MALAISE SOCIAL AU CINEMA UTOPIA – UTOPIA, CINEMA ALTERNATIF, ENTREPRISE COMME LES AUTRES (2018)

Médiacités, 1er Mai 2018

[Nous reproduisons ci-après deux articles parus dans le journal Médiacités le 1er Mai 2018 :

Le premier relate un nouvel épisode de licenciement abusif pour lequel Utopia a été condamné en 2018, démontrant ainsi que les faits pour lesquels Utopia avait été condamnés en 2006 continuaient – tout comme les leçons de morale gauchistes dans la gazette, sans que cela ne trouble le moins du monde le milieu activiste toulousain qui continuait aussi à y organiser ses « soirées militantes » [1] sans se soucier de savoir si les salariés effectuaient bénévolement des heures sup au prétexte que c’était « militant « 

Le second est une interview d’Olivier Alexandre, sociologue qui a écrit en 2007 un livre à la gloire d’Utopia et qui essaye dans l’interview de trouver des circonstances atténuantes aux patrons-fondateurs de la marque UTOPIA, au motif qu’ils ont dû se professionnaliser. Certes, mais ils auraient pu pour professionnaliser leur activité choisir comme cadre légal la SCOP plutôt que la SARL. Ils ont fait dès le début de leur projet un choix politique, celui de la propriété privée individuelle, et de tout ce qui y est rattaché, notamment le pouvoir et la hiérarchie. Au final, comme le rappelle bien Olivier Alexandre : « Utopia est une entreprise comme les autres ». A la différence que Mac Do ne nous fait pas des préchis préchas contre l’exploitation salariale sur ses cornets de frites …]

Le cinéma d’Art et essai vient d’être condamné pour une rupture abusive de contrat de travail. Mediacités a recueilli de multiples témoignages qui décrivent une ambiance de travail à l’opposé des idéaux défendus sur ses écrans.

Le film fétiche des fondateurs des cinémas Utopia s’appelle The Molly Maguires. Tourné en 1969, il raconte le combat de mineurs sabotant les installations du patron qui les exploite. Cette « déclaration formidable d’insoumission à l’ordre injuste et mutilant qui enrichit toujours plus les uns et affame toujours plus les autres », comme l’écrivent Anne‐Marie‐Faucon et Michel Malacarnet dans le journal maison, la Gazette d’Utopia, leur a donné envie d’ouvrir des cinémas. Le symbole est beau. Mais colle‐t‐il vraiment à la réalité ?

Cinéma emblématique en Haute‐Garonne, reconnu pour la qualité de sa programmation et ses prix bas, Utopia est une institution pour le milieu associatif et syndicaliste. Mediacités s’est intéressé aux pratiques patronales du duo Faucon‐Malacarnet. Depuis septembre 2017, nous avons rencontré ou échangé par téléphone et messagerie avec plus d’une vingtaine de personnes (actuels et anciens salariés d’Utopia, professionnels du secteur, syndicalistes et chercheurs). Sur la foi de ces témoignages, il semble que le climat social de l’entreprise soit plus proche de celui dépeint dans les mines de Pennsylvanie de The Molly Maguires, que de l’utopie imaginée par les spectateurs toulousains.

Le cinéma Utopia de Toulouse a vu le jour en 1993, celui de Tournefeuille en 2003. Ils rencontrent un succès important auprès du public, regroupant une moyenne annuelle de 500 000 entrées par an à eux deux. Jusqu’en 2016, date à laquelle le cinéma toulousain est vendu par Anne‐Marie‐Faucon et Michel Malacarnet et devient l’American Cosmograph, les deux cinémas Utopia de Haute‐Garonne sont exploités par la SARL (société à responsabilité limitée) Utopia Latin. Bon an, mal an, la gérante, Anne‐Marie Faucon, emploie une vingtaine de salariés. Mais le roulement des effectifs est important. Depuis 1993, 177 personnes y ont signé 219 contrats en CDD et CDI. Certains employés – requérant l’anonymat – quittent l’entreprise après « une bonne expérience de quelques mois » ; d’autres avec plus d’amertume…

