L’irradiation pornographique du néo-zapatisme

https://propagacionanarquica.noblogs.org/post/2018/01/23/la-irradiacion-pornografica-del-neozapatismo

 —A la mémoire du camarade Joël Fieux, et de tant d’autres victimes du porno révolutionnaire.[2]

Le beau n’est ni l’enveloppe ni l’objet caché, mais l’objet dans son voile. Le dévoiler  serait infiniment insignifiant.

Walter benjamin

À la fin du siècle dernier, l’imposition du néolibéralisme par le sang et par le feu annonçait la  » fin de l’histoire  » et prédisait le destin manifeste de l’humanité avec l’avènement d’une cosmogonie irréfutable fondée sur la liberté des entreprises et des marchés, dans la démocratie parlementaire et la  »  globalisation  » capitaliste. Il nous restait seulement à espérer – sans soubresauts majeurs – l’expansion écrasante de son empire définitif. Au milieu de ce récit adverse, l’insurrection des  » sans-visages  » (sinrostro) [le 1er janvier 1994], pointant du doigt tout ce qu’il y avait de pourri au sein de cette nouvelle panacée, fut un rappel nécessaire. Emis depuis l’improbable et reculée jungle lacandone (Selva Lacandona), elle prévenait, sans préambule et à tue-tête, que rien n’avait arrêté le cours de l’histoire et que les exclus continuaient leur lutte sur le chemin de la guerre contre la domination. Ils en attestaient  avec une force historique, dépassant de loin l’éphémère  » fin de l’histoire « .

L’irruption de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a suscité une grande fascination parmi les philanthropes de toutes les couleurs dès les premiers instants de cette matinée inaugurale de 1994. L’irradiation pornographique du néo-zapatisme a rapidement provoqué une sorte de coaction iconique qui a commencé à se répandre par contagion, déchaînant une épidémie virale qui a inondé les réseaux télématiques d’hypercommunication anesthésique. Le soi-disant  »  mouvement anarchiste  » n’est pas resté hors de sa portée, se donnant corps et âme pour cultiver l’admiration et la solidarité. Ce  » mouvement anarchiste « , précaire et incolore, ne s’était pas encore remis en ce mois de janvier de l’énorme ivresse produite par l’implosion retentissante de son archi-ennemi historique : le  »  socialisme réellement existant  » ou capitalisme d’État. Les précarités de ce  » mouvement  » l’empêchaient de profiter de conditions favorables face au champ particulièrement fertile laissé dans son sillage par l’hécatombe soviétique et la confirmation tant attendue de toutes les thèses anarchiques ancestrales. L’absence de couleur, par ailleurs, l’avait empêché de s’approprier l’historicité concrète dont il faisait partie, empêchant le nécessaire renouvellement théorico-pratique et l’innovation correspondante d’un modèle d’organisation et d’action cohérent avec l’époque.

Le  » mouvement anarchiste « , dépourvu de paradigme, se jeta aux pieds de l’EZLN, laissant les effets narcotiques de l’hypercommunication anesthésique, accompagnés d’une généreuse dose de vaseline, remplir leurs objectifs. Cependant, il serait injuste de ne pas nuancer cette affirmation et de continuer à masquer les exceptions honorables qui ont élevé leurs voix critiques dès les premières tentatives de pénétration. Ce fut le cas de Charles Reeve, Sylvie Deneuve, Marc Geoffroy et notre compagnon Massimo Passamani, entre autres. Ainsi, en passant par Montpellier à la mi-1995, il est arrivé entre mes mains leur opuscule « Au-delà des passe-montagnes ». A ma grande surprise, ce ne serait pas le seul manuscrit critique que me feraient parvenir les compañeros européens.

A Brescia, en Italie, on me remettait aussi un document d’un auteur anonyme et, à la fin de mon exposé à l’École polytechnique de Thessalonique en Grèce, encore un autre. Celui-ci était en anglais et me fut donné par ses propres auteurs : un jeune couple qui ne cessait de dénoncer les divagations nationalistes de l’EZLN, la claire intention sociale-démocrate de ses discours et le fort alignement hiérarchique qui caractérisait sa structure. De retour à Barcelone, dans son appartement chaleureux, Diego Camacho (Abel Paz), le vétéran combattant anarcho-syndicaliste de la CNT-AIT m’interrogeait à nouveau autour des mêmes sujets, soulignant la formidable folie que nous commettions en nourrissant ces délires léninistes au lieu de renouveler notre échafaudage théorico-pratique et de reconstruire le « mouvement ». Au moment de nous quitter, après avoir fulminé contre les restes de l’exil cénétiste au Mexique, il reprenait le thème néo-zapatiste, posant sa sentence tout en souriant : « Gamin, je te dis la même chose que j’ai dit à Iñaki qui est devenu son ambassadeur à Barcelone : ce Marcos est une bouffonnerie et les zapatistes ont d’anarchiste ce que mes couilles ont de catholiques. » Un an et deux mois plus tard, j’ai pu vérifier la véracité de sa condamnation.

