Pourquoi je suis athée ? (Bhagat SINGH)

D’après un texte de Patrice Dartevelle, de l’Association belge des Athées

En 1930, en Inde, est publié un petit livre au titre éloquent : Pourquoi je suis athée, disponible depuis peu en français grâce aux Éditions de l’Asymétrie. On peut dire de certains livres qu’ils sont des drapeaux. » Pourquoi je suis athée ? » du libertaire indien Baghat Singh, devrait être le drapeau on ne peut plus actuel des libertaires du monde entier. On peut dire de certains livres qu’ils sont des combats. Cette édition qui regroupe des commentaires de militants athées et libertaires du monde indien et du monde arabe réengage un combat universel : sur toute la planète, au même titre que la lutte des classes, la lutte contre l’obscurantisme et le fascisme religieux est à l’ordre du jour.

Son jeune auteur, Bhagat Singh, est né en 1907. C’est un sikh du Pendjab, région passée depuis au Pakistan. C’est un militant indépendantiste indien. Hostile aux modérés du Parti du Congrès, il milite dans l’Hindoustan Republic Association dont il suit l’aile gauche marxiste en 1928 au sein de l’Hindoustan Socialist Republic Association. En 1926, il avait fondé la NBS (ou Youth Society of India) qui organisait des banquets mêlant toutes les castes et toutes les religions. Il sera proche des premiers communistes indiens.

À la fin de 1928, il participe à un attentat – réussi – contre un responsable policier anglais. Il est en 1929 un de ceux qui lancent une bombe – assez inoffensive (quelques blessés très légers) – sur les bancs de l’Assemblée centrale, sorte de parlement des associations indépendantistes. Il est arrêté, condamné à mort et exécuté en 1931. Il laisse le manuscrit de plusieurs livres, écrits en captivité, dont celui-ci.

L’athéisme de Bhagat Singh

Si on examine la vingtaine de pages laissée par l’athée indien, on y voit une autonomie certaine dans son passage à l’athéisme même si son engagement à gauche n’a pu manquer d’interférer dans sa réflexion. Mais en aucun cas il ne peut s’agir de l’effet d’un encadrement de la structure de groupe.

Au sein de sa famille, chez son père, son oncle, il peut trouver une tradition militante anticolonialiste mais pas athée. Quand il entre au parti révolutionnaire– je suppose le HSRA – dit-il, ses premiers chefs sont soit très prudents en matière de religion soit carrément très religieux.

Cependant, au départ du militantisme anticolonialiste, certaines évidences se sont imposées à lui, à commencer le désir et le besoin d’arguments pour être en mesure de convaincre. La lecture des révolutionnaires européens comme Bakounine va l’amener à réfléchir. Surtout il y a la logique d’une pensée révolutionnaire anticolonialiste mais aussi sociale qui ne peut se concevoir sans une attitude critique et indépendante. C’est du moins ce qui semblait évident à une époque où les insatisfaits ne préféraient pas le recours à la religion. C’est tout cela qui le pousse à se déclarer athée en 1926. Il avait dix-neuf ans.

L’observation des religions concrètes joue aussi un rôle. Un Indien de cette époque voit bien l’hindouisme, le sikhisme, l’islam et la version surtout anglicane du christianisme. Bhagat Singh constate les contradictions des religions entre elles et les conflits au sein de celles-ci. Sa situation au sein du sous-continent indien le met aux prises avec un problème très rarement traité en Europe : la croyance en la réincarnation. Elle est pour lui un pur conte de fées. Être réincarné en âne pour avoir commis un crime dans sa vie humaine précédente, dit-il, n’a jamais changé le comportement de qui que ce soit. Si c’est une punition, on peut lui prêter une totale inefficacité.

Sa théorie de la religion n’est pas caricaturale. Malgré son engagement politique, il ne soutient pas que les religions aient été créées par les exploiteurs. Les religions s’accommodent facilement de la tyrannie, voilà tout. Selon Singh, la religion s’installe quand les hommes ont pris conscience de leurs lacunes et de leurs faiblesses. La doctrine correspond à la théorie de l’intervalle du sociologue et philosophe belge Eugène Dupréel (1879-1967), qui explique par elle le constant recul des religions, l’intervalle entre les souhaits des hommes et leurs possibilités se restreignant avec les progrès des sciences et des techniques.

Je retiendrai aussi son opinion selon laquelle, pour chaque personne soucieuse de progrès il est indispensable d’analyser et de comprendre les religions. La règle a été trop souvent oubliée et bien des athées sont pris de court aujourd’hui face à l’islam, aux évangéliques ou prêts à croire que les sectes ne sont pas des religions et que le terme Dieu signifie quelque chose.

Ses arguments contre l’existence de Dieu sont classiques. Si Dieu a créé le monde et l’homme, pourquoi permet-il que des millions de gens meurent de faim ? S’il l’a voulu, il mérite les mêmes condamnations que Néron (B. Singh s’en tient à l’historiographie dominante de l’époque) et Gengis Khan. Si Dieu doit utiliser la contrainte, recourir à la loi, est-il réellement tout-puissant ? Pourquoi n’arrête-t-il pas la main de celui qui va commettre un crime ?

Un point essentiel des convictions de Bhagat Singh porte sur la notion de progrès. Sa manière d’en parler peut sembler refléter un monde qui a disparu :

« Nous croyons dans la nature et pensons que le progrès humain découle de la domination de l’homme sur la nature. Il n’y a aucune puissance consciente derrière la nature. Ceci est notre philosophie. »

On connaît a contrario les avatars récents d’un culte sud-américain, couvé par bien des écologistes, de la Terre-mère, de la Mère nature, parfaitement irrationnel et régressif. Il est utile de rapporter un point de vue, nullement isolé en son temps, qui, s’il ignore nos questionnements vu son époque – et son origine – montre bien ce qu’il y avait de riche et d’essentiel, de prométhéen sans doute, dans la vision occidentale du progrès, dominante jusqu’il a peu, sauf auprès des gentlemen farmers.

Singh n’a pas d’illusion face à son destin de martyr de l’indépendance : il ira retourner au Rien. Se consacrer à une juste cause est le seul sens possible de la vie.

