UTOPIA : COURRIER DE SPECTATEUR SOLIDAIRE

Le Combat Syndicaliste Midi Pyrénées, Février Mars 2007, numéro 99

Jeudi 1er février, mes camarades et moi-même, assistions à la séance d’un film consacré à Action directe, projeté au cinéma Utopia de Toulouse. Après la projection, au moment des débats j’étais posté en fond de salle. J’y distribuais le tract figurant ci-après. Les réactions ont été vives, pour ne pas dire violentes. Très vite on me priait de «dégager ». Lorsque la première voix hostile se fit entendre, on mesure avec quelle lâcheté d’autres voix jusqu’alors contenues se sont jointes à un concert de réprobations que le sens démocratique et le courage réprouvent.

J’ai pu à cet instant comprendre le sens qui est donné au mot « meute », de laquelle deux voix féminines manifestement plus ouvertes d’esprits et ne craignant pas se disjoindre du troupeau de quelques cinq, six braves, m’invitaient à m’expliquer. Ce à quoi je ne pouvais consentir sans troubler les débats sur Action directe. Je m’y refusais donc. A demi-mot, dans l’encoignure d’une porte, on me fit entendre qu’on avait envie d’en découdre, puis plus ouvertement on m’arracha un tract des mains et me le jeta au visage. Lorsque, devant tant d’hostilités, je me décidais à disposer des arguments qui ne figuraient pas sur le tract, mais y étaient largement suggérés, supposant qu’on ne savait peut-être pas bien lire, j’eus le sentiment qu’on voulait me rosser.

Il est vrai, je prenais la peine de dire que depuis plus de dix ans, Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon avaient souvent évoqué le problème de la précarité. A ce titre je voyais mal comment on entendait débattre d’Action directe dans un lieu où, si évidemment, les propriétaires maintiennent leurs salariés dans la précarité ou les y envoient par le licenciement lorsque certains s’opposent à leurs méthodes. Il faut le croire, de telles vérités, si évidentes portent à la violence la plus primaire dans un lieu où l’on se fait fort d’en appeler, pourtant, aux vertus du dialogue. On voit sans peine ce qu’il en est.

Une partie des réactions désagréables a pu être suscitée par la méfiance. On se demandait d’où je parlais. En vérité cela importe assez peu, l’essentiel de ce qui devait se dire était exprimé dans le texte. Merci à mes camarades présents de l’avoir prolongé en suscitant le débat puisque la question d’Utopia fut évoquée. Comme je m’y attendais le débat a d’ailleurs été pour une large part occulté, c’est pourquoi je n’ai pas souhaité prendre la parole comme des spectateurs m’y invitaient. Les tribunes sont souvent des pièges, elles ont l’apparence démocratique du « cause toujours » et restent, en tous les cas, sans effets réels. Ainsi l’un des débatteurs proposait aux salariés de venir s’exprimer. Cette fausse naïveté me confirmait dans mon sentiment. Point, non plus, d’invitations adressées aux gérants d’Utopia à venir s’en expliquer, comme le suggérait une de mes camarades.

Le désespoir en agace plus d’un. Les quelques salariés qui sont restés sur place s’accrochent à la précarité de leur situation. Pour pathétique qu’en soit réduite leur lutte dans un lieu où l’on prétend volontiers être politisé, on se range bien plus opportunément au côté d’un exploiteur dont on tire une poignée de sous, qu’au côté d’un homme esseulé, tenterait-il de provoquer un débat authentique et d’y trouver des alliés. Ceux-là ont, il est vrai, une énergie à dépenser et ils entendent le faire, parfois de manière violente, pourvu qu’ils aient à portée de main un homme esseulé, de préférence à des flics, certainement mieux armés et plus nombreux. Surtout si l’homme esseulé met sur la schize le doigt et leur suggère qu’ils ne feront pas l’économie de la vérité s’ils entendent combattre le capitalisme.

Mais peut-être, spectateurs ou salariés, venaient-ils simplement assister entre ami ou convier à une séance de cinéma ?

La rédaction de Taputaki Migila

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