Mais, ce serait malhonnête de ma part de continuer avec ce texte sans entonner le mea máxima culpa du confiteor. À ce stade, cela vaut la peine de nous accorder la licence d’une petite parenthèse et de rendre publique ma  » grande faute  » : même s’il est vrai que tout au long de cette tournée j’ai rencontré d’innombrables critiques, la raison de notre mission en Europe était de jeter les bases du « soutien critique » au néo-zapatisme à l’intérieur de nos boutiques et de bâtir les fondations des liens historiques entre anarchisme et zapatisme. Il suffisait de dépoussiérer Ricardo Flores Magón et le scénario du nouveau feuilleton révolutionnaire serait prêt pour la scène.

La solidarité libertaire – à chaque fois de moins en moins critique – a commencé à couler dans les tuyaux. Les collectes de fonds ont été abondantes et sont allées directement sur les comptes destinés à cet effet, qui se sont ajoutés aux fortes donations des partis politiques, des fondations, des associations d’aide humanitaire, des ministères, des municipalités, des eurodéputés, sans oublier une ex première dame sociale-démocrate [Danielle Mitterrand], tous ont donné de l’argent pour notre butin solidaire. De notre côté, et avec un soutien exclusivement libertaire, nous avons ouvert les portes dans des conditions précaires du Camp de Solidarité Directe « Martyrs de Chicago » en plein cœur de la jungle Lacandon. Nous avons considéré qu’avec la coopération directe des camarades internationalistes nous pouvions donner une continuité au projet de la Fédération Anarchiste Révolutionnaire « Love and rage » (Federación Anarquista Revolucionaria Amor y Rabia)[3], qui impulsa une école anti-autoritaire (l’École Anti-Autoritaire « Primero de Mayo » de Santa Rosa El Copán, municipalité de Las Margaritas) et la Maison de la femme (Casa de la Mujer) « Margarita Ortega » dans la même ville selvatique.

Très vite, les contradictions abyssales germèrent. Les orientations et les objectifs de l’EZLN et les fondements théoriques et pratiques de l’Anarchie n’avaient pas le moindre point de rencontre. Nous avons commencé à voir – même si tout le monde ne voulait pas le voir, et encore moins l’accepter – les privilèges de la hiérarchie militaire et le contrôle autoritaire qu’ils exerçaient sur la population, expulsant des communautés et dépossédant de leurs terres ceux qu’ils considéraient comme
 » désaffectés  » et, décidant en toute impunité [de contrôler] la libre circulation de la population, en arrivèrent jusqu’à leur interdire l’accès aux centres de santé. De même, le recrutement forcé, le recours à la privation de liberté et les abus constants, les châtiments corporels étaient des événements quotidiens. A cette époque, la corruption imminente qui ravage aujourd’hui leurs fiefs a commencé à se vérifier, facilitant l’enrichissement du secteur le plus proche de l’élite dirigeante, qui contrôle le monopole des transports, les établissements de distribution alimentaire et l’élevage de bovins et de porcs à des fins d’exploitation commerciale.

Nous avons également pu confirmer la condition et la position des femmes dans les territoires dominés par l’EZLN, au-delà du verbiage discursif et des scénarii mis en place pour la consommation des étrangers dans les Caracoles et les pathétiques  » escuelitas zapatistas  » (écoles zapatistes). Les femmes non seulement n’ont aucune participation à la prise de décision substantielle, mais continuent également d’être subordonnées à l’exercice des rôles traditionnels de genre, en s’occupant de la préparation des aliments, de la lessive, de la garde des enfants et de l’élevage, en plus de la double journée que représente l’appui aux hommes dans les travaux agricoles et la collecte et le transport du bois de chauffage. Pour les soi-disant « insurgéEs », leur condition et leur position sont identiques [à celle qu’elles occupaient avant l’insurrection], bien que cela varie selon le niveau de hiérarchie qu’elles occupent dans la structure politique militaire. Elles ne bénéficiant que du
 » privilège  » de l’accès à l’avortement, contrairement aux femmes [non insurgées] dans les communautés zapatistes qui ne peuvent toujours pas exercer la libre interruption de grossesse, soumises aux stratégies de croissance démographique de l’EZLN et/ou en conséquence de l’imposition de la moraline catholique.

Il devint évident que dans un tel environnement despotique, les critiques ne sont pas admises. À ce moment-là, le sous-comédien[4] Marcos considérait déjà la proposition de faire incursion  dans la farce électorale, profitant de la popularité obtenue avec le soulèvement et de l’offre de candidature présidentielle du  désormais disparu Front Cardeniste pour le Parti de la reconstruction nationale (PFCRN, Partido Frente Cardenista de Reconstrucción Nacional ). Face aux événements, je n’ai pas hésité à exprimer ma critique autour d’un tel opportunisme – typique du plus puissant des disciples de Niccolò di Bernardo dei Machiavelli -, ce qui a immédiatement abouti à mon expulsion définitive du territoire contrôlé par l’EZLN.

La version drolatique qui tentait d’ajouter du folklore à de tels abus d’autorité ne manqua pas d’arriver et le bruit se répandit que mon expulsion avait été motivée par ma constante « indiscipline » parmi laquelle se détachait la goutte qui faisait déborder le vase : m’être fait passer pour le subcomediante lui-même afin de profiter des faveurs sexuelles d’une journaliste-coucou, une de celles qui viennent dans la jungle avides d’exclusivités avec le micro dans une main et la culotte dans l’autre. La vérité est qu’à cette époque, non seulement ils m’avaient expulsé du « territoire zapatiste » (sic.) en m’accusant d’agir « comme les autres politiciens », mais ils avaient aussi emprisonné sous les charges d’ « outrage » et de « désertion » Matt M., membre de la Fédération Anarchiste Révolutionnaire Amor y Rabia, escomptant le silence complice des « compagnons » de l’organisation.