L’atéhisme aujourd’hui en Asie du Sud-Est

L’éditeur bangladais Raihan Abir, cofondateur du site de libres penseurs Mukto-Mona (« Libre Penseur »), exilé au Canada a rédigé l’introduction au volume et pose le bon problème :

« Le monde, à bien des égards, a changé depuis [Bhagat Singh]. Nous aimerions penser qu’il a changé pour le mieux, mais les événements qui se déroulent depuis une décennie ont prouvé la dialectique de ces bouleversements et la terrible régression qui les accompagne. La liberté d’expression reste un concept insaisissable. Aujourd’hui, les mots prononcés par Bhagat Singh en 1930, s’ils étaient prononcés à haute voix seraient considérés comme blasphématoires dans de nombreux pays du monde et entraîneraient la peine de mort. Même les mouvements progressistes et les classes moyennes, dont on aurait pu penser que le soutien à la liberté d’expression serait sans équivoque, professent des récits uniquement centrés sur l’économie et cherchent le plus souvent des compromis avec les idées régressives prônées par les groupes religieux extrémistes. Cela a rendu la vie ô combien difficile pour les athées et les libres penseurs de nombreux pays en développement… »

Si nul ne peut être forcé à devenir athée, les fondamentalistes montrent combien les religions peuvent être dangereuses. C’est en principe un problème de liberté d’expression mais on ne pourra le régler, comme on l’a fait en Europe, qu’en s’en prenant à la religion elle-même, en réduisant sa sphère d’influence, en contestant ses dogmes les plus fondamentaux ou, à tout le moins, en forçant intellectuellement les croyants à un autre regard sur leurs croyances.

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Note de Lecture « Pourquoi je suis athée ? »

(paru dans « Anarchosyndicalisme ! » n°152, décembre 2016/Janvier 2017)

On peut dire de certains livres qu’ils sont des drapeaux. La traduction en français par les Éditions de l’Asymétrie de « Pourquoi je suis athée ? » du libertaire indien Baghat Singh, devrait être le drapeau on ne peut plus actuel des libertaires du monde entier. On peut dire de certains livres qu’ils sont des combats. Cette édition qui regroupe des commentaires de militants athées et libertaires du monde indien et du monde arabe réengage un combat universel : sur toute la planète, au même titre que la lutte des classes, la lutte contre l’obscurantisme et le fascisme religieux est à l’ordre du jour.

Quand j’ai lu ces textes, j’ai pensé au sordide bruit de fond qu’on entend dans un certain milieu qui consiste à nier, parfois avec violence, l’existence et le sort de ceux qui meurent dans les pays sous dictature religieuse pour avoir défendu la Liberté et la Raison. Elle nous serine que, parce qu’ils vivent dans un autre continent que le nôtre, il faudrait taire le fait que ces militants athées et libertaires sont égulièrement massacrés par des islamistes, qu’il faudrait même aller jusqu’à taire leur existence.

Ce bruit de fond sordide voudrait étouffer les cris de révolte, par exemple ceux de Shammi Haqui et Ananya Azead qui nous expliquent qu’en Inde il n’a pas fallu 20 ans pour que se développe un extrémisme religieux bipolaire capable, tel un poison lent, de changer radicalement le tissu et le psychisme de la population. Elle voudrait les étouffer parce que ces cris nous alertent : la religion n’est une drogue apaisante qu’au début, à terme c’est un poison lent. Et on en connaît le résultat par avance, pour peu qu’on veuille bien ouvrir les yeux et les oreilles.

A l’encontre de ceux qui fabriquent ce bruit de fond et qui se réduisent au rôle de complice des fanatiques et des fascistes, ce livre nous rappelle que s’il n’existe pas de frontières géographiques – puisqu’ils habitent au même endroit – il existe des frontières idéologiques. Il est bon de souligner que nous ne sommes pas du même côté de la barrière que ces nouveaux négationnistes. Hier comme aujourd’hui et aujourd’hui comme demain, il existe bel et bien une frontière entre un fanatique religieux et un libertaire, il existe bel et bien une frontière entre un fasciste et un anarchiste.

Du coup j’en suis venu à une question, « No border » (Pas de frontières) disons-nous… Mais qu’est ce que ça veut dire de vouloir abolir les frontières géographiques sans combattre ce relativisme culturel qui nie à toute force l’existence et le droit à l’existence de nos compagnons du monde entier ?

Qu’est ce que ça veut dire de vouloir accueillir tout le monde sans combattre clairement ce bruit de fond sordide qui exclut de ce monde ceux qui ne pensent pas comme les puissants, les tyrans et leurs complices, veulent qu’on pense ? No border disons-nous, oui, mais encore ?

Relire l’histoire

Qu’est-ce qui a empêché en février 1939 les réfugiés espagnols de base d’être massacrés par les franquistes lancés à leur poursuite, si ce n’est l’existence de la frontière française ? Qui aurait eu intérêt, en 1939, à brûler le poste frontière du Perthus en criant « No border » ?

Inversement, en 1945, à l’instar du fils de Mussolini ou du chef des terribles oustachis, Ante Pavelic, un nombre prodigieux de fascistes se réfugièrent en Amérique du Sud. Les nazis y furent accueillis à bras ouverts, tels le tristement célèbre docteur Mengele. Ce médecin du camp de concentration d’Auschwitz, qui avait pratiqué sur les détenus d’horribles expériences, avait gagné l’Argentine en 1949, comble d’ironie sinistre, avec un passeport de la Croix Rouge. Quel sens cela aurait-il eu à cette période en Argentine de crier « Bienvenue aux réfugiés » ?

Poser ces questions c’est y répondre. Oui les libertaires sont pour l’abolition des frontières géographiques mais pas uniquement, surtout pas uniquement, car si l’on met sous le boisseau l’existence de frontières idéologiques on ne fait rien d’autre que de rendre possible l’avènement d’un monde totalitaire dirigé par un gouvernement mondial. Un pur cauchemar.

Alors comme l’écrit la sociologue algérienne Marième Helie Lucas, il faut

« … rappeler à tous ceux qui, ici même, nient notre histoire libertaire au nom d’une identité qu’ils supposent nécessairement religieusement définie et accordent un pouvoir politique croissant aux représentants des religions, que l’alliance morbide entre les prédicateurs religieux et les détenteurs du pouvoir constitue un suprême danger ».

« Pour rendre hommage aux blogueurs bengalis et saoudiens, aux militants pakistanais contre les lois sur le blasphème, aux dessinateurs français qui se sont battus pour notre liberté à tous » , il faut acheter « Pourquoi je suis athée ? » d’autant plus que les bénéfices des ventes seront reversés au site internet MUKTO-MONA (Libre Pensée) qui héberge les blogs de plusieurs athées bengalis.