Une demande de licenciement rejetée par l’Inspection du travail

Depuis l’an dernier, Olivier Fernandez, salarié à mi‐temps, est aux prises avec des employeurs tentant de le licencier pour motif disciplinaire au prétexte de « troubles au fonctionnement du cinéma », d’envois « de lettres comminatoires et de réprimandes aux salariés », de non‐respect de son contrat de travail et du règlement intérieur et d’une « attitude de dénigrement et d’irrespect à l’égard d’Anne‐Marie Faucon ». Quatre griefs invalidés par l’Inspection du travail qui a rejeté en début d’année la demande de licenciement.

De guerre lasse, l’élu syndical Sud et étudiant en droit a pourtant décidé de quitter l’entreprise à la mi‐avril. « J’ai porté plainte le 11 avril pour faux et usages de faux témoignages à mon encontre et je me réserve le droit de porter l’affaire devant les prud’hommes », annonce‐t‐il à Mediacités, en feuilletant un épais dossier d’éléments juridiques.

En mars, une condamnation pour une rupture abusive de contrat de travail

Utopia Latin a aussi subi une déconvenue le 26 mars dernier devant le Conseil des prud’hommes de Toulouse. Embauché en 2015, Guillaume F. demandait la requalification de son contrat en CDD en CDI et contestait son licenciement en 2016. « La direction m’a dit qu’il n’y avait plus de place, alors qu’ils ont embauché un nouveau salarié en CDD à mi‐temps pour me remplacer à mon poste », explique le jeune homme auquel les Prud’hommes ont donné raison, condamnant Utopia à lui verser 7 800 euros, pour rupture abusive.

Nous avons contacté Anne‐Marie Faucon le 22 avril. Mais la cofondatrice des cinémas Utopia a refusé une rencontre ou un entretien téléphonique par manque de temps. Elle a répondu par écrit à nos premières questions concernant l’évolution d’Utopia Latin, avant de cesser tout échange à partir du 24 avril lorsque nous avons abordé les conditions de travail, et cela malgré nos relances envoyées les 26 et 30 avril.

Un licenciement abusif en 2006

Dans une affaire plus ancienne, les patrons d’Utopia ont aussi été condamnés en septembre 2006 à verser 11 000 euros de dommages et intérêts à Stéphanie R. Embauchée en août 2002 comme projectionniste polyvalente à temps plein, pour un salaire net de 1 067 euros, cette ancienne salariée est licenciée le 28 septembre 2004 pour faute professionnelle, déficit d’heures travaillées et mauvais comportement. Après étude du dossier, le Conseil des prud’hommes remarque que « les problèmes relationnels entre l’entreprise et la salariée ont comme point de départ le fait qu’elle ait pris contact avec un inspecteur du travail », en 2004, au sujet d’une augmentation de salaire refusée par la direction.

Les motifs de licenciement n’étant « ni réels, ni sérieux », le licenciement est alors déclaré abusif. À l’époque, l’affaire fait grand bruit, car la salariée est soutenue par le CNT‐AIT, une confédération anarchosyndicaliste. Tractages devant le cinéma de Toulouse et prises de parole pendant des débats organisés à l’intérieur attirent le courroux d’Anne‐Marie Faucon et Michel Malacarnet qui dénoncent ces actions dans leur Gazette. En réaction, un collectif d’anciens salariés s’assemble et publie les témoignages de sept « Utopistes dissociés » sur les conditions de travail à l’intérieur de la structure.