Deux ans plus tard, le 23 mai 1998, la Fédération Amor y Rabia se sabordait, avec près d’une décennie d’efforts et un grand bagage théorique et pratique. Lors de la dernière réunion continentale tenue au Hunter College de New York, l’organisation allait se dissoudre après 3 ans d’affrontements irréconciliables entre ses deux principales factions. Les positions aux antipodes se reprochaient mutuellement d’être les  » saboteurs  » du projet. Certains étaient accusés d’être  » anti-organisation « , les autres d’être des maoïstes. Le  » pluralisme révolutionnaire « , postulé comme la bannière de lutte de la Fédération en 1995, s’est révélé comme une stratégie centraliste qui commençait à donner ses effets à moyen terme.

Curieusement, cette stratégie a son origine à San Cristóbal de las Casas, Chiapas, lors du séjour prolongé de certains membres du Comité de coordination de Amor y Rabia. D’abord apparurent quelques analyses favorables aux divagations historiques de la pensée acratique (de la Makhnovchina vers la Plate-forme d’Archinov et l’anarcho-bolchevisme de 1937). Plus tard, se poursuivirent les thèses sur l’importance du  » double pouvoir « , du  » municipalisme autonome « , du  » fédéralisme démocratique « . Et, enfin, la stratégie de la  » ligne de masse  » fut avalisée et les bénéfices du  » Pouvoir Populaire  » (Poder Popular) furent applaudis. Évidemment, ceci signa  la fin de la Fédération.

Au Mexique, les satellites de cette sorte de coup d’État de pacotille, immédiatement suivi d’une purge profonde en expulsant toute dissidence, tentèrent de donner une continuité au travail éditorial sous un autre titre mais peu original. Ses promoteurs se diluèrent l’échec du Front de libération nationale zapatiste (Frente Zapatista de Liberación Nacional), abandonnant à jamais tout projet anarchiste. Cependant, cette infâme manœuvre blanquiste a été enterrée dans l’histoire récente de l’anarchisme continental sous une avalanche de vaseline et une tenace campagne de diffamation qui persiste encore de nos jours.

Comme les compagnons de feu la Coordination Anarchiste Informelle (Coordinadora Informal Anarquista) l’ont bien affirmé : « Le sous-comédien Marcos connaît très bien les bienfaits de la vaseline. »[5]. Cet onguent graisseux évite la douleur et facilite la pénétration. La positivité légère (sans gravité) de la vaseline empêche la négativité du déchirement. Elle enlève toute résistance du réel et la négativité de l’autre. C’est pourquoi le système de domination augmente le processus de positivité de la société et subvertit la production de vaseline en l’incorporant dans le panier de base [du militant].

Peut-être cet excès de positivité, latent dans tous les recoins sociaux, est-il ce qui a empêché de nombreux compagnons de pouvoir expulser du plus profond des recoins de leurs questionnements – et peu importe avec quelle énergie ils poussaient- la longue pénétration qui les envahissait. L’absence croissante de négativité dans nos boutiques [militantes] a produit les distorsions les plus exubérantes, alimentant des propositions  » stratégiques  » et des  » alliances tactiques  » folles et disparates qui commençaient à nous révéler un gâchis théorique-pratique aux proportions défavorables. Peut-être que si ces compagnons, séduits par ces doctrines externes, avaient eu l’occasion d’arrêter l’hyperactivisme inutile qui les accable et d’abandonner, même momentanément, leur « que-fairisme »[6], ils auraient alors eu l’occasion de réfléchir dans une perspective plus anti-autoritaire et donner une réponse énergique à la pénétration brutale dont ils étaient l’objet sans s’en rendre compte.

Baudrillard précise que « Le seul fantasme en jeu dans le porno, s’il y en a un, n’est pas celui du sexe, mais celui du réel, et son absorption, absorption dans autre chose que le réel, dans l’hyper réel […] La dimension du réel est abolie par l’effet de zoom anatomique, la distance du regard laisse place à une représentation instantanée et exacerbée : celle du sexe à l’état pur, dépouillé non seulement de toute séduction, mais même de la virtualité de son image – le sexe est si proche qu’ils se confond avec sa propre représentation : la fin de l’espace perspective, qui est aussi celui de l’imaginaire et celui du fantasme – la fin de la scène, la fin de l’illusion ».[7]

Le manque de distance et l’exposition hyperréaliste annihile toute négativité et annule toute possibilité d’action érotique, laissant place à l’exhibition pornographique, c’est-à-dire à la logique capitaliste où tout est réduit à la marchandise. La destruction de la transgression érotique se consume / s’accomplit dans le porno quotidien de l’irradiation transparente. Cette irradiation dépourvue de lumière – qui ne brille pas mais qui pénètre – qui rend tout transparent. Privée de la luminosité qu’engendre la tension négative, cette absence de lumière empêche la représentation des actions et la libération des passions dans le théâtre du monde. Sur le cadavre de la négativité s’érige aujourd’hui la transparence, c’est-à-dire l’exposition pornographique.