Ce texte écrit en prison en 1 930 par Bhagat Singh, constitue un brûlot malmenant à la fois les religions, les castes et le colonialisme. Encore très diffusé aujourd’hui en Inde, il exerce une influence toujours déterminante sur les luttes contre tous les fanatismes, notamment celles des blogueurs, éditeurs et libres penseurs d’Asie et du monde arabe. L’édition de cette œuvre, en septembre 201 6, par les Editions de l’Asymétrie comprend des préfaces de Raihan Abir, éditeur du site Mukto-Mona , de Shammi Haque, blogueuse et activiste féministe de la Ganajagaran Mancha ( Mass awakening Platform / Plate-forme pour le réveil des masses ), et de Marieme Helie Lucas, sociologue, fondatrice et coordinatrice des réseaux Secularism is a Women’s Issue et Women living under Muslim Laws ainsi que des Postfaces de Chaman Lal, historien, JNU-Delhi, et d’Ahmedur Rashid Chowdhury (Tutul), éditeur, Shuddhashar. Le prix d’achat est de 10 euros

Complément Juillet 2020 :

Désormais épuisé, le livre est disponible en pdf gratuit, et en audio (sans les notes de bas de page) sur le site de Richard MONVOISIN (qu’on remercie pour cette initiative !) . Si vous ne savez pas quoi faire des 10 euros ainsi économisés, il est toujours possible d’acheter autre chose chez les éditions Asymétrie (https://editionsasymetrie.org/), ou de soutenir Mukto-Mona d’un manière ou d’une autre.

Fatou SOW : le féminisme et les traditions

« On entend souvent dire en Afrique que le féminisme est une importation occidentale et ne vient pas de nos traditions africaines. Mais je n’en veux pas de ces valeurs traditionnelles si elles me réduisent à ma fonction utérine ! »

Fatou SOW, sociologue sénégalaise

LES TRADITIONS OPPRIMENT LES FEMMES

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Une société qui se base sur l’exploitation de l’humain a besoin d’un ordre sexuel rigoureux. Réaction, statu  quo, évolution, révolution,… la condition des femmes dans une société est un élément fondamental de l’analyse du contexte politique ; et cette condition est inséparable du poids qui est donné dans la collectivité aux traditions et religions.

Cette évidence est souvent « oubliée » actuellement. En effet, même dans les milieux qui se pensent  progressistes, même dans le milieu libertaire, qui pourtant s’affiche féministe et anti-patriarcal, les conservatismes les plus lourds ont gangrené le discours et la pensée (1). Certes, ils l’ont fait habilement. Ils ne s’expriment plus selon la vieille rhétorique, « Travail, famille, patrie ». Ils se camouflent derrière de nouveaux oripeaux et prennent les déguisements du « régionalisme », de la défense « des peuples originels » de celle de la notion de « coutumes » quand ce n’est pas le « respect » de « certaines traditions religieuses »…

Un détour par l’histoire nous aidera à en comprendre les enjeux. Celle de la Révolution russe est de ce point de vue particulièrement éclairante. Dans « La révolution inconnue », ouvrage du plus grand intérêt, Voline nous montre comment, lors de la révolution russe de 1917, plus de trois siècles d’oppression ont pu être brusquement balayés par la rupture avec l’idéologie du pouvoir et par la désacralisation du tsar.

Le point de départ idéologique du régime tsariste peut être situé sous le règne d’Ivan IV le Terrible. C’est lui qui introduisit la notion capitale, celle qui fonde l’absolutisme,la notion « de droit divin ».

Pour cela ; Ivan IV prit appui sur la religion orthodoxe et son clergé. A partir de cette période, le Tsar,  l’empereur de toutes les Russies prit dans les esprits un caractère sacré et devint le dépositaire de la parole  divine… La révolution de février 1917 marquera de façon grandiose le point final de cette croyance. Entre  les deux dates extrêmes, les mentalités, sous la domination des dogmes de l’église orthodoxe – pilier du  pouvoir autocratique- n’évoluent d’abord que lentement ; puis, à partir de 1825 tout s’accélère.

Un marqueur de cette évolution historique est la condition féminine. A la fin du XVIe siècle, que ce soit dans les plus hautes sphères de la société ou bien chez les cosaques, la femme est soumise à une domination sans borne. La religion, qui est le pilier du régime, fait de la femme quelque chose comme un démon ; ou pour le dire tout simplement, un être impur. Ce délire anti-féminin est tel que des masses d’hommes se  châtrent volontairement afin de se préserver de toute tentation sexuelle et vivent en communautés  composées uniquement d’eunuques.

La conséquence de cette idéologie est que la femme ne peut être qu’enfermée ou esclave. Dans  l’aristocratie russe, elle vit recluse dans des pièces prévues à cet effet. Partout ailleurs, elle est exploitée comme un animal. Les préjugés de l’idéologie dominante impliquent que la femme n’a pas statut humain. Il faut remarquer que nous retrouvons – y compris dans les révoltes paysannes et cosaques – cette absence de reconnaissance qui est corrélée à l’enracinement de la légende de l’origine divine du tsar.

Quand elles se révoltent, les masses ne sont alors nullement révolutionnaires : il n’y a sur le fond aucune rupture avec la tradition. Ce paradoxe est bien notable chez les cosaques. Eux qui se définissent comme des « hommes libres » sont à la pointe de nombreuses rébellions. Ils ont recours à des sortes « d’assemblées  générales ». Mais ces assemblées de cosaques sont composées uniquement d’hommes et les décisions prises  envers les femmes y sont simplement odieuses. Telle femme soupçonnée d’adultère est traînée par les cheveux au centre de l’assemblée par l’époux qui se sent bafoué, et si aucun homme ne veut d’elle et ne prend sa défense, elle est cousue vivante dans un sac et jetée dans la Volga . C’est aussi dans la Volga que Stenka Razine autre chef de révoltés se débarrassera de sa concubine aux fins de conserver le respect des troupes et de rester leur Ataman, leur chef.

Les premiers craquements notables de cet état de fait se produisent au sommet de l’édifice du pouvoir, en particulier lors de la lutte de la princesse Sophie pour la conquête du trône contre son frère, le futur Pierre le Grand. Sophie terminera sa vie dans un couvent mais cette lutte aura ouvert la voie à une série de tsarines dont la plus célèbre, Catherine, sera au XVIIIe siècle à l’origine de la création de l’institut Smolny pour l’éducation de jeunes filles nobles. Mais tout va s’accélérer au milieu du XIXe siècle, parallèlement à la  pénétration des idées révolutionnaires dans le pays. On doit alors au mouvement nihiliste l’apparition d’une position de rupture idéologique globale qui va consister en un rejet total de la culture ancestrale. Ce mouvement au départ purement intellectuel n’admettait strictement rien de l’héritage du passé (« nihil » = rien). Il sera à l’origine de quelque chose de radicalement nouveau : les individus des deux sexes vont mener sur un pied d’égalité la lutte pour l’émancipation.

Dès lors dans les groupes révolutionnaires qui vont passer à l’action contre le régime – les populistes d’abord puis les socialistes et anarchistes ensuite – on verra des femmes qui prendront leur part dans le combat terrible qui sera mené contre le despotisme L’une d’entre elles, Sofia Perovskaïa, participera à l’attentat de 1881 qui mettra fin à la vie du tsar Alexandre II. Elle sera exécutée avec quatre de ses camarades.

