L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses

L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses
suivi de :
Fédéralisme et réseau : pour une organisation anarchosyndicaliste fédérale du XXIème siècle

Cet ensemble de questions / réponses est le fruit de l’expérience des luttes, des discussions et des réflexion des membres de la CNT-AIT des 20 premières années du XXIème siècle, qui les ont amené à redéfinir ce qu’était pour eux les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme. Il ne s’agit pas d’un dogme figé et indépassable, mais un point de départ pour continuer le débat avec les personnes intéressées par l’anarchosyndicalisme, principe et outil vivant en perpétuel façonnement.

L’anarchosyndicalisme aujourd’hui : questions / réponses

suivi de :

Fédéralisme et réseau : pour une organisation anarchosyndicaliste fédérale du XXIème siècle

Cet ensemble de questions / réponses est le fruit de l’expérience des luttes, des discussions et des réflexion des membres de la CNT-AIT des 20 premières années du XXIème siècle, qui les ont amené à redéfinir ce qu’était pour eux les principes, tactiques et finalités de l’anarchosyndicalisme. Il ne s’agit pas d’un dogme figé et indépassable, mais un point de départ pour continuer le débat avec les personnes intéressées par l’anarchosyndicalisme, principe et outil vivant en perpétuel façonnement.

Table des matières :

1.    Anarchosyndicalisme : notre définition

2.    Voter, est-ce agir ?

3.    La violence des masses est-elle contre-révolutionnaire ?

4.    Le syndicalisme doit-il être non-idéologique (neutre) ?

5.    Les syndicats réformistes sont-ils un « mal nécessaire » ?

6.    L’unité, avec qui ?

7.    Comment de telles structures doivent-elles fonctionner ?

8.    Qui a besoin de la représentativité ?

9.    Faut-il lutter pour des revendications immédiates ?

10.    Quel mode d’organisation construisons-nous ?

11.    Fédéralisme et réseau

     a)    LE FEDERALISME
     b)    LE RESEAU
          i)    Tout d’abord, qu’entendons-nous par organisation en réseau ?
          ii)    Le réseau s’oppose-t-il au fédéralisme ?
     c)    ANARCHO-SYNDICALISME & RESEAU

12.    Militer en reseau fédéral

     a)    MAIS QU’EST-CE QU’UNE ORGANISATION ?
     b)    STRATEGIE ORGANISATIONNELLE…
     c)    … & QUESTIONS PRATIQUES    
     d)    LA GESTION DU RESEAU

13.    Fédéréseau

     a)    Le fédéralisme pyramidal
     b)    Le fédéralisme en réseau

14.    LES RAISONS DE LA COLERE

Anarchistes atlantistes

« Certes la république n’est pas l’idéal mais elle existe. En la défendant circonstanciellement, nous n’abandonnons pas nos positions révolutionnaires. La CNT[Vignoles] aurait fait une erreur en prônant l’abstention. Il est peut être temps de dire que le bulletin de vote peut parfois se montrer utile » [/quote]

Très bien, l’appel à voter CHirac en 2002 n’était pas un renforcement du capitalisme d’état. Mais – tu le concèdes – un renforcement du capitalisme néo libéral. Dans le fond est ce mieux ? Est ce que ça change quelque chose en nature ?

Pour un certain courant libertaire – dans la filiation dquel AL Se situe – on pourrait dire qu’en effet cela change quelque chose : il s’agit d’un courant qui a pris une tournure atlantiste pendant la guerre froide, au motif qu’il était préférable d’avoir un capitalisme libéral démocratique plutô qu’un régime soviétique, car au moins le premier te permet de t’exprimer là où le second te réduit au silence par la répression la plus terrible. (si tu veux en savoir plus sur ce courant, tu peux par exemple lire le livre sur l’un des principaux protagonistes en France, Luis Mercier Vega, aux éditions ACL. Bien sur ce livre étant à la gloire du gars, tu n’y liras pas un texte sur « comment je me suis résigner à vendre mon âme à la CIA pour faire barrage au bolchevisme ». cependant si tu sais lire avec un peu de distance et d’esprit critique, tu veras par exemple comment Luis Mercier Vega justifie être financé par les américains …

Cette politique du moindre pire est aussi vieille que le mouvement anarchiste. Au nom du moindre pire, le mouvement a connu ses pires défaites (notamment le ministérialisme en 1936 en espagne).

Ce qui différence – à mon sens – la CNT AIT et AL c’est une interprétation radicalement opposée de ces échecs : pour le courant possibiliste (AL entre autre) c’est parce que le mouvement n’est pas assez loin ans cette politique du moindre pire qu’il a connu ces insuccès. Cette analyse les conduits à une révision des « fondamentaux », dont il faut en partie se débarrasser car inadaptés ou faux, pour se rapprocher d’autres tendances / familles et ainsi se fondre dans une nouvelle dynamique qui dépasse le seul anarchisme. (ce qui transparait de tous les textes de positions d’AL)

Pour la CNT AIT au contraire, c’est la résignation à l’abandon des fondamentaux et avoir transigé avec les principes qui a conduit aux désastres. Cette analyse les conduits donc à essayer de rénover les fondamentaux à la lumière des pratiques révolutionnaires passées (et pas seulement anarchistes d’ailleures) mais aussi présentes, dans une perspective d’une approche globaliste.

Malheureusement, j’ai bien peur que ces deux approches soient en effet difficilement conciliables.

ON verra bien comment – dans la perspective de 2012 – chacun prendra position …

[in un autre futur, bulletin syndicat communicatin-spectacle de la CNT Vignoles, septembre 2002, N°3, article « Les élections, la république et l’anarcho-syndicalisme », pages 6,7 et 8 ]

Quand les Vignoles appelaient à voter Chirac …

On se souvient qu’en 2002, le second tour des élections présidentielles françaises a vu s’affronter le représentant de la droite et celui de la droite extrême, Chirac contre Le Pen. Le résultat ne faisait aucune illusion, il était évident que Chirac serait élu, réunissant sur son nom tous les républicains de droite comme de gauche. Une campagne de matraquage médiatique d’une intensité rarement vue se mit en branle pour faire croire que le fascisme était aux portes du pouvoir. les abstentionnistes furent stigmatisés comme des traitres à la Nation …

On aurait pu s’attendre à ce que les anarchistes, ou du moins les révolutionnaires, soient immunisés contre ce genre de propagande et de bourrage de crâne et gardent leur sang-froid, et leur positions politiques, en remettant les choses à leur place et en refusant de participer à l’Union Nationale derrière un Chirac dont on savait qu’il était un politicard de droite dure …

Et pourtant, les Vignoles participèrent aux cris des loups. On lu dans leur presse, ou dans la presse de leurs amis « redskins », que « face au fascisme tous les moyens sont nécessaires ». Ce qui veut dire « y compris voter … »

Le journal « Un autre futur », de la section Communication des Vignoles (et dont par la suite les animateurs participèrent à la création de la scission des Vignoles : Solidarité Ouvrière), publia d’ailleurs un long article pour justifier pourquoi les Vignoles n’avaient pas appelé à l’abstention, que ce n’était pas un hasard ni une indifférence au processus électoral, mais bien un appel en creux à voter et surtout à défendre la république :

« Certes la république n’est pas l’idéal mais elle existe. En la défendant circonstanciellement, nous n’abandonnons pas nos positions révolutionnaires. La CNT[Vignoles] aurait fait une erreur en prônant l’abstention. Il est peut être temps de dire que le bulletin de vote peut parfois se montrer utile »

Un autre futur, bulletin syndicat communication-spectacle de la CNT Vignoles, septembre 2002, N°3, article « Les élections, la république et l’anarcho-syndicalisme », pages 6,7 et 8

Cette politique du moindre pire est aussi vieille que le mouvement anarchiste. Au nom du moindre pire, le mouvement a connu ses pires défaites (notamment le ministérialisme en 1936 en espagne).

Ce qui différence – à mon sens – la CNT-AIT d’autres mouvements anars ou révolutionnaires que je qualifierai de possibilistes (Vignoles, SO, FA, UCL, …) c’est une interprétation radicalement opposée de ces échecs : pour le courant possibiliste, c’est parce que le mouvement n’est pas assez loin ans cette politique du moindre pire qu’il a connu ces insuccès. Cette analyse les conduits à une révision des « fondamentaux », dont il faut en partie se débarrasser car inadaptés « aux temps présents » (quand ils ne pensent pas qu’ils sont erronés …) , pour se rapprocher d’autres tendances / familles degôche et ainsi se fondre dans une nouvelle dynamique »unitaire » qui dépasse le seul anarchisme. (ce qui transparait de tous les textes de positions d’AL puis de l’UCL, ou encore dans l’habitude de toutes les officines « anarchostes officielles » de cosigner tout et n’importe quel tract avec toutes la gauche )

Pour la CNT-AIT au contraire, c’est la résignation et l’abandon des fondamentaux et avoir transigé avec les principes qui a conduit aux désastres. Cette analyse les conduits donc à essayer de rénover les fondamentaux à la lumière des pratiques révolutionnaires passées (et pas seulement anarchistes d’ailleures) mais aussi présentes, dans une perspective d’une approche globaliste.

I. Histoire de la CNT-AIT : Une courte apogée (1945 – années 1950)

Nous verrons dans cette première partie comment la CNT-AIT, après sa constitution, connaît une rapide apogée. Elle fut écourtée par des problèmes théoriques et pratiques qui la divisèrent. Ces divisions affaiblirent fortement l’organisation et la plongèrent dans un isolement dont elle n’est pas parvenu à sortir.
1- Des débuts prometteurs (1945-1949)

a) Les anarcho-syndicalistes dans la CGT (1945-mai 1946)

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les anarcho-syndicalistes étaient entrés à la CGT. Les anciens adhérents à la CGT-SR, qui avait cessé d’exister pendant le conflit (1), dans un appel daté du 15 septembre 1944 adressé aux syndicalistes révolutionnaires, demandèrent en effet “de faire, tous, l’Unité Syndicale, complète, totale, absolue, qui nous donnera dans ce pays une seule Centrale Syndicale : la CGT ; dans le monde une seule Internationale dont peu importe son titre.” (2) . Ainsi, plutôt que de faire renaître une CGT-SR, ses anciens adhérents ont préféré former la Fédération Syndicaliste Française (F.S.F.) afin de regrouper tous les syndicalistes révolutionnaires au sein de la CGT. Ils créèrent en même temps un journal, L’Action syndicaliste. Outre les anciens de la CGT-SR, la FSF était composée de jeunes issus de la résistance, tel que Raymond Beaulaton, ou bien encore d’espagnols en exil en France. L’importance de cette FSF en terme d’adhérents est difficile à évaluer. Selon Aimé Capelle (3), on pouvait compter environ 2000 adhérents rien que sur Paris. Toujours selon Capelle, la FSF aurait surtout été constituée par “les copains des métaux”, et dans une moindre mesure par “les copains du bâtiment” qui avaient reconstitué le S.U.B. (Syndicat Unifié du Bâtiment, principal syndicat de la CGT-SR). Des sections F.S.F. se sont constituées à Paris, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, Saint-Nazaire. Une toute autre estimation de la F.S.F. est donnée par l’union locale de la CNT-AIT de Bordeaux en novembre 1947 : “La F.S.F. n’eut pas grand succès. Elle ne groupa jamais plus de quelques centaines d’adhérents, -presque tous anciens de la CGT-SR- et surtout elle n’eut aucune influence dans la CGT”. On peut ainsi affirmer que la F.S.F. n’eut aucun poids au sein de la CGT, bien qu’il soit difficile d’évaluer précisément ses effectifs. Si la F.S.F. semble être une tendance de la CGT, ses statuts sont assez flous et même proches de ceux d’une centrale : “Article premier. -La Fédération Syndicaliste est organisée sur la base de groupes locaux intersyndicaux, ou, à défaut, de groupes régionaux. Dès que le nombre de leurs membres le permet, les groupes doivent constituer des sections industrielles qui, elles-même, devront s’appuyer sur des sections d’ateliers, chantiers ou bureaux.” (4). D’après cet article, il est donc possible de constituer dans une entreprise une section F.S.F. à côté d’une section CGT. L’article 2 montre également que la F.S.F. se présente comme une organisation à part entière plus que comme une tendance de la CGT : “Article 2. -Les adhérents des groupes peuvent être membres d’une Centrale Syndicale non adhérente à l’A.I.T. (…)”. Or, la F.S.F. est la seule section française de l’A.I.T. (selon les statuts de l’A.I.T., il ne peut y avoir qu’une seule section par pays). Elle se présente comme une organisation syndicale tout en autorisant ses membres à adhérer à une autre centrale. Elle ne s’affirme donc pas comme une tendance organisée de la CGT, bien qu’elle n’existe qu’au sein de cette dernière. L’objectif de la F.S.F. au sein de la CGT n’était autre que de s’opposer à sa direction, et de diffuser les idées syndicalistes révolutionnaires. L’article fondamental des statuts de la F.S.F. présente un condensé du syndicalisme révolutionnaire. Apparaissent les thèmes de “suppression du patronat, d’abolition du salariat et la disparition de l’État”. Elle vise l’instauration d’une société basée sur le “communisme libre”. Il paraît d’ailleurs plus judicieux de parler d’anarcho-syndicalisme plutôt que de syndicalisme révolutionnaire. A la lecture des statuts, il est peu probable que la F.S.F. ait pu recruter les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Révolution prolétarienne. La F.S.F. affirme clairement son opposition aux partis politiques : “Son action se déroule en dehors de celle de tous partis politiques et en opposition avec ceux-ci” (article fondamental). Il est également ajouté qu’“en aucune façon, ils (les adhérents de la F.S.F.) ne peuvent être membres de partis politiques” (article 2).

Nous verrons dans cette première partie comment la CNT-AIT, après sa constitution, connaît une rapide apogée. Elle fut écourtée par des problèmes théoriques et pratiques qui la divisèrent. Ces divisions affaiblirent fortement l’organisation et la plongèrent dans un isolement dont elle n’est pas parvenu à sortir.

1- Des débuts prometteurs (1945-1949)

a) Les anarcho-syndicalistes dans la CGT (1945-mai 1946)

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les anarcho-syndicalistes étaient entrés à la CGT. Les anciens adhérents à la CGT-SR, qui avait cessé d’exister pendant le conflit (1), dans un appel daté du 15 septembre 1944 adressé aux syndicalistes révolutionnaires, demandèrent en effet “de faire, tous, l’Unité Syndicale, complète, totale, absolue, qui nous donnera dans ce pays une seule Centrale Syndicale : la CGT ; dans le monde une seule Internationale dont peu importe son titre.” (2) .

Ainsi, plutôt que de faire renaître une CGT-SR, ses anciens adhérents ont préféré former la Fédération Syndicaliste Française (F.S.F.) afin de regrouper tous les syndicalistes révolutionnaires au sein de la CGT. Ils créèrent en même temps un journal, L’Action syndicaliste.

Outre les anciens de la CGT-SR, la FSF était composée de jeunes issus de la résistance, tel que Raymond Beaulaton ou encore Fontenis, ou bien encore d’espagnols en exil en France.

L’importance de cette FSF en terme d’adhérents est difficile à évaluer. Selon Aimé Capelle (3), on pouvait compter environ 2000 adhérents rien que sur Paris. Toujours selon Capelle, la FSF aurait surtout été constituée par “les copains des métaux”, et dans une moindre mesure par “les copains du bâtiment” qui avaient reconstitué le S.U.B. (Syndicat Unifié du Bâtiment, principal syndicat de la CGT-SR).

Des sections F.S.F. se sont constituées à Paris, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, Saint-Nazaire. Une toute autre estimation de la F.S.F. est donnée par l’union locale de la CNT-AIT de Bordeaux en novembre 1947 : “La F.S.F. n’eut pas grand succès. Elle ne groupa jamais plus de quelques centaines d’adhérents, -presque tous anciens de la CGT-SR- et surtout elle n’eut aucune influence dans la CGT”.

On peut ainsi affirmer que la F.S.F. n’eut aucun poids au sein de la CGT, bien qu’il soit difficile d’évaluer précisément ses effectifs. Si la F.S.F. semble être une tendance de la CGT, ses statuts sont assez flous et même proches de ceux d’une centrale : “Article premier. -La Fédération Syndicaliste est organisée sur la base de groupes locaux intersyndicaux, ou, à défaut, de groupes régionaux. Dès que le nombre de leurs membres le permet, les groupes doivent constituer des sections industrielles qui, elles-même, devront s’appuyer sur des sections d’ateliers, chantiers ou bureaux.” (4). D’après cet article, il est donc possible de constituer dans une entreprise une section F.S.F. à côté d’une section CGT.

L’article 2 montre également que la F.S.F. se présente comme une organisation à part entière plus que comme une tendance de la CGT : “Article 2. -Les adhérents des groupes peuvent être membres d’une Centrale Syndicale non adhérente à l’A.I.T. (…)”. Or, la F.S.F. est la seule section française de l’A.I.T. (selon les statuts de l’A.I.T., il ne peut y avoir qu’une seule section par pays). Elle se présente comme une organisation syndicale tout en autorisant ses membres à adhérer à une autre centrale. Elle ne s’affirme donc pas comme une tendance organisée de la CGT, bien qu’elle n’existe qu’au sein de cette dernière.

L’objectif de la F.S.F. au sein de la CGT n’était autre que de s’opposer à sa direction, et de diffuser les idées syndicalistes révolutionnaires. L’article fondamental des statuts de la F.S.F. présente un condensé du syndicalisme révolutionnaire. Apparaissent les thèmes de “suppression du patronat, d’abolition du salariat et la disparition de l’État”. Elle vise l’instauration d’une société basée sur le “communisme libre”. Il paraît d’ailleurs plus judicieux de parler d’anarcho-syndicalisme plutôt que de syndicalisme révolutionnaire. A la lecture des statuts, il est peu probable que la F.S.F. ait pu recruter les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Révolution prolétarienne. La F.S.F. affirme clairement son opposition aux partis politiques : “Son action se déroule en dehors de celle de tous partis politiques et en opposition avec ceux-ci” (article fondamental). Il est également ajouté qu’“en aucune façon, ils (les adhérents de la F.S.F.) ne peuvent être membres de partis politiques” (article 2).

Ces deux extraits montrent la nécessité de distinguer syndicalisme révolutionnaire et anarcho-syndicalisme (même si les anarcho-syndicalistes se désignent comme syndicalistes révolutionnaires). Pour les anarcho-syndicalistes, le syndicat se situe au-dessus du parti politique et s’oppose à ce dernier. En revanche, les syndicalistes révolutionnaires tels que Pierre Monatte estiment que le syndicat doit être indépendant du parti politique mais attribuent au parti un rôle révolutionnaire (cette distinction renvoie à l’opposition qui était apparue lors du congrès de la CGTU à Saint-Etienne en 1922, avec d’un côté la tendance anarcho-syndicaliste de Pierre Besnard et de l’autre la tendance syndicaliste révolutionnaire de Merrheim).

