USA : Déclaration du WSA à l’occasion de la fête du travail 2020

Si dans certains pays le 1er Mai es un jour officiellement chômé ce n’est pas le cas partout, et notamment aux Etats Unis. Aux USA, le jour officiel est le 4 septembre, et ce n’est pas la journée des travailleurs mais la journée du Travail, lequel est ainsi sacralisé dans une célébration censée réunir ensemble patrons et salariés. C’est d’ailleurs ce même intitulé – fête du Travail – que donnera Pétain à la journée du 1er mai, quand il la déclarera pour la première fois fériée, à l’instigation de son Ministre du Travail, l’ancien syndicaliste CGT René Belin.

Aux USA comme pour Pétain, l’objectif est le même : enlever la charge symbolique du 1er Mai, où l’on commémore l’assassinat des anarchistes de Haymarket, Chicago, par l’Etat pour le compte des patrons ; enlever toute dimension de lutte à cette journée de solidarité pour en faire un jour férié de célébration corporatiste. (sur l’hitoire du 1er mai cf. cet article ) Nos compagnons du WSA, amis de l’AIT aux USA, nous rappellent les orignes de cette journée du travail du 4 septembre aux USA, et la signification particulière qu’elle a eu en cette année 2020


L’heure est venue !

Il y a plus de cent ans, le président américain Grover Cleveland, effrayé par la montée des révoltes sociales, a poussé le Congrès à reconnaître la fête du travail comme un jour férié fédéral en 1894.

Le congé de septembre a été observé pour la première fois en 1882 par la Central Labor Union of New York. [le 1er Mai 1886, a lieu la grève des travailleurs de Mac Cormick à Chicago, réprimée par le massacre de Haymarket]

[Cete époque est une période d’intense agitation sociale, les Etats Unis sont traversés de grèves souvent violentes. Une panique financière s’empare du pays en 1893, du fait d’un krach boursier lié à la surproduction dans la construction ferroviaire]. Suite à la grève sauvage des cheminots de la Pullman company, qui s’étend à tous le secteur ferroviaire du pays, le Président envoie les U.S. Marshals et les soldats qui tirent sur les grévistes. 13 travailleurs sont assassinés par les fédéraux, 57 blessés.

Pour calmer le jeu, le président Cleveland décide de jeter des miettes aux masses, et institue la fête du travail. Dans ce qui était peut-être une sage décision, il s’est assuré que cette fête ne tomberait pas le 1er mai, jour de la Fête internationale des travailleurs déjà existante, ni même à proximité. Le 1er mai, les travailleurs du monde entier commémorent un événement qui a eu lieu au cœur même des États-Unis (Haymarket, 3 mai 1886 et adopté au niveau international en 1889 par un congrès international de socialistes, d’anarchistes et de travailleurs radicaux) et ils appellent souvent à un changement radical, voire à la révolution. Aussi sûr que l’eau descend la colline, la miette de la fête du travail n’a fait que taquiner le ventre vide des travailleurs qui exigent une vie meilleure. Aujourd’hui encore, toute une histoire de lutte a été écrite et ses nouveaux chapitres se déroulent sous nos yeux.

Tout au long de cette histoire, les travailleurs ont manié les armes de la solidarité et de l’action directe afin de protéger et de promouvoir leurs propres intérêts. Avec les grèves, le sabotage, les sit-in et sit-downs et autres actions, les travailleurs se sont défendus les uns les autres depuis que les patrons ont commencé à les exploiter. Souvent, au cours de ces luttes, les travailleurs ont été abandonnés et condamnés, souvent par leurs propres dirigeants syndicaux, et laissés démoralisés et forcés soit de poursuivre la lutte par eux-mêmes, soit de capituler devant le patron.

2020 a été une année particulièrement difficile pour les travailleurs. Le virus Corona a frappé de plein fouet les travailleurs du secteur des services, de la restauration, de la transformation de la viande, de l’agriculture, du commerce de détail, de la fabrication et des transports. Les travailleurs à bas salaires sont particulièrement touchés. Des pans entiers de l’économie, comme l’hôtellerie et la restauration, ont été mis en veilleuse ou vidés de leur substance. Les travailleurs du secteur de la santé, qu’il s’agisse des aides-soignants à domicile moins bien payés, des femmes de ménage, des infirmières et même des médecins, ont été poussés à bout et mis en danger.

Capitalism kill, workers rise-up : le Capitalisme tue, travailleurs levez-vous !



Le chômage a explosé, des millions de personnes sont toujours au chômage et beaucoup vont bientôt être privées d’assurance-chômage. Les parents, et surtout les mères, constatent la précarité de la garde des enfants, les crèches et les écoles maternelles ayant fermé ou diminué leur disponibilité. Les enfants plus âgés restent également à la maison. Les parents, surtout les mères, doivent trouver un équilibre entre la garde des enfants et le travail ou réduire leurs heures de travail afin de pouvoir s’occuper de leurs enfants de tous âges. La nature invisible de la garde d’enfants devient peut-être plus visible durant cette pandémie.

Mais le travail de garde non rémunéré et sous-payé est toujours négligé et risque de devenir un dommage collatéral à l’avenir, car le problème a été exacerbé par la pandémie. « Partout dans le monde, les femmes, en particulier les femmes de la classe ouvrière, les femmes de couleur, les femmes migrantes et les femmes vivant dans les communautés rurales effectuent la plus grande partie du travail social reproductif sous-payé, ou totalement non rémunéré ». (Varsity, Cambridge, Royaume-Uni, septembre 2020)

Au cours des six derniers mois, les travailleurs, qu’ils soient dans les usines de conditionnement de la viande ou dans les hôpitaux, ont souvent mené des luttes auto-organisées pour obtenir des conditions de travail plus sûres et des équipements de protection individuelle. Des actions directes et des mini-grèves des travailleurs ont largement, mais pas exclusivement, éclaté spontanément dans tout le pays. Même chez Amazon, où les travailleurs ne sont pas formellement organisés, il y a eu un certain nombre de luttes et de petites actions contre la volonté de productivité et de rendement du mastodonte.

Même si ce n’a pas été es grèves massives, ni même des grèves en tant que telles mais plus des arrêts de travail comme ceux en solidarité avec le mouvement des Black Lives Matter, tous ces petits faits mis bout à bout ont envoyé un message fort. Pour ceux d’entre nous qui sont des fans de sport, un grand respect à ces joueurs de basket qui ont organisé une grève sauvage contre le racisme en augmentation et les meurtres racistes qui se produisent dans ce pays.

La crise des travailleurs ne se limite pas au seul lieu de travail. Les dizaines de millions de chômeurs sont également aux prises avec des problèmes de logement, dans l’incapacité de payer, en tout ou en partie, leur loyer ou leur prêt. Chaque semaine, les propriétaires s’apprêtent à les expulser de leurs appartements et de leurs maisons. La pression du manque de travail, la pression pour payer le loyer ou le prêt conduiront finalement à une crise majeure. Les mises en suspens temporaires des loyers ou des prêt dureront éternellement. Et lorsque le barrage se rompra, le coût humain pour les sans-abris sera immense.

2020 a été une année particulièrement brutale et raciste. Des hommes et des femmes de couleur ont été abattus ou étouffés par les mains des hommes en bleu dans tout le pays. Breonna Taylor dans le Kentucky, a été tuée dans son lit par des flics enragés lors d’une expédition de chasse.

Avec l’encouragement du Klansman en Chef qui tente agressivement de montrer qui est au pouvoir et au contrôle, les rues se transforment en zones de guerre avec ses forces de choc, les troupes fédérales dont les agents ne portent pas de signes d’identification. En outre, le Klansman en chef a fait plus qu’un clin d’œil : il a envoyé des signes d’approbation aux milices et aux justiciers racistes et fascistes.

S’il y a jamais eu un temps pour la création de nouveaux mouvements, à la base, pour le contrôle par les travailleurs et les communautés, c’est maintenant. Le temps est venu d’aider à développer des mouvements sociaux antiracistes d’en bas qui capturent le meilleur de l’esprit de l’action directe et de l’action de masse.

Le temps est maintenant venu de raviver l’esprit de combativité de la classe ouvrière. Nous cherchons à organiser et à construire un mouvement ouvrier indépendant, militant, autogéré et auto-organisé. Un mouvement directement démocratique, libre et non bureaucratique qui promeut des objectifs anti-discriminatoires, pro-écologiques et anti-capitalistes. Avec la menace du changement climatique, le besoin d’un mouvement ouvrier militant qui peut exiger une transition juste pour s’éloigner des combustibles fossiles et pour créer des emplois plus respectueux de l’environnement s’est accru.

Parallèlement, il est de plus en plus nécessaire de remplacer à terme les marchés par une économie autogérée par tous, car le déplacement des coûts du marché et les externalités négatives ne sont pas écologiquement viables. Nous pensons que ce besoin peut être satisfait par un socialisme libertaire où chacun a son mot à dire dans les décisions économiques, dans la mesure où il est concerné par celles-ci.

Ce type de mouvement ne peut être instauré du haut vers le bas, et ne peut avoir de patrons. Le mouvement ne défendra les intérêts des travailleurs de la base que tant que la base le contrôlera de bas en haut, démocratiquement. Afin de s’enraciner solidement, il devra pouvoir inclure non seulement les travailleurs salariés actuels, mais aussi tous ceux qui sont, seront et travailleront sans rémunération. En d’autres termes, tous ceux qui se trouvent impuissants dans cette société chaotique doivent travailler ensemble pour en forger une nouvelle. Elle doit refléter dans sa structure le type de société que nous souhaitons construire, une société vide de hiérarchie et pleine de démocratie.

