Cologne: démonstration contre l’urgence infirmière

06/09/2020, ASN, https://asnkoeln.blackblogs.org/2020/09/06/koeln-demo-gegen-pflegenotstand/

Travailleurs de la santé de tous les pays, unissez-vous !

L ‘«Alliance de Cologne pour plus de personnel dans les services de santé»  (Kölner Bündnis für mehr Personal im Gesundheitswesen) a organisé une manifestation de protestation avec des centaines de participants le samedi 5 septembre 2020. Après une assemblée au centre-ville, devant la cathédrale, la manifestation est passée par le quartier central jusqu’à «l’Institut d’économie allemande». Des discours ont également été prononcés devant la maison de retraite médicalisée St.Vincenz-Haus située à proximité, contre les conditions de travail et de vie dramatiques (d’ailleurs déjà bien avant la pandémie corona) dans le système de santé patriarcal et orienté vers le marché.

De nombreuses infirmières et infirmiers généralistes comme gériatriques, ainsi que d’autres professionnels, mais aussi des initiatives de santé basées sur la solidarité ainsi que des patients concernés, ont participé à la manifestation, qui avait pour devise «Mettre les applaudissements dans la rue ! La rebellion des infirmières maintenant! » Seule la première partie de ce programme a pu être réalisée, mais cela pourrait néanmoins être le début de nouvelles actions de protestation urgentes dans cette branche socialement vitale. Car ni les belles promesses électorales, ni les primes ponctuelles misérables n’apaiseront la colère des collègues, pas plus qu’elles n’amélioreront les conditions précaires des soins hospitaliers, ambulatoires ou même des soins privés.

L’appel à la manifestation proclamait :

«Le coronavirus tient fermement sous son contrôle le monde entier et notre vie quotidienne. Ce danger pour la vie est systémique ! Le virus se diffuse largement et de plus en plus de personnes tombent malades, parce qu’elles doivent travailler, produire et vivre dans des conditions dangereuses, que ce soit dans les maisons de retraite (comme tout récemment avec une résidence gériatrique privée à Cologne-Rodenkirchen), dans des foyers d’abris pour réfugiés (comme en juillet dans le foyer de Cologne-Porz), ou encore dans des usines (comme dans les ateliers de découpe Tönnies) ou dans des logements exigüs.

La vie de tous les jours est le problème! Le Covid-19 est un amplificateur …

Beaucoup de choses ont été dites sur l’épidémie mondiale de coronavirus, sur le système de santé et sur de l’importance non seulement du personnel médical, mais aussi du personnel infirmier. Il y a eu des applaudissements pour eux, et des politiciens de tous les partis ont chanté leurs louanges dans les talk-shows télévisés. Seulement les belles paroles à elles seules ne sont d’aucune aide contre la pénurie flagrante de personnel, contre le manque de matériel de protection, contre la privatisation des soins infirmiers pour les malades et les personnes âgées. Les mots superficiels n’augmentent pas les bas salaires. Que ce soit les  infirmière auxiliaire en soins gériatriques, les infirmières gériatriques en soins ambulatoires, les nettoyeurs de l’hôpital ou les infirmières en travail posté, aucune d’entre elle n’a reçu a un euro de plus grâce aux applaudissements. Sans parler du fait qu’aucun des collègues épuisés par les heures supplémentaires n’a été libéré de sa permanence ou du stress de la gestion infirmière et des chefs de service ou d’entreprise.

Dans le secteur de la santé, il y a la compression des coûts, la stagnation des investissements et des modernisations, un équipement inadéquat, des pénuries de personnel horribles, des salaires médiocres, un stress incroyable et la pression du temps de travail pour les infirmières. Il en résulte parfois un traitement des patients éthiquement questionnable ! Nous voulons et nous devons changer cela ! Tout le monde parle d’un retour à la normale, mais nous ne pouvons pas simplement revenir à la mauvaise situation antérieure. Nous devons changer réellement ! Le système de santé doit maintenant être planifié de manière judicieuse et raisonnable, maintenant ! Il ne doit pas être basé sur une simple rentabilité économique. Les soins de santé nécessitent des installations proches des habitations des gens, basées sur les besoins de la population, avec un personnel suffisant et de bonnes conditions de travail, du temps pour les patients et pour la repos réparateur. Ces tâches appartiennent au secteur public et doivent être socialisées à terme !»

Cependant, il ne faut pas s’appuyer sur la gouvernance par l’État, car l’Etat a poussé à la privatisation des établissements de santé pendant des décennies, refusant en même des soins médicaux complets aux migrants sans droit de séjour. Il y a un besoin urgent de changement fondamental dans la solidarité. Non seulement dans le secteur de la santé, mais aussi dans le domaine plus large des soins et de l’assistance (activités encore largement féminines) que ce soit au sein du ménage, de la famille, des amis et du quartier. Et nous avons besoin de lieux de travail auto-organisés dans lesquels les tâches sociales sont conçues conjointement – au-delà de la logique capitaliste du profit, dépassant l’hétéronomie et l’exploitation.

Réseau Anarcho-Syndicaliste de Cologne (ASN Köln)

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

[Autriche] DISCRIMINATION POLITIQUE A LA CROIX-ROUGE

24 octobre 2020, WAS-AIT, https://wiensyndikat.wordpress.com/2020/10/24/nicht-mit-uns-kundgebung-gegen-das-anstellungsverbot-vom-roten-kreuz/

Couverture de la manifestation dans le journal « Kronen Zeitung »

Le paquet d’hiver et le paquet d’été …

Vienne n’est pas que la ville romantique des bals et des valses. C’est aussi une ville qui compte plus de 10 000 pauvres et sans abris. L’hiver est rude et rigoureux dans la capitale autrichienne. Pour éviter que les sans-abris ne meurent de froid, et pour éviter qu’ils ne soient vus dans les métros ou ailleurs en public ce qui n’est pas bon pour l’image touristique de la ville, l’Assistance aux sans-abri de la municipalité de Vienne (Wiener Wohnungslosenhilfe) organise chaque hiver la campagne « paquet d’hiver » (Winterpaket). 1200 places supplémentaires sont ouvertes pour la saison hivernale dans des foyers pour sans-abris.

Cette campagne est gérée par différentes associations caritatives, donc la Croix rouge. La Croix Rouge est réputée pour être profondément conservatrice, mais c’est encore pire en Autriche puisqu’elle agit comme organisation satellite de l’ÖVP, le parti conservateur du chancelier Kurz, et que le gouvernement lui délègue désormais certaines activités qui étaient strictement gouvernementales jusque-là, comme par exemple l’administration du service civil ou encore la réalisation et la diffusion de l’application téléphone « Stop Corona App ». La Croix Rouge est donc totalement intégrée dans l’Etat.

Chaque automne, la Croix rouge embauche des travailleurs sociaux saisonniers pour la période de la campagne « paquet d’hiver ». Leur contrat de travail prend fin au printemps, puis ils sont réembauchés l’automne suivant.

Mais pendant l’été les sans-abris ne disparaissent pas … Aussi, un petit groupe de travailleurs sociaux saisonniers des diverses institutions de l’Assistance aux Sans-Abris de Vienne a créé il y a quelques années l’initiative « Sommerpaket» (paquet d’été). Ce collectif de base de travailleurs souligne publiquement les lacunes dans la prise en charge des sans-abri et fait également campagne pour de meilleures conditions de travail pour les travailleurs sociaux en charge des sans-abris. Notamment ils se battent pour être embauchés par année complète, pour que leurs contrats ne s’interrompent pas pendant l’été, et pour que les sans-abris puissent avoir une place d’hébergement toute l’année, y compris l’été.

Refus d’embauche pour motifs politiques

Début septembre 2020, certains de ces travailles saisonniers ont compris qu’ils ne seraient pas réembauché par la Croix rouge contrairement aux années précédentes. Alors que tous les travailleurs saisonniers avaient reçus au moins 4 appels téléphoniques de la Croix Rouge pour les supplier de venir travailler pour la campagne d’hiver, le téléphone de 7 collègues de l’ancien foyer «NQ Apollogasse »  restait désespérément silencieux. Ces collègues sont politiquement actifs pendant leur temps libre, et font campagne avec l’Initiative Sommerpaket pour l’amélioration du service des sans-abri viennois. Visiblement cela gêne la Croix Rouge. Pour se débarrasser des gêneurs, elle a donc choisi de ne pas les réembaucher, en donnant le motif suivant : « En raison d’incidents et d’événements non connus en détail de la direction de la Croix Rouge, celle-ci a néanmoins rejeté vos candidatures. ».

Contacté par téléphone, la Croix-Rouge a informé qu’au moins 7 employés figuraient sur une liste noire interne car ils étaient impliqués, selon eux, dans l’initiative «Sommerpaket ». Il leur est également reproché d’avoir organisé des rassemblements au début de l’épidémie de Covid-19 pour dénoncer la mauvaise gestion sanitaire, sans respecter les normes de sécurité sanitaire. L’un des travailleurs concernés précise: «En fait, nous voulions simplement contribuer de manière constructive dans cette situation difficile et nouvelle pour nous tous. Je suis vraiment choqué de cette réponse de la Croix Rouge ». Il est ironique en effet que la Croix Rouge sanctionne des personnes pour leur engagement en faveur d’une plus grande sécurité dans la gestion de la pandémie de Covid 19 !

Il s’agit clairement d’une situation de discrimination à l’embauche pour des motifs politiques, et ceci alors que l’initiative « Sommerpaket» n’avait jamais agît directement contre la Croix Rouge !

Pour beaucoup, le travail pendant la campagne d’hiver signifie une source de revenu fixe qui a maintenant été rapidement refusée à certains employés de longue date. «Il nous a été confirmé qu’il n’y avait aucun manque de performance au travail de notre part. Nous avons même reçu un certificat de service impeccable. C’était une décision politique. Et c’est pourquoi nous répondons désormais avec des moyens politiques! », a annoncé l’un des anciens salariés concernés.

Pour les compagnons de la WAS, cette mesure répressive est une attaque délibérée contre toutes les tentatives d’organisation collectives de résistance. Dans cette atmosphère d’intimidation, quiconque préconise publiquement et bruyamment un changement social pourrait  faire face à de graves conséquences. C’est pourquoi la WAS a répondu favorablement à la demande de solidarité adressée par l’Initiative Sommerpaket et les travailleurs concernés par ce lock-out patronal. Ils ont donc organisé ensemble, avec une autre initiative «Social but not stupid», un rassemblement devant le siège de Vienne de la Croix Rouge, le 28 octobre 2020 à 7h30 du matin, date de démarrage de la campagne d’hiver cette année.