Pour diffuser ses idées anarcho-syndicalistes, la F.S.F. crée un périodique, l’Action syndicaliste (n°1, mars 1945). Dès le numéro 2 de l’Action syndicaliste (avril 1945) apparaît le thème de la “grève générale insurrectionnelle et expropriatrice”. En lisant l’organe de la F.S.F., on comprend très clairement que les anarcho-syndicalistes ont pour priorité de lutter contre les dirigeants de la CGT accusés d’avoir trahi les principes du syndicalisme révolutionnaire, la lutte des classes et l’action directe.

La F.S.F. s’opposa entre autres à la bataille de production encouragée par les dirigeants communistes de la CGT. Derrière cette opposition à la bataille de la production, apparaît l’opposition au thème d’intérêt général, contre lequel se battait déjà la CGT-SR pendant l’entre deux guerres (pour les anarcho-syndicalistes, reconnaître l’existence d’un intérêt général revient à nier la lutte des classes).

La F.S.F. s’insurgea à plusieurs reprises contre la modération revendicative de la direction cégétiste (présence des ministres communistes au gouvernement oblige). Elle soutint notamment la grève des rotativistes en janvier 1946 qui manifestaient un rejet de l’orientation confédérale. La F.S.F. protesta également face à la prise de position des dirigeants confédéraux lors des élections de 1945 : le soutien aux candidats de gauche était en effet considéré comme une trahison du principe de l’indépendance du syndicalisme à l’égard des partis politiques. Selon Roland Biard, les militants de la F.S.F. de Paris auraient rédigé un communiqué daté du 8 octobre 1945 appelant tous les syndicats et tous les syndiqués à s’insurger contre une telle attitude (5).

Parallèlement à cette F.S.F., les anarcho-syndicalistes ont contribué à la création des Comités de Défense Syndicalistes (C.D.S.). La F.S.F. ne pouvant recruter que des anarcho-syndicalistes compte-tenu de la rigidité de ses statuts, ceux-ci constituèrent ces C.D.S. avec l’aide d’autres tendances minoritaires de la CGT, notamment des trotskistes du P.C.I. (Parti Communiste Internationaliste, section française de la IVième internationale). Les C.D.S. étaient ouverts à tous ceux qui étaient opposés à la main-mise des communistes sur la CGT. Le secrétaire était Aimé Capelle (également à la F.S.F.). Selon son témoignage, des C.D.S. se seraient constitués à Toulouse, Marseille, Bordeaux, Angers et Lyon. Les C.D.S. publiaient un journal, la Bataille syndicaliste, faisant ainsi allusion à la CGT d’avant 1914. Aimé Capelle avait également été nommé administrateur de la Bataille syndicaliste. Le contenu de ce journal était relativement proche de celui de l’Action syndicaliste, dans un souci de dénonciation de la direction cégétiste, et de défense du principe de l’indépendance du syndicalisme. Bien qu’ouvert à tous, ces C.D.S. semblent constitués principalement d’anarcho-syndicalistes de la F.S.F., deux postes de responsabilité étant attribués à un militant de la F.S.F., et la Bataille syndicaliste présentant de nombreux articles de Pierre Besnard. La prise en main de ces C.D.S. par les anarcho-syndicalistes se renforce d’autant plus qu’au début de novembre 1945, les trotskistes quittent ces comités. Cette rupture n’aurait pas eu lieu à propos de divergences idéologiques, mais de la question de l’adhésion ou non à ces C.D.S. de “camarades qui ne seraient pas de la CGT ou la quitteraient” (6). Les anarcho-syndicalistes, majoritaires, refusaient l’obligation pour les membres des C.D.S. de rester à la CGT quoi qu’il arrive. Les trotskistes, mis en minorité, quittèrent alors ces C.D.S. pour se regrouper autour d’une publication mensuelle, Front Ouvrier (7). Ainsi il existait deux organisations anarcho-syndicalistes au sein de la CGT : la F.S.F., composée uniquement d’anarcho-syndicalistes, et les C.D.S. dominés par ces derniers. Leur travail d’opposition à la direction cégétiste fut brisé par la nette prédominance des communistes. C’est au congrès du congrès de la CGT d’avril 1946 que la scission se montra inévitable. Lors de ce congrès on assista à un écrasement des minorités elles-mêmes divisées. Pour réduire ces minorités au silence, le bureau confédéral et la commission administrative de la CGT imposèrent que seuls les syndicats d’au moins 5000 adhérents soient représentés directement au congrès. Les petits syndicats écartés seraient représentés indirectement par les grands. Ce sont les communistes qui détiennent la direction de ces grands syndicats. C’est donc avec une majorité d’environ 4/5 des voix que les communistes l’emportent à ce congrès. A la suite du congrès, l’Action syndicaliste du 1er mai 1946 reproche aux chefs de la minorité FO (Force Ouvrière), représentée par Léon Jouhaux, d’avoir accepté des postes de direction de la CGT : “Ils ont placé leur souci de conserver leurs fonctions au-dessus de leurs convictions personnelles et de leur honneur de militants”.

Les nouveaux statuts votés lors de ce congrès mettent fin à la démocratie au sein de la CGT, mais également à son indépendance vis-à-vis du PCF (Parti Communiste Francais). Pour la F.S.F., la CGT “n’est plus qu’un instrument d’oppression économique, au service d’un parti et d’un gouvernement communo-socialiste.(…) Elle ne sera plus la CGT défendant les droits des travailleurs, orientant son action vers les fins traditionnelles du syndicalisme”. Le titre de ce numéro d’Action syndicaliste résume à lui seul la pensée de la F.S.F. : “La CGT est morte, la CGTU. lui succède” (8). Il devenait dès lors impossible pour les anarcho-syndicalistes de rester au sein de cette CGT.

L’unité syndicale dans la CGT, qui avait été souhaitée par les anciens de la CGT-SR. dans leur appel du 15 septembre 1944, ne dura ainsi guère plus d’un an. Toujours dans ce même numéro, la F.S.F. annonce la conférence de mai pour constituer la CNT-AIT. Avant même qu’elle soit constituée, il est déjà décidé qu’elle adhérera à l’A.I.T., tout comme l’avait fait la F.S.F. (9). Il faut cependant noter que cette décision de quitter la CGT ne faisait pas l’unanimité parmi les membres de la F.S.F. Aimé Capelle, par exemple, était favorable au fait de rester à la CGT pour ne pas briser l’unité syndicale, mais aussi parce que l’échec de la CGT-SR était encore présent dans les esprits (10).

b) La constitution de la CNT-AIT (mai 1946- décembre 1946)

La conférence de mai, appelée par la commission administrative de la F.S.F., se déroula sur deux jours : le samedi 4 mai se tinrent les séances avec pour unique ordre du jour le problème syndical (11), et le 5 mai les C.D.S. organisaient une conférence à laquelle étaient conviés tous ceux qui voulaient défendre l’indépendance syndicale et la liberté du syndicalisme. Lors de cette conférence, il fut donc décidé de dissoudre les C.D.S. et la F.S.F. pour créer la CNT-AIT. Les participants à cette conférence écrivirent un “aux travailleurs français”. On retrouve dans ce manifeste la thématique anarcho-syndicaliste et la dénonciation de la CGT. On peut supposer que Pierre Besnard a participé à sa rédaction, ou du moins l’a fortement influencée (12), dans la mesure où il est question de créer “l’organisation de la Confédération générale des consommateurs”. Ce désir d’organiser les consommateurs en parallèle d’une organisation des producteurs, le syndicat, est en effet un des points essentiels de la théorie de Pierre Besnard. On peut noter aussi la large place qu’accorde ce manifeste à la solidarité pour “notre sœur, la Confédération Nationale du Travail d’Espagne, contrainte à l’exil par Franco.”Le siège de la CNT-AIT fut (potentiellement) le même que celui de la F.S.F., au 22, rue Sainte-Marthe dans le dixième arrondissement de Paris (13). Il s’agissait d’un local prêté par Julien Toublet, un des fondateurs de la CNT-AIT.Dans l’attente du congrès constitutif qui devait se tenir les 7, 8 et 9 décembre 1946, l’activité de la commission administrative (C.A.) et du bureau confédéral (B.C.) consistait à faire connaître le plus largement possible la CNT-AIT. La C.A. se divisa en deux commissions : une commission de propagande composée de Aimé Capelle, Souchay, Jacquelin, Geuffroy, Dimanche, Marie Giraud et Eugène Juhel, et une commission d’organisation chargée d’établir une structure et de préparer le congrès. Frament, Snappe, Zwikel, Lentente, René Doussot et Julien Toublet (14) ont participé à cette commission.Si la naissance de la CNT-AIT a été relativement bien relayée par la presse (publications de communiqués de presse ; Radio-Luxembourg informant de sa création à trois reprises ; venue “de nombreux journalistes français et étrangers” au siège de la CNT-AIT), ce travail de propagande reste néanmoins limité en raison du manque de fonds. Le manifeste aux travailleurs français ne fut édité qu’à 1000 exemplaires, et seulement 60 000 tracts confédéraux ont été tirés, sans compter cependant les initiatives locales. L’Action syndicaliste parvient à être publié -difficilement- grâce aux fonds de la Bataille syndicaliste qui avait disparu après la dissolution des C.D.S. Le journal reçoit d’ailleurs en soutien de la part des syndicats et d’individus, entre mai et novembre 1946, plus de 58 300 francs dont une bonne partie provient des syndicats S.U.B. et métaux de Paris (15). A ce matériel de propagande, il faut ajouter la propagande orale. Les membres du B.C. et de la C.A. tinrent en effet plusieurs réunions publiques dans la région parisienne ainsi qu’en province et dont le bilan fut positif.Les circulaires confédérales envoyées aux différents groupes témoignent d’un certain enthousiasme quant à l’avenir de la CNT-AIT  : “Notre CNT rencontre un succès inespéré qui dépasse largement tous les espoirs que nous avions fondés. (…) de toutes parts (…) de tous les milieux affluent des demandes de renseignement ou d’adhésion”. (16) Selon Aimé Capelle, “il y avait la queue” devant le siège, “les gars venaient se renseigner”. Pour satisfaire cet “afflux”, la C.A. désigna deux permanents, Capelle et Juhel. Ce dernier fit aussi état dans son rapport du problème de pénurie de cartes confédérales du fait des nombreuses demandes d’adhésion. Si cet enthousiasme se retrouve dans les témoignages et les archives confédérales, il est cependant difficile de mesurer la réalité de ce succès. Un rapport rédigé par l’union locale de Bordeaux à l’occasion du congrès de 1949, contredit ce succès : “En mai 1946, la F.S.F. se déclare constituée en Confédération Nationale du Travail. Le fait passa à peu près inaperçu parce que la F.S.F. n’avait pas su prendre place dans la CGT”. Cette remarque semble excessive tout comme pouvait l’être l’enthousiasme de la C.A. Il est en revanche certain que la naissance de la CNT-AIT ait suscité un intérêt, une curiosité chez les travailleurs. En effet, le journal Force Ouvrière, de la tendance du même nom, du 23 mai 1946, relate cet intérêt des travailleurs pour la CNT-AIT : “Certains de nos correspondants se sont émus de divers communiqués parus dans la presse et consacrant la naissance de la nouvelle centrale syndicale, la Confédération Nationale du Travail(…)”.
Or si cet intérêt pour la CNT fut réel et s’il y eut de nombreuses adhésions, il faut cependant noter que celles-ci étaient parfois des erreurs dues à un manque d’information sur ce qu’était la CNT-AIT. Aimé Capelle, dans son témoignage, affirmait à ce propos que certaines demandes d’adhésions venaient d’adhérents d’une CNT. qui avait existé avant la guerre et qui “était une organisation de jaunes”, ou bien encore des individus exclus de la CGT pour avoir participé à la Charte du Travail sous Vichy. Ces syndicalistes n’adhérèrent bien entendu jamais à la CNT-AIT et créèrent par la suite la Confédération du Travail Indépendante dont l’organe était Travail et Liberté.

Après sept mois d’organisation, de structuration, se déroule le congrès constitutif de la CNT-AIT tenu à Paris, à la salle Susset dans le dixième arrondissement, les 7-8 et 9 décembre 1946. Les différents rapporteurs pour ce congrès sont Eugène Juhel pour l’activité de la C.A. et du B.C., René Doussot pour la trésorerie, Pierre Besnard pour la “Charte du syndicalisme révolutionnaire” et l’A.I.T., Jacquelin pour les salaires et la durée du travail et enfin Bezard pour la question agraire. Le congrès est peu important en soi. Il ne fait qu’officialiser l’existence de la CNT-AIT.Il est cependant nécessaire de s’arrêter sur la Charte du syndicalisme révolutionnaire, dite “de Paris”, étant donné qu’elle définit l’orientation de la CNT, sa nature et ses rapports avec les autres organisations ouvrières. Cette Charte de Paris n’est en réalité qu’une copie conforme de la Charte de Lyon de la CGT-SR (16). Cette copie confirme l’idée que la CNT-AIT n’est que la continuité de la CGT-SR /AIT. Pour autant, dans cette charte, il n’est pas fait référence à la CGT-SR et à sa charte de Lyon mais à la charte d’Amiens. Si “la CNT est la continuation de la CGT de 1906” (18), c’est-à-dire qu’elle se réclame de la charte d’Amiens, la charte de Paris renforce néanmoins l’hostilité du syndicalisme à l’égard des partis politiques et ne se limite pas à la simple notion d’indépendance du syndicalisme. En outre, la CNT-AIT, qui se présente comme la seule véritable organisation révolutionnaire, refuse l’unité avec les autres organisations syndicales sur le terrain révolutionnaire : “(…) il est indéniable que toute conjugaison de ces mêmes forces pour une lutte révolutionnaire apparaît inutile et vaine en raison de l’opposition fondamentale des buts que se sont assignées les diverses factions du syndicalisme”. Elle reconnaît en revanche la possibilité de réunir les différentes organisations syndicales “dans une action corporative”, “sur le terrain de l’action quotidienne” ; autrement dit, la CNT-AIT se prononce pour l’unité à la base, mais contre l’unité au sommet (19). Autre point important de cette charte, c’est celui sur la “collaboration de classe” : “condamnant la “collaboration des classes” et le “syndicalisme d’intérêt général”, (…), le Congrès précise que la collaboration des classes est caractérisée par le fait de participer, dans des organismes réunissant des représentants des ouvriers, des patrons ou de l’État, à l’étude en commun des problèmes économiques dont la solution apportée ne saurait que prolonger, en la renforçant, l’existence du régime actuel”.
Ce passage présente une sorte de consensus entre ceux qui sont pour les différentes élections professionnelles (délégués du personnel, comités d’entreprises) et ceux qui y sont opposés. Le fait de préciser “…à l’étude en commun des problèmes économiques…” permet ainsi aux partisans de ces élections de s’y présenter puisqu’elles sont censées défendre les travailleurs. Ce point de la charte limite par cette précision la collaboration de classes aux organismes tels que le Bureau International du Travail, ou aux discussions sur les conventions collectives nationales. Malgré la liberté laissée aux syndicats de se présenter à ces élections professionnelles, les organismes tels que les Comités d’entreprises sont condamnés.En ce qui concerne l’organisation, déterminée par les statuts, la CNT-AIT réunit les syndicats en congrès tous les deux ans. Pendant cette période, elle est administrée par une Commission administrative et par le Bureau confédéral qui s’occupe entre autres de la gestion du nouvel organe, le Combat Syndicaliste (n°1, avril 1947). Dans l’attente du congrès, les unions régionales et les fédérations se réunissent en comité confédéral national (C.C.N.). Ses statuts ont surtout un intérêt dans la mesure où ils rendent impossible une éventuelle prise de pouvoir au sein de l’organisation. Le Bureau Confédéral qui “est l’agent d’exécution et de liaison de la CNT”, selon les statuts, ne peut en effet dépasser le rôle qui lui est attribué. S’il cherchait à imposer une quelconque ligne politique, “il peut être suspendu par un C.C.N.”. Ce C.C.N. consistant à réunir les Unions Régionales, un groupe qui chercherait à prendre le pouvoir devrait alors avoir conquis toutes les régions. La volonté de rendre impossible une prise de pouvoir est également affirmée par ce principe que “chaque Syndicat représenté au Congrès dispose d’une voix” quelque soit son nombre d’adhérents. Il ne suffit donc pas de conquérir les gros syndicats qui disposeraient de plusieurs voix pour avoir le pouvoir au sein de la CNT-AIT.
Pendant cette première année d’existence, la CNT-AIT s’est consacrée principalement à son organisation, à sa structuration. Il faut attendre l’année suivante pour qu’elle connaisse une activité réellement syndicale, lui permettant de se développer.

c) Une croissance rapide (1947-1949)

Dès son congrès, la CNT-AIT met en place une structure confédérale composée de sections d’entreprises, de fédérations, d’unions locales et d’unions régionales. Celles-ci montrent d’ailleurs que la CNT-AIT est implantée sur tout le territoire national puisqu’elles sont au nombre de 22. Sur le plan géographique, la C.N.T. semble principalement implantée dans les régions parisienne, bordelaise et Midi-Pyrénées. Les soixante-trois syndicats représentés au deuxième congrès confédéral sont répartis sur trente-trois villes, dont treize dans le sud. A Paris, où la CNT-AIT s’est le plus développé, on compte une douzaine de syndicats (20). A ce même congrès, les principales villes après Paris, à savoir Bordeaux, Toulouse et Marseille comptent respectivement sept, cinq et quatre syndicats. Si dans quelques régions la CNT-AIT connaît une solide implantation, son existence est en revanche éphémère dans certaines localités. Cela est parfois dû au fait que ces unions locales ont été créées par des exilés espagnols comme par exemple à Alger (21) et à Tours. Mais l’absence d’adhérents français a fait que ces espagnols ne purent continuer à animer seuls ces sections avec le risque d’expulsion.
Sur le plan professionnel, ce sont les secteurs des métaux, du bâtiment et des cheminots qui ont connu le plus grand développement. Toujours à ce congrès, sont représentés douze syndicats des métaux, dix du bâtiment et cinq de cheminots (les six de Paris étant considérés comme un). Ces trois secteurs ont d’ailleurs chacun leur presse. La Fédération des Travailleurs du Rail (F.T.R.) dispose du Rail enchaîné (22) (n°1, février 1947). Entre 1947 et 1949, Raymond Beaulaton est secrétaire de la F.T.R. et de l’I.T.R. (Internationale des Travailleurs du Rail, affiliée à l’A.I.T.). Selon Beaulaton (23), cette fédération aurait été la plus importante. Lors du conseil national de la F.T.R., le 16 mai 1948 à Paris, 110 syndicats sont représentés, chiffre qui serait encore inférieur à la réalité si l’on en croit le compte-rendu : “(…) s’étonne de ne voir que 110 syndicats représentés (…)”. La fédération industrielle des métaux dispose quant à elle d’un organe trimestriel, C.N.T.-Métallurgie. En réalité, cet organe fédéral est soutenu par le syndicat industriel des métaux de la région parisienne (S.I.M.R.P.) qui est le principal syndicat de cette fédération. Le S.I.M.R.P. publie aussi un périodique, Action directe (n°1, avril 1947). Les secrétaires de cette fédération entre 1947 et 1950 sont successivement Jacquelin, Edouard Rotot et Rabret. Outre ces trois responsables, on peut également citer René Doussot, Le Bot et Maurice Joyeux qui appartiennent au conseil syndical des métaux.