Vous avez peut-être trouvé que les miettes, même si elles sont souvent jetées des tables de marbre, ne semblent jamais remplir votre estomac vide. Sachez que d’autres en ont également assez des miettes et souhaitent avoir le gâteau entier à la place.

N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus sur la façon de combattre votre patron au travail, pour en savoir plus sur le socialisme libertaire et la lutte de la classe ouvrière, ou simplement pour discuter de la situation plus en détail.

L’heure est venue !

Workers’ Solidarity Alliance (Alliance de solidarité des travailleurs)

https://workersolidarity.org

http://www.ideasandaction.info

دلورس پرات

در چنین روزی، ۱۲ سپتامبر ۲۰۰۱، آنارشیست اسپانیایی و کارگر منسوجات دلورس پرات* در سن ۹۶ سالگی درگذشت. به عنوان انقلابی مادام‌العمر او از نوجوانی برای ۸ ساعت کاری در روز مبارزه کرد، در انقلاب اسپانیا شرکت کرد و در پی شکست آن به فرانسه گریخت، جایی که او و خانواده‌اش در اردوگاه کار اجباری به کارآموزی گماشته شدند و بعد به اسپانیا دیپورت شدند. او توانست با نوردیدن پیرنه از مرگ قطعی بگریزد و به فرانسه برود و در معدن کار پیدا کند. او در تبعید در اتحادیه‌ی آنارشیست CNT-AIT فعال باقی ماند و در سن ۹۱ سالگی به طور فعال آغاز به حمایت از مهاجران بدون ویزا کرد. هر سال از ۱۹۹۶، گروهی از مردم مسیر او را از کاتالونیا تا فرانسه از بین کوه‌ها دنبال می‌کردند.

Dios y dólares (11 de septiembre de 2001)

Armados con dioses y dólares, algunos hinchados de arrogancia , otros consumidos por la ambición, dos clanes megalómanos chocan sacrificando grandes masas de humanos anónimos.

Algunos matan a diario con ataques aéreos, saqueos organizados del planeta, bloqueos asesinos: 300.000 muertos en la ex Yugoslavia bajo las bombas de la OTAN, 200.000 muertos por falta de medicamentos en Irak, 30 millones muertes por VIH porque las compañías farmacéuticas estadounidenses no quieren renunciar a sus derechos comerciales y sus patentes, 40.000 niños que mueren de hambre o enfermedades todos los días. Es un llamado al odio, una invitación a la barbarie.

Los otros, reyezuelos en petrodólares o dictadores sin imperio, beben de la desesperación de los oprimidos, de su miseria, de sus sufrimientos, y fabrican tropas asesinas prometiendo el eterno espejismo de un paraíso poblado de muertos.

El capitalismo o la religión son dos caras de una misma dominación, a través de la explotación, la sumisión y el terror. Los miles de estadounidenses muertos responden a los millones de muertos en el planeta por historias falsas de dioses y verdaderas historias de dólares.

La carnicería del 11 de septiembre nos recuerda que ninguna tecnología bélica o mortal puede igualar la desesperación. Ningún poder, por moderno y civilizado que sea, puede negar la vida de los hombres sin morir a su vez.

Los laudatores del mundo mercantilista han olvidado que si pueden matar de hambre o de comida basura a los seres humanos, si pueden comprar los o vendar los, los seres humanos no pueden vivir sin dignidad y sin esperanza.

CNT / AIT – Asociación Internacional de los Trabajadores, 13 de septiembre de 2001

En Frances : http://cnt-ait.info/2001/09/11/dieux-et-dollars-11-septembre-2011

En Esperanto : http://cnt-ait.info/2001/09/11/dio-kaj-dolaro-la-11-an-septembro-2001/

En Aleman : http://cnt-ait.info/2001/09/11/gott-und-dollars-11-september-2001/

متن کامل کتاب : درود بر کاتالونیا ، اثری از جرج اورول

Homage to Catalonia – Georges ORWELL

درود بر کاتالونیا ، اثری از جرج اورول نویسنده انگلیسی، که در ۱۹۳۸ منتشر شد. در میان صدها داوطلبی که در بریگادهای بین المللی در جنگ داخلی اسپانیا جنگیدند بسیار بودند شاعران نوپا و نویسندگان خوش ذوق. اما کمتر کسی از میان ایشان به تیزبینی جورج اورول و با واقع بینی او درباره رویدادهای این دوره نوشته است.

جورج اورول برخلاف ارنست همینگوی نه بعنوان یک خبرنگار و نویسنده با شهرت بین المللی بلکه بعنوان یک داوطلب ساده به اسپانیا رفت.  و باز برخلاف بسیاری از داوطلبان خارجی که به بریگادهای بین المللی پیوستند به ستون نظامی POUM در کاتالونیا پیوست که در جبهه آراگون مستقر بود. این ستون می کوشید بر شهر ساراگوسا تسلط یابد که در اوائل جنگ داخلی به تصرف ناسیونالیستها درآمده بود. اما در زمانی که واحد اورول به خط مقدم می رسد، هر دو طرف به  آرامی در خطوط خود مستقر شده بودند و به جز فعالیتهای گشت و شناسایی از سایر عملیات نظامی پرهیز می کردند. این فقدان تحرک دیری نمی پاید و جورج اورول بزودی در یک حمله شبانه شرکت می جوید.

«بدرود کاتالونیا» حاوی مشاهدات او در این دوره است.  واقع بینی او و آن حس عمیق انسانیت بدور از شعارهای عوام فریبانه و صداقت اورول در گزارش احساسات و وقایع کتاب را از سایر نوشتارهای این دوره متمایز می کند. منتقدی درباره این کتاب می نویسد: «هیچکس جز اورول نمی تواند خشونت و تراژدی جنگ داخلی اسپانیا را با این تاثیر تصویر کند.» با اینحال اورول به خواننده خود یادآور می شود که این تنها گواهی یک فرد است و نه تاریخ.

در مدت اقامتش در اسپانیا اورول چند بار به بارسلونا، پایتخت کاتالونیا و جاییکه او به POUM ملحق می شود، مسافرت می کند. گزارشهای او از تغییرات در این شهر سنجش نبض تحولات جمهوری اسپانیاست. او همچنین در جریان شورشهای بارسلونا در ۱۹۳۷ که اوج درگیری حزب کمونیست و دولت مرکزی با احزاب مستقل کاتالونیا و آنارشیستهاست در این شهر است.  و ناچار می شود برای نجات از دستگیری بوسیله پلیس دولت جمهوری که تحت تسلط کمونیستهاست مدتی مخفی شود. طنزآمیز اینست که اورول حتی عضو POUM نبود. مانند بسیاری از اولین داوطلبان او به اولین گروهی پیوسته بود که عازم جبهه بود. خود او در شرح این روزها از این نکته غافل نیست و شاید با لبخندی تلخ این سطور را نوشته است.  این کتاب نه تنها درباره جنگ داخلی اسپانیاست بلکه سیریست در قدرت طلبی و نبرد برای آن. این کتاب یک کلاسیک به تمام معناست.

منبع

KATALONİYA MƏHƏBBƏTLƏ – Corc Oruel

Kataloniyaya məhəbbətlə

Tərcüməçi Əli Nəcəfxanlı (azərb.)
Nəşriyyat Qanun Nəşriyyatı (azərb.), Secker and Warburg (London)

Kataloniyaya məhəbbətlə (ing. Homage to Catalonia) – Corc Oruellin İspaniya Vətəndaş Müharibəsindəki təcrübələri və təhlilləri barədə şəxsi hesabatı. İlk dəfə 1938-ci ildə Böyük Britaniyada nəşr olunmuşdur. 1952-ci ilin fevralına qədər ABŞ-da çapdan çıxmamışdır. Oruellin sağlığında kitab ancaq italyan dilinə tərcümə olunmuşdur (dekabr 1948).[1] Fransız dilinə tərcüməsi isə Oruellin ölümündən 5 il sonrakı müddət boyunca nəşr olunmamışdır.[2]

Məzmun

Siyasi baxışları 1936-cı ilin dekabrında Corc Oruelli Frankoya qarşı savaşan ispan respublikaçılarının sıralarına gətirmişdir.

Oruell Marksist fəhlə partiyasının hərbi dəstələrində vuruşurdu. Bu savaş onun həyatında silinməz iz qoyur. Oruell 1937-ci ilin iyununda bu ölkəni tərk edir. İspaniyadakı gərgin, həyəcanlı günlərdən sonra yarım il Mərakeşdə yaşayan yazıçı burada bir tərəfdən aldığı yaradan müalicə olunmuş, digər tərəfdənsə ispan faşizminə qarşı beynəlmiləl mübarizəni əks etdirən « Kataloniyaya məhəbbətlə » kitabını qələmə almışdır.


İstinadlar

[1] Omaggio alla Catalogna, translated by Giorgio Monicelli (Mondadori, Verona, December 1948), The Lost Orwell, p.124
p.xvi,
[2] Facing Unpleasant Facts, 1937–39, Secker & Warburg, 1998 ISBN 0-436-20538-6

Solidarité avec les grévistes en Biélorussie !

Le monde entier observe avec inquiétude la situation au Bélarus. Le soulèvement de la société biélorusse contre le gouvernement autoritaire se développe et se manifeste de différentes manières. On peut observer non seulement des manifestations de masse, mais aussi des grèves qui unissent des travailleurs de différentes professions, exprimant la colère de la classe ouvrière locale contre la tyrannie. Nous espérons que les grèves se transformeront en grève générale, qui conduira au renversement du dictateur Loukachenko.

