Un autre futur pour la santé #2

Bulletin international d’information pour les travailleurs de la santé, dans une perspective anarchosyndicaliste

Infos et analyses de France, Espagne, Grande-Bretagne, Serbie, Ukraine, Bulgarie, Autriche, Allemagne, Iran, Bangladesh, Pologne

Envoi format papier sur demande à contact (at ] cnt-ait.info

English version available here

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Table des matières

[France] Travailleurs de la santé de tous les pays, unissez vous !

[France] En marche vers la privatisation totale de la santé publique

[France] L’ACCORD « SEGUR » ENTRE L’ETAT ET LES SYNDICATS: INDIGNITE, IMPOSTURE ET TRAHISON…

Claude Bernard, Bachelard et Feyerabend : trois scientifiques contre le scientisme.

[France] Paris, Manifestation des travailleurs de la santé, 16 juin 2020

[HISTOIRE] COMMENT LES ANARCHOSYNDICALISTES ESPAGNOLS ONT GERES LA SANTE PUBLIQUE PENDANT LA REVOLUTION de 1936 (Un exemple de communisme libertaire appliqué pendant une crise sanitaire)

[France] Dans la santé comme partout : travaille et crève

[France] EHPAD, HOPITAUX : S’EPUISER AU TRAVAIL POUR UN SALAIRE DE MISERE ?

[France] MASQUES GRATUITS !

[France] Le jour où les méprisants voleront, Macron sera chef d’escadrille !

[Espagne] La privatisation de la santé publique, le cauchemar sanitaire espagnol …

[Espagne] LA RESIDENCE « L’ARBOC » REFUSE DE RECONNAITRE LA SECTION DE LA CNT-AIT

[Espagne] HALTE A LA PRECARITE DANS LES EHPAD [Autocollant]

[Ukraine] Un salaire digne pour les infirmières !

[Bulgarie] La pandémie comme guerre de classe contre les travailleurs

[Bulgarie] Répression contre les agents de santé en grève

[Bulgarie / Autriche] Solidarité avec la lutte du personnel infirmier bulgare

[Bulgarie / Autriche] SRAS-CoV-2 La livraison de l’aide est arrivée en Bulgarie !

[Autriche] DISCRIMINATION POLITIQUE A LA CROIX-ROUGE

[Autriche] Une attaque contre l’un est une attaque contre tous

[Allemagne] Cologne: démonstration contre l’urgence infirmière

[Iran] Manifestation des étudiants de médecine de Tabriz

[Bangladesh] Distribution de masques lavables

[Japon] AVEC LES TRAVAILLEURS JOURNALIERS ET LES SANS-ABRIS DE SANYA (Tokyo)

[Grande-Bretagne] Réduire sa vie ou réduire le travail ?(la balance travail / vie)

[Grande-Bretagne] La montée alarmante du Virgin Care de Branson et la menace pour le NHS

[Grande-Bretagne] A PROPOS DE LA JOURNEE MONDIALE DE PREVENTION DU SUICIDE

[Serbie] SITUATION DRAMATIQUE DANS LES HOPITAUX

[Pologne] L’ENFER DES FEMMES

[Pologne] LA GREVE DES CUISINIERES ET FEMMES DE MENAGE DE L’HÔPITAL DE BELCHATOW, POUR LE TRAVAIL ET LA DIGNITE

CNT-AIT, qui somme nous ?

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CNT-AIT, qui somme nous ?

Ce bulletin est édité par des travailleurs de la santé, membres ou sympathisants de la CNT-AIT.

La CNT-AIT est une organisation anarchosyndicaliste.

Elle regroupe des travailleuses et des travailleurs, qui face à l’inaction de toutes les structures syndicale, ont décidé de s’auto-organiser. Nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes. Organisons nous en collectif, appelons à des AG de luttes de tous les personnels, pour discuter et réfléchir collectivement sur la situation actuelle et ce que nous pouvons faire ensemble, de façon autonome de tout parti ou syndicat traditionnel.

Si vous souhaitez nous contacter, pour discuter, pour recevoir des exemplaires papiers du bulletin pour les distribuer, pour nous rejoindre, n’hésitez pas à nous contacter : CNT-AIT 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE, mail : contact @cnt-ait.info

La CNT-AIT édite un journal, « Anarchosyndicalisme ! » On peut le télécharger sur http://cntaittoulouse.lautre.net, ou bien le recevoir au format papier sur simple demande en écrivant à CNT-AIT 7 rue St Rémésy, 31000 TOULOUSE. Abonnement : 10 € / an, 20 € et plus en soutien

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Travailleurs de la santé de tous les pays, unissez vous !

Edito du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

Quand nous avons réalisé le premier numéro de cette compilation, au mois de mai 2020, nous n’en étions qu’au début de la pandémie de Covid 19, après le premier confinement. Nous présentions déjà que nous vivions une époque historique, avec des conséquences dramatiques pour des millions de personnes sur terre, mais nous n’imaginions pas que la situation continuerai et même s’aggraverait 6 mois après.

Les travailleurs du secteur de la santé et de l’assistance sont en première ligne pour traiter la maladie. L’Etat leur a demandé de faire des efforts surhumains, et il continue. Un nouveau monde est en train de se profiler à l’horizon, dont on peut craindre qu’il soit plus autoritaire que jamais, et cela au nom de la santé.

Plus que jamais, il nous semble important que les travailleurs de la santé des différents pays puissent s’informer mutuellement de la situation dans leur pays, car dans un monde globalisé nous sommes tous interdépendants. Au-delà des analyses de la situation, les exemples de résistances mises en œuvre de manière auto organisée par les travailleurs eux-mêmes peuvent aussi nous inspirer et nous encourager dans nos luttes.

Cette compilation est réalisée par des travailleurs de la santé de la CNT-AIT France. Nous sommes la section en France de l’’AIT (Association internationale des travailleurs). La CNT-AIT regroupe des travailleurs qui se reconnaissent dans les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme.

Ce bulletin est notre contribution à un travail de réflexion critique collective, par-delà les frontières. Pour le réaliser, nous avons choisis et rassemblés des textes produits par différents groupes dans le monde, qui sont actifs dans le secteur de la santé et des soins. Certains de ces groupes, la plupart, sont membres ou amis de l’AIT, d’autres n’appartiennent pas à notre internationale, mais avec tous nous entretenons des contacts fraternels et de réciprocité. Enfin nous avons ajouté un dossier sur la situation des travailleurs journaliers et SDF du quartier de Sanya à Tokyo et du travail de l’Association de San’ya pour les droits sociaux de travailleurs. Nous n’avons pas réussi à contacter ce groupe mais nous avons trouvé cette expérience intéressante.

Il ressort de ces articles que globalement la situation est la même partout : manque de moyens, manque de formation, personnels sacrifiés par une impréparation des services de santé qui ont été détruit depuis plusieurs années au nom de l’efficacité managériale et de la rentabilité financière. On voit en effet aujourd’hui l’efficacité de ces restructurations … Cette désorganisation et ce chaos même ne sont pas les fruits du hasard, ils ne sont pas dus aux anarchistes, ils sont le résultat de l’action combiné de l’État et du Capitalisme. Pour sauver l’humanité, nous n’avons pas d’autre choix que de nous organiser collectivement pour en finir avec l’État et le Capitalisme. Si vous souhaitez continuer à recevoir ce bulletin, contacter votre section de l’AIT de votre pays (contact [ at ] cnt-ait.info pour les pays francophones) ou bien le secrétariat  de l’AIT : secretariado@iwa-ait.org

« L’Anarchie est la plus haute expression de l’ordre. « (E RECLUS)
Finissons-en avec le chaos de l’État et du Capitalisme !

Le premier numéro du bulletin peut être téléchargé ici : http://cnt-ait.info/2020/05/01/bulletin-ait/

Travailleurs de la santé : Réduire sa vie ou réduire le travail ? (la balance travail / vie)

17/05/2020, SolFed-AIT, http://www.solfed.org.uk/edinburgh/reduced-life-reduced-work-the-worklife-balance

 Les applaudissements ont été très « appréciés »  par les travailleurs du Service public de santé (NHS) ; cela donne [au gouvernement] des idées de récompenses : un supplément de service quotidien; un taux horaire augmenté; voire même une médaille pour avoir travaillé pendant la pandémie.

Beaucoup d’entre nous dans le Service public de santé travaillons par roulement  – jour et nuit – tout au long de l’année. Ce n’est pas seulement un virus qui nous tue, notre travail par roulement aussi.

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré en 2007 que le travail par roulement est probablement cancérigène (Straif et al 2007 # 1). Des études telles que Gu et al (2015 # 2) nous ont montré que le travail par roulement, en particulier la nuit, augmente nos risques de maladies cardio-vasculaires, de problèmes de santé mentale, de diminution de l’immunité, de cancer et, finalement, de mortalité.

Plutôt que de travailler en laissant filer notre vie pour une compensation financière minimale, ne préférerions-nous pas que notre vie nous soit rendue? Trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée: une semaine de travail réduite sans être pénalisé financièrement.

La pénurie de personnel est toujours un problème avec le NHS. Nous permettre de reprendre plus de notre vie pourrait aider à atténuer cela. Pour couvrir les besoins d’un NHS déjà en sous-effectif, nous pouvons fournir aux chômeurs des emplois et une formation dans de nombreux domaines différents.

Le NHS était déjà en crise avant la pandémie de Covid-19. Notre capacité à fournir des services ne répondant pas à la demande de notre société et aux besoins de nos patients. Nous devons investir dans notre personnel de santé ainsi que dans notre infrastructure de soins de santé. Ces améliorations devraient être pour tout le monde et accessibles à tous. Cela stimule notre économie et notre objectif d’emplois. Les emplois sont disponibles pour beaucoup: services ambulanciers, ingénieurs, porteurs, cuisiniers, scientifiques, travailleurs de soutien, techniciens, spécialistes, médecins, infirmières, praticiens en santé mentale, nettoyeurs, réceptionnistes, pharmaciens, administrateurs, chauffeurs, approvisionnement, constructeurs, maintenance, innovateurs, programmeurs pour n’en citer que quelques-uns.