Enfin, la troisième fédération, celle du bâtiment, ne publie pas de journal confédéral. Seul le S.U.B. de Paris sort un bulletin, S.U.B., “mensuel du Syndicat Unifié du Bâtiment et des travaux publics de la région parisienne” (n°1, avril 1948). En 1950, ce journal n’est plus qu’un supplément du Combat syndicaliste. Si la CNT-AIT a pu s’implanter dans certains secteurs professionnels, il faut préciser en revanche que de nombreux syndicats ne sont que des unions locales désignées comme telles ou comme intersyndicales et syndicats inter-corporatifs. Ces syndicats interprofessionnels sont au nombre de douze lors du congrès de 1948.
Cette implantation géographique et professionnelle ne permet pas pour autant d’évaluer les effectifs de la CNT-AIT. S’ils sont importants, il est en revanche excessif d’évaluer ses adhérents à 100 000 en 1947 et 200 000 pour 1948 (24). Ces évaluations sont dues au “bluff” du bureau confédéral : “Le bureau confédéral est l’initiateur d’une politique de bluff (…). Exemple : le sous-secrétariat de l’A.I.T. (…) a envoyé à l’A.I.T. un rapport officiel, dont JACQUELIN a reconnu être l’inspiration, et qui déclare officiellement que la CNT dépasse 25 000 adhérents pour la seule région parisienne. De tels procédés sont inacceptables et dangereux” (25). Une autre évaluation, celle de Hamelet (26) semble plus réaliste : entre 45 000 et 125 000. Si les adhérents se comptent en milliers, il est probable que de nombreuses adhésions ne furent que passagères. Prenons l’exemple de la sixième U.R. (Midi-Pyrénées). Différents courriers ou compte-rendus de congrès régionaux témoignent de plusieurs milliers d’adhérents. En 1947, dans une lettre adressée à Mirande, secrétaire de cette U.R., l’U.L. de Carcassonne écrit ceci : “Cher camarade, comme suite à nos conférences tenues à Carcassonne, j’ai l’avantage de te demander 500 cartes (…). Veuille noter que ce chiffre est inférieur à nos effectifs et que nous comptons d’ores et déjà sur 3000 cartes pour 1947”.
Ces adhésions ne témoignent pas de convictions anarcho-syndicalistes, elles correspondent plus à un “feu de paille” et sont de courtes durées. Ces 3000 adhérents potentiels ne se retrouvent d’ailleurs pas l’année suivante. En effet, lors du troisième congrès de la 6ème U.R. tenu à Perpignan, le 19 décembre 1948, le rapport de la trésorerie fait état de 5400 cartes dont 4530 rien que pour le syndicat du bâtiment de Toulouse (27). Ces deux indices montrent bien que les effectifs de la CNT ne sont pas continus.

Les adhérents venus à la CNT-AIT sont certainement des syndicalistes déçus par la CGT. Comme le note Xavier Frolan (28), “en 1946, un militant de gauche n’a le choix qu’entre deux organisations pour se syndiquer : la CGT – de plus en plus prise en main par le Parti Communiste – et la CNT-AIT ! Tous ceux qui sont allergiques au P.C. (…) ont tendance à rejoindre la CNT-AIT”. Ces adhérents ne sont pas venus à la CNT-AIT par adhésion aux idées anarcho-syndicalistes, mais par un anti-communisme d’une part, et d’autre part parce que la CNT-AIT est la seule centrale à ne pas modérer ses revendications qui sont principalement le retour à la semaine des 40 heures dans un premier temps puis l’opposition à la prime au rendement et “attribution aux travailleurs d’un ravitaillement réellement vital”, propositions qui sont à cette période relativement bien reçues.

Ces nombreuses adhésions peuvent également trouver leur explication dans le climat social de 1947, année qui connut de nombreuses grèves auxquelles la CNT-AIT a parfois participé. Les secteurs où l’on trouve des traces de la participation de la CNT-AIT sont essentiellement ceux de la métallurgie et des cheminots. Dans la métallurgie, on peut noter les grèves aux usines U.N.I.C. en juin à Puteaux (29) (Hauts-de-Seine), mais surtout celle de la Régie Renault en avril 1947. Selon un article du Mouvement social (30), la CNT-AIT aurait été absente lors de cette grève. Elle se serait implantée à la R.N.U.R. seulement en novembre pour “faire un peu de publicité sur son syndicat”. L’auteur de cet article ne s’appuie que sur les archives de la R.N.U.R. qui témoignent en effet d’un dépôt de statuts pour créer un syndicat CNT-AIT à la direction le 4 novembre par Rotot, secrétaire du S.I.M.R.P. Or dans Action directe de mai 1947 un article relate au contraire l’action de la CNT-AIT pendant la grève d’avril.  S’il n’existait pas en avril de syndicat CNT-AIT en terme de statut à la R.N.U.R., les syndiqués CNT-AIT travaillant dans cette usine ont en revanche participé à la grève avec comme mot d’ordre “unité d’action encore plus parfaite” tout en dénonçant le caractère politique de la CGT liée au P.C.F. Au departement 49, les grévistes emmenés par la CNT-AIT courent arreter le moteur principal, qui commande les chaines de montage. On en vient aux mains avec les staliniens du PCF qui veulent les en empecher. Gil DEVILLARD, militant anarchiste de la CNT-AIT, est désigné pour représenter le departement au comité de grève. Il deviendra par la suite le porte parole du Comité de greve quand celle ci s étendra au secteur Colas de Pierre Blois.

A midi, place Nationale, Plaisance, secrétaire du syndicat C.G.T., harangue les travailleurs : « Ce matin, une bande d’anarcho-hitléro-trotskystes a voulu faire sau­ter l’usine. » Protestation indignée de ceux qui savent. Etonnement de ceux qui ne sont pas au courant.

Le 28 avril 1947, les grévistes sse rassemblent sur la Place Nationale.Ce premier vendredi de grève se termine sur deux visites. Plaisance, secrétaire de la C.G.T., qui, le matin, avait dit aux ouvriers de Collas que bien qu’il n’approuvait pas ce mouvement il se ralliait aux décisions des travailleurs, se voit vivement reprocher son attitude de midi où il a prétendu que des bandes « d’énergumènes anarcho-hitléro-trots-kystes » avaient voulu faire sauter l’usine. Il est pris sérieusement à partie par des ouvriers et tente de se justi­fier en prétendant « qu’en 1936, faire sauter une usine cela voulait dire la mettre en grève ». « – Enfin, les copains, vous ne vous souvenez plus ! » Vieux renard hypocrite va ! il devra quitter l’atelier sous les huées des ouvriers et surtout des ouvrières.C’est également le directeur du personnel, M. Le Garrec, qui vient voir ce qui se passe et essayer d’influencer les travailleurs. Il faut signaler que Le Garrec avait pris sa carte du P.C.F. à la « Libération », sans doute pour augmenter son autorité sur le personnel dans cette période délicate, suivant en cela l’exemple du P.D.G. Lefaucheux qui était devenu également président de France-U.R.S.S. Un ouvrier espagnol qui a participé à l’insurrection des Asturies en 1934, qui a fait la guerre d’Espagne à Barcelone et qui est membre du Comité de grève, le prend alors à partie : « Monsieur le directeur, hier c’est vous qui commandiez « l’ousine », demain c’est peut-être la police, mais aujourd’hui ce sont les ouvriers. Vous n’avez rien à faire ici. » Interloqué, le directeur du personnel rétorque : « Je ne discute pas avec les étrangers. » Ce qui lui vaut cette réplique : « Monsieur le Directeur, il y a un étranger ici, c’est vous. Ici il n’y a que des ouvriers et le bourgeois qui se présente, l’étranger c’est vous parce que vous n’êtes pas de la même classe, forr les travailleurs il n’y a pas de patrie, il n’y a que des classes. Allé ! Ouste ! Sortez. »
Bonne leçon d’internationalisme donnée au directeur « communiste ».

La participation de la CNT-AIT aux celebrations du 1er Mai 1947, sous la forme d’un rassemblement distinct de la manifestation organisée par le PCF et la CGT ne passe pas non plus inapercue des journalistes. Ainsi Combat termine son article sur la journée du Premier Mai en évoquant « le défilé de la CNT :
On a pu remarquer, hors du parcours officiel, un meeting de la petite phalange des militants de la Conféderation Nationale du Travail. Précedés d’un calicot noir et rouge, chantant « l’Internationale », les militants anarcho-syndicalistes défilaient aux cris de « pas des canons, du pain ! », « A bas l’armée ! »,  » CGT vendue !  » et « Action Immédiate ! »La CNT-AIT a également participé aux grèves des cheminots de juin. Cette grève est née avec des arrêts de travail à Villeneuve-Saint-Georges où les “ouvriers qui n’avaient pas pu se procurer le pain pour leur casse-croûte eurent décidé de cesser le travail” (31). Si Vincent Auriol a vu dans ces arrêts de travail spontanés l’action souterraine de militants anarchistes (32), cette suspicion paraît justifiée. On peut en effet penser que la CNT-AIT est l’instigatrice de la grève. Cette hypothèse se vérifie si l’on prend en compte les témoignages de Raymond Beaulaton : “A l’été 1947, sous l’impulsion du petit syndicat CNT-AIT, les cheminots de Villeneuve-Saint-Georges se mettent en grève, grève qui devait rapidement s’étendre à tout le pays.” Cependant, il paraît difficile d’expliquer l’ampleur du mouvement par la seule action de la CNT. Cette ampleur tient plus au fait que “des cheminots de plus en plus nombreux se soient lassés de l’attitude attentiste de la CGT, qui a soutenu les exhortations gouvernementales en faveur de la production (…)” (33). La F.T.R. fit l’éloge de cette grève dans le Combat syndicaliste (34) et félicita l’action spontanée des cheminots qui ne se sont pas préoccupés des “bonzes et fonctionnaires cégétistes”. Dans ce même numéro, la F.T.R. dénonce aussi la tentative des communistes de politiser la grève : “Un des faits les plus caractéristiques de la grève des cheminots est l’attitude des politiciens, communistes et socialistes. Les premiers ne sont pas pour la grève. Ils étaient contre, en apparence du moins. Au fond, ils sont bien contents qu’elle gêne le gouvernement Ramadier. Ils espèrent même qu’elle servira à le jeter bas. Ils désirent l’exploiter dans les coulisses.”
Cette dénonciation de la politisation de la grève réapparaît lors des grandes grèves de novembre. Alors que la grève continuait à s’étendre pour devenir quasi-générale les 28 et 29 novembre, les cheminots de la CNT-AIT signèrent avec la CFTC, la CGC, le CAS. et le SPID. une déclaration commune pour protester contre l’utilisation à des fins politiques du mécontentement des cheminots et réclamer la liberté du travail. La CNT-AIT, au niveau confédéral, avait déjà pris position contre la grève politique avant que le mouvement ne prenne cette ampleur. En effet, dans une circulaire confédérale datée du 20 novembre 1947, le B.C. et la C.A. expliquaient les objectifs politiques de ces grèves pour la CGT et le PCF. Elle ne s’oppose pas à la grève en tant que telle mais à sa politisation. Le mouvement de grève étant largement suivi par les cheminots, la CNT-AIT se devait de nuancer ses propos afin de ne pas apparaître comme un syndicat de “jaunes”. Cette nuance se retrouve dans un tract signé avec F.O. (qui est encore une tendance de la CGT), CFTC. et la Fédération syndicaliste des P.T.T. ayant pour mot d’ordre “OUI à la grève revendicative, NON pour l’agitation politique”.

Si la CNT-AIT parvient à s’implanter dans certains domaines, cela tient certainement plus à ses activités là où elle est implantée qu’à son discours jusqu’au-boutiste, refusant tout compromis.

 d) Un discours radical

Les contenus des revendications et des mots d’ordres de la CNT-AIT sont assez originaux dans la mesure où tout ce qui est considéré comme des acquis sociaux pour les travailleurs est rejeté par la CNT-AIT. Qu’il s’agisse des conventions collectives, de l’institution des comités d’entreprises ou bien encore de la création de la sécurité sociale, toutes ces réformes sont perçues comme des moyens pour l’État et le patronat d’intégrer les organisations syndicales dans leurs organismes de “collaboration de classes”, et qui en conséquence freinent toutes actions revendicatives.
Commençons par les conventions collectives. Ces dernières limiteraient toute action revendicative des travailleurs puisqu’elles résultent des négociations entre l’État, le patronat et les organisations syndicales. Étant le fruit de négociations au sommet, les conventions collectives échappent donc au contrôle de la base. A ces conventions collectives, la CNT-AIT préférait “les conventions particulières”, c’est-à-dire des conventions propres à chaque entreprise. Ces conventions particulières étaient pour la CNT-AIT “la conclusion d’un épisode restreint de la lutte des classes, sa matérialisation” (35). Les différentes situations engendrées par des conventions propres aux entreprises, permettaient selon la CNT-AIT, de stimuler l’action ouvrière dans une entreprise pour atteindre une meilleure situation existant ailleurs. Ces différentes luttes constituent une “auto-éducation révolutionnaire des travailleurs” (36). Le principal reproche que la CNT-AIT adresse à ces conventions collectives, c’est qu’elles freinent la capacité révolutionnaire des travailleurs. Elles détournent ces derniers de l’action revendicative, dont la grève en est la manifestation, en intégrant les syndicats à la table des négociations. Or, pour la CNT-AIT, ces négociations autour des conventions collectives ne sont ni plus ni moins qu’une abdication des organisations syndicales face au patronat et à l’État. Dans l’esprit de la CNT-AIT il est impossible de se dire révolutionnaire et d’accepter en même temps de négocier. Ces négociations représentent aux yeux des militants anarcho-syndicalistes la négation de la lutte des classes. Les conventions “n’ont pour but que la pérennité du régime capitaliste” (37), dans la mesure où elles légitiment le profit en fixant une parité entre ce dernier et les salaires.
L’autre réforme qui vise à limiter une hypothétique poussée révolutionnaire des travailleurs est l’institution des comités d’entreprises. Ces comités d’entreprises ne sont pour la CNT-AIT qu’un instrument pour intégrer les syndicats à la gestion de l’entreprise. Or, dans une économie capitaliste, participer à la gestion d’une entreprise qui tire son profit du travail salarié traduit aux yeux de la CNT-AIT la « collaboration de classes ». Par ailleurs, puisque les délégués au comité d’entreprise n’ont aucun pouvoir décisionnel, ils ne servent à rien, sinon à leurrer les travailleurs. Seules l’action directe et la grève peuvent exercer une pression sur l’employeur. Dans son article intitulé “A bas les comités d’entreprises !” (38), Henri Bouyé résume la vision de la CNT-AIT : “Il n’y a pas de demi-mesures : ou bien la transformation sociale est réalisable par étapes, et alors le Comité d’Entreprise pourrait être une bonne chose, il faudrait y entrer. Ou bien, tout compromis avec la bourgeoisie possédante et l’État retarde cette transformation, et la Révolution demeure la seule voie de libération pour le peuple. Le syndicalisme révolutionnaire ne saurait emprunter une autre voie que cette dernière. Les militants n’iront pas se pourrir dans des organismes dont la constitution, en fin de compte, prolonge la durée d’une exploitation du travail à laquelle ils font la guerre.”

Cependant, au congrès de 1950, la participation aux Comités d’Entreprises est tolérée. Le congrès se prononce en effet pour une “participation circonstancielle laissée au contrôle des U.L.” (39). Toujours à ce congrès, la CNT-AIT se prononce par ailleurs pour la participation aux élections de délégués du personnel, ces élections ne constituant pas pour autant un but en soi et la participation à celles-ci ne devant donc pas être systématiques. Il est à noter enfin que dans les articles relatifs à ces comités d’entreprise il n’est jamais fait allusion aux comités mixtes à la production ou comités de gestion qui se sont instaurés à la Libération (40), excepté quelques articles consacrés aux Usines Berliet , où la CNT-AIT disposait d’une sections syndicale (41). Les Usines Berliet ont été une des principales usines où a été établi un comité de gestion (42). Or, dans cet article, la CNT-AIT nie l’idée selon laquelle il y aurait eu une gestion ouvrière (43). Le silence de la CNT-AIT sur les autres expériences de comités de gestion pourrait s’expliquer par sa critique du modèle des Usines Berliet. Il est en effet possible que sa critique de ce modèle se généralise à tous les autres (44).

Enfin, la dernière et principale réforme de l’après-guerre à laquelle s’oppose la CNT-AIT, est la création de la sécurité sociale. En la critiquant, la CNT-AIT se distingue des autres organisations ouvrières pour qui la sécurité sociale est une manifestation de la solidarité entre les travailleurs. Elle refuse l’intervention de l’État dans la gestion des caisses : celles-ci ne doivent être gérées que par les travailleurs. La CNT-AIT s’oppose également à l’idée que les travailleurs devraient cotiser à ces caisses, ces cotisations devant être pour elle à la charge des employeurs.
L’attitude de la CNT-AIT à l’égard de ces réformes témoigne de son refus de tout compromis avec l’État et le patronat. Elle adopte un discours radical qui exclut toute possibilité d’entente. Ce discours s’inscrit dans la continuité du rejet de l’idée d’intérêt général, qui sous-entend la possibilité, par le biais de négociations, de satisfaire les intérêts des employeurs et des travailleurs. Ces différentes réformes ne représentent donc en rien une amélioration ou un acquis social pour les travailleurs. Si la CNT-AIT rejette ces réformes, elle n’oublie pas pour autant que le syndicalisme doit œuvrer quotidiennement pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Elle se positionne en effet pour le retour immédiat aux quarante heures (les horaires hebdomadaires pouvant atteindre parfois les cinquante heures, voire plus), et pour la semaine de trente heures un second temps ; pour une hausse des salaires, mais une hausse qui doit être uniforme, c’est-à-dire qui ne doit pas établir de hiérarchie entre les travailleurs. La hiérarchie des salaires est aussi un thème combattu par la CNT-AIT. Non seulement, elle est un facteur de division, mais d’un point de vue économique elle provoque une baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres, suite à la hausse des salaires d’une partie des travailleurs qui engendre une hausse des prix. Cette hiérarchisation des salaires est un moyen de hiérarchiser les emplois entre eux. Or, selon les anarcho-syndicalistes, la hiérarchisation des emplois ne repose sur aucun critère. C’est dans cette logique que la CNT-AIT réclame l’égalité économique qui ne peut se réaliser dans l’immédiat que par “des augmentations uniformes en fonction de l’indice des prix” (45).

