RAPPEL AUX SPECTATEURS DU CINEMA LES CARMES D’ORLEANS (2004)

Article publié le 1er juillet 2004,
http://www.associations45.ras.eu.org/article.php3?id_article=247

« Si pour les spectateurs le cinéma Les Carmes est avant tout un lieu culturel, pour nous, il est devenu avant tout… une entreprise. « … 2 SALARIÉS DES CARMES DONNENT LEUR POINT DE VUE SUR LES DIFFICULTÉS DE CE CINÉMA

Nous sommes 2 salariés du cinéma des carmes, et voyons un débat public s’ouvrir autour de l’avenir de ce lieu, et de cette entreprise qui nous emploie. Tous les jours nous venons travailler alors que nos emplois sont menacés et que nous sommes dans l’incertitude depuis 2001. Nous apprenons les rebondissements de ce que nous vivons au quotidien par les médias ou par des spectateurs. En marge des positionnements de chacun(e)s délivrés par des articles dans la République du Centre, des affichages dans le hall du cinéma ou des messages sur les forums d’orleanscity, nous souhaitons apporter – hors de tout règlement de compte – des commentaires sur ce que nous vivons, sur la réalité et le devenir d’un projet d’ensemble qui nous motivait. Que veulent vraiment défendre les spectateurs et/ou l’association Citizens Carmes dont le but est (selon ses statuts) de « servir de relais et de médiateur entre l’ensemble des spectateurs du Cinéma, d’une part, et l’équipe des Carmes, d’autre part, ainsi que de liaison entre tous les spectateurs » ?

CEUX QUI SAVENT EN TOUTE « CONFIDENTIALITÉ » … ET LES AUTRES

Dans le feuilleton « la vie et survie du cinéma les Carmes », nous savons que beaucoup se présentent désormais comme les « sauveurs » de cette entreprise (Citizens Carmes dans sa lettre d’infos n°30, le Maire d’Orléans dans La République du Centre du 5 juin), et ils acquièrent ainsi et selon eux toute la légitimité pour devenir les vrais interlocuteurs afin de « sauver », une nouvelle fois, le cinéma des Carmes.

Citizens Carmes tient à souligner qu’elle « reste en contact avec la mairie« , et qu’elle « pourra(it) soutenir et accompagner » un projet suffisamment viable pour être une alternative à la vente des murs du cinéma au supermarché discount. Si des spectateurs ont des idées, ils doivent les présenter à Citizens Carmes puisque cette association est devenue incontournable. Incontournable, hier pour le directeur du cinéma et aujourd’hui, pour la mairie. La lettre d’infos (n°37) de Citizens Carmes indique qu’elle souhaite organiser « une réunion publique d’information et de débat avant les vacances » (les vacances de qui ? Si les adhérents partent en vacances, les employés seront à leur travail pendant ces mois d’été pour que le cinéma reste ouvert et accueille le public). Qui fait tourner le cinéma des Carmes au jour le jour depuis son ouverture en novembre 1999 ? Est-ce le (simple) employé ou les membres de Citizens Carmes ? Si ces derniers revendiquent la lutte, l’engagement, le soutien à la culture sur Orléans, les salariés du cinéma sont eux aussi des spectateurs (des films et des événements) qui aimeraient pouvoir s’investir et répondre en leur nom sans devoir passer par ce hobby associatif dont l’objectif principal est… de voir des films en VOST.

Une des motivations de l’association Citizens Carmes est, désormais, « d’appeler solennellement les autorités publiques à prendre en compte dans cette opération le devenir des salariés des Carmes en termes de maintien de leur emploi ou de reconversion » (point 3 de « l’appel du 15 juin »(sic) de Citizens Carmes) Nous notons que le devenir professionnel des salariés se place en dernière position dans la hiérarchie des priorités de l’association. Personnellement Nous ne demandons rien « aux autorités publiques« , et encore moins à l’association de spectateurs qui -après 3 ans d’activité- décide de se préoccuper de nous, du « maintien de notre emploi » ou « de notre reconversion« . Sur le forum internet nous apprenons que les membres de Citizens Carmes sont « tenus à la confidentialité sur les informations dont ils disposent » mais « imaginent que cela peut paraître frustrant pour un spectateur qui est attaché à ce Cinéma et qui craint pour sa survie« . « Frustrant » ? Peut-on qualifier comme tel cette rétention d’informations pour des spectateurs qui veulent sincèrement aider le cinéma et pour des employés qui craignent la perte de leur emploi.

