, à cause de la loi du silence : certaines maisons menacent de renvoyer un pensionnaire si la famille se montre trop loquace…

Cela ne suffit pas à faire taire les témoins, même s’ils sont obligés de se réfugier dans l’anonymat. Ici, « Les toilettes du matin ne se terminent que vers 11 heures alors, on prend le petit déjeuner vers 11h30 !!! ». Là, « … des petits trucs m’ont alertée, lorsque je venais et que je donnais à manger à ma mère elle dévorait comme si elle n’avait rien mangé depuis 15 jours, ensuite une jeune stagiaire avec qui j’avais sympathisé m’a dit « Votre mère est restée toute une après-midi assise liée dans son fauteuil avec son verre d’eau en face d’elle sur la table mais comme elle ne peut pas boire toute seule elle a donné des coups de pieds dans la table pour le faire tomber, je le lui ai donné moi-même ». Ailleurs « Ma mère de 92 ans, qui vit dans une chambre de neuf mètres carrés, ne quitte jamais son étage. Elle n’a pas mis un pied dehors depuis des mois parce que l’ascenseur est trop petit pour son fauteuil roulant ». Ou encore ce constat d’un médecin « Les prescriptions médicamenteuses sont trop importantes avec beaucoup de calmants, de psychotropes », bel euphémisme pour dire qu’on les abrutit de calmants. Tout ça, sans parler des patients souillés qui attendent des heures qu’on puisse les changer,… le tout sur fond de misère affective et psychologique.

La raison de la maltraitance : l’appât du gain

La raison de cette maltraitance institutionnelle est évidente et bien connue, « … le seul objectif est l’appât du gain » disait déjà »60 Millions de consommateurs ».

D’où les tarifications exorbitantes. C’est facile : l’incurie des politiciens face au vieillissement de la population (un phénomène pourtant hautement prévisible) a créé la pénurie. Résultat, le taux d’occupation des maisons de retraite atteint les 98 % et il y a des listes d’attente ! D’où aussi la réduction « des coûts de production » et avant tout, la compression des frais de personnel, et donc un sous effectif constant et une sous-qualification. Sans oublier les petits bénéfices : on rogne sur la qualité des repas, le chauffage, la literie… quant aux sorties et distractions, et même à la véritable rééducation fonctionnelle au quotidien, elles fondent comme neige au soleil.

Jean Charles Escribano, auteur de « On achève bien nos vieux » et réputé bon connaisseur de la question, donne des chiffres très intéressants dans une interview au « Mensuel de l’Université ». Il reprend une déclaration du président de l’Association des maisons de repos belges : dans ce pays, il y a en moyenne un professionnel par personne âgée (contre un pour deux personnes âgées en France). Et pourtant, le tarif de base est pour les familles de l’ordre de 1 300 euros par mois, contre plus de 2 300 euros en France (sommes auxquelles il convient d’ajouter, dans les deux cas, des financements publics de même nature). Or, Le coût de la vie en Belgique et en France est du même ordre. La différence ne doit pas être perdue pour tout le monde…

L’organisation de la maltraitance

Effectivement, la norme pour pouvoir s’occuper d’une population de personnes âgées dont une forte proportion est grabataire, c’est un salarié pour une personne (de façon à couvrir les besoins jours et nuit à longueur d’année). En maintenant leurs personnels à mi-effectif, les maisons de retraite organisent la maltraitance institutionnelle : les personnels, malgré toute leur bonne volonté, n’ont pas d’autre choix que de travailler vite, très vite. On voudrait les pousser à commettre des erreurs, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Ici aussi les situations sont variables d’un établissement à l’autre, mais les témoignages (souvent de professionnels qui ont quitté le circuit, loi du silence oblige) abondent : Marie-Claude, infirmière : « A …, il y a une femme pour faire 15 toilettes, nettoyer 25 chambres et servir 25 petits déjeuners en trois heures et demie ». Mathilde, femme de ménage : « Chez nous, la nuit, nous ne sommes que deux pour 96 personnes âgées dont plusieurs sont lourdement dépendantes, parfois en soins palliatifs. Bien sûr, il n’y a pas la moindre infirmière de nuit. Il faut se « débrouiller » toutes seules. Quant un patient décède, il nous est interdit de réveiller la directrice, il paraît que ça dérange son mari. Il nous faut faire la toilette mortuaire. Moralement, c’est éprouvant, surtout quant ce sont des personnes auxquelles on s’est attachées. On en crève ». Jeannine : « Notre travail, c’est de l’abattage, comme dans une usine. Nous travaillons à flux tendu. Faute de temps et de personnel, certaines personnes âgées n’ont pas plus d’une douche par mois ». Le tout aboutit à des situations tragiques comme dans cette maison de retraite de Saint-Germain-en-Laye où, sous un amas de matelas et un amas de cartons fut découvert le cadavre d’une pensionnaire… disparue depuis un an. Une maison pourtant certifiée, comme toutes les autres, par la DDASS. Cela n’étonne pas les professionnels : les directions connaissent toujours les dates des contrôles des DDASS suffisamment en avance pour « faire ce qu’il faut ».

La maltraitance institutionnelle : les salariés en pâtissent aussi

En sous-effectif constant, les personnels sont, ne serait-ce que de ce fait, profondément maltraités

Pas tous cependant. Il y a une notable exception : les directeurs. Dans notre pays où même les crottes de chien sur les trottoirs sont règlementées, il y a quelque chose qui ne l’est pas encore vraiment : être directeur de maison de retraite. Ça montre, si besoin en était, l’intérêt que l’Etat porte à la sécurité des personnes âgées… A ce jour en effet, en pratique, n’importe qui peut diriger une maison de retraite.