La section en pologne de l’AIT (ZSP-AIT) tient à exprimer sa solidarité avec la classe ouvrière biélorusse, estimant que le soulèvement contre le gouvernement permettra aux travailleurs de croire en leur force et pourra amener la lutte des travailleurs sur une voie nouvelle et plus audacieuse. Nous encourageons vivement les travailleurs à entamer le processus d’unification en un mouvement de travailleur de base, auto-organisé, indépendant des partis politiques et des dirigeants syndicaux traditionnels. Un mouvement qui, à la suite de grèves de masse, peut prendre le contrôle des lieux de travail et des moyens de production. Seule la lutte organisée et systématique d’une société unie dans de telles organisations de travailleurs de base peut gagner cette lutte inégale. Ce sera une étape importante et nécessaire vers la libération de la société bélarusse. Nous espérons que vous pourrez transformer le système politique et économique en accord avec le sens de la responsabilité sociale. Nous espérons également que vous ne ferez pas les mêmes erreurs qu’ici en Pologne, où le syndicat qui avait le slogan « Solidarité » (Solidarnosc) écrit sur ses drapeaux suivait des dirigeants politiquement naïfs qui échangeaient la dictature du Parti communiste contre la dictature de la politique capitaliste, du pouvoir et des affaires. Les travailleurs polonais ressentent encore les conséquences de cette erreur jusqu’à aujourd’hui.

Pour cela, il ne suffit pas de changer un pouvoir politique pour un autre. Il est nécessaire de reconstruire la société de bas en haut, en jetant les bases de structures autogérées.

Chers compagnons travailleurs ! Nous vous envoyons des mots d’encouragement et de soutien pour votre quête de liberté et espérons que vous gagnerez le combat contre la violence et la répression par l’État autoritaire. Aujourd’hui, vous êtes responsable de la libération de tous les travailleurs du Bélarus de la répression. La victoire sur le régime sanglant dépend de vous.

Nous sommes avec vous !

ZSP-AIT, Pologne

https://zsp.net.pl/solidarnie-ze-strajkujacymi-na-bialorusi

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Solidarnie ze strajkującymi na Białorusi!

Cały świat z niepokojem patrzy na rozwój sytuacji na Białorusi. Narasta w białoruskim społeczeństwie bunt przeciwko autorytarnej władzy. Przejawia się on w różnych formach. Oprócz masowych demonstracji, z zainteresowaniem i podziwem obserwujemy zataczający coraz szersze kręgi ruch strajkowy, będący wyrazem gniewu miejscowej klasy robotniczej przeciwko tyranii. Mamy nadzieję, że przerodzi się on w strajk generalny, który doprowadzi do obalenia dyktatora Aleksandra Łukaszenki.

Związek Syndykalistów Polski solidaryzuje się z białoruską klasą robotniczą wierząc, że jej bunt przeciwko władzy pozwoli uwierzyć we własną siłę i wprowadzić walkę pracowniczą na nowe, odważniejsze tory. Gorąco zachęcamy robotników i robotnice do rozpoczęcia procesu zrzeszania się w oddolny, samorządny ruch pracowniczy, niezależny od partii politycznych i etatowych liderów związkowych, który poprzez masowe strajki przejmie kontrolę nad zakładami pracy, a także środkami produkcji. Tylko zorganizowana i systematyczna walka społeczeństwa zorganizowanego w związki zawodowe może wygrać w tej nierównej walce. Będzie to ważny i niezbędny krok do wyzwolenia białoruskiej klasy robotniczej. Wierzymy, że w poczuciu odpowiedzialności społecznej, przebudujecie system polityczny i gospodarczy w swoim kraju. Mamy nadzieję, że nie popełnicie błędu jakiego dopuścił się w Polsce związek zawodowy z hasłem solidarności na sztandarach, który poprzez naiwnych politycznie liderów zamienił dyktaturę partii komunistycznej na dyktaturę kapitalistycznej władzy i biznesu. Skutki tego błędu polscy pracownicy i pracownice odczuwają do dzisiaj…

Z tego powodu nie wystarczy zmiana jednej władzy politycznej na drugą, ale potrzebne jest przebudowanie społeczeństwa w sposób oddolny, oparty o samorządne struktury.

Drodzy Pracownicy, drogie Pracownice! Przesyłamy wyrazy wsparcia dla waszych wolnościowych dążeń i liczymy, że zwyciężycie w walce z przemocą i represjami autorytarnego państwa A. Łukaszenki. To na Was spoczywa teraz obowiązek wyzwolenia białoruskich pracowników i pracownic z jarzma ucisku. To od Was zależy, czy pokonacie reżim okrutnego dyktatora.

Jesteśmy z Wami!
Związek Syndykalistów Polski IWA-AIT

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¡En solidaridad con los huelguistas de Bielorrusia!


El mundo entero mira con preocupación la evolución de la situación en Bielorrusia. La rebelión contra el gobierno autoritario está creciendo en la sociedad bielorrusa. Se manifiesta de diversas formas. Además de las manifestaciones masivas, observamos con interés y admiración el movimiento de huelga que se está extendiendo cada vez más, expresando la ira de la clase trabajadora local contra la tiranía. Esperamos que se convierta en una huelga general que lleve al derrocamiento del dictador Alexander Lukashenko.


La Union de Sindicalistas de Polonia, la sección de la AIT en Polonia, se solidariza con la clase trabajadora bielorrusa, creyendo que su rebelión contra el gobierno les permitirá creer en su propia fuerza e introducir la lucha de los trabajadores en caminos nuevos y más audaces. Alentamos encarecidamente a los trabajadores y trabajadoras a iniciar un proceso de asociación en un movimiento obrero de base, autogobernado, independiente de partidos políticos y dirigentes sindicales a tiempo completo (liberados), que, mediante huelgas masivas, tomará el control de los lugares de trabajo y los medios de producción. Sólo la lucha organizada y sistemática de una sociedad organizada en organización de trabajadores de base puede ganar en esta lucha desigual. Este será un paso importante y necesario hacia la liberación de la clase trabajadora bielorrusa. Creemos que con un sentido de responsabilidad social reconstruirá el sistema político y económico de su país.

Esperamos que no cometa la error cometido en Polonia en su tiempo, con un sindicato que había inscritado la palabra “Solidaridad” (Solidarnosc) en sus pancartas, mientras que, a través de líderes políticamente ingenuos, transformó la dictadura del partido comunista en la dictadura del poder capitalista y empresarial. Los efectos de este error los sienten los trabajadores polacos hasta hoy …

Por eso, no basta con cambiar un poder político por otro, sino que es necesario reconstruir la sociedad de abajo hacia arriba, basada en estructuras de autogobierno.

Estimadas trabajadoras, estimados trabajadores! Enviamos nuestras palabras de apoyo a sus aspiraciones de libertad y esperamos que ganen en la lucha contra la violencia y represión del estado autoritario de A. Lukashenko. Ahora es su responsabilidad liberar a los trabajadores y trabajadoras bielorrusos del yugo de la opresión. Depende de usted derrotar al cruel régimen del dictador.

¡Estamos con vosotros!

Unión Sindicalista Polaca ZSP-AIT

https://zsp.net.pl/solidarnie-ze-strajkujacymi-na-bialorusi

Uchiyama GUDO : le moine bouddhiste anarchiste et le crime de lèse-majesté

En novembre 1867, le Japon connait un tournant radical dans son histoire : alors que l’île vivait volontairement repliée sur elle-même,  fermée aux étrangers depuis plus de 120 ans, le dernier shôgun Tokugawa (1837-1912) abdique, restaurant tous les pouvoirs à l’empereur et mettant fin à l’isolationnisme.

Sous le règne de l’empereur Meiji (1852-1912) – qui choisit ce nom qui signifie « gouvernement éclairé » – le Japon connait une refonte radicale des systèmes politiques, économiques et sociaux aboutissant à une modernisation extrêmement rapide du pays : c’est la restauration Meiji. Edo est rebaptisée Tokyo et devient la capitale impériale dès 1868. Les daimyos et les samouraïs perdent leurs droits et privilèges, non sans regret. Promulguée en 1889, la première constitution impériale du Japon investit l’empereur d’un pouvoir central fort. Sur le plan sociétal, le régime rend l’enseignement obligatoire et créé les universités impériales de Tokyo et Kyoto. L’abandon du calendrier luni-solaire chinois au profit du calendrier grégorien est un marqueur de l’introduction progressive de la culture occidentale au sein du pays.

Cette modernisation à marche forcée est illustrée par la devise de l’empereur : fukoku kyôhei « enrichir le pays, renforcer l’armée« . Il s’agit de développer rapidement et conjointement l’économie nationale et de la force militaire, pour hisser le Japon au rang de puissance mondiale capable de rivaliser avec les occidentaux et éviter ainsi d’être colonisé comme la Chine à la même époque.

Au contraire, s’appuyant sur sa nouvelle armée moderne, le Japon entreprend une politique d’expansion territoriale. Les opérations militaires se succèdent : guerre sino-japonaise en 1894-1895, guerre russo-japonaise en 1904-1905. Sa zone d’influence s’étend de façon considérable grâce à l’annexion des îles Ryûkyû en 1879, de Taïwan en 1895 puis de toute la Corée en 1910.

Cette politique impérialiste et guerrière rencontre un mécontentement grandissant, notamment dans les campagnes où l’industrialisation accélérée détruit le mode de vie collectif communaliste des paysans, tout en prenant leurs fils pour aller se faire tuer à la guerre.

Les premiers groupes socialises se créent en 1901, dont certains évoluent en 1905 vers l’anarchisme à l’image du journaliste radical Kôtoku Shûsui (辛徳秋水). C’est dans ce contexte qu’apparait un moine bouddhiste zen au parcours singulier et qui partagera le triste destin de Kôtoku, le jeune Uchiyama Gudô (内山 愚童).