Dans la mesure où, pour la CNT-AIT, le climat social de la fin des années quarante peut basculer à tout moment en crise révolutionnaire, la participation des autres syndicats à ces organismes constitue une capitulation et une trahison des buts poursuivis par le syndicalisme révolutionnaire tels qu’ils sont inscrits dans la charte d’Amiens, à savoir l’expropriation du capitalisme et la prise en main des moyens de production par la grève générale.

Malgré son discours radical, la CNT-AIT, dès sa création, a su s’implanter dans le champ syndical français, en sachant profiter du climat social, et de la situation syndicale puisqu’elle était la seule centrale syndicale révolutionnaire en dehors de la CGT. Elle espérait d’ailleurs -compte tenu de cette situation- attirer à elle les syndicats autonomes. Mais la naissance de la CGT-FO (Force Ouvriere) changea la donne et posa à nouveau le délicat problème de l’unité syndicale.

2- Unité syndicale ou unité des syndicalistes révolutionnaires ? (1946-1950)

Il est important de consacrer une partie à ce thème de l’unité syndicale, dans la mesure où il anima la vie confédérale dès 1947 et plus particulièrement à partir de la fin de 1948. Le problème de l’unité syndicale se pose à la CNT-AIT dans un premier temps avec les syndicats autonomes qu’elle espère intégrer. Mais la création de Force Ouvrière mit fin aux espoirs de la CNT : elle étendra le problème de l’unité syndicale à tous les syndicalistes hostiles à la CGT et se réclamant de l’indépendance du syndicalisme. Nous verrons alors que l’unité provoqua au sein de la CNT-AIT des divergences théoriques, aboutissant même à des exclusions.

a) Rapports entre la CNT-AIT et les autonomes (1947-1948)

Les syndicats autonomes se sont créés pour les mêmes raisons que la CNT-AIT. : ils refusaient la main-mise des communistes sur la CGT. Mais au lieu de se confédérer, ces syndicats ont préféré l’autonomie. Les principaux syndicats autonomes sont la Fédération syndicaliste des P.T.T. dirigée par Mourguès, le Comité d’action syndicaliste (C.A.S.) des cheminots créé en juillet 1947 avec Laurent, et le C.A.S. des métaux mené par Racine.
Le Comité Confédéral National (C.C.N.) du 2 novembre 1947 avait mandaté les membres du B.C. pour engager des pourparlers avec les autonomes. Ces entrevues n’aboutirent jamais à une adhésion de ces syndicats à la CNT-AIT. Selon l’U.L. de Bordeaux, “l’échec fut total” (46). En effet, lors de la dernière entrevue avec la fédération syndicaliste des P.T.T., le 24 décembre 1947, celle-ci déclare qu’elle a donné son adhésion à F.O. Toujours dans ce même mois, le B.C. rencontra les représentants de la Fédération autonome des cheminots ; rencontre qui n’aboutit à aucun résultat. Le seul fait positif serait une déclaration commune entre les représentants du syndicat CNT-AIT des métaux, Rotot, Salembier et Coutelle, et ceux du C.A.S. des métaux, Kléhamer, Racine et Juliot, réunis le 24 décembre (47). Dans un communiqué, ces représentants déclarent que “les délégués décident de consulter leurs organisations propres en vue de constituer un comité de coordination pour préparer et réaliser l’unité organique”. Or cette unité organique ne se réalisa jamais. Le B.C. avait cependant tenté de renouveler les pourparlers avec le syndicat autonomes des métaux de Paris, au mois de juillet 1948, mais “les relations sont en sommeil” (48). Il semble bien que la scission de décembre 1947 qui donne naissance à la CGT-FO (bien que son congrès constitutif n’ait lieu qu’en avril 1948) ait encouragé la CNT-AIT à multiplier les pourparlers avec les autonomes.

La conclusion de ces différentes entrevues est que ces syndicats autonomes ne veulent pas adhérer à la CNT. Ils préfèrent entrer à F.O. et demandent d’ailleurs à la CNT-AIT de faire comme eux. Lors d’une entrevue qui eut lieu le 2 janvier 1948 entre la CNT-AIT représentée par Jacquelin, Juhel, Snappe et Fontenis, et les autonomes Hervé, Juliot et Racine, ces derniers déclarèrent qu’“ils avaient la ferme intention de faire du syndicalisme révolutionnaire dans leur organisation, et qu’ils espéraient bien faire éclater la nouvelle centrale, et ils nous demandèrent de nous joindre à eux dans F.O. pour les aider dans cette tâche” (49). L’objectif des autonomes, du moins ceux des métaux, était de constituer, avec la CNT-AIT, un pôle syndicaliste révolutionnaire au sein de la nouvelle CGT-FO qui proposait une unité syndicale englobant la CNT (50). A cette proposition, les représentants de la C.N.T. répondirent en se référant à la Charte de Paris qu’ils ne pouvaient “entretenir des relations, avec d’autres confédérations, et encore moins apporter notre appui à la création d’une autre centrale ouvrière”. Dans cette circulaire confédérale, le B.C. et la C.A. sont également persuadés que “d’ici le congrès de F.O., beaucoup d’autonomes seront menés à se diriger non vers un syndicalisme de réformistes bureaucratiques, mais bien vers la CNT-AIT qui restera la seule centrale du syndicalisme révolutionnaire”. La réalité étant toute autre, la CNT-AIT dut se résigner à modérer ses propos.

Le 19 juin 1948, la CNT-AIT se réunit avec des autonomes et des membres de F.O., et ils décidèrent “de constituer un comité de coordination qui serait chargé de préparer une conférence nationale d’unité syndicaliste” (51). Par la suite, la CNT-AIT opta lors de son C.C.N. tenu les 28 et 29 août 1948, pour la création de “Comité d’action” mais uniquement sur le plan de l’entreprise. Il s’agit de reprendre l’idée de la Charte de Paris, à savoir l’unité à la base et non au sommet. Le deuxième congrès confédéral tenu à Toulouse les 24, 25 et 26 septembre 1948 s’inscrit dans la continuité du C.C.N. et invite “les organisations de bases (…) à former un comité de coordination avec ces syndicats (les syndicats autonomes)”. Cependant, la manière dont la CNT-AIT pose la question du regroupement syndical peut paraître ambiguë pour les autres organisations syndicales. Nous reproduisons ici l’“appel au regroupement syndical” voté à ce congrès : “Le 2ème congrès de la C.N.T. considérant les difficultés de l’heure et la confusion existant dans tous les milieux syndicaux, appelle tous les travailleurs à se réunir dans une centrale affirmant comme base essentielle la conception de la lutte des classes avec, comme base d’action directe, pour la disparition du salariat et du patronat et la substitution des organismes syndicaux aux organismes d’Etat, (le 2ème congrès) s’adresse spécialement à tous les syndicats autonomes et minorités syndicales d’accord avec ces principes et finalités, pour se réunir à la CNT. pour la constitution de cette centrale”.

Cet appel au regroupement syndical est en réalité un appel au regroupement des syndicalistes révolutionnaires. La CNT-AIT se considérant comme la seule centrale syndicaliste révolutionnaire, elle suggère ainsi que la place des syndicalistes révolutionnaires ne peut être qu’à la CNT-AIT. Il s’agit donc un appel aux syndicalistes révolutionnaires pour qu’ils adhèrent à la CNT-AIT. Cette position de la CNT, premier pas vers son isolement, est un des obstacles au regroupement syndical qui était l’objectif du Cartel d’Unité d’Action Syndicaliste.

Illustration parue dans Le Combat Syndicaliste de Décembre 1948 : « LA CNT nue comme la vérité »Face à elle les « cagoulards » de la CGT/PC ou de FO/socio-démocrates (remarquer l’insigne avec les 3 flèches dont on se souvenait à l’époque qu’elle était un symbole du Parti Socialiste … …)

b) Le Cartel d’Unité d’Action Syndicaliste (1948-1950)

Le comité national de coordination des syndicats autonomes avait appelé à une conférence nationale sur le thème du regroupement syndical, les 20 et 21 novembre 1948. La C.N.T. était représentée par Edouard Rotot et Maurice Joyeux. Étaient également présents à cette conférence la minorité F.O. représentée par Le Bourre, la tendance trotskiste de l’Unité Syndicale avec Pierre Lambert et l’École Émancipée, tendance de la F.E.N. Dans le compte-rendu de cette conférence, Rotot et Joyeux dénoncent tout d’abord la tendance de certains autonomes, notamment Racine, à faire l’éloge de l’association capital-travail. Ils estiment par ailleurs que la majorité des autonomes est “naïve”, “inculte aux idées progressistes”, ou bien encore que bon nombre d’entre eux sont des partisans de de Gaulle tel que Clément du syndicat autonome du métro.Le bilan que dresse la CNT-AIT de cette conférence est nuancé. Outre la critique qu’elle fait des autres syndicats, elle constate une forte influence de l’Unité Syndicale. Cette tendance aurait modifié l’ordre du jour de la conférence qui était de débattre du regroupement syndical : “il (Pierre Lambert) est pour un comité d’action parce que ceci, par le jeu des fractions, permet à son parti de réaliser la direction unique du mouvement ouvrier minoritaire” (52). Cette proposition de constituer un comité d’action était accueillie favorablement par les autres courants : les autonomes “pour ne pas être absorbés par la CNT” (53), la minorité F.O. pour maintenir ses attaches à sa centrale et l’École Émancipée pour rester à la F.E.N. Le point positif, en revanche, est que la plate-forme adoptée par le comité d’action (qui devient alors le Cartel d’Unité d’Action Syndicaliste) est très proche du syndicalisme révolutionnaire tel que l’entend la CNT-AIT. A l’issue de cette conférence, plusieurs comités locaux se mettent en place, en plus de ceux qui existaient déjà, auxquels la CNT-AIT participe souvent.
Cependant, bien que des cartels régionaux se soient constitués, le Cartel d’Unité d’Action Syndicaliste manquait de finalité, étant donné que l’unité organique était exclue. Pierre Monatte montre l’origine de cette absence d’unité : “(…) au fond, les différents courants syndicalistes révolutionnaires ne désirent pas tellement s’unir et se fondre. Chacun – autonomes, CNT, partisans de F.O.- restent convaincus d’avoir pleinement raison et de constituer le pôle de rassemblement” (54). Ce constat se vérifie en particulier pour la CNT-AIT Bien qu’elle eût espéré absorber les autonomes, elle reste partisane de l’unité d’action et non pas de l’unité organique.

Ce cartel n’ayant pas d’issue, la CNT-AIT décida lors de son C.C.N. du 29 mai 1949 de rompre avec celui-ci tout en maintenant ses activités dans les comités locaux. Le motif de cette rupture serait “qu’il a compromis sérieusement la vitalité et l’unité de notre organisation” (55). La raison véritable est certainement que la CNT-AIT ne peut s’unir avec des éléments qu’elle juge réformistes et qu’elle a dû renoncer à l’adhésion des syndicats autonomes, qui était peut-être sa seule motivation pour participer à ce cartel.Cette décision du C.C.N. provoqua néanmoins une crise au sein de l’organisation, puisqu’elle allait à l’encontre de celle qui avait été prise au congrès confédéral de Toulouse. La 8ème U.R. (région de Bordeaux) menaçait de ne plus payer ses cotisations et le syndicat des métaux de Bordeaux envisageait même de quitter la CNT-AIT. Pour résoudre cette crise, il fut donc décidé de convoquer un congrès extraordinaire pour les 30, 31 octobre et 1er novembre 1949. Deux tendances vont alors s’opposer au sujet du Cartel d’Unité d’Action Syndicaliste.Certaines sections comme la 6ème U.R. (Midi-Pyrénées) et la 8ème U.R. (région bordelaise) sont favorables au cartel, voire même à la création d’une centrale syndicaliste révolutionnaire, envisageant ainsi la fin de la CNT-AIT. Les partisans de l’unité et donc du cartel affirmaient qu’il fallait “envisager un regroupement syndicaliste révolutionnaire, sur des bases plus larges, pouvant être acceptées par tous les syndicalistes révolutionnaires” (56), autrement dit qu’il fallait faire des concessions.L’autre tendance qui est essentiellement celle de la 2ème U.R. (région parisienne) et de la C.A. et qui s’était prononcée pour le retrait de la CNT-AIT du cartel, justifiait sa position par la faible présence de syndicalistes révolutionnaires au sein du cartel. Elle démontrait aussi l’inutilité du cartel, dans la mesure où l’unité organique envisagée était impossible pour la CNT-AIT qui n’était favorable qu’à l’unité d’action à la base, celle-ci devant être de plus spontanée. Le congrès extraordinaire confirma la décision du C.C.N. de mai.
A la suite de ce congrès, certaines sections continuent leur activité au cartel (la 8ème U.R. et la F.T.R.) mais se verront obligés de le quitter. Seule la 8ème U.R. accepta de cesser ses activités au sein du cartel. Beaulaton et Robert, en revanche, en tant que représentants de la F.T.R., participèrent à la deuxième conférence nationale du cartel, les 12 et 13 novembre 1949. Cette participation témoignait d’une position opposée à celle de la C.A. La C.A. avait en effet décidé de déléguer à cette deuxième conférence nationale du cartel Samson du syndicat des transports et Toublet du syndicat des métiers d’art. Cette délégation avait pour mandat de “dénoncer la duperie que promet d’être la nouvelle centrale en gestation si jamais elle arrive à se constituer (…)” (57). Ainsi, lors du C.C.N. du 29 janvier 1950, les responsables de la F.T.R., Beaulaton, Robert, Pillerault et Regnault sont exclus de la CNT-AIT pour non-respect des décisions votées lors du congrès confédéral (58).Ces exclusions affaiblirent la F.T.R., puisque beaucoup de militants suivirent leurs responsables. Le thème de l’unité syndicale a donc divisé la CNT-AIT et l’a certainement affaiblie. On peut supposer que des adhérents ont quitté la CNT-AIT à cause de son intransigeance. Mais elle a été affaiblie aussi dans la mesure où elle s’est isolée du reste du mouvement syndical. Ce cartel lui avait en effet permis de nouer des contacts sérieux avec certains éléments. Pour des militants tels que Aimé Capelle, l’échec de l’unité est dû à l’intransigeance et à une position “anarchiste”, qui conduisent la CNT-AIT à l’isolement.

3- La CNT-AIT et l’anarchisme

Le syndicalisme révolutionnaire a toujours posé un problème : est-il anarchiste ? Ceux pour qui le syndicalisme révolutionnaire et l’anarchisme sont liés sont ceux qui ont créé auparavant la CGT-SR / AIT puis la CNT-AIT (59). Le caractère anarchiste est d’autant plus renforcé que beaucoup de militants cénétistes sont également à la Fédération Anarchiste (F.A.). Mais cette position ne faisant pas l’unanimité la CNT-AIT fut divisée en deux tendances dès 1946.

a) Évolution des rapports entre la CNT-AIT et la F.A. (60)

La F.A. manifeste son soutien à la F.S.F. puis à la CNT-AIT dès son congrès de Paris, les 6 et 7 octobre 1945. Ce congrès qui regroupait toutes les tendances de l’anarchisme, tous “ceux qui se réclament de l’anarchisme et de l’anarcho-syndicalisme” avait pour objectif de donner une cohésion au mouvement libertaire dans son ensemble et de mettre fin aux discussions entre “des fractions qui hier, s’ignoraient ou se heurtaient” (61). Lors de ce congrès, la F.A. demanda à ses militants d’adhérer à la F.S.F. Puis en 1946, alors que la F.A. avait été dans un premier temps hostile à la création de la CNT-AIT qui mettait fin à l’unité des travailleurs, elle change d’attitude lors de son congrès qui se tient à Dijon les 13, 14 et 15 septembre 1946. Elle y affirme son soutien à la CNT-AIT mais sans rendre obligatoire l’adhésion à celle-ci. Ce soutien se traduit entre autre par la rubrique syndicale du Libertaire largement ouverte à la CNT-AIT qui multiplia ses appels à quitter la CGT pour venir la rejoindre. Cependant à partir de son congrès d’Angers qui se tient les 11, 12, 13 et 14 novembre 1948, la F.A. modifie sa position à l’égard de la CNT-AIT. La F.A. “s’affirme partisan de la réunion de toutes les organisations vraiment syndicalistes : CNT, syndicats autonomes, minorités F.O. ou CGT. (…)”.
Si la CNT-AIT a pu bénéficier dans un premier temps du soutien de la F.A., le départ de la CNT-AIT du cartel provoque une prise de distance. Des militants de la F.A. tel que Maurice Joyeux (62) décident alors de quitter la CNT-AIT pour adhérer à F.O. Les militants de la F.A. avaient en fait adhéré à la CNT-AIT parce qu’elle était la seule centrale à se réclamer de la charte d’Amiens en dehors de la C.G.T. Ainsi, n’étant pas anarcho-syndicalistes, ils préférèrent adhérer à F.O. qui leur semble plus apte à réaliser l’unité des travailleurs tout en respectant l’indépendance du syndicalisme.

Mais la rupture intervient avec la montée du courant de Georges Fontenis. Le congrès régional du midi à Narbonne en janvier 1949 adopte des résolutions ne pouvant que provoquer la rupture : “la structure de la F.A. ne lui permet pas d’entraîner l’ensemble des travailleurs dans une action révolutionnaire. C’est à la CNT que ce rôle est dévolu. C’est pour cette raison que les anarchistes doivent l’orienter et ne pas hésiter à prendre des postes responsables (…)” (63). Cette orientation dirigiste de la F.A. se confirme le 11 mars 1950 au congrès de la région parisienne : “Toute organisation para-anarchiste, non-affiliée statutairement à la F.A. devra, dans le cadre régional, être sous le contrôle direct du bureau de la région, son action influencée par les militants de la F.A.” (64).

Le soutien de la F.A. en faveur de la CNT-AIT fut perçu de deux manières. Il est positif puisqu’il amena à la CNT-AIT des adhérents de la F.A., et la CNT-AIT pu bénéficier d’un outil de propagande à travers le Libertaire dans lequel elle multiplia les appels à quitter la CGT pour venir la rejoindre. En 1947 et 1948, le Libertaire laisse en effet une large place à la CNT-AIT. La quatrième page traitant du syndicalisme est systématiquement consacrée à la CNT-AIT avec des articles de ses militants, des communiqués des U.L., des fédérations ou du Bureau Confédéral. La première page du Libertaire est parfois laissée à la CNT-AIT, notamment lors des grèves de novembre 1947. On peut également lire des appels tel que : “Adhérez à la Fédération Anarchiste ! Syndiquez-vous à la CNT !” (65). Même après la création de F.O., les articles restèrent favorables à la CNT-AIT. Ce soutien permit en revanche aux adversaires de la CNT-AIT ou à ceux qui étaient réticents vis-à-vis d’elle, de l’identifier à la F.A. Ainsi, pourquoi quitter une CGT entre les mains des communistes pour rejoindre une CNT entre les mains des anarchistes ? Il était cependant faux d’affirmer que la CNT-AIT était contrôlée par la F.A. Il est indéniable que certains responsables de la CNT-AIT étaient en même temps responsables à la F.A. (Joyeux, Jacquelin, Fontenis, Joulin,…). Parane affirmait au contraire que la CNT-AIT et la F.A., c’était la même chose : “Il a fallu deux ans pour s’apercevoir qu’en bien des localités, les syndicats de la CNT-AIT n’étaient en fait que des groupes anarchistes réunis dans un même local, animés par les mêmes copains, mais disposant d’un cachet supplémentaire”. (66)

Si identifier la CNT-AIT à la F.A. est exagéré, les liens entre la CNT-AIT et le mouvement anarchiste restent forts. Le paysage anarchiste de l’entre-deux-guerre se retrouve en effet à la CNT-AIT.

