Contre le réacteur de 3ème génération

mercredi 9 août 2006

Dans le cadre du 20ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, une manifestation contre la construction de l’EPR, a eu lieu le samedi 15 avril 2006 dans le Cotentin. Nous avons assisté, comme d’habitude, à une énième bagarre de chiffres : 2 500 pour la police, 30 000 suivant les initiateurs. Voici l’état du rapport de force des divers courants idéologiques dans la manifestation : la principale composante était les Verts, suivi des alter-mondialistes (associations de militants écolos et d’Attac…). Les « nanars » de tout poil (Alternative libertaire, Fédération anarchiste, No pasaran, …) assurèrent également leur présence ; elle demeura relativement modeste au vu de la réalité numérique du cortège (entre 100 et 130 personnes) mais fut épaulée par la présence de deux camions sonos. Celui d’AL n’a pas cessé de pousser le volume sonore à son amplitude maximale pour couvrir celui de la FA… On se croyait dans une énième kermesse syndicale spectaculaire. Cela fut extrêmement risible. La “Coordi-nation contre le nucléaire” et son monde mortifère n’a groupé que peu de monde derrière sa banderole. Quant à la CNT-AIT, nous étions là, en forme. Drapeaux rouges-et-noirs déployés dans le vent malgré l’omniprésence d’une pluie battante, nous avons sillonné la manifestation en distribuant notre tract et en entonnant quelques slogans, dont un fut même repris par un groupe de reggae : »Si les déchets sont sans danger, enfouissez-les à l’Élysée ! » La mobilité si chère à Deleuze s’est révélée à nous de manière spontanée ! Quelques-uns uns d’entre nous se rendirent ensuite au “Village autogéré”.

Cette manifestation nous donne l’occasion de rappeler, autour de la question du nucléaire, quelques aspects qui structurent le capitalisme et que les contestataires de la néo-gauche semblent refouler. Tout d’abord, rappelons que la promotion du nucléaire résulte de la conspiration pour qu’un impérialisme (en l’occurrence, celui des USA) triomphe de l’autre (à l’époque, celui du bloc communiste) et soit ainsi en mesure de sécuriser l’extension de ses marchés, de pérenniser son taux de profit et d’éviter un scénario du type « crise des années 20 ».

Ajoutons que, faute d’un changement radical de société, l’extension du nucléaire civil est loin d’être achevée. Actuellement, les USA assurent, grâce au nucléaire, 20,1 % de leur production d’électricité. Ils prévoient de renouveler leur parc (constitué de 69 centrales à eau pressurisée et 34 centrales à eau bouillante), et d’enterrer le moratoire en vigueur depuis 1973.

Au niveau militaire, c’est la même chose. On distingue actuellement : 1/ Les puissances nucléaires majeures (USA : 7 500 têtes nucléaires, Russie :8 200), 2/ Les puissances nucléaires moyennes (Grande-Bretagne : 200, France : chiffre non connu, Chine 400), 3/ Les puissances nucléaires faibles (Pakistan : 24 à 48 Inde : 30 à 40), 4/ Les puissances nucléaires supposées (Israël : selon ses services de renseignement US : 82 têtes, Corée du Nord : 1 à 2 têtes …). Mais il ne faut pas oublier que des pays comme la Libye, l’Egypte, l’Irak, l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Argentine, etc. sont (ou ont été) soupçonnés de mettre en place un programme de recherche nucléaire.

Le nucléaire est donc actuellement un oligopole. Il contribue au maintien d’un ordre capitaliste mondial qui repose sur la division hiérarchique des territoires (les blocs impérialistes et ses vassaux) et des ensembles sociaux (les classes). Mais, l’extension continuelle du capitalisme se confronte aujourd’hui à une problématique de taille, provoquée en grande partie par l’épuisement des ressources énergétiques. Cette situation est susceptible de raviver des tensions entre les différents blocs impérialistes, certains pourraient, en ayant recours au protectionnisme, choisir de privilégier des intérêts nationaux au détriment d’une fonte dans un capitalisme transnational (dont l’aboutissement est la mondialisation).

Autre point à débattre : il est de bon ton d’entendre, chez les contestataires de la néo-gauche et même chez les radicaux le slogan suivant : « Arrêt immédiat du nucléaire », accompagnée de l’idée que toutes les autres choses pourraient rester comme elles sont. C’est là une pure incantation. Car l’arrêt immédiat du nucléaire entraînerait un bouleversement du mode de production capitaliste et du mode de consommation. C’est pourquoi, il ne peut exister de lutte anti-nucléaire qui soit opératoire sans un assujettissement au principe de la lutte des classes. L’angle d’attaque idéologique doit donc se fixer à la critique du travail salarié, cette « valeur primordiale » du système par laquelle l’individu se retrouve conditionné sur tous les plans de son existence : dressage du corps, spirale infernale de la capitalisation de l’existence par le crédit (voiture, maison, home-vidéo, …) créant un sentiment de manque, de frustration obsessionnelle et une perte d’appréhension du réel.

Une critique de l’idéologie bourgeoise (et l’idéologie du nucléaire en relève), même conceptuelle, existentielle, ample et consistante incluant son système politico-économique (l’État et le capitalisme) ne peut se suffire à elle-même sans la constitution d’un puissant rapport de masse. Cela présuppose de définir une idéologie subversive capable d’incarner une authentique utopie sociétale (économique, politique, éthique…) à l’échelle de l’imaginaire collectif. Pourquoi pars le Communisme libertaire ?

MCQFD

Tiré du journal n°96, par la CNT-AIT de Toulouse

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