Le calvaire des indigènes algériens (1924)

“Tous les hommes naissent libres et égaux en droits.” C’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui raconte cela. Mais il est facile de prouver que cette égalité n’a jamais existé pour nous, indigènes algériens.
Nos droits, les voici, tels que les comprennent les canailles sanguinaires, les pirates rapaces qui, sous prétexte de colonisation, nous ont apporté les soi-disant “bienfaits” de leur “civiisation”.

“Tous les hommes naissent libres et égaux en droits.” C’est la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui raconte cela. Mais il est facile de prouver que cette égalité n’a jamais existé pour nous, indigènes algériens. Nos droits, les voici, tels que les comprennent les canailles sanguinaires, les pirates rapaces qui, sous prétexte de colonisation, nous ont apporté les soi-disant “bienfaits” de leur “civilisation”.

Ils consistent à voir les terres sur lesquelles nous sommes nés, que de père en fils nous fécondions de notre labeur, qui nous donnaient de quoi vivre librement et fièrement, accaparées par nos “bienfaiteurs”. Il est vrai que nous avons le “droit” de travailler sur ces terres nous nous ont été volées, des 10 à 12 heures par jour pour un salaire dérisoire de 5 francs. Or la vie est chère en Algérie, très chère pour nous et nos familles. Nous avons un autre “droit” que ne nous contestent pas, au contraire, les entrepreneurs de charniers patriotiques, c’est celui d’aller crever sur les champs de bataille pour la défense de la France si généreuse. Nous en avons, en 1914 et les années qui suivirent, largement “profité”. On nous arme même contre nos frères de race qui ont le courage de résister à l’envahisseur. C’est sans doute au nom du “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”. Il nous faut subir également sans rien dire toutes les vexations que la fantaisie des administrateurs et des bureaux s’acharnent à nous imposer. Le fascisme italien n’est pas plus odieux que les méthodes de la colonisation employées par les fonctionnaires de la République française. Il n’y a donc rien d’étonnant que, les dépouilles crevant de faim, n’ayant d’autre alternative que de mendier ou de trimer comme des forçats pour un salaire de misère, un très grand nombre d’indigènes fuient cette civilisation “à coups de triques”. Beaucoup ce sont dit que, puisqu’ils étaient bons pour défendre la France, il avaient le droit de trouver sur son sol, en travaillant, de quoi vivre. En fait, la condition de l’indigène qui travaille en France n’est pas à comparer à celle de celui qui reste en Algérie. Quand il arrive, même s’il est sans travail, il trouve près des Algériens une assistance qui ne se pratique guère dans d’autres milieux. Il tombe évidemment, sous une exploitation, mais tout de même moins sauvage que celle qu’il subit dans son pays. Naturellement, les gros propriétaires, les négriers d’Algérie et de Tunisie ne voient pas d’un bon oeil cette émigration qui leur procure de gros bénéfices. Aussi, pour l’empêcher, ils ont recours à des crapules politiciennes qui n’ont rien à leur refuser. Et ce qu’un gouvernement du bloc national avec Raymond Poincarré n’avait pas fait, le gouvernement du bloc des gauches avec Hérriot n’a pas craint de le tenter. C’est ainsi qu’on pouvait lire dernièrement dans Le Quotidien qu’une réglementation allait être instituée pour “l’admission dans la métropole des travailleurs indigènes”. Cette réglementation a pour but, comme l’a déclaré l’un des membres de la commission, M. Marius Moutet, “de permettre la pénétration judicieusement progressive d’éléments indigènes répondant par leur aptitude physique et professionnelle aux exigences des différentes branches de l’activité nationale métropolitaine.” “La Commission a voulu que l’indigène qui vient travailler en France ne soit pas exposé à quitter son foyer sans avoir la certitude préalable de trouver en France au moins l’équivalent de ce qu’il abandonne.” Le commission interministérielle, dont les travaux furent présidés par M. Duvernoy, directeur des Affaires algériennes au ministère de l’Intérieur, a décidé également la création en France d’organismes d’assistance et de protection pour les travailleurs indigènes. “Dorénavant les travailleurs algériens et nord-africains, avant de s’embarquer pour la France, devront produire un certificat d’engagement visé ar le ministère du Travail, un certificat médical et une carte d’identité avec photographie délivrée par le maire ou l’administrateur de la commune où l’indigène est domicilié.” “Le ministère de l’Intérieur a décidé que ces mesures seraient appliquées à partir du 1er octobre 1924.” Donc, à partir du 1er octobre, les administrateurs pourront empêcher le départ pour la France de ceux qu’ils embarquaient quand il s’agissait d’aller combattre ceux qu’ils appelaient des barbares. Je sais, et d’autres sauront s’ils ne s’en sont pas encore aperçu, où sont les barbares. Ce sont les politiciens hypocrites qui n’ont rien à envier à Mussolini. Et pour bien montrer cette hypocrisie, je leur affirme que l’indigène ne quitte son pays que parce qu’il ne peut plus y vivre, parce qu’il y est abominablement pressuré, exploité. C’est un esclave qu’ils veulent conserver à ceux qui l’ont dépouillé de sa terre natale. Ce qu’il abandonne en Algérie, M. Marius Moutet, député “socialiste !….”, c’est un peu de misère. Voilà ce que vous prie un Algérien et qui ajoute : “Prenez garde qu’un jour les parias en aient marre et qu’ils ne prennent les fusils que vous leur avez appris à manier pour les diriger contre leurs véritables ennemis, au nom du droit à la vie, et non comme autrefois pour une soi-disant patrie marâtre et criminelle.Mohamed Saïl, Le libertaire n° 242, 16 aout 1924.
========Source :
Mohamed SAÏL·Thursday, 11 October 2018

Les Anarchistes, pionniers de la lutte anti-colonialiste

D’après un extrait de l’articlede Benjamin STORA :  » »La gauche socialiste, révolutionnaire et la question du Maghreb au moment du Front populaire (1935-1938 ) » » in la revue ADEN 2009
Les héritiers de la tradition anticoloniale

Face aux défenseurs de la présence française au Maghreb, de petits courants du mouvement ouvrier français se dressent. Qui sont-ils ?

D’après un extrait de l’articlede Benjamin STORA :  » »La gauche socialiste, révolutionnaire et la question du Maghreb au moment du Front populaire (1935-1938 ) » » in la revue ADEN 2009

Les héritiers de la tradition anticoloniale


Face aux défenseurs de la présence française au Maghreb, de petits courants du mouvement ouvrier français se dressent. Qui sont-ils ?

On retrouve les continuateurs de la tradition anticoloniale[25] dans un « Comité contre la guerre et l’union sacrée » dont la première réunion se tient à Saint-Denis les 10 et 11 août 35[26]. Ils entendent poursuivre leur bataille contre le « militarisme et le service militaire à deux ans », contre la « guerre impérialiste », dont l’agression italienne contre l’Éthiopie fournit à leurs yeux un exemple. Aux côtés d’un certain nombre d’écrivains, tels Jean Giono, Magdeleine Paz[27], Henry Poulaille, Simone Weil, se regroupent donc les socialistes de gauche de Marceau Pivert[28], les trotskystes, les syndicalistes-révolutionnaires de La Révolution Prolétarienne[29], les libertaires de l’Union Anarchiste et des militants de la Confédération Générale du Travail Syndicaliste Révolutionnaire (C.G.T.S.R.), petite organisation anarcho-syndicaliste [section française de l’AIT]. Ce sont eux principalement que nous allons suivre.


Au sortir de la Première Guerre mondiale, le mouvement anarchiste spécifique se reconstitue péniblement. Il connaît un regain d’activité grâce à ses militants syndicalistes occupant des responsabilités importantes. Mis en minorité au Congrès de Lille de la C.G.T. en 1921, les anarchistes commettront l’erreur [tactique] de quitter la C.G.T.U.[30] nouvellement créée, pour fonder une nouvelle organisation syndicale, la CGT-SR (section française de l’AIT) qui ira en périclitant avant de disparaître en 1939. Le premier numéro de son organe, Le Combat Syndicaliste, paraît en décembre 26, avec une périodicité irrégulière, jusqu’en avril 33 (n° 62). La nouvelle série qui va jusqu’au numéro 200 (19 mars 37) est en revanche d’une remarquable régularité[31]. La chronique « Tribune algérienne », dans les années 30-32, fait état de campagnes menées par ses sections syndicales, en particulier dans le bâtiment. Samuel Jospin, dans un mémoire consacré à la C.G.T.S.R., indique que ses effectifs varient entre 1.000 et 6.000 militants[32].