Ce qui divisa la CNT-AIT, ce fut la question de savoir si elle était une centrale syndicale anarchiste ou une centrale syndicaliste révolutionnaire. Autrement dit, la CNT-AIT était-elle une organisation politique qui plaçait la fidélité aux principes anarchistes avant l’action syndicale ?

b) Divisions entre syndicalistes anarchistes et syndicalistes révolutionnaires

Le débat autour de la nature de la CNT-AIT se manifeste essentiellement par rapport à l’article 7 des statuts. Cet article stipulait au départ que le syndicalisme était indépendant de tout parti politique, de toute secte philosophique ou religieuse. Les militants qui étaient adhérents à la F.A. refusèrent l’adoption de cet article. Henri Bouyé, lors du congrès constitutif, affirma que “si nous acceptons l’article 7 dans sa teneur actuelle, il est impossible à un camarade de la Fédération anarchiste d’être responsable de la confédération. Nous ne pouvons l’admettre.” Les responsables des provinces étant le plus souvent adhérents à la F.A., ils eurent la majorité et modifièrent cet article qui devint : “La confédération est indépendante de tout parti politique, sectes philosophiques ou religieuses ne se réclamant pas de la lutte des classes”, ce qui revenait à rompre l’indépendance de la confédération à l’égard de la F.A.Cette décision entraîna le départ d’un des fondateurs de la CNT-AIT, Julien Toublet. Dans une lettre adressée à la CNT-AIT datée du 14 décembre, il écrit : “Ils (les délégués anarchistes) n’ont pas su résister à la tentation de faire de la CNT naissante, une CNT anarchiste”. Selon Toublet, l’article 7 a été rédigé de telle sorte que les responsables de la F.A. puissent concilier leur poste avec un poste responsable de la CNT. Cette décision ne peut que conduire la CNT-AIT à l’isolement étant donné “la tradition syndicale dans ce pays, toute axée sur la notion de l’indépendance du syndicalisme”. Toublet décida alors de créer l’Union Fédéraliste du Syndicalisme Indépendant. Dans une seconde lettre, il écrit que “pas un minoritaire apolitique de la CGT ne peut accepter le texte que vous avez adopté”. Ainsi, ce que Toublet affirme, c’est que la CNT-AIT ne peut recruter que des adhérents déjà acquis aux idées anarcho-syndicalistes (67).
Mais au congrès de 1950, il est décidé de reformuler l’article 7 tel qu’il avait été présenté au congrès constitutif de décembre 1946. Cette modification de l’article peut s’expliquer par le départ de la CNT-AIT de nombreux responsables de la F.A. à la suite du retrait du cartel, mais aussi de la génération qui était adhérente avant la guerre à la CGT-SR, laissant alors la majorité à ceux qui se désignent comme syndicalistes révolutionnaires en opposition aux anarchistes syndicalistes. A ce congrès, il est aussi question de savoir s’il faut coller l’étiquette anarcho-syndicaliste à la CNT-AIT. Toublet affirme que le fait de coller l’étiquette anarcho-syndicaliste à la CNT-AIT la viderait. Cette tendance syndicaliste révolutionnaire était plus modérée que celle des anarcho-syndicalistes ou “anarchistes syndicalistes”, puisqu’elle reconnaissait l’utilité de la représentativité de la CNT dans les différents organismes. Pour ces adhérents catalogués comme “modérés” ou “réformistes”, le syndicat doit être révolutionnaire dans sa finalité, mais réformiste dans son action journalière. Ils étaient donc partisans de représenter la CNT-AIT au sein des comités d’entreprises, des conseils des prud’hommes et des commissions paritaires. Mais seule la participation aux élections des délégués du personnel fut acceptée au congrès de 1950.

A propos de la représentativité, Aimée Capelle indique que “En 46, nous avions reçu du Ministère du Travail des imprimés à remplir, sur l’activité de l’organisation pendant l’Occupation. Elle n’existait pas mais la CGT-SR existait. En somme, la CNT-AIT était la continuation de la CGT-SR / AIT et elle avait la possibilité de demander la représentativité, au même titre qu’elle avait été accordée à la CGT et à la CFTC. (…) Les imprimés n’ont pas été remplis”. On peut trouver naïf que certains aient cru que la représentativité puisse être accordée à la CNT-AIT, mais en l’occurrence la CNT-AIT a tout simplement refusé de la demander.

Ainsi on peut observer deux tendances quant à la définition de la CNT. La première, anarcho-syndicaliste, qui a dirigé la CNT-AIT entre 1946 et 1950, a certainement contribué à l’isolement de la CNT par son attitude un peu puriste. La seconde en revanche, si elle est plus souple, va à l’encontre des principes anarcho-syndicalistes. Ce dilemme constitue le point faible de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire organisés dans une centrale se réclamant de ces courants.

CNT-AIT

On constate qu’après cinq années d’existence, du fait des luttes internes et des prises de position controversées, la CNT-AIT s’est considérablement affaiblie. Dans son article intitulé “vivant” (68), Parane nous explique les raisons de cette courte apogée qu’a connu la CNT-AIT. entre 1946 et 1950 : “Souvenirs fumeux de la révolution espagnole, regrets imprécis de la CGT-SR, envie d’être entre copains, croyance que les sursauts manifestés chez les cheminots, les postiers, les métallos supposaient des troupes prêtes à se grouper sous notre bannière, voilà quelques uns des éléments qui ont contribué à cette flambée d’enthousiasme. (…). Nous avons fait trop de syndicalisme de meeting et trop de syndicalisme théorique. Et les occasions que l’actualité nous présentait ont échappé à notre propagande et à notre action”.

AUTRES CHAPITRES :

LA CNT-AIT, une histoire à écrire http://cnt-ait.info/article.php3?id…

II. L’isolement de la CNT-AIT (années 1950-1973) http://cnt-ait.info/article.php3?id…

III. Une longue reconstruction (1973-début des années 90) http://cnt-ait.info/article.php3?id…

En Résumé http://cnt-ait.info/article.php3?id…

(1) Notons toutefois ce témoignage de Paul Lapeyre sur René Doussot : “…Pendant toute la durée de l’occupation, DOUSSOT réunit chez lui, chaque mois, la Commission administrative du S.U.B. (Syndicat unique du Bâtiment) passé à la CGT-SR et du S.U.M. (Syndicat unique des Métaux) et tint à jour les procès-verbaux de ces réunions, pour prouver que la CGT-SR avait continué d’exister. On peut en sourire aujourd’hui ; n’empêche : si la police avait découvert ces cahiers, DOUSSOT aurait été au moins déporté….”, Les anarchistes dans la résistance, volume 2, C.I.R.A.

(2) Appel aux Syndicalistes Révolutionnaires, C.I.R.A. de Marseille.

(3) Les témoignages de Aimé Capelle sont extraits de l’ouvrage de CAROUX-DESTRAY Jacques. Un couple ouvrier traditionnel. La vieille garde autogestionnaire. Paris, Anthropos, 1974, pp. 189-212 (Aimé Capelle est présenté sous le nom d’Amédée Domat dans ce livre, mais un recoupement avec les archives de l’organisation permet de l’identifier).

(4) Statuts de la Fédération Syndicaliste. Archives de la CNT-AIT de Toulouse.

(5) BIARD Roland. Histoire du mouvement anarchiste. 1945-1975. Editions Galilée, 1976, p. 92. Contrairement ce qu’affirme Biard, ce n’est pas cette prise de position des dirigeants cégétistes qui provoqua la scission.

(6) Nos Cahiers. Bulletin mensuel du Comité d’Etudes Techniques Economiques et Sociales. N°13, 1er octobre 1946. Il s’agit d’une revue publiée par des adhérents de la CGT. se réclamant du syndicalisme révolutionnaire.(7) Après la création de F.O., ils formeront la tendance “Unité syndicale”.

(8) Ce titre fait référence à la création de la CGTU en 1921. Lors de ce congrès, les exclus de la CGT ou les déçus (communistes, syndicalistes révolutionnaires de la tendance de Pierre Monatte, anarcho-syndicalistes, même si ce qualificatif n’est pas encore utilisé, de la tendance de Pierre Besnard et anarchistes) se réunissent pour fonder une CGT Unitaire (CGTU) en opposition à la CGT devenue trop réformiste. Mais la position des syndicalistes révolutionnaires fera de cette nouvelle CGT un outil aux mains du tout nouveau PCF (encore appelée SFIC). Ainsi, tout comme en 1921, ce congrès de 1946 fait de la CGT un instrument du PCF. Sur cette scission de 1921, cf. l’ouvrage assez vieilli mais bien complet de Maurice LABBI. La grande division des travailleurs. Première scission de la CGT : 1914-1921. Les Editions ouvrières, 1964.

(9) On peut se demander, étant donné la nature de cet appel à la conférence qui décide avant même son déroulement la constitution de la CNT et son adhésion à l’AIT, si le regroupement des anarcho-syndicalistes au sein de la F.S.F. et des C.D.S. n’avait pas comme objectif de préparer la constitution d’une centrale anarcho-syndicaliste, comme ils l’avaient déjà fait en 1921 avec le pacte secret de Pierre Besnard. Les anarcho-syndicalistes devaient bien avoir conscience de ne jamais pouvoir peser sur les orientations de la CGT. Cette hypothèse est d’autant plus probable que lors des assises du mouvement libertaire tenues les 6 et 7 octobre 1945, la F.S.F. avait déclaré : “Il est urgent de créer la force du syndicalisme véritable qui s’opposera à celle de la CGT communiste (…)”, façon indirecte d’annoncer la création prochaine de la CNT-AIT. Compte-rendu des “Assises du mouvement libertaire et du congrès de la F.A. (6 et 7 octobre et 2 décembre 1945)”, cité par D’OVIDIO Pierre. Les anarchistes en France de 1945 à la veille de mai-juin 1968. Mémoire de maîtrise, sous la direction de Jean Maitron et Jacques Droz. Paris I, 1974, p.109.

(10) En effet, la CGT-SR n’a pas connu un grand succès. Le nombre des adhérents étant très faible, certains anarchistes l’appelaient la “CGT-Sans Rien”.

(11) Ordre du jour qui reste assez vague, certainement pour attirer le plus de monde possible parmi les syndicalistes déçus par la CGT. L’orientation ouvertement anarcho-syndicaliste aurait pu provoquer une certaine réticence chez les syndicalistes.

(12) Pour Besnard, la lutte des classes ne devait pas se restreindre aux lieux de travail et devait prendre en compte les problèmes du quotidien, l’homme n’étant pas qu’un producteur mais aussi un consommateur.

(13) Il se situera à partir de 1947 au 39, rue de la Tour d’Auvergne dans le 9ème.

(14) “Rapport sur l’activité de la Commission administrative et du Bureau confédéral du 6 mai 1946 au 13 octobre 1946” rédigé par Eugène Juhel, alors secrétaire à la propagande.

(15) Il s’agit du total des souscriptions parues dans L’Action Syndicaliste entre mai et novembre 1946.

(16) Circulaire confédérale n°5, s.d.

(17) Par copie conforme, nous entendons mot pour mot, excepté quelques détails qui ont été supprimés ou ajouté du fait du contexte historique. Les statuts des deux organisations sont également très proches. Il n’y a aucune différence dans le fond.

(18) Il est intéressant de voir l’importance de la charte d’Amiens pour les organisations syndicales. Se référer à celle-ci sert à se donner une légitimité et à se présenter comme la vraie incarnation du syndicalisme. La CGT de 1906 devient alors le référant et l’idéal type du syndicalisme.

(19) Nous reviendrons sur ce thème de l’unité qui divisera la CNT-AIT.

(20) Il s’agit des syndicats des métaux, transports et manutention, textile, bois-ameublement, cuirs et peaux, employés, métiers d’art, S.U.B., fonctionnaires et santé publique, service santé, H.C.R.C. et cheminots (ce syndicat compte 6 sections, mais après discussion ces 6 sections comptent comme un syndicat).

(21) Après la victoire des franquistes en 1939, les Espagnols du sud ne pouvant plus rejoindre la France métropolitaine se sont exilés au Maghreb français. La CNT-AIT d’Alger fut aussi monté par un noyaux de militants anarchistes qui étaient déjà actifs avant la seconde guerre mondiale : le docker Duteuil, les instituteurs Jean Decharienne et Fernand Doukhan, Derbal Salah ou Abdelemoune. Ils créeront plus tard le MLNA (Mouvement Libertaire nord Africain)
(22) L’organe de la F.T.R. prendra successivement le titre de Rail enchaîné, puis à partir de juin 1947 Le Cri du cheminot et enfin après son congrès fédéral de septembre 1948 Rail-CNT.

(23) BEAULATON Raymond. Contribution à l’histoire de la C.N.T. (1945-1950). s.d., 11 p.

(24) DOLLEANS Edouard et DEHOVE Gérard. Histoire du travail en France. Mouvement ouvrier et législation sociale. T.2 : de 1919 à nos jours. Editions Domat Montchrestien, 1955.

(25) Contre-rapport sur le rapport moral de l’U.L. de Bordeaux pour le congrès confédéral de septembre 1948.

(26) HAMELET Michel P. “où va le syndicalisme français ?”, Revue de Paris, janvier 1949.

(27) Le 31 octobre 1947, sur 1293 cartes vendues, on compte 479 pour le S.U.B. Ainsi, en un an, le nombre d’adhésion de ce syndicat aurait été multiplié par 9,45. Probablement un autre « feu de paille ».

(28) FROLAN Xavier. Notre place dans le mouvement ouvrier français. Ed. C.D.E.S. (Centre de Documentation et d’Etudes Sociales), 1988., 26 p.

(29) BIARD Roland relève dans cette même usine une grève “à direction C.N.T.” en décembre 1946.

(30) FALLACHON P. “grèves de la Régie Renault en 1947”, Mouvement social, n°81, 1972.

(31) Témoignage d’un cheminot fait le 9 juin, rapporté dans le numéro de juillet 1947 de la revue Esprit.

(32) AURIOL Vincent. Journal du septennat. 1947-1954. T.1. : 1947. Armand Colin, 1970.

(33) COURTY-VALENTIN Marie-Renée. Les grèves de 1947 en France. Thèse de 3ème cycle, sous la direction d’Antoine Prost, I.E.P. de Paris, 1981, p. 244.

(34) Le Combat syndicaliste, N°3, juin 1947.

(35) Le Combat syndicaliste, n°9, 13 janvier 1949.

(36) Le Combat syndicaliste, n°21, janvier 1950.

(37) Le Combat syndicaliste, n°21, janvier 1950.

(38) Le Combat syndicaliste, n°14, 1er juin 1949.

(39) Compte-rendu du congrès de 1950.

(40) Ces comités mixtes à la production ou comités de gestion étaient constitués par les travailleurs dans certaines usines dont le patron avait collaboré avec l’Allemagne. ANDRIEU C., LE VAN L., PROST A. (sous la direction de). Les nationalisations à la Libération. De l’utopie au compromis. F.N.S.P., 1987, 392 p.

(41) Le Combat syndicaliste, n°14, 1er juin 1949.

(42) Voir à ce sujet le témoignage de PEYRENET Marcel. Nous prendrons les usines. Les usines Berliet à Lyon. Garance, 1980.

(43) Des militants de la CNT-AIT travaillaient dans ces usines Berliet.

(44) On peut également envisager tout simplement, qu’étant absente des autres usines où ont été constitués des comités de gestion, elle préfère ne pas se prononcer sur ces expériences.

(45) Le Combat syndicaliste, n°9, 13 janvier 1949.

(46) Contre-rapport au rapport moral présenté par l’U.L. de Bordeaux à l’occasion du congrès confédéral de septembre 1948.

(47) BEAULATON Raymond. Contribution à l’histoire de la CNT. 1945-1950. s.d., p. 3.

(48) Contre-rapport de l’U.L. de Bordeaux.

(49) Circulaire confédérale n°19, non datée.

(50) On retrouve lors du congrès constitutif de F.O. tenu les 12 et 13 avril 1948, plusieurs déclarations appelant à la constitution d’une centrale qui permettrait un large regroupement syndical. Certaines déclarations montrent une certaine sympathie pour la CNT-AIT ; certains proposèrent même l’adhésion à l’AIT et non à la FSM (Fédération Syndicale Mondiale).

(51) BEAULATON Raymond. op. ci t. p. 4.

(52) Bulletin Intérieur de novembre 1948.

(53) Ibid.

(54) La Révolution prolétarienne, n°327, mars 1949.

(55) Circulaire confédérale n°11, juin 1949.

(56) Lettre de Arthur Guiller, adhérent de la 4ème U.R., envoyée au bulletin intérieur

(57) Bulletin intérieur, n°12, novembre-décembre 1949.

(58) Beaulaton et Robert créent par la suite l’A.S.C.A. (Alliance Syndicale des Cheminots Anarchistes) dont l’organe est le Rail enchaîné (n°1, avril 1953). Ils prévoièrent pour 1954, la création d’une “Confédération syndicale des travailleurs anarchistes avec l’Alliance anarchiste des P.T.T. et l’Alliance syndicale anarchiste de la R.A.T.P.”. Cette confédération ne naîtra jamais, ou peut-être qu’il s’agit de l’Alliance Ouvrière Anarchiste (A.O.A.) créée en 1956.

(59) Les anarcho-syndicalistes français ont d’une certaine manière repris le modèle espagnol. La CNT-AIT espagnole était en effet ouvertement anarchiste puisqu’elle s’était dotée d’une organisation politique anarchiste, la F.A.I. (Fédération Anarchiste Ibérique). Or le succès du modèle espagnol s’explique par des raisons historiques qui ne sont pas les mêmes en France. En Espagne, l’anarchisme dominait le mouvement ouvrier, alors qu’en France, il n’était qu’une composante minoritaire de celui-ci.

(60) En prenant un échantillon de militants qui ont participé à la création de la CNT-AIT (par exemple en se référant au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier), on voit clairement que la CNT-AIT a principalement été crée par des anarchistes de l’entre-deux guerres.

(61) Le Lien, bulletin intérieur de la FA, N°3, janvier-février-mars 1946.