Cette égalité politique homme-femme, qui se réalise concrètement grâce à cette négation des traditions, est un fait crucial. Elle contient en elle la destruction du vieux monde tsariste qui dès ce moment est condamné et ne mettra pas quarante ans à s’écrouler. Car cette égalité des sexes, issue d’un travail idéologique de rupture, est un élément qui mesure la pénétration de la culture révolutionnaire. Cette culture a traversé toute la mosaïque des populations qui habitent l’immense territoire russe et dans les groupes révolutionnaires, les hommes et les femmes mais aussi les croyants et les athées, ont rejeté leurs différences culturelles, ont rejeté la division imposée par le pouvoir : ces faits préfiguraient l’unité réelle de la population ouvrière et paysanne qui sera une condition de son passage à l’action directe et massive dès 1905 et ce jusqu’à la chute de la tyrannie tsariste en Février 1917.

Dans les moments historiques de lutte contre la domination, comme en Russie à partir de 1880, se détachent des figures de femmes anonymes ou célèbres, telles Maria Spiridonova, leader du parti socialiste révolutionnaire russe, qui ne sont que la face visible d’une profonde prise de conscience. A contrario leur défaut d’implication ou leur marginalisation de la lutte sociale est un indicateur du conservatisme ambiant ou des progrès de la réaction.

On retrouve exactement les mêmes symptômes dans l’Espagne révolutionnaire de 1936, avec l’apparition dans les combats de femmes du peuple libres et armées. Ce n’est pas un hasard si la campagne réactionnaire pour la militarisation des colonnes anarchistes et révolutionnaires débuta par une attaque en  règle des miliciennes qui y combattaient. Cette propagande touchait un point sensible des « cultures ibériques originelles », un point qui n’avait pas encore été suffisamment anéanti, celui de la place de la femme dans la société. Ainsi dans la presse de la bourgeoise communiste ou socialiste on commença à traiter ces miliciennes de prostitués et de syphilitiques. Puis après un recentrage de l’organe de la CNT catalane « Solidaridad obrera » on put lire des insinuations identiques en faveur du retour à l’ordre sexuel. Quand, dans « Mujeres libres », organe des femmes anarchosyndicalistes jaillira le mot d’ordre explicite « Los hombre al frente, las mujeres al trabajo » (2) et qu’après quoi la dernière milicienne déposa son fusil pour rentrer à la maison cela en était aussi fini de la révolution espagnole.

La conclusion est simple : pas de liberté des femmes sans rejet des traditions oppressives !

Nanard

(1) Ces « idées » ne sont pas arrivées toutes seules mais ont été produites sciemment pour pénétrer l’adversaire que nous sommes par des officines US (voir Jordi Vidal).

(2) “Les hommes au front, les femmes au travail”.

En anglais : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/TRADITIONS-OPPRESS-WOMEN

En espagnol  : http://blog.cnt-ait.info/post/2020/02/29/Las-tradiciones-oprimen-a-las-mujeres

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L’islamophobie, une invention du colonialisme français

Récemment est paru sur Médiapart une interview d’Olivier le Cour Grandmaison (1) sur l’origine coloniale de “l’islamophobie” française. Il y évoque Maurice Delafosse comme un des premiers propagateurs du terme pour dénoncer la politique coloniale française. Ce qu’il ne dit pas dans l’interview, c’est que le terme a été forgé par un cadre supérieur du ministère des colonies, Alain Quellien. Et que celui-ci considérait que l’Islam était la religion parfaite pour soumettre les colonisés. Or, Grandmaison fait bien mention de Quellien dans son livre. Quel intérêt de cacher Quellien et sa pensée dans une interview qui connaît une large diffusion sur les réseaux sociaux ?

Afin de réparer cette “omission”, voici un article intitulé « L’islamophobie, une invention du colonialisme français » que nous avions écrit en 2016 sur cette question et qui est toujours d’actualité.

A l’heure où tous les musulmans sont assimilés à la frange radicale de l’islam par tous les crétins qui glosent sur la question (pro ou anti islam), et où toute critique de l’islamisme est automatiquement assimilée à du racisme (nos amis de l’excellent site socialisme libertaire en ont fait récemment les frais); un peu de hauteur historique et de clarté est indispensable.

Nous n’iront pas les chercher chez Grandmaison.

الملحد العربي

(arabe athée)

(1) Rappelons pour mieux connaître le personnage que celui-ci a été parmi les soutiens de Sud Education 93 quand ceux-ci ont lancés leurs formations syndicales dont la participation est conditionnée par la couleur de peau…

Récemment est paru sur Médiapart une interview d’Olivier le Cour Grandmaison (1) sur l’origine coloniale de “l’islamophobie” française. Il y évoque Maurice Delafosse comme un des premiers propagateurs du terme pour dénoncer la politique coloniale française. Ce qu’il ne dit pas dans l’interview, c’est que le terme a été forgé par un cadre supérieur du ministère des colonies, Alain Quellien. Et que celui-ci considérait que l’Islam était la religion parfaite pour soumettre les colonisés. Or, Grandmaison fait bien mention de Quellien dans son livre. Quel intérêt de cacher Quellien et sa pensée dans une interview qui connaît une large diffusion sur les réseaux sociaux ?

Afin de réparer cette “omission”, voici un article intitulé « L’islamophobie, une invention du colonialisme français » que nous avions écrit en 2016 sur cette question et qui est toujours d’actualité.

A l’heure où tous les musulmans sont assimilés à la frange radicale de l’islam par tous les crétins qui glosent sur la question (pro ou anti islam), et où toute critique de l’islamisme est automatiquement assimilée à du racisme (nos amis de l’excellent site socialisme libertaire en ont fait récemment les frais); un peu de hauteur historique et de clarté est indispensable.

Nous n’iront pas les chercher chez Grandmaison.

 الملحد العربي

(arabe athée)

(1) Rappelons pour mieux connaître le personnage que celui-ci a été parmi les soutiens de Sud Education 93 quand ceux-ci ont lancés leurs formations syndicales dont la participation est conditionnée par la couleur de peau…

L’islamophobie, une invention du colonialisme français

(Article est extrait d’Anarchosyndicalisme !, le journal de la CNT-AIT, n° 149 )

Le terme « islamophobie » apparait dans un livre de écrit par Alain Quellien, haut fonctionnaire du Ministère des Colonies. Ce livre est écrit pour expliquer comment l’islam est un formidable atout pour la colonisation, par son côté organisé et stabilisateur social.