Chronologiquement, la Fédération anarchiste de la région parisienne fut sans doute la première organisation politique française à s’intéresser aux travailleurs nord-africains et à mettre sur pied un Comité d’action pour la défense des indigènes, et ce dès 1923. Elle condamna énergiquement le Centenaire de la Conquête de l’Algérie en 1930 et affirma des positions nettement hostiles au colonialisme. Le groupe libertaire de Marseille mena une campagne sur « le sort de la colonie algérienne de l’Afrique du Nord », mais se heurta à l’indifférence à peu près généralisée[36]. On les retrouve au début de l’année 35, menant campagne « contre la religion » et « la politique » avec un tract distribué en arabe à Paris :

Aux travailleurs algériens ! Bravo ! Tu commences à te réveiller, tu entres dans la lutte sociale après avoir compris que tu es trop opprimé. Mais, hélas ! Croyant te libérer de la peste française qui te ronge, tu veux te rejeter vers le choléra islamique, qui te détruira pareillement, ou vers la politique, qui te dévorera […] Anarchistes, nous te disons : À bas tous les gouvernements et tous les exploiteurs, qu’ils soient roumis ou musulmans, car tous veulent vivre sur le dos des travailleurs […]

Pour le groupe des Anarchistes indigènes algériens : Saïl Mohamed[37].

Obsédés par l’idée de la propagande, où la verve polémique l’emporte le plus souvent sur la rigueur de l’analyse, les anarchistes ont-ils réussi à faire connaître largement leurs positions grâce à leurs journaux et à leurs brochures ? On ne saurait le dire précisément. Pendant le Front populaire, il y a en tout cas grossissement des effectifs du mouvement anarchiste. Ainsi apparaît dans Le Combat Syndicaliste l’activité d’une section des Métaux à Oran en 37. L’existence de petits groupes anarchistes est signalée à Alger en 35, à Oran en 36, à Sidi-Bel-Abbès en 38[38]. Au Congrès de Paris de l’Union anarchiste en 37, où 120 délégués expriment 74 groupes, deux délégués représentent Alger. C’est une première par rapport aux quatre précédents Congrès. Leur existence au Maghreb peut donc paraître dérisoire ; elle est néanmoins établie par l’écho des campagnes que l’on trouve dans leurs journaux. Ainsi exigent-ils dans ceux-ci en 36, la libération de quarante militants anarchistes d’origine espagnole arrêtés à Oran et Casablanca[39].

=============

[25] Sur l’anticolonialisme anarchiste et ouvrier au début du siècle, cf. C.-R. Ageron, L’anticolonialisme en France de 1871 à 1914, P.U.F., 1973 et plus spécialement p. 32-35.

[26] Lire, dans le n° 7 : Arnaud Blouin : « Le pacifisme du noyau syndicaliste révolutionnaire de La Révolution prolétarienne (1914-1939) » ; Vincent Chambarlhac : « 1914-193… Une mémoire brisée ? Entre marginalisation et fidélité, le combat des pacifistes de la Grande Guerre dans les années 30 ». [n.d.l.r.]

[27] Cf. l’article de A. Mathieu sur M. Paz. [n.d.l.r.]

[28] Marceau Pivert (1895-1958) était le leader du courant de la Gauche révolutionnaire à la S.F.I.O.

[29] Cf. l’article d’A. Blouin déjà cité. [n.d.l.r.]

[30] Opposés à l’alignement de la C.G.T.U. sur le P.C.F., les anarchistes se regroupent en 1926 dans la Confédération Générale du Travail-Syndicaliste révolutionnaire.

[31] Collections déposées au Centre d’Études et de Recherches du Mouvement Trotskyste et Révolutionnaire International (CERMTRI).

[32] Samuel Jospin, La c.g.ts.r. à travers son journal Le Combat syndicaliste, 1926-1937, Maîtrise, Université de Paris I, 1974.

[33] De 1929 à 1939, quatre organisations ont existé en France : l’Union anarchiste-communiste révolutionnaire qui en 34 devient l’Union anarchiste ; l’Association des fédéralistes anarchistes ; la Fédération anarchiste de langue française ; la Fédération Commu­niste Libertaire (Cf. Alain Droguet, Le mouvement anarchiste-communiste de 1929 à 1939 vu à travers ses Congrès, Maîtrise, Université de Paris I, 1972).

[34] Le Libertaire, respectivement 25 novembre 1929 et 2 octobre 1936.

[35] Mohamed Saïl (1894-1953) et Slimane Kiouane (1896-1971) étaient les principaux animateurs du Comité d’action pour la défense des indigènes algériens fondé par la Fédération anarchiste de la région parisienne.

[36] Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Alger, SNED, 1980, t. I, p. 258.

[37] Tract reproduit dans Le Combat Syndicaliste, 25 janvier 1935.

[38] In Françoise Vanacker, Le Mouvement anarchiste à travers Le Libertaire (1934-1939), Maîtrise, Université de Paris I, 1971.

[39] « Sauvons les camarades d’Oran et de Casablanca », Le Combat syndicaliste, 8 mai 1936 ; « Appel pour les emprisonnés d’Oran », ibid., 29 mai 1936.

http://www.univ-paris13.fr/benjaminstora/lhistoire/217-la-gauche-socialiste-revolutionnaire-et-la-question-du-maghreb-au-moment-du-front-populaire-1935-1938-

SAIL MOHAMED, LA VIE ET LA REVOLTE D’UN ANARCHISTE ALGERIEN

Biographie de Saïl Mohamed (Ameziane ben Ameziane, 1894-1953), anarchiste algérien et pionnier de la lutte anti-coloniale.

Étranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies…
Apatrides dAubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manoeuvres désoeuvrés…
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés…
Etranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

Jacques Prévert

Biographie de Saïl Mohamed (Ameziane ben Ameziane, 1894-1953), anarchiste algérien et pionnier de la lutte anti-coloniale.

Étranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de javel
hommes des pays loin
cobayes des colonies…
Apatrides dAubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manoeuvres désoeuvrés…
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés…
Etranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

Jacques Prévert

Ce poème de Prévert extrait de Paroles symbolise le combat d’une vie, celui de Saïl Mohamed. Saïl Mohamed, Ameziane ben Ameziane, est né le 14 octobre 1894 à Taourit-Béni-Ouglis, en Kabylie. Comme beaucoup d’Algériens, il a peu fréquenté l’école. Chauffeur-mécanicien de profession, il fut toute sa vie assoiffé de culture. Il vécut avec Madeleine Sagot. On sait peu de choses de sa jeunesse ; on apprend par un témoignage qu’il donne au Semeur de Normandie, le journal d’A. Barbé, qu’il est interné pour insoumission puis pour désertion pendant la première guerre mondiale. Ses sympathies pour le mouvement libertaire sont déjà affirmées.

Dès la reconstitution du mouvement libertaire, à la sortie de la première guerre mondiale, il adhère à l’Union anarchiste. Saïl est alors un militant de base. En 1923, avec son ami Sliman Kiouane – chansonnier de son état -, il fonde le Comité de défense des indigènes algériens. Les porteurs de valises n’existaient pas encore, mais ces deux Algériens avaient pris conscience de la misère de leur peuple. Dès ses premiers articles, Saïl dénonce la misère des colonisés et l’exploitation coloniale. Dès lors, il devient l’un des meilleurs connaisseurs de la situation nord-africaine. Les articles lorsqu’il ne sont pas signés par lui, sont de Victor Spielman ou de Vigné d’Octon. Saïl ne fait pas que dénoncer par voie de presse la misère des indigènes algériens, il organise avec ses compagnons du groupe du XVIIIème des meetings sur l’exploitation des Nord-Africains. Ces meetings ont une particularité ; ils sont à la fois en français et en arabe. C’est ainsi qu’il tonne régulièrement « contre les marabouts qui bernent les populations ».