Une attaque contre l’un est une attaque contre tous

28/10/2020, WAS-AIT, d’après une traduction de Solidaridad Obrera (espagne)

Motivés et ponctuels, à 7h30, nous nous sommes rencontrés devant le siège de la Croix-Rouge de Vienne. Les deux camarades que la Croix-Rouge n’a pas réembauchés étaient présents, ainsi que de nombreuses connaissances qui ont exprimé leur solidarité dans leur soutien, beaucoup d’entre elles du secteur social, soit environ 70 personnes au total. Le rassemblement était organisé par l’initiative «Sommerpaket» et le WAS-AIT. Le syndicat KOMintern, un syndicat socialiste, n’a pas manqué l’occasion de rejoindre ce bloc de gauche.

Avec des banderoles, des brochures et des drapeaux, nous avons protesté contre la décision de la Croix-Rouge de Vienne de ne pas réengager nos collègues qui avaient précédemment travaillé dans les campagnes « paquet d’hiver » (Winterpaket). Ce groupe de collègues qui travaillait pour cette campagne pour aider les sans-abri pendant l’hiver, n’a pas été réembauché, car apparemment l’engagement en faveur de meilleures conditions pour les usagers et de meilleures conditions de travail pour les travailleurs ne rentre pas dans les objectifs de la Croix-Rouge.

Immédiatement, une délégation amicale et souriante de trois personnalités importantes de la Croix-Rouge est sortie de leurs bureaux et s’est approchée du rassemblement avec l’intention de parler, visiblement impressionnées par ce qui se passait. « Bonjour, je suis le responsable, à qui pouvons-nous parler? » Ce à quoi personne dans la foule n’a répondu. Le responsable était accompagné de l’attaché de presse de la Croix-Rouge et d’un secrétaire. Les collègues de l’Initiative Summer Package leur ont dit qu’ils ne leur parleraient pas tant que le rassemblement ne serait pas terminé, après quoi ils ont dit à l’attaché de presse qu’ils voulaient une explication du refus de les réembaucher.

Lors du rassemblement, plusieurs discours ont été prononcés pour informer les participants, les travailleurs du siège de la Croix-Rouge et les passants, des manigances de la Croix-Rouge et de la nécessité de s’organiser contre ces structures qui monopolisent le secteur des services sociaux. Nous avons écrit à la craie sur les trottoirs notre indignation contre la Croix-Rouge de Vienne et ceux qui la dirigent. Ces messages ont été supprimés dès la fin de la concentration, une réponse claire de la Croix-Rouge, qui montre son malaise face à nos critiques.

Il appartient maintenant aux responsables de la Croix-Rouge de trouver une solution s’ils veulent arrêter nos actions de protestation. La précarité des conditions de travail dans le secteur des services sociaux est évidente; quelque chose avec lequel tous les camarades du rassemblement étaient d’accord, ainsi qu’avec le fait que ce n’est qu’avec l’union et la solidarité que nous pourrons y faire face.

D’autres actions sont prévues si la Croix Rouge ne répond pas favorablement à nos demandes.

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

[Bulgarie / Autriche] Solidarité avec la lutte du personnel infirmier bulgare

12 Octobre 2020, WAS-AIT, Vienne,

Le Syndicat des travailleurs de Vienne (WAS-AIT) se joint à l’appel de l’Aide Internationale des Travailleurs  Autriche-Bulgarie  (Internationalen Arbeiterhilfe Österreich-Bulgarien) pour un rassemblement de solidarité avec les personnels soignants bulgares. Nous sommes en contact amical en Bulgarie avec les compagnons du syndicat de base ARK, dans lequel certaines infirmières sont organisées, et soutenons leur lutte contre les licenciements et la répression.

Vive la solidarité internationale!

Appel à manifestation devant l’ambassade de Bulgarie: Vendredi 16 octobre 2020, 17 h.

Solidarité avec l’Union des infirmières bulgares (SBMS) !

Réintégration immédiate des collègues licenciés!

Depuis plus d’un an, le syndicat bulgare indépendant des infirmières (SBMS) lutte avec le syndicat de base ARK contre la détérioration des conditions du système de santé. La privatisation, la corruption et les mesures d’austérité font partie d’une politique qui vend la santé de la population aux intérêts de quelques-uns. Il y a une pénurie de plus de 30 000 infirmières en Bulgarie. Chaque infirmière effectue le travail de trois personnes, alors qu’elle perçoit un salaire d’un peu plus de 400 leva, soit 200 euros. 80% des infirmières actives sont déjà à la retraite, elles sont surchargées de travail et souvent plus malades et brisées que leurs patients.

Une membre du SBMS dit : «Aujourd’hui les infirmières sont devenues connues du public, avant notre lutte, elles n’existaient pas, seuls les médecins étaient considérés. Les infirmières ont continué à être poussées vers le bas. Mais maintenant, elles ont une voix, maintenant elles se sont levées. « 

La réponse aux inquiétudes et à la lutte du personnel infirmier bulgare est devenue si grande ces derniers mois que non seulement le ministre de la Santé a dû démissionner, mais des améliorations ont également pu être apportées. Mais précisément parce que le soutien de la population est si fort, le gouvernement et les entrepreneurs tentent désormais d’intimider et de faire taire le personnel infirmier militant avec des moyens répressifs. En plus d’être arrêtés lors de manifestations, les infirmières les plus actives sont harcelées et licenciées, comme cela a été récemment le cas pour Boyka Anastasova, l’une des membres les plus actives du SBMS

En Autriche également, nous voyons comment le système de santé est continuellement coupé et démonté. Ici aussi, des centaines d’infirmières sont descendues dans la rue l’an dernier pour lutter pour de meilleures conditions de travail. Et en ce moment, au milieu de la pandémie corona, des tentatives sont faites pour faire passer de nouvelles mesures d’austérité. À l’heure actuelle, il devient clair à quel point la lutte du personnel infirmier est justifiée et nécessaire – en Bulgarie et en Autriche.

Réintégration immédiate des collègues licenciés du SBMS !

Solidarité avec le combat de l’Union des infirmières bulgares !

Pour un système de santé au service du peuple !

Aide internationale aux travailleurs – Bulgarie / Autriche

Avec le soutien de : Action antifasciste, Syndicat des travailleurs de Vienne (WAS-AIT)

[Bulgarie / Autriche] SRAS-CoV-2 La livraison de l’aide est arrivée en Bulgarie!

17 août 2020, WAS-AIT,

En juin de cette année, le Syndicat des travailleurs de Vienne –WAS-AIT) a soutenu l’Aide International des Travailleurs Autriche-Bulgarie par des dons en nature.

Cette campagne a été lancée par le syndicat bulgare de base ARK pour aider le personnel des hôpitaux bulgares qui souffre gravement du manque de masques de protection, de désinfectants, etc. Nous sommes heureux d’annoncer que les colis de la livraison de secours sont arrivés en Bulgarie et espérons que ces dons seront d’une grande aide aux collègues bulgares!  Ci-dessous, l’article complet de l’Aide Internationale des Travailleurs :

Grand succès de l’Aide internationale des Travailleurs!

L’initiative d’Aide internationale aux travailleurs mise au point en juin a été un grand succès et un signe important de solidarité internationale. Nos collègues bulgares ont accueilli les paquets d’aide comme un soutien important et un symbole fort de la cause commune des travailleurs !

Pour la première fois depuis de nombreuses décennies, une initiative comme celle-ci a été organisée en Autriche par des initiatives syndicales indépendantes et militantes et des collègues de différents secteurs. La lutte exemplaire et déterminée des infirmières bulgares a trouvé une large solidarité entre les collègues. Les équipements de protection et le matériel désinfectant ont été collectés vigoureusement pour soutenir leur combat justifié.

Non seulement l’aide internationale aux travailleurs a trouvé un large soutien parmi les travailleurs autrichiens, mais elle a également été chaleureusement accueillie en Bulgarie comme un signe fort de solidarité internationale. Les collègues du Syndicat des infirmiers bulgares (SBMS) et du syndicat «Association autonome des travailleurs» (ARK) ont reçu les aides avec une grande joie ! Dans une émission sur les réseaux sociaux, l’ARK écrit: «La solidarité pendant une crise et dans la lutte des travailleurs est la chose la plus importante pour le succès de cette lutte. Des collectifs de travailleurs indépendants d’Autriche ont pris l’initiative de soutenir le personnel médical en Bulgarie. Ils ont fait campagne pour la solidarité et ont collecté une grande quantité d’équipements de protection et de désinfectants pour aider leurs collègues bulgares. Ce geste montre que non seulement les dirigeants peuvent s’unir contre les travailleurs, mais aussi comment nous pouvons nous-mêmes briser les barrières nationales et nous entraider. Avec une grande gratitude aux collègues autrichiens et que cet exemple illumine toute l’Europe et le monde entier pour le travail commun et l’unification des travailleurs pour un monde nouveau et juste. »

De nombreux collègues bulgares, notamment des zones rurales où le matériel collecté est particulièrement nécessaire de toute urgence, ont salué cette action et les ont remerciés pour ce signe fort et exemplaire de solidarité internationale.

L’initiative d’aide internationale aux travailleurs est la bonne réponse à la pandémie et à la politique capitaliste-impérialiste de pillage et de transfert du fardeau de la crise sur la classe ouvrière et le peuple!

Cette initiative est une expression vivante de l’internationalisme et de la nécessaire cohésion des travailleurs. Nous sommes très heureux d’avoir apporté une contribution importante au développement de la solidarité internationale avec cette initiative et nous tenons à remercier tous ceux qui soutiennent si activement l’Aide Internationale des Travailleurs! Ce succès nous montre également combien il est nécessaire et urgent de poursuivre cette initiative encore plus intensément!

Vive la solidarité internationale des travailleurs! Vive la juste cause de l’ARK et du SBMS !

https://arbeiterhilfe.wordpress.com/2020/08/14/groser-erffekt-der-internationalen-arbeiterhilfe/

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

La pandémie comme guerre de classe contre les travailleurs

25 novembre 2020, Confédération Autonome des Travailleurs (ARK) –  http://avtonomna.com/

Медицински будилник, Le réveil médical, bulletin d’information des infirmières

Le gouvernement a annoncé un deuxième verrouillage dans le pays, qui débutera le vendredi 27 novembre. Cela se produit dans le contexte d’un effondrement complet de notre système de santé, principalement en raison du manque d’infirmières et d’ambulanciers paramédicaux, d’une propagation incontrôlée du virus, qui place la Bulgarie au premier rang en termes de mortalité en l’Europe et d’une insécurité totale de la majorité des travailleurs quant à leur revenu à court et moyen terme.

Comment en est-on arrivé là ?