Cette irradiation transparente a transformé l’Armée zapatiste de libération nationale en une pornoguerrilla. La guérilla de la transparence. Une guérilla incolore, dénuée de toute singularité, qui a dit adieu à l’insurrection, renonçant à toute tension négative. Au cours de sa Longue Marche vers la positivisation, l’EZLN a connu une profonde métamorphose qui s’achève dans la domestication absolue qui les moule aujourd’hui dans un nouvel espace de confort, se prélassant dans la dimension du prix. Le néo-zapatisme d’aujourd’hui peut être synthétisé comme la
 » guérilla  » du spectacle, d’où son engagement dans les médias télématiques et l’incorporation récente de la farce électorale à son large menu d’options.

Sans doute, l’aîné des frères Marx avait raison sur la répétition de l’histoire : d’abord comme tragédie, puis ensuite comme farce[8]. Aujourd’hui, la farce se reflète dans de multiples miroirs d’actes pornographiques d’un léninisme postmoderne qui s’est délesté de tous ses fardeaux, jetant par-dessus bord tyrans et bourreaux qui préfiguraient son inexorable destin tragique. Sous les traits de la transparence, de la tolérance, de l’horizontalité, de l’autonomie et du confédéralisme démocratique, ils se préparent au nouveau film en abusant du close up (gros plan) biologique. Quelques changements imperceptibles accommodent le scénario et modifient le lieu de tournage : de la jungle lacandone il se déplace vers les montagnes du Rojava dans le Kurdistan légendaire. L’affiche qui annonce la première du film nous montre un nouveau protagoniste. Dans les avant-premières, n nous laisse voir dans un premier plan avantageux Abdullah Öcalan, posant avec un string ajusté rouge et noir. Un zoom intrépide sur la poitrine nous montre en détail un flambant A cerclé soigneusement tatoué sur un gribouillage délavé qui semble avoir été un marteau et une faucille. Encore une fois, son irradiation pornographique provoque ce genre de coaction iconique qui se propage par contagion, déclenchant une nouvelle épidémie virale qui commence à inonder les réseaux télématiques d’hypercommunication anesthésique. Le « mouvement anarchiste », encore une fois, n’échappe pas à sa portée.

Gustavo Rodriguez.

Planète Terre, 19 mars 2017


Un mensonge mille fois répété devient la vérité

Una mentira repetida mil veces se convierte en verdad -Más que una defensa de un prólogo incómodo», por B.A.

Publié le 2018/03/19

« La liberté de pensée, c’est avoir le droit de dire aux gens des choses qu’ils ne veulent pas entendre »

George Orwell

« Qui a su obéir saura commander »

Devise de la campagne électorale de l’ancien président Díaz Ordaz.

« Les rêves de la raison produisent des monstres »

Aldous Huxley

J’ai décidé d’écrire publiquement les lignes suivantes (après quelques commentaires dans différents forums anarchistes non publics) sur le texte « L’irradiation pornographique du néozapatismo » de Gustavo Rodríguez, prologue inconfortable à l’édition espagnole du livre « Au-delà des masse montagnes du Sud-Est Mexicain » par l’éditeur et distributeur Pensamiento Ilícito.

La citation qui sert de titre à cette tentative d’échange réflexif  (« un mensonge mille fois répété devient la vérité ») est attribuée au chef de la propagande hitlérienne, Joseph Goebbels, reconnu pour l’influence décisive de sa stratégie médiatique sur l’arrivée du Führer au pouvoir et, pour l’ampleur de sa propagande dans la consolidation du régime national-socialiste et de l’identité nazie. Goebbels et Lénine ont tous deux fortement insisté sur l’utilisation « adéquate » des mensonges au-delà des positions éthiques et/ou morales, dans le but d’atteindre un « objectif supérieur » : influencer de manière décisive la conscience des masses. Dans cette perspective, Goebbels a lancé des centaines de slogans publicitaires qui sont devenus des « vérités » à partir de la répétition constante d’un mensonge, tels que « Nous gouvernons grâce à l’amour et non grâce aux baïonnette », alors que la terreur et la violence exacerbée caractérisaient le nazisme.

En gardant la sage et due distance, il faudrait admettre que certains médias électroniques (même « compagnons ») et tel ou tel journal à diffusion nationale, ont collaboré à la diffusion de la propagande néo-zapatiste à travers des slogans écrasants qui ont été répétés » adéquatement mille fois » et qui sont dès lors devenus « vérité », transformant en ennemi public celui qui remet en question ce qui est considéré par avance comme irréfutable. C’est le cas du « gouverner en obéissant » (mandar obedeciendo) néo-zapatiste. Sans oublier le « pour tout le monde tout, pour nous rien » (para todos todo, para nosotros nada) ou, cet autre qui dit : « on se bat pour un monde dans lequel tous les mondes s’emboîtent » (luchamos por un mundo en el que quepan todos los mundos)  et autres slogans construits à partir d’une certaine poétique prétendument indigène et lancés opportunément dans l’arène par le Sub Commandante Marcos, qui sont devenus de véritables jalons contribuant à la désinformation et à la pénétration idéologique du « mouvement », transmutant automatiquement en « mensonge » toute dénonciation de l’autoritarisme néo-zapatiste.