Les soins de santé touchent tous les domaines de la vie (personnel, travail, logement, éducation, alimentation). Nous devons aspirer à créer le meilleur système de santé possible. Nous devrions baser ce système de santé sur l’entraide et la coopération entre les services du NHS et entre les différents pays.

Nous vivons et travaillons à travers des temps sans précédent. Les risques sont élevés maintenant, mais ils étaient déjà élevés avant la pandémie. Ne négociez pas avec nos vies et travaillons moins sans compromis.


Quelques articles scientifiques médicaux sur le sujet :

Straif, Kurt, Robert Baan, Yann Grosse, Béatrice Secretan, Fatiha El Ghissassi, Véronique Bouvard, Andrea Altieri, Lamia Benbrahim-Tallaa, Vincent Cogliano, and WHO International Agency For Research on Cancer Monograph Working Group. 2007. « Carcinogenicity of Shift-Work, Painting, and Fire-Fighting. » Lancet Oncology, the 8 (12): 1065-1066.

Gu, Fangyi, MD, ScD, Jiali Han PhD, Francine Laden ScD, An Pan PhD, Neil E. Caporaso MD, Stampfer, Meir J., MD, DrPH, Kawachi, Ichiro, MD, PhD, et al. 2015. « Total and Cause-Specific Mortality of U.S. Nurses Working Rotating Night Shifts. » American Journal of Preventive Medicine 48 (3): 241-252.

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Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

Grande-Bretagne: La montée alarmante du Virgin Care de Branson et la menace pour le système de santé publique (NHS)

11/01/2018, SolFed-AIT, http://www.solfed.org.uk/manchester/the-alarming-rise-of-bransons-virgin-care-and-the-threat-to-the-nhs

Le « bon vieux » Sir Richard Branson a une fois de plus réussi à se placer en tête de la file d’attente pour recevoir des dons de l’État. Après avoir passé des années à transformer l’argent public en profits massifs chez Virgin Rail (la SNVF anglaise qu’il a acheté lors de sa privatisation), il se concentre maintenant pour traire le plus possible de lait du Service Public de Santé (NHS).

Richard Branson, PDF de Virgin, qui met la main sur la santé publique
en Grande Bretagne après avoir dépouillé d’autres secteurs économiques

Les chiffres publiés en janvier 2018 montrent que sa société, Virgin Care, a remporté un montant record de 1 milliard de livres sterling de contrats NHS en 2017. Ajouté aux contrats déjà existants, cela signifie que Virgin Care a maintenant plus de 400 contrats NHS distincts. C’est drôle de voir comment ces défenseurs acharnés du libre marché capitaliste, tels que Branson, semblent être capables d’avaler leurs principes anti-étatiques lorsqu’il s’agit de réclamer des subventions de l’État. Le bon vieux Sir Richard a même été jusqu’au au point de poursuivre le NHS en 2017 lorsque Virgin Care a perdu un contrat de 82 millions de livres sterling. Au cours du processus, il a remporté une somme non divulguée qui, autrement, aurait été gaspillée pour soigner des malades.

Cependant, ne vous inquiétez pas, l’amour de la pin-up capitaliste Branson pour l’État ne s’étend pas jusqu’à payer des impôts. Toutes ses sociétés relèvent d’une seule société mère, Virgin Group Holdings, basée aux îles Vierges, qui se trouve être un paradis fiscal. Il y a déménagé depuis qu’il a été poursuivi pour évasion fiscale en 1971, apprenant rapidement qu’il est normal de ne pas payer d’impôts au Royaume-Uni aussi longtemps que vous êtes assez riche et suffisamment connecté.

Peut-être sommes-nous un peu trop cyniques ici; après tout, lorsqu’il a été révélé pour la première fois que le bon vieux Sir Richard ne payait pas d’impôts au Royaume-Uni, il a expliqué que s’il vivait sur son île privée des Caraïbes, Necker Island, ce n’était pas pour des raisons fiscales et éviter de payer des impôts, mais pour des raisons de … santé ! Nul doute que cet intérêt particulier pour la santé se transposera aussi au NHS, et qu’il s’assurera que Virgin Care gère ses contrats de la même manière que Virgin Rail gère les trains. La différence, cependant, est que les «clients» en paieront le prix, non pas en termes de trains surpeuplés et continuellement en retard, mais plutôt en termes de dommages à leur santé.

Nous ne devons pas non plus nous enfuir en courant avec l’idée que les échecs de Branson sont limités aux seuls trains Virgin. Derrière son sourire de gagneur et ses manières simples, l’entrepreneur préféré du pays a une longue histoire de faillites d’entreprises. Virgin Cola, saluée par Branson en 1994 comme le successeur inévitable de Coca-Cola, a pratiquement disparu. Les vêtements Virgin Clothes, lancée en bourse en 1996, ont été rangés au placard avec des pertes pour les actionnaires. Virgin Money a été lancé avec une publicité fastueuse mettant en vedette Branson émergeant nu de la mer, mais n’a pas livré les grandes récompenses financières attendues. Puis vinrent Virgin Vie, Virgin Vision, Virgin Vodka, Virgin Wine, Virgin Jeans, Virgin Brides, Virgin Cosmetics et Virgin Cars, aucun d’entre eux ne réalisant les rêves gonflés de leur créateur.

Virgin Express, une compagnie aérienne basée à Bruxelles, était destinée à rivaliser avec EasyJet, mais les premiers investisseurs en bourse ont perdu leur argent. De même, les frères McCarthy, qui ont investi plus de 30 millions de livres dans l’entreprise V2, la deuxième compagnie musicale de Branson, ont perdu tout leur argent et ont fait face à une faillite personnelle. Les Australiens qui ont investi dans l’introduction en bourse en 2003 de Virgin Blue, une compagnie aérienne sans fioritures, ont récompensé Branson avec plus de 200 millions de livres sterling pour une participation de son investissement initial. Au départ, la compagnie aérienne a réussi, mais peu de temps après que Branson ait empoché l’argent, les actionnaires ont vu le cours de l’action chuter. De même, les plans dans lesquels les médecins généralistes seraient payés ou, plus précisément, soudoyés pour avoir référé des patients du NHS à des services privés de Virgin ont été abandonnés en juin 2008. L’Association des Médecins Britanniques (BMA) a averti que le plan «porterait atteinte à l’objectivité clinique», car il y aurait une incitation financière pour les médecins généralistes à pousser les patients vers les services Virgin.

Le problème ne se limite pas non plus au fait que le seul moyen par lequel le bon vieux Sir Richard semble capable de faire prospérer les entreprises est d’arnaquer les contribuables ou les investisseurs. Au fil des ans, il a été impliqué dans certaines «pratiques commerciales douteuses» – nous ne pouvons jamais utiliser le terme «activités criminelles» pour discuter de ce que les riches font. Par exemple, en 2006, les autorités de la concurrence du Royaume-Uni et des États-Unis ont enquêté sur les activités de fixation des prix de Virgin Atlantic et de British Airways. British Airways a été condamnée à une amende de 271 millions de livres sterling pour ces allégations tandis que le bon vieux Sir Richard n’a reçu aucune amende, ce que l’Office of Fair Trading (le Bureau pour le respect de la concurrence) a défendu comme étant dans «l’intérêt public», car Virgin Atlantic avait coopéré pour aider à poursuivre en justice British Airways.

Compte tenu du bilan douteux du bon vieux Sir Richard, vous vous demandez peut-être pourquoi les conservateurs confient les contrats du NHS à Virgin. Eh bien, il y a un petit problème ici. Les conservateurs, pour des raisons idéologiques, détestent le NHS; en fait, ils détestent à peu près toute activité humaine non motivée par la cupidité et un intérêt personnel étroit. Mais ils font face à un électorat britannique qui refuse catégoriquement d’accepter l’orthodoxie du libre marché selon laquelle le niveau de soins de santé reçus doit être déterminé par la taille de la bourse d’une personne. Sachant qu’une privatisation pure et simple entraînerait un suicide électoral, les conservateurs se sont lancés dans une privatisation en deux étapes. Ils dirigent le NHS vers le sol en le privant de fonds tout en vendant lentement le NHS par petits morceaux, chaque morceau à la fois. La première partie de la stratégie est bien engagée avec le NHS dans un état de crise quasi permanente. Au moment d’écrire ces lignes, nous sommes au milieu de la «crise hivernale» annuelle. Le but de cet état de crise permanente est d’éroder lentement la confiance dans le NHS jusqu’à un point où les gens sentent qu’il n’y a guère d’autre choix que la privatisation massive. On nous dit maintenant constamment que la nation ne peut plus se permettre d’avoir un service de santé publique comme le NHS.

La deuxième partie de la stratégie commence également à s’accélérer. Les chiffres de 2017 montrent que 3,1 milliards de livres sterling de contrats du NHS ont été remportées par des entreprises du secteur privé, ce qui représente plus des deux cinquièmes (43%) d’un total de 7,2 milliards de livres sterling de contrats soumis par le NHS, et dépasse les 2,55 milliards de livres sterling ( 35%) des offres remportées par les trusts du NHS. Pendant ce temps, cet autre cheval de Troie de la privatisation, le secteur «à but non lucratif», a remporté 1,53 milliard de livres (21%) de contrats.

Compte tenu de l’ampleur de la privatisation, ce n’est qu’une question de temps avant que le NHS ne devienne un fournisseur minoritaire de services de santé.