Commençons par l’effondrement de notre système de santé. La vérité est qu’elle était au bord du précipice bien avant la pandémie, comme s’en alarmaient les experts médicaux depuis des années. La pandémie n’a fait que nous aider à faire un pas en avant décisif. Il est maintenant temps de se rappeler que les infirmières organisent des manifestations de masse pour des salaires adéquats et des conditions de travail humaines afin de garder les infirmières en Bulgarie (éviter l’émigration) et notre système de soins de santé, ainsi que pour mettre fin au commerce rampant des soins de santé. Elles ont protesté pendant des mois, organisé des campements de tentes et même occupé le parlement, dans une tentative désespérée de forcer le gouvernement à prendre des mesures pour sauver les soins de santé bulgares. Le gouvernement a catégoriquement refusé de se plier ne serait-ce qu’à l’une des demandes des infirmières. Les résultats sont catastrophiques, et aujourd’hui, nous tous – travailleurs de la santé et patients – en ressentons sur le poids sur notre dos.

Bien qu’il ait raté l’occasion de sauver le système de santé de l’effondrement, le gouvernement aurait pu au moins atténuer le déclin en prenant des mesures adéquates après le début de la pandémie. Au lieu de cela, depuis le printemps, nous avons été témoins d’une imprudence criminelle et de la comptabilité la plus effrontée qui a ajouté à l’effondrement inévitable des soins de santé et à un sentiment de désolation et de désespoir. Alors que les gouvernements de toute l’Europe se sont précipités pour augmenter les salaires des infirmières, des ambulanciers paramédicaux et des médecins à pas de géant, la Bulgarie est restée le seul pays où, au lieu d’augmentation, les employés recevaient seulement des primes, et encore pas pour tout le monde. La mesure insensée de 1000 Lev bulgares (500 Euros) en aide ponctuelle aux employés de première ligne a jeté les travailleurs de la santé  dans le chaos, créé des tensions du fait des ambiguïtés – qui devait être considéré comme travailleur de première ligne et qui ne le devait pas – et a contribué à saper la cohésion et la solidarité indispensables en temps de crise. La plupart des travailleurs n’ont jamais rien reçu. Les mesures prévues pour l’année prochaine continuent de creuser le fond, et l’augmentation misérable des salaires ne sera TEMPORAIRE que pour 2021.

Mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan. Les milliers de médecins, d’infirmières et d’ambulanciers qui sont épuisés, emballés dans des combinaisons spatiales, enchainant les rotations insupportables pour compenser le manque de personnel, ne disposant toujours pas dotés des équipements de protection les plus élémentaires – gants, masques, tabliers. Alors que des milliards sont versés dans le système de santé chaque année, les travailleurs sont obligés d’acheter eux-mêmes leur propre équipement de sécurité, des dizaines d’hôpitaux survivent grâce à des campagnes d’aide et de charité, d’autres envoient des appels désespérés à des bénévoles et des patients meurent en dehors des hôpitaux faute de personnel. Le gouvernement a eu des mois, depuis le printemps à aujourd’hui, pour essayer de préparer notre système de santé à la deuxième vague du virus à venir. Mais pour économiser de l’argent, ne pas changer le modèle néolibéral des soins de santé, ne pas réduire les revenus des commerçants en santé humaine – ils n’ont rien fait. Et maintenant, les soins de santé s’abattent sur nos têtes.

Les mesures du gouvernement contre l’épidémie

Après avoir vu que le gouvernement a refusé de prendre des mesures dans le domaine de la santé, regardons les autres mesures de lutte contre l’épidémie qui ont été prises depuis le printemps. Dès le début, elles avaient et ont toujours un fort caractère de classe. Avec l’entrée du coronavirus en Bulgarie au début du printemps 2020, le gouvernement a annoncé un verrouillage complet, bien que la propagation de l’infection ait été plusieurs fois inférieure à ce que nous avons vu au début de l’automne, lorsque le gouvernement a refusé d’introduire même un verrouillage partiel. Derrière ces actions apparemment chaotiques des dirigeants, les intérêts économiques de leur classe sont clairement visibles. Le verrouillage au printemps a été principalement dicté par les propriétaires de petites entreprises commerciales qui pensaient pouvoir sauver la saison touristique estivale et limiter leurs pertes financières du reflux attendu si la propagation de la maladie se limitait à la fin du mois de mai. C’est effectivement ce qui s’est passé : au début de la saison estivale, la propagation était contrôlée et tous les bars, hôtels et restaurants ont ouvert leurs portes. Les mesures anti-épidémies ont cédé la place au commerce.

Ceci, à son tour, a conduit de manière tout à fait prévisible à une forte augmentation de la propagation de la maladie, qui a commencé en juillet, est devenue incontrôlable en octobre et continue de croître jusqu’à ce jour. C’est en octobre que le caractère de classe de la gestion de crise s’est révélé dans toute sa splendeur. Lors de briefings devenus notoirement (et comiquement) célèbres, à côté du Ministre de la santé sont apparus des experts tels que Richard Alibegov, président de l’association des restaurants, qui ont commencé à donner des instructions à la population. Cela montrait clairement dans l’intérêt de qui la crise était gérée. En conséquence, les restaurants sont restés ouverts, les cas ont continué d’augmenter et le prix a été payé et continue d’être payé principalement par les familles des travailleurs qui, contrairement à Alibegov, travaillent effectivement dans ses restaurants.

Alors que les patrons se contentent de leur privilège de s’isoler et de tenir des conseils d’administration en ligne, ce sont les travailleurs qui doivent travailler sur place – dans les restaurants, les bureaux et les magasins tous les jours, malgré le risque d’infection pour nourrir leurs familles.

Mais la nature de classe de la gestion de crise ne s’arrête pas là. C’est évident dans chacune des mesures prises depuis le début de la crise. Alors que l’État exprimait son empathie pour les hommes d’affaires qui souffraient depuis longtemps et de la réduction de leurs bénéfices inestimables, il se comportait comme  une stricte « marâtre» pour les travailleurs et le peuple en général. Caressant avec une plume et discutant de manière sacrificielle de tous les caprices des hommes d’affaires, le gouvernement a vicieusement attaqué la population, l’accusant de l’échec de leurs mesures insensées. Parce qu’il a refusé d’introduire de véritables mesures pour faire face à la crise sanitaire afin de ne pas nuire aux bénéfices des entreprises, refusant d’indemniser et de stimuler la responsabilité des gens- l’État a introduit une série de mesures timides, dénuées de sens ou carrément néfastes contre les gens ordinaires. Les gens devaient porter des masques dans les endroits les plus étranges, suivre les horaires en constante évolution de sortie via des corridors « verts », et toutes sortes d’autres caprices des dirigeants. Le travail du parlement a fini par pointer du doigt les gens en les accusant de manque de discipline, de stupidité et d’incompréhension. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes se contentent de dénoncer le gouvernement et le siège et les mesures.

Mesures sociales

La pandémie passera, comme toute autre pandémie similaire dans l’histoire de l’humanité est passée. Mais cela aura de graves conséquences économiques et sociales. Les conséquences ont commencé à apparaître dès le début, lors du premier verrouillage au printemps, lorsque des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi ou ont été contraints de prendre un congé sans solde. Les mesures sociales de l’État dans cette situation n’étaient pas surprenantes au vu de l’intérêt de classe qu’il sert, comme nous l’avons déjà vu en détail ci-dessus. Pour les hommes d’affaires, des fonds de soutien ont été immédiatement organisés pour couvrir la plupart de leurs dépenses pendant la période de crise, des prêts sans intérêt et un tas d’autres avantages. Mais les travailleurs qui se pressaient devant les bureaux de chômage n’ont rien reçu. Dans le verrouillage actuel, des milliers de travailleurs sont confrontés à la même situation, mais encore aggravée par le fait que beaucoup d’entre eux ont déjà dépensé leurs indemnités chômage pendant le verrouillage au printemps et restent maintenant littéralement sans revenu au milieu de l’hiver et sans perspective d’assouplissement de la situation dans les mois à venir. Le gouvernement a promis une aide en cas de crise de 24 Lev (12,25 Euros) par jour pour les personnes envoyées en congé forcé sans solde – bien sûr, pas par souci particulier pour les travailleurs, mais surtout pour aider les entreprises à garder leur personnel. Par contre il n’y a pas d’argent pour les travailleurs licenciés à cause du verrouillage, qui sont considérés comme inutiles pour l’entreprise – et donc inutiles pour l’État!

Les conséquences du principe de classe de répartition de la générosité de l’Etat ne s’arrêtent pas à la catastrophe sociale dans laquelle les licenciements sont lancés. Ils détruisent les fondements mêmes de la société. Aujourd’hui, on voit comment le refus du gouvernement de fournir des revenus aux parents contraints de quitter le travail pour s’occuper de leurs enfants alors que les écoles et les jardins d’enfants sont fermés conduit à une affreuse confrontation entre parents inquiets pour leurs revenus et enseignants inquiets pour leur vie. Nous pouvons voir ces exemples dans d’autres secteurs également. Grâce à sa politique antisociale, l’État est en passe de faire plus de mal à la société que la pandémie.

Que pouvons-nous faire?

Concernant la crise sanitaire, le match est terminé. Quelles que soient les mesures prises à partir de maintenant, il est trop tard pour parler de faire face à la situation. Ce qui peut être fait, c’est faire pression sur le gouvernement pour qu’il fournisse au moins une protection de base aux travailleurs du secteur de la santé afin qu’ils puissent continuer à sauver des vies dans la dignité. L’autre chose, encore plus importante, est d’exercer une forte pression, non seulement de la part des travailleurs de santé, mais de l’ensemble de la société – pour que tous les travailleurs de la santé soient équitablement rémunérés pour avoir pris la crise sanitaire sur leur dos, non pas par des primes ponctuelles ou temporaires, mais par des augmentations significative des salaires. Cette augmentation de salaire doit aussi être le premier pas vers une réforme radicale du secteur, qui mettra fin au commerce de la santé humaine et qui est aujourd’hui plus que jamais une question de vie ou de mort.

En termes de mesures sociales, les protestations des travailleurs des secteurs les plus touchés ont déjà éclaté au moment où nous écrivons cet article. Ce qu’il faut faire, c’est empêcher la division des travailleurs, que les dirigeants maîtrisent si bien et exercent chaque fois qu’ils en ont l’occasion. Il faut insister pour garantir les revenus de tous – ceux qui sont en congé sans solde et licenciés, ceux du tourisme et ceux de l’industrie. Pour le droit des enseignants de travailler à distance et le droit des parents d’être à la maison avec leurs enfants sans risquer de perdre leurs revenus. L’heure n’est pas à la division par secteurs, villes et professions, mais à la solidarité et à la cohésion.

evgeni5150

[Bulgarie] Répression contre les agents de santé en grève

02/06/2020, ARK, https://www.facebook.com/avtonomnakonf/

солидарност със здравните работници, solidarité avec les travailleurs de la santé

Fin mai 2020, le syndicat de base ARK a fait état de la peur et de la colère dans le conflit du travail à l’hôpital Pirogov, le plus grand hôpital du pays. Dans les jours précédents, une attaque sans précédent (même pour des standards Bulgares …)  de la répression étatique contre l ‘«Union des professionnels de la santé» (SBMS) avait commencé.