(62) Maurice Joyeux quitte la CNT-AIT pour rejoindre la CGT-FO à laquelle il adhère jusqu’à sa retraite. Son départ de la CNT pour FO est cependant assez contradictoire puisqu’il s’opposait à une unité entre la CNT-AIT et FO. Il est également étonnant que dans ses ouvrages autobiographiques, Maurice Joyeux ne fasse jamais allusion à son passage à la CNT-AIT qu’il a pourtant contribué à fonder. D’après Raymond Beaulaton, certains militants avaient la double appartenance CNT et FO.

(63) Citation extraite de BIARD Roland. Histoire du mouvement anarchiste. 1945-1975. Editions Galilée, 1976, p. 97.

(64) Ibid. Notons que le courant de Fontenis ne faisant pas l’unanimité fut à l’origine d’une scission à la F.A. Fontenis créa alors la Fédération Communiste Libertaire (FCL).

(65) Première page du Libertaire du 12 juillet 1947.

(66) PARANE S. “vivant”, Etudes anarchistes, n°6, mai 1950.

(67) Toublet revient néanmoins à la CNT-AIT en 1950 et est nommé responsable du C.S., après l’exclusion de Fernand Robert. Il quittera par la suite une nouvelle fois la CNT-AIT.

(68) PARANE S. “vivant”, Etudes anarchistes, n°6, mai 1950.

La CNT-AIT, une histoire à écrire

L’histoire de l’anarcho-syndicalisme en France n’a jamais, ou très peu, suscité l’enthousiasme des historiens français. Faire un bilan historiographique de l’anarcho-syndicalisme est donc relativement rapide. Trois travaux principalement relatent la période de l’entre-deux guerres (1). Son histoire à partir de 1945, quant à elle, n’a encore jamais été retracée. Les différents ouvrages traitant du syndicalisme d’après-guerre se limitent le plus souvent à informer le lecteur de la création de cette organisation. On ne trouve ainsi qu’un simple paragraphe, ou tout au plus une page, consacrée à la CNT-AIT. Certains auteurs se sont cependant montrés soucieux de relater la participation de la CNT-AIT à certaines grèves, mais sans s’éterniser pour autant sur la nature de cette organisation (2). Notre critique s’arrêtera particulièrement à l’ouvrage de Guy Caire. Ce dernier, après avoir mentionné rapidement la création de la CNT-AIT, écrit dans son livre : “En fait la véritable tradition de l’anarcho-syndicalisme se retrouve davantage dans certains courants minoritaires de Force Ouvrière” (3). Une telle affirmation, sans fondement (4), suffit à écarter la CNT-AIT de l’histoire des syndicats ouvriers. Une fois de plus, le lecteur n’en saura pas d’avantage sur la CNT-AIT. Difficile donc pour ce dernier de se faire une idée sur cette organisation. A la lecture de ce type d’ouvrages, il semblerait que la CNT-AIT n’ait joué aucun rôle dans la recomposition syndicale de l’après-guerre, ce qui, comme nous le verrons, est entièrement faux. Pour mieux connaître la CNT-AIT, on peut étudier l’histoire de l’anarchisme, notamment à travers deux ouvrages de Roland Biard (5). Les travaux de Roland Biard permettent en effet d’avoir une idée assez large de la CNT-AIT. S’il ne s’agit pas d’une histoire détaillée, elle donne en revanche un aperçu général et relativement fiable de l’évolution de la CNT-AIT entre 1946 et la fin des années soixante. Le tome II du travail de Jean Maitron (6) sur le mouvement anarchiste en France apporte des informations intéressantes, malgré quelques erreurs -mais ne s’intéresse pas en particulier à la CNT-AIT. Jean Maitron conclut simplement à la quasi-impossibilité de retracer l’histoire de cette organisation. Suite à ce rapide bilan historiographique, nous voyons qu’il est très difficile, et même impossible, de retracer l’histoire de la CNT à partir d’ouvrages historiques.

L’histoire de l’anarcho-syndicalisme en France n’a jamais, ou très peu, suscité l’enthousiasme des historiens français. Faire un bilan historiographique de l’anarcho-syndicalisme est donc relativement rapide. Trois travaux principalement relatent la période de l’entre-deux guerres (1). Son histoire à partir de 1945, quant à elle, n’a encore jamais été retracée. Les différents ouvrages traitant du syndicalisme d’après-guerre se limitent le plus souvent à informer le lecteur de la création de cette organisation. On ne trouve ainsi qu’un simple paragraphe, ou tout au plus une page, consacrée à la CNT-AIT. Certains auteurs se sont cependant montrés soucieux de relater la participation de la CNT-AIT à certaines grèves, mais sans s’éterniser pour autant sur la nature de cette organisation (2). Notre critique s’arrêtera particulièrement à l’ouvrage de Guy Caire. Ce dernier, après avoir mentionné rapidement la création de la CNT-AIT, écrit dans son livre : “En fait la véritable tradition de l’anarcho-syndicalisme se retrouve davantage dans certains courants minoritaires de Force Ouvrière” (3). Une telle affirmation, sans fondement (4), suffit à écarter la CNT-AIT de l’histoire des syndicats ouvriers. Une fois de plus, le lecteur n’en saura pas d’avantage sur la CNT-AIT. Difficile donc pour ce dernier de se faire une idée sur cette organisation. A la lecture de ce type d’ouvrages, il semblerait que la CNT-AIT n’ait joué aucun rôle dans la recomposition syndicale de l’après-guerre, ce qui, comme nous le verrons, est entièrement faux. Pour mieux connaître la CNT-AIT, on peut étudier l’histoire de l’anarchisme, notamment à travers deux ouvrages de Roland Biard (5). Les travaux de Roland Biard permettent en effet d’avoir une idée assez large de la CNT-AIT. S’il ne s’agit pas d’une histoire détaillée, elle donne en revanche un aperçu général et relativement fiable de l’évolution de la CNT-AIT entre 1946 et la fin des années soixante. Le tome II du travail de Jean Maitron (6) sur le mouvement anarchiste en France apporte des informations intéressantes, malgré quelques erreurs -mais ne s’intéresse pas en particulier à la CNT-AIT. Jean Maitron conclut simplement à la quasi-impossibilité de retracer l’histoire de cette organisation. Suite à ce rapide bilan historiographique, nous voyons qu’il est très difficile, et même impossible, de retracer l’histoire de la CNT à partir d’ouvrages historiques.

Seul un travail à partir de sources concrètes permet de dresser une histoire de la CNT-AIT. On dispose essentiellement de documents internes à l’organisation : courriers, comptes-rendu de congrès, bulletins intérieurs. Ce sont en effet les seules sources qui permettent de connaître réellement l’organisation, son fonctionnement, ses problèmes internes, les débats qui s’y tiennent. La presse confédérale (7) constitue aussi une source intéressante, mais insuffisante. Lorsque Jean Maitron affirme que la presse de la CNT-AIT “rend impossible toute conclusion” (8) à son sujet, il n’a pas tort. Mais cela n’est pas une nouveauté : quelle presse peut à elle seule permettre de faire l’histoire d’une organisation ? C’est ce qui constitue d’ailleurs une des limites au travail de Jean Maitron qui semble s’être arrêté à la presse. La presse n’est utile que pour les informations liées aux activités de la CNT-AIT dans les entreprises. On peut faire une exception toutefois : le Combat syndicaliste, à la fin des années quatre-vingt, se fait l’écho des débats qui agitent alors l’organisation.

Sur la période qui s’échelonne des années soixante-dix à aujourd’hui, difficile de trouver là encore un travail sur la CNT-AIT. Elle semble en revanche susciter un intérêt pour certains journalistes. Après le mouvement de novembre-décembre 1995, plusieurs articles de différents journaux évoquent la CNT-AIT  (9). On ne peut évidemment pas exiger grand chose de ces travaux journalistiques qui ne rendent compte que du côté folklorique de certains “anars”. Outre ces articles, d’autres ouvrages de type journalistique s’intéressent à la CNT-AIT (10). Ces travaux ne sont pas satisfaisants, mais ils n’ont d’ailleurs jamais eu la prétention de faire l’histoire de la CN.T.

C’est donc l’absence de réels travaux historiques qui nous a amené à publier cette brochure.

Voilà d’abord quelques pistes permettant de comprendre ce qu’est l’anarcho-syndicalisme, et quelles sont ses principales caractéristiques. Marx est le premier à parler d’anarcho-syndicalisme, en évoquant le courant mené par Bakounine au sein de la première internationale. Cette expression avait dans l’esprit de Marx une connotation fortement péjorative. Le terme d’anarcho-syndicalisme ne réapparaît en France qu’avec la création en 1926 de la CGT-SR / AIT. Lorsque les fondateurs de cette centrale étaient encore à la CGT., ils se désignaient comme syndicalistes révolutionnaires. A sa création, la CNT-AIT se référa à l’anarcho-syndicalisme. Au fil des années et des expériences historiques (11), l’anarcho-syndicalisme est devenu une doctrine et un courant du mouvement ouvrier à part entière. Il peut se distinguer du syndicalisme révolutionnaire par un refus de tout compromis avec l’État, le patronat et les partis politiques. Leur position s’exprime de manière beaucoup plus radicale que celle des militants qui se réclament du syndicalisme révolutionnaire tels que le groupe réuni autour de la revue « La Révolution Prolétarienne« . Les principes revendiqués par les anarcho-syndicalistes sont relativement proches de ceux que l’on retrouve dans la Charte d’Amiens, notamment celui de la grève générale insurrectionnelle, expropriatrice et révolutionnaire. L’anarcho-syndicalisme ne se distingue pas tant du syndicalisme révolutionnaire par ses principes, que par sa pratique qui traduit un radicalisme beaucoup plus prononcé. La principale différence, c’est une condamnation beaucoup plus explicite des partis politiques. Dans la Charte d’Amiens, le politique doit se trouver “en dehors” du syndicat, mais pour l’anarcho-syndicalisme, les partis politiques sont des adversaires (12).

Cette distinction entre syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalisme apparaît clairement lors du congrès fondateur de la CGTU. en 1922. Lors de ce congrès, on voit une tendance anarcho-syndicaliste derrière Pierre Besnard s’opposer à une tendance syndicaliste révolutionnaire représentée par Merrheim. L’anarcho-syndicalisme n’est rien d’autre qu’un syndicalisme relié à l’anarchisme.

L’anarcho-syndicalisme représenté par la CNT-AIT s’inscrit dans une continuité historique en se référant notamment aux expériences de l’entre-deux-guerres : celles des sections de l’A.I.T. Elle ne constitue pas une nouveauté en soi et n’est autre que l’héritière de la CGT-SR / AIT. L’idée qui se dégage des sections de l’A.I.T., c’est la nécessité de créer des centrales se réclamant spécifiquement de l’anarcho-syndicalisme, au risque de briser parfois l’unité syndicale. Ce courant anarcho-syndicaliste représenté par l’A.I.T. jugeait inutile de militer au sein des grandes centrales devenues à ses yeux réformistes et vain de chercher à construire une dynamique révolutionnaire en leur sein. Il s’agit en effet de voir quelle est la spécificité de ce courant, tant dans le mouvement anarchiste que dans le mouvement syndical. Pour illustrer cette spécificité, nous montrerons en quoi l’anarcho-syndicalisme organisé dans une centrale qui se réclame spécifiquement de ce courant, donc en-dehors des grandes centrales et en opposition à celles-ci, est condamné de fait à voir ses effectifs limités. Nous étudierons également les débats théoriques qui déterminent l’évolution de l’organisation, expliquant son déclin ou sa progression. Ces débats portant sur la définition de la CNT-AIT. (est-ce une centrale syndicale anarchiste, une centrale syndicaliste révolutionnaire acceptant des non-anarchistes ?) ont des conséquences sur le problème de l’unité syndicale, sur les relations avec les autres centrales mais également sur le recrutement des adhérents. Ces problèmes de définition apparaissent également lors des débats sur les pratiques syndicales à adopter (faut-il se présenter aux élections professionnelles, quand on se réclame de l’anarchisme ou quand on dénonce la “collaboration de classe” ?).

Bref, il s’agit de montrer en quoi toute l’histoire de la CNT a été déterminée par une problématique : comment lier la pratique syndicale à la doctrine anarcho-syndicaliste, en ne tombant ni dans le dogmatisme, ni dans le syndicalisme réformiste.

Nous avons découpé l’histoire de la CNT-AIT en quatre périodes : trois sont rassemblées dans cette brochure. Nous verrons à travers une première période qui s’échelonne de 1945 au début des années 1950, comment la CNT-AIT., après avoir connu une rapide apogée, entame un déclin qui la conduit à l’isolement et à la marginalisation. La seconde période, qui va du début des années 1950 à 1973, correspond aux années noires de la CNT-AIT. Au cours de cette période elle cesse d’être progressivement une centrale syndicale française et devient la “section française de la CNT espagnole”. Nous nous arrêterons sur les activités de la CNT-AIT pendant cette période, mais aussi et surtout sur les analyses faites lors des évènements de Mai 68 et les conséquences de ces évènements sur l’organisation. Ensuite la troisième période recouvre le processus de reconstruction de l’organisation débuté en 1973, jusqu’au début des années 90. En parallèle à ce processus de reconstruction, des problèmes internes apparaissent à partir de 1989. Ils donneront lieu à une scission au printemps 1993 ; scission due essentiellement à des conceptions différentes de l’anarcho-syndicalisme. Ces différentes conceptions feront l’objet d’une seconde brochure qui couvrira cette quatrième période.

AUTRES CHAPITRES :

I. Une courte apogée (1945 – années 1950) http://cnt-ait.info/article.php3?id…

II. L’isolement de la C.N.T. (années 1950-1973) http://cnt-ait.info/article.php3?id…

III. Une longue reconstruction (1973-début des années 90) http://cnt-ait.info/article.php3?id…

En Résumé http://cnt-ait.info/article.php3?id…


(1) Il s’agit de RATEL Boris. L’anarcho-syndicalisme dans le bâtiment en France. 1919-1939. Mémoire de maîtrise, 2000 ; JOSPIN Samuel. La CGT-SR à travers son journal, “Le Combat syndicaliste”, 1926-1937. Mémoire de maîtrise, Paris I, 1974 ; AUZIAS Claire. “La CGT-SR de 1926 à 1928 : un épisode de décentralisation syndicale”, Le Mouvement social, n° 144, 1988.

(2) On peut toutefois faire une exception pour deux ouvrages de LEFRANC Georges. Les expériences syndicales en France de 1939 à 1950. Aubier, 1950 ; et Le mouvement syndical de la Libération aux évènements de mai-juin 1968. Editions Payot, 1969. Si ces ouvrages sont plus complets, cela peut être dû à la période à laquelle il les écrit. La création de la CNT-AIT n’est pas encore si éloignée.

(3) CAIRE Guy. Les syndicats ouvriers. P.U.F., 1971, p.98.

(4) Il serait intéressant qu’il définisse ce qu’est “la véritable tradition de l’anarcho-syndicalisme”. S’il fait allusion aux anarcho-syndicalistes de FO qui constituent par la suite l’UAS. (Union Anarcho-syndicaliste) et qui sont organisés aujourd’hui au Parti des Travailleurs (devenu depuis le POI(D) : Parti Ouvrier Indépendant (Démocratique)  ) , cela mériterait discussion.

(5) BIARD Roland. Histoire du mouvement anarchiste. 1945-1975. Editions Galilée, 1976. ; BIARD Roland. Dictionnaire de l’extrême gauche de 1945 à nos jours. P.Belfond, 1978.

(6) MAITRON Jean. Le mouvement anarchiste en France. T.II. De 1914 à nos jours. Maspéro, 1975, 440 p.

(7) Il s’agit de L’Action Syndicaliste, organe de la FSF. (Fédération Syndicaliste Française) tendance anarcho-syndicaliste organisée au sein de la CGT de 1945 à avril 1946 ; du Combat Syndicaliste, organe de la CNT-AIT qui remplace L’Action Syndicaliste en avril 1947. Parution irrégulière, le Combat Syndicaliste devient franco-espagnol à partir de janvier 1962 (une page sur quatre est en français) et a une parution hebdomadaire ; et d’Espoir, organe de la VIème U.R. (Toulouse) qui paraît à partir de janvier 1962. Parution hebdomadaire, franco-espagnol. En février 1976 Espoir devient l’organe de la CNT-AIT jusqu’en 1983, année pendant laquelle le Combat syndicaliste redevient l’organe confédéral. A ces organes confédéraux, il faut ajouter des journaux de syndicats ou de fédérations, comme l’organe de la FTR (Fédération des Travailleurs du Rail), voir note (34).

(8) MAITRON Jean, op.cit., p. 73.

(9) Entre autre les articles parus dans Le Monde du 7 août 1999 et du 23 avril 2000, Libération, 20-21 janvier 1996.

(10) Nous en citerons deux : BROCHIER Jean-Luc et DELOUCHE Hervé. Les nouveaux sans-culottes. Enquête sur l’extrême-gauche. Grasset, 2000. 286 p. et celui de PINGAUD Denis. La gauche de la gauche. Seuil, 2000. 154 p. Nous ne ferons aucun commentaire sur la qualité, ou l’absence de qualité de ces ouvrages. Il faut cependant noter que dans ceux-ci, ou dans les articles cités précédemment, c’est essentiellement de la CNT-Vignoles dont il s’agit. Suite à la scission de 1993, cette dernière a en effet connu un développement plus important que l’autre CNT, la CNT-AIT. Notons également que les articles sont relativement positifs, dans la mesure où les auteurs ne font pas de critiques virulentes comme peuvent connaître certaines organisations d’extrême-gauche, telles que LO ou le PT. Il serait intéressant de s’interroger sur cette complaisance sélective des journalistes.

(11) Nous parlons ici des sections de l’AIT. fondée en 1922 à Berlin. Certaines de ces sections ont eu un rôle important dans le mouvement ouvrier de leur pays, notamment la CNT (Confederacion Nacional del Trabajo) en Espagne, mais aussi la FORA (Federacion Obrera Regional Argentina) en Argentine ou l’USI (Unione Sindacale Italiana) en Italie. Les autres sections de l’AIT, dans l’entre-deux-guerres étaient la FAUD (Freie Arbeiter Union Deutschland) en Allemagne, la SAC (Sverges Arbetares Centralorganisation) en Suède, le NSV (Nederlandsch Syndicalistisch Vakverbond) au Pays-Bas, la CGT (Conderacâo Geral do Trabalho) au Portugal, le Centro Racionalista “y Libertad” au Mexique, et la CGT (Conderacion General de Trabajadores) au Chili. Sur l’histoire de l’A.I.T., voir l’ouvrage publié à la suite du colloque organisé par la CNT-RP, à l’occasion du 1er mai 2000 : De l’histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire. Actes du colloque international « Pour un Autre Futur ». Ed. CNT-RP et Nautilus, 2001. 302p. et les articles DE LA PREMIERE INTERNATIONALE A L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS http://cnt-ait.info/article.php3?id… et La Naissance de l’Association internationale des travailleurs de Berlin http://cnt-ait.info/article.php3?id…

LA CNT EST ELLE ANARCHISTE ?

