Quand les anarchistes aident les étudiants à s’attaquer aux propriétaires. C’est la SolFed-AIT.

The anarchists helping students take on landlords This is SolFed

Les anarchistes aident les étudiantes et étudiants à s’attaquer aux propriétaires. Ça s’appelle SolFed.

Tout au long de la pandémie, le gouvernement a négligé les étudiantes et étudiants, notamment en matière de logement. Mais un groupe de militantes et militants  de la vieille école intervient et utilise sa politique radicale pour se battre pour la jeune génération.

Parmi les nombreuses épreuves et tribulations de la vie étudiante, les rapports avec les agents immobilier de location et les propriétaires sont les plus éprouvants. Qu’il s’agisse du vol de la caution ou de conditions de vie dangereuses, les difficultés liées au logement étudiant sont sans fin. Pendant la pandémie, ces problèmes n’ont fait que s’aggraver. D’innombrables étudiantes et étudiants sont maintenant confrontés à une crise du logement et sont enfermés dans des contrats d’un an pour des maisons dans lesquelles ils et elles ne peuvent pas légalement vivre. Il est clair que la façon dont les propriétaires et les agents de location traitent les étudiantes et étudiants doit changer.

C’est là qu’intervient un groupe de militantes et militants  anarcho-syndicalistes de la vieille école, qui aide les étudiantes et étudiants précaires à affronter leurs propriétaires douteux. Formée en mars 1994, la Solidarity Federation (plus connue sous le nom de SolFed) est une fédération de groupes à travers le Royaume-Uni et l’Irlande qui se battent pour les droits des travailleuses et  travailleurs et des locataires. [SolFed est la section en Grande-Bretagne de l’AIT, Association Internationale des Travailleurs, l’internationale anarchosyndicaliste] L’anarcho-syndicalisme est une philosophie politique qui considère que le syndicalisme révolutionnaire est nécessaire pour que les travailleuses et  travailleurs reprennent le contrôle de l’économie et de la société en général. En tant qu’école de pensée, elle souligne l’importance de la démocratie directe et de la solidarité.

L’éthique derrière le SolFed est anti-hiérarchie et anti-autoritaire. Dans une période d’incertitude pour d’innombrables étudiantes et étudiants, ces anarchistes n’aident pas seulement la jeune génération, ils et elles contribuent également à ouvrir la voie à une plus grande responsabilité dans le secteur locatif privé.

Faisant écho au sentiment du National Unemployed Workers Movement, du Plan C et d’une pléthore d’autres mouvements militants, le groupe fait campagne contre le capitalisme « parce qu’il exploite, opprime et tue les travailleuses et  travailleurs et détruit l’environnement pour le profit dans le monde entier ».

Leurs objectifs stipulent qu’à la place de la hiérarchie gouvernementale et des privilèges des classes qui contrôlent l’État par l’oppression et l’exploitation, « nous voulons une société basée sur l’autogestion des travailleuses et  travailleurs, la solidarité, l’aide mutuelle et le communisme libertaire ».

Le groupe affirme que les problèmes auxquels les travailleuses et  travailleurs et les locataires sont confrontés « sont très variés ». La lutte contre « tout ce qui défend ou contribue à notre qualité de vie mutuelle. Tout cela fait partie intégrante de la construction d’un mouvement de solidarité. »

Ruby* a rejoint SolFed en tant qu’adolescente en octobre 2018, après que l’organisation l’ait aidée dans les luttes qu’elle rencontrait pour emménager dans sa première maison d’étudiante après avoir quitté les résidences universitaires. « L’agence de location a continuellement retardé notre date d’emménagement, car il y avait des travaux de construction inachevés dont ils ne nous avaient pas parlé. Elle s’est ensuite retirée du contrat une semaine après la date d’emménagement, nous laissant sans abri et sans maison où emménager », explique-t-elle. Ruby raconte que l’agence de location a ignoré ses appels et a refusé de communiquer – à part lui dire, ainsi qu’à ses colocataires, de trouver un nouveau logement. « À l’époque, je faisais du couch surfing [j’aillais dormir chez les uns et les autres de mes amis, changeant de lieu presque chaque nuit] et je n’avais nulle part où aller avant le début de mes cours ».