Parmi eux, Héloïse Bodin, embauchée en mars 2003 en contrat de qualification en alternance à l’occasion de l’ouverture du cinéma de Tournefeuille. « Utopia me paraissait être le lieu de travail idéal, écrit‐elle alors. Excellente programmation, respect des films, engagement politique, collègues sympas et cinéphiles… Quelle désillusion ou devrais‐je dire désutopie ! (…) La paranoïa, la délation et les réunions sanctions faisaient partie de cette aventure. (…) Tout comme la nécessaire dévotion à Utopia, des heures non comptabilisées dans le temps de travail, des idées politiques que les salariés doivent pouvoir justifier auprès des spectateurs et surtout aucun droit à l’erreur sous peine de recevoir une lettre recommandée. » Déçue, Héloïse Bodin quitte l’entreprise en 2004 à la fin de son contrat, « fuyant sans se retourner ». Des mots qu’elle confirme aujourd’hui à Médiacités.

« Il y a souvent eu un malaise à Utopia, des tensions difficiles à expliquer, reconnaît Jeremy Breta, l’actuel co‐directeur de l’American Cosmograph. Les effectifs ont toujours bougé car le boulot est très exigeant. Je sais que certains sont partis fâchés ou pour d’autres projets ». Embauché à mi‐temps en 2004, ce dernier prend la direction du cinéma Utopia de Tournefeuille en 2010, puis de celui de Toulouse en 2013. Une salle qu’il rachète donc en 2016 avec une autre salariée, Annie Mahot, pour en faire l’American Cosmograph. « J’ai eu des doutes, mais pour moi, c’est une expérience positive au final, poursuit‐il. Utopia a une réputation importante. Cela met une certaine pression car cela demande beaucoup d’énergie et d’investissement personnel. »

Telle n’est pas la conclusion d’Asmaa A, une ancienne journaliste Franco‐Palestinienne de 39 ans : « On faisait des débats avec la CGT. On diffusait le film « Merci Patron » et tout ça, alors qu’à l’intérieur, c’est pourri ». D’abord motivée par cette première expérience dans un cinéma, Asmaa déchante « au bout de trois mois », minée par les tensions constantes entre salariés. « J’en ai parlé à Anne‐Marie Faucon mais elle n’a rien fait, assure‐t‐elle. Je pense que ça l’arrange qu’il n’y ait pas de solidarité entre l’équipe. Elle divise pour mieux régner. » « Anne‐Marie Faucon ne fait rien pour apaiser les relations entre salariés », affirme Esther Catafau, contrôleuse de gestion en alternance de 2013 à 2015 à Tournefeuille. « Un conflit a éclaté entre les salariés début 2015. Nous avons essayé de temporiser. Il y a eu des médiateurs, des coachs… C’était compliqué », se défend Anne‐Marie Faucon.

D’abord adulée par la gérante, Asmaa A. aurait ensuite subi ses critiques. « On se dit que le problème vient de soi car le travail est génial. On se remet en cause personnellement, raconte‐t‐elle. J’ai commencé à être en dépression, à prendre du poids. Je me suis mis en arrêt maladie pour me protéger. » Après trois années à mi‐temps, Asmaa A. quitte l’entreprise en 2016. Une autre salariée regrette l’absence de « confiance dans les capacités et la probité des salariés », l’incitation perpétuelle au bénévolat pour « écrire la Gazette ou la distribuer ». Elle poursuit : « Un jour, Anne‐Marie Faucon a fait mine de me donner un bouquet de fleurs et m’a dit ensuite “tu n’as pas crue que c’était pour toi quand même”. Ce genre de remarques anodines est difficile à conscientiser et à dénoncer. On se sent mal-à‑l’aise, mais quand on veut donner un exemple, cela semble ridicule. »

Un autre souvenir revient à sa mémoire. Lors d’une réunion, Anne‐Marie Faucon évoque l’achat d’une maison : « Elle nous parle de la piscine, du jardin, du luxe des maisons qu’elle visite, alors que les salariés, eux, vivent dans des HLM. », s’afflige-t-elle. Antoine Bast, recruté à un poste de direction à Tournefeuille pendant un an entre 2013 et 2014, se souvient lui‐aussi de « remarques désagréables ». Notamment cette fois où « Michel Malacarnet s’exclame, devant des salariés au Smic, qu’il ne comprend pas comment on peut vivre avec moins de 1 500 € par mois. »