En février 2007, un décret a quand même été pris pour imposer aux directeurs un minimum de compétence, mais il leur laisse un délai de… presque 10 ans pour se mettre en conformité !

Mais pareille mansuétude ne s’applique pas aux salariées de base. Pour elles (ce sont essentiellement des femmes), les conditions sont extrêmement dures : travail de jour ou de nuit, les jours fériés aussi, … au bon vouloir de l’employeur qui a toute facilité pour changer les plannings ; locaux inadaptés (d’où surcharge de travail) ; lits et matériel tout aussi inadaptés (d’où maladies musculo-tendineuses, sciatiques, …), confrontation au vieillissement et à la mort sans soutien (d’où dépressions, anxiété)… et pression pour qu’elles fassent des actes techniques qu’elles n’ont pas le droit de faire (comme distribuer des médicaments pour des personnels de service), tout cela pour des salaires minables : SMIC horaire ou à peine plus (souvent, pour éviter les primes d’ancienneté, ces patrons de choc se débrouillent pour « faire partir » les salariées les plus anciennes). De plus ces véritables industries à forte rentabilité imposent souvent à leurs salariées des temps partiels, les condamnant à la précarité.

Là ne s’arrêtent pas les pratiques maltraitantes : outre les changements d’horaires (ce qui est une bonne façon de pousser les employées à la démission, cas par exemple de Latifa, mère de famille, dix ans d’ancienneté sans aucun reproche, pour laquelle les horaires étaient devenus tout d’un coup incompatibles avec la mise de ses enfants en crèche), outre les primes « à la tête du client » et les plannings de même (application du fameux principe « Diviser pour régner ») beaucoup de maisons cherchent à faire porter le poids de la maltraitance institutionnelle sur leurs employées. Cette culpabilisation, assortie de la menace de licenciement et même de poursuites, est une épée de Damoclès sur leur tête. Sans compter les directions qui font un usage abusif des « mise à pieds »… Autant de façons de harceler les salariés.

!!!!la réponse du gouvernement : répression et baratin

L’épée de Damoclès, le gouvernement la brandit lui aussi avec cynisme. On vient de le voir, avec les affaires des hôpitaux : à Nice, un urgentiste surmené travaille vite (mais bien), en garde-à-vue ! A Paris, une infirmière qui court partout faute de collègues en nombre suffisant, se trompe de flacon : en garde-à-vue, et poursuivie ! Le régulateur Samu de l’Essonne ne trouve pas, malgré 27 appels, de place pour un mourant, la ministre de la santé s’en étonne publiquement et laisse entendre qu’il est incompétent ! Pendant ce temps, les véritables responsables ne se sentent toujours pas coupables. Entre deux bronzages outre-mer ou quelques réveillons entre « pipoles », ils font les naïfs, se renvoient la balle, et continuent toujours la même politique. Et hôpitaux ou maisons de retraite, c’est du pareil au même. Loin de reconnaître ses immenses responsabilités, le pouvoir manie le bâton (menaces et gardes-à-vue) et la carotte sous forme de la « fameuse-formation-qui-va-enfin-nous-apprendre-à-bient-travailler ». Le tout sur fond du fameux couplet « On va moraliser les maisons de retraite ». Mais toujours, il fait semblant d’oublier l’essentiel, qu’il faut commencer par doubler les effectifs du personnel de base !

Enfin du nouveau : des salariés et des familles pas décidés à se laisser faire

Il y a quand même des choses nouvelles. La première, c’est que tout le monde sait maintenant que la maltraitance institutionnelle, organisée pour augmenter la rentabilité, est une réalité. En particulier, des familles comprennent que, ce qui leur arrive, n’est pas un cas isolé, un dysfonctionnement local, dû à une « mauvaise employée » mais la conséquence d’un système qui tire tout son profit de sa rapacité. La deuxième, c’est que les salariés eux-mêmes commencent à comprendre que maltraitance sur personne âgée et harcèlement du personnel ne sont jamais que les deux faces d’une même médaille !

Ce n’est pas la première fois que la CNT-AIT aborde la question des maisons de retraite et autres lieux du même acabit. A chaque fois, et c’est le cas cette fois-ci encore, c’est à l’appui d’actions de salariés. De défense de travailleurs licenciés sous les prétextes les plus fallacieux en campagnes de protestation, nous constatons, que ces mini-actions laissent des traces et que la compréhension des enjeux ainsi que la combativité se manifestent, parfois là où on l’attendait le moins. Tout comme il devient évident pour un nombre croissant de salariés que ces patrons de choc ne sont finalement que des colosses aux pieds d’argile, et qu’il en faudrait assez peu pour faire cesser leurs pratiques scandaleuses : un peu d’union entre nous, des liens avec les familles, en évitant soigneusement tous les « médiateurs » qui ont pour rôle de faire que cela ne change jamais (« représentants » du personnel, syndicats de collaboration, …). Qu’on se le dise. Si nous sommes plus nombreux à le comprendre, à le dire, à le faire, certains patrons, ceux par exemple qui se sentiront visés en lisant les témoignages, pourraient être obligés de changer de pratiques…

 »Gérontologix » » »

Lire également : Dans le privé, comment faire grève sans les syndicats ?

In English : RETIREMENT HOMES and ELDERLY NURSING HOMES (EHPAD) : WHEN ABUSE IS INSTITUTIONAL

Italiano : CASE PER ANZIANI, RESIDENZE SANITARIE ASSISTENZIALI (Rsa), OSPEDALE : QUANDO IL MALTRATTAMENTO È ISTITUZIONALE

In Portuguese : CASAS DE APOSENTADORIA, CASAS DE ENFERMAGEM IDOSAS (EHPAD) E HOSPITAL : QUANDO MALTRAITÂNCIA É INSTITUCIONAL