LA FABRIQUE DE L’OPINION : TENTATIVE D’ENFUMAGE GAUCHISTE

La direction d’Utopia, fortement agacée de la révélation publique de ses pratiques managériales, se devait d’allumer des contre-feux. S’ils utilisèrent pour cela leur gazette (30 000 exemplaires diffusés …), des individus et des organisations dont certaines se réclamant du syndicalisme révolutionnaire voire du mouvement libertaire, jouèrent complaisamment les pompiers d’Utopia, gauchistes – sans que l’on sache s’ils furent sciemment commandités ou pas-

Leurs attaques ciblaient la CNT-AIT, pour essayer de casser le lien entre les
ex-salariés en lutte et l’organisation anarchosyndicaliste, et ainsi les priver du seul soutien organisé dont ils bénéficiaient [1]. Les attaques furent d’une violence incroyable, avec même des appels à des agressions physiques comme ce message publié sur le RedForum [2] publié par le dénommé Redrum [3] : «l’AIT  c’est des petits talibans incapables… une fessée et au lit, ils ne valent même pas le plomb pour les abattre ». Ce même Redrum, publia un long texte pour essayer de dénigrer l’action des ex-salariés, texte qui fut généreusement relayé sur tout ce qu’internet comportait alors de sites de publication ouverte (indymédia et autres) et que nous republions ci-après pour éclairer le climat de l’époque.

Pour finir, alors que la Gazette d’Utopia avait titré au moment de la lutte pour la déprécier « Utopia salaud le peuple aura ta peau », elle ne dit pas un mot du résultat de sa condamnation par le Tribunal des Prud’hommes pourtant rendue – comme dans tous les tribunaux – « au nom du peuple français ». Il aurait été fort logique que la Gazette titre alors « Le peuple a eu la peau d’Utopia ! ». De la même façon, les gauchistes qui avaient attaqué la CNT-AIT, traitant ses militants d’affabulateurs, ne dirent rien, sur aucun forum ni aucun Indimedya, de ce jugement qui reconnaissait comme vraies et fondées en droit les revendications des ex-salariés et qui lavait de tout soupçon d’instrumentalisation les anarchosyndicalistes de la CNT-AIT. Qui a dit que l’absence de transparence de l’information et la manipulation de l’opinion est l’apanage de la grande presse bourgeoise ?

La CNT-AIT Toulouse en manque d’utopie

Publié sur Redforum, par Redrum, Samedi 14 Mai 2005 0:28

Pour rebondir sur l’article : UTOPIA : L’EXPLOITATION C’EST PAS DU CINEMA

Certains connaissaient déjà les positions de ce groupuscule [la CNT-AIT], qui avaient abouti à un splendide isolement dans leur pureté idéologique. Leurs ennemis ? Tout ce qui n’est pas dans leur organisation, ce qui fait beaucoup de monde. Avec une prédilection toute particulière pour ceux qui mènent des luttes différentes des leurs, ce qui représente l’essentiel de leurs interventions.

Si les critiques politiques sont légitimes et nécessaires, il faudrait peut-être les élever à un niveau autre qu’obsessionnel et populiste, genre « José Bové préfère le roquefort au hamburger« . Ou bien : « La CNT-AIT avait choisi de ne pas être au Larzac. Notre refus de participer au spectacle médiatique est une constante [sic]. Cette année, le Larzac était couvert de bistrotiers. Ils ont vendu à prix d’or eau, bière et autres boissons. La canicule n’a pas que des inconvénients : le moindre groupuscule politique a fait 100, 200, 300 000 francs de bénéfice. Pour la bonne cause, évidemment. L’anti marchandisation est en marche. » (Le Combat Syndicaliste CNT-AIT n° 82, oct.-nov. 03)

Et si les conditions de travail à Utopia peuvent être critiquées, elles méritent de l’être d’une façon autre que cette campagne délirante, comme si c’était l’événement du siècle et qu’il ne se passait rien d’autre sur la planète.

Mais demander une attitude plus politique à ces gens-là serait faire abstraction de leur fonds de commerce. Car au-delà de leurs obsessions sur ATTAC, José Bové, Le Monde diplo ou Utopia, leurs ennemis sont aussi l’ensemble du mouvement libertaire extra-muros de la CNT-AIT Toulouse.