Des manifestations et des grèves dans le secteur de la santé s’y déroulent depuis plus d’un an. Le syndicat d’infirmières SBMS se bat pour des salaires et des conditions de travail décents, ainsi que pour la fin de la commercialisation de la santé humaine dont tout le monde souffre.

Il y a quelques mois, le gouvernement local a tenté d’empêcher la création d’un groupe syndical du SBMS dans l’hôpital de la ville et a engagé une procédure disciplinaire contre la présidente de la section, Boyka Anastasova. Il s’agit de tentatives audacieuses mais désespérées de détruire les infirmières rebelles. La police  a pris également des mesures contre les principaux organisateurs, qui ont été convoqués au commissariat central de Bucarest, la capitale, pour interrogatoire.

Le syndicat de base «Confédération autonome des travailleurs» (ARK) déclare sa solidarité avec la SBMS dans son conflit de travail, et demande le licenciement immédiat du directeur responsable de la clinique, le professeur Asen Baltov. Tous les policiers qui ont violé arbitrairement la constitution et la loi pendant les opérations devraient également être démis de leurs fonctions et une enquête devrait être ouverte. En outre, nous exhortons les syndicats en Europe et dans le monde à prendre position sur ce cas d’attaques de l’État contre la liberté syndicale et à manifester leur protestation contre cette suppression des professionnels de la santé en Bulgarie

Dans la lutte solidaire pour la dignité des travailleurs.

PS : les compagnons en Autriche ont organisé des actions de solidarité cf. http://cnt-ait.info/2021/01/31/bulgarie-autriche/

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

Précarité et répression syndicale dans les EPHAD espagnols

[Espagne] LA RESIDENCE « L’ARBOC » REFUSE DE RECONNAITRE LA SECTION DE LA CNT-AIT

23 août 2020, CNT-AIT, Catalogne, https://www.nodo50.org/cntcatalunya

La section syndicale de la CNT-AIT au sein de la résidence pour personnes âgées « L’arboç » (Barcelone) est en conflit avec la direction, car celle-ci refuse de reconnaitre la CNT-AIT. La Direction a essayé d’acheter nos militantes en leur proposant de participer aux élections syndicales sur une liste montée par la direction. La CNT-AIT a refusé, car elle ne participe pas aux élections syndicales, par principe. La loi espagnole autorise les sections syndicales à agir dans l’entreprise, même si elles ne participent pas aux élections syndicales. Mais la direction de l’entreprise refuse de discuter avec la section syndicale. Ci-dessous un courrier adressé à la Direction pour lui rappeler le droit syndical et lui proposer un cours de formation, à un prix d’ami.

De la Section syndicale de le CNT-AIT de la Résidence pour personnes âgées « L’Arboç »

A la Direction de cette résidence,

Barcelone, le 05 août 2020

Cette section syndicale vous envoie de nouveau ce courrier suite à votre courrier daté du 25 juillet envoyé à la compañera Mme Gillermina G. en tant que collègue qui nous représente parmi les travailleurs. Nous apportons les précisions suivantes :

En lien avec votre courrier susmentionnée, vu la manière dont cette direction s’exprime dans ledit courrier, nous en déduisons qu’il serait utile que vous demandiez conseil au cabinet d’avocats que vous mentionnez avant de nous envoyer une nouvelle lettre, car nous pensons que vous confondez les Elections Syndicales avec les Sections Syndicales. A toutes fins utiles, nous vous informons que la Confederación Nacional del Trabajo (CNT-AIT) organise des cours de formation de droit syndicale au cas où vous seriez intéressé ; pour les entreprises, ces cours sont payants, mais pour vous nous sommes sûrs que nous accepterons de vous faire un prix/ Renseignez-vous dans la Bulletin Officiel Espagnol entre autre des dispositions qui réglementent l’activité des syndicats.

Comme à d’autres occasions, nous renouvelons notre demande de tenir une réunion avec cette direction pour discuter des problèmes et des droits qui nous concernent en tant que travailleurs de cette résidence et que vous ne respectez pas, et pour lesquels vous avez toujours répondu par le silence. Nous pointons que les travailleurs ont été à la hauteur de la tâche lors de la situation de pandémie de coronavirus, comme la gérante Mme Ana Morales peut le confirmer. Nous exprimons notre déception face à la présence nulle dans toute cette situation d’urgence sanitaire du gérant M. Miguel Sánchez, que nous n’avons pas vu à la Résidence, alors qu’il a communiquait aux proches des résidents que ceux-ci allaient bien et même jouaient aux dominos. Merci M. Miguel Sánchez pour votre exemple.

Nous vous communiquons que Mme Isabel M., en raison du dépassement d’heures mensuelles, prendra les mercredis de sa longue semaine, pour compenser les heures l’Accord de branche.

Nous vous communiquons aussi que Mme Yovanna M. prendra les vendredis de sa semaine courte pour les mêmes raisons que Mme Isabel.

Avec tout ce qui est indiqué dans ce courrier et dans ce qui a été mentionné dans les paragraphes précédents, nous demandons encore une fois une rencontre avec vous et nos conseillers syndicaux pour harmoniser les différences qui pourraient exister. Nous sommes à votre disposition.

Bien à vous, cette section syndicale et ses représentants.

HALTE A LA PRECARITE DANS LES EHPAD

Contre la précarité salariale dans les résidences pour personnes âgées et les EHPAD !
– Journées excessives
– Manque de personnel
– Manque de moyens de mobilité pour les anciens
– Corruption du comité d’entreprise avec la direction
– Atteintes aux droits fondamentaux des patients
– Abandon des obligations de l’administration  

ASSEZ !

Organise toi et lutte !    

CNT-AIT

Extrait du Bulletin d’info international « un autre futur pour la santé »#2

هنگامی که بلشویک‌ها آنارشیست‌ها را در پاریس می‌کشتند

Quand les bolcheviks assassinaient des anarchistes à Paris

13 ژانویه گنجه آنارشیستی

نادر تیف :


یادآوری برخی رویدادهای تاریخی جنبش کارگری به این جهت ضرورت دارد که بتوان از آن‌ها درس گرفت و برای امروز و آینده به کارشان بست تا بتوان از تکرار فاجعه جلوگیری کرد. یکی از این فجایع روز ۱۱ ژانویه ۱۹۲۴، نودوهفت سال پیش، در شماره ۳۳ خیابان گرانژـ اُ ـ بل (۳۳, rue Grange-Aux-Belles) در پاریس رخ داد.

در مکان مذکور ساختمانی وجود داشت که از ابتدای سده بیستم میلادی «خانه سندیکاها» نامیده می‌شد. در پی مبارزات کنفدراسیون عمومی کار (CGT) برای هشت ساعت کار در روز، این تشکل به اخراج از ساختمان بورس کار واقع در شماره ۳ خیابان Château d’Eau پاریس تهدید ‌شد. یک مهندس به نام روبر لوزون ارثی ‌برد و آن را در اختیار ث.ژ.ت. گذاشت. اتحادیه ساختمان مذکور را خرید و سندیکای کارگران ساختمان ث.ژ.ت. آن را نوسازی کرد. ث.ژ.ت. از ژوئن ۱۹۰۷ در این مکان مستقر شد و سال ۱۹۱۲ قرار شد که اتحادیه سندیکاهای ث.ژ.ت. سِن (Union des syndicats de la Seine) اسناد مالکیت ساختمان را به نام خود کند. این ساختمان می‌توانست پذیرای تا ۳ هزار نفر باشد. فعالان کارگری در آن محلی برای خدمات رایگان پزشکی و یک چاپ‌خانه راه‌اندازی کردند. این ساختمان فقط محل تجمع کارگران سندیکالیست نبود. در ابتداء آنارشیست‌ها و سوسیالیست‌ها و سپس کمونیست‌ها در آن کنگره، جلسه و جشن برگزار می‌کردند. پس از آن که در کنگره شهر تور (دسامبر ۱۹۲۰) سوسیالیست‌ها و کمونیست‌ها از هم جدا شدند، دوّمی‌ها نخستین کنگره اداری خود را در مه ۱۹۲۱ در همین ساختمان برپا کردند و تصمیم گرفتند خود را «واحد فرانسه انترناسیونال کمونیست» یا (SFIC) بنامند. ۱۵ اکتبر ۱۹۲۲ دوّمین کنگره در همین مکان تشکیل شد و دیمتری مانویلسکی از سوی کمینترن یا انترناسیونال کمونیست در آن شرکت کرد.

کسانی که با تاریخ تحریف‌نشده‌ی ث.ژ.ت. آشنایی دارند می‌دانند که این کنفدراسیون را فعالان کارگری آنارشیست پایه‌گذاری کردند. اما جنگ جهانی اوّل موجب شد که در این سندیکا اختلاف و دودستگی به وجود آید، به ویژه به این دلیل که فراخوان به اعتصاب عمومی ۱۹۲۰ شکست خورد. دو گرایش شکل گرفت. رهبری یک گرایش را که اکثریت پیدا کرد لئون ژوئو، آلفونس مرهایم و ژورژ دومولن به دست گرفت و دیگری که خود را «وحدت‌طلب» معرفی کرد مجموعه‌ای بود از سندیکالیست‌های انقلابی، آنارشیست و کمونیست. در این میان کل اتحادیه سندیکاهای ث.ژ.ت. سِن در میان گرایش وحدت‌طلب بود و لذا حال مالک ساختمان خانه سندیکاها بود. گرایش وحدت‌طلب CGTU یا کنفدارسیون عمومی کار وحدت‌طلب را بنیان‌گذاری کرد.