Après avoir multiplié les activités, Saïl s’installe à Aulnay-sous-Bois comme mécanicien. Il y fonde un groupe et va devenir l’un de ses animateurs les plus efficaces. Il n’abandonne pas la lutte pour la reconnaissance du droit des Algériens à vivre libres. En 1929, il est le secrétaire d’un nouveau comité : le Comité de défense des Algériens contre les provocations du centenaire. La France s’apprête à célébrer le centenaire de la conquête de l’Algérie (5 juillet 1830). L’ensemble des tendances du mouvement anarchiste – l’Union anarchiste, la Confédération générale du travail syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR / AIT, section française de l’AIT dont la CNT-AIT est la continuation directe) et l’Association des Fédéralistes anarchistes – dénonce le colonialisme assassin, la mascarade sanglante. Les anarchistes protestent contre les farces du centenaire, répondant : «  La civilisation ? Progrès ’ ? Nous disons nous : assassinat ! ». Par la suite, Saïl adhère à la CGT-SR / AIT, dans laquelle il crée la Section des indigènes algériens. Il lance de nombreux appels aux travailleurs algériens. L’année suivante, lors de l’exposition coloniale, le mouvement anarchiste reprend sa campagne contre le colonialisme. Saïl est une fois de plus au premier rang des contestataires.

En janvier 1932, il devient le gérant de L’Éveil social, le journal du peuple dans lequel il signait des articles sous les pseudonymes de Léger et de Georges. Lors de la parution d’un article antimilitariste à la fin de l’année, cette responsabilité lui vaut des poursuites judiciaires pour « provocation de militaire à la désobéissance  ». Le Secours rouge international, organisation satellite du Parti communiste, lui apporte son soutien qu’il rejette au nom des victimes du stalinisme.

En 1934, éclate « l’affaire Saïl Mohamed« . La manifestation des ligues du 6 février 1934 entraîne une réaction dans l’ensemble du mouvement ouvrier. Saïl trouve des armes, les conserve. Le 3 mars, il est arrêté pour « délit de port d’arme prohibée  ». Le mouvement ouvrier lui apporte son soutien, à l’exception du Parti communiste qui le dénonce comme un agent provocateur. Condamné à un mois de prison, puis à un autre mois pour « détention d’armes de guerre  », il reste quatre mois en prison.

A sa libération, Saïl ne désarme pas et reprend son combat. L’Éveil social fusionne avec Terre libre (organe mensuel de l’Alliance libre des anarchistes du Midi), composé sur les presses de l’imprimerie La Laborieuse, d’André et Dori Prudhommaux. Terre libre applique le principe du fédéralisme libertaire, il existe des pages nationales et des pages régionales. Saïl fut responsable de l’édition nord-africaine – malheureusement nous n’avons retrouvé à ce jour aucun numéro de cette édition. Saïl tente de reconstruire le Groupe anarchiste des indigènes algériens ; différents appels du groupe paraissent dans le presse libertaire. Dans le même temps, Saïl continue de militer à l’Union anarchiste, il prend part aux débats organisationnels qui traversent le mouvement. Saïl est partisan d’une organisation qui regroupe l’ensemble des anarchistes décidés à agir. Durant le Front Populaire, il reprend position. Il développe son analyse en tenant compte des leçons espagnoles et de l’action qu’il mène à Aulnay-sous-Bois : «  Sachez que si notre groupe dépasse cent cinquante copains à l’heure actuelle, c’est parce que ses animateurs ne sont pas « des rigolos » mais des anarchistes sans compromission et que, s’ils sont de différentes écoles, ils ne connaissent avant tout qu’un seul idéal et une Anarchie » (La Voix libertaire n° 349, 29 janvier 1937, Lettre fraternelle au camarade Planche).

Après le soulèvement franquiste et le début de la Révolution espagnole, nombre de militants anarchistes de toutes tendances sont partis rejoindre le Groupe international de la colonne Durruti [1] Saïl est un des tous premiers volontaires étrangers à rejoindre la Colonne Durruti. Il a alors 42 ans. Le Groupe international est réparti en centuries linguistiques : les Allemands portent le nom de centurie Erich Müsham, les Français celui de Sébastien-Faure. Saïl rejoint cette dernière au mois de septembre 1936. En octobre 1936, il devient le délégué général des Groupes Etrangers, en remplacement de Bethomieu tombé à Perdiguera. Alors que le camp républicain (et aussi malheureusement certains anarchistes) menait une campagne vigoureuse contre « l’invasion des maures » du fait des troupes supplétives marocaines du camp Nationaliste,  il est politiquement significatif que la CNT-AIT designe Mohamed SAIL comme principal responsable du Groupe Internationaliste.

Il  conduisit notamment le groupe à l’attaque à Quinto. Le 21 novembre 1936, en mission de reconnaissance, il fut blessé au bras par une balle explosive à cent mètres des lignes franquistes. Hospitalisé à Barcelone, il regagna Aulnay en janvier 1937. Mutilé, il devait désormais exercer le métier de réparateur de faïences.

Lors des événements de mai 1937 à Barcelone, il fit plusieurs comptes rendus sur la situation dans Le Libertaire et Le Combat syndicaliste. Il intervint dans de nombreux meetings.

Dès la guérison de sa blessure, il participe aux conférences organisées par l’Union anarchiste sur les réalisations et les conquêtes de la Révolution.

Immédiatement après cette tournée, il participe au meeting tenu le 17 mars à la Mutualité, par l’ensemble des organisations de la gauche révolutionnaire, pour protester contre l’interdiction de l’Étoile nord-africaine, conduite par Messali Hadj, et contre la répression des manifestations en Tunisie qui a fait seize morts.

Du 11 au 13 novembre 1937, Saïl participe au congrès de l’Union anarchiste, dans leque il intervient pour rappeler les conditions de lutte en Espagne. Lucien Feuilllade, qui a retranscrit les propos de cette séance du congrès, a remplacé les propos de Saïl, qui comme à son habitude utilise des termes crus : « Pour avoir un fusil, j’aurais léché le cul d’un garde mobile  », par « …, j’aurais fait toutes les concessions  ». (Le Libertaire n’ 575, 11 novembre 1937).

Saïl continue son travail de militant. Pour avoir, en septembre 1938, distribué des tracts contre la guerre, il fut condamné à dix-huit mois de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance. SIA organise une campagne de solidarité pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement français qui emprisonne les antifascistes et libère les fascistes de la Cagoule (le CSAR). Au début de la seconde guerre mondiale , il est encore arrêté, une perquisition entraîne la dispersion de sa bibliothèque, il est conduit au camp de Riom d’où il semble qu’il se soit échappé. Il fabrique des faux papiers pendant l’occupation.

Dès la Libération, Saïl adhère à la CNT-AIT renaissante. Il reconstitue le groupe d’Aulnay-sous-Bois, et essaye de reformer des comités d’anarchistes algériens. Il tient dans Le Libertaire une chronique de la situation en Algérie. En 1951, il est nommé responsable au sein de la commission syndicale aux questions nord-africaines. Il produit une série d’articles sur « le calvaire des indigènes algériens ». Saïl Mohamed meurt à la fin avril 1953.


[1] il ne faut pas confondre, comme le font sciemment certains historiens marxiste, ce Groupe International avec les Brigades Internationales, organisation aux ordres du fascisme rouge stalinien et de ses instruments : l’Internationale communiste et le Guépéou.

=====

Traductions :

(en) Sail Mohamed, LIFE AND REVOLT OF AN ALGERIAN ANARCHIST(id) Sail Mohamed adalah seorang anarkis asal Aljazair

(tr) Tarİh , Cezayİrlİ anarþİst Saïl Mohamed’İn yaþamöyküsü

(nl) Sail Mohamed : leven en opstand van een Algerijnse anarchistische pionier

LA MENTALITE KABYLE (1951)

Le Libertaire 16 février 1951

A maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempérament libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie. Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique a quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

Le Libertaire 16 février 1951

A maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempérament libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie. Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique a quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

Il faut voir l’indigène algérien, le Kabyle surtout, dans son milieu, dans son village natal et non le juger sur son comportement dans un meeting, manifestant contre son ennemi mortel : le colonialisme.
Pour l’indigène algérien, la discipline est une soumission dégradante si elle n’est pas librement consentie. Cependant, le Berbère est très sensible à l’organisation, à l’entraide, à la camaraderie mais, fédéraliste, il n’acceptera d’ordre que s’il est l’expression des désirs du commun, de la base. Lorsqu’un délégué de village est désigné par l’Administration, l’Algérie le considère comme un ennemi.