« SolFed a organisé des lettres de mise en demeure et des piquets [rassemblement devant l’agence immobilière] pour tenter d’exercer une pression financière sur l’agence afin qu’elle nous accorde une compensation pour avoir rompu le contrat, car nous avons été obligés de déménager dans une propriété plus chère », explique Ruby.

L’agent de location n’a pas cédé, mais Ruby, inspirée par l’action de SolFed, a rejoint le groupe et s’est engagée à aider d’autres personnes à lutter pour leurs droits. « Ce que j’aime dans la politique de l’anarchosyndicalisme et de SolFed en particulier, c’est que nous reconnaissons que les problèmes de travail et de logement nous affectent toutes et tous sous le capitalisme. La meilleure chose que nous puissions faire est de nous serrer les coudes et d’essayer de nous entraider, que ce soit en créant un syndicat sur le lieu de travail ou en défilant devant une agence de location avec des revendications. »

En tant qu’étudiant, même si vous avez la loi de votre côté, ce qui n’était pas le cas de Ruby, les litiges en matière de logement présentent une toute autre série de problèmes. La procédure devant le tribunal des petites créances peut être longue; de nombreuses étudiantes et étudiants ne peuvent pas se permettre d’attendre des mois pour une [décision dont l’]issue [est] incertaine. Une étude du gouvernement a révélé que les dépenses [annuelles] moyennes d’un étudiant à temps plein vivant à Londres s’élèvent à 11 679 £ [plus 13 500 euros] , alors que le prêt maximum que vous pouvez obtenir [à la banque] est de 8 700 £. Comme pendant la pandémie d’innombrables étudiantes et étudiants ne peuvent pas trouver de travail dans les secteurs [traditionnels des jobs étudiants que sont] la vente au détail ou l’hôtellerie, il est plus vital que jamais de se battre pour vos droits en tant que locataire.

Mais SolFed est déterminé à changer cela. Bien qu’elle soit notoirement vilipendée par la presse locale, l’action directe de SolFed est entièrement légale. L’action directe prend diverses formes, mais certaines des méthodes les plus couramment utilisées sont la diffusion d’informations par le biais de tracts, de bulletins locaux, et la tenue de réunions pour aider à sensibiliser aux problèmes et encourager la participation locale. SolFed indique sur son site web: « L’action directe ne se limite pas à la diffusion d’informations. Elle signifie une présence physique pour défendre et promouvoir une meilleure qualité de vie. »

Sans surprise, la lutte pour les droits des locataires a fait naître une camaraderie intergénérationnelle entre anarchistes chevronnés et jeunes locataires. Cherchant ouvertement à défier le sexisme, l’âgisme, la transphobie, l’homophobie, le racisme et la discrimination fondée sur la capacité physique, SolFed est ouvert à toutes et tous. Alors que certains membres sont des activistes plus âgés et des retraités, il y a un afflux croissant d’étudiantes et étudiants et même d’adolescents qui cherchent à participer.

Comme le dit un membre de SolFed à [notre webzine] Huck, les propriétaires et les agents de location « profitent continuellement des étudiantes et étudiants en exploitant leur manque de connaissances ou d’expérience en matière de location ». Mais par le biais de divers événements locaux, de brochures telles que « The Stuff Your Landlord Doesn’t Want You to Know  » (les trucs que votre proprio ne veux pas que vous sachiez), largement distribuées, et d’ateliers de formation, SolFed n’aide pas seulement les jeunes à se battre pour leurs droits – elle les éduquent également sur leurs droits.

Les antennes locales comprennent les villes étudiantes populaires d’Aberdeen, Brighton, Bristol, Cambridge, Edimbourg, Leeds, Liverpool, Manchester, Londres et Plymouth. Dans les villes où les coûts de location sont grossièrement gonflés comme Brighton et Bristol, la solidarité contre l’exploitation des locataires est plus que jamais nécessaire.

En 2018, Brighton SolFed a gagné une affaire pour cinq locataires dont les toilettes débordaient d’excréments depuis six mois. Ce n’est que lors d’une visite de maison pour de futurs locataires potentiels, six mois après avoir signalé le problème pour la première fois, que les locataires actuels apprirent qu’un incendie avait causé de graves dommages à la plomberie.