Fabienne Lauffer‐Neff a fait partie de l’aventure Utopia de 2005 à 2016. Avec le recul, le constat de la fondatrice des premières AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) de Midi‐Pyrénées en 2003, est sans appel : « Les patrons se disent contre Val Tolosa, pour les Zad et les faucheurs volontaires, alors qu’ils appliquent en interne une mentalité de capitalistes. » Proche d’Anne‐Marie Faucon dans les premières années, Fabienne Lauffer‐Neff a depuis pris ses distances. « À chaque fois qu’elle embauche un jeune, elle lui fait miroiter des responsabilités pour ensuite le laisser à un poste basique de vendeur de ticket, sans pouvoir écrire dans la gazette. Elle gaspille les compétences pour lesquelles elle les choisit », ajoute‐t‐elle.

Toutes ces pratiques, une majorité de salariés interrogés les trouveraient presque
 « normales » dans une entreprise classique de leur aveu. Mais pas à l’Utopia !
« On s’imagine que c’est un espace qui valorise le bien‐être des salariés, où la décision est collective, relève Antoine Bast. Ce n’est pas ce qui se passe et ça, c’est décevant.»

Gael Cerez, Mediacités, 1 mai 2018


[1] Par exemple : « Jeudi 2 juin 2011 à 20h30 à l’Utopia Toulouse, dans le cadre de la fête d’Alternative Libertaire Toulouse : séance unique suivie d’une rencontre avec les réalisateurs et des membres d’Alternative Libertaire Toulouse du film  D’ÉGAL À ÉGALES. Être syndicaliste, en règle générale ça complique sérieusement la vie professionnelle ; être femme dans une société patriarcale (en existe-t-il d’autre ?) est certainement plus difficile que je ne peux l’imaginer et être immigré-e ou fils/fille d’immigré-e par les temps qui courent c’est un combat quotidien… et voilà le sujet du film : un portrait de quatre femmes, migrantes ou filles d’immigré-es, qui ont fait le choix de lutter pour leur droits et ceux de leur collègues. Le film présente leur parcours, ce qui les a menés à s’engager dans le syndicalisme et les problématiques liées à leur condition de femmes au sein d’un milieu (celui du militantisme et celui de l’entreprise) qui n’échappe pas à la triste règle du patriarcat. En quelques mots, c’est un film qui pose des questions rares : celles de la domination masculine, du racisme, et du harcèlement subi sur le lieu du travail lorsqu’on a la mauvaise idée de vouloir défendre ses droits…

C’est un film qui fout la pêche, qui vous donne du cœur à l’ouvrage et vous fait penser en voyant ces quatre nanas débordantes d’énergie et d’optimisme que la fin d’un système capitaliste pourri jusqu’à la moelle est à portée de main ! » Publié le 11 mai 2011 »


« Utopia, un cinéma alternatif, une entreprise comme les autres »

Gael Cerez, Mediacités, 1 mai 2018

Chercheur au CNRS et auteur d’un ouvrage consacré au réseau de cinémas d’Art et essai Utopia, Olivier Alexandre analyse le malaise social au sein des salles obscures toulousaines.

Quelle est la place des cinémas Utopia dans le paysage cinématographique français ?

Utopia est considéré comme une réussite exemplaire au sein du secteur. Le cinéma français, ce sont les stars, Cannes, les Césars, et au‐delà, tout un écosystème de professionnels qui fait vivre les films au jour le jour. Utopia y occupe une place à part, essentielle pour certains films, que le réseau met en avant des mois durant, ce qui lui vaut la reconnaissance et le respect de tout le métier. Partis de rien dans les années 70, les fondateurs d’Utopia Anne‐Marie Faucon et Michel Malacarnet sont devenus des références. Dans le même temps, ils suscitent régulièrement de l’agacement, parce qu’ils n’hésitent pas à donner leur avis, à prendre des positions fortes, voire à faire la leçon sur le cinéma et d’autres sujets liés à la vie de la cité. Cette position les expose à des critiques   et à quelques contradictions.