En procédant à la privatisation, les conservateurs ont appris un truc ou deux de cet ami proche du bon vieux Sir Richard, le bon vieux Tony Blair [dirigeant du parti socialiste anglais, le Labour Party], en gardant les services gratuits au point d’utilisation tout en privatisant lentement les fournisseurs de services. Le problème est que ces prestataires de services privatisés font souvent un hachage complet des choses. Il existe de nombreux exemples parmi lesquels choisir: Serco a mis fin à son contrat pour fournir des médecins généralistes en dehors des heures d’ouverture après que le personnel ait falsifié des données sur ses performances, tandis que la prise en charge par Coperforma de 63,5 millions de livres sterling du transport non urgent des patients à l’hôpital s’est terminée de manière dramatique après que des patients en attente de dialyse et de chimiothérapie aient manqué leurs rendez-vous vitaux. Le point ici est que, si les plans de privatisation des conservateurs étaient conçus pour vraiment fonctionner, vous ne pourriez pas avoir d’entreprises qui reprennent des services du NHS qui foirent tout en permanence.

Entre alors en scène l’homme du peuple et le Monsieur gentil, le bon vieux Sir Richard. Bien que sa réputation ait pu être ternie ces derniers temps, la seule chose que Branson est douée, en plus de faire de l’argent, ce sont les relations publiques. Quelques dons bien placés et bien médiatisés aux bonnes causes, avec le soutien des médias, et il n’est pas difficile de le voir retrouver son statut de trésor national, un trésor national à la tête d’un prestataire de santé privé de plus en plus monolithique maintenu à flot par des subventions publiques et capable de contester la dominance du NHS. En d’autres termes, il s’agit d’un rêve humide conservateur, ce qui pourrait expliquer pourquoi Virgin Care a remporté un peu moins d’un tiers du nombre total de contrats NHS attribués au secteur privé en 2017.

En tant qu’anarcho-syndicalistes, nous avons de nombreuses critiques sur le fonctionnement du NHS, notamment sur ses structures totalement antidémocratiques. Bien que nous soyons favorables à un service de santé contrôlé et géré par la communauté, nous trouvons la perspective de voir la santé des gens remise aux soins affectueux aux types tels que Branson tout à fait épouvantables. Alors sachez que si la privatisation n’est pas stoppée et que vous avez la malchance de tomber malade, vous risquez de devoir regarder des images géantes du visage souriant du bon vieux Sir Richard dans l’ambulance, à l’hôpital, au bloc opératoire et, eh bien, à peu près partout. Certains pourraient penser que la mort serait plus préférable. Espérons plus de chance la prochaine fois que le bon vieux Sir Richard s’écrasera avec sa montgolfière !!!

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Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

Cologne: démonstration contre l’urgence infirmière

06/09/2020, ASN, https://asnkoeln.blackblogs.org/2020/09/06/koeln-demo-gegen-pflegenotstand/

Travailleurs de la santé de tous les pays, unissez-vous !

L ‘«Alliance de Cologne pour plus de personnel dans les services de santé»  (Kölner Bündnis für mehr Personal im Gesundheitswesen) a organisé une manifestation de protestation avec des centaines de participants le samedi 5 septembre 2020. Après une assemblée au centre-ville, devant la cathédrale, la manifestation est passée par le quartier central jusqu’à «l’Institut d’économie allemande». Des discours ont également été prononcés devant la maison de retraite médicalisée St.Vincenz-Haus située à proximité, contre les conditions de travail et de vie dramatiques (d’ailleurs déjà bien avant la pandémie corona) dans le système de santé patriarcal et orienté vers le marché.

De nombreuses infirmières et infirmiers généralistes comme gériatriques, ainsi que d’autres professionnels, mais aussi des initiatives de santé basées sur la solidarité ainsi que des patients concernés, ont participé à la manifestation, qui avait pour devise «Mettre les applaudissements dans la rue ! La rebellion des infirmières maintenant! » Seule la première partie de ce programme a pu être réalisée, mais cela pourrait néanmoins être le début de nouvelles actions de protestation urgentes dans cette branche socialement vitale. Car ni les belles promesses électorales, ni les primes ponctuelles misérables n’apaiseront la colère des collègues, pas plus qu’elles n’amélioreront les conditions précaires des soins hospitaliers, ambulatoires ou même des soins privés.

L’appel à la manifestation proclamait :

«Le coronavirus tient fermement sous son contrôle le monde entier et notre vie quotidienne. Ce danger pour la vie est systémique ! Le virus se diffuse largement et de plus en plus de personnes tombent malades, parce qu’elles doivent travailler, produire et vivre dans des conditions dangereuses, que ce soit dans les maisons de retraite (comme tout récemment avec une résidence gériatrique privée à Cologne-Rodenkirchen), dans des foyers d’abris pour réfugiés (comme en juillet dans le foyer de Cologne-Porz), ou encore dans des usines (comme dans les ateliers de découpe Tönnies) ou dans des logements exigüs.

La vie de tous les jours est le problème! Le Covid-19 est un amplificateur …

Beaucoup de choses ont été dites sur l’épidémie mondiale de coronavirus, sur le système de santé et sur de l’importance non seulement du personnel médical, mais aussi du personnel infirmier. Il y a eu des applaudissements pour eux, et des politiciens de tous les partis ont chanté leurs louanges dans les talk-shows télévisés. Seulement les belles paroles à elles seules ne sont d’aucune aide contre la pénurie flagrante de personnel, contre le manque de matériel de protection, contre la privatisation des soins infirmiers pour les malades et les personnes âgées. Les mots superficiels n’augmentent pas les bas salaires. Que ce soit les  infirmière auxiliaire en soins gériatriques, les infirmières gériatriques en soins ambulatoires, les nettoyeurs de l’hôpital ou les infirmières en travail posté, aucune d’entre elle n’a reçu a un euro de plus grâce aux applaudissements. Sans parler du fait qu’aucun des collègues épuisés par les heures supplémentaires n’a été libéré de sa permanence ou du stress de la gestion infirmière et des chefs de service ou d’entreprise.

Dans le secteur de la santé, il y a la compression des coûts, la stagnation des investissements et des modernisations, un équipement inadéquat, des pénuries de personnel horribles, des salaires médiocres, un stress incroyable et la pression du temps de travail pour les infirmières. Il en résulte parfois un traitement des patients éthiquement questionnable ! Nous voulons et nous devons changer cela ! Tout le monde parle d’un retour à la normale, mais nous ne pouvons pas simplement revenir à la mauvaise situation antérieure. Nous devons changer réellement ! Le système de santé doit maintenant être planifié de manière judicieuse et raisonnable, maintenant ! Il ne doit pas être basé sur une simple rentabilité économique. Les soins de santé nécessitent des installations proches des habitations des gens, basées sur les besoins de la population, avec un personnel suffisant et de bonnes conditions de travail, du temps pour les patients et pour la repos réparateur. Ces tâches appartiennent au secteur public et doivent être socialisées à terme !»

Cependant, il ne faut pas s’appuyer sur la gouvernance par l’État, car l’Etat a poussé à la privatisation des établissements de santé pendant des décennies, refusant en même des soins médicaux complets aux migrants sans droit de séjour. Il y a un besoin urgent de changement fondamental dans la solidarité. Non seulement dans le secteur de la santé, mais aussi dans le domaine plus large des soins et de l’assistance (activités encore largement féminines) que ce soit au sein du ménage, de la famille, des amis et du quartier. Et nous avons besoin de lieux de travail auto-organisés dans lesquels les tâches sociales sont conçues conjointement – au-delà de la logique capitaliste du profit, dépassant l’hétéronomie et l’exploitation.

Réseau Anarcho-Syndicaliste de Cologne (ASN Köln)

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

[Autriche] DISCRIMINATION POLITIQUE A LA CROIX-ROUGE

24 octobre 2020, WAS-AIT, https://wiensyndikat.wordpress.com/2020/10/24/nicht-mit-uns-kundgebung-gegen-das-anstellungsverbot-vom-roten-kreuz/

Couverture de la manifestation dans le journal « Kronen Zeitung »

Le paquet d’hiver et le paquet d’été …

Vienne n’est pas que la ville romantique des bals et des valses. C’est aussi une ville qui compte plus de 10 000 pauvres et sans abris. L’hiver est rude et rigoureux dans la capitale autrichienne. Pour éviter que les sans-abris ne meurent de froid, et pour éviter qu’ils ne soient vus dans les métros ou ailleurs en public ce qui n’est pas bon pour l’image touristique de la ville, l’Assistance aux sans-abri de la municipalité de Vienne (Wiener Wohnungslosenhilfe) organise chaque hiver la campagne « paquet d’hiver » (Winterpaket). 1200 places supplémentaires sont ouvertes pour la saison hivernale dans des foyers pour sans-abris.

Cette campagne est gérée par différentes associations caritatives, donc la Croix rouge. La Croix Rouge est réputée pour être profondément conservatrice, mais c’est encore pire en Autriche puisqu’elle agit comme organisation satellite de l’ÖVP, le parti conservateur du chancelier Kurz, et que le gouvernement lui délègue désormais certaines activités qui étaient strictement gouvernementales jusque-là, comme par exemple l’administration du service civil ou encore la réalisation et la diffusion de l’application téléphone « Stop Corona App ». La Croix Rouge est donc totalement intégrée dans l’Etat.

Chaque automne, la Croix rouge embauche des travailleurs sociaux saisonniers pour la période de la campagne « paquet d’hiver ». Leur contrat de travail prend fin au printemps, puis ils sont réembauchés l’automne suivant.

Mais pendant l’été les sans-abris ne disparaissent pas … Aussi, un petit groupe de travailleurs sociaux saisonniers des diverses institutions de l’Assistance aux Sans-Abris de Vienne a créé il y a quelques années l’initiative « Sommerpaket» (paquet d’été). Ce collectif de base de travailleurs souligne publiquement les lacunes dans la prise en charge des sans-abri et fait également campagne pour de meilleures conditions de travail pour les travailleurs sociaux en charge des sans-abris. Notamment ils se battent pour être embauchés par année complète, pour que leurs contrats ne s’interrompent pas pendant l’été, et pour que les sans-abris puissent avoir une place d’hébergement toute l’année, y compris l’été.