Quelqu’un nous a demandé récemment la différence entre la CNT-AIT et la CNT [Vignoles]. Ce serait très long à expliquer, mais déjà une piste pour comprendre : cette tribune écrite par un membre éminent de la CNT dans Libération en 1998 (il y a plus de 20 ans … depuis ça n’a pas beaucoup évolué).

En ce qui nous concerne on vous rassure (ou pas) : oui la CNT-AIT est anarchiste !

Pour les Vignoles la CNT n’est pas anarchiste (Tribune parue dans Libération en 98)

https://www.liberation.fr/…/la-cnt-n-est-pas-qu-anarchiste_…

— 28 février 1998 à 19:15

La CNT n’est pas qu’anarchiste!

Je vous écris pour attirer votre attention sur la présentation erronée dont est victime la CNT dans vos colonnes.

Qu’un article de fond explique en quoi les idées libertaires sont présentes au sein de la CNT correspond bien sûr à la réalité. Mais que le terme «anarchiste» soit systématiquement accolé à notre sigle est tout à fait incompréhensible! La CNT, en effet, rassemble des «syndicalistes révolutionnaires» de différentes sensibilités. Certains d’entre nous sont «anarcho-syndicalistes», d’autres se définissent plutôt comme militants «autogestionnaires», d’autres encore refusent toute étiquette!

Peut-être les journalistes parisiens confondent-ils la CNT espagnole (très proche du mouvement anar) et la CNT française (issue du syndicalisme révolutionnaire incarné par la CGT d’avant 1914)?

Si votre journal persistait à parler des «anarchistes de la CNT», il serait logique de parler des communistes de la CGT, des trotskistes de SUD, des sociodémocrates de la CFDT, des trotsko-socialo-gaullistes de FO »

Pour l’UR-CNT du Nord-Pas-de-Calais, Eric Dussart, secrétaire

DIS MOI QUI SONT TES AMIS ET JE TE DIRAI QUI TU ES … A PROPOS DE LA CGT ESPAGNOLE

Il existe actuellement plusieurs organisations avec le nom CNT en France : la CNT-AIT (qui publie ce site internet http://blog.cnt-ait.info), la CNT Vignole (du nom de l’adresse de son local parisien au 33 rue des Vignoles) qui a scissionné de la CNT-AIT en 1993 et la CNT-SO qui a elle-même scissionné des Vignoles en 2012. On nous demande parfois quelle est la différence entre les 3 CNT. Ci-dessous un exemple de ce qui nous différencie en tant qu’organisation. Bien sûr, en tant que militants, nous souhaitons que tous les anarchosyndicalistes sincères se retrouvent et se réunissent, dans la clareté et sans compromission avec nos idées et nos pratiques.

La scission de la CNT en France en 1993 a été précédé par une scission de la CNT en Espagne, qui s’est faite sur les mêmes motifs : une organisation révolutionnaire peut elle, oui ou non, participer aux élections professionnelles (DP, CHS, …). Pour la CNT-AIT, anarcosyndicaliste, la réponse est clairement non. Alors que c’est tout à fait acceptable pour les « syndicalistes révolutionnaires » de la CNT- Vignoles (qui s’est ensuite elle même divisée avec la CNT-SO, mais pas sur cette question des élections pour laquelle ils sont tous d’accord).

Dans le processus de scission de la CNT française, les Vignoles ont donné comme modèle et exemple à suivre la CGT espagnole, elle même scission de la CNT-AIT en Espagne.

Les documents de la CIA révélés par Wikileaks éclairent d’un jour nouveau le processus qui a amené à cette scission pro-élection de la CGT espagnole … Il sravère d’après ces documents, qui sont des compte rendus de l’Ambassade des Etats Unis en Espagne, que les dirigeants de la fraction réformiste de la CNT espagnole, qui ensuite créeront la CGT espagnole, se sont rendus à plusieurs reprises – de leur propre initiative – à l’Ambassade des USA, pour leur faire passer des messages et – en retour – espérer un soutient du Gouvernement Américain… Gouvernement qui répondra positivement en invitant ces futurs dirigeants de la CGT-e à venir suivre des formations dans le cadre d’un séminaire « syndicaliste » aux USA … formation qui sera annulée par le secteur révolutionnaire de la CNT-AIT qui avait bien flairé la manipulation.

Parmi les messages transmis par les réformistes futurs dirigeants de la CGT-e – dont le fameux menteur professionnel Enrique MARCOS, faux déportés, vrai flic infiltré – celui ci : ils ne sont pas des anarchistes politiques mais des anarchistes « travaillistes » ; ils sont contre les violences des travailleurs ; ils souhaitent un gouvernement fiable et démocratique et agit dans le cadre des lois et surtout il faut les appuyer à participer aux élections syndicales en maintenant leur statut légal, car les élections sont le point de rupture d’avec les mauvaises habitudes révolutionnaires et violentes héritées du passé …

Nous présentions que le spectaculaire développement de la CGT en Espagne n’était pas complètement l’oeuvre du Saint Esprit ni de Saint Angel Pestaña et son « Concile » des Trentes … Mais maintenant Wikileaks, qui n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des correspondances secrètes des services américains nous en apporte la certitude …

Le vieux dicton populaire affirme « dit moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es ». Et aussi « qui se ressemble s’assemble » …

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Il existe actuellement plusieurs organisations avec le nom CNT en France : la CNT-AIT (qui publie ce site internet http://blog.cnt-ait.info), la CNT Vignole (du nom de l’adresse de son local parisien au 33 rue des Vignoles) qui a scissionné de la CNT-AIT en 1993 et la CNT-SO qui a elle-même scissionné des Vignoles en 2012. On nous demande parfois quelle est la différence entre les 3 CNT. Ci-dessous un exemple de ce qui nous différencie en tant qu’organisation. Bien sûr, en tant que militants, nous souhaitons que tous les anarchosyndicalistes sincères se retrouvent et se réunissent, dans la clareté et sans compromission avec nos idées et nos pratiques.

La scission de la CNT en France en 1993 a été précédé par une scission de la CNT en Espagne, qui s’est faite sur les mêmes motifs : une organisation révolutionnaire peut elle, oui ou non, participer aux élections professionnelles (DP, CHS, …). Pour la CNT-AIT, anarcosyndicaliste, la réponse est clairement non. Alors que c’est tout à fait acceptable pour les « syndicalistes révolutionnaires » de la CNT- Vignoles (qui s’est ensuite elle même divisée avec la CNT-SO, mais pas sur cette question des élections pour laquelle ils sont tous d’accord).

Dans le processus de scission de la CNT française, les Vignoles ont donné comme modèle et exemple à suivre la CGT espagnole, elle même scission de la CNT-AIT en Espagne.

Les documents de la CIA révélés par Wikileaks éclairent d’un jour nouveau le processus qui a amené à cette scission pro-élection de la CGT espagnole … Il sravère d’après ces documents, qui sont des compte rendus de l’Ambassade des Etats Unis en Espagne, que les dirigeants de la fraction réformiste de la CNT espagnole, qui ensuite créeront la CGT espagnole, se sont rendus à plusieurs reprises – de leur propre initiative – à l’Ambassade des USA, pour leur faire passer des messages et – en retour – espérer un soutient du Gouvernement Américain… Gouvernement qui répondra positivement en invitant ces futurs dirigeants de la CGT-e à venir suivre des formations dans le cadre d’un séminaire « syndicaliste » aux USA … formation qui sera annulée par le secteur révolutionnaire de la CNT-AIT qui avait bien flairé la manipulation.

Parmi les messages transmis par les réformistes futurs dirigeants de la CGT-e – dont le fameux menteur professionnel Enrique MARCOS, faux déportés, vrai flic infiltré – celui ci : ils ne sont pas des anarchistes politiques mais des anarchistes « travaillistes » ; ils sont contre les violences des travailleurs ; ils souhaitent un gouvernement fiable et démocratique et agit dans le cadre des lois et surtout il faut les appuyer à participer aux élections syndicales en maintenant leur statut légal, car les élections sont le point de rupture d’avec les mauvaises habitudes révolutionnaires et violentes héritées du passé …

Nous présentions que le spectaculaire développement de la CGT en Espagne n’était pas complètement l’oeuvre du Saint Esprit ni de Saint Angel Pestaña et son « Concile » des Trentes … Mais maintenant Wikileaks, qui n’est qu’une partie émergée de l’iceberg des correspondances secrètes des services américains nous en apporte la certitude …

Le vieux dicton populaire affirme « dit moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es ». Et aussi « qui se ressemble s’assemble » …

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En 1978, la fraction réformiste de la CNT espagnole qui a créé plus tard la CGT espagnole, dirigée par Enric Marcos (premier secrétaire général de la CGT-e), était en visite à l’ambassade des États-Unis à Madrid pour expliquer que la « CNT » (plus tard la CGT) soutenait la démocratie et constituait une bonne alternative. au « communisme » pour les travailleurs et éviter tout développement comme en Italie …

En outre, ils expliquent clairement pourquoi ils devraient être autorisés à participer à des élections professionnelles et pourquoi cette participation est importante en tant que preuve évidente que la « CNT » a abandonné la voie révolutionnaire…

3. LA RAISON DU MESSAGE D’OSET, DONT NOUS PENSONS QU’IL A ÉTÉ AUTORISÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNT [Enrique MARCOS], EST PEUT ÊTRE DU A UN SENTIMENT CROISSANT D’INSÉCURITÉ DE LA PART DE LA CNT – QUI N’EST PLUS QUE OMBRE DE SA CAPACITE D’AVANT LA GUERRE CIVILE, DU FAIT QUE SON BOYCOTT DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES ÉTAIT SELON L’OPINION DE LA PLUPART DES OBSERVATEURS UNE ERREUR.

(SOURCE Wikileaks : https://www.wikileaks.org/plusd/cables/1978BARCEL00384_d.html )

Aujourd’hui les Vignoles et la SO (toutes deux scission de la CNT-AIT sur le motif des élections professionnelles : la CNT-AIT est contre, les autres CNT sont pour) maintiennent des liens organiques avec la CGT espagnole.

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MONDE DU TRAVAIL: LA CNT APPUIE LA DÉMOCRATIE

1978 le 23 mai, 00h00 (mardi)

1978BARCEL00384_d

1. UN MEMBRE DE LA CNT (CONFÉDÉRATION NATIONALE DU TRAVAIL) LOCAL, AGUSTIN OSET NACHES, A VISITÉ RÉCEMMENT LE CONSULAT POUR DISCUTER DE PLUSIEURS QUESTIONS. Il a déclaré qu’il avait été autorisé à le faire par Enrique Marcos, Secrétaire général de la CNT. [Note de CNT-AIT: Enrique Marcos a été le tout premier secrétaire général de la CGT Espagne après la scission qu’ils ont initiée à CNT]

2. OSET a déclaré qu’il était essentiel pour la CNT de rester un syndicat légal, BIEN QUE LES MEMBRES DE LA CNT AIENT ÉTÉ ACCUSÉS DE l’INCENDIE DE LA SCALA (UN CLUB DE NUIT POPULAIRE DE BARCELONE) ET D’ÊTRE RESPONSABLES DE LA PLUPART DES VIOLENCES DANS LES CONFLITS SALARIAUX, LE CNT ETAIT ENGAGÉ POUR UNE ORGANISATION PACIFIQUE DE LA FORCE DE TRAVAIL.

Bien qu’ils soient anarchistes, [nos interlocuteurs] sont des anarchistes «travaillistes », non politiques, et ils ont besoin d’un gouvernement viable et démocratique pour pouvoir prospérer.

LA CNT ETAIT CONCERNEE COMME TOUT LE MONDE DE LA SITUATION ITALIENNE ET NE VOULAIT PAS QUE L’ESPAGNE SUIVE LE MEME PARCOURS. [NdT : fait référence à l’autonomie italienne et aussi aux brigades rouges]

Aussi longtemps qu’elle restera légale, la CNT pourrait offrir une alternative non communiste aux travailleurs de gauche, quelque chose manquant en Italie et une cause majeure de ses problèmes, selon OSET. CE MESSAGE – L’IMPORTANCE QUE LA CNT RESTE UN SYNDICAT LEGAL DANS UN PAYS DÉMOCRATIQUE – EST CELUI DONT OSET ET MARCOS VEULENT S’ASSURER QU’IL A ETE COMPRIS PAR LE GOUVERNEMENT AMERICAIN (USG).

3. LA RAISON DU MESSAGE D’OSET, DONT ON PENSE QU’IL A ÉTÉ AUTORISÉ PAR LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA CNT [Enrique MARCOS], EST PEUT ÊTRE DU A UN SENTIMENT CROISSANT D’INSÉCURITÉ DE LA PART DE LA CNT – QUI N’EST PLUS QUE OMBRE DE SA CAPACITE D’AVANT LA GUERRE CIVILE, DU FAIT QUE SON BOYCOTT DES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES ÉTAIT SELON L’OPINION DE LA PLUPART DES OBSERVATEURS UNE ERREUR.

LA CONNEXION DE CERTAINS DE SES MEMBRES AVEC LES RÉCENTES VIOLENCES A ÉGALEMENT ENTRAINE UNE PUBLICITÉ NÉGATIVE. Pour la contrer, des affiches de la CNT sont apparues accusant des « agents gouvernementaux » des actes de violence tels que La Scala. LA CNT A ANNONCÉ qu’elle ne participerait pas avec les autres syndicats à la manifestation qu’ils organiseront pour le Premier Mai, de sorte qu’ils ne soient pas blâmés pour une quelconque violence. LEURS MANIFESTATIONS SÉPARÉES À BARCELONE SE SONT DEROULEES SANS INCIDENT. CETTE VISITE [AU CONSULAT] PEUT, PEUT PAR CONSEQUENT, [ETRE CONSIDEREE COMME] UNE TENTATIVE DE LA CNT DE RECONSTRUIRE SON IMAGES [AUPRES DES AUTORITES US].

SINN CONFIDENTIEL NNN Sheryl P. Walter Revue systématique / désintégration du Département d’État des États-Unis Revue systématique de la désuétude économique 20 mars 2014

LES RAISONS DE LA COLERE

Partout, tous les jours, que ce soit sur notre lieu de vie, notre lieu de travail, en discutant avec nos voisins, les raisons de se révolter ne manquent pas :

– Au « sud », les trois quarts de l’humanité souffrent de faim et de guerre dans la plus complète indifférence et le mépris le plus total des élites. Chaque jour, 30 000 enfants meurent de faim.

– Dans nos contrées occidentales, salariés, précaires, chômeurs, étudiants, lycéens, retraités…, sommes tous livrés à la même logique marchande qui impose précarisation, flexibilisation, et nous dépossède totalement de nos vies, de notre liberté d’action.

On nous divise en inventant des cloisonnements et des identités imaginaires : jeunes/vieux, français/ étrangers, travailleurs/chômeurs… selon la bonne vieille tactique de diviser pour mieux régner. L’individualisme et le communautarisme ne font que renforcer les égoïsmes individuels ou collectifs, au détriment de la solidarité universelle.

Partout, tous les jours, que ce soit sur notre lieu de vie, notre lieu de travail, en discutant avec nos voisins, les raisons de se révolter ne manquent pas :


-  Au « sud », les trois quarts de l’humanité souffrent de faim et de guerre dans la plus complète indifférence et le mépris le plus total des élites. Chaque jour, 30 000 enfants meurent de faim.

-  Dans nos contrées occidentales, salariés, précaires, chômeurs, étudiants, lycéens, retraités…, sommes tous livrés à la même logique marchande qui impose précarisation, flexibilisation, et nous dépossède totalement de nos vies, de notre liberté d’action.

On nous divise en inventant des cloisonnements et des identités imaginaires : jeunes/vieux, français/ étrangers, travailleurs/chômeurs… selon la bonne vieille tactique de diviser pour mieux régner. L’individualisme et le communautarisme ne font que renforcer les égoïsmes individuels ou collectifs, au détriment de la solidarité universelle.

Les politiciens continuent de nous bercer d’illusions avec leurs alliés syndicalistes. Ils sont impuissants pour enrayer la destruction de la planète, mais d’ailleurs, le veulent-ils ? Seule importe pour eux la « place » et la compétition électorale. Gouvernements, députés, patrons, syndicalistes, Églises et clergé, institutions représentatives… : tous nous envoient dans le mur. Quant aux déambulateurs de la contestation-spectacle, ils nous rejouent encore la carte « citoyenne » appelant de leurs vœux un État plus social, et un capitalisme à « visage humain ».

À chaque élection, les politiciens nous ressortent le mythe que l’État pourrait garantir nos droits, s’il était dirigé par des hommes politiques vertueux. Outre que cette espèce d’oiseau rare n’a jamais été observée sur terre, c’est oublier la nature même de l’État qui est avant tout un outil au service de la classe dirigeante et du capitalisme. Les États, garants de cet ordre économique et autoritaire, n’ont de cesse de contrôler, réprimer, enfermer, écraser… Leurs officines, docilement intégrées (partis, syndicats…), ne sont que la voix de leur maître, et en rien des vecteurs efficaces de transformations sociales.

La société reste donc organisée économiquement sur la propriété privée (ressources naturelles, marchandises, moyens de production, technologies), sur l’échange par l’argent, sur la concurrence et la compétition, sur le profit comme but, sur l’exploitation des femmes, des hommes et des enfants. L’éducation et l’instruction scolaire nient elles aussi la liberté et pratiquent sans vergogne la sélection et l’exclusion sociale (par exemple : l’histoire enseignée est celle du pouvoir). La culture de « masse » et de consommation s’érige comme supplétif au bonheur. La pub nous assomme de slogans : « Consommez, vous serez libre et heureux ! ».

Pourtant, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, l’Histoire n’est pas finie.

Partout sur la planète, des gens luttent contre l’oppression, et l’émancipation de l’humanité reste à conquérir.

Nous ne devons pas douter de nos capacités collectives à transformer ce monde, mais nous ne devons pas reproduire les erreurs du passé. Ce ne sera pas en recréant les mêmes institutions (État, gouvernement, partis politiques, Églises, syndicats…) que nous nous libérerons, mais en développant l’autonomie des exploités et des opprimés.

Pour cela, nous pensons que le développement de structures auto-organisées, selon les principes anarchistes, participent de ce mouvement révolutionnaire qui reste à construire.

Loin d’établir un catalogue des méfaits induits par le capitalisme, notre analyse reste globale car nous pensons que toutes les oppressions, qu’elles soient économiques, politiques ou idéologiques, se croisent et se renforcent.

Nous voulons contribuer à redonner un sens collectif aux luttes, sortir de l’individualisme pour développer les résistances collectives. Cela passe notamment par la transmission de la mémoire des mouvements sociaux, pour reconstruire l’Utopie d’un projet global, le communisme anarchiste.

Comme l’union fait la force, nous nous organisons en un réseau fédéral, qui nous permet d’échanger des analyses et des expériences, et aussi de nous renforcer mutuellement avec ceux qui partagent un point de vue révolutionnaire.