Sans manquer de respect à l’intelligence de ceux qui ont fait des commentaires dans le sens de décontextualiser le discours intrinsèque au texte de Gustavo Rodríguez et qui détournent l’attention en s’échappant sur une tangente au lieu d’en confronter le fondement principal, il convient de préciser un fait indiscutable : le texte est raconté à la première personne à partir de l’expérience directe de son auteur pendant ces années de restructuration néo-zapatiste après l’échec de la tentative de l’EZLN de s’emparer militairement des principales municipalités du Chiapas ; un moment où les indigènes qui ne s’alignaient pas sur le zapatisme ont été « déplacés » de leurs communautés par la hiérarchie rebelle EZLN, et dont beaucoup furent enrôlés, après leur expulsion, sous les drapeaux partisans du PRI, du PAN ou, avec le fil des années, par le parti vert écologiste voire même finirent par créer des groupes paramilitaires.

Malheureusement, chaque fois qu’il est exprimé sans restriction que le néo-zapatisme n’est pas ce qu’il semble, montrant sa véritable essence autoritaire et la réalité à laquelle sont confrontées les soi-disant «communautés rebelles» (même au sein des cercles autoproclamés «anti-autoritaires» ), il s’affronte incontestablement à un fondamentalisme millénaire et religieux qui n’admet aucune remise en cause et s’en tient les yeux fermés à un script préalablement écrit qui se répète ad nauseam. Et bien sûr, comme cela arrive toujours dans ces cas, les hérétiques qui osent remettre en cause le dogme sont attaqués sans distinction : « menteurs », « agents de la CISEN[9]», « agents de la CIA », « contre-révolutionnaires », « traîtres »,
« opportunistes », etc.

Cependant, en tant qu’anarchistes, au-delà des « phobies » et des « philies » manifestées autour de cette organisation (l’EZLN) étrangère à nos idées et à notre pratique, nous devrions nous poser des questions sans fin qui nous aideraient à réfléchir en supprimant tant de toile d’araignée millénariste qui nous empêche de voir. Ici, les questions pourraient se poser précisément autour de ceux qui composent les soi-disant bases de soutien zapatistes. Il serait alors possible d’esquisser comme premières questions :

  • Pourquoi certains groupes indigènes ont-ils rejoint le Néo-Zapatisme dès sa création et d’autres n’ont-ils pas voulu le rejoindre ?
  • Pourquoi y a-t-il beaucoup de groupes indigènes du Chiapas qui n’ont pas voulu rejoindre cette organisation au fil du temps, et même ont rejoint au contraire des entités du Système ?
  • Pourquoi certains continuent de faire partie de cette structure et d’autres ont déserté ? Quelles sont les raisons pour lesquelles ils abandonnent le néo-zapatisme ?

Un deuxième bloc de questions nécessaires devrait porter sur un contexte politique idéologique qui pourrait bien commencer par ces trois questions :

  • Pourquoi le discours néo-zapatiste est-il si changeant ?
  • Pourquoi, s’ils ont pris les armes contre l’État à la recherche de l’instauration d’un régime socialiste à la cubaine, lorsqu’ils ont échoué militairement sont-ils montés dans le bateau « démocratique » des transformations et de la « paix sociale dans la justice et la dignité », en promouvant le Frontisme à travers du Front zapatiste de libération nationale (Frente Zapatista de Liberación Nacional, disparu suite à son échec)  pour sauter ensuite dans la barque de L’Autre Campagne (La Otra Campaña) avec un discours anti-électoral virulent, pour finir maintenant en sautant une fois de plus dans la participation à la farce électorale à travers sa candidate MariChuy, dans une tentative de résurrection en profitant de la plateforme des prochaines élections ?

Toutes les questions précédentes ne mettent-elles pas en évidence le pragmatisme politique de la hiérarchie militaire néo-zapatiste, qui ne renonce pas à l’idée originelle de la prise du pouvoir mais désormais [abandonne la seule option militaire pour adopter une stratégie] « par tous les moyens nécessaires » ?

Bien sûr, je n’ai pas l’intention de répondre au questionnaire précédent dans cette brève invitation au débat, mais je veux laisser ces questions posées pour que nous puissions y répondre collectivement et faire face à tout ce qui implique d’y répondre de manière réflexive à partir des principes acrates. Pour l’instant je vais essayer de poursuivre cette réponse en recontextualisant le texte publié dans certains forums et qui a motivé cet échange.

J’ose affirmer que le texte en question n’a pas été expressément écrit dans l’intention de perturber la tranquillité de ceux qui ont rejoint l’appel de la jungle, déplaçant le tapis idéologique.

Dès les premières lignes du « prologue inconfortable », on voit que la critique n’est pas dirigée uniquement contre le discours nationaliste libéral de l’EZLN (discours évident dans leurs premières déclarations et reconnu dans les Insurgés Indépendantistes, où ils ont laissé clairement voir de manière manifeste que les peuples autochtones n’étaient pas sur leur agenda, mais plutôt, encore une fois, qu’ils furent utilisés comme chair à canon). Il vise aussi le verticalisme même de sa structure militaire. Et il vise aussi quelques lapsus discursifs, qui ciblent également le mouvement anarchiste local et international, ce « mouvement » qui s’est laissé séduire par ces discours qui lui sont extérieurs, diamétralement opposés à ce que Gustavo appelle « l’échafaudage théorico-pratique » de l’anarchisme.