Une chapitre est consacré dans ce livre à déconstruire tous les préjugés contre l’Islam répandus (je cite) « chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne ». Préjugés néfastes au projet colonisateurs et que Quellien désigne sous le nom d’islamophobie, préjugés qu’il faut bien entendu combattre dans l’esprit de l’Attaché du ministère des colonies Alain Quellien. Eclairage sur l’historique du mot …

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« Islamophobie », le terme a envahi le discours politique. Sa datation a été l’occasion d’une belle polémique. Observatrice attentive des dynamiques religieuses actuelles, Caroline Fourest avait cru qu’il était apparu fin années 70 / début années 80. En fait, il avait été forgé au tout début du XXe siècle. Cette erreur de datation, les islamobaratineurs n’ont pas manqué d’en faire des gorges chaudes. Fouillant les archives (plusieurs sont universitaires et donc payés pour ça), ils ont en effet fini par découvrir que c’est vers 1910 qu’un certain Alain Quellien avait forgé ce néologisme (1). Ensuite, le terme a été repris vers 1912 par d’autres auteurs, il aurait circulé quelque peu jusqu’au milieu des années 1920, avant semble-t-il, de disparaître totalement de la circulation.

Dans les années 1980, quand C. Fourest l’observe, ce n’est donc pas «  d’apparition » qu’elle aurait du parler mais de « réapparition ». Donnons sur ce point toute la raison aux islamobaratineurs et rendons-leur grâce de nous avoir fait découvrir Quellien dont la lecture est bien intéressante : elle montre toute la perversité du concept d’islamophobie.

La personnalité même du fondateur du concept d’islamophobie est finalement, bien embarrassante pour ceux qui l’on exhumé. Aussi, le présentent-ils tantôt comme membre d’une sorte d’amicale d’«  administrateurs-ethnologues  » (2) – amusant concept qui sent le bricolage – tantôt comme un « orientaliste français spécialiste de l’islam ouest-africain » (3). « Ah, qu’en termes galants ces choses là sont dites » se serait écrié Molière !

Quellien, et on comprend tout de suite ce qui gêne les enfumeurs, était en réalité un cadre supérieur du Ministère des colonies, en lien avec l’officier « qui dirige avec compétence et distinction, le service des informations islamiques au Ministère des colonies » (4). Foin donc « d’administrateur-ethnologue » ou de sympathique « orientaliste  », Quellien est un Attaché du ministère des colonies qui fait son travail : conseiller la meilleure stratégie de colonisation possible. C’est bien là tout l’objectif de son ouvrage « La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française » (5).

C’est dans cet objectif, qu’après une réflexion bien nourrie et mûrie, il crée le concept « d’islamophobie », une «  islamophobie » que Quellien pourfend avec force dans tout un long chapitre.

Qu’un fonctionnaire totalement dévoué à la cause de la colonisation en arrive à créer le terme d’islamophobie dans le but de dénoncer les islamophobes avec beaucoup de vigueur, paraît, à première vue étonnant. En fait, c’est une conséquence logique de sa position raciste et de son soutien à la colonisation.

A la base, Quellien fait un constat : le colonisateur ne « tire » pas tout le bénéfice qu’il pourrait de sa colonisation. Par exemple la partie du « Soudan, demeurant aux fétichistes (…) est une riche contrée vouée à l’immobilité, sans commerce, sans industrie, sans culture, sans aucun progrès dans l’avenir ». Chacun perçoit tout de suite la profondeur du drame : le pays est «  une riche contrée », mais le colonisateur n’en tire rien ; ses habitants n’ont pas envie de l’exploiter (et de se faire exploiter) au sens capitaliste du terme. Et ils n’ont pas plus envie d’être asservi par un Etat.

Or, toujours au Soudan, une partie est islamisée. Quelle différence ! Et Quellien de citer un de ses contemporains : «  Le Soudan, accaparé par l’Islam, c’est la discipline et l’organisation de masses d’hommes, jusqu’ici isolés et farouches ;(…) [qui va vers] la formation d’une société, d’un Etat (…) Avec le temps, on arrivera à faire de l’Islam (…) le plus précieux auxiliaire des intérêts français en Afrique  » (6).

Voici donc, en quelques lignes tout le raisonnement : l’autochtone non islamisé (Quellien et autres « orientalistes » et « administrateurs-ethnologues » ne se gênent pas pour écrire « le nègre », le «  fétichiste » et laisser libre court à leur racisme…) n’obéit pas et est improductif (au goût du maître) ; par contre le «  nègre » islamisé devient obéissant et accepte de travailler davantage.

La diffusion de l’Islam en Afrique noire sert donc les intérêts du colonisateur français. C’est un « précieux auxiliaire ». S’attaquer à la propagande islamique, être « islamophobe » comme le sont les colonialistes les plus stupides, c’est nuire aux intérêts coloniaux de la France*7.

Reste à justifier le raisonnement, car tous ses contemporains sont loin d’être convaincus.

La première étape est de persuader tout un chacun de « l’infériorité » des noirs. Et là, Quellien, plutôt cauteleux par ailleurs, n’y va pas avec le dos de la cuillère, soit qu’il cite d’autres auteurs, soit qu’il se « lâche » lui-même. Petit florilège :
« Le noir comprend difficilement les idées abstraites »
« Son intellectualité [est] très restreinte et son indolence naturelle le [pousse] vers le moindre effort… »
« … comme l’esprit d’imitation existe à haute dose chez le nègre, celui-ci sera porté tout naturellement à répéter les gestes qu’il a vus et à prononcer les paroles qu’il a entendues, même s’il ne les comprend pas »
« … le système de famille chez les nègres n’est pas le patriarcat, comme chez les sémites [dont les arabes], c’est une forme plus animale, le matriarcat,… »
« Un abîme profond, …, sépare les noirs des chrétiens, dans l’ordre intellectuel, moral, social et religieux », « Cela tient à ce que la race noire est une race inférieure à qui ne peuvent convenir les subtilités complexes de notre civilisation
 »

Bref, d’après l’inventeur du terme «  islamophobie », le « nègre » n’ayant qu’une intellectualité restreinte ne saisirait pas les idées abstraites, tout au plus pourrait-il imiter des gestes et répéter des paroles qu’il ne comprend pas. Son organisation familiale serait même animale.

Et, pour ceux qui ne seraient pas, malgré ces « arguments » convaincus, de cette infériorité, voici l’argument massue : le « nègre » serait, nécessairement, cannibale : « … le fétichisme obéit toujours à des pratiques hideuses, il tue souvent et dévore son ennemi vaincu » (8).

L’étalage de ces affirmations aussi fausses qu’humiliantes est à proprement parler écœurant. Oui, mais il est indispensable à la construction du concept d’islamophobie.

