UTOPIA, MON AMOUR

Dernières nouvelles d’Utopia

Le Combat Syndicaliste Midi Pyrénées, Février Mars 2007, numéro 99

Utopia, c’est un réseau de cinémas, spécialisé dans le film intello de contestation. C’est une affaire qui marche bien, fort bien même [1]. L’essaimage progressif du réseau dans toute la France en est d’ailleurs une preuve qui ne trompe pas. Utopia, c’est aussi une « Gazette » gratuite mensuelle (50 000 exemplaires sur Toulouse à ce qu’on dit) qui fait, bien sûr, la promotion des films mais surtout qui consacre ses pages à l’alter mondialisme, aux idées progressistes et autogestionnaires. Utopia, c’est aussi le support de multiples soirées organisées par (presque) tous les mouvements de gauche et d’extrême gauche.

Avec une programmation de qualité, des moyens financiers impressionnants, un discours très ouvert, une audience considérable, Utopia est pour le « peuple de gauche », une institution. Et une institution intouchable. Pourtant, Utopia, c’est aussi un patron et des salariés. Et c’est là que ça se gâte. Parce qu’il n’y a pas de commune mesure entre le discours de la boite et … la réalité. C’est pourquoi, la CNT-AIT a dénoncé publiquement [2] deux pratiques inadmissibles : l’attribution des primes en fonction du travail bénévole pour l’entreprise, et la nécessité d’une « conscience politique » chez les salariés ! Réponse patronale quelques jours après dans une « Gazette » consacrant deux pages à critiquer la CNT : rien sur les points soulevés, mais la double accusation de ne pas nous être informés sérieusement et de parler au nom des salariés sans leur accord. Mal en a pris au patron d’Utopia. Ce sont des anciens salariés eux-mêmes qui lui ont clos le bec publiquement en publiant des témoignages accablants sur ce qu’ils avaient vécu dans cette entreprise sans jamais pouvoir l’exprimer jusqu’à présent.

A la suite de plusieurs contacts de salariés ou ex-salariés d’Utopia, la CNT-AIT a levé le voile sur des pratiques de cette entreprise qui crie « Haro sur le boulot », fait son fond de commerce de la dénonciation de l’exploitation capitaliste, mais peut éventuellement se conduire comme le dernier des patrons.

Tout d’abord, pourquoi les salariés d’Utopia, dénonçant leurs incroyables conditions de travail, se sont-ils adressés à la CNT-AIT ? Pas parce qu’ils étaient anarchosyndicalistes ! Simplement parce que, « ailleurs », on leur avait conseillé de la fermer : « Pas touche à Utopia » semble bien être le mot d’ordre de la plupart des organisations de gauche et d’extrême-gauche, qui ne veulent pas perdre les avantages substantiels que leur boutique y trouve.

« UTOPIA SALAUD ! LE PEUPLE AURA TA PEAU »

C’est sous ce titre ravageur dont nous lui laissons l’entière responsabilité, que la « Gazette d’Utopia » (février 2005) tentait, sur deux grandes pages, de répondre à nos critiques. Nous n’étions que des lurons « pas sympathiques » et « pleins de haine », accusés de propager des « on-dit pénibles », d’avoir « des comportements inadmissibles », d’être « bourrés de méchancetés »… Bref affreux, sales et méchants, nous n’avions rien compris. Depuis, même un verdict du Conseil des Prud’hommes, qui n’est pas une instance réputée pour ses positions anti-patronales, est venu, le 13 septembre 2006, apporter un démenti cinglant aux affirmations du patron d’Utopia en le condamnant tout d’abord à 11.000 euros de dommages et intérêts envers une ex-salariée. Bien que trois « Gazettes » soient parues depuis cette date, on n’y trouve pas l’information que l’importance de ce fait appelait. Pourquoi une discrétion si inhabituelle chez un champion du devoir d’information et de transparence ? Il est vrai que sa condamnation pour licenciement abusif (comme un vulgaire gros patron de droite) est éclairante.

Tout d’abord, les Prud’hommes pulvérisent les trois motifs avancés par Utopia pour justifier le licenciement : le premier « ne concerne en rien la salariée », le deuxième « n’est pas plus réel que sérieux », quant au troisième, il repose sur « une position tout à fait inversée de la part de la gérante ». Bien plus, « la genèse de l’histoire démontre que les problèmes…ont…entre autre, comme point de départ…le fait que le salarié ait pris contact avec un inspecteur du travail »… ce qui constitue pourtant un droit élémentaire  !

Ensuite, le florilège continue : les Prud’hommes relèvent un courrier «  menaçant » de la direction ainsi que des propos « pour le moins surprenant(s) » quand ils ne sont pas « particulièrement condescendants » d’un « actionnaire non-salarié » d’Utopia. Les Prud’hommes valident « qu’un collectif d’anciens salariés d’Utopia a été formé » et que «  assurément plusieurs anciens salariés témoignent » dans leur tract «  Sauve qui peut Utopia » (dont nous ne pouvons que conseiller la lecture très instructive : http://cnt-ait.info/article.php3 ?id_article=1083).

Pour ce qui est des accusations d’Utopia concernant la CNT-AIT, les Prud’hommes constatent que le patron les profère « sans apporter le moindre commencement de preuve de ses affirmations ». Ajoutons pour finir qu’Utopia s’est bien gardé de faire appel.

Au-delà du constat que les faits diffusés par la CNT-AIT sont parfaitement fondés, ce qui est posé à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le système actuel (et qui donc apprécient les films critiques qui passent à Utopia), c’est la question éthique. En cette période électorale où les candidats ne craignent pas d’avancer les propositions les plus contradictoires et les plus scabreuses pour grignoter quelques points dans les sondages, parler d’éthique n’est certainement pas à la mode. Mais pour nous, les actes doivent être en accord avec les paroles ; c’est un préalable à toute lutte, que l’oppresseur soit « de droite », « de gauche  » ou « du milieu ».

4 janvier 2007


[1] Ainsi, dans le grand Toulouse, les deux Utopias, avec 600 000 entrées payantes battent à plate couture le multiplex UGC centre-ville. Chiffre d’affaire cumulé 2003 des Utopias : plus de trois millions d’euros.

[2] Voir dans « Le Combat syndicaliste » n°90, les deux articles sur le sujet.

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