Portugal : solidarité avec Jonathan, antifasciste conséquent persécuté.

Jonathan est un activiste de 32 ans, impliqué dans la lutte anti-fasciste depuis l’âge de 14 ans. En 2016, il avait participé à la construction d’un réseau antifasciste.

N’ayant jamais caché ses idées, il en a toujours assumé les conséquences avec engagement et responsabilité.

Au Portugal comme en France, l’extrême-droite nationaliste étend sa toile, s’appuyant notamment sur des groupuscules fascistes et néo-nazis ultras -violents, souvent composés de militaires ou de policiers.

Jonathan a été la cible à de multiples reprises d’intimidation et même de tentatives de meurtre par les néo-nazis. Le mur de sa maison a été tagué avec son nom et une menace de mort. En janvier 2019, les néo nazis ont essayé de l’écraser en voiture à la sortie de son travail.

Le 20 février 2020, alors que Jonathan sortait de la gare de Braga et s’apprêtait à prendre un VTC, il fut agressé par un groupe d’une dizaine de supporter néo-nazis du sporting club de Braga, membres du groupe « Bouclier de l’identité ». En faisant face à ses agresseurs pour se défendre, Jonathan blessa un de ses assaillants.

Les néo-nazis, qui proclament pourtant leur défiance contre le système de justice qu’ils trouvent trop laxiste, ont cependant montré leur lâcheté et leur inconséquence politique en portant plainte contre Jonathan. Il faut dire qu’ils avaient de bonnes raisons que croire que la justice n’est pas aussi laxiste qu’ils le disent, quand il s’agit de condamner les antifascistes et les révoltés en général…

Jonathan est donc passé en procès ce 1er juin. Le juge a rejeté les témoins de la défense, refusant d’enregistrer le témoignage du chauffeur du VTC, pour ne garder que les témoignages des fascistes.

Au procès, le néo-nazi a cherché à atténuer sa responsabilité, niant dans un premier temps être membre du Bouclier d’identité, bien qu’il figurait comme tel dans les dossiers de la police. Il a fini par admettre avoir des « liens » avec des éléments de ce groupe d’extrême droite, mais jurant qu’il n’avait collaboré qu’à des actions caritatives, en donnant de la nourriture aux familles nécessiteuses et des jouets aux enfants pauvres. Au passage on remarque qu’il s’agit du même système de défense que les fascistes au procès suite à l’assassinat de Clément Meric. Le néo-nazi a expliqué que la blessure reçue, qui n’a jamais mis sa vie en danger et n’a entrainé aucune séquelle, avait bouleversée sa vie à jamais et réclamait 15 000 euros d’indemnités.

Jonathan Costa, ouvrier de profession, a déclaré avoir lui aussi été contraint d’arrêter de vivre, puisque avec sa partenaire – qui est au chômage – et leur petite fille de 2 ans, ils avaient dû déménager pour se mettre à l’abri des menaces qu’ils recevaient régulièrement.

Menaces de mort des néo nazis « Jonathan, mon petit chou, tu es mort »

Alors que Jonathan est la cible de menaces continuelle (au mois d’août 2020, un ex commando militaire membre du groupe neo-nazi Nova Ordem Social lui envoya un message indiquant « nous savons où tu dors toi et ta famille »), le juge n’a pas voulu retenir la légitime défense et a condamné Jonathan pour « atteinte à l’intégrité physique sans intention de tuer » à une peine de prison avec sursis de un an et demi, et à payer 7000 € au fasciste.

Le mouvement « antifa » portugais n’a pas brillé par sa solidarité dans le cas de Jonathan. Un certain nombre de groupes et d’individualités se sont désolidarisés, notamment par peur des conséquences éventuelles pour leur petite personne qu’implique un antifascisme conséquent. Ils semblent avoir découvert que l’antifascisme c’est autre chose que d’aller boire des bières à des concerts et de poser fièrement en photo devant un drapeau pour poster sur les réseaux sociaux, et qu’un activisme politique conséquent peut avoir des conséquences dramatiques sur son confort de vie … Ces groupes, souvent apparus récemment, sont en compétition entre eux pour savoir qui représentera le mieux le mouvement notamment sur les réseaux sociaux, n’hésitant pas à se boycotter mutuellement au lieu de se coordonner, au plus grand plaisir des fascistes…

A l’issue de sa condamnation, Jonathan a déclaré  que « la légitime défense contre les attaques des groupes d’extrême-droite est légitime. La justice portugaise a pris son parti et devra assumer également chacune des victimes. de l’extrême droite qui, je crois, sera de plus en plus nombreuse avec le type de positionnement d’une justice bourgeoise qui ne sert que ses intérêts ».

« Camarades, aujourd’hui ce n’est pas seulement moi qui aie été condamné mais nous tous, désormais qui sommes visés. J’espère que ceux qui s’illusionnent se réveilleront et réaliseront, une fois pour toutes, que ni la justice ni l’État portugais ne nous défendront de l’offensive fasciste au Portugal ».

Concernant la suite de la lutte, Jonathan fait le constat de l’impasse de l’antifascisme radical, ou plutôt de ceux qui s’en réclament, qui font plus de spectacle qu’autre chose. « Aujourd’hui la lutte antifasciste, qui est boycottée par les partis parlementaires, est utilisée comme centre de recrutement et de propagande pour les petits partis parasites [d’extrême gauche] et aussi une distraction temporaire pour de beaucoup de personnes qui n’ont pas encore réalisé la gravité des temps où nous vivons ». Ce ne sera pas avec des concerts et de beaux discours que l’extrême droite reculera, ni en pariant sur des opportunistes politiques qui retournent leur veste (comme ils l’ont déjà fait un nombre incalculable de foi) quand les choses s’effondrent et qui se consacrent alors à d’autres combats. Ce ne sera pas non plus en prenant ce combat comme un passe-temps. Personne ne connaît l’avenir, mais je crois pas que nous allons gagner avec la façon dont le combat se déroule actuellement au Portugal ».

« Je n’ai pas mis un fin à mon combat. J’espère qu’un jour, nous parviendrons à avoir une résistance antifasciste indépendante et forte qui se batte pour ses convictions, en en faisant une priorité ». « J’ai toujours été et serai toujours un antifasciste et le moment venu, je serai en première ligne pour encaisser les balles comme je l’ai toujours fait, mais pour l’instant, mon combat sera de faire l’autocritique de ce qui a conduit le mouvement à son état actuel et l’avancée de mes projets personnels, abandonnés depuis trop longtemps au profit de ce combat »,

Avec nos compagnons anarchosyndicalistes du Portugal, nous partageons l’analyse de Jonathan sur la faillite de l’antifascisme spectacle et la nécessité de lutter pied à pied contre l’extrême droite, par un travail local et de terrain, tenace et discret. Nous nous solidarisons avec Jonathan, son épouse et leur fille, et nous invitons ceux qui le peuvent à faire acte de solidarité pour les aider à traverse cette période difficile.

Une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre tous !

Plus jamais le fascisme !

Solidarité internationale Antifasciste !

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