La formation d’un esprit libre

Uchiyama Gudô est né le 17 mai 1874 à Ojiya, un village du département de Nigita. Prénommé Keikichi, il était l’aîné de 4 enfants. Bon élève à l’école primaire, il reçoit une récompense préfectorale pour ses résultats excellents. Très jeune il s’intéresse à Sakura Sôgorô, un paysan légendaire qui s’était rebellé contre l’injustice au XVIIème siècle. Les discussions sur les questions comme l’émancipation de la femme et la nécessité de la réforme agraire pour mettre fin à la misère dans les campagnes firent partie intégrante de son éducation enfantine.

Toutefois il doit interrompre ses études pour aider son père, charpentier ébéniste spécialisé dans les temples et objets liturgiques, puis dans les moules en bois pour biscuits. Il garda de son enfance un goût et un certain talent  pour la sculpture sur bois, réalisant à l’âge adulte entre autre des statuettes de Bouddha pour les fidèles de son temple et des supports pour pierre à encre pour ses compagnons anarchistes tels Kôtoku Shûsui et Morichika Unpei (森近運平).

Son père meurt quand il a 16 ans, en 1890. Alors qu’en tant que fils aîné, il était censé reprendre l’entreprise familiale, il quitte sa maison pour suivre son désir de poursuivre des études. Après une période d’errance dans le pays à la recherche de sa voie. Il rejoint la secte Soto, au contact de son oncle Aoyagi Norimichi, lui-même moine de cette église. Il prend la tonsure comme bonze bouddhiste le 12 avril 1897, sous le nom de Tenshitsu Gudô 天至,#、童. Il suivit tous les enseignements et les rituels qu’un moine Soto doit accomplir afin de devenir prêtre dans un temple (jushoku 住 職) et reçoit sa kesa (robe de transmission) le 7 juillet 1902 au temple principal de la secte Soto de Eihei-ji. Il ne fallut que 5 ans à Gudô pour achever sa formation, ce qui est un laps de temps particulièrement court et dénote ainsi son ambition et sa force de travail. Mais déjà son caractère rebelle est affirmé : on retrouve dans le curriculum vitae d’Uchiyama conservé aux archives de la secte Soto une réprimande du siège de la secte datée de janvier 1904 «pour avoir enfreint les règlements; [élève] certifié avant d’avoir accompli une ancienneté suffisante dans le Dharma [la loi religieuse] »(法 臘 未 満 立身 ニ 付 、 違規 懺 謝).

A la mort soudaine de son maitre, Jitsumyo, le 5 avril 1903, il emménage dans le temple de Rinsen-ji (林泉寺) du village d’Ohiradai, dans la région rurale des montagnes de Hakone, dont il devient le prêtre en titre en février 1904. Ohiradai était un petit village exclusivement rural, sans aucune industrie, et la vie des villageois était d’une extrême pauvreté. Le temple dont la direction venait d’échoir à Gudô était on ne peut plus modeste. Il ne disposait pour seule ressource que des offrandes de quarante familles pauvres et, en dehors d’un petit pavillon à toit de chaume, il ne possédait guère que deux arbres, un kaki et un châtaignier. Selon la tradition orale du village, Gudô invitait les habitants dans l’enceinte du temple chaque année à l’automne et partageait équitablement entre eux tous la récolte de fruits des deux arbres.

La même année que sa nomination comme prêtre, Gudô, en quête d’une alternative à l’injustice qu’il observe, s’intéresse à la sangha, la communauté bouddhiste traditionnelle chinoise comme un modèle de mode de vie commun sans propriétés privée :

« C’était en 1904 … lorsque je pensais à la formation religieuse suivie dans la Chine des temps anciens par les bonzes de mon école, j’étais frappé par sa beauté. Il y avait là, au même endroit et à la même époque, deux ou trois cents personnes qui partageaient un mode de vie collectif, mangeaient la même nourriture et portaient les mêmes vêtements. Dans mon idéal, un système formidable verrait le jour si l’on parvenait à appliquer ce mode de vie à l’échelle d’un village, d’un canton ou d’un pays [1]»

Gudô se préoccupait beaucoup de la pauvreté rurale dans ses contacts avec les jeunes du village. La racine du problème selon lui résidait dans l’injustice d’un système social où une poignée d’individus possédait la majeure partie de la terre, tandis que le fermage était le lot du plus gros de la population rurale. Gudô en vint à plaider ouvertement pour la réforme agraire distributive et encourageait les paysans à ne pas payer de taxes.

Un autre problème frappait les jeunes, celui du service militaire obligatoire. La période pendant laquelle Gudô exerce sa fonction au temple de Rinsen-ji coïncide avec la guerre russo-japonaise (du 8 février 1904 au 5 septembre 1905). Le service militaire, qui avait été mis en place en 1873 par l’Empereur Meiji, était très impopulaire chez les paysans, qui voyaient leurs jeunes partir pour une guerre qui ne le concernait pas et dont ils ne retireraient aucun bénéfice mais que des sacrifices. Gudô exhorta les paysans à refuser de participer à l’effort de guerre et refuser d’envoyer les enfants faire leur service.

Caricature du Heimin Shimbun du 17 Janvier 1904 : militaires, élites politiques, religieuses et économiques essaient de faire entrer le paysan pauvre dans le temple de la guerre, dont le portique est constitué de deux fusils et d’un sabre

C’est également en 1904 que Gudô entra en contact avec un mouvement de réforme sociale de beaucoup plus grande ampleur et laïc celui-là, le socialisme anarchiste. Cette rencontre fut permise par la soif de connaissance et l’ouverture d’esprit de Gudô. Alors que la quasi-totalité des moines bouddhistes zen de l’époque versaient dans les études de chinois classiques, s’exerçant dans l’art traditionnel zen de l’écriture de poème et soutenaient de tout leur cœur l’empereur, Uchiyama lisait la presse progressiste de Tokyo : d’abord le Yorozu Choho 萬草月幸艮 (Information diverse du matin) puis le Heimin Shimbun 平民亲斤聞 (Le journal des gens du peuple)., fondé par Kôtoku et d’autres journalistes qui quittèrent le Yorozu quand celui-ci passa d’une position pacifiste à une position pro-guerre.

Gudô, du bouddhisme à l’anarchisme

Siège de la « Société des gens communs / ordinaires » (Heimin-sha) en janvier 1907, qui publie le Heimin Shimbun.

Les sympathies politiques de Gudô passèrent rapidement de la social-démocratie à l’anarchisme. Il commence à s’identifier comme un anarchiste après en avoir découvert l’idéologie dans le journal de Kôtoku, le Heimin Shimbun Le journal eu une influence décisive sur le jeune bonze, qui déclara par la suite « quand je commençais à lire le Heimin Shinbin, je réalisai que les principes qu’il défendait étaient identiques aux miens et c’est ainsi que je devins un socialiste anarchiste ».

Gudô commença alors à organiser des réunions pour les jeunes au temple Rinsen-ji, où étaient lues des sections du Heimin Shimbun  et où il les encourageait à s’organiser collectivement. Il donna également des cours gratuits d’éducation à la lecture et à l’écriture.[2]

Il ne se contenta pas d’être un simple lecteur et contribua au journal en lui adressant des articles. Dans le premier article qu’il envoya, paru dans le numéro de janvier 1904 (avant qu’il ne soit nommé prêtre officiellement) et titré « Comment je suis devenu socialiste ? », il s’appuie encore sur des paraboles bouddhistes pour étayer ses idées. Mais par la suite, ses écrits seront exempts de toute référence explicite au bouddhisme :

« Comme prédicateur bouddhiste, j’enseigne que « tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha » et qu’« tous les Dharmas sont égaux, aucun n’est supérieur ni inférieur ». De plus, j’enseigne que « tous les êtres sensibles sont mes enfants ». Ce sont les règles d’or qui sont la base de notre foi. J’ai découvert qu’ils sont en accord complet avec les principes du socialisme. C’est ainsi que je suis devenu un croyant du socialisme6. »

Cette conception égalitariste, où il n’y a ni supérieur ni inférieure vient du Sutra du Diamant. Elle l’amena à approfondir sa réflexion pour aboutir à une critique solidement argumentée de la notion de karma et de réincarnation, pourtant l’une des bases du bouddhisme, qu’il qualifie même de superstition :

« la pauvreté est-elle, comme le disent les bouddhistes, la rétribution de vos mauvaises actions passées ? Ecoutez mes amis, si, à l’aube du XXème siècle, vous vous laissez abuser par ce genre de superstition, cela voudrait dire que vous ne valez pas mieux que des bœufs ou des chevaux. Est-ce là ce que vous voulez ? »

Gudô s’était bien rendu compte que le clergé bouddhiste utilisait la doctrine du karma pour justifier les inégalités sociales et économiques : si les fermiers étaient pauvres ils n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes et à leurs actions passées. Le maître zen Shaku Sôen [3], contemporain de Gudô, justifiait ainsi les inégalités : «  nous sommes nés dans le monde de la diversité, certains sont pauvres et malheureux, d’autres riches et heureux. Cette diversité se répètera sans fin dans nos vies futures. Mais à qui nous plaindrons nous de notre misère ? A personne d’autre que nous-mêmes ! »

Gudô exprima également son désaccord avec les pratiques corrompues en vigueur dans le clergé bouddhiste. Ainsi il adressa à Orishasi Daikô, supérieur du temple Josen-ji, une lettre de protestation dans laquelle il demandait que sa secte en finisse avec l’habitude de vendre les charges de chef de temple au plus offrant. Le supérieur ayant refusé de le suivre sur ce terrain, Gudô exprima sa détermination à se battre seul pour sa cause.