En ce sens, je ne considère pas qu’il soit « agressif » de signaler les points qui montrent ces distorsions du « mouvement anarchiste », pas plus qu’il ne me semble « agressif » de dénoncer les pratiques autoritaires et le verticalisme de l’EZLN du point de vue anarchiste ou exposer la situation à laquelle sont confrontées les communautés autochtones sous leur contrôle dans un contexte connu (car vécu) de l’auteur du texte. Cependant, ce que je considère comme agressif et, même comme une astuce bon marché, est cette vieille ressource consistant à utiliser les disqualifications pour réduire la crédibilité de celui qui expose ces faits. Suggérer indirectement qu’il s’agirait de positions supposées « droitières» et qualifier de menteur quiconque émet des commentaires contraires au discours d’EZ, c’est cela qui est agressif.

J’espère que l’emploi d’adjectifs qualificatifs ne dégénèrera pas plus tard dans la longue liste évoquée ci-dessus, qui se résume presque toujours à l’intangible « agent de l’empire » émanant à l’origine des discours populistes si largement utilisés par les dictatures socialistes (Cuba, Venezuela, pour ne mentionner que les quelques cas en Amérique latine) et répétés jusqu’à épuisement par leurs fanatiques adorateurs. Je me souviens, lorsqu’il y a quelques années nous avons organisé à Mexico une série de présentations avec le compañero Nelson  du journal El Libertario du Venezuela, comment les promoteurs de l’événement ont été cyniquement accusés d' »agents de l’impérialisme» ; ou encore comment le journal pro-zapatiste La Jornada a accusé Gustavo d’être un « agent de la CIA », justifiant son expulsion du pays pour la paternité du livre Que la nuit s’illumine ! (Que se illumine la noche!). J’insiste : j’espère que ce n’est pas là votre stratégie.

Peut-être que je pourrais être accusé de « légaliste » si je n’essayais pas d’exprimer mes propres opinions sur le néo-zapatisme, ou si je ne diffusais pas les réflexions d’autres compagnons anarchistes et si je me limitai à utiliser ce qui a été répandu dans les livres de Carlos Tello et Marco Saavedra, des livres qui sont devenus des best-sellers, grâce à la publicité que Hermann Bellinghausen, le célèbre propagandiste du néo-zapatisme, leur a donné malgré lui. Ce dernier a en effet « censuré » ces livres, arguant qu’ils apportaient un « soutien idéologique » à la contre-insurrection parce qu’ils racontaient la présence de « censeurs idéologiques » supervisant ce que les peuples indigènes du territoire zapatiste peuvent dire sur la situation politique et l’organisation ou, sur les communautés Tojolabales qui ont déserté l’EZLN. Mais je ne suis pas non plus disposé à reproduire les apologies des livres d’Adolfo Gilly et Carlos Montemayor, pour gagner l’acceptation et la reconnaissance « politiquement correcte » de mes propos.

En réalité, l’accusation de « menteurs » est extrêmement faible lorsque mes accusateurs ne font même pas le moindre effort pour démentir avec des contributions qui démontreraient vraiment que ce qui est exposé dans le prologue de Gustavo n’est pas vrai et en se limitant à l’utilisation d’adjectifs disqualifiants et en répétant (à la virgule près) tout ce que la machine de propagande néo-zapatiste, y compris La Jornada, essaie de nous faire croire pour réaliser ses objectifs.

Attention, je ne suis marié à aucune tergiversation idéologique, mais plutôt à la construction théorico-pratique de l’anarchisme, c’est pourquoi nous nous efforçons de générer débat et réflexion au sein de nos cercles à partir de la pratique anarchique actuelle et, précisément pour cette raison , nous nous tenons à l’écart du champ de la confrontation personnelle, en essayant d’entamer le chemin « naturel » (pour ainsi dire) de l’anarchie, un développement qui, précisément, je considère a été interrompu après l’émergence sur la scène politique du néo-zapatisme et son adoption ultérieure sans critique dans nos cercles.

Il ne fait aucun doute que la perception de la réalité est appréciée par chaque individu de manière différente, presque toujours en fonction de la distorsion de la lentille à travers laquelle elle est observée. Ma perception de certains concepts et/ou « lapsus » de l’EZLN, me font me méfier de ses véritables intentions mais, surtout, elles me conduisent à m’inquiéter de la crise théorico-pratique actuelle de l’anarchisme et de l’avenir immédiat de ce « mouvement.  » qui une fois de plus a été entraîné dans des projets avec un agenda et des intérêts propres, étrangers à notre théorie et à notre pratique.

Il faut commencer par réfléchir à ce qui s’est passé récemment dans notre environnement géographique, comme le malheureux livre de Marcelo Sandoval, qui conclut que l’actualisation de l’anarchisme va de pair avec le néo-zapatisme ou le texte de Guadalupe Rivera, qui depuis l’influence tardive du féminisme social-démocrate de Simone de Beauvoir, nous parle de la posture euro-machocentriste des anarchistes mexicains tant à l’époque magoniste qu’aujourd’hui. De même, les rééditions répétitives de textes historiques ne contribuent en rien à la reconstruction théorique-pratique de l’anarchisme dans le 21ème siècle alors qu’il y tant d’autres textes que nous jugeons nécessaire de débattre afin d’avancer non seulement théoriquement mais aussi dans la vie de tous les jours et la lutte quotidienne.