Lesquelles ?

Anne‐Marie Faucon, Michel Malacarnet et les autres figures historiques d’Utopia ont été longtemps dans la débrouille et une logique de survie. Des années durant, l’existence de ces cinémas a été rendue possible par leur engagement total, un enthousiasme souvent communicatif pour le cinéma qu’ils voulaient voir et défendre. Ils se sont acharnés à proposer un cinéma différent. Ce dévouement n’est pas si commun, particulièrement si on se replace dans le contexte des années 1980, période de crise générale du cinéma français. L’entreprise porte la trace de cet engagement : l’architecture, la décoration, le style de la Gazette [le journal des cinémas Utopia, NDLR], qui jouent la carte de l’authenticité et de la proximité avec les spectateurs, etc. Dans les différentes salles, il n’y a pas de grades, pas de marques de déférences ou de code vestimentaire imposé. Pourtant, les différences salariales, de rôles, de responsabilités juridiques, d’autorité et de légitimité sont réelles. Les animateurs historiques se retrouvent dans la peau de patrons devant rendre des comptes, prendre des décisions, assurer une continuité de l’entreprise, signer des fiches de paye, se plier au droit du travail et faire respecter des plannings. Leur engagement et leurs valeurs, hérités des années 1960 et 1970, se heurtent parfois à ces impératifs de gestion. En résultent des incompréhensions, des frustrations et dans certains cas des conflits plus ou moins larvés avec le personnel.

À quel moment situez‐vous la professionnalisation du réseau Utopia et ce passage à un esprit d’entreprise ?

Il faudrait s’accorder sur le terme de professionnalisation. De leurs débuts, à l’entame des années 1970 jusqu’au début des années 1990, Utopia n’a dégagé aucun bénéfice. Ils ont dû faire face à l’hostilité de nombreux exploitants, à des groupes et associations politisées ne souhaitant pas leur implantation, à des problèmes de fonctionnement lié à une forme d’amateurisme ou de non soutenabilité de leur modèle comme à Paris où ils n’ont pas réussi à s’implanter durablement. La professionnalisation correspond donc d’une part à un apprentissage du métier d’exploitant dans ses différentes dimensions (développer des rapports de confiance avec les distributeurs, savoir défendre un film, tenir une salle, recruter, parfois licencier, développer des relations de confiance avec les élus et le tissu d’associations locales), d’autre part à une forme d’acceptation, voire de reconnaissance du réseau par la filière cinématographique. Ce qui est jugé par certains comme une forme de rationalisation, voire de trahison de leur programme politique originel, est d’un autre point de vue l’histoire d’une réussite entrepreneuriale.

Pourquoi ces conflits avec le personnel ?

L’ambiguïté de la trajectoire d’Utopia tient à la professionnalisation d’un cadre originellement anti‐professionnel, à l’institutionnalisation d’un cinéma anti‐institutionnel, et à la reconnaissance durable d’un outsider absolu. Les contradictions entre un message très progressiste, humaniste, désintéressé et la réalité d’une entreprise en partie verticale et contraignante ont pu alimenter une forme d’usure chez certains de leurs salariés. Au‐delà de la structure, elles appellent la critique de tous ceux ayant le sentiment que la promesse d’Utopia, celle d’une entreprise différente, n’est pas complètement tenue, qu’elle est trahie, et leur confiance avec elle. L’image d’un cinéma alternatif laisse alors la place à celle d’une entreprise comme les autres. Le désenchantement est d’autant plus brutal et cruel que le réseau porte un discours moral et engagé. Chez Amazon ou McDonald’s, les salariés s’attendent à une forme de violence au travail et d’agressivité dans les pratiques commerciales. Avec Utopia, les employés et les spectateurs se tournent vers une entreprise qui revendique une conscience politique forte. Cette dernière fait la force, le charme d’Utopia aux yeux de ses défenseurs. Mais sans une exigence et une vigilance quotidiennes sur leurs propres pratiques, elle se retourne en faiblesse en nourrissant le feu des critiques.

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