La religion qui, jadis, le pliait au bon vouloir du marabout, est en décadence, au point qu’il est commun de voir le représentant d’Allah rejoindre l’infidèle dans la même abjection. Tout le monde parle encore de Dieu, par habitude, mais en réalité plus personne n’y croit. Allah est en déroute grâce au contact permanent du travailleur algérien avec son frère de misère de la métropole, et quelques camarades algériens sont aussi pour beaucoup dans cette lutte contre l’obscurantisme.

Quand au nationalisme que j’entends souvent reprocher aux AIgériens, il ne faut pas oublier qu’il est le triste fruit de l’occupation française. Un rapprochement des peuples le fera disparaître, comme il fera disparaître les religions. Et, plus que tout autre, le peuple algérien est accessible à l’internationalisme, parce qu’il en a le goût ou que sa vie errante lui ouvre inévitablement les yeux. On trouve des Kabyles aux quatre coins du monde ; ils se plaisent partout, fraternisent avec tout le monde, et leur rêve est toujours le savoir, le bien-être et la liberté.
Aussi, je me refuse à croire que des guignols nationalistes puissent devenir un jour ministres ou sultans dans le dessein de soumettre ce peuple, rebelle par tempérament.

Jusqu’à l’arrivée des Français, jamais les Kabyles n’ont accepté de payer des impôts à un gouvernement, y compris celui des Arabes et des Turcs dont ils n’avaient embrassé la religion que par la force des armes. J’insiste particulièrement sur le Kabyle, non pas parce que je suis moi-même Kabyle, mais parce qu’il est réellement l’élément dominant à tout point de vue et parce qu’il est capable d’entraîner le reste du peuple algérien dans la révolte contre toute forme de centralisme autoritaire.
Le plus amusant de l’histoire, c’est que la bande des quarante voleurs ou charlatans politiciens nous représente le nationalisme d’outre-mer sous la forme d’une union arabe avec l’emblème musulman et avec des chefs politiques, militaires et spirituels à l’image des pays du Levant. J’avoue que le dieu arabe de nos sinistres pantins d’Algérie a bien fait les choses, puisque la guerre judéo-arabe nous révéla que les chefs de l’islamisme intégral ne sont rien d’autre que de vulgaires vendus aux Américains, aux Anglais, et aux Juifs eux-mêmes, leurs prétendus ennemis. Un coup en traître pour nos derviches algériens, mais salutaire pour le peuple qui commence à voir clair.

Pensez donc, un bon petit gouvernement algérien dont ils seraient les caïds, gouvernement bien plus arrogant que celui des roumis, pour la simple raison qu’un arriviste est toujours plus dur et impitoyable qu’un « arrivé » ! Rien à faire, les Algériens ne veulent ni de la peste, ni du choléra, ni d’un gouvernement de roumi, ni de celui d’un caïd. D’ailleurs, la grande masse des travailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman, à la fois religieux et politique, ne peut revêtir qu’un caractère féodal, donc primitif. Tous les gouvernements musulmans l’ont jusqu’ici prouvé.

Les Algériens se gouverneront eux-mêmes à la mode du Village, du douar, sans députés ni ministres qui s’engraissent à leurs dépens, car le peuple algérien libéré d’un joug ne voudra jamais s’en donner un autre, et son tempérament fédéraliste et libertaire en est le sûr garant. C’est dans la masse des travailleurs manuels que l’on trouve l’intelligence robuste et la noblesse d’esprit, alors que la horde des « intellectuels » est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux.
Quant aux staliniens, ils ne représentent pas de force, leurs membres se recrutent uniquement parmi les crétins ou déchet du peuple. Car l’indigène n’a guère d’enthousiasme pour se coller une étiquette, qu’elle soit mensongère ou super-fasciste.
Pour les collaborateurs, policiers, magistrats, caïds et autres négriers du fromage algérien, leur sort est réglé d’avance : la corde, qu’ils valent à peine.

Pour toutes ces raisons, mes compatriotes doivent-ils être considérés connue d’authentiques révolutionnaires frisant l’anarchie ? Non, car s’ils ont le tempérament indiscutablement fédéraliste et libertaire, l’éducation et la culture leur manquent, et notre propagande, qui est cependant indispensable à ces esprits rebelles, leur fait défaut
C’est ce pourquoi oeuvrent nos compagnons anarchistes de la fédération nord-africaine [[NDLR : le MLNA, Mouvement Libertaire Nord Africain]].


CIVILISATION (Lettre aux Français) (1951)

Pour légitimer le gangstérisme le plus crapuleux à l’encontre de mes compatriotes, les gouvernants français continuent à se servir du mensonge le plus grossier. Ils se disent « civilisateurs » mais cela ne trompe que les crétins, trop nombreux hélas dans cette France de 1951 !

Pour légitimer le gangstérisme le plus crapuleux à l’encontre de mes compatriotes, les gouvernants français continuent à se servir du mensonge le plus grossier. Ils se disent « civilisateurs » mais cela ne trompe que les crétins, trop nombreux hélas dans cette France de 1951 !

Le terme de « civilisateurs » est une duperie tout juste bonne à faire rire les ânes les plus têtus ; l’histoire que vous avez écrite, oh, tristes sires, veut que les Maures d’Espagne qui allèrent jusqu’à Perpignan et même jusqu’à Poitiers et qui furent les constructeurs de l’Alhambra de Grenade soient les destructeurs de vos huttes sordides et fassent partie des pères de votre prétendue civilisation « française » ! Alors, fermez vos gueules et avouez que vous n’êtes que des sinistres pantins dénués de tout scrupule, des goujats sans cœur, esclaves du veau d’or, voleurs et assassins professionnels sans autres excuses.

Pour Hitler, la France était un pays sauvage qu’il fallait coûte que coûte civiliser. Pour Staline, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, etc … sont des contrées arriérées qu’il faut également mettre à la raison… et le baratin « civilisation » suit son chemin au détriment des idiots qui s’ignorent et applaudissent.

Au pis aller, et pour faire plaisir à votre lamentable orgueil, admettons que vous êtes les civilisateurs de l’Afrique du Nord et ce, malgré les preuves irréfutables du contraire que j’ai apportées dans mes six articles précédents et le coup de grâce que j’assène dans le présent.

En 1830, l’Algérie fut conquise à la suite du refus par la France de payer une livraison de blé faite par le bey d’Alger, ce qui a valu au consul de France un coup de chasse-mouche… Je passe donc la plume à un représentant officiel du pays « civilisateur » qui mettra le nez dans leur m… aux canailles sans aveux : Voici une lettre de I’ adjudant-major Canrobert, datée du 1er janvier 1842 de Koliah.

« Nous venons de faire plusieurs razzias dans les montagnes du petit Atlas. Nous avons surpris de nuit une assez grande quantité de Kabyles et enlevé plusieurs troupeaux, des femmes, des enfants et des vieillards. Ces opérations qui, je dois l’avouer, sont d’une grande ressource pour les approvisionnements de l’armée, sont du point de vue militaire du plus fâcheux effet. Le soldat, mal ou pas surveillé, excité d’ailleurs par l’appât du pillage, se livre aux excès les plus grands qui vicient singulièrement son caractère. »

La citation de cette lettre est le commencement d’une série d’autres qui vont suivre, vieux cheval de bataille, j’entends prendre la défense de mes malheureux compatriotes opprimés, s’il le faut au prix de ma liberté et même de ma vie, sans aucune faiblesse et c’est avec une profonde émotion, j’en suis sûr, que les damnés d’ outre-mer accueilleront le désintéressement total d’un humble représentant de la fédération anarchiste.


Mohamed SAIL. Article paru dans le Libertaire du vendredi 3 août 1951.

