Les dégâts et les dangers de Parcoursup et de l’intérim dans la santé

Depuis 2019, l’inscription, dans les écoles d’infirmières, dépend de Parcoursup. Ces nouveaux diplômés vont donc sortir en juillet 2022 après leur cursus de trois ans. En moyenne sur chaque école 40 à 60 % ont quitté la formation, et sur ceux qui restent 90 % souhaitent travailler en intérim.

Cet attrait de l’intérim pour des jeunes diplômés s’explique pour de nombreuses raisons :

–        les salaires y sont plus élevés de par les 10 % de précarité et les 10 % de congé payé qui sont payés à la fin de chaque mission.

–        il n’y a aucune contrainte de planning la personne travaille lorsqu’elle le souhaite sans aucune obligation.

–        Le fait de pouvoir se vendre quand la demande est vraiment nécessaire.

Mais cette généralisation de l’intérim présente de nombreux dangers pour la qualité des soins :

Mis à part leur formation, d’un niveau honnêtement moins élevé que celui de leurs aînés, ils ne possèdent aucune connaissance spécifique à de nombreux services, ni d’expérience professionnelle – et c’est bien normal quand on sort d’école. Mais alors que l’intérim est en théorie un moyen de soulager les services en cas de pics d’activité, ils sont une charge supplémentaire : dans certains services car il revient aux « anciens » de les encadrer en permanence, ou les mettre dans les secteurs les moins lourds, ce qui finalement ne soulage pas plus le personnel en place. Ce sont les anciens qui sont moins bien payés qu’eux qui doivent parfaire leur formation en quelque sorte !!!

Le facteur humain et l’implication permanente, qui sont des critères essentiels pour de futurs travailleurs des métiers de la santé, ne rentrent pas en ligne de compte dans le processus de sélection (il faut bien appeler les choses par leur nom …) de Parcoursup. Il ne faut donc pas s’étonner que de 40 à 60 % des étudiants quittent la formation durant ces trois ans. Il y a réellement un problème de recrutement avec Parcoursup ! C’est un gâchis humain à tous les niveaux : pour ces jeunes qui ont été mal orientés dans des impasses et leur ont fait perdre du temps de jeunesse pourtant si précieux ; pour le système de formation qui a investi en pure perte ; pour le système de santé qui n’arrive pas à attirer lui celles et ceux qui pourtant auraient pu avoir les qualités humaines requises sans avoir forcément les critères scolaires.

Ce problème n’est pas nouveau, la formation d’infirmière change régulièrement depuis 15 ans et toujours avec une formation tirée vers le bas pour coller avec les standards Européens. Mais aujourd’hui il n’y a pratiquement plus aucune cohérence. Des infirmières tout juste diplômées arrivent sur leur premier poste sans savoir piquer ou faire correctement un pansement. Les surveillances post opératoire sont catastrophiques pour ne pas dire inexistantes. Se sont souvent les aides-soignants, en poste depuis des années, qui assument cette continuité et la formation de ces nouvelles infirmières, du moins la nuit où ils ne sont bien souvent que tous les deux pour tout un service !

L’attrait financier de l’intérim est le but premier des nouveaux postulants, et non plus l’hôpital comme auparavant. Il y a quelques années, il fallait au moins deux à trois ans de diplôme et donc d’expériences professionnelles avant de pouvoir faire de l’intérim.

L’intérim participe à la marchandisation de la santé, puisqu’il fait passer l’idée que la santé est un secteur concurrentiel comme les autres, où il est sain de se vendre au plus offrant et où la seule chose qui l’intéresse est le chiffre d’affaire.

Le manque de personnel dans les hôpitaux est structurel, ils ont  besoin de personnels à temps plein, avec des contrats de longue durée (CDI). Ce besoin ne pourra pas être comblé par les rustines de l’intérim ! Les plans blancs et les fermetures de lits, pour manque de personnel, ne risquent donc pas de s’arrêter demain. Cars pour cela, il faudrait que les salaires et les conditions de travail à l’hôpital soient attractifs pour les jeunes et pur garder les anciens aussi !

Je ne critique pas ici les jeunes diplômés. Après tout, personne n’est ennemi de soi-même et dans une société qui fait passer l’intérêt individuel avant l’intérêt collectif et où l’argent est roi, leur attitude est « logique » d’une certaine façon : l’éducation nous conditionne pour nous faire croire que la consommation à outrance est quelque chose de désirable. Le conditionnement idéologique auquel nous sommes soumis depuis le plus jeune âge est le verrou le plus puissant qui protège ce système, bien plus que toutes les polices du monde. Car c’est bien le système en lui-même, le Capitalisme, qui encourage l’égoïsme au détriment du social. Et c’est donc avec le Capitalisme qu’il faut en finir pour avoir enfin un système de santé solidaire, égalitaire et sans-profit, où chacun pourra s’épanouir selon le beau principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins »

Extrait du Bulletin « Un Autre futur pour la santé », été 2022

Lire le bulletin en ligne : cliquer ici http://cnt-ait.info/2022/07/01/sante-ete-2022/

Télécharger le bulletin : cliquer ici

Contact : sante-social [ at ] cnt-ait.info

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