Poursuivant sa réflexion et ses lectures au-delà des seuls textes bouddhistes, empruntant des références à d’autres cultures et d’autres civilisations (ce qui aujourd’hui serait taxé d’appropriation culturelle) Gudô en arrive progressivement à se réclamer de la raison comme principe et moteur de l’action individuelle et collective. Même si il se considéra comme un bonze tout le long de sa brève vie, on ne peut s’empêcher de s’interroger de ce qu’aurait été la suite de son évolution philosophique si l’empereur du japon ne l’avait pas fait assassiner. Ainsi, dans un de ses derniers textes qui nous soit parvenu, intitulé Gokuchû nite no kansô (souvenirs de prison) du 28 octobre 1909, il nous dit :

« Shakuyamuni était un religieux qui abandonna son trône pour devenir mendiant. Diogène était un philosophe qui a passé, dit-on, sa vie entière dans un tonneau. Ce genre de vie ne les a pas empêchés de connaître une joie qu’aucun monarque n’aurait pu leur retirer. Cloué sur la croix, le Christ n’en a pas moins été heureux d’offrir sa vie pour racheter tous les péchés du monde. On peut en déduire que le bonheur appartient à ceux dont les comportements sont conformes à leur propre raison. Cela étant, n’est-on pas en droit de dire que les gens qui agissent en accord avec la raison sont ceux qui se consacrent à faire avancer, ne serait-ce qu’un petit peu, la cause de la répartition équitable du travail entre les hommes et de la satisfaction de leurs besoins en terme de nourriture, de vêtement et d’abri ? Celui qui, après avoir agi conformément à la raison, devrait mourir sur l’échafaud, ou subir l’humiliation de la crucifixion, ou finir ses jours glacés jusqu’aux os dans l’enfer souterrain des mers du Nord, celui-là pourrait rester parfaitement calme et recueilli. C’est de ces gens-là qu’on peut dire qu’ils ont trouvé le vrai bonheur dans la vie ».

L’observation de la réalité sociale qui l’entourait avait amené Gudô à une réflexion sur les bases mêmes du bouddhisme, et au rejet d’un certain nombre de règles fondamentales. Or la restauration de l’empereur s’était appuyée sur la religion, renforçant le principe du caractère divin de l’empereur, qui était littéralement Dieu sur terre. La Constitution japonaise de 1899 déclare la personne de l‘empereur «sacrée et inviolable». On ne peut le toucher, ni le regarder et surtout pas lui manquer de respect. Logiquement, Gudô étendit sa critique de la religion à celle de l’empereur, rejetant catégoriquement les fondements affectifs et spirituels su système impérial mis en place sous l’ère Meiji :

« Il y a trois sangsues qui sucent le sang du peuple : l’empereur, les riches et les grands propriétaires terriens. Contrairement à ce que voudraient vous faire croire vos maîtres d’écoles et d’autres individus, l’empereur, grand patron du gouvernement actuel, n’est pas le fils des dieux. Ses ancêtres sont venus d’un coin du Kyushu, tuant et volant en chemin. Puis ils ont massacré leurs complices, Nagasune-hiko et bien d’autres ; réfléchissez un instant et l’évidence que l’empereur n’est pas un dieu vous sautera aux yeux.

Lorsqu’on entend dire que la dynastie impériale existe depuis 2500 ans, on pourrait croire que l’empereur actuel est divin, il se trouve pourtant que les empereurs ont toujours été la proie des attaques de leurs adversaires étrangers et, sur leur propre territoire, traités comme des marionnettes par leurs vassaux. Bien qu’il s’agisse là de faits notoires, les professeurs d’université et les étudiants, qui sont tous des poules mouillées, se refusent à dire ou écrire quoi que ce soit là-dessus. Ils préfèrent au contraire se tromper eux-mêmes et tromper les autres en débitant des mensonges en pleine connaissance de cause ».

Un premier procès pour ses écrits blasphématoires

Gudô tira entre mille et deux mille exemplaires du tract dont est extrait le passage ci-dessus et les envoya par la poste, dans des petits paquets enveloppés dans du papier ordinaire, à d’anciens lecteurs du Heimin Shinbun qui venait d’être interdit. Les propos blasphématoires du bonze, notamment son attaque en règle contre le régime impérial, causèrent à certains d’entre eux tant de frayeurs qu’ils brûlèrent sur le champ tous les exemplaires reçus. D’autres en revanche en éprouvèrent une telle excitation qu’ils se précipitèrent dans la rue pour distribuer le tract aux passants. Il ne fallut pas longtemps pour que des exemplaires arrivent entre les mains de la police, qui déclencha des recherches dans tout le pays pour retrouver l’auteur du tract, l’endroit où celui-ci avait été imprimé et le matériel utilisé.

En effet, après l’affaire du drapeau rouge en 1908, les persécutions du gouvernement avaient poussé les anarchistes et les mouvements pacifistes du Japon dans la clandestinité, suspendant la publication des journaux. Face à cette situation, Uchiyama avait décidé de réagir et de promouvoir l’anarchisme par le biais de publications clandestines. Il alla rencontrer Kôtoku à Tokyo en septembre 1908. Puis il acheta l’équipement nécessaire pour installer secrètement une presse à imprimer, sous l’autel de Bouddha de son temple du Rinsen-ji. Il démontra aussi sa grande habilité manuelle en gravant les blocs de bois qui lui permirent d’imprimer de nombreux tracts et pamphlets anarchistes, ainsi que certains de ses écrits.

La police finit par retrouver la trace de Gudô et le 24 mai 1909, elle arrêta le bonze alors qu’il retournait au temple après un mois de pratique zen au temple Eihei-ji. Inculpé, pour commencer, de violation des lois sur la presse et la publication, il crut qu’il s’en tirerait avec une simple amende. Mais les policiers affirmèrent avoir trouvé également des bâtons de dynamites dans le temple. Et pour aggraver son cas, ils avaient également trouvé la photo du prince héritier Yoshihito (嘉仁), fils de l’empereur Meiji, qui avait été découpée dans une revue et qui, pour leur plus grande vexation, avait été épinglée sur la porte des toilettes du temple. Ce détail aura toute son importance par la suite  … 

Très rapidement, le 6 juillet 1909 ; et avant même qu’il ne soit jugé, les responsables de la secte soto, lui retirèrent sa charge de supérieur du temple Rinsen-ji. Une fois son inculpation prononcée, ils réagirent encore plus vigoureusement en l’excluant carrément de la secte le 21 juin 1910. Il fut condamné à 7 ans d’emprisonnement par la cour du district de Yokohama le5 novembre 1909.

Le second procès : l’incident du crime de lèse-majesté

Alors que Gudô était en train de purger sa peine en prison, la police arrêta le 25 mai 1910 deux ouvriers anarchistes d’une scierie d’Akashina, Miyashita Takichi (宮下太吉) et Kanno Suga (菅野スガ), accusés d’avoir comploté pour tuer l’empereur. La perquisition chez Miyashita Takichi mis en évidence – outres des produits chimiques pouvant servir à produire des explosifs – un exemplaire du tract de Uchiyama Gudô.

Les autorités, avec à leur tête le premier ministre Katsura Tarô, virent tout de suite l’usage qu’elles pouvaient faire de cette découverte opportune. Elles décrétèrent qu’une vaste conspiration était à l’œuvre pour assassiner l’empereur. Cette «affaire du crime de lèse-majesté » (大逆事件, Taigyaku Jiken), allait permettre de liquider le mouvement anarchiste.

Le conseiller de l’Empereur (genro) Yamagata Aritomo donna l’instruction de se montrer impitoyable avec les anarchistes [4]. En effet, Yamagata «était particulièrement choqué par le fait que les anarchistes ne croyaient pas au caractère divin de l’empereur ». A ses yeux, ce manque de respect pour le fondement de l’Etat représentait une menace sérieuse pour l’avenir de la nation et il fallait l’éradiquer par tous les moyens nécessaires. Par ailleurs, au moment de l’arrestation, le gouvernement japonais préparait l’annexion de la Corée (qui aura lieu en août 1910). Le colonialisme japonais rendait nécessaire de faire taire les éléments radicaux, qui menaçaient de saper ses plans dans l’opinion publique [5].

Le chat impérial s’apprête à manger la peste socialiste, caricature parue dans les journaux japonais à l’époque du procès

Gudô, bien qu’emprisonné depuis un an et donc n’ayant pu participer au « complot », fut considéré comme l’un des plus dangereux anarchiste avec Kôtoku : ils étaient considérés responsables moralement du « crime de lèse-majesté » par leurs écrits passés et leur influence. Dans le rapport d’instruction, le procureur Hiranuma Kiichirô déclara même que les écrits de Gudô constituaient « le livre le plus haineux qui ait été écrit dans toute l’histoire du Japon ».

Le 18 octobre 1910, Gudô fut inculpé de trahison pour avoir comploté en vue d’assassiner le prince héritier Yoshihito. Le procès commença le 1er décembre 1910, et se conclut le 18 janvier 1911. Aucun témoin ne fut entendu, démontrant qu’il s’agissait d’un coup-monté du pouvoir pour en finir définitivement avec les anarchistes. Il est vrai que l’article 73 de la constitution prévoyait que dans le cas de crime de lèse-majesté il suffisait au ministère public de démontrer « l’intention de nuire aux membres de la famille impériale» pour requérir la peine de mort, même s’il n’existait aucune preuve que les accusés aient entamé la moindre action pour concrétiser cette intention. Sans surprise, tous les accusés furent déclarés coupables et 24 d’entre eux – dont Gudô et deux autres moines – furent condamnés à mort. La sentence fut prononcée devant plus de deux cents policiers et quelques dizaines de kempei  憲兵(gendarmes). Le lendemain, un ordre impérial commua la peine de 12 des accusés en prison à vie, mais pas celle de Gudô ni Kôtoku. Ce qui n’empêcha pas que les deux moins épargnés, Tagaki Kenmyô et Mineo Setsudô, moururent en prison.