Source : Mohamed SAÏL

LETTRE DU FRONT (1936)

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

 Hé oui ! Nous sommes là, entendant très bien, de nos positions, les sirènes des usines de Saragosse. Cela pour vous dire purement et simplement que nous ne sommes pas loin du but. Sans lunettes, bien moins avec des jumelles, nous voyons très bien la ville avec nos SIMPLES YEUX. Comprendra qui voudra (sauf Clément Vautel, Larocque et autres comédiens qui amusent la galerie !).
Croyez moi, braves camarades, je ne vous écris pas de Perpignan ou d’une autre ville frontière comme est de règle chez les pisse-copie de la belle presse fasciste, républicaine ou même démocratique. Je ne vous écris même pas de Farlete, mais de bien plus loin encore, c’est-à-dire près de Saragosse. Mais au fait, que dit la grrrrande presse d’information ? Ici, je ne lis pas, mais je sais qu’elle ne changera pas sa nourriture, je lui adresse le dégoût d’un milicien combattant écoeuré de sa servilité et de ses mensonges crapuleux. Ma vieille mère se croit belle à 80 ans tout comme le fascisme agonisant qui se croit encore vivant. Quant à la question de la militarisation des milices, criez-le à qui voudra l’entendre sans risque d’être démentis : dans toutes les colonnes dirigées par les anarcho-syndicalistes, et elles sont les plus nombreuses : “ Miliciens, oui, soldats, jamais ! ”. Tout est liberté chez nous, et cette liberté fait de nous des hommes disciplinés, bravant la mort et la torture. Nous ne marcherons jamais à la baguette, mais nous ne pâlirons jamais devant l’ennemi. Militarisation ? Dans les colonnes des politiciens, rien ne nous étonne, mais chez nous il n’y a que des camarades sans dieu ni maître, tous sur le même pied d’égalité. Durruti est notre guide et notre frère. Il mange et couche avec nous, il est moins bien habillé que nous, il n’est ni général, ni caïd, mais un milicien digne de notre amitié. Les grades, la fanfaronnade et l’ambition sont le rêve des polichinelles de tout acabit et non pas de ces milliers et de milliers d’anarcho-syndicalistes qui font la beauté de l’Espagne libertaire. A la prochaine, et au nom de mes camardes je vous envoie à tous notre salut fraternel.Saïl Mohamed, sans grade ni matricule, comme tous ses camarades.

L’Espagne Antifasciste n°17, 4 novembre 1936.


Source : Mohamed SAÏL

PROTESTATIONS ANARCHISTES CONTRE LE CENTENAIRE DE LA CONQUETE DE L’ALGERIE (1930)

CGTSR-AIT, Section Algérienne
A l’opinion publique

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

CGTSR-AIT, Section Algérienne

A l’opinion publique

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

A l’opinion publique

La Voix libertaire n° 55. 15 mars 1930.

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

Depuis que le gouvernement de Charles X imposa, il y a cent ans, par la force du sabre, la « civilisation » à l’Algérie, qu’y a-t-il de changé ? Les colonisateurs et les marchands ont suivi la route tracée dans le sang du peuple arabe par les conquérants ; les uns ont dépossédé les indigènes et courbé sous leur joug hommes, femmes et enfants ; les autres se sont efforcés d’acquérir pour rien les produits naturels tout en vendant fort cher ce qu’ils apportaient. Concessionnaires et banquiers sont venus doubler l’ancien esclavage et, unis à la féodalité indigène, ont fait régner dans le pays conquis la plus dure exploitation.

Ainsi ce peuple, qui ne demandait rien à personne, a vu s’ajouter à la tyrannie de ses anciens maîtres celle des maîtres nouveaux.

A-t-il, au moins, retiré quelques bénéfices de la « civilisation » qu’on lui imposa il y a cent ans ? Non. Astreint aux devoirs des citoyens, il n’en possède pas les droits. Il reste soumis à l’odieux régime de l’indigénat qui fait de tous les Algériens des êtres diminués.

Pour lui, pas de liberté d’association, de pensée et de presse, mais les cours criminelles, les tribunaux répressifs qui font pleuvoir sur les malheureux Arabes les amendes et les corvées administratives, l’emprisonnement arbitraire, la confiscation. C’est l’Inquisition au XXe siècle.

Pour lui, pas de droit de vote, mais le service militaire de deux ans, alors que le Français ne fait que 18 mois.

Pour lui, la réquisition pour les travaux insalubres, mais pas d’écoles pour les filles et quelques-unes seulement pour les garçons.

Pour lui encore, les impôts écrasants, les brimades des féodaux arabes, d’accord avec l’administration et le gouvernement, mais pas de logements, pas d’hygiène, pas de législation du travail.

Économiquement et politiquement, le peuple algérien est absolument esclave, deux fois esclave. Il ne possède réellement que deux droits : souffrir et payer, souffrir en silence et payer sans rechigner.

C’est le centenaire d’un tel état de choses que les aristocrates arabes et les ploutocrates français, satisfaits et heureux, commémorent en ce moment en Algérie.

Les Algériens qui ont pu quitter ce pays inhospitalier sont solidaires de leurs frères restés de l’autre côté de la Méditerranée. Ils ont voulu, à l’occasion de ce centenaire, éclairer l’opinion publique métropolitaine, lui faire connaître l’odieux régime imposé à tout un peuple. Ils demandent à cette opinion de les aider à conquérir les droits dont jouissent tous lés autres citoyens français, puisqu’on leur impose des devoirs plus grands et plus lourds. Ils réclament notamment : l’abolition de l’indigénat, le droit syndical, la liberté de la presse, l’extension à l’Algérie de toute la législation sociale française.

Ils espèrent que leur appel sera entendu tout particulièrement par leurs frères : les travailleurs français. Et, en revanche, ils assurent ceux-ci de leur solidarité dans les luttes qu’ils entreprendront pour la libération commune. Ils savent que Français et Algériens n’ont qu’un ennemi : leur maître. Fraternellement unis, ils sauront s’en débarrasser pour fêter ensembles leur affranchissement.

La section algérienne de la C.G.T.S.R. / AIT P.S. – Cet article sera tiré en plusieurs milliers de tracts, ils sont gratuits à toute individualité ou groupement anarchistes et syndicalistes fédéralistes désireux de le diffuser. Les commander à Saïl Mohamed, Paris, 20ème, ou au siège de la C.G.T.S.R / AIT., Paris, 10e

(tract également paru dans La Voix libertaire n° 55. 15 mars 1930.)

————————————————————–

Le centenaire de la conquête de l’Algérie

La Voie libertaire n°30. 21 septembre 1929.

Le gouvernement et la bourgeoisie française célébreront, l’an prochain, le centenaire de la conquête de l’Algérie. Nous verrons, à cette occasion, les patriotes et les chauvins de tout acabit s’en donner à cœur joie ; les folliculaires appointés des grands bourreurs de crânes proclameront, en de massives colonnes, les vertus civilisatrices de la France.

Que nous a donc apporté cette France si généreuse dont les lâches et les imbéciles vont partout proclamant la grandeur d’âme ?

Interrogez un simple indigène, tâchez de gagner sa confiance. L’homme vous dira de suite la lamentable situation de ses frères et l’absolue carence de l’administration française devant les problèmes d’importance vitale.

La presque totalité de la population indigène vit dans la misère physique et morale la plus grande. Cette misère s’étale largement. Dans les villes d’Algérie, ce ne sont, la nuit venue, que gens déguenillés couchés sous les arcades, sur -le sol. Dans les chantiers, les mines, les exploitations agricoles, les malheureux indigènes sont soumis à un travail exténuant pour des salaires leur permettant à peine de se mal nourrir.

Commandés comme des chiens par de véritables brutes, ils n’ont pas même la possibilité de recourir à la grève, toute tentative en ce sens étant violemment brisée par l’emprisonnement et les tortures. N’ayant aucun des droits de citoyen français, soumis à l’odieux et barbare code de l’indigénat, les indigènes sont traînés devant des tribunaux répressifs spéciaux et condamnés à des peines très dures pour des peccadilles qui n’amèneraient, dans la métropole, qu’une simple admonestation.