با توجه به رویدادهایی که در سال‌های ۱۹۲۲ و ۱۹۲۳ در روسیه اتفاق افتاد اختلاف روز‌به‌روز بین کمونیست‌ها یا طرفداران سوسیالیسم اقتدارگرا که از تشکیل رژیم بلشویک‌ها حمایت می‌کردند و آنارشیست‌ها که برای سوسیالیسم آزادی‌خواه و از پایین مبارزه می‌کردند، افزایش یافت. آنارشیست‌ها به شدت به افشای اقدامات بلشویک‌ها در روسیه دامن زدند، جایی که فعالان کارگری پتروگراد، ملوانان کرونشتات و کشاورزان اوکرائین سرکوب شده بودند. کار به جایی رسید که کنفدارسیون عمومی کار وحدت‌طلب پیش از کنگره‌ی فوق‌العاده خود در ۱۹۲۳ جزوه‌ای منتشر کرد با عنوان: سرکوب آنارشیسم در روسیه شوروی. در این جزوه با مثال‌هایی خطر بلشویسم علیه طبقه کارگر به افکار عمومی نشان داده شد. آنارکوسندیکالیست‌هایی که در ث.ژ.ت. وحدت‌طلب متشکل شده بودند به تدریج به این نتیجه می‌رسیدند که کمونیست‌ها تمایل دارند تا جنبش سندیکالیستی را به زیرمجموعه‌ای از فعالیت‌های احزاب تبدیل کنند. کمونیست‌ها در کنگره تشکل مذکور خواهان پیوستن به انترناسیونال سندیکاهای سرخ شدند که در مسکو پایه‌گذاری شده بود. از آن پس آنارکوسندیکالیست‌های ث.ژ.ت. وحدت‌طلب از خود می‌پرسیدند که آیا لزومی دارد که همچنان در آن باقی بمانند؟


حزب کمونیست فرانسه تصمیم گرفت که روز ۱۱ ژانویه ۱۹۲۴ در خانه سندیکاهای خیابان گرانژـ اُ ـ بل میتینگی برگزار کند. فعالان آنارکوسندیکالیست نیز تصمیم گرفتند که در آن شرکت کنند و استفاده‌ی سیاسی این حزب را از مکان مذکور به چالش بکشند. تقریباً ۳ هزار نفر در سالن همایش حاضر بودند که ۳۰۰ نفرشان آنارشیست بودند. زمانی که مارت بیگو، یکی از رهبران حزب کمونیست و همچنین ث.ژ.ت. وحدت‌طلب پشت تریبون رفت تا سخنانی ایراد کند، یکی از آنارشیست‌ها فریاد زد:«سندیکالیسم ربطی به شما ندارد.» تعداد زیادی از حاضران با کف زدن از این گفته حمایت کردند. ناگهان برق سالن قطع شد. پس از آن که برق دوباره وصل شد، یکی از رهبران حزب کمونیست به نام آلبرت ترن پشت تریبون قرار گرفت و فوراً به آنارشیست‌ها فحاشی کرد. عده‌ای از آنارشیست‌ها تصمیم گرفتند به سوی تریبون بروند. ترن که خود یک نظامی بود به رئیس گروه نظم حزب کمونیست که ژورژ بوگران نام داشت و مانند او نظامی بود، دستور داد که با قدرت هر چه تمام‌تر علیه آنارشیست‌ها وارد عمل شود. تیراندازی آغاز شد و ژول بودو، کارگر ساختمان نخستین کسی بود که از ناحیه گردن با گلوله زخمی شد. او یک آنارکوسندیکالیست بود. اما متاسفانه دو کارگر آنارکوسندیکالیست دیگر به نام‌های نیکولا کلو و آدرین پونسه که زخمی شده بودند در راه بیمارستان جان باختند. چه روزنامه‌ی اومانیته، ارگان حزب کمونیست فرانسه و چه روزنامه لیبرتر که آنارشیست بود فردای آن روز مسئولیت فاجعه را به گردن یک‌دیگر انداختند. اما دروغ‌پردازی‌های روزنامه کمونیست اندکی بیش دوام نیاورد، زیرا تمام چند صد آنارشیست در گوشه چپ سالن بودند و تمام آثار گلوله‌ها هم در این نقطه سالن دیده می‌شدند.


تشییع جنازه آدرین پونسه با حضور دست‌کم سه هزار نفر برگزار شد. حزب کمونیست فرانسه دروغ دیگری گفت و اعلام کرد که نیکولا کلو عضوش بوده و حتا برای او تشییع جنازه ترتیب داد، اما تعداد اندکی در آن شرکت کردند.

ا علیه آنارشیست‌ها در قلب پاریس، آنارکوسندیکالیست‌ها تصمیم گرفتند دسته‌جمعی از ث.ژ.ت. وحدت‌طلب خارج شوند. روزنامه یومیه‌ی لیبرتر تیتر زد:«از جنایتکاران جدا شویم.» این چنین بود که آنارشیست‌ها و همه غیرکمونیست‌ها از این تشکل جدا شدند. آنان ابتداء اتحادیه فدراتیو سندیکاهای خودگردان را تشکیل دادند و سپس به اندازه برابر عده‌ای به ث.ژ.ت. پیوستند و دسته دوّم ث.ژ.ت. – سندیکالیسم انقلابی را پی ریختند.


هر چند ث.ژ.ت. وحدت‌طلب با پافشاری فعالان آنارشیست کمسیون تحقیقی تشکیل داد اما زیر فشار کمونیست‌ها هرگز گزارشی منتشر نکرد. سال ۱۹۲۹ دو کارگر آنارشیست به نام‌های ژولین لوپن و آلبرت گیگی گفتند که یکی از تیراندازان گابریل دوکور عضو حزب کمونیست و سندیکای کارگران راه‌آهن بوده است، با این حال هرگز هیچ‌کس برای مرگ دو نفر در میتینگ خیابان گرانژ ـ اُ ـ بل دستگیر نشد.

مه پیک‌ره، زن و فعال آنارکوسندیکالیست که در سالن حضور داشت در کتابش به این فاجعه اشاره گزارش‌گونه کرده است که می‌توان در لینک زیر خواند: http://monde-nouveau.net/spip.php?article594


نادر تیف

دوشنبه ۲۲ دی ۱۳۹۹ ـ ۱۱ ژانویه ۲۰۲۱

LA COLONNE DURRUTI (DIECINUEVE DE JULIO) [FILM]

Les victoires militaires et la vie quotidienne de la colonne Durruti dans la plaine de l’Aragon, dans les premiers mois de la guerre d’Espagne (août-septembre 1936).

Le titre original de ce film anarchiste célèbre le 19 juillet 1936, jour où le peuple en armes mit en déroute les fascistes quelques heures après le coup d’Etat franquiste.

L’armement des miliciens est visiblement disparate et insuffisant. La colonne – que l’on voit se déployer en ordre dispersé dans la plaine Aragonaise – reprend aux franquistes des petites villes (Pina de Ebro et Siétamo) tandis qu’est montré le quartier général de Buenaventura Durruti (Bujaraloz).


Dans les villes libérées, la population et les miliciens anarchistes de la CNT-AIT (Confederacion National del Trabajo, Association INternationale des Travailleurs) et de la FAI (Federacion Anarquista Ibérica) se saluent poing fermé. Dans la dernière partie du film, quelques rares avions appuyant la colonne anarchiste sont filmés à plusieurs reprises.

La colonne Durruti présente un décalage entre la musique (La Chevauchée des Walkyries) et le contenu des images (peu spectaculaires), entre le texte du commentaire (parfois grandiloquent) et son ton (terne et hésitant). La colonne Durruti n’en reste pas moins un document émouvant sur la Révolution espagnole, l’un des tous premiers film produits par les « rangs républicains ». Il témoigne également de la popularité du dirigeant anarchiste.

Musique : La Chevauchée des Walkyries de Wagner.
Lieu : Pina, Siétamo, Bujaraloz (plaine de l’Aragon)
Personnalité : Buenaventura Durruti

Après le soulèvement militaire fasciste du 18 juillet, les ouvriers de Barcelone et les anarchistes , dont Buenaventura Durruti, organisèrent des milices armées qui montèrent aussitôt en première ligne pour libérer les villes tombées aux mains fascistes, dont Saragosse en Aragon.

Ces colonnes étaient formées de soldats improvisés, dont beaucoup voyaient et maniaient les armes pour la première fois, et à qui, en pleine rue, ceux qui avaient un tant soit peu d’expérience enseignaient les rudiments : charger et décharger, prendre la ligne de mire, lancer des grenades, etc. La formation ne fut pas aussi facile que l’imaginaient les militants.

A son départ de Barcelone, la colonne Durruti, malgré le prestige de ce dernier, n’avait que 2000 hommes; les chauffeurs de ses camions étaient si inexpérimentés qu’ils semèrent bon nombre de leurs véhicules sur la route; cependant la colonne se renforça progressivement, atteignant un effectif de 3500 hommes, et elle joua un rôle très important à Madrid, où Durutti mourut en première ligne, dans des conditions encore discutés …

Les organisations anarchosyndicalistes CNT-AIT/FAI constituèrent une équipe de film immédiatement après la victoire de Barcelone sur les rebelles. La première production du CNT-AIT, Reportaje del Movimiento Revolucionario, ne cachait pas l’anti-cléricalisme des révolutionnaires, ce qui déplut fortement aux commuistes et aux républicains modérés, qui trouvèrent que ce film donnait une mauvaise image de la République espagnole …

Le groupe cinématographique CNT-AIT/FAI continua la production de documentaires, en grande partie destinés à l’étranger, si l’on s’en réfère aux commentaires français et anglais dont ils étaient pourvus. En France c’est le Comité pour l’Espagne libre qui s’occupait de la distribution des films CNT/FAI et en Grande-Bretagne l’Anarchist Communist Federation. (in La guerre civile et le cinéma de Bert Hogenkamp, Revue belge du cinéma, n°17, automine 1986)

Lieux de consultation : Ciné-Archives, Archives françaises du film, Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, Forum des images