Les condamnés sont emmenés menottés, la tête couverte d’une cagoule Tokyo Asahi Shimbun, 10/12/1910

La condamnation à mort de Gudô et celle des autres militants, symbolisa l’ascension d’un système politique d’Etat décidé à éliminer tout mouvement révolutionnaire et posa un jalon dans la formation du fascisme japonais [6] dont l’exaltation de l’institution impériale fut le pivot.

Gudô et ses coaccusés furent exécutés par pendaison, dans la cours de leur prison, le matin du 24 janvier 1911, soit moins d’une semaine après leur condamnation. Le gouvernement voulait rendre une justice « à la vitesse d’un cheval au galop » selon le grand juriste Imamura Rikisaburo (今ネナカ三良). Gudô fut le 5ème à monter à l’échafaud, à 11h23. Il avait 36 ans et 8 mois. Selon l’historien Kyûichi Yoshida (吉田久一), « il ne montrait pas le moindre signe de détresse émotionnelle. Son apparence était au contraire sereine, et même joyeuse – à telle point que l’aumônier s’inclina sur son passage ». Le lendemain, quand son jeune frère Senji vint récupérer le corps, il demanda à ce qu’on ouvrit le cercueil. Voyant l’expression paisible de Gudô il s’exclama : «Ô, frère ainé, tu es parti sans souffrir. Quel splendide visage tu as dans la mort. »

Par une de ces bizarrerie administrative dont toutes les bureaucraties du monde ont le secret, alors que les autorités avaient essayé de faire disparaitre toutes les traces des activités et écrits de Gudô, elles rendirent à son frère en même que le corps les maigres possession de Gudô, plusieurs de ses textes dont le Heibon no jikaku (la conscience ordinaire) qui est le testament politique de Gudô, véritable profession de foi anarchiste et universaliste, adressée à l’espèce humaine, et dans laquelle toute référence au bouddhisme a disparu même si il y a une influence zen perceptible dans le titre [7] :

« vous devez en toute chose agir conformément à ce que vous croyez juste. Alors les autres n’ont aucun droit de vous entraver ou de faire obstacle. Autrement dit, de même que vous respectez les intentions des autres, les autres doivent pleinement respecter les vôtres. C’est la condition d’une vie paisible. En bref, le but ultime de l’espèce humaine réside d’une part dans l’indépendance et l’autonomie, et de l’autre dans l’entraide et la solidarité, ou en d’autres termes dans la liberté, l’égalité et le souci d’autrui. Vu dans la perspective de l’évolution de la politique, du droit, de la religion et de la morale, on peut dire que le progrès est venu de l’extérieur avant d’être intériorisé par les individus. On apprend à se diriger et à se contrôler tout en mettant sa propre richesse au service au service de la satisfaction des besoins des autres. Ce faisant, l’être humain va naturellement vers l’accomplissement de sa finalité. Nous autres, êtres humains, n’avons rien à voir avec les vaches et les chevaux, qui ne peuvent vivre sans une puissance qui les domine et les contrôle. Au contraire, nous devons être capables de vivre et d’agir en toute liberté, maîtres de nous-même et fermement plantés sur nos deux pieds [8]» 

La réaction du clergé bouddhiste : de l’excommunication à la récupération post-mortem tardive …

Comme on l’a vu, dès la première arrestation de Gudô en 1909, la secte Soto lui avait retiré sa charge puis l’avait promptement exclu, sans attendre même qu’il fut officiellement déclaré coupable et condamnée du premier procès.

Mais cette haute trahison d’un bonze somme toute ordinaire qui avait osé remettre en cause les principes de la religion bouddhiste et à la suite rejeter le système impérial secoua tout l’édifice religieux de la secte Soto. La secousse se fit également sentir dans les autres écoles religieuses zen aux quelles appartenaient les autres moines impliquées.

La réponse de la direction du siège de la secte Soto lors du procès fut d’envoyer une note au ministère de l’Intérieur et au tribunal déclarant qu’Uchiyama avait déjà été radié des listes de la secte Soto, et s’excusant pour leur négligence dans le contrôle de la situation.

Les 16 et 18 février 1911, soit moins d’un mois après l’exécution de Gudô, la secte Soto organisa en son siège une grande conférences au sommet intitulée «blâme pour une souillure » (Kunkai ippan 卡 一 荡), dont elle publia dès le 30 mars le compte rendu, de façon à diffuser auprès de tous ses membres les instructions sur la conduite à tenir « pour expier ce crime qui entache gravement les milles premières années de la secte »[9]

. Pendant deux jours, tout l’encadrement de la secte soit plus d’une centaine de dirigeants, directeurs d’école et enseignants, furent réunis. Parmi les orateurs figuraient Shiba Junrokuro (其if波浮ハ良), directeur du département des religions du ministère de l’intérieur, Inoue Yuichi (井上友一), directeur du département des sanctuaires; Inoue Tetsujiro (井上哲次良), professeur de l’Université impériale de Tokyo et Koyama Atsushi (i小山温), directeur du département des prisons du ministère de la Justice. Les prêtres en chef des deux principaux temples de la secte, Eihei-ji et Soji-ji furent réprimandés. Le responsable administratif de la secte, Morita Goyo, fit  une déclaration abjecte pour s’excuser de n’avoir pas exercé un contrôle adéquat sur Gudô et ses semblables : « je suis profondément choqué qu’un individu comme Uchiyama Gudô ait pu trouver sa place dans notre église, une église qui depuis sa fondation a fait du respect de l’empereur et de la protection de l’Etat son principe fondamental. C’est pourquoi je me confonds en profondes excuses et m’engage à guider et éduquer les moines de notre secte pour qu’ils consacrent toute leur énergie aux tâches qui leur incombe et remplissent avec zèle leur devoir envers la société ».

La conférence rappela que le bouddhisme japonais était basé sur l’idée d’honorer l’empereur et de «protéger le pays » (尊皇護国), que le bouddhisme est inséparable de la famille impériale, et que cela n’était pas seulement vrai historiquement, mais devait également être pris pour acquis comme naturel et juste du point de vue de la politique nationale. Il s’agit là d’une expression concise de la position de base des bouddhistes, toute tendance confondue, de l’ère Meiji. En effet les autres églises bouddhistes zen ne furent pas en reste dans la course à qui dénoncerait le plus fort le blasphème des anarchistes.

La secte shin blâma également le comportement de son moine Takagi Kenmyô, qui avait été arrêté dans le cadre de l’affaire du crime de lèse-majesté et condamné à mort, avant que sa peine soit commuée en emprisonnement à vie. Le 20 janvier 1911, les deux directeurs administratifs de la secte envoyaient à tous les temples affiliés une lettre de remontrance :

« L’an dernier, certaines personnes dévouées à la cause de l’extrémisme anarchiste, ont ourdi un extraordinaire complot. Ce faisant elles ont non seulement violé le principe fondamental de notre secte, qui enseigne la coexistence de la vérité relative et la vérité absolue, mais encore rejeté la doctrine bouddhique de la causalité. Ce n’est pas ainsi que doivent se comporter les moines de notre secte, et pourtant il y a un moine de cette secte qui fait partie de ces gens-là… les membres de notre secte qui ont un rôle dirigeant doivent tout spécialement prêter attention à ce que font les moines et les laïcs qu’ils ont la charge de surveiller. Vous devez éliminer les idées fausses sans jamais relâcher votre surveillance.[10]»

Même les sectes dont aucun moine n’était concerné par l’affaire s’empressèrent d’affirmer leur fidélité à l’empereur divin. Ainsi, la secte rinzai publia une mise en garde en direction de ses membres « Depuis sa fondation dans ce pays, le rôle de la secte rinzai a consisté pour l’essentiel à protéger la nation par la diffusion du zen. C’est pour cette raison que nous avons révérencieusement placé devant l’image principale du Bouddha qui se trouve dans les temples de la secte une tablette portant l’inscription « puisse l’empereur actuel vivre mille ans », faisant ainsi de nos temps des centres de formation consacrés à la pacification et à la protection du pays. Nous veillons à ce que les membres de notre secte gardent toujours présent l’esprit d’amour du pays et de loyauté absolue envers l’empereur, à ce qu’ils ne négligent pas la doctrine du karma ni ne tombent dans le piège de la croyance en l’idée hérétique de «pernicieuse égalité » prônée entre autre par les anarchistes [11] ». 

Mais il ne faut pas croire que cette chasse aux blasphémateurs ne concernait que la religion bouddhiste. Les autres religions présentes au Japon, le Shintoïsme et le Christianisme, firent aussi une grande démonstration de servilité.

Les représentants des cultes shinto et chrétien participèrent avec enthousiasme à la conférence des 3 religions (sankyô kaydô) organisée par le gouvernement japonais le 25 février 1912. Cette conférence plaida pour une coopération entre politique, religion et enseignement, dans l’intérêt de la prospérité nationale. La participation officielle des chrétiens à la conférence montrait que la ferveur patriotique déployée par cette religion pendant les guerres contre la Chine et la Russie leur avait enfin ouvert les portes de la reconnaissance officielle.