Toute presse indigène étant interdite, toute association étant vite dissoute, il ne subsiste, en Algérie, aucune possibilité de défense pour les malheureux indigènes spoliés et exploités avec la dernière crapulerie qui puisse exister. 1

Ils sont astreints à un service militaire de deux ans, car ils constituent, pour les boucheries guerrières, un appréciable réservoir de chair à canon. Pendant la – guerre du droit », un grand nombre d’entre eux furent immolés à la victoire de cette France qui est bien pour eux la plus épouvantable des marâtres.

Avec des crapuleries les plus basses, le gouvernement français a anéanti toutes les écoles indigènes du pays, les remplaçant par des écoles françaises en nombre, ridiculement insuffisant. Des douars comportant de nombreux villages, comptant des milliers et des milliers d’individus, sont entièrement privés d’enseignement. La généralité des femmes vivent dans l’ignorance absolue. Le résultat de cette politique ignoble est, dans les masses algériennes, une ignorance de bêtes de somme, ignorance voulue et entretenue par l’administration française.

Civilisation, n’est-ce pas ! Oh, lâches gouvernants ! L’agent de cette administration, auprès des indigènes, est un sinistre individu nommé caïd, individu méprisable, mouchard, il achète sa charge de policier et exerce une véritable terreur sur ses malheureux compatriotes. Canaille vénale, le caïd est toujours à vendre. Malheur à celui qui, ayant commis une faute légère, ne peut acheter son silence ! Malheur à l’indigène qui n’a pas l’heur de lui plaire ! Il fera connaissance avec les tribunaux d’exception, tôt ou tard.

La colonisation française aurait-elle apporté le progrès technique en Algérie ? Elle y a construit une seule ligne de chemin de fer, avec une seule voie. Dans la presque totalité de la colonie, les indigènes sont obligés, pour se déplacer, d’accomplir des marches longues et pénibles. Dans les campagnes, il n’y a point de service postal pour les indigènes ; ces derniers doivent, s’ils veulent entrer en possession d’une lettre ou d’un colis, perdre plusieurs jours pour aller à la ville et s’en retourner. Les routes, les ponts sont très rares, et les indigènes payent des impôts écrasants.

Beau progrès, vraiment !

Le sol de l’Algérie est riche, et les industriels et gros commerçants français rapaces, sans scrupules. Ils n’ont pas hésité à détruire complètement la civilisation algérienne, jadis florissante, parcelle de la grande civilisation musulmane. Ils ont mis à la place l’oppression féroce, l’arrogance, la misère, la mort. Leur civilisation !

Inaugurée par un vol pur et simple – le refus de la France de payer une livraison de blé – la conquête de l’Algérie ouvrit, pour la bourgeoisie française, une ère de banditisme colonial qui n’est point close.

Donc, pour votre cynique parade, Messieurs les bourgeois et vos valets de tous poils, et malgré la haute prétention du napoléonet Chiappe qui espère museler les « subversifs » coloniaux, le groupe anarchiste algérien est décidé à démontrer à l’opinion publique vos crimes, vos ignominies que vous voulez baptiser du mot « civilisation ».


(Première publication sur http://cnt-ait.info le mardi 2 novembre 2004)

Tarİh , Cezayİrlİ anarþİst Saïl Mohamed’İn yaþamöyküsü

Saïl Mohamed Ameriane ben Amerzaine, Birinci Dünya Savaþý’ndan sonra Anarþist Birliðe (UA) katýldý. 1923’te Cezayir Kökenliler Savunma Komitesi’ni kurdu. 20li yýllarýn sonunda CGT-SR / AIT içerisinde Cezayirli Kökenliler Seksiyonu’nu oluþturdu. Ýspanya’daki Frankocu ayaklanmadan sonra, Saïl, Durruti Kolu’nun Fransýzca-konuþan seksiyonu olan Sebastian Faure Bölüðü’ne katýldý. Ýkinci Dünya Savaþý’nýn baþýnda, tekrar tutuklandý ve Riom’da bir toplama kampýna konuldu. 1944’den sonra diðerleriyle birlikte anarþist hareketin yeniden inþasý için çalýþtý.

Saïl Mohamed Ameriane ben Amerzaine, Birinci Dünya Savaþý’ndan sonra Anarþist Birliðe (UA) katýldý. 1923’te Cezayir Kökenliler Savunma Komitesi’ni kurdu. 20li yýllarýn sonunda CGT-SR / AIT içerisinde Cezayirli Kökenliler Seksiyonu’nu oluþturdu. Ýspanya’daki Frankocu ayaklanmadan sonra, Saïl, Durruti Kolu’nun Fransýzca-konuþan seksiyonu olan Sebastian Faure Bölüðü’ne katýldý. Ýkinci Dünya Savaþý’nýn baþýnda, tekrar tutuklandý ve Riom’da bir toplama kampýna konuldu. 1944’den sonra diðerleriyle birlikte anarþist hareketin yeniden inþasý için çalýþtý.


SAïL MOHAMED, 1894-1953: CEZAYÝRLÝ BÝR ANARÞÝSTÝN YAÞAMI VE ÝSYANI

Saïl Mohamed Ameriane ben Amerzaine, 14 Ekim 1894’te, Cezayir’de, Berberi bölgesindeki Kabylie’de yer alan Tarbeit-Beni-Ouglis’te doðdu. Pek çok Cezayirli gibi az bir eðitim aldý. Mesleði þoför-makinistti, yaþamý boyunca kültürünü geliþtirdi ve eðitimi için büyük çaba harcadý. Müslüman-Berberi bir geçmiþten ateizme yöneldi. Birinci Dünya Savaþý sýrasýnda önce emre itaatsizlikten ardýndan da, Fransýz Ordusu’ndan firar etmesi nedeniyle tutuklandý. Anarþizme yönelik sempatisi geliþmeye baþlamýþtý bile.

Savaþýn sonunda, anarþist hareketin yeniden inþasý sürecinde, Anarþist Birlik (UA) örgütüne katýldý. 1923’te, þarkýcý arkadaþý Sliman Kiouane ile birlikte, Cezayir Kökenliler Savunma Komitesi’ni kurdu. Ýlk makalelerinde sömürgeleþtirilen halklarýn yoksulluðundan ve kolonilerin sömürülmesinden söz etti. Kuzey Afrika’daki durum konusunda bir uzman oldu. Paris’in 17. mahallesindeki anarþist gruplarla birlikte, Kuzey Afrikalýlarýn sömürülmesi üzerine, Arapça ve Fransýzca dillerinde konuþmalar yapýlan toplantýlar düzenledi. Saïl, Aulnay-sous-bois’te anarþist bir grup oluþturdu ve en etkin üyelerinden birisi oldu.

1929’da, yeni bir komitenin sekreteri oldu: Yüzüncü Yýl Kýþkýrtmasý’na karþý Cezayirliler Savunma Komitesi (Fransa, 5 Temmuz 1930’da Cezayir’in fethedilmesinin yüzüncü yýlýný kutlamaya hazýrlanýyordu). Anarþist hareket içerisindeki tüm eðilimler, UA, anarko-sendikalist sendika Confederation Generale du Travail syndicaliste-revolutionnaire (CGT-SR / AIT) ve Association de Federalistes anarchistes (AFA) « Katil sömürgecilik, kanlý maskeli balo »yu kýnadýlar. Þu sloganý kullanýyorlardý « Medeniyet ? Ýlerleme ? Bizce, Cinayet ! »

Bunun ardýndan, Saïl, içerisinde Cezayir Kökenliler Seksiyonu’nu kuracaðý CGT-SR’a katýldý. Bir yýl sonra, Paris’te Kolonyal Sergi’nin açýlýþý ile birlikte, anarþist hareket sömürgeciliðe karþý kampanyasýný yeniden baþlattý. Sail bu mücadelede ön saflardaydý.

Toplumsal uyanýþ

Ocak 1932’de, « L’Eveil Social, le journal du peuple » (« Toplumsal Uyanýþ, halkýn dergisi« )nin editörü oldu. Anti-militarist bir makalesinin ardýndan, hakkýnda « orduyu itaatsizliðe kýþkýrtmak »tan dava açýldý. Komünist Parti’nin bir uydu örgütü olan Uluslararasý Kýzýl Yardým kendisine destek vermek istediyse de, Stalinizm’in kurbanlarý adýna bu yardýmý reddetti.