Refus d’embauche pour motifs politiques

Début septembre 2020, certains de ces travailles saisonniers ont compris qu’ils ne seraient pas réembauché par la Croix rouge contrairement aux années précédentes. Alors que tous les travailleurs saisonniers avaient reçus au moins 4 appels téléphoniques de la Croix Rouge pour les supplier de venir travailler pour la campagne d’hiver, le téléphone de 7 collègues de l’ancien foyer «NQ Apollogasse »  restait désespérément silencieux. Ces collègues sont politiquement actifs pendant leur temps libre, et font campagne avec l’Initiative Sommerpaket pour l’amélioration du service des sans-abri viennois. Visiblement cela gêne la Croix Rouge. Pour se débarrasser des gêneurs, elle a donc choisi de ne pas les réembaucher, en donnant le motif suivant : « En raison d’incidents et d’événements non connus en détail de la direction de la Croix Rouge, celle-ci a néanmoins rejeté vos candidatures. ».

Contacté par téléphone, la Croix-Rouge a informé qu’au moins 7 employés figuraient sur une liste noire interne car ils étaient impliqués, selon eux, dans l’initiative «Sommerpaket ». Il leur est également reproché d’avoir organisé des rassemblements au début de l’épidémie de Covid-19 pour dénoncer la mauvaise gestion sanitaire, sans respecter les normes de sécurité sanitaire. L’un des travailleurs concernés précise: «En fait, nous voulions simplement contribuer de manière constructive dans cette situation difficile et nouvelle pour nous tous. Je suis vraiment choqué de cette réponse de la Croix Rouge ». Il est ironique en effet que la Croix Rouge sanctionne des personnes pour leur engagement en faveur d’une plus grande sécurité dans la gestion de la pandémie de Covid 19 !

Il s’agit clairement d’une situation de discrimination à l’embauche pour des motifs politiques, et ceci alors que l’initiative « Sommerpaket» n’avait jamais agît directement contre la Croix Rouge !

Pour beaucoup, le travail pendant la campagne d’hiver signifie une source de revenu fixe qui a maintenant été rapidement refusée à certains employés de longue date. «Il nous a été confirmé qu’il n’y avait aucun manque de performance au travail de notre part. Nous avons même reçu un certificat de service impeccable. C’était une décision politique. Et c’est pourquoi nous répondons désormais avec des moyens politiques! », a annoncé l’un des anciens salariés concernés.

Pour les compagnons de la WAS, cette mesure répressive est une attaque délibérée contre toutes les tentatives d’organisation collectives de résistance. Dans cette atmosphère d’intimidation, quiconque préconise publiquement et bruyamment un changement social pourrait  faire face à de graves conséquences. C’est pourquoi la WAS a répondu favorablement à la demande de solidarité adressée par l’Initiative Sommerpaket et les travailleurs concernés par ce lock-out patronal. Ils ont donc organisé ensemble, avec une autre initiative «Social but not stupid», un rassemblement devant le siège de Vienne de la Croix Rouge, le 28 octobre 2020 à 7h30 du matin, date de démarrage de la campagne d’hiver cette année.

Une attaque contre l’un est une attaque contre tous

28/10/2020, WAS-AIT, d’après une traduction de Solidaridad Obrera (espagne)

Motivés et ponctuels, à 7h30, nous nous sommes rencontrés devant le siège de la Croix-Rouge de Vienne. Les deux camarades que la Croix-Rouge n’a pas réembauchés étaient présents, ainsi que de nombreuses connaissances qui ont exprimé leur solidarité dans leur soutien, beaucoup d’entre elles du secteur social, soit environ 70 personnes au total. Le rassemblement était organisé par l’initiative «Sommerpaket» et le WAS-AIT. Le syndicat KOMintern, un syndicat socialiste, n’a pas manqué l’occasion de rejoindre ce bloc de gauche.

Avec des banderoles, des brochures et des drapeaux, nous avons protesté contre la décision de la Croix-Rouge de Vienne de ne pas réengager nos collègues qui avaient précédemment travaillé dans les campagnes « paquet d’hiver » (Winterpaket). Ce groupe de collègues qui travaillait pour cette campagne pour aider les sans-abri pendant l’hiver, n’a pas été réembauché, car apparemment l’engagement en faveur de meilleures conditions pour les usagers et de meilleures conditions de travail pour les travailleurs ne rentre pas dans les objectifs de la Croix-Rouge.

Immédiatement, une délégation amicale et souriante de trois personnalités importantes de la Croix-Rouge est sortie de leurs bureaux et s’est approchée du rassemblement avec l’intention de parler, visiblement impressionnées par ce qui se passait. « Bonjour, je suis le responsable, à qui pouvons-nous parler? » Ce à quoi personne dans la foule n’a répondu. Le responsable était accompagné de l’attaché de presse de la Croix-Rouge et d’un secrétaire. Les collègues de l’Initiative Summer Package leur ont dit qu’ils ne leur parleraient pas tant que le rassemblement ne serait pas terminé, après quoi ils ont dit à l’attaché de presse qu’ils voulaient une explication du refus de les réembaucher.

Lors du rassemblement, plusieurs discours ont été prononcés pour informer les participants, les travailleurs du siège de la Croix-Rouge et les passants, des manigances de la Croix-Rouge et de la nécessité de s’organiser contre ces structures qui monopolisent le secteur des services sociaux. Nous avons écrit à la craie sur les trottoirs notre indignation contre la Croix-Rouge de Vienne et ceux qui la dirigent. Ces messages ont été supprimés dès la fin de la concentration, une réponse claire de la Croix-Rouge, qui montre son malaise face à nos critiques.

Il appartient maintenant aux responsables de la Croix-Rouge de trouver une solution s’ils veulent arrêter nos actions de protestation. La précarité des conditions de travail dans le secteur des services sociaux est évidente; quelque chose avec lequel tous les camarades du rassemblement étaient d’accord, ainsi qu’avec le fait que ce n’est qu’avec l’union et la solidarité que nous pourrons y faire face.

D’autres actions sont prévues si la Croix Rouge ne répond pas favorablement à nos demandes.

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

La pandémie comme guerre de classe contre les travailleurs

25 novembre 2020, Confédération Autonome des Travailleurs (ARK) –  http://avtonomna.com/

Медицински будилник, Le réveil médical, bulletin d’information des infirmières

Le gouvernement a annoncé un deuxième verrouillage dans le pays, qui débutera le vendredi 27 novembre. Cela se produit dans le contexte d’un effondrement complet de notre système de santé, principalement en raison du manque d’infirmières et d’ambulanciers paramédicaux, d’une propagation incontrôlée du virus, qui place la Bulgarie au premier rang en termes de mortalité en l’Europe et d’une insécurité totale de la majorité des travailleurs quant à leur revenu à court et moyen terme.

Comment en est-on arrivé là ?

Commençons par l’effondrement de notre système de santé. La vérité est qu’elle était au bord du précipice bien avant la pandémie, comme s’en alarmaient les experts médicaux depuis des années. La pandémie n’a fait que nous aider à faire un pas en avant décisif. Il est maintenant temps de se rappeler que les infirmières organisent des manifestations de masse pour des salaires adéquats et des conditions de travail humaines afin de garder les infirmières en Bulgarie (éviter l’émigration) et notre système de soins de santé, ainsi que pour mettre fin au commerce rampant des soins de santé. Elles ont protesté pendant des mois, organisé des campements de tentes et même occupé le parlement, dans une tentative désespérée de forcer le gouvernement à prendre des mesures pour sauver les soins de santé bulgares. Le gouvernement a catégoriquement refusé de se plier ne serait-ce qu’à l’une des demandes des infirmières. Les résultats sont catastrophiques, et aujourd’hui, nous tous – travailleurs de la santé et patients – en ressentons sur le poids sur notre dos.

Bien qu’il ait raté l’occasion de sauver le système de santé de l’effondrement, le gouvernement aurait pu au moins atténuer le déclin en prenant des mesures adéquates après le début de la pandémie. Au lieu de cela, depuis le printemps, nous avons été témoins d’une imprudence criminelle et de la comptabilité la plus effrontée qui a ajouté à l’effondrement inévitable des soins de santé et à un sentiment de désolation et de désespoir. Alors que les gouvernements de toute l’Europe se sont précipités pour augmenter les salaires des infirmières, des ambulanciers paramédicaux et des médecins à pas de géant, la Bulgarie est restée le seul pays où, au lieu d’augmentation, les employés recevaient seulement des primes, et encore pas pour tout le monde. La mesure insensée de 1000 Lev bulgares (500 Euros) en aide ponctuelle aux employés de première ligne a jeté les travailleurs de la santé  dans le chaos, créé des tensions du fait des ambiguïtés – qui devait être considéré comme travailleur de première ligne et qui ne le devait pas – et a contribué à saper la cohésion et la solidarité indispensables en temps de crise. La plupart des travailleurs n’ont jamais rien reçu. Les mesures prévues pour l’année prochaine continuent de creuser le fond, et l’augmentation misérable des salaires ne sera TEMPORAIRE que pour 2021.

Mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan. Les milliers de médecins, d’infirmières et d’ambulanciers qui sont épuisés, emballés dans des combinaisons spatiales, enchainant les rotations insupportables pour compenser le manque de personnel, ne disposant toujours pas dotés des équipements de protection les plus élémentaires – gants, masques, tabliers. Alors que des milliards sont versés dans le système de santé chaque année, les travailleurs sont obligés d’acheter eux-mêmes leur propre équipement de sécurité, des dizaines d’hôpitaux survivent grâce à des campagnes d’aide et de charité, d’autres envoient des appels désespérés à des bénévoles et des patients meurent en dehors des hôpitaux faute de personnel. Le gouvernement a eu des mois, depuis le printemps à aujourd’hui, pour essayer de préparer notre système de santé à la deuxième vague du virus à venir. Mais pour économiser de l’argent, ne pas changer le modèle néolibéral des soins de santé, ne pas réduire les revenus des commerçants en santé humaine – ils n’ont rien fait. Et maintenant, les soins de santé s’abattent sur nos têtes.

Les mesures du gouvernement contre l’épidémie

Après avoir vu que le gouvernement a refusé de prendre des mesures dans le domaine de la santé, regardons les autres mesures de lutte contre l’épidémie qui ont été prises depuis le printemps. Dès le début, elles avaient et ont toujours un fort caractère de classe. Avec l’entrée du coronavirus en Bulgarie au début du printemps 2020, le gouvernement a annoncé un verrouillage complet, bien que la propagation de l’infection ait été plusieurs fois inférieure à ce que nous avons vu au début de l’automne, lorsque le gouvernement a refusé d’introduire même un verrouillage partiel. Derrière ces actions apparemment chaotiques des dirigeants, les intérêts économiques de leur classe sont clairement visibles. Le verrouillage au printemps a été principalement dicté par les propriétaires de petites entreprises commerciales qui pensaient pouvoir sauver la saison touristique estivale et limiter leurs pertes financières du reflux attendu si la propagation de la maladie se limitait à la fin du mois de mai. C’est effectivement ce qui s’est passé : au début de la saison estivale, la propagation était contrôlée et tous les bars, hôtels et restaurants ont ouvert leurs portes. Les mesures anti-épidémies ont cédé la place au commerce.

Ceci, à son tour, a conduit de manière tout à fait prévisible à une forte augmentation de la propagation de la maladie, qui a commencé en juillet, est devenue incontrôlable en octobre et continue de croître jusqu’à ce jour. C’est en octobre que le caractère de classe de la gestion de crise s’est révélé dans toute sa splendeur. Lors de briefings devenus notoirement (et comiquement) célèbres, à côté du Ministre de la santé sont apparus des experts tels que Richard Alibegov, président de l’association des restaurants, qui ont commencé à donner des instructions à la population. Cela montrait clairement dans l’intérêt de qui la crise était gérée. En conséquence, les restaurants sont restés ouverts, les cas ont continué d’augmenter et le prix a été payé et continue d’être payé principalement par les familles des travailleurs qui, contrairement à Alibegov, travaillent effectivement dans ses restaurants.

Alors que les patrons se contentent de leur privilège de s’isoler et de tenir des conseils d’administration en ligne, ce sont les travailleurs qui doivent travailler sur place – dans les restaurants, les bureaux et les magasins tous les jours, malgré le risque d’infection pour nourrir leurs familles.

Mais la nature de classe de la gestion de crise ne s’arrête pas là. C’est évident dans chacune des mesures prises depuis le début de la crise. Alors que l’État exprimait son empathie pour les hommes d’affaires qui souffraient depuis longtemps et de la réduction de leurs bénéfices inestimables, il se comportait comme  une stricte « marâtre» pour les travailleurs et le peuple en général. Caressant avec une plume et discutant de manière sacrificielle de tous les caprices des hommes d’affaires, le gouvernement a vicieusement attaqué la population, l’accusant de l’échec de leurs mesures insensées. Parce qu’il a refusé d’introduire de véritables mesures pour faire face à la crise sanitaire afin de ne pas nuire aux bénéfices des entreprises, refusant d’indemniser et de stimuler la responsabilité des gens- l’État a introduit une série de mesures timides, dénuées de sens ou carrément néfastes contre les gens ordinaires. Les gens devaient porter des masques dans les endroits les plus étranges, suivre les horaires en constante évolution de sortie via des corridors « verts », et toutes sortes d’autres caprices des dirigeants. Le travail du parlement a fini par pointer du doigt les gens en les accusant de manque de discipline, de stupidité et d’incompréhension. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes se contentent de dénoncer le gouvernement et le siège et les mesures.

Mesures sociales

La pandémie passera, comme toute autre pandémie similaire dans l’histoire de l’humanité est passée. Mais cela aura de graves conséquences économiques et sociales. Les conséquences ont commencé à apparaître dès le début, lors du premier verrouillage au printemps, lorsque des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi ou ont été contraints de prendre un congé sans solde. Les mesures sociales de l’État dans cette situation n’étaient pas surprenantes au vu de l’intérêt de classe qu’il sert, comme nous l’avons déjà vu en détail ci-dessus. Pour les hommes d’affaires, des fonds de soutien ont été immédiatement organisés pour couvrir la plupart de leurs dépenses pendant la période de crise, des prêts sans intérêt et un tas d’autres avantages. Mais les travailleurs qui se pressaient devant les bureaux de chômage n’ont rien reçu. Dans le verrouillage actuel, des milliers de travailleurs sont confrontés à la même situation, mais encore aggravée par le fait que beaucoup d’entre eux ont déjà dépensé leurs indemnités chômage pendant le verrouillage au printemps et restent maintenant littéralement sans revenu au milieu de l’hiver et sans perspective d’assouplissement de la situation dans les mois à venir. Le gouvernement a promis une aide en cas de crise de 24 Lev (12,25 Euros) par jour pour les personnes envoyées en congé forcé sans solde – bien sûr, pas par souci particulier pour les travailleurs, mais surtout pour aider les entreprises à garder leur personnel. Par contre il n’y a pas d’argent pour les travailleurs licenciés à cause du verrouillage, qui sont considérés comme inutiles pour l’entreprise – et donc inutiles pour l’État!

Les conséquences du principe de classe de répartition de la générosité de l’Etat ne s’arrêtent pas à la catastrophe sociale dans laquelle les licenciements sont lancés. Ils détruisent les fondements mêmes de la société. Aujourd’hui, on voit comment le refus du gouvernement de fournir des revenus aux parents contraints de quitter le travail pour s’occuper de leurs enfants alors que les écoles et les jardins d’enfants sont fermés conduit à une affreuse confrontation entre parents inquiets pour leurs revenus et enseignants inquiets pour leur vie. Nous pouvons voir ces exemples dans d’autres secteurs également. Grâce à sa politique antisociale, l’État est en passe de faire plus de mal à la société que la pandémie.

Que pouvons-nous faire?

Concernant la crise sanitaire, le match est terminé. Quelles que soient les mesures prises à partir de maintenant, il est trop tard pour parler de faire face à la situation. Ce qui peut être fait, c’est faire pression sur le gouvernement pour qu’il fournisse au moins une protection de base aux travailleurs du secteur de la santé afin qu’ils puissent continuer à sauver des vies dans la dignité. L’autre chose, encore plus importante, est d’exercer une forte pression, non seulement de la part des travailleurs de santé, mais de l’ensemble de la société – pour que tous les travailleurs de la santé soient équitablement rémunérés pour avoir pris la crise sanitaire sur leur dos, non pas par des primes ponctuelles ou temporaires, mais par des augmentations significative des salaires. Cette augmentation de salaire doit aussi être le premier pas vers une réforme radicale du secteur, qui mettra fin au commerce de la santé humaine et qui est aujourd’hui plus que jamais une question de vie ou de mort.

En termes de mesures sociales, les protestations des travailleurs des secteurs les plus touchés ont déjà éclaté au moment où nous écrivons cet article. Ce qu’il faut faire, c’est empêcher la division des travailleurs, que les dirigeants maîtrisent si bien et exercent chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Il faut insister pour garantir les revenus de tous – ceux qui sont en congé sans solde et licenciés, ceux du tourisme et ceux de l’industrie. Pour le droit des enseignants de travailler à distance et le droit des parents d’être à la maison avec leurs enfants sans risquer de perdre leurs revenus. L’heure n’est pas à la division par secteurs, villes et professions, mais à la solidarité et à la cohésion.

evgeni5150

[Bulgarie] Répression contre les agents de santé en grève

02/06/2020, ARK, https://www.facebook.com/avtonomnakonf/

солидарност със здравните работници, solidarité avec les travailleurs de la santé

Fin mai 2020, le syndicat de base ARK a fait état de la peur et de la colère dans le conflit du travail à l’hôpital Pirogov, le plus grand hôpital du pays. Dans les jours précédents, une attaque sans précédent (même pour des standards Bulgares …)  de la répression étatique contre l ‘«Union des professionnels de la santé» (SBMS) avait commencé.

Des manifestations et des grèves dans le secteur de la santé s’y déroulent depuis plus d’un an. Le syndicat d’infirmières SBMS se bat pour des salaires et des conditions de travail décents, ainsi que pour la fin de la commercialisation de la santé humaine dont tout le monde souffre.

Il y a quelques mois, le gouvernement local a tenté d’empêcher la création d’un groupe syndical du SBMS dans l’hôpital de la ville et a engagé une procédure disciplinaire contre la présidente de la section, Boyka Anastasova. Il s’agit de tentatives audacieuses mais désespérées de détruire les infirmières rebelles. La police  a pris également des mesures contre les principaux organisateurs, qui ont été convoqués au commissariat central de Bucarest, la capitale, pour interrogatoire.

Le syndicat de base «Confédération autonome des travailleurs» (ARK) déclare sa solidarité avec la SBMS dans son conflit de travail, et demande le licenciement immédiat du directeur responsable de la clinique, le professeur Asen Baltov. Tous les policiers qui ont violé arbitrairement la constitution et la loi pendant les opérations devraient également être démis de leurs fonctions et une enquête devrait être ouverte. En outre, nous exhortons les syndicats en Europe et dans le monde à prendre position sur ce cas d’attaques de l’État contre la liberté syndicale et à manifester leur protestation contre cette suppression des professionnels de la santé en Bulgarie

Dans la lutte solidaire pour la dignité des travailleurs.