Car c’est cette « infériorité » supposée du « nègre » qui justifie son islamisation, présentée comme une « progrès ». En effet, toujours d’après le pourfendeur de l’islamophobie, le noir malgré ses insuffisances intellectuelles serait tout de même conscient de la supériorité de l’Européen. Il voudrait bien l’imiter, mais il ne peut y parvenir. Par contre «  (…) il a, tout à côté de lui, le musulman dont l’exemple est facile à suivre… » car « La distance qui sépare (…) [le noir] du musulman n’est pas si considérable ». Le noir, avec un petit effort, peut devenir musulman et, alors il « (…) a presque immédiatement conscience de s’être élevé dans la hiérarchie humaine  ». Surtout, et ce n’est pas pour rien que Quellien rappelle qu’Islam veut dire soumission et que sa pratique exige des efforts, le noir islamisé devient un bon petit colonisé : « Au point de vue pratique, il [l’Islam] a l’avantage de constituer des tribus plus facilement gouvernables et administrables que les tribus restées fétichises, à cause … de leur obéissance à l’égard de leurs chefs. ». «  L’action du mahométisme s’est également exercée dans les manifestations économiques et commerciales. La vie commerciale et industrielle s’est développée et à vu naître des industries… ».

Bref, comme le note un autre auteur  : « Avec une sécurité plus grande sur les parcours commerciaux, il a provoqué une consommation plus intense, la circulation d’une monnaie fiduciaire et le change. Enfin l’Islam n’a pas été un obstacle au recrutement de nos troupes et de nos marins… (…) Il faut ajouter encore que dans l’ordre économique, à côté de la propriété commune qu’il a laissé subsister, l’élévation sociale s’est manifestée aussi par la constitution d’une propriété individuelle et dans le respect de l’autorité  »(9).

L’Islam est là, et enfin, le colonisateur respire ! Les tribus deviennent gouvernables, une vie commerciale démarre, la monnaie fiduciaire circule, le change se développe, la propriété collective disparait progressivement au profit de la propriété individuelle, et tout cela sans affecter le recrutement de nos soldats et marins (dont des milliers, une fois convertis à l’Islam, viendront gentiment se faire exterminer dans les tranchées en 14/18). Et tout ça grâce à quoi ? Grâce à l’islamisation de l’Afrique noire. En un mot comme en cent, la colonisation et l’islamisation marchent la main dans la main, chacune tirant bénéfice des progrès de l’autre. C’est la conclusion à laquelle parvient, après sa longue étude, Quellien. C’est pourquoi, a contrario, il comprend qu’un des obstacles qui peuvent bloquer les « progrès » de la colonisation, c’est… la critique de l’Islam. C’est pour lutter contre cette possibilité d’entraver la colonisation que Quellien crée le terme « islamophobie » (10) et c’est pourquoi aussi il pourfend cette « islamophobie » dans tout un long chapitre.

Cependant, s’il accorde une « valeur » à l’Islam (celle de constituer un palier bien utile entre « le nègre » et l’Européen et de faciliter ainsi grandement la colonisation), Quellien affiche un certain mépris pour cette religion dont le « … dogme est simple, [qui] manque d’originalité et de sacerdoce… [qui] traite de la vie matérielle et des occupations sensuelles chères aux noirs, dont il flatte les instincts. L’islam est en harmonie avec les idées du milieu, car il tolère l’esclavage et admet la polygamie et la croyance aux génies et aux amulettes… ». Bien plus, le créateur du concept d’islamophobie affirme qu’« Il importe avant tout de réprimer, immédiatement et énergiquement, toutes les tentatives de soulèvement qui revêtent un caractère plus ou moins religieux » des islamistes. Des positions qui, aujourd’hui, le feraient taxer « d’islamophobe » !

Le concept « d’islamophobie » est donc, depuis son invention, un concept pervers. Il a été inventé pour servir les intérêts du colonialisme français. Aujourd’hui il sert les intérêts du capitalisme international. Sûrement aurons-nous l’occasion de revenir sur ce dernier point…

NOTES

_1.- Ainsi, Wikipédia écrit : « En fait, le terme « islamophobie » était apparu en 1910 dans l’ouvrage d’Alain Quellien La Politique musulmane dans l’Afrique occidentale française ». Les autres ouvrages cités sont plus tardifs d’une paire d’année.

_2.- Ainsi, dans l’article «  Islamophobie : une invention française  »
(mai 2012) de Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, le terme « administrateurs-ethnologues » est utilisé plusieurs fois. C’est seulement dans une note de bas de page que les véritables fonctions de Quellien sont indiquées. L’article, s’il souligne que c’est un français qui a inventé le terme se garde bien de dénoncer le racisme de ses écrits et sa volonté colonialiste affirmée.

_3.- http://www.humanite.fr/que-recouvre-le-terme-dislamophobie-568608

_4.- Termes des remerciements que Quellien lui adresse dans son ouvrage.

_5.- Facilement consultable en fac-similé sur le site de la bibliothèque Gallica. Toutes les citations de l’ouvrage sont extraites de cette édition.

_6.- Edouard Viard. Au Bas-Niger. Q. trouve cette opinion trop tranchée.

_7.- Plus prudent en cela que les politiciens actuels – car s’étant donné la peine de bien étudier le sujet – Quellien est plus réservé sur les conséquences, à terme, de cette islamisation.

_8.- E.-L. Bonnefon. L’Afrique politique en 1900.

_9.- Qu’il définit très clairement comme un : « préjugé contre l’Islam  », définition actuelle.

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Source : http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article810

ISLAMOPHOBIE OU PAUPEROPHOBIE ? (Misère du néologisme, néologisme de la misère)

(première publication en Juillet 2010)

Voici à peine quelques années, lorsque la grande vague des émeutes de banlieue s’est produite, toute la classe politique – extrême-gauche et libertaires compris – s’est retrouvée largement unie pour dénier aux actes des jeunes révoltés toute portée politique (voir encadré  : «  Petit florilège sur la révolte des banlieues  »). Aujourd’hui, le soi-disant débat du gouvernement sur l’identité nationale – qui est en fait une campagne de propagande raciste aussi haineuse que sournoise – a réussi à polariser les esprits sur le port d’attributs vestimentaires à vocation religieuse.

(première publication en Juillet 2010)

Voici à peine quelques années, lorsque la grande vague des émeutes de banlieue s’est produite, toute la classe politique – extrême-gauche et libertaires compris – s’est retrouvée largement unie pour dénier aux actes des jeunes révoltés toute portée politique (voir encadré  : «  Petit florilège sur la révolte des banlieues  »). Aujourd’hui, le soi-disant débat du gouvernement sur l’identité nationale – qui est en fait une campagne de propagande raciste aussi haineuse que sournoise – a réussi à polariser les esprits sur le port d’attributs vestimentaires à vocation religieuse.