On l’a vu dans leur compte-rendu du Forum social libertaire, où ils étaient venus visiblement dans le seul but de faire de la provoc’ et d’écrire un « papier ». Jugez vous-même : «Le Forum Social Libertaire, c’était aussi le salon du livre anarchiste ! J’avais oublié ! Le salon du livre anarchiste, c’est comme un vrai salon du livre sauf que les prix ne sont pas affichés. Il faut le demander au vendeur, en général un type ou une meuf plus tout jeune, placide et l’air habité par la sagesse. Il y a des stands avec des piles de livres, des CD, des vidéos, des tee-shirts (avec ou sans capuche, la tendance « chien noir sur fond rouge » fait fureur) des pin’s, des affiches. En anarchie comme ailleurs, tout est à vendre bien sûr. Même la révolte et le désespoir s’achètent, en pack, en promo, en « soutien », en leasing, à crédit. Les maisons d’édition parmi les plus prestigieuses du microcosme anar sont là : la FA, le Gallimard de la révolte, l’OCL, bien fourni dans le style fémino-écolo branché, AL ou l’Anarchie Liquéfiée, les zéditions Agone, rien que du beau papier et des textes truffés de phrases en français imbitables, et des zindépendants mi-bouquinistes – mi-militants. […] comme une dernière et définitive négation de ce que le mot anarchosyndicalisme veut dire, le Service d’Ordre de la CNT Vignoles. […] Moi, je les emmerde tous, ces réformards rouge et noir, ces chefaillons de bataillons de clowns, ces penseurs sans idées, ces anarchistes sans révolte.« 

Le comble de la mauvaise foi a été atteint, avec l’affaire Utopia, dans leur journal n° 90 du 6 mai 2005 où l’on peut lire : « « SOUTIEN « SYNDICALISTE » AU PATRON : La « CNT-31 »-Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP, vient d’organiser deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron ». [cf. le communiqué intégral ci-dessous]

Pour satisfaire à la démagogie de la CNT-AIT Toulouse, il faudrait ne pas utiliser les rares salles qui permettent des débats. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas interdire le cinéma tout court, puisque 99,99 % des productions ne satisfont pas à ses critères d' »anarcho-syndicalisme » ? Les camarades qui soutiennent les prisonniers d’AD et qui organisent la projection du film de Pierre Carles « Ni vieux ni traîtres » le 17 mai à Utopia seront heureux d’apprendre qu’eux aussi ne font que « soutenir les patrons ».

Tout ça en dit long sur les méthodes de ces gens-là et sur le crédit qu’on peut accorder à des accusations tous azimuts dont on NE PEUT AVOIR QUE LEUR VERSION. Sauf qu’en inondant les divers sites Indymedia, tactique nouvelle, ils s’exposent à UN DROIT DE RÉPONSE AUQUEL ILS N’ÉTAIENT PAS HABITUÉS.


Soutien « syndicaliste » au patron

Article publié dans le Combat Syndicaliste
Midi Pyrénées, n°90, mai juin 2005 En pleine lutte contre un licenciement, au mépris des témoignages accablants, la « CNT 31 » Vignoles, sous prétexte de « fêter » les 20 ans du SCALP vient d’organiser à Utopia deux projections-débats. Une façon indiscutable de se positionner du côté du patron, un patron qui a bien besoin de cautions morales en ce moment ! Cette mascarade morose, qui est d’ailleurs tombée à plat, a été vertement dénoncée sur son versant historique par les fondateurs du SCALP eux-mêmes (qui ne se reconnaissaient pas dans ce spectacle marchand) et par la CNT-AIT sur son versant syndical. Ajoutons pour lever toute ambiguïté que les Vignoles ont agi en connaissance de cause, puisque nous les avions informés par courrier de la lutte en cours.


[1] Dans leur analyse de leur lutte, les salariés du Cinéma des Carmes d’Orléans expliquent bien que ce qui a rendu possible leur répression – et leur licenciement –c’est le silence de la gauche qui a fermé les yeux sur les pratiques de la direction «En  l’absence de tout soutien extérieur officiel, les pratiques de la direction ont répliqué à ces offenses. A la fin de l’été 2004, (…) un écrémage de l’équipe (“la Belle Équipe” comme titrait jusqu’alors illusoirement le programme du cinéma Eden Carmes) s’est fait en catimini. »

[2] Forum aujourd’hui disparu animé par un « redskin » militant des Vignoles,

[3] leader des Vignoles de Toulouse de l’époque

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