PS : les compagnons en Autriche ont organisé des actions de solidarité cf. http://cnt-ait.info/2021/01/31/bulgarie-autriche/

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

EN UKRAINE COMME EN FRANCE ! UN SALAIRE DIGNE POUR LES PERSONNELS DE SANTE !

En Ukraine aussi, la politique de privatisation de la santé fait des ravages. Les personnels de santé viennent de lancer un mouvement de lutte contre la politique budgétaire et pour des salaires dignes. Nous assurons les travailleurs de la santé en lutte où qu’ils soient dans le monde de notre entière solidarité internationaliste !

Des travailleurs de la santé de la CNT-AIT


« En 2020, un véritable front de la lutte contre la pandémie s’est ouvert pour tous les médecins et personnels de santé ukrainiens, et, sans surprise, le principal ennemi des descendants d’Hippocrate n’était pas le virus, mais notre propre gouvernement ukrainien. Les fonctionnaires et les oligarques de la médecine, poursuivant le travail de leurs prédécesseurs, détruisent la médecine publique au profit de la médecine privée. Ils le font si cyniquement qu’il n’y aura bientôt plus d’infirmières ou de médecins qualifiés, ni de respect pour leur travail en Ukraine.

Les salaires des médecins restent  disproportionnés par rapport aux risques. C’est difficile à imaginer, mais le salaire moyen des médecins n’atteint pas le salaire moyen en Ukraine ! Selon le ministère de la Santé, le salaire moyen d’un médecin est d’environ 9 000 hryvnia (environ 260 euros), 7 000 hryvnia (environ 203 euros) pour les infirmières confirmées et 5 000 hryvnia (144 euros) pour les infirmières débutantes.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous, anarchistes, ne pouvons pas rester à l’écart et nous soutenons la lutte de ceux qui nous défendent tous et qui ont besoin de notre solidarité! Des militants du « Drapeau Noir » et de « l’Action Populaire » se sont joints aux infirmières pour manifester contre l’oppression sociale perpétrée par le gouvernement néolibéral contre la santé publique.

Lors de l’action, les infirmières ont exprimé leurs revendications :

1. Financement de la médecine à hauteur d’au moins 7% du PIB.

2. Augmentation des salaires du 01.01.2021 pour les travailleurs médicaux au niveau de 23 mille hryvnia pour les médecins, 17 mille pour les infirmières et 12 milles pour le personnel médical junior.

3. Garantie de recevoir des prestations d’assurance contre les maladies professionnelles pour les personnels de santé atteints de COVID-19 (présomption de lien entre la maladie et l’activité professionnelle).

4. Publication des dépenses, des revenus et des budgets des établissements médicaux (comptabilité ouverte), droit collectif de choisir la gestion des établissements médicaux.

5. Lancement d’un programme d’État pour fournir des logements au personnel médical.

6. Arrêter la destruction des institutions des services de maladies contagieuses (tuberculose), de psychiatrie et d’épidémiologie.

7. Transfert des infirmières travaillant dans les établissements scolaires et préscolaires au personnel des établissements de soins de santé du Ministère de la santé.

La solidarité avant tout ! »

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La CNT-AIT est une organisation anarchosyndicaliste. Elle regroupe des travailleuses et des travailleurs, qui face à l’inaction de toutes les structures syndicale, ont décidé de s’auto-organiser. Nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes. Organisons nous en collectif, appelons à des AG de luttes de tous les personnels, pour discuter et réfléchir collectivement sur la situation actuelle et ce que nous pouvons faire ensemble, de façon autonome de tout parti ou syndicat traditionnel. Pour tout contact : contact@cnt-ait.info

Liste de diffusion mail : http://liste.cnt-ait.info  

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медсестрам – гіднy зарплатy : un salaire digne pour les infirmières ! Lviv, 16 décembre 2020

Dans la santé comme partout : travaille et crève

On est très injuste avec ce gouvernement ! Nous pensons tous que sa gestion catastrophique de la crise COVID est due à son incapacité à anticiper et à se préparer. C’est complètement faux et le gouvernement nous donne tous les jours la démonstration qu’il est tout à fait capable de prévoir et de s’organiser, quand il le veut.

Déjà au mois de mars 2020, nous n’avions pas de stock de masques par ce que le gouvernement n’en avait pas commandé. Par contre il n’a pas oublié en novembre 2019 puis de nouveau en avril 2020 de commander plusieurs millions d’euros de gaz lacrymogènes, de LBD et autres drones policiers. Ce gouvernement a le sens des priorités et des urgences !

Dans la santé c’est pareil. Alors que la seconde vague est là, et que l’iceberg de toutes les autres pathologies « reportées » va réapparaître, que croyez-vous que le gouvernement fasse ? Ne parlons pas de cet accord de la honte le Ségur … C’est un accord de trahison, signé par les syndicats réformistes et contre lequel les syndicats dit contestataires n’ont organisé aucune résistance sérieuse (ils ont appelé à des AG dans votre structure ?) alors que l’opinion publique nous était archi favorable. Les 183 euros ne vont même pas couvrir l’inflation des dix dernières années avec point d’indice bloqué !



Alors que nous sommes exténués, que de nombreux collègue sont en burn out, que dans certains services des collègues ont été contaminés par la Covid faute de moyens de protection, que fait le gouvernement ? Il embauche ? il donne des moyens supplémentaires ? Mais non voyons, son éminence Macron nous l’a dit le 6 octobre, en réponse à un collectif de soignants en colère « « Ce n’est pas une question de moyens, mais d’organisation »

Et question organisation, le gouvernement prépare l’avenir : il ouvre le feu vert à la privatisation.

Oh, il le fait en douce, pas franchement, par petites touches. Ça avait commencé avec le décret 2019-1593 du 31 décembre 2019 (pris en pleine période de fêtes de fin d’année, pour passer inaperçu) qui introduit la rupture conventionnelle dans la fonction publique. Autrement dit qui permet de licencier sans le dire des fonctionnaires … Et puis ce 3 septembre, un nouveau décret, le n°2020-1106, relatif aux mesures d’accompagnement en cas de suppression d’emploi dans la fonction publique hospitalière.

Certes ce décret ne parle pas de licenciement, il explique juste ce qui va se passer lors des fermetures d’hôpitaux. Bien sûr ce texte dit que l’agent pourra rester en activité, même si sa structure de rattachement est fermée. Mais le texte prévoit que l’État n’a pas obligation de lui trouver une nouvelle affectation… Or si l’État ferme des structures, ce n’est pas pour en rouvrir d’autres, ni pour gonfler les effectifs de celles existantes car l’heure est au « dégraissage du mammouth »… Si l’agent est sans affectation, il ne percevra plus aucune prime liée à l’exercice de ses fonction  ! Autrement dit son revenu sera largement amputé, de telle façon que si l’agent a une famille, des remboursements à payer, des enfants étudiants il ne gagnera plus assez pour subvenir à ses besoins…  L’agent sera alors poussé à négocier son départ de la fonction publique avec l’illusion qu’en s’installant en activité libérale ou en rejoignant des structures privées, il pourra trouver une meilleure alternative.

On le comprend, ce texte n’est rien de moins qu’un texte de harcèlement institutionnel officialisé, pour pousser les agents vers la sortie … L’État aura beau jeu de dire qu’il ne privatise pas et que ce sont les agents qui partent vers le privé « à leur demande », mais auront-ils le choix ? Et pour les patrons des structures privées ce sera sans risque : l’article 16 permet une période d’essai pour le salarié qui peut aller pendant un an dans une structure privée, en mise à disponibilité. Ainsi si « la greffe » ne prend pas, le patron peut se séparer de son employé sans risque et en prendre un autre. Qui a dit que l’État ne pensait pas à tout et ne préparait rien ?

Là encore, on n’entend pas les syndicats sur ce véritable plan de privatisation et de harcèlement institutionnel…

Alors nous aussi il faut nos préparer à riposter, pour ne pas laisser faire.
La crise Covid a montrée que la santé était un bien public, et qu’une gestion strictement comptable produisait catastrophe sanitaire et injustice. Et la future « organisation », privatisée, n’arrangera rien !

A nous de nous mobiliser, soignants et patients ensemble, pour exiger plus de lits dans nos hôpitaux, des embauches massives des salaires dignes.

De lits, + de personnel, un salaire digne,
Retrait de l’accord de trahison Ségur,

Pour un système de santé
universel, socialisé, solidaire !

Vive la sociale !

Des travailleurs du secteur santé de la CNT-AIT (Anarchosyndicaliste)

Cochin-Broca –Hôtel-Dieu, décembre  2020

contact@cnt-ait.info    http://cnt-ait.info

Histoire de l’avortement en Espagne: le décret de la Generalitat de Catalogne, DECEMBRE 1936.

(Extrait de la brochure sur l’Histoire de l’avortement pendant la Révolution Espagnole de 1936)

D’arpès un texte de Juan Gérvas, Médecin généraliste retraité, Equipe CESCA (Madrid, España) [1]

De l’infanticide à l’avortement

Pendant des centaines de millénaires, le contrôle des naissances a été imposé par la nature, avec la faim et les maladies infectieuses. Lorsqu’il y avait trop d’enfants, l’infanticide était pratiqué, directement ou indirectement, avec peu de soin et d’attention. On pratiquait l’avortement volontaire avec diverses herbes ou avec des moyens mécaniques brutaux qui mettaient en danger la vie des femmes. À la fin du XIXe siècle, l’Église catholique interdit l’avortement volontaire.

La lutte pour le droit à l’avortement a commencé à partir de positions très différentes; d’une part, par des personnes aux préoccupations sociales et féministes qui, face à la réalité de l’avortement désespéré, ont préféré une procédure légale n’impliquant pas la mort de la femme. De l’autre, nous trouvons les courants eugénésiques[2] et néo-malthusiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, qui considéraient la reproduction aveugle comme un problème, soit parce que se reproduisaient des éléments sociaux peu recommandables, soit parce qu’en général il y avait une reproduction excessive, qui conduirait à une crise des ressources.