=====

tc intc outduréedescriptionmots clés
10:00:15:0010:01:20:0000:01:05:00Le convoi s’arrête sur une route de la plaine. Les voitures et camions sont surchargés. Buenaventura Durruti discute avec ses camarades de la CNT-AIT et de la FAI. Les hommes (et une jeune femme) en armes se rassemblent en petits groupes. Plan sur un camion siglé UGT. (Union General de Trabajadores) 
10:01:20:0110:02:50:0000:01:29:24Les combattants à pied se dispersent dans les collines. Durruti observe la plaine avec ses jumelles. 10:02:16:00 Plan très bref sur la soupe, puis sur les combattants aux aguets, et contrechamp sur la plaine qu’ils surveillent. 
10:02:50:0110:03:52:0000:01:01:24Le village de Bujaraloz, « occupé sans combat. Les fascistes avaient fui devant l’ardeur de nos milicien de la CNT et de la FAI ». Images de l’église, des rues et places du village. Une inscription à la craie « Viva la FAI ». « La vie nouvelle s’organise » : plan sur un attroupement devant une affiche, sur un camion de la croix rouge, puis courte séquence sur l’hygiène : tout sourire, les hommes font leur toilette au puits communal. 
10:03:52:0110:04:40:0000:00:47:24Retour dans le maquis. Plan d’ensemble sur depuis une colline. 10:04:03:00 les hommes font traverser la rivière à des moutons en barque. Sur la terre ferme, les soldats s’improvisent bergers et guident le troupeau. 10:04:30:00 L’abattage des moutons. 
10:04:40:0110:05:35:0000:00:54:24Retour au village. Les combattants au repos font la sieste dans la rue. Des charrettes passent dans la rue principale. Puis un des soldats tient au discours à ses camarades venus de toutes les régions de l’Espagne, et aux villageois (jeunes, vieux, femmes et enfants). 10:05:22:00 plan sur un milicien blessé à la tête. 
10:05:35:0110:06:50:0000:01:14:24La colonne s’ébranle et traverse le village. Des combattants en uniforme saluent le passage de la caméra, juchée sur un camion, en levant les fusils et en saluant poing fermé. Foule nombreuse massée le long du cortège. Alternances d’un plan moyen de Durruti en discussion avec des soldats (en dehors du village) et de vues de la foule dans les rues du village. Les hommes montent dans un camion. 10:06:45:00 Des villageois souriants, au premier plan desquels une femme et des enfants saluent les combattants le poing tendu. 
10:06:50:0110:07:40:0000:00:49:24Le convoi des jeeps estampillées FAI et CNT sur les routes de plaine. Décalage criant entre la Chevauchée des Walkyries et la lenteur et l’espacement du convoi…. 10:07:22:00 le drapeau rouge et noir flotte au vent. Les hommes marchent sur la route. 
10:07:40:0110:09:00:0000:01:19:24Bruits de détonations et images d’explosions au loin. Images d’hommes tirant au fusil et à la mitrailleuse. 10:08:07:00 des hommes creusent des tranchées. 10:08:25:00 toujours au son des explosions, des hommes installent une clôture autour du camp. Les hommes courent avec leur fusil. 
10:09:00:0110:10:05:0000:01:04:24Pina de Ebro. Après une journée de combats, la CNT vient de prendre la ville de Pina. L’arrière-garde s’organise. Nouvelles images de villageois saluant (on reconnaît des villageois du village précédent….!) 10:09:26:00 les hommes se baignent, se coupent les cheveux, fauchent le foin. Sous une chaleur de plomb, les hommes construisent un nouveau camp. Plan sur des hommes buvant dans des outres. Images du nouveau camp, avec ses tentes. Une lampe destinée à envoyer des signaux lumineux. 
10:10:05:0110:11:50:0000:01:44:24Plan sur un camion blindé marqué CNT FAI sur lequel flotte le drapeau anarchiste. Les miliciens attendent ou creusent des tranchées (en décalage avec le commentaire qui raconte le combat contre les fascistes postés sur l’autre rive de l’Ebre.) 10:11:00:00 Détonations, une explosion au loin du côté du village de Pina. Montage de plusieurs scènes illustrant les combats (hommes qui tirent) mais qui a priori ne s’accordent pas entre elles (le paysage est très différent de l’une à l’autre), en alternance avec un plan fixe sur le village au loin. De la fumée s’élève de Pina. 
10:11:50:0110:12:33:0000:00:42:24Plan sur la carte d’Espagne. Pina est reprise. Nouvelles images du village ; un homme fait le guet à l’intérieur du clocher ; des combattants, cachés derrière des sacs de sable, sont postés sous un hangar jouxtant l’église. Dégâts des explosions sur les maisons. Ruines. 
10:12:33:0110:13:32:0000:00:58:24Plan d’ensemble sur le camion blindé « CNT FAI – Columna Durruti » Quelques miliciens posent sur le camion. Gros plan sur les impacts de balle sur le camion, et sur le drapeau criblé. 10:12:41:00 plan sur l’ensemble de la colonne qui célèbre sa victoire (les hommes brandissent leur poings, leurs fusils, et le drapeau) 10:12:50:00 vue d’ensemble sur leurs camions dans la plaine . Des combattants saluent, debout devant leur tente. 
10:13:32:0110:14:29:0000:00:56:24Le quotidien. Le moment du repas (plans sur les marmites, sur le cuisinier qui sonne la cloche, puis sur les miliciens présentant leur gamelle, en regardant fixement la caméra). Les combattants reçoivent les nouvelles des journaux venus de Barcelone. 10:14:15:0 un milicien lit Solidaridad Obrera. 10:14:21:00 L’hôpital de Pina. 
10:14:29:0110:17:30:0000:03:00:24De retour dans la plaine, images des tentes. 10:14:50:00 on met en place les canons. 00:15:29:00 on prépare les projectiles. Champ/contrechamp des tirs et d’explosions au loin. 10:16:33:00 succession de plans sur des hommes armés de fusils postés en différents points. 
10:17:30:0110:19:25:0000:01:54:24La bataille finie, les miliciens marchent sur la route et regagnent les voitures. Décalage entre les images tournées à la campagne et le commentaire disant que la milice arrive en ville. 10:18:26:00 les soldats arrivent dans le village désert. 10:19:10 Ils hissent le « drapeau de la liberté » sur le clocher. 
10:19:25:0110:20:47:0000:01:21:24Retour à Bujaraloz, QG de la colonne. Des camions stationnent sur une place 10:19:51:00 Durruti s’adresse à ses troupes. 10:20:00:00 un groupe est massé sous un avion, qui va appuyer les combattants à nouveau sur le départ. Vues des rues du village, des miliciens au balcon, et Durruti avec un enfant. « Il inspire toujours la confiance ». 
10:20:47:0110:21:30:0000:00:42:24L’avion, marqué de la faucille et du marteau, se met en marche. Les avions décollent et volent. 
10:21:30:0110:21:47:0000:00:16:24Retour au village. Les jeunes miliciens défilent sur les camions. « Les aiglons de la FAI partent sur les traces de leurs ainés » 
10:21:47:0110:22:40:0000:00:52:24La colonne en marche, sur la route et à travers champs. Commentaire à nouveau décalé « pas à pas on se bat ». 
10:22:40:0110:27:34:0000:04:53:24A nouveau la carte d’Espagne. d’autres noms apparaissent : Huesca, Sietamo, Zaragoza. Images floues tournées dans les champs, son médiocre. Les miliciens attendent dans des tranchées. Les combats reprennent, pour prendre Siétamo cette fois : alternance de plans du village au loin, de plans d’un avion, et de plans montrant les miliciens au combat avec leurs fusils. Tirs nourris. Les combattants avancent vers la ville. 10:27:04:00 un blessé évacué sur une civière. 
10:27:34:0110:29:08:0000:01:33:24Les combattants courent dans Siétamo. Ils récupèrent des armes, évacuent des blessés, se fraient des passages en abattant des murs à coups de pioche. Le village en ruines fume. « Enfin Setmaos (sic) est pris. Bravo, camarades de la FAI, bravo camarades de la CNT qui luttez pour la liberté. » Fin.

Fin de la grève à Stef Montbartier

Après plus de 40 jours de grève, les travailleurs de l’entreprise STEF de Montbartier ont choisi de reprendre le travail.


Malgré l’opiniâtreté d’un patronat de choc, ils ont obtenu un certain nombre de conditions (salaire, intéressement, panier et prime transports) supérieures à ce qu’il leur avait été proposé initialement.


Cet aboutissement prouve encore une fois que la lutte par l’action directe reste la meilleure arme des salariés pour faire valoir leurs droits et leur dignité.

Les militants de la CNT-AIT ont soutenu cette lutte, en apportant une aide financière et en informant la population de la justesse de leur cause et de la nécessité de leur apporter un soutien solidaire.

A l’issue de ce mouvement, la nécessité d’élargir, sans sectarisme ni a-priori, la solidarité de classe entre les exploités apparaît encore plus urgente.

CNT-AIT Montauban

montauban [at] cnt-ait.info

Another Future for health !

Another Future for health #2

international information for health workers from anarchosyndicalist perspective

News and analysis from France, Spain, UK, Serbia, Ukraine, Bulgaria, Austria, Germany, Iran, Bangladesh, Poland

30 pages, to be downloaded

Revolution through health,
health through Revolution

Digest of international information from health and care workers, from an anarchosyndicalist perspective #2 – second semester 2020

When we produced the first issue of this digest, in Summer 2020, we were only at the start of the Covid 19 pandemic, after the end of the first lockdown. We were already presenting that we were living historic times, with dramatic consequences for millions of people on earth, but we did not imagine that the situation would continue and even worsen 6 months later.

Workers in the health and care sector are on the front lines in fighting the disease. The State has asked them to make superhuman efforts, and it continues. A new world is emerging on the horizon, which we fear will be more authoritarian than ever, and that in the name of health. More than ever, it seems important to us that health workers in different countries can inform each other about their respective situation, because in a globalized world we are all interdependent. Beyond analyzes of the situation, examples of resistance implemented in a self-organized way by the workers themselves can also inspire us and encourage us in our struggles

This digest is made by health workers from CNT-AIT France. We are the section in France of the AIT (International Workers’ Association, IWA). The CNT-AIT brings together workers who identify with the principles, tactics and goals of anarchosyndicalism. With this bulletin we want to contribute to a work of collective critical reflection, beyond borders. We have chosen and collected texts produced by different groups around the world, which are active in the health and care sector. Some of these groups are, for the most part, members or friends of AIT, others do not belong to our international, but with all of them we maintain fraternal and reciprocal contacts.

It emerges from these articles that overall the situation is the same everywhere: lack of resources, lack of training, personnel sacrificed by the lack of preparation of the health services which have been destroyed for several years in the name of managerial efficiency and financial profitability. . We can see today the effectiveness of these restructurings … This disorganization and this chaos itself are not the fruits of chance, they are not due to anarchists, they are the result of the combined action of the State and of Capitalism.

To save humanity, we have no choice but to organize ourselves collectively to end the state and capitalism.

If you wish to continue receiving this newsletter, contact us at contact@cnt-ait.info

« Anarchy is the highest expression of Order. »
(E RECLUS)
Let’s finish with the Chaos of State and Capitalism!


CONTENT

[France] “LET’S GO” TOWARD TOTAL PRIVATISATION OF PUBLIC HEALTH.

[France] PARIS, HEALTH WORKERS DEMONSTRATION, June 16, 2020.

Claude Bernard, Bachelard and Feyerabend: three scientists against scientism

[France] In health services as everywhere: work and die.

HISTORY: HOW DID SPANISH ANARCHOSYNDICALISTS MANAGED THE PUBLIC HEALTH DURING THE 36’s REVOLUTION? (An example of libertarian communism applied in accute health crisis time).