Comme cela n’avait pas été révélé aux étudiants avant qu’ils ne signent leur contrat de location, les locataires ont reçu une somme de 2218 £ après que les agents de location aient craint que SolFed ne rende l’affaire publique. Les agents de location avaient changé de logo un an plus tôt après être devenus célèbres pour avoir maltraité et exploité des étudiantes et étudiants.

« C’est par pure chance que nous avons entendu l’agent de location parler de l’incendie, car nous ne l’aurions pas su autrement. Lorsque nous avons signé le contrat de location nous pensions que c’était le genre de choses qu’on nous dirait d’emblée », explique Marcus*, l’un des locataires. « Ce cas avec [l’aide de] SolFed nous a permis d’en apprendre beaucoup sur ce à quoi nous avons droit en tant que locataires », poursuit Marcus, « et nous a empêché de nous sentir impuissants face à nos agents de location qui ont clairement profité de notre âge et de notre inexpérience ».

Une autre affaire de Brighton a consisté à aider quatre locataires qui ont été expulsés de force de leur maison après que le propriétaire ait tenté d’échapper à des amendes pour avoir loué la maison en tant que « maison à occupation multiple » (une propriété qui est louée par trois locataires ou plus qui ne font pas partie du même ménage) sans permis. Même dans les cas où les locataires sont favorisés par la loi, il est plus difficile qu’on ne le pense de demander justice et d’être indemnisé.

En 2019, l’organisation caritative pour le logement Shelter a suggéré que « près de trois millions de personnes en Angleterre sont à un chèque de paie de perdre leur maison ». Alors que le coût des loyers augmente chaque année, le salaire minimum a connu une faible augmentation lamentable. [quand ils trouvent un job étudiants] les jeunes de 18 à 20 ans (l’âge de la plupart des étudiantes et étudiants) n’ont droit qu’à 6,45 £ de l’heure. Le cout total moyen prévu pour le logement des étudiantes et étudiants inscrits à un diplôme de trois ans est estimé à 14 742 £, hors frais de subsistance et dépenses universitaires. SolFed affirme que le fossé économique entre la plupart d’entre nous et les personnes logées de manière précaire est bien moins important que ce que l’on pourrait croire.

Les étudiantes et étudiants de l’ère de la pandémie ont été particulièrement touchés. Selon l’enquête nationale sur le logement étudiant, l’étudiant moyen de 2020/21 a jusqu’à présent payé 1 621 £ de loyer pour des chambres vides pour lesquelles il n’a pas reçu de remboursement. Pendant ce temps, plus de 1,8 million de propriétaires ont profité du congé hypothécaire offert l’année dernière.

Bien que le gouvernement ait mis en place des fonds de secours pour certaines d’entre eux étudiantes et étudiants, d’innombrables étudiantes et étudiants sont dans l’impossibilité de quitter des contrats d’un an, signés avant que les universités n’annoncent que tout l’enseignement serait transféré en ligne. Bien que certaines universités remboursent les étudiantes et étudiants en résidence universitaire pour les logements inoccupés, les propriétaires n’ont aucune obligation de libérer les étudiantes et étudiants de leurs contrats.

Dans ces conditions, il est difficile d’ignorer la décision insensible du gouvernement de négliger continuellement les étudiantes et étudiants pendant la pandémie – mais cela ne fait que souligner pourquoi le travail de SolFed est si crucial. Les étudiantes et étudiants locataires ont désespérément besoin d’aide et le gouvernement n’a jamais réussi à demander des comptes au secteur locatif privé.

Mais, avec l’éducation et ce niveau de camaraderie, il y a toujours de l’espoir. L’espoir d’un avenir meilleur avec d’autres politiques, et l’espoir que nous sommes sur le point de mettre fin de manière radicale à l’exploitation systématique des jeunes locataires.

*Les noms ont été changés pour protéger les identités.

D’après une traduction de l’anglais pas l’UCL Bruxelles.

Article original sur Huckmag : https://www.huckmag.com/perspectives/the-anarchists-helping-students-take-on-landlords/

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Pour approfondir sur le sujet de la lutte pour le logement :

1914-2018 : Un siècle de grèves des loyers dans les pays anglophones

– série de 4 brochures sur l’histoire des grèves de loyer :

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