Il est à noter qu’à aucun moment je n’ai affirmé que tous ceux qui sont solidaires sans critique avec l’EZLN sont stupides, aveugles, ni qu’ils  s’obstinent à marcher dans l’erreur. Cela dépendra de l’honnêteté de chacun de ceux qui nourrissent cette solidarité. Cependant, il est incontestable que chacun voit ce qu’il veut voir et au moment où il veut le voir. Souvent, la lentille déformante de l’idéologie nous empêche de voir les arbres même si nous sommes dans la forêt. L’opportunisme conditionne aussi la cécité. Ainsi on trouve de nombreux intellectuels stagiaires et de scribes couronnés de lauriers qui préfèrent ne pas voir pour continuer à téter à la source de leur œuvre, ou encore cet autre punk accoutumé à vendre sa chemise en échange de pouvoir poser pour la photo au milieu du multiculturalisme des Caracoles.

Cette critique s’adresse en réalité au circuit anarchiste et à tous ceux qui ont voulu lire le livre loin des mythes et des dogmes. L’objectif, dans ma considération toute particulière, est d’attirer l’attention sur « les délires continus de l’anarchisme contemporain » et de garder un œil critique sur l’avancée du néo-zapatisme sous le charisme de Marcos et le leadership que le CGI assume aujourd’hui avec sa candidate Mari Chuy. Ma critique se veut un « avertissement » et une « alerte » (termes utilisés par l’EZLN dans ses premières déclarations) à travers du débat et de la réflexion ou, mieux encore, plutôt que d’avertissement ou d’alerte, je préfère utiliser des termes plus anti-autoritaires tels que « avis » ou « prévention » aux anarchistes de marcher prudemment sur les traces du néo-zapatisme, non pas avec l’arrogance des  » éclairés « , comme cela a été souligné dans les commentaires qui ont motivé cette réponse (une autre ressource gaspillée), mais à partir de positions cohérentes avec notre idées et notre pratique. Ceci dans le même ordre d’idée par exemple qu’un « avis » opportun d’une compañera publié dans l’un des forums du circuit libertaire, sur les déviations du soulèvement kurde, avis adressé à tous les compagnons anarchistes désireux « … de se battre au milieu du désert pour une cause dont on ne connait pas encore le fondement mais qu’il est attrayant à première vue, car elle utilise la liberté et l’autonomie comme étendard… ». Ces deux événements (zapatisme et Rojava) se sont nourris d’énergies et de forces libertaires et commencent à compter sur la solidarité non critique du « mouvement », comme le souligne bien le compañero Gustavo dans le prologue en question.

En ce sens, ma critique n’est pas d’une position de confort, mais d’une véritable inquiétude face à la crise théorico-pratique imminente de l’anarchisme contemporain. Je crois que tout est critiquable et que nous faisons tous des erreurs, donc nous devons toujours être critiquables. La critique et, plus encore si elle est anarchiste, est notre meilleur alliée. Nous ne devons pas le craindre mais l’encourager. La critique théorique et la critique pratique sont nos meilleures armes.

En tant qu’anarchiste, je ne souhaite pas contribuer au développement d’un mouvement messianique, et je ne suis pas non plus disposé à le laisser être soutenu au nom de l’anarchisme. Nous ne nous battons pour personne, nous ne déléguons pas nos actions à un ou une porte-parole ou représentant. C’est pourquoi nous hissons le drapeau de l’action directe. Nous luttons pour la liberté comme des compañeros égaux entre eux, sans hiérarchies verticales ni guides éclairés qui répètent un mensonge jusqu’à ce qu’il se convertisse en vérité. C’est pourquoi nous ne croyons pas aux bienfaits ou aux bonnes intentions de la structure néo-zapatiste.

Il semble que dans un effort pour voir les peuples indigènes comme les nouveaux sujets révolutionnaires, de nombreux compagnons perçoivent le néo-zapatisme comme une option. Cependant, si dans leur structure il y a un groupe d’« éclairés » auquel le reste des indigènes délègue le « bâton de commandement » et avec lui la responsabilité de résoudre leurs revendications et pétitions devant le gouvernement (ce qu’ils devraient faire eux-mêmes de manière autogérée à travers l’auto-organisation plutôt que de le déléguer), il nous semble clair que ce « mouvement » a très peu de points en commun (si ce n’est aucun) avec nos conceptions de la liberté et de l’autonomie individuelle.

Enfin, par rapport aux médias libertaires, ma question s’adresse à ceux d’entre nous qui font partie ou se réclament de l’anarchisme : est-il considéré comme idiot de publier un texte qui suscite le débat au sein de nos médias ? Que pensent les anarchistes en général de l’existence d’un large secteur de l’anarchisme qui n’est pas sympathisant de l’EZLN, qui ne soutient pas les thèses du NEOZAPATISME ni les démarches électorales de la candidate MariChuy ?

Considérez-vous comme une erreur d’encourager le débat et la réflexion ? Pensez-vous que nous ne devrions publier dans les médias libertaires que des apologies et des articles non critiques sur l’EZLN, le NEOZAPATISME et tout ce qui l’entoure ?