NURSING HOMES, HOSPITALS: TO EXHAUST AT WORK FOR A WAGE OF MISERY? [Sticker]

FREE MASKS FOR ALL ! [Sticker]

[Spain] Public health privatization, the Spanish health nightmare …

[Spain] Against wage insecurity in retirement homes and nursing HOMES!

[Spain] AT THE « L’ARBOC » NURSING HOME, THE MANAGEMENT REFUSES TO RECOGNIZE THE CNT-AIT SECTION

[Ukraine] Worthy salary for the nurses!

[Bulgaria] The pandemic as a class war against workers.

[Bulgaria] Crackdown on striking health workers.

[Bulgaria/Austria] Solidarity with the struggle of Bulgarian nurses.

[Bulgaria/Austria] SARS-CoV-2 Aid delivery has arrived in Bulgaria!

[Austria] POLITICAL DISCRIMINATION AT THE RED CROSS.

[Germany] Protest march against health care crisis in Cologne.

[Iran] Demonstration of the medical students of Tabriz.

[Bangladesh] Distribution of washable masks to tea workers.

[UK] Reduced Life = Reduced Work (The Work/Life Balance).

[UK] The Alarming Rise of Branson’s Virgin Care and the Threat to the NHS.

[UK] World Suicide Prevention Day- Breaking the taboo is everyone’s responsibility.

[Serbia] DRAMATIC SITUATION IN HOSPITALS.

[Poland] WOMEN’S HELL.

[Poland] A LOOK BACK AT A SUCCESSFUL STRIKE OF HOUSEKEEPERS AND KITCHEN STAFF AT THE BELCHATOW HOSPITAL

L’autre assaut du Capitole, il y a 25 ans …

Cette histoire d’assaut du Capitole à Washington m’en rappelle une autre, il y a tout juste 25 ans mais à Toulouse …

17 décembre 1995, fin de manif contre le plan Juppé. La dernière manif du mouvement. Les syndicats avaient décidé d’en faire une démonstration de force et de calme, et surtout un enterrement en grande pompe du mouvement. Noël approchait, il était temps de faire la « trêve des confiseurs ». Les syndicats avaient donc décidé de nous épuiser à tourner en rond autour du centre mais de ne surtout pas rentrer au centre-ville pour ne pas gêner les commerçants en ces veilles de fêtes[1].

Beaucoup de monde à cette manif. C’est même la plus grosse manif jamais vue dans l’histoire de Toulouse, 100 000 personnes …  Arrivés à Esquirol, après avoir marché en rond toute l’après-midi comme un goût d’inachevé. La manif ne pouvait pas s’arrêter là … On ne sentait pas fatigués malgré le parcours interminable. un copain déguisé comme une tortue ninja, masque de ski, casque et bouclier bricolé avec un panneau de limitation de vitesse lance « c’est au Capitole qu’on rigole » [2]. Alors que les syndicats tournent à droite pour aller vers les carmes,  la manif bifurque à gauche et continue en direction du Capitole. Nous sommes plusieurs milliers.

Arrivés au Capitole, la place est envahie. Les copains d’InfoSud (revue autonome de l’époque) essayent d’accrocher leur banderole noire sur la porte du Cap. La porte d’entrouvre. Stationnée à un angle de la place, derrière la banderole rouge et noire de votre anarchosyndicat préféré, les compagnons se disent « tient ca bouge à la porte du Cap, ils ont réussi à rentrer ». 2 copains courent pour voir ce qui se passe. Ils sont suivis par 2 autres copains, puis 20, puis 200 puis tout le monde qui se rue en courant sur la porte pour s’engouffrer. Le reste de la manif suit le mouvement… En fait la porte s’ouvrait pour laisser sortir les gardes-mobiles entassés dans la cour du Cap, mais qui n’étaient pas équipés, ne portant que leur calot … Lorsque la vague se rue sur eux, le choc est frontal sur les boucliers en plexi. Les hampes de drapeau s’abattent. Quelques calots volent. Des dents aussi. La ligne bleue est enfoncée. Ils rentrent sans demander leur reste se calfeutrer dans la mairie. Du premier étage, au balcon du Capitole, des gardes mobiles cassent les carreaux de la salle des illustres et balancent les lacrymos pour noyer la place du Cap. Mais les manifestants ne bougent pas, en redemandent même. A peine les familles avec poussettes se mettent à l’abri sous les arcades des illustres. Des syndicalistes et des squatters du Clandé s’épaulent pour rassembler des poubelles (les éboueurs étaient en grève depuis plusieurs semaines) sur la porte de l’Opéra et y mettent le feu. La porte commence à bruler …

Les manifestants se rependent dans les petites rues autour du Capitole pour prendre position. Un client sort précipitamment du coiffeur, en blouse et les cheveux pleins de shampoing : les émeutiers étaient en train de renverser sa BMW pour en faire une barricade. Rue Paragaminière, d’autres aident le gérant du Petit Casino à rentrer ses étalages ; en échange le boutiquer leur donne de l’eau et des citrons contre les lacrymos.

Quelques voitures sont renversées pour faire obstacle, les petits groupes harcèlent les flics sans s’arrêter. Des jeunes des quartiers populaires, en goguette au centre-ville, se joignent au mouvement. Le jeu de chat et la souris dure plusieurs heures, profitant de la nuit qui vient de tomber. Les « sucrettes », ces fourgons de flics blancs, zigzaguent pour éviter les projectiles et les poubelles qui s’abattent sur eux.

Pas une seule personne ne fut arrêtée, et aussi pas une seule vitrine ne tomba : ce soir-là, pourtant journée d’emplette et veille de Noël, les cibles étaient les flics. Jeunes, moins jeunes, militants et badauds, tous ensembles. La rage pure, sans opportunisme consumériste ni récupération politicarde.

Le lendemain la dépêche titre « l’assaut des anarchistes : 200 anarchistes derrière une banderole rouge et noire attaquent le Capitole. Ils ont balancé tout ce qu’ils avaient dans leurs poches : boulons, bouteilles de bières, etc.  Les loubards s’en mêlent ». Baudis, le Maire de Toulouse, parle d’insurrection. Un groupe anarchiste fédéré dont on taira le nom par charité fait un communiqué pour se plaindre que « la préfecture n’a pris visiblement aucune mesure pour empêcher la manifestation d’accéder à la place du Capitole » (ce dont se plaindra également la FASP, la fédération autonome des syndicats de police …) et rejeter toute confusion entre les anarchistes et les loubards. La CNT-AIT quant à elle se contente de contester que – contrairement à ce que dit La Dépêche – les manifestants soient venus les poches remplies de projectiles et de poser la question des violences policières …

Le soir avec les copains, on se fait une grande bouffe dans le resto autogéré de Titi et Nicolas. Les calots – prises de guerre – tournent, on se marre, une copine sort l’accordéon, on chante et on rit bruyamment.

Ce fut le plus beau noël de ma vie …

Little Mouna

PS :
Finalement le plan Juppé fut retiré. Peut être cet assaut sur le Capitole y a-t-il un peu contribué.


[1] Voici ce que disait la Dépêche du Midi dans son édition de la veille de la manif : « Epargner la rue d’Alsace Lorraine, Wilson, le Capitole, la mairie et la préfecture, avouez que c’est une prouesse ! C’est la concession faite par les syndicats … qui ne veulent pas rendre leur mouvement impopulaire par « la manif de trop ». Pour les commerçants de l‘hypercentre, cela signifie (enfin !) la paix devant leurs magasins. C’est terriblement important en ce premier samedi du rush de Noël. La même satisfaction vaut bien évidemment, pour les acheteurs : ils n’éprouveront aucune gêne. Le centre-ville (propre depuis hier) sera libre de toute manifestation, et parfaitement accessible. … Saluons cette grande boucle … de grande capacité, ouverte et intelligente, qui « n’étrangle pas la ville. Quand la manif sera à saint Cyprien, on sera tranquille en ville ! En revanche, Esquirol et la rue du Languedoc seront noyés de manifestants, disons autour de 16h à 16h30, au moment de la dislocation.» les autorités policières et les syndicats avaient manifestement tout prévu … sauf un petit grain de sable …

[2] le copain s’était inspiré du slogan lancé à son époque par Mouna au quartier latin : « caca .. pipi … capitalisme »

Annexes :

Le parcours négocié par les syndicats … « un parcours intelligent »

La Dépêche, 16 décembre 1995

Manif : une dernière « pour gagner », un parcours intelligent

Voici le parcours qu’empruntera la manifestation aujourd’hui. Il est inédit, et présente de sérieux avantages. Pour tout le monde ;

Epargner la rue d’Alsace Lorraine, Wilson, le Capitole, la mairie et la préfecture, avouez que c’est une prouesse ! C’est la concession faite par les syndicats … qui ne veulent pas rendre leur mouvement impopulaire par « la manif de trop ».

Pour les commerçants de l‘hypercentre, cela signifie (enfin !) la paix devant leurs magasins. C’est terriblement important en ce premier samedi du rush de Noël. La même satisfaction vaut bien évidemment, pour les acheteurs : ils n’éprouveront aucune gêne. Le centre-ville (propre depuis hier) sera libre de toute manifestation, et parfaitement accessible. Un coup d’œil sur le plan le montre : l’accès automobile par le monument aux morts, et le boulevard Carnot , ou bien la rue de Metz et la rue d’Alsace sera toujours ouvert.

Il faut comprendre également, que si le bas des Allées jean-Jaurès est neutralisé de 13h15 à 14h – le temps du rassemblement et du démarrage du cortège- il sera libre ensuite. Les manifestations ne reviendront pas à cet endroit ; l’avancée du cortège se fera vers Jeanne d’Arc, Arnaud Bernard, et très loin jusqu’au pont des Catalans, libérant le boulevard derrière lui. Quand la manif sera à saint Cyprien, on sera tranquille en ville ! En revanche, Esquirol et la rue du Languedoc seront noyés de manifestants, disons autour de 16h à 16h30, au moment de la dislocation.

Saluons cette grande boucle … de grande capacité, ouverte et intelligente, qui « n’étrangle pas la ville »

=========

La dépêche du 17 décembre 1995

Des scènes de panique indescriptibles

La manifestation avait gardé l’air – et la chanson avec Nougaro en prime, s’il vous plait – d’une grande kermesse. Elle allait se terminer, elle était même terminée pour des dizaines de milliers de personnes qui se séparaient aux carmes. Mais deux ou trois mille éléments du cortège, complètement bloqués au niveau de la place du Salin, ont voulu prendre un petit dessert en passant place du Capitole. Ils y sont allés, naïvement, toujours dans l’esprit détendu du début.