«  l’islamophobie », un concept bien fumeux !

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, voici qu’après n’avoir rien compris à l’épisode précédent (ou l’avoir compris à retardement), la pauvreté de réflexion, la condescendance voilée, l’incapacité à saisir les enjeux sociétaux qui font florès dans les milieux libertaires et gauchistes conduisent une partie de cette militance à enfourcher le cheval de bataille de la « lutte contre l’islamophobie ». Ces militants justifient leur étrange position par un « raisonnement » qui voudrait que les capacités de critique soient différentes suivant les couches sociales ou les zones géographiques dans lesquelles on évolue  ! Réunis sous la bannière du vieux Marx, les voici qui établissent plus ou moins clairement une corrélation entre une situation matérielle ou géographique donnée (en l’occurrence, le fait d’habiter « les quartiers  » ou d’être «  arabe ») et l’impossibilité de toute critique anti-religieuse.

C’est ainsi que, commentant la célèbre formule selon laquelle la religion est l’opium du peuple, ils peuvent écrire, dans le « Forum des marxistes révolutionnaires », dans «  CCC Forum » ou bien sur le site de l’OCL (Organisation communiste libertaire) : « Avant de dire qu’elle est ‘l’opium du peuple’, Marx avait pris soin de préciser dans le même paragraphe  : ‘La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit.  » Le lyrisme de la citation ne doit pas cacher le fond de la pensée. Ce que nous disent les nouveaux exégètes de Marx, c’est que d’après eux, le déterminisme social est pratiquement absolu en matière de religion. La « créature » (le choix d’un vocable religieux pour désigner l’ouvrière, le chômeur, l’employé, la retraitée… n’est pas innocent) quand elle parvient à soupirer (ce qui est le maximum qu’elle puisse faire, incapable de penser comme elle le serait  !) ne peut qu’exprimer une sottise : un élan religieux. A ce déterminisme social aussi haïssable qu’erroné, nos modernes marxistes en ajoutent un, plus stupide encore s’il était possible : un déterminisme «  ra-cial  », selon lequel « arabe » égale nécessairement « musulman  ».

Cette position politique n’est en réalité qu’une expression de la condescendance de ceux qui, s’estimant supérieurs, pensent que les «  créatures » de banlieue, ces grandes naïves, ne peuvent faire autrement que de croire en une religion, tout comme les grandes personnes responsables pensent que les petits enfants doivent croire au Père Noël.

Cela serait de peu d’importance si leur discours ne contribuait pas à convaincre les « créatures » en question de l’impossibilité où elles seraient à se penser autrement, à devenir autre chose, à gagner en discernement et, par voie de conséquence, à se libérer par elles-mêmes  ; si cela ne venait à l’appui des courants les plus rétrogrades, les plus liberticides, les plus oppressifs (pour les femmes mais aussi pour les hommes et les enfants) qui se voient renforcés dans leurs discours et leur pratiques et qui trouvent dans ces supplétifs d’utiles compagnons de route.

Mais, citation de papa Marx ou pas, l’histoire de la critique religieuse montre qu’ils sont dans l’erreur, une fois de plus. Pour notre part, nous affirmons avec force que les capacités de création et de critique (y compris en matière religieuse) sont de tous les temps et de tous les lieux. Il n’y a pas de catégories sociales, «  ethniques » ou géographiques plus aptes que d’autres à la réflexion.

Universalisme antireligieux

«  Si les chevaux avaient eu des dieux, il y a fort a parier qu’ils auraient pris l’apparence chevaline  ». En écrivant cette phrase iconoclaste, Xénophane de Colophon signifiait 500 ans avant JC combien les dieux sont une production imaginaire de l’être humain. Si les dieux sont pure imagination, alors les religions ne sont que mensonges.

Cette puissante critique émanait d’un courant philosophique qui se situait de part et d’autres de la mer Egée, autrement dit autant en Asie qu’en Europe.

En plein Moyen-âge, alors que l’obscurantisme religieux battait son plein en Occident et que les bûchers de l’Inquisition n’en finissaient pas d’immoler des hérétiques, la ré-flexion antireligieuse se renforcera encore en Orient. Quinze siècles après Xénophane, c’est Abou Ab Al Maari, vivant en Syrie et donc en pleine terre d’Islam, qui écrivait ces vers dignes des Lumières (qui ne brilleront en Occident qu’au XVIIIeme siècle)  :

«  Les habitants de la Terre se divisent en deux Ceux qui ont de l’esprit mais pas de religion Et ceux qui ont une religion mais pas d’esprit » [1] Avouez qu’à côté de l’universalisme des « habitants de la Terre » d’Abou Ab Al Maari, les « créatures  » de Marx font pâle figure ! C’est dans cette civilisation humaine, celle des « habitants de la Terre  », qui se construit par des apports et des relais successifs indépendants de toute position géographique ou sociale que nous nous reconnaissons.

Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, il n’y a pas une manière de penser qui serait spécifiquement occidentale et une autre qui serait spécifiquement orientale. Cette volonté de réduire la culture humaine en morceaux afin d’en attribuer chaque partie à un territoire donné – dont elle serait caractéristique – est particulièrement fausse, y compris sur ce point très délicat des croyances, mais elle est dominante dans notre société essentiellement pour deux raisons :

-  En politique extérieure cette division fabriquée de toutes pièces a été le prétexte de nombreuses guerres qui, sous couvert de défense de la foi, n’étaient que rapines et conquêtes.

-  Sur le plan intérieur, le pouvoir tire profit de ce morcellement de la pensée puisqu’il lui permet d’avoir recours aux sempiternelles stratégies de division au sein même de la population qu’il exploite.

Néologisme pour néologisme, le pouvoir n’est pas islamophobe mais paupérophobe

Il faut constater que l’emploi, à tort et à travers, du terme islamophobe n’aide pas à combattre cette entreprise de falsification. Bien au contraire, il nous ramène aux préjugés et stratégies de l’idéologie dominante. Selon la signification que lui donnent certains de ceux qui l’utilisent (à l’extrême-gauche et chez les libertaires), se battre contre l’islamophobie, reviendrait à être solidaire des exploités. Cette correspondance invoquée entre un fait social (être exploité) et un fait religieux (être musulman) est évidemment fausse : il y a des musulmans dans les rangs des exploiteurs et tous les exploités (même «  arabes  ») ne sont pas musulmans.

Plus grave encore, elle participe de la même démarche que celle qui attribue à chaque morceau de terre une façon spécifique de penser. Cette adéquation géographique est sous-entendue en permanence dans les discours sur la banlieue et l’islam… quand elle n’est pas clairement posée par le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), lors des dernières élections régionales par exemple, avec sa candidate en foulard aussitôt érigée en «  représentante des quartiers »  !