Il est clair pour nous que les lignes directrices (sans tomber dans les dogmes) pour appartenir au mouvement libertaire sont établies dans les principes reconnus entre les membres eux-mêmes. Parmi ces principes, il y a l’antimilitarisme (mais alors comme le rendre compatible avec l’EZLN et sa structure et sa hiérarchie militaire) et, le rejet de la religion (l’EZLN a sa bannière de la vierge en passe-montagne dans la droite ligne de la bannière de la Vierge de Guadalupe d’Hidalgo lors de la guerre d’indépendance ou avec celle des zapatistes du caudillo del Sur, sans mentionner les implications directes du diocèse de San Cristóbal et d’autres formations catholiques inspirées de la théologie de la libération). Ces points parmi d’autres contribuent à finaliser la déclaration solennelle « NOUS SOMMES ANARCHISTES », laquelle logiquement, implique un questionnement et une confrontation de toute structure autoritaire.

Il semble que de nombreux médias libertaires finissent par devenir de nouveaux porte-parole du néo-zapatisme, comme cela s’est produit à l’époque avec le journal américain Love and rage / Amor y Rabi, qui a fini ses jours comme porte-parole officiel de l’EZLN dans les milieux anarchistes, abandonnant ses projets pour servir de couverture médiatique à un organisme extérieur au mouvement anarchiste et qui disposait pourtant déjà d’une large couverture par les médias d’aliénation de masse, lesquels magnifiaient la vedette de Marcos, faisant de lui le personnage central des interviews, articles, reportages et essais. Aujourd’hui, la structure marketing et communicationnelle du néo-zapatisme est bien plus large qu’on ne peut l’imaginer, dépassant de loin tous les moyens de l’anarchisme international.

Février 2018

B.A.


[1] Ce texte est paru initialement comme Prologue de l’édition espagnole de « Au-delà des passe-montagnes du Sud est mexicain », Editora y Distribuidora Pensamiento Ilícito Mars 2017, México D.F. Avec l’introduction de Massimo Passamani. Traduction de l’édition anglaise (Beyond the balaclavas of South East Mexico Elephant Editions, Londres, 2003.) : Luis Prat, Image de couverture James Bonachea.

[2] Né à Lons-Le-Saunier en 1958, Joël Fieux est mort au Nicaragua le 28 juillet 1986, tué dans une embuscade tendue par la milice d’extrême droite  Contra (contre-révolution). Le jeune Français, titulaire d’un diplôme de micromécanique a aussi une expérience d’imprimeur. Il avait entendu parler de la Croisade d’Alphabétisation au Nicaragua et s’était enthousiasmé. Il s’était engagé dans les rangs du Frente Sandinista de Liberación Nacional (FSLN, Front sandiniste de libération nationale), guérilla qui arborait aussi les drapeaux rouges et noirs et se référait à la lutte du général Augusto Sandino dans les années 30.  Son engagement était tel qu’il avait opté pour la nationalité nicaraguayenne. Le FSLN est actuellement au pouvoir au Nicaragua, où il fait régner un régime dictatorial, pré-fasciste et  corrompu. https://www.franceculture.fr/politique/florence-jaugey-le-regime-de-daniel-ortega-est-devenu-completement-autoritaire-fasciste-d-une-certaine-maniere

[3] Fédération anarchiste nord-américaine, crée en 1991, comprenant des collectifs anarchistes de Chicago, San Francisco, Miami, Atlanta, Toronto, Knoxville et Mexico. Ils publièrent un journal bilingue Love and Rage / Amor y Rabia, jusqu’à leur dissolution en 1998. Ils étaient particulièrement actifs au sein du mouvement antifa, copwatch et du soutien aux zapatistes. Ils se revendiquaient du Plateformisme et de Murray Bookchin. Il s’avéra par la suite que cette fédération avait été initiée entre autre par des ex-membres d’un groupe Trotskyste, la Revolutionary Socialist League, dans une tactique d’entrisme éprouvée. Après la dissolution de la Fédération un certain nombre de groupes rejoignirent d’ailleurs des organisations marxistes léninistes.

[4] Jeux de mot entre le grade militaire de Marcos, Subcommandante (sous-commandant) et sa fonction de subcomediante (sous-comédien)

[5] Voir le texte El Otro Circo y su resplandor cegador –Reflexiones a propósito de la Otra Campaña y su lógica recuperadora (« L’Autre Cirque » et son éclat aveuglant – Réflexions sur l’Autre Campagne et sa logique de récupération, Annexe III).

[6] Jeux de mot basé sur le titre du livre de Lénine « Que Faire », caractérisant l’attitude léniniste et hyperactiviste qu’ont certains militants gauchistes. On peut comparer cela à la tendance « mouvementiste » en France.

[7] Jean Baudrillard, De la séduction, Madrid, Ediciones Cátedra, 2011, p. 34

[8] Karl Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte. La phrase peut être lue en introduction du livre et se lit comme ceci : ««Hegel remarque quelque part que tous les grands faits et les grands personnages de l’histoire universelle adviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.».

[9] Le Centro de Investigación y Seguridad Nacíonal ou CISEN (« Centre de la Recherche et de la Sécurité Nationale »), fondé en 1989, est le principal bureau du renseignement du gouvernement mexicain. Il est chargé de l’acquisition du renseignement (notamment par l’espionnage) et de la plupart des opérations clandestines effectuées hors de ce pays

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