Avant la promesse de vente au supermarché, l’attitude et le discours de Citizens Carmes ont toujours été de privilégier comme interlocuteur, le directeur du cinéma… et réciproquement. La direction du cinéma a donc favorisé l’omniprésence de Citizens Carmes. Certaines informations ont été d’abord transmises à Citizens Carmes avant d’être divulguées aux employés. Ainsi le 17 novembre 2003, c’est par des affiches dans le hall du cinéma que les employés prennent connaissance de l’initiative lancée par Citizens Carmes et la direction du cinéma « une 4ème salle ou plus rien » (avec souscription de carreaux à la clé)… Aujourd’hui cette opération est abandonnée. Pourquoi ? Sommes-nous au stade du « plus rien » ? Nous, employés, nous sommes dans l’incapacité de répondre à cette question… mais il ne faudrait surtout pas gêner « la confidentialité » -les tractations ?- de Citizens Carmes avec « les autorités publiques » ? Par contre cette association demande aux caissier(e)s du cinéma de rendre l’argent aux souscripteurs… D’un côté il y a ceux qui savent, qui négocient en secret et de l’autre il y a les employés, juste bons à appliquer les directives des premiers, devenus des bénévoles d’une association… dont ils ne sont pas membres.

ENTREPRISE (CULTURELLE) ET « DRÔLES » DE MOYENS

Si pour les spectateurs le cinéma Les Carmes est avant tout un lieu culturel, pour nous, il est devenu avant tout… une entreprise. Nous aussi nous avions choisi de défendre un projet d’ensemble : sa programmation subjective, ses débats ouverts au public, son partenariat avec des associations, ses expositions et son « accueil différent« … Mais quels moyens la direction s’est-elle donnée pour réaliser ce projet initial d’action culturelle ? Peut-on parler d’un projet « original » encore actuellement lorsque les conditions de travail des salariés se sont dégradées depuis 4 ans ? Si notre directeur précise « que la qualité du service va forcément baisser » (République du Centre 11 juin), il omet de dire que le projectionniste est devenu le midi un projectionniste-caissier-agent d’accueil et que les simples heures d’accueil ont constamment diminué depuis l’ouverture du cinéma.

En même temps, « on » nous dit que l’ouverture d’une 4ème salle aurait permis d’ « augmenter le nombre d’entrées » « sans charges supplémentaires » , cela veut donc dire qu’il n’y aurait pas d’heures en plus pour les 7 salariés (sur 9) à temps partiel pour des activités d’accueil et de vente supplémentaires. Un internaute, Stéphane L., souligne sur un des forums d’orleanscity : « sorte de no man’s land, l’accueil des Carmes est froid et ne propose rien de plus qu’un cinéma « commercial » (…) Ils (le personnel) sont derrière la caisse, point ! Pas de possibilité de s’asseoir pour prendre le temps de lire le programme et de se laisser tenter. Un bar sans personne derrière, c’est morbide !« . En somme, le cinéma Les Carmes se donne-t-il les moyens humains, d’organisation et de gestion pour se différencier d’une autre salle ?

Au cinéma Les Carmes, tout est à l’image de ce qu’est La Belle Équipe, titre éponyme du programme du cinéma, qui n’est qu’une malencontreuse référence au film du Julien Duvivier. C’est un journal, qui jusqu’au numéro 16 publiait les noms des employés, donnant ainsi l’illusion d’un lieu animé par les motivations communes et l’implication des salariés, qui formeraient un collectif : « La Belle Équipe », alors que les choix de programmation et d’animation du cinéma sont réservées à la direction de l’entreprise. Certains décident, les autres exécutent. Dans le dernier numéro de cette Belle Équipe (le n°94), nous découvrons – comme les spectateurs – que l’édito est signé « Luc Engélibert et la Belle Équipe »… mais comme nous n’avons absolument rien écrit de cet encart, nous en déduisons que « La Belle Équipe » s’incarne bien en la seule direction de la société Eden Carmes.