Ce n’est rien d’autre que la reprise de la mystification du « choc des civilisations » à l’échelle d’un pays. Au travers du fracas médiatique sur « le voile » comme dans la réponse produite avec un terme aussi confus que celui « d’islamophobie », tout un chacun est sommé de se ranger d’un côté ou de l’autre. Cette façon de forcer les populations à prendre parti pour des camps artificiellement créés (nationalistes, régionalistes ou religieux) n’est pas nouvelle, mais elle est particulièrement bien venue pour un capitalisme en crise. C’est l’organisation de la guerre civile (pour l’instant, de basse intensité) pour mieux se protéger de ce dont le Pouvoir à peur. Car, les maîtres du moment, si dénaturés qu’ils soient, savent qu’ils sont dans la situation de celui qui bat quotidiennement son chien : il sait que ce dernier finira par le mordre, mais il ne sait pas quand… Ils savent aussi qu’entretenir la confusion, retarde le moment de la morsure.

Ce qui fait peur au Pouvoir, ce n’est pas la façon dont on s’habille pour «  protester contre la misère », ce qui lui fait peur, c’est que nous nous organisions pour lutter contre l’injustice et la violence du capitalisme. Autrement dit, ce qui fait peur au Pouvoir, ce n’est pas l’Islam (lequel s’accommode fort bien du pouvoir et réciproquement, comme c’est le cas dans de nombreux pays de la planète), ce sont les pauvres quand ils s’organisent en tant que classe ! C’est pourquoi le pouvoir n’est pas islamophobe, il est paupérophobe !

Juan Pueblo

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Un « blasphémateur du nom de dieu » exécuté

Il a été condamné à mort en tant que « blasphémateur du nom de Dieu ». Attaché à un poteau sur la place publique, on lui a d’abord arraché la langue, puis on l’a plus ou moins étranglé avant de le jeter dans les flammes.

Ça ne s’est pas passé dans l’Iran de l’ayatollah Khomeiny, (inventeur, semble-t-il, du terme « islamophobie ») ni en Afghanistan, au Pakistan ou au Soudan… mais en « Occitanie », cette terre que les régionalistes nous chantent pour la douceur de ses moeurs et la culture courtoise qui y aurait régné de tout temps…

Le dit « blasphémateur » s’appelait Vanini, c’était certes en 1612, mais pendant des siècles les « occitans » étaient particulièrement friands de ces « spectacles » (bûchers, pendaisons, supplice de la roue…) où ils se pressaient. L’oppression criminelle exercée par la religion catholique dura jusqu’à la Révolution, si bien que le protestant Calas en fit encore les frais (parmi des milliers d’autres) cent cinquante ans après Vanini.

Tout n’était pas fini pour autant, un peu moins de deux cents ans encore après, des milliers d’israélites étaient dénoncés par les doux autochtones et envoyés en déportation…

Tout ça pour dire que, si la critique antireligieuse appartient au patrimoine de toute l’humanité, les crimes commis par les religions ignorent également les frontières et les « cultures ».

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Petit florilège sur la révolte des banlieues

La révolte des banlieues de 2005 a donné lieu à un véritable florilège de sottises. En voici quelques extraits :

Pour Lutte Ouvrière « La violence au quotidien dans ces quartiers est peut être le fait de voyous ou de trafiquants. » (journal LO, 4 nov. 2005), en tout cas, elle témoigne parmi les jeunes d’une « absence de conscience sociale et de solidarité » (Arlette Laguillier, porte-parole de LO).

De son côté, la LCR (devenue depuis NPA) proclame le 3 nov. 2005 : « La vague de révolte et de violences suscite une inquiétude profonde parmi la population » (Communiqué LCR), ce qui permet à toute la gauche officielle, Parti communiste en tête, d’enclencher le discours selon lequel, pour retrouver la quiétude, « rétablir l’ordre est une urgence extrême », sans oublier de préciser que « Les responsables des violences et des dégradations doivent être sanctionnés » (Communiqué du PC, 03/11/2005). Pendant ce temps, Krivine, le leader historique des trotskystes monte la garde avec une soixantaine de petits propriétaires pour éviter que les jeunes ne brûlent sa voiture (Hebdomadaire Marianne du 12 nov. 2005).

Alors que les émeutes ont débuté le 27 oct. le silence initial des organisations libertaires est assourdissant. Ce n’est qu’autour du 7 nov. 2005 que les premiers – et bien piteux – communiqués de presse ont été rédigés : le discours dominant sur la « violence » des jeunes est bien intégré. Ainsi, peut-on lire sur le site de la CNT-Vignoles d’Aquitaine (qui détient, c’est symbolique, le bureau national de cette organisation) : « La CNT [Vignoles] regrette les comportements irresponsables d’une fraction de la jeunesse sacrifiée »…Voyous, trafiquants, sans conscience, comportements irresponsables… l’extrême-gauche et certains anars n’avaient décidemment rien compris ! Par contre leur « inquiétude » et leur appel à « rétablir l’ordre » ont été bien compris par l’Etat : il a pu instaurer sans opposition l’état de siège !

(Pour plus de détails et pour connaître la position de la CNT-AIT pendant cette période, lire les brochures :

-  Toulouse une année en banlieue : Des bouclages de févriers aux émeutes de novembre 2005

-  Quelques réflexions sur la révolte des banlieues d’Automne 2005

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Enfin, une brochure à télécharger pour ceux que le sujet intéresse :

Les évangiles c’est du bidon

La volonté croissante qu’ont les religions d’asservir toute la vie sociale, en France et dans le monde doit amener tout esprit libre à analyser leur nature même.

Elles prétendent toutes détenir la « Vérité » qui leur aurait été dictée par un « Dieu », leur « Dieu ». L’analyse des textes religieux montre à l’inverse qu’il s’agit d’un tissu de contradictions, d’erreurs, de sottises les plus diverses. Ces recueils de légendes ont été péniblement rassemblés au fil des siècles par des copistes besogneux et plutôt ignares. Ils n’ont aucune valeur pour éclairer l’humanité. Après avoir condamné Galilée, Darwin, les vaccinations, brûlées vives des milliers de personnes, l’église catholique et les sectes évangéliques relancent actuellement une nouvelle croisade qui, au nom de leur ordre « moral » s’attaque aux libertés les plus diverses (liberté de pensée, d’ex-pression, liberté de l’I.V.G., de la contraception…)

Il est grand temps de réagir et de dénoncer l’imposture religieuse.

20 pages ; PDF 780 Ko

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Tiré du journal Anarchosyndicalisme !

CNT AIT

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