Une évolution intéressante a été celle des mouvements néo-malthusiens anarchistes du début du XXe siècle, qui ont renversé une idéologie purement conservatrice (le malthusianisme) pour la mettre au service de la classe ouvrière. «Le néo-malthusianisme de ces années […] était un mouvement proto-écologique, anticapitaliste et féministe de premier ordre […]; c’était un mouvement révolutionnaire face à la réalité socio-politique et économique de l’Espagne et de l’Italie, dans ce qu’il avait consciemment choisi de limiter le taux de natalité des travailleurs »[3]. La propagande de ces théories pénétrait le prolétariat urbain, bien que les difficultés à se procurer des moyens contraceptifs rendent difficile le passage à une application générale. Le soutien que des intellectuels éminents comme Gregorio Marañón ont donné aux mouvements hygiénistes / néo-malthusiens leur donna une patine de respectabilité.

L’Espagne des années 1930

Avec l’arrivée de la démocratie en Espagne en 1931 [chute de la Monarchie et déclaration de la Seconde République], des mouvements progressistes de toutes sortes ont pu étendre leur action sociale, ce qui a conduit à une large diffusion des informations sur l’hygiène sexuelle et même des moyens contraceptifs tels que les coupes vaginales. Le débat sur l’avortement n’était pas généralisé mais limité aux seuls médecins et, bien que les anarchistes le considérèrent comme un outil d’émancipation, leur approche était plutôt centrée sur la contraception.

Lorsque l’armée fractionnelle franquiste fasciste exécuta son coup d’État contre la république et le Front Populaire, la nuit du 17 au 18 juillet 1936, les organisations ouvrières et les partis de gauche réagirent  pour défendre la [Liberté et] la République. Après les premiers moments de confusion et de lutte, avec la stabilisation de la situation et le début de la guerre civile, les institutions de l’État républicain durent s’appuyer sur ces organisations politiques pour la gestion d’une partie de leurs fonctions. Mais dans certains cas le Gouvernement fut simplement submergé par l’action politique des milices révolutionnaires. Celles-ci, notamment les anarchistes regroupés au sein de la CNT-AIT[4], décidèrent de mener la révolution sociale parallèlement à l’effort de guerre. Dans le cas spécifique de Barcelone, où la CNT-AIT était particulièrement forte, il y a eu un remplacement de facto des institutions de la Generalitat [le gouvernement Catalan] par les forces anarchistes. A partir de septembre 1936, la CNT fut intégrée au gouvernement de la Catalogne, en même temps que celui de la République. Cela a permis aux anarchistes, dans les domaines dans lesquels ils étaient impliqués, d’appliquer leurs idées en utilisant la structure étatique. Ainsi, cinq conseillers de la CNT-AIT ont rejoint le gouvernement de la Generalitat en tant que responsables de la santé, en même temps que des ministres cénétistes ont été nommés au gouvernement espagnol de Largo Caballero (PSOE, Parti Socialiste) en septembre 1936.

Félix Martí Ibáñez

Avantages et inconvénients des procédés
anticonceptionnels,
Dr Isaac Puente, Iniciales (1934)

Le responsable sanitaire anarchiste était le médecin de la CNT, Félix Martí Ibáñez, né en 1911, à Carthagène (Murcie). Martí venait d’une famille valencienne de la classe moyenne supérieure, son père était éducateur et sa mère pédagogue[5].

À Barcelone, il passa son bac puis étudia la médecine, qu’il termina à l’âge de 19 ans. Plus tard, en 1933, il s’installa à Madrid, où il fut fortement influencé par Gregorio Marañón  et par José Ortega y Gasset. En 1934, il présenta sa thèse de doctorat sur « l’Histoire de la psychologie et physiologie mystiques de l’Inde. ; Études de psychologie religieuse ».

Puis il retourna à Barcelone, où il combina sa propre consultation en cabinet avec le travail pour les militants de la CNT-AIT regroupés dans une coopérative de soins de santé.

Il réalisa également un travail important de diffusion de l’idéologie néo-malthusienne et eugénésique, en relation dans son cas également avec son intérêt pour les maladies mentales. Ainsi, il était en charge de la rubrique de la santé du magazine valencien Estudios, une publication libertaire à la pointe dans la diffusion des connaissances sur la santé sexuelle et le contrôle des naissances[6]. Avec le début de la guerre, il participe activement à l’organisation des services médicaux associés à la CNT-AIT, ainsi qu’à l’ensemble de la structure révolutionnaire.

Le Décret sur l’interruption artificielle de grossesse

En septembre 1936, Félix Martí Ibáñez fut nommé Directeur de la Santé Publique et des Services Sociaux du gouvernement catalan et, en même temps, Sous-secrétaire général du ministère de la Santé de la République, poste qu’il n’accepte pas. De son poste catalan, il se battit pour que la structure de la Generalitat applique les politiques de santé dans une perspective anarchiste. L’initiative la plus importante et la plus connue est le décret sur l’interruption artificielle de la grossesse, approuvé le 25 décembre 1936, publié au Journal officiel de la Generalitat de Catalunya le 9 janvier 1937. (Le texte accordait un délai de 15 jours pour l’organisation des services en vue de son application)[7].

Extrait du Journal officiel de la Generalitat de Catalunya du 9 janvier 1937

Il est intéressant de noter ce que Martí Ibáñez commenta au sujet du Décret: «Et comme toute réforme eugénésique doit placer au centre la mère et l’enfant, c’est là que nous avons commencé, en établissant dans le décret susmentionné la liberté de pratiquer l’avortement, quelle que soit la cause qui le motive, effaçant ainsi le charlatanisme meurtrier et dotant le prolétariat d’un moyen scientifique et efficace de contrôler sa natalité, sans crainte des risques que cela pourrait lui apporter »[8].

De cette citation, on peut déduire plusieurs idées :

1) Martí Ibáñez avait une idée claire d’être à l’origine de cette initiative réglementaire ;

2) Il entendait ce décret comme le début d’un processus d’application de politiques eugénésiques ;

3) il n’a pas limité les causes de l’avortement;

4) il a souligné la limitation des naissances comme l’un des objectifs du décret ;

5) D’un point de vue rhétorique, il est clair que Martí Ibáñez a considéré le décret parmi les mesures révolutionnaires visant à l’émancipation du prolétariat ; et

6) Il recherchait la légitimité [réglementaire] pour empêcher la mort de femmes lors de pratiques d’avortement illégal.

Le texte du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse indique une volonté d’intervention eugénésique générale sur la société et propose une idéologie pour la libération des femmes.

Martí Ibáñez développa ces points (notamment celui de l’avortement comme instrument d’émancipation du prolétariat) et mis en évidence la combinaison de l’avortement avec la création de centres dédiés à la diffusion des « moyens contraceptifs ». On y perçoit clairement le désir de créer un ensemble de mesures visant à faciliter le choix reproductif des femmes[9].

Martí Ibáñez poursuivra son travail en collaboration avec le gouvernement de la Generalitat, tant que les anarchistes y participeront; c’est-à-dire jusqu’aux événements de Mai 1937, lorsque la CNT fut expulsée des gouvernements central et catalan. Martí Ibáñez parti alors comme médecin sur le Front de l’Est où il fut blessé, puis participa à des rencontres internationales aux Etats-Unis et au Mexique. Il revint en Espagne alors que la défaite ne faisait plus de doute puis suivit les chemins de l’exil avec ses compagnons, en France puis aux États-Unis, où il fut professeur d’histoire de la médecine à New York[10].

L’idéologie du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse

Le texte du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse indique un désir d’intervention eugénésique générale sur la société (bien que l’on ne sache pas clairement quelles seraient ces interventions), et propose une idéologie pour la libération des femmes.

Aucun type de restriction morale n’est accepté en ce qui concerne le droit à l’avortement, qui est présenté comme un fait de « catégorie biologique et sociale ». On voit ainsi dans le texte les deux influences fondamentales déjà évoquées: le féminisme anarchiste et l’eugénisme / néo-malthusianiste. Comme le dit Marie Nash[11], « La nouvelle réforme eugénésique de l’avortement » a répondu à une approche eugénésique, hygiénique [sic] et de classe « .

D’un point de vue féministe, on peut souligner que, bien que cette législation fût très en avance [sur son époque] et qu’elle légitime l’autonomie totale des femmes, la légitimation de l’avortement est  lié à la maternité, pour qu’elle soit heureuse et féconde. C’est une représentation du rôle des femmes dans la lutte pour le droit à l’avortement en Espagne, une lutte dans laquelle il n’y avait pratiquement pas de femmes et dans laquelle les points de vue étaient éminemment pratiques, et idéologiques uniquement du point de vue global anarchiste et pas de celui de l’émancipation féminine.[12]

L’application du décret d’interruption artificielle de la grossesse

[Dès la promulgation du décret, des réunions sont organisées pour informer la population. Ainsi le Bulletin CNT-FAI d’Igualada du 13 mars 1937 rend compte de la conférence du Dr. J. Rodríguez sur le thème de la « conception consciente de l’avortement ».]

Mais quel a été l’impact de cette législation ? Ce qui peut être dit se fonde sur les données conservées dans les quatre principaux hôpitaux de Catalogne et sur les estimations des professionnels de la santé. Cet aspect a été étudié en profondeur par Marie Nash[13], et nous nous référons à ses données. Ainsi, on estime qu’au début du siècle dernier, il y avait un avortement clandestin pour sept ou huit naissances et, dans les années 1920, environ 20% des grossesses en Catalogne se sont soldées par un avortement provoqué.