1934’te, « Saïl Mohamed Olayý » gündeme geldi. Faþist ve anti-semitist Birlikler’in 6 Þubar 1934’te gerçekleþtirdiði gösteri çalýþanlarýn hareketi içerisinde zincirleme bir tepkiye yol açtý. Saïl silah topladý ve bunlarý sakladý. 3 Mart’ta « yasaklanmýþ silah taþýmak »tan tutuklandý. Kendisini ajan provokatör ilan eden Komünist Parti dýþýnda, çalýþanlarýn hareketi kendisine destek sundu. Bir ay hapis cezasýna çarptýrýldý, sonrasýnda « savaþ silahlarý bulundurmak »tan bir ceza daha alarak, dört ayýný hapiste geçirdi. Mücadelesini sürdürdü.

« L’Eveil Sociale », « Terre Libre » ile birleþti (« Özgür Dünya« , Alliance Libre des anarchistes du Midi’nin aylýk gazetesi – bakýnýz Paul Rousenq). Saïl, « Terre Libre »nin Kuzey Afrika baskýsýndan sorumluydu. Anarþist basýnda yaptýðý birkaç duyuruyla, bir Cezayir Doðumlu Anarþistler Grubu oluþturmaya çalýþtý. Ayný zamanda Anarþist Birlik’te faal çalýþmasýný sürdürdü.

Ýspanyol Devrimi

Ýspanya’daki Frankocu ayaklanmadan sonra, Eylül 1936’da, Saïl, anarþist milis birimi Durruti Kolu’nun Fransýzca-konuþan seksiyonu olan Sebastian Faure Bölüðü’ne katýldý ve komutanlýðýna seçildi. Kasým 1936’da elinden yaralandý, Ýspanyol anarþist hareketinin durumunu anlayan çok sayýda mektup yazdýktan sona Fransa’ya döndü.

Yarasý iyileþtikten sonra, Anarþist Birlik tarafýndan Ýspanya için düzenlenen pek çok yürüyüþte yer aldý. Bu turun hemen ardýndan, Messali Hadj tarafýndan çýkartýlan « Etoile Nord Africaine » (« Kuzey Afrika Yýldýzý ») gazetesinin yasaklanmasý ve 16 kiþinin ölümüyle sonuçlanan Tunus’taki gösterilere yönelik baskýlara karþý Paris’teki devrimciler tarafýndan düzenlenen bir toplantýya katýldý. Yeniden tutuklanarak, Aralýk 1938’de, « askeri kýþkýrtmak »tan 18 ay hapse mahkum edildi.

Ýkinci Dünya Savaþý’nýn baþýnda, tekrar tutuklandý ve Riom’da bir toplama kampýna konuldu. Geniþ kütüphanesi, bir arama sonrasýnda daðýtýldý. Oradan kaçtý, sahte belgeler ayarladý ve Ýþgal sýrasýnda yeraltýna geçti.

1944’den sonra diðerleriyle birlikte anarþist hareketin yeniden inþasý için çalýþtý. Kurtuluþla birlikte [Ýspanyol Devrimi’nin kýdemli anarþist milisleri Paris’i özgürleþtiren ilk birliklerdi] Aulnay-sous-bois grubunu yeniden biraraya getirdi ve Cezayirli Anarþistler Komitesi’ni yeniden oluþturmaya çalýþtý. [Anarþist Birliðin devamý] Anarþist Federasyon’un haftalýk gazetesi « Le Libertaire »de Cezayir’deki durum üzerine köþe yazýlarý yazdý. « Cezayir Kökenlilerin Cefasý » üzerine bir dizi makale hazýrladý.

Nisan 1953’te öldü. George Fontenis 30 Nisan 1953’teki cenaze töreninde, anarþist hareket adýna, onun anýsýna bir konuþma yaptý.

=====

Translations :

(en) Sail Mohamed, LIFE AND REVOLT OF AN ALGERIAN ANARCHIST

(fr) SAIL MOHAMED, LA VIE ET LA REVOLTE D’UN ANARCHISTE ALGERIEN(id) Sail Mohamed adalah seorang anarkis asal Aljazair

======

Perşembe 3 Ağustos 2006

A bas le code de l’indigénat ! Egalité totale des droits !

Au nom du groupe des anarchistes algériens, nous recevons de notre bon camarade Saïl Mohamed l’article suivant que nous insérons bien volontiers, car il rappelle opportunément aux dirigeants du gouvernement du Front populaire l’immense travail qui reste à accomplir dans ce que les patriotes de toutes espèces appellent la France d’outre-mer, pour faire des indigènes au moins des égaux politiques de leurs “protecteurs” français. En Afrique du Nord, en A.O.F. comme en A.E.F., à Madagascar comme en Indochine, “des dizaines de millions” d’indigènes attendent que soit mis fin à l’odieux régime d’exception qui les opprime. Là au moins, le gouvernement de Front populaire peut facilement accomplir la tâche urgente qui s’impose. Il n’a qu’à s’inspirer des méthodes que préconisaient dans l’opposition ceux qui le composent aujourd’hui…

Au nom du groupe des anarchistes algériens, nous recevons de notre bon camarade Saïl Mohamed l’article suivant que nous insérons bien volontiers, car il rappelle opportunément aux dirigeants du gouvernement du Front populaire l’immense travail qui reste à accomplir dans ce que les patriotes de toutes espèces appellent la France d’outre-mer, pour faire des indigènes au moins des égaux politiques de leurs “protecteurs” français. En Afrique du Nord, en A.O.F. comme en A.E.F., à Madagascar comme en Indochine, “des dizaines de millions” d’indigènes attendent que soit mis fin à l’odieux régime d’exception qui les opprime. Là au moins, le gouvernement de Front populaire peut facilement accomplir la tâche urgente qui s’impose. Il n’a qu’à s’inspirer des méthodes que préconisaient dans l’opposition ceux qui le composent aujourd’hui…

Hommes de coeur, comprenez en fin nos cris de douleur, nos appels de détresse et réclamez avec nous l’abolition totale de l’ignoble code de l’indigénat qui mine lentement le moral et le physique du peuple algérien et est une tache à l’honneur de la France dite républicaine et démocratique.

Vous qui frémissez quand une injustice se produit dans votre entourage, qui protestez avec énergie quand une victime du fascisme gémit dans une geôle, qui vous révoltez quand à l’autre bout du monde (l’Algérie n’est qu’à 750 km de la métropole), un innocent agonise, victime d’une répression, vous ne pouvez pas rester sourds à notre appel et être insensibles à cette iniquité monstrueuse : un peuple tout entier, dont le seul crime est d’avoir été vaincu et dépossédé par la force, croupit dans des conditions de vie misérables et subit un esclavage qui déshonore notre siècle. Car enfin, qu’est-ce que le code de l’indigénat ?

C’est tout simplement cet ensemble de lois qui mettent l’indigène algérien à la merci de la métropole, qui exigent des devoirs et des charges écrasants, mais qui en échange ne donnent aucun droit. Il est formellement interdit au français d’outremer de se syndiquer pour se défendre contre un patronat qui l’exploite et l’opprime. Pour lui, pas de liberté d’opinion, pas de liberté de la presse. Ses écoles sont rares, et l’instruction est à un niveau tellement bas que très peu peuvent en profiter et restent dans une ignorance complète qui permet une exploitation éhontée. L’indigène n’ayant pas le droit de vote, on lui impose une dictature qui le traque et le rançonne. Les impôts écrasants sont engloutis en partie dans de louches affaires car, malgré leur importance, les villages indigènes sont dans leur généralité privés de lumière, de postes et de télégraphe, et il n’y a pour ainsi dire pas de routes carrossables.