La conférence eu pour résultat d’inciter nombre de dirigeants influents des hiérarchies bouddhiques et chrétiennes à travailler ensemble pour le renforcement de l’Etat, du patriotisme, de l’unité nationale, et du moral de la population pour le soutien à l’empereur. La soumission aveugle de tous les cultes présents au japon, et pas seulement du bouddhisme, à la politique impériale et au militarisme allait permettre l’embrigadement de la population dans la guerre impitoyable de conquête qui s’annonçait … Qu’un simple moine, sans aucun pouvoir, puisse menacer cet édifice par ses paroles simples et directes, dans un langage ordinaire pour des gens ordinaires, était insupportable pour le pouvoir et il devait donc mourir. Sa liberté et sa simplicité était le véritable blasphème. Il se devait, ainsi que ses co-accusés de disparaitre de l’Histoire. Plus de 50 ans après les faits, alors que les descendants demandaient la réouverture du procès, le Ministère de la justice avoua que les archives du procès avaient été détruites par les autorités de l’époque [12], désireuses de faire disparaitre toute trace de leur existence même.

Après sa défaite dans la seconde guerre mondiale, le Japon ne chercha pas vraiment à analyser les raisons qui l’avaient amené à ce désastre humain et moral. L’empereur Hirohito, petit-fils de Meiji, était resté sur le trône par la bonne grâce des USA. Une légende se créé autour de l’Empereur selon laquelle il ne porte aucune responsabilité sur les évènements et la guerre, et rien ne doit venir troubler ce conte à dormir debout. En 1961, une requête en révision du procès fut déposée,  mais elle est rejetée par la Cour Suprême le 5 juillet 1967, mettant un point d’arrêt définitif à toute démarche juridique de réouverture du procès. Le blasphème de Gudô et ses compagnons avait gardé toute sa charge subversive, il fallait le laisser sous sa chape de plomb. Plus de cent ans après les faits, aucune révision officielle n’est imaginable, malgré le changement de Constitution de l’après-guerre.

Mais dans nos époques modernes, où le faux devient un moment du vrai, en nos temps orwelliens où la paix c’est la guerre, il devenait difficile de maintenir Gudô et son esprit libre enfermés dans leur cachot de l’Histoire. La meilleure façon de désamorcer la charge subversive n’est plus de l’enfouir pour la dérober au regard mais au contraire de la prendre à bras le corps, de l’embrasser au sens propre pour ainsi mieux l’étouffer. Ainsi la secte Soto s’avisa-t-elle en 1993 (il était temps !) de créer un « bureau pour la protection et la défense des droits de l’homme », dont une des premières décisions fut de réinstaurer à titre posthume Gudô – qui n’avait rien demandé – comme membre de la secte et comme prêtre, « pour assurer la consolation de son esprit ». Il va de soi que c’était surtout pour la consolation de la secte elle-même que cette décision fut prise. Car au-delà des mots ronflants qui accompagnait la décision de la secte l’essentiel était d’affirmer que «  son exclusion avait été une erreur due à l’adhésion de la secte à la politique répressive du gouvernement ». Autrement dit, si Gudô avait été victime, la secte l’était un peu elle aussi et s’exonérait de toute responsabilité non seulement dans l’assassinat de Gudô par le gouvernement mais aussi de toute participation active et même proactive  dans la production d’une idéologie religieuse favorable au militarisme et à l’impérialisme japonais qui avait fait des millions de morts. La secte n’aurait été que passive, suivant la politique gouvernementale sans se pose de question. C’est une seconde manière d’assassiner Gudô, et d’ensevelir sous les fausses repentances et les larmes de crocodiles ses paroles blasphématoires et prophétiques. Gudô ne fut pas le modèle immaculé du Bouddhiste pacifique luttant contre l’injustice et l’oppression, que les religieux et les bouddhistes parfois affublés du qualificatif « libertaire » essaient de nous vendre. Gudô était un anarchiste, partisan de l’action directe, qui écrivit : « Les mains qui tiennent un chapelet doivent aussi toujours tenir une bombe ».


[1] Compte-rendu de son interrogatoire qui a précédé son procès. M. Inagaki, Henkaku o motometa bukkuôsha, p. 112

[2] https://www.facebook.com/bottledwasp/

[3] Shaku Soyen (釈 宗演?, écrit en japonais moderne Shaku Sôen ou Kôgaku Shaku Sôen), né le 10 janvier 1860 à Kanagawa au Japon et décédé à l’âge de 59 ans le 29 octobre 1919 à Kamakura, est un prêtre japonais qui fut le premier maître bouddhiste zen à enseigner aux États-Unis.

[4] Mikisono Hane

[5] Masako Gavin, Ben Middleton, Japan and the High Treason Incident, Routledge, 2013

[6] Le procureur, chargé de « l’enquête » sur cette affaire, Hiranuma Kiichirô devint vice-ministre de la Justice en août 1911, et fut l’un des dirigeants actifs dans la montée du militarisme et du fascisme japonais. Il fut premier ministre en 1939.

[7] Le titre faire référence à une phrase du célèbre maître zen  Nansen fugen « la conscience ordinaire est la voie »

[8] 柏木, 隆法, /  Ryûhô Kashiwagi, 大逆事件と内山愚童 / Taigyaku jiken to uchiyama gudô, JCA 出版, 1979

[9] Sôtô shûhô, n°340, 15 février 1911

[10] Chûgai nippô, n° 3259, 29 janvier 1911

[11] Ketelaar J.E., Of heretics and martyrs in Meiji Japan, p. 134

[12] Lévy Christine, Kôtoku Shûsui et l’anarchisme,  Ebisu, n°28, 2002. p. 66.

NB : Les principales sources pour rédiger ce texte ont été : Brian Victoria, le zen en guerre, Seuil, 2001 ; Ishikawa Rikizan, The Social Response of Buddhists to the Modernization of Japan – The Contrasting Lives of Two Soto Zen Monks, Japanese Journal of Religious Studies 1998 25/1-2 ; Fabio Rambelli, Zen Anarchism: The Egalitarian Dharma of Uchiyama Gudô (1874-1911), Berkeley: Institute for Buddhist Studies, 2013

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Lettre ouverte à Mark Zuckerberg

Lettre ouverte à Mark Zuckerberg

Nous avons traduit une lettre ouverte adressé à Mark Zuckerberg par Riaz Osmani. Ce dernier est originaire du Bangladesh. Il s’adresse au patron de Facebook suite à la fermteure sans préavis sur la plateforme électronique de nombreux sites de libres-penseurs du Bangladesh, et ce dans l’indifférence la plus totale …

Le Bangladesh est un des pays les plus pauvres du monde. Pauvre sur le plan matériel, mais pas sur le plan intellectuel. C’est un pays qui s’enorgueillit d’avoir une longue tradition de poètes, d’écrivains et de penseurs, et même de libre-penseurs, dont la plus célèbre est sans doute Taslima Nasreen.

Ils ont en commun de s’appuyer sur la raison, d’interroger le monde et la société bangladaise sous le prisme scientifique et rationnel, de rejeter les traditions, de critiquer les fondamentalismes religieux; et pour certains, revendiquer leur liberté de ne pas croire

Souvent ils ont payé cette liberté de penser de leur vie, tel l’écrivain Avijit Roy, qui avait fondé le blog des libres penseurs bangladais Mukto-Mona assassiné à coup de machette en 2015 par un commando islamiste la sortie d’un salon du livre, ou encore l’éditeur Shahjahan Bachchu, assassiné en 2018 par un autre commando en moto.

Nos compagnons anarchosyndicalistes de la BASF qui essaient de développer les principes anarchosyndicalistes au Bangladesh, et à ce titre partagent les valeurs de la raison critique et de l’athéisme, sont aussi l’objet d’intimidation physique de la part des groupes religieux. Certains ont réchappé à des tentatives d’homicide.

Les anarchosyndicalistes du Bangladesh sont aussi victimes de la censure de facebook, qui a bloqué les liens vers leur site internet, les privant ainsi d’un outil de propagande utile.

Cette précieuse liberté de pensée, si fragile, avait trouvé un espace pour s’exprimer sur internet, et notamment sur Facebook. C’était insupportable par les ennemis de la liberté, les fondamentalistes religieux. Ils ont réussi à faire fermer ces voix libres virtuelles, aidés en cela par des algorythmes et des robots sans intelligence humaine, mais programmés selon des considérations de pure rentabilité financière. Que pèsent quelques voix discordantes face aux vociférations en masse ? le modèle économique de facebook favorisera toujours le pool de consommateurs potentiels le plus nombreux …

Nos compagnons libres penseurs et anachistes du bangladesh doivent faire face à une spirale infernale de calamités. Outre la violence politique et sectaire déjà mentionnée, le Covid a privé de revenus des millions de travailleurs. Dans les plantations de thés ce sont plus de 2000 familles que nos compagnons du BASF essaient d’aider à survivre. Les inondations viennent de ravager plus d’un tiers du pays. Plus que jamais notre solidarité est nécessaire !

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Lettre ouverte à Mark Zuckerberg

Par: Riaz Osmani

Cet article s’adresse à Mark Zuckerberg ainsi qu’à l’autorité Facebook en général. Je tiens à souligner le fait que Facebook a délibérément ou non désactivé les comptes de nombreux athées, ex-musulmans et libres-penseurs au Bangladesh. Il est concevable qu’une situation similaire existe dans d’autres pays à majorité musulmane. Facebook est devenu presque indispensable pour la population jeune et technophile du Bangladesh, en raison de la disponibilité de smartphones bon marché et de la possibilité de publier et de commenter  [dans leur langage habituel ], en Bangla. Cela a donné naissance à un vibrant monde en ligne dynamique dans le pays, où les gens peuvent désormais se connecter et converser d’une manière qui n’avait jamais été possible auparavant.