Naïvement, car il faut savoir que l’on ne plaisante pas avec l’interdiction de fouler la place de la mairie un jour de manif. Les gardes-mobiles, massés dans la cour du Capitole, derrière de lourdes portes closes, attendaient de pied ferme. Des imbéciles, des casseurs, quelques dizaines, attendaient, quant à eux l’incident. Ils ont balancés bouteilles et poubelles enflammées sur la façade, cassant des vitres. Et la garde a chargé, sans ménagement et aveuglément.

Les nombreux témoignages indignés qui nous sont parvenus hier se rejoignaient : les forces de l’ordre ont semé une pagaille indescriptibles sur la place et dans les rues adjacentes – rues Baour-Lourmian, de la Pomme, … – très fréquentées par des piétons tout à fait étrangers à la manifestation : ils se baladaient ou faisaient leurs emplettes. Des personnes âgées, des gamins ont été bousculés, rudoyés. Les grenades lacrymogènes tombaient, les coups de matraque aussi, et pas seulement sur les loubards, loin de là. Et comme les rues d’accès à la place furent très vite bouclées par les camions de la police, tous ceux qui s’y trouvaient alors étaient emprisonnés comme des rats dans une nasse, ne comprenant même pas ce qui se passait.

Des questions se posaient hier soi : la riposte aux casseurs n’-t-elle pas manqué de maitrise ? Les loubards auraient très bien pu être stoppés sans que toute la place « trinque ». Ces familles venues exprimer leur opinion dans la rue, souvent avec des enfants, n’avaient certainement pas l’intention de démolir quoi que ce soit. Les gens qui faisaient des courses non plus. Ils s’en rappelleront de leur samedi.

Total, ce qui n’aurait pu être qu’un incident très circonscrit a pris des proportions démesurées, avec des scènes de panique, des blessés, un climat épouvantable ; On voudrait pourrir encore plus la situation que l’on ne s’y prendrait pas autrement …

Hélène, architecte : j’ai eu très peur

Hélène une jeune architecte faisait ses courses en ce samedi après-midi et s’est retrouvée au cœur des affrontements rue Alsace à la tombée de la nuit. Tout à coup j’ai vu des camions de policiers, ils fermaient toutes les rues débouchant sur la place du Capitole alors que des manifestants voulaient s’en approcher. Le face à face était très tendu. Il y avait beaucoup de monde, des manifestants et des passants. Les agents couraient partout. Au loin j’ai vu des grenades lacrymogènes. Il y avait des bousculades. Moi-même j’ai eu peur. Entraînée par le mouvement, j’ai couru. C’était vraiment une atmosphère très glauque.

L’après manif : deux heures de violence autour du Capitole

La manifestation d’opposition au plan Juppé s’est terminée dans la violence à Toulouse. Des « éléments incontrôlés » seraient à l’origine des troubles. Hier soir, on comptait une vingtaine de blessés. En dehors de la mairie, les dégâts matériels sont peu importants.

Des incidents violents se sont produits, hier, entre 1èh30 et 1çh30, au moment de la dislocation de a manifestation. Alors qu’ils s’approchaient de la place du capitole, des manifestants se sont trouvés nez à nez avec les CRS. Pour les disperser, les forces de l’ordre ont fait l’usage de grenades lacrymogènes. Après s’être repliés sous les arcades, les opposants au plan Juppé ont quitté les lieux, dans un certain affolement, en se rendant par petits groupes dans les rues adjacentes. L’ordre de dispersion avait été lancé un peu plus tôt par les organisateurs, du côté de la place des Carmes. Selon un témoin, qui appartenait au cortège, le nombre considérable de manifestants a obligé certains d’entre eux à se déplacer vers la place du Capitole, qui était sous haute surveillance. Les syndicats insistent sur l’aspect pacifiste de ce mouvement de foule non prévu au départ.

L’assaut des anarchistes

Un autre témoin présente une version largement différente des faits. « Vers 17h30, un groupe de 200 personnes a littéralement pris son élan pour fondre sur l’entrée de la mairie, explique celui-ci encore sous le choc. Ils portaient une banderole anarchiste rouge et noire, et hurlaient « c’est au Capitole qu’on rigole ». Ils ont balancé tout ce qu’ils avaient dans leurs poches : boulons, bouteilles de bières, etc. … » Ripostant alors, les CRS n’ont pas fait (ou pas pu faire) le détail entre les manifestants qui tentaient simplement de rentrer chez eux et les « éléments incontrôlés » venus là pour en découdre. Les échauffourées n’en sont pas restées là. Peu à peu le groupuscule s’est replié de l’autre côté de la mairie, autour du jardin du Donjon. Après une brève accalmie, les heurts ont repris rue d’Alsace-Lorraine, avec une violence renouvelée. Des poubelles sont été renversées, des véhicules déplacés. Saisissant tout ce qui se trouvait sur leur chemin (des bouteilles surtout mais aussi des pavés) les casseurs se sont à nouveau frottés aux forces de l’ordre.

Les loubards s’en mêlent

Des voyous, qui n’avaient évidemment rien à voir avec la manifestation de départ, se sont joints alors aux anars pour « casser du flic ». Ces scènes de guérilla urbaine se sont déroulées dans le brouillard du gaz lacrymogène. En raison des incidents, la station de métro du Capitole a été fermée momentanément. La plupart des magasins des envions ont tiré leurs rideaux dès 18h30. Au Monoprix – très exposé comme Mark’s et Spencer et les nouvelles Galeries – la direction a estimé plus prudent de bloquer les issues et de garder ses derniers clients en sécurité, à l’intérieur Pendant une heure, il a fallu utilisé les portes dérobées pour permettre une évacuation en bon ordre. Ver 2à heures, la forte présence policière permettait un retour au calme. Quasi-complet. Une demi-heure plus tard, la circulation était totalement revenue rue d’Alsace-Lorraine.

Blessés légers.

Les affrontements ont fait plusieurs blessés légers chez les manifestants et une quinzaine du côté des forces de l’ordre. Un gardien de la paix a été sérieusement touché à la jambe. Certains blessés ont été soignés sur place par le Samu, d’autres évacués par les sapeurs-pompiers sur l’hôpital Rangueil.

La façade du Capitole, toiletté de frais le matin, a encore beaucoup souffert (vitres brisées, portail brulé …) Pat contre les autres dégâts matériels sont assez réduits (deux vitrines fissurées ou cassées). La police a procédé à l’interpellation d’un homme soupçonné de vandalisme. Toute la nuit, les promeneurs ont assistés, incrédules, aux rondes de police et au nettoyage des rues. Certains avaient des bras chargés de cadeaux. D’autre se rendaient au cinéma pour se distraire un peu. Place Wilson, « le bonheur est le pré » continuait d’attirer les foules.

Jean marc LESCOUARNEC

===============

Les réactions des organisations anarchistes … et du syndicat policier FASP …

La Dépêche, 19 Décembre 1995

Les incidents :

Des précisions de la Fédération Anarchiste

Militants de la Fédération anarchiste à Toulouse, nous nous sentons mis en cause dans l’édition du 17 décembre de « La Dépêche du Midi »

La Fédération anarchiste s’inscrit résolument dans le mouvement social en cours et participe depuis son début à toutes les manifestations organisées. Celles-ci se sont toujours déroulées dans la sérénité.

Les conditions qui ont rendu inévitables les échauffourées de samedi soir sont largement imputables au fait que la préfecture n’a pris visiblement aucune mesure pour empêcher la manifestation d’accéder à la place du Capitole.

Dans ces conditions, faire porter le chapeau à des « incontrôlés », présentés comme un amalgame « d’anars », de « loubards » et « d’anarchistes » est pour le moins réducteur. C’est en tout cas de nature à engendrer des confusions faces auxquelles nous réagissons.

Fédération Anarchiste, Groupe Albert Camus, Le secrétaire, Jérôme VARQUEZ

… Et de la CNT

Rendant compte des incidents qui ont émaillés la fin de la manifestation samedi, « La Dépêche du Midi » du 17 décembre décrit dans un premier paragraphe une version tout à fait exacte des faits. Elle rapporte ensuite les dires contradictoires d’un « témoin » qui incrimine un groupe de « deux cents personnes », munies d’une banderole rouge et noire, qui aurait fondu sur la mairie en jetant des projectiles.

Comme cent mille personnes peuvent en témoigner, il n’y avait ni casque, ni cagoules, ni matraques, ni sacs de projectiles dans le cortège, ce qui témoigne d’une intention pacifique du début à la fin.

Ce n’est pas la première fois que nous constatons, ces jours derniers, des réactions policières totalement disproportionnées. Jeudi, par exemple, sur cette même place, un rassemblement pacifique de Ras-le-Front a été violemment dispersé. Dans ces conditions, n’y aurait-il pas une volonté délibérée des autorités de provoque des incidents pour pourrir un mouvement social particulièrement profond ? Là est la véritable question que soulèvent les évènements de la place du Capitole.

CNT-AIT (Confédération nationale des travailleurs, Association internationale des Travailleurs)

NDLR de la dépêche du Midi : contrairement à ce que pourrait laisser croire cette mise au point de la CNT, « La Dépêche du Midi » n’a nullement attribué la responsabilité des incidents à cette organisation. Dans notre compte-rendu, nous avons souligné que les actes de violence avaient été déclenchés par des éléments « incontrôlés ».

Communiqué : la Fédération Autonome Syndicale de la Police (FASP) dénonce les casseurs

La FASP solidaire des syndicats que la fonction publique qui ont permis par leur action de maintenir les droits à la retraite actuels, ne fera pas l’amalgame entre des dizaines de milliers de manifestants et une bande de casseurs.

La FASP rejette les accusations portées contre les forces de police engagées samedi lors de l’action menée par 300 individus contre la Capitole. Nos collègues ont fait leur devoir malgré leur faible nombre et ont payé un lourd tribu à cette action avec quinze blessés. La provocation n’est évidemment par de leur fait ;

La FASP avait averti les pouvoirs publics des risques encourus depuis le début de manifestations, compte tenu de la faiblesse des effectifs qu’il était possible d’engager. Depuis trois semaines, jour après jour, la police est sur le terrain et avait réussi à préserver l’essentiel jusqu’à samedi.

Hubert LORTET, secrétaire régional de la FASP

La Dépêche du 28 décembre : retour sur les manifestions

Samedi 16 décembre : on dépasse une nouvelle fois la barre des 100 000 manifestants, sur un parcours allongé et différent dans Toulouse. C’est sans doute le plus grand rassemblement protestataire jamais vu à Toulouse. Un test pour les organisations syndicales : malgré un certain dégel sur le front des grèves, la mobilisation contre le plan Juppé est toujours très massive. Des incidents éclatent place du Capitole en fin de manifestation ? Les gardes-mobiles chargent un groupuscule d’agitateurs, la foule prise de panique pleure sous les gaz lacrymogènes.