Pour cacher cette incurie, les gouvernants invoquent ce motif aussi absurde qui ridicule : “Pour qu’il soit mis au rang des “civilisés”, l’indigène doit renoncer à son statut personnel qui lui donne le droit de se marier avec plusieurs femmes.” Parce qu’en France, voyez-vous, il n’y a pas de harem, mais l’hypocrisie en matière sexuelle existe davantage qu’en Algérie. Et au point de vue religieux, quand les ministres laïcs s’agenouillent cyniquement et sans foi devant un dieu de carton ou en plâtre, qu’ont-ils à reprocher au malheureux bicot qui pratique dees rites qui ne sont pas plus ridicules que ceux des autres religions, car elles se valent toutes et ne sont fondées que sur la crédulité de leurs fidèles.

Mais voici qu’en l’an 1936, le gouvernement de Front populaire veut, dit-on, atténuer ce mal; l’atténuer seulement, et non le guérir complètement, même en ayant le pouvoir.

Croit-il qu’avec un os à ronger il va calmer la révolte qui gronde ? Ne songe-t-il pas que le “sidi” à qui l’on a appris à mourir pour les marchands de patriotisme sur les champs de bataille de la dernière boucherie pourrait peut-être pousser sa révolte jusqu’à la délivrance totale ? Ne voit-il pas que, là-bas, les fascistes travaillent, que les fruits de leur propagande commencent à apparaitre à une cadence accélérée. Les suppôts de l’hitlérisme vont-ils être les seuls bénéficiaires de l’incurie des gouvernants qui ne veulent pas se rendre compte que leur politique néfaste envers un peuple opprimé les jette pieds et poings liés dans les bars du fascisme. Nous qui sommes nés et avons vécu en Algérie et qui connaissons le tempérament de nos compatriotes, nous disons : “Prenez garde, si vous ne donnez pas l’égalité des droits aux indigènes, si vous leur refusez l’instruction, vous serez coupables de la révolte d’un peuple accablé qui souffre depuis cent ans et qui sera capable de tenter la pire aventure pour reconquérir sa liberté.” Nous voyons tellement ce danger que nous croyons de notre devoir de vous donner l’alerte.

Nous ne sommes pas des politiciens, mais de simples travailleurs qui voient bien plus loin qu’on le croit communément.

Notre appel doit être entendu par tous ceux pour qui la liberté n’est pas un vain mot.

A bas tous les fascismes !
_ Pour le groupe anarchiste des indigène algériens : Saïl Mohamed. Mohamed Saïl,_

 »Le Libertaire n° 506, 24 juillet 1936. »

REPONSE AU SECOURS ROUGE (L’Eveil social, 2e année, n° 2. Février 1933)

L’organisme intitulé « Secours rouge » ne perd pas une occasion lorsqu’il s’git de masquer son hypocrisie en matière de défense des emprisonnés et des persécutés politiques.

Aujourdhui il lui prend la fantaisie de réclamer l’amnistie pour mon cas. Le « Secours rouge » s’attache à démontrer ainsi son indépendance politique, tout comme il s’attache à démontrer le plus souvent possible un internationalisme qui n’exclut pas une soumission servile au gouvernement de Moscou qui torture et emprisonne les meilleurs révolutionnaires dans les bagnes de Russie.

Que le Secours rouge sache bien que, anarchiste convaincu, je ne tolérerai jamais que ma défense soit prise par les enfants de chœur du fascisme rouge qui sévit en Russie, pas plus d’ailleurs que par tout autre polichinelle politique qui viendra crier aujourd’hui amnistie pour m’enfermer lui-même demain ?. Ma carcasse est suffisament dure pour résister à plus d’un séjour dans les geöles des régimesblancs ou rouges qui pourront porter atteinte à ma libert&é. Ce n’est pas pour cela que k’irai implorer la pitié de gens qui ne sont que des rabatteurs de certains politiciens et les valets d’un régime qui ne le cède en rien au régme capitaliste.

Dans le journal La Défense du 31 décembre, les bons apôtres du Secours rouge consacrent quelques lignes à ma personne. A l’avenir, je les dispense entièrement d’une formalité aussi hypocrite ; je ne pourrai que mépriser une telle sollicitude tant qu’elle ne s’étendra pas aux victimes de Staline.

Mohamed SAIL

MOHAMED SAIL : UN LUTTEUR INTRANSIGEANT

Mohamed SAIL a passé en tout pas moins de 11 ans en prison : pendant la guerre de 14 en tant que déserteur insoumis, puis régulièrement dans les années 30, toujours pour des motifs d’incitation à la révolte et à la désobeissance, ainsi qu’à la démoralisation de l’armée. Gérant de l’Éveil social (Aulnay, 29 numéros, janvier 1932-mai 1934) , qui fusionna avec Terre libre en mai 1934, il fut poursuivi début 1933 pour « incitation de militaires à la désobéissance ». En 1934 il fonda le groupe anarchiste des indigènes algériens et devint le responsable de l’édition pour l’Afrique du nord du journal Terre libre(parue ?). Arrêté fin mars 1934 à Saint-Ouen par la police qui saisissait quelques grenades et pistolets, « souvenirs de la dernière guerre » selon le Comité de Défense sociale et une grande partie de sa bibliothèque, il fut condamné à un mois de prison ; à l’expiration de sa peine, il fut maintenu en détention dans l’attente d’un jugement pour détention d’armes de guerre. Condamné de nouveau à un mois de prison en juillet, il fut aussitôt libéré ; il avait été détenu pendant quatre mois et demi, temps qui dépassait de deux mois et demi celui de ses deux condamnations. Pendant sa détention, il envoya un message de sympathie au congrès de l’Union anarchiste, qui eut lieu à Paris les 20 et 21 mai 1934. Lors de son arrestation le journal L’Humanité l’avait dénoncé comme un provocateur qui « A Vincennes où il sévissait, il opérait avec une pancarte où l’on pouvait lire « Ravachol, partout ! ». Il suffit d’une telle formule pour qu’on voit bien de quoi il s’agit, d’un individu qui ne peut rien avoir de commun avec les communistes. C’est bien parce que ce provocateur était connu de la police et, comme tel, il a été arrêté, car il ne pouvait plus servir en liberté, étant brûlé » (4 avril 1934). Sous le titre « Sail Mohamed et les Autruchos-marxistes », paru à la une de La Voix libertaire (21 avril 1934), le compagnon A. Prudhommeaux dénonça cette infamie communiste, se solidarisera avec Sail, terminant son article par un appel aux révolutionnaires à s’organiser : « … Le moment est venu de se préparer à la résistance et à la contre-attaque révolutionnaire. Sail Mohamed y avait songé. Faisons comme lui ! Et…cachons nous mieux que lui ! » Sail, lui même, le 29 août 1934, avait adressé à la rédaction de L’Humanité la demande de rectification suivante qui resta sans effet :  » Dans le numéro du 4 avril 1934, à la suite de ma détention pour détention d’armes L’Humanité a publié un article par lequel j’étais présenté comme un agent provocateur. Je crois utile de rappeler l’indignation suscitée dans les milieux anarchistes et même dans d’autres milieux antifascistes, par cet article écrit avec une légèreté inconcevable. Cet article portant une atteinte grave à mon honneur de militant sincère, je vous demande de faire la rectification qui convent. Votre information était entièrement fausse, dénuée de la plus élémentaire preuve et il me semble que ma détention qui dura arbitrairement pendant près de cinq mois suffit pour établir ma sincérité aux yeux de toute personne de bonne foi. Je pense donc que vous ne voudriez pas profiter de ce que je suis réfractaire à la justice bourgeoise, c’est à dire désarmé volontairement au point de vue légal, pour étouffer cette protestation, mais que vous tiendrez au contraire à reconnaître votre erreur et à donner satisfaction à un vieux militant qui s’est toujours sacrifié à la cause prolétarienne« . (cf. Terre Libre, n°6, octobre 1934). Pour avoir, en septembre 1938, distribué des tracts contre la guerre, il fut condamné à dix-huit mois de prison (cf article paru dans  SIA – Solidarité Internationale Antifasciste –  ci-dessus). En 1939, pour le même motif, il fut arrêté et interné à la prison de la Santé ; c’est au cours de cette arrestation que sa bibliothèque, 10 rue d’Amiens à Aulnay, fut saisie lors de la perquisition puis dispersée. En 1941, il fut détenu par les autorités de Vichy au camp de Riom-ès-Montagnes (Cantal).