Un phénomène de ce dynamique monde Facebook est que les prédicateurs islamiques ont trouvé un nouveau moyen de faire passer leur message. De même, le groupe auparavant silencieux d’athées, d’ex-musulmans et de libres-penseurs a également trouvé une nouvelle façon de contester certaines des idées profondément ancrées des musulmans. Ces païens impies ont pris sur eux de discuter de divers versets du Coran et des Hadith avec ce qui suit à l’esprit. Les musulmans croient que le Coran est la parole absolue de Dieu, tandis que Hadith est une compilation de diverses paroles du prophète Mahomet. Dans des pays comme le Bangladesh, le Coran et le Hadith sont sacro-saints. Il ne faut pas les remettre en question, mais croire et obéir.

Pour ajouter une touche à tout cela, la plupart des Bangladais n’ont pas lu le Coran ou les Hadith dans une langue qu’ils comprennent. Le Coran et les Hadith ont été écrits en arabe classique et il n’y a pas d’effort social pour se concentrer sur les traductions en Bangla. Les enfants dès leur plus jeune âge apprennent à réciter des lettres et des mots arabes, et apprennent ainsi à prononcer et à réciter tout le Coran au fil du temps. Beaucoup sont même encouragés à tout mémoriser. Il manque dans tout cela toute compréhension de ce qui est lu. La plupart des musulmans du Bangladesh et de nombreux pays non arabophones n’ont pas une connaissance approfondie de ce qu’ils récitent jour après jour.

La connaissance du contenu de ces livres est limitée à ce que divers prédicateurs islamiques connus sous le nom d’imams sermonnent régulièrement à une congrégation soit dans une mosquée, soit dans un autre type d’événement religieux. Ces prêcheurs, enseignants ou érudits traduisent et expliquent de manière sélective le message du Coran et des Hadith d’une manière qui maintient de bonnes relations publiques. Ce sont ces versets sélectifs que les adeptes de l’Islam, jeunes et vieux, prennent à cœur et régurgitent à la première occasion. C’est cette connaissance sélective qui forme la base de la foi pour la plupart des musulmans au Bangladesh et il n’est pas fortement encouragé à approfondir les Écritures. Cela est laissé aux capacités des prédicateurs et des érudits.

Les athées, les ex-musulmans et les libres penseurs du Bangladesh ont trouvé sur Facebook l’occasion de mettre en évidence des versets du Coran et des Hadith qui sont habilement écartés par les prédicateurs. Des versets qui ont été utilisés pendant 1400 ans par les sociétés islamiques dominées par les hommes pour subjuguer le statut des femmes, de la communauté LGBT et des non-croyants, ont été mis en lumière et discutés. Cela a suscité la colère de nombreux utilisateurs musulmans de Facebook qui ont signalé que de tels messages étaient dégradants envers l’islam et la communauté musulmane. Étant donné que la plupart des publications et des discussions concernant ce qui précède sont en langue Bangla, Facebook ne dispose pas de suffisamment de ressources pour enquêter sur les plaintes des utilisateurs de Facebook en colère. Si les publications d’un athée, d’un ex-musulman ou d’un libre-penseur sont régulièrement signalées à Facebook comme contrevenant aux règles de la part de membres musulmans, Facebook  (ne vérifie par leurs affirmation et] finit par désactiver le compte de celui qui a publié les messages signalés.

D’un autre côté, chaque fois que nous avons signalé des articles de fondamentalistes musulmans appelant à la mort à tous les homosexuels et athées du Bangladesh, nous avons reçu une réponse standardisée indiquant que les messages en question ne violaient pas les normes communautaires de Facebook. Vraiment?

Je pense que Mark Zuckerberg sera d’accord avec moi pour dire que discuter de divers versets du Coran et des Hadith, sur la façon dont ils ont été utilisés pour subjuguer des femmes, des gais et des non-croyants, ainsi que ces derniers temps pour commettre certaines des pires atrocités terroristes dans les pays musulmans comme non musulmans, n’équivaut pas à de l’islamophobie ou au dénigrement d’un groupe religieux particulier. Au contraire, c’est une discussion légitime qui est d’ailleurs interdite dans l’Islam. Et pourtant, nous, athées bangladais, ex-musulmans et libres-penseurs, voyons maintenant nos voix étouffées et notre liberté d’expression restreinte, car Facebook a désactivé nos comptes après avoir reçu de nombreuses plaintes de croyants.

J’espère que Mark Zuckerberg sera également d’accord avec moi qu’il s’agit d’une discussion légitime à avoir, sur la façon dont les religions comme l’islam ont en général supprimé la libre pensée, l’épanouissement de l’individualité, la liberté de la sexualité et la réalisation de la connaissance par la science. L’Islam est une foi hautement textualisée basée sur les réalités de l’Arabie d’il y a plus de 1400 ans. Il déclare lui-même qu’il forme un mode de vie complet et immuable et interdit à ses adeptes de poursuivre une manière d’être non prescrite. La plupart des musulmans choisissent cependant les aspects de ce mode de vie complet qui conviennent à leur situation actuelle et prétendent ensuite être des musulmans pieux et justes. C’est une discussion légitime pour condamner cette hypocrisie surtout quand cette hypocrisie est utilisée pour juger des gens différents, que ce soit des musulmans moins observants, des non-musulmans, des apostats ou des personnes LGBT (musulmanes ou non).

C’est une discussion légitime que de mettre en évidence les viols systématiques de garçons et d’autres formes de torture physique qui sont infligés aux jeunes élèves pauvres et orphelins de sexe masculin dans les écoles islamiques appelées madrasas. Celles-ci sont infligées par les enseignants des madrasas résidentielles non mixtes ainsi que par des étudiants masculins plus âgés. Il est légitime de souligner le fait que de nombreux imams eux-mêmes sont impliqués dans des viols de jeunes filles et de femmes. La violence physique contre les enfants et les femmes n’a plus besoin d’être mentionnée.

C’est une discussion légitime que de mettre en lumière la vie du Prophète Mahomet, même des aspects de sa vie portant sur les questions personnelles de mariage et de relations sexuelles telles que racontées dans les Écritures. Tous les aspects de la vie du prophète Mahomet, et pas seulement quelques-uns, devraient être discutés car la plupart des musulmans masculins au Bangladesh (et ailleurs) expriment ouvertement leur désir de suivre ses traces dans leur intégralité (y compris jusque dans leur apparence personnelle).

C’est une discussion légitime que de remettre en question l’authenticité même de l’Islam et de son histoire telle que racontée dans le Coran et les Hadiths. Il est légitime en tant qu’être humain librement pensant de remettre en question l’authenticité même du Coran et des Hadith et comment ces livres ont vu le jour. Il est également valable de remettre en question l’idée même d’un système de croyance, tel que prescrit par l’Islam ou toute autre religion organisée. Il est valable de souligner qu’un tel système de croyance qui maintient la notion de «je crois aveuglément et donc cela doit être vrai», est contre toute forme de raisonnement et de preuve rationnels.

M. Zuckerberg, plusieurs de nos comptes Facebook ont été désactivés, y compris le mien. Nous pensons également que Facebook cède aux demandes du gouvernement de pays comme le Bangladesh de museler notre voix. C’est là que Facebook échoue dans son engagement à protéger la liberté d’expression et à connecter les gens du monde entier. Et Facebook nous fait cela avec en toile de fond le fait que de nombreux athées, ex-musulmans, libres penseurs, écrivains, blogueurs, dirigeants de confessions non musulmanes, militants culturels et militants des droits des homosexuels ont été tués au Bangladesh par des terroristes islamiques, le tout en le nom de l’Islam, il y a quelques années. Les musulmans du pays, en général, ne déplorent pas ces incidents, car c’est leur foi qui aurait été critiquée par ceux qui ont perdu la vie, leur foi qui aurait été « souillée » par les comportements « indécents » de ces derniers.. Telle était également la position politique générale du gouvernement. Mais Monsieur Zuckerberg, savez-vous où ces meurtres ont été encouragés à se concrétiser? Sur Facebook lui-même.

J’espère que vous et votre équipe examinerez sérieusement cette question. Nos comptes Facebook doivent être réactivés et des procédures doivent être mises en place pour que les discussions légitimes et les critiques de l’islam ne soient pas supprimées. De plus, Facebook doit embaucher suffisamment d’experts en langue bangla pour que les membres de votre équipe puissent analyser attentivement les publications et les commentaires et être en mesure de prendre des décisions plus appropriées à leur sujet.

Merci beaucoup, monsieur Zuckerberg. Mes meilleurs vœux vont à tous les athées, ex-musulmans et libres penseurs du Bangladesh et du monde entier.

Pour en savoir plus sur Mukto-mona (en anglais) : http://home.mukto-mona.com/en-US/about.html

Le site web de nos compagnons de la Bangladesh Anarcho-Syndicalist Federation BASF : https://www.bangladeshasf.org/

Sobre o « camarada » Trotsky …

Por ocasião da lembrança do assassinato de Trotsky pelos stalinistas há 80 anos, alguns derramaram lágrimas de crocodilo pelo (mau) gênio da revolução russa.

Podemos lembrar seu papel na repressão aos revolucionários russos não-bolcheviques após 1917, no esmagamento do exército insurrecional na Ucrânia (makhnovstchina), ou mesmo em seus ataques vis contra o POUM e Andrés Nin em 37, enquanto este último estava em sendo torturado pelos capangas de Stalin em Barcelona.

Mas também não esquecemos que no Programa de Transição, escrito em 1938 e que ainda hoje é a Bíblia de todo trotskista qualquer que seja sua seita de filiação, Trotsky pede uma luta até a morte da AIT , a Internacional anarco-sindicalista recria em 1922:

« A Quarta Internacional declara guerra implacável às Internacional anarco-sindicalista »

Programa de Transição, Trotsky, 1938

https://www.marxists.org/portugues/trotsky/1938/programa/cap02.htm#18

Companheiro Anarco-sindicalista, quando você encontra um trotskista, você sabe o que esperar. É melhor prevenir do que remediar, a melhor defesa é o ataque …