La documentation disponible à l’hôpital de San Pau montre des chiffres très bas pour l’avortement volontaire et encadrée par le décret de 1936 sur l’interruption artificielle de la grossesse. Entre 1937 et 1938, seuls 15 avortements sur 281 documentés peuvent être considérés comme tels, ce qui signifie que «l’incidence de la nouvelle législation a été minime puisqu’elle n’a touché que 5% des avortements enregistrés pendant la période d’application du décret. Tout semble indiquer un niveau d’échec élevé dans la mise en œuvre de la réforme de l’avortement eugénésique »[14]. Bien que les données fournies par Félix Martí Ibáñez pour l’hôpital Clínic indiquent un plus grand nombre d’avortements (300 pour le mois de juin 1937), il est possible que les circonstances dans cet hôpital aient été particulières étant donné la présence surplace de Martí Ibáñez lui-même.

Influence du décret sur l’interruption artificielle de la grossesse en Espagne

Parmi les quatre ministères que Largo Caballero attribua à la CNT-AIT, se trouvait celui du Ministère de la Santé et de l’Aide sociale, créé en partie pour pouvoir le remettre spécifiquement aux anarchistes[15]. Jusque-là, la santé et l’assistance sociale faisaient partie d’un autre ministère (historiquement, l’Intérieur et depuis 1933, le Travail). De fait, après la courte période où le ministère spécifique dédié à cette seule fonction était sous la responsabilité de Federica Montseny, la santé redevint la charge d’autres ministères – en l’occurrence celui du l’Instruction publique puis de nouveau celui du Travail.

Le décret d’interruption artificielle de la grossesse de la Generalitat catalane de 1936 avait et a une valeur symbolique dont les échos dépassent les limites légales de l’avortement dans l’Espagne du XXIe siècle

Outre la grande valeur symbolique d’être la première femme ministre d’un gouvernement espagnol et l’une des premières au monde, Montseny a consacré les six mois que son ministère a duré à introduire des idées de progrès dans le domaine de la santé et de l’assistance sociale, dans un contexte de guerre civile. Bien que certains de ses collaborateurs soient des anarchistes, d’autres venaient également de différentes organisations du Front populaire, et elle essaya pour les choisir de s’appuyer davantage sur l’expertise technique que sur l’idéologie. Les actions fondamentales de son ministère ont été la création de Liberatorios de Prostitución (abris pour les femmes qui voulaient renoncer à la prostitution), des foyers pour enfants, ainsi que des campagnes de santé logiques dans un pays en guerre, en particulier pour éviter les épidémies et soutenir les réfugiés fuyant devant l’avance des troupes factieuses. Le projet de loi sur l’avortement fut également de ceux les plus importants.

La position anarchiste, généralement favorable au droit des femmes de décider librement, était encore plus marquée dans une situation de guerre et de difficultés sociales énormes : «Tous les scrupules religieux ou autres pesaient peu dans la vie des femmes qui ont dû faire face à un tel état de fait. Conscients de la nécessité de trouver une solution à l’affaire, sans être partisan, loin s’en faut, de la pratique de l’avortement, le Dr Mercedes Maestre et moi avons décidé ensemble d’élaborer un décret qui permettrait l’interruption artificielle et volontaire de la grossesse. Décret bloqué dans le portefeuille du président en raison de l’opposition de la majorité des membres du gouvernement »[16]. En effet, [le socialiste] Largo Caballero était contre l’approbation du projet, qui ne réussit donc pas à se concrétiser. ».

Federica Montseny dit dans ses mémoires avoir recouru « au subterfuge de l’extension au reste de l’Espagne républicaine des avantages du décret sur le droit à l’interruption artificielle de grossesse adopté par la Generalitat de Catalogne ». Il n’y a pas de données quant à l’extension du décret d’interruption artificielle de grossesse au reste du territoire de la République. Le droit à l’avortement a duré peu de temps, et a été définitivement oublié lorsque la République fut défaite en 1939 et que le régime de Franco se fut établi.

En synthèse

Le décret d’interruption artificielle de la grossesse de la Generalitat catalane de 1936 avait et a toujours une valeur symbolique dont les échos dépassent les limites légales de l’avortement en Espagne aujourd’hui, au 21e siècle, y compris les limites pratiques pour qu’il soit pratiqué dans l’intimité du domicile de la femme, par le médecin généraliste et par des méthodes pharmacologiques simples et sûres.


[1] Traduction annotée et enrichie d’un article qui fait partie d’un texte de Pedro Gérvas (« L’avortement en Espagne. Première législation. Le décret de la Generalitat de Catalunya sur l’interruption artificielle de la grossesse, 1936 »), daté de novembre 2015, pour le master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation »(MEEF), Séminaire« Histoire de la pensée féministe en Espagne », avec le professeur Mercedes Yusta Rodrigo, Université Paris 8.

[2]NdT : j’ai choisi d’utiliser le terme “eugénésique” (plutôt qu’eugénisme positif comme il est parfois décrit) pour différencier ce courant de « l’eugénisme négatif », lequel est la base des théories racistes et racialistes notamment nazis, avec lequel il n’entretien aucun lien. NdT

[3] Eduard Masjuan: Procreación consciente y discurso ambientalista: anarquismo y neomalthusianismo en España e Italia, 1900-1936. Ayer. 46, Naturaleza y conflicto social (2002), p. 64.

[4] La Confédération Nationale du Travail (Confederación Nacional del Trabajo) est un syndicat anarchiste fondé en 1910 et dont les origines remontent à la Première Internationale et 1870. L’AIT (Association Internationale des Travailleurs) est l’alliance Internationale des anarchosyndicalistes, fondée à Berlin en 1922, et dont sont toujours membres actuellement tant la CNT-AIT espagnole que la CNT-AIT française. NdT

[5] https://es.wikipedia.org/wiki/Félix_Martí_Ibáñez

[6] Josep Lluis Ausín i Hervella y Josep María Calbert i Camarasa: Félix Martí Ibáñez i l’Institut de Medicina Pràctica (1931-1938). Gimbemat 2000, 34, 181-198. También publicó en la revista anarquista de salud Higia.

[7] http://dogcrepublica.gencat.cat/pdf/republica/1937/19370009.pdf

[8] Félix Martí Ibáñez: En torno a la reforma eugénica del aborto. Estudios, nº160, enero de 1937, 11-12.

[9] Jaume Sobrequés: “Cataluña tuvo durante la República la ley del aborto más progresista de Europa”. El País, 13 de febrero de 1983. http://elpais.com/diario/1983/02/13/espana/413938815_850215.html

[10]http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1294140/pdf/jrsocmed00093-0051.pdf

[11] Mary Nash: Género, cambio social y la problemática del aborto. Historia Social No. 2 (Otoño, 1988), 19-35.

[12] [ « Cette idée est reflétée dans l’annonce des femmes sans cette annoncé des Mujeres Libres « À toutes les femmes libertaires » parue dans Fragua Social le 9 décembre 1936 à Valence: «Nous sommes les pionnières d’une nouvelle société, celles d’entre nous qui doivent accoucher et guider les hommes de demain. Préparons-nous à l’imitation de la Grèce antique, amantes de la Beauté de l’Art et de la Nature, à avoir des enfants sains, sains de corps et d’esprit. Cultivons-nous nous même pour qu’il en soit ainsi. Cultivons-nous pour donner aux enfants des orientations de vie nouvelles et saines, lavées de toutes discordes, de fanatisme, de mensonges et de routines … Un monde nouveau, riant, sain et beau; des hommes libres et forts sortiront de nos ventres… » Cette annonce est intéressante en raison de la claire allusion à la responsabilité qu’implique le fait d’avoir des enfants. Amparo à cette date venait d’arriver à Valence, il n’est pas déraisonnable de penser qu’elle aurait pu l’écrire.L’opinion sur la maternité qui est apparue dans les publications de Mujeres Libres était celle d’un engagement évident envers la «femme en tant que personne», pas seulement en tant que mère. La position de Lucía Sánchez Saornil était que «le concept de mère absorbe celui de femme; la fonction annulant l’individu ». Elles ont insisté sur le fait que la maternité n’était pas quelque chose qui « se produit de forme naturelle » – à l’exception du fait biologique de l’accouchement. Elles pensaient que c’était un fait social et elles insistaient donc sur la préparation pour être de bonnes mères. Voir: Ackelsberg M. Mujeres Libres. op. cit., pp. 196-8. Elles ne firent pas  campagne pour la contraception dans leur magazine et par rapport aux programmes d’alphabétisation, d’emploi, de maternité et d’éducation, ceux liés à la sexualité étaient assez limités » in Ética, anarquismo y sexualidad en Amparo Poch y Gascón, Concepción Gómez Cadenas, Madrid, 2017.]

[13] Mary Nash : Género, cambio social…, pp. 19-35

[14] Mary Nash : Género, cambio social…, p. 32. [NdT : cependant il semble que le Décret a été abrogé par la Generalitat dès le départ des anarchises du Conseil de Santé en juillet 1937 …]

[15] Federica Montseny: La sanidad y la asistencia social durante la guerra civil, 1986. Cf. la traduction ci-après

[16] Ibid.


La Révolution espagnole de 1936 et la légalisation de l’avortement

Suivi de

Les anarchosyndicalistes et la vasécotomie dans les années 1930

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936 par la Generalitat de Catalogne.

Y a-t-il eu des avortements légaux en Espagne pendant la Révolution ? Les entraves des médecins à la mise en place du Décret de 1936

le Décret de la réforme de l’avortement approuvé en 1936
par la Generalitat de Catalogne.

Autre brochure :

LA SANTE PAR LA REVOLUTION, LA REVOLUTION PAR LA SANTE, LES ANARCHOSYNDICALISTES ET LA SANTE PENDANT LA REVOLUTION ESPAGNOLE (1936-1938), Tome 2 : La mise en place d’une santé publique anarchiste «