Au quotidien, nous prenons part aux luttes contre la domination sous toute ses formes, qu’elle s’exerce sur notre lieu de travail, dans notre cité ou lieu de vie, en utilisant les outils de l’action directe et de la solidarité.

Des militants de la CNT-AIT

L’ANARCHO-SYNDICALISME, C’EST QUOI ?

LA C.N.T.-A.I.T. , QU’EST-CE QUE C’EST ?

La Confédération Nationale du Travail est une organisation anarcho-syndicaliste : nous sommes la section française de l’A.I.T., c’est-à-dire que nous sommes les seuls membres français de l’Association Internationale des Travailleurs, laquelle regroupe des sections et amis dans toute l’Europe, mais aussi en Amérique Latine et en Amérique du Nord, ainsi qu’en Asie, Océanie et Afrique.

Il est fondamental de comprendre que l’anarcho-syndicalisme n’est pas une idéologie parmi d’autres, n’est pas un ensemble d’idées toutes faites que l’on cherche à plaquer sur la réalité, mais bien au contraire que la théorie et la pratique anarcho-syndicalistes sont le fruit de l’expérience des luttes de plusieurs générations de femmes et d’hommes dont le but a été et est toujours- la transformation radicale de la société et des conditions de vie.

Au centre même de l’anarchosyndicalisme, il y a donc le souci constant d’éviter tout écart entre ce qui est dit et ce qui est fait, entre ce qui est vécu et ce qui est pensé. Ni compilation de recettes révolutionnaires, ni idéologie momifiée, l’anarcho-syndicalisme est avant tout vivant et expérimental dans le sens où c’est le vécu de ses militants, leurs expériences de lutte et de vie qui engendrent la théorie et non l’inverse.

Hier comme aujourd’hui, chacun, chaque anarcho-syndicaliste, chaque militante, chaque militant apporte sa contribution à l’élaboration d’une théorie et d’une pratique, sa quote-part à la construction du mouvement. Les cénétistes espagnols (c’est-à-dire les militants de la C.N.T. espagnole qui firent la révolution de 1936) avaient coutume de dire de leur organisation : « Elle m’a construit », c’est vrai, mais il faut bien sûr ajouter que chacun construit et nourrit le mouvement de son énergie. C’est donc un mouvement qui part du vécu des personnes et qui a pour objectif de transformer les conditions de vie qui nous sont faites, qui nous sont imposées. le cri de ralliement des fascistes espagnols pendant la guerre civile était « Viva la muerte » (vive la mort). Pour nous cénétistes, c’est, cela a été et sera toujours « Vive la vie ! ».

LA C.N.T.-A.I.T. , QU’EST-CE QUE C’EST ?

La Confédération Nationale du Travail est une organisation anarcho-syndicaliste : nous sommes la section française de l’A.I.T., c’est-à-dire que nous sommes les seuls membres français de l’Association Internationale des Travailleurs, laquelle regroupe des sections et amis dans toute l’Europe, mais aussi en Amérique Latine et en Amérique du Nord, ainsi qu’en Asie, Océanie et Afrique.

Il est fondamental de comprendre que l’anarcho-syndicalisme n’est pas une idéologie parmi d’autres, n’est pas un ensemble d’idées toutes faites que l’on cherche à plaquer sur la réalité, mais bien au contraire que la théorie et la pratique anarcho-syndicalistes sont le fruit de l’expérience des luttes de plusieurs générations de femmes et d’hommes dont le but a été et est toujours- la transformation radicale de la société et des conditions de vie.

Au centre même de l’anarchosyndicalisme, il y a donc le souci constant d’éviter tout écart entre ce qui est dit et ce qui est fait, entre ce qui est vécu et ce qui est pensé. Ni compilation de recettes révolutionnaires, ni idéologie momifiée, l’anarcho-syndicalisme est avant tout vivant et expérimental dans le sens où c’est le vécu de ses militants, leurs expériences de lutte et de vie qui engendrent la théorie et non l’inverse.

Hier comme aujourd’hui, chacun, chaque anarcho-syndicaliste, chaque militante, chaque militant apporte sa contribution à l’élaboration d’une théorie et d’une pratique, sa quote-part à la construction du mouvement. Les cénétistes espagnols (c’est-à-dire les militants de la C.N.T. espagnole qui firent la révolution de 1936) avaient coutume de dire de leur organisation : « Elle m’a construit », c’est vrai, mais il faut bien sûr ajouter que chacun construit et nourrit le mouvement de son énergie. C’est donc un mouvement qui part du vécu des personnes et qui a pour objectif de transformer les conditions de vie qui nous sont faites, qui nous sont imposées. le cri de ralliement des fascistes espagnols pendant la guerre civile était « Viva la muerte » (vive la mort). Pour nous cénétistes, c’est, cela a été et sera toujours « Vive la vie ! ».

LA VIE, OUI ! MAIS QUELLE VIE ?

Comment changer les conditions de vie qui nous sont imposées ? comment construire des rapports sociaux fondées sur autre chose que sur la domination et son corollaire, la soumission ? comment reprendre sa vie en mains ? Toute au long de l’Histoire (révoltes d’esclaves dans le monde romain, soulèvements paysans et millénaristes au Moyen Age par exemple), les hommes et les femmes assujettis au travail et à la misère ont avec constance toujours essayé de refuser le sort qui leur était fait et ont tenté de prendre leur destin en mains. Mais ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que le mouvement révolutionnaire, le mouvement ouvrier, va parvenir à s’organiser et va commencer à espérer pouvoir changer les conditions de vie, à espérer pouvoir changer les rapports sociaux : la Première Internationale des Travailleurs, la première A.I.T. naît à Londres en 1864. Notons qu’au nombre de participants, il y avait Bakounine et Marx. Dès le départ, le mouvement va être déchiré entre deux tendances : les socialistes autoritaires regroupés autour de Karl Marx, et les anti-autoritaires – ou fédéralistes- autour de Michel Bakounine. Pour les antiautoritaires, ce sont le pouvoir, la domination, l’autorité qui sont le fondement même de cette société, et rien ne changera vraiment si le mouvement qui prétend révolutionner le monde s’organise lui-même de façon hiérarchique, centralisatrice, autoritaire. On sait maintenant à quelle monstruosités le socialisme autoritaire a conduit et conduit encore. Les « libertaires » d’alors avaient très bien perçu les dangers et les dérives sanglantes possibles de cette doctrine. Après le Congrès de la Haye de Septembre 1872, la rupture entre les deux courants (autoritaire et antiautoritaire) est définitive. Après ce bref rappel de l’origine historique de notre mouvement, il faut surtout parier de ses grands axes et ses grands principes.

QUELQUES GRANDS PRINCIPES

Nous sommes des partisans de la démocratie directe : toujours soucieux d’immédiateté, en tant qu’anarcho-syndicalistes, nous avons adopté la maxime « ici et maintenant ». Si l’on veut que les choses changent, il faut que le pouvoir appartiennent à la base et à la base uniquement. Les assemblées générales sont donc souveraines, elles décident des orientations et des actions car nous n’avons ni dirigeant, ni permanent. Les délégués reçoivent des mandats précis et sont révocables à tout moment. Les organes exécutifs n’ont aucun pouvoir décisionnel : ils sont simplement là pour appliquer les décisions prises par les assemblées générales. On sait à quelles aberrations ont mené des organisations extrêmement hiérarchisées, centralisées. La domination, la coercition, quel que soit le drapeau derrière lequel elles se cadrent, ne peuvent aboutir qu’à la soumission, pas à l’émancipation. Nous sommes persuadés que, si l’on veut qu’il y ait des lendemains qui chantent, il faut d’abord que le présent appartienne le plus possible à chacun et à tous, pour qu’il y ait un autre futur. Seule la démocratie directe offre des garanties de contrôle de la lutte pour tous. C’est cette volonté de réappropriation de la lutte qui nous fait opter pour l’action syndicale directe, pour l’action sans intermédiaire. Nous n’avons aucune confiance dans les spécialistes de la médiation ». Pour être plus précis, pour nous la conduite d’une grève appartient aux grévistes et à eux seuls. Les assemblées générales doivent être souveraines, le comité de grève ne doit avoir aucun pouvoir décisionnel, les contacts avec le patronat doivent être directs, sans passer ni par le comité d’entreprise, ni par les élus politiques. Ce n’est qu’en se réappropriant toutes ses capacités, toutes ses potentialités (souvent mises à mal par l’organisation sociale actuelle) que chacun et que tous accéderont à l’autonomie. Pour nous c’est clair « l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes. »

LA SOLIDARITÉ

Le système social actuel fondé sur la domination et la soumission, sur la prise en charge et la déresponsabilisation empêche en fait, chacun, chacune d’entre nous d’accéder à un contrôle réel sur sa vie : ce n’est que dans les moments forts des mouvements sociaux, en cas de grève générale, que les gens redressent la tête et s’aperçoivent qu’ils sont tout à fait capables d’organiser la seule chose qui leur appartiennent et qui sans cesse leur échappe : à savoir l’organisation de leurs vies. Ils découvrent alors dans ces moments privilégiés, que « l’individualisme frileux » dans lequel le système voudrait les enfermer n’est que peu de choses par rapport à la richesse et à la joie de partage qu’apporte la solidarité. Pour nous anarcho-syndicalistes, la solidarité c’est la clef de voûte du mouvement, c’est le sel de la vie. Sans elle rien ne se fait, rien n’est possible. Pour nous entre compagnons de la C.N.T., elle est vécue au jour le jour sans jamais être prise en défaut. Pour nous la solidarité plus qu’un devoir, c’est un plaisir. Démocratie directe, autogestion collective directe des luttes, solidarité entre tous et par delà les frontières, voilà les grands principes de l’anarcho-syndicalisme.

NOTRE BUT

Le système capitaliste ne peut être aménagé, il faut rompre avec ce mode de fonctionnement social. Mais les moyens employés pour parvenir à ce changement doivent être en totale adéquation avec les buts poursuivis : la méthode marxiste-léniniste a échoué en faisant couler beaucoup de sang, au point que l’idée même de révolution est devenue extrêmement suspecte à beaucoup et très intimement liée à l’idée de terreur. Pour nous anarcho-syndicalistes, pour nous libertaires, aucun changement ne se fera sans adhésion massive, sans le concours volontaire et conscient de la majorité de la population. A tous les impatients graves, à toutes les élites avant-gardistes, à tous les bombophiles et dynamitomanes, à tous les détraqués de la gâchette , nous disons que nous n’avons rien avoir avec vous, la société que vous établiriez avec de tels moyens risque fort d’être cauchemardesque. Pour nous c’est clair, les promesses ou les actions d’éclats de quelques uns ne remplaceront jamais l’élan de tous.

Un militant de Quercy Rouergue

LA FABRIQUE DE L’OPINION : TENTATIVE D’ENFUMAGE GAUCHISTE

La direction d’Utopia, fortement agacée de la révélation publique de ses pratiques managériales, se devait d’allumer des contre-feux. S’ils utilisèrent pour cela leur gazette (30 000 exemplaires diffusés …), des individus et des organisations dont certaines se réclamant du syndicalisme révolutionnaire voire du mouvement libertaire, jouèrent complaisamment les pompiers d’Utopia, gauchistes – sans que l’on sache s’ils furent sciemment commandités ou pas-

Leurs attaques ciblaient la CNT-AIT, pour essayer de casser le lien entre les
ex-salariés en lutte et l’organisation anarchosyndicaliste, et ainsi les priver du seul soutien organisé dont ils bénéficiaient [1]. Les attaques furent d’une violence incroyable, avec même des appels à des agressions physiques comme ce message publié sur le RedForum [2] publié par le dénommé Redrum [3] : «l’AIT  c’est des petits talibans incapables… une fessée et au lit, ils ne valent même pas le plomb pour les abattre ». Ce même Redrum, publia un long texte pour essayer de dénigrer l’action des ex-salariés, texte qui fut généreusement relayé sur tout ce qu’internet comportait alors de sites de publication ouverte (indymédia et autres) et que nous republions ci-après pour éclairer le climat de l’époque.

Pour finir, alors que la Gazette d’Utopia avait titré au moment de la lutte pour la déprécier « Utopia salaud le peuple aura ta peau », elle ne dit pas un mot du résultat de sa condamnation par le Tribunal des Prud’hommes pourtant rendue – comme dans tous les tribunaux – « au nom du peuple français ». Il aurait été fort logique que la Gazette titre alors « Le peuple a eu la peau d’Utopia ! ». De la même façon, les gauchistes qui avaient attaqué la CNT-AIT, traitant ses militants d’affabulateurs, ne dirent rien, sur aucun forum ni aucun Indimedya, de ce jugement qui reconnaissait comme vraies et fondées en droit les revendications des ex-salariés et qui lavait de tout soupçon d’instrumentalisation les anarchosyndicalistes de la CNT-AIT. Qui a dit que l’absence de transparence de l’information et la manipulation de l’opinion est l’apanage de la grande presse bourgeoise ?

La CNT-AIT Toulouse en manque d’utopie

Publié sur Redforum, par Redrum, Samedi 14 Mai 2005 0:28

Pour rebondir sur l’article : UTOPIA : L’EXPLOITATION C’EST PAS DU CINEMA

Certains connaissaient déjà les positions de ce groupuscule [la CNT-AIT], qui avaient abouti à un splendide isolement dans leur pureté idéologique. Leurs ennemis ? Tout ce qui n’est pas dans leur organisation, ce qui fait beaucoup de monde. Avec une prédilection toute particulière pour ceux qui mènent des luttes différentes des leurs, ce qui représente l’essentiel de leurs interventions.

Si les critiques politiques sont légitimes et nécessaires, il faudrait peut-être les élever à un niveau autre qu’obsessionnel et populiste, genre « José Bové préfère le roquefort au hamburger« . Ou bien : « La CNT-AIT avait choisi de ne pas être au Larzac. Notre refus de participer au spectacle médiatique est une constante [sic]. Cette année, le Larzac était couvert de bistrotiers. Ils ont vendu à prix d’or eau, bière et autres boissons. La canicule n’a pas que des inconvénients : le moindre groupuscule politique a fait 100, 200, 300 000 francs de bénéfice. Pour la bonne cause, évidemment. L’anti marchandisation est en marche. » (Le Combat Syndicaliste CNT-AIT n° 82, oct.-nov. 03)

Et si les conditions de travail à Utopia peuvent être critiquées, elles méritent de l’être d’une façon autre que cette campagne délirante, comme si c’était l’événement du siècle et qu’il ne se passait rien d’autre sur la planète.

Mais demander une attitude plus politique à ces gens-là serait faire abstraction de leur fonds de commerce. Car au-delà de leurs obsessions sur ATTAC, José Bové, Le Monde diplo ou Utopia, leurs ennemis sont aussi l’ensemble du mouvement libertaire extra-muros de la CNT-AIT Toulouse.

On l’a vu dans leur compte-rendu du Forum social libertaire, où ils étaient venus visiblement dans le seul but de faire de la provoc’ et d’écrire un « papier ». Jugez vous-même : «Le Forum Social Libertaire, c’était aussi le salon du livre anarchiste ! J’avais oublié ! Le salon du livre anarchiste, c’est comme un vrai salon du livre sauf que les prix ne sont pas affichés. Il faut le demander au vendeur, en général un type ou une meuf plus tout jeune, placide et l’air habité par la sagesse. Il y a des stands avec des piles de livres, des CD, des vidéos, des tee-shirts (avec ou sans capuche, la tendance « chien noir sur fond rouge » fait fureur) des pin’s, des affiches. En anarchie comme ailleurs, tout est à vendre bien sûr. Même la révolte et le désespoir s’achètent, en pack, en promo, en « soutien », en leasing, à crédit. Les maisons d’édition parmi les plus prestigieuses du microcosme anar sont là : la FA, le Gallimard de la révolte, l’OCL, bien fourni dans le style fémino-écolo branché, AL ou l’Anarchie Liquéfiée, les zéditions Agone, rien que du beau papier et des textes truffés de phrases en français imbitables, et des zindépendants mi-bouquinistes – mi-militants. […] comme une dernière et définitive négation de ce que le mot anarchosyndicalisme veut dire, le Service d’Ordre de la CNT Vignoles. […] Moi, je les emmerde tous, ces réformards rouge et noir, ces chefaillons de bataillons de clowns, ces penseurs sans idées, ces anarchistes sans révolte.« 

Le comble de la mauvaise foi a été atteint, avec l’affaire Utopia, dans leur journal n° 90 du 6 mai 2005 où l’on peut lire : « « SOUTIEN « SYNDICALISTE » AU PATRON : La « CNT-31 »-Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP, vient d’organiser deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron ». [cf. le communiqué intégral ci-dessous]

Pour satisfaire à la démagogie de la CNT-AIT Toulouse, il faudrait ne pas utiliser les rares salles qui permettent des débats. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas interdire le cinéma tout court, puisque 99,99 % des productions ne satisfont pas à ses critères d' »anarcho-syndicalisme » ? Les camarades qui soutiennent les prisonniers d’AD et qui organisent la projection du film de Pierre Carles « Ni vieux ni traîtres » le 17 mai à Utopia seront heureux d’apprendre qu’eux aussi ne font que « soutenir les patrons ».

Tout ça en dit long sur les méthodes de ces gens-là et sur le crédit qu’on peut accorder à des accusations tous azimuts dont on NE PEUT AVOIR QUE LEUR VERSION. Sauf qu’en inondant les divers sites Indymedia, tactique nouvelle, ils s’exposent à UN DROIT DE RÉPONSE AUQUEL ILS N’ÉTAIENT PAS HABITUÉS.


Soutien « syndicaliste » au patron

Article publié dans le Combat Syndicaliste
Midi Pyrénées, n°90, mai juin 2005 En pleine lutte contre un licenciement, au mépris des témoignages accablants, la « CNT 31 » Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP vient d’organiser à Utopia deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron, un patron qui a bien besoin de cautions morales en ce moment ! Cette mascarade morose, qui est d’ailleurs tombée à plat, a été vertement dénoncée sur son versant historique par les fondateurs du SCALP eux-mêmes (qui ne se reconnaissaient pas dans ce spectacle marchand) et par la CNT-AIT sur son versant syndical. Ajoutons pour lever toute ambiguïté que les Vignoles ont agi en connaissance de cause, puisque nous les avions informés par courrier de la lutte en cours.


[1] Dans leur analyse de leur lutte, les salariés du Cinéma des Carmes d’Orléans expliquent bien que ce qui a rendu possible leur répression – et leur licenciement –c’est le silence de la gauche qui a fermé les yeux sur les pratiques de la direction «En  l’absence de tout soutien extérieur officiel, les pratiques de la direction ont répliqué à ces offenses. A la fin de l’été 2004, (…) un écrémage de l’équipe (“la Belle Équipe” comme titrait jusqu’alors illusoirement le programme du cinéma Eden Carmes) s’est fait en catimini. »

[2] Forum aujourd’hui disparu animé par un « redskin » militant des Vignoles,

[3] leader des Vignoles de Toulouse de l’époque