Le cinéma Les Carmes a aujourd’hui pris une autre dimension. Il a dépassé sa dénomination d’entreprise privée pour se hisser au rang de « symbole de résistance culturelle » qu’il faut sauver, à tout prix, pour montrer qu’un des bastions de l’ « anti-néo-libéralisme » tient encore et contre tout. Mais au bout du compte, le spectateur orléanais ne défend qu’une image : il plaide pour des films « différents » (à petit budget, étrangers, en VO), et pense résister à l’uniformisation marchande de la culture. Le spectateur réagit ici en simple consommateur de films, il défend une idée généreuse et plaisante, pour certains gratifiante, (défendre David contre Goliath) sans s’interroger sur les conditions de sa réalisation. Et il y a pourtant chez des spectateurs autant d’ardeur et de sincérité à défendre le cinéma les Carmes aujourd’hui qu’au départ nous avions de motivation pour animer ce lieu. L’avis des employés ce n’est pas du cinéma…

2 [puis 3] salarié-e-s du Cinéma Les Carmes.

2 SALARIES DU CINEMA LES CARMES D’ORLEANS SONT EN GREVE CE MERCREDI 28 JUILLET

Article publié le 1er août 2004, http://www.associations45.ras.eu.org/

A partir du 28 juillet, le cinéma prend ses quartiers d’été et réduit considérablement son nombre de séances : une en début d’après-midi et, après une coupure, deux séances en soirée. Cette réduction d’horaires devait au départ de permettre aux salariés de prendre des vacances sans faire appel à des remplaçants saisonniers. Cette mesure d’économie pourrait tout à fait se comprendre et être acceptée par les salariés si elle ne se faisait aujourd’hui à leur détriment.

AUJOURD’HUI MERCREDI 28 JUILLET 2 SALARIÉS DU CINÉMA LES CARMES SONT EN GRÈVE

A partir du 28 juillet, le cinéma prend ses quartiers d’été et réduit considérablement son nombre de séances : une en début d’après-midi et, après une coupure, deux séances en soirée. Cette réduction d’horaires devait au départ de permettre aux salariés de prendre des vacances sans faire appel à des remplaçants saisonniers. Cette mesure d’économie pourrait tout à fait se comprendre et être acceptée par les salariés si elle ne se faisait aujourd’hui à leur détriment. En effet pour la première séance de l’après-midi il est prévu que le projectionniste, en plus de sa fonction d’opérateur, devra assurer seul la caisse et l’accueil du public, gérer les possibles venues de centres de loisirs (un courrier spécifique vantant la programmation jeune public vient de leur être envoyé ), vérifier les salles, remonter la caisse… Parallèlement des caissières n’étant présentes au cinéma que pour les deux séances du soir, devront plusieurs heures à l’entreprise… à la rentrée de septembre. Il s’agit là d’une véritable dégradation de nos conditions de travail, tant pour les salariés que pour le service offert au public (… pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique de réduction de présence dans l’entreprise, et laisser le projectionniste faire aussi seul la première séance du soir ???!!).

Nous demandons donc pour ces trois semaines où le cinéma n’offrira que trois séances quotidiennes que :

– le projectionniste ne fasse pas la caisse pour la première séance de l’après-midi,

– la caissière prenne son poste pour toutes les séances.

Notre double revendication n’ayant pas obtenu satisfaction, nous nous déclarons en grève à partir de ce mercredi 28 juillet.

2 salariés du cinéma les Carmes
salariescarmesenlutte@no-log.org


SUITE ET FIN DE GREVE AU CINEMA LES CARMES

Article publié le 2 août 2004 http://www.associations45.ras.eu.org/

On nous a reproché de sous-estimer les difficultés financières du cinéma, que ce n’était pas le bon moment d’entamer une crise (sociale) au sein d’une entreprise dont la pérennité n’est pas assurée : nous aimerions savoir alors à quel moment nous devions nous “plaindre” ?

Ce jeudi soir 29 juillet, nous arrêtons notre mouvement de grève entamé le mercredi 28 juillet au matin et reprenons notre travail ce vendredi 30 juillet 2004.

Nous avons trouvé un accord avec la direction du cinéma et obtenu en partie satisfaction sur notre double revendication.

Pour le projectionniste en grève, une caissière-agent d’accueil sera présente lors des séances de l’après-midi qu’il assure. Pour la caissière en grève, elle devra 5 heures au cinéma… qu’elle rendra lors de la première semaine de septembre et en une seule fois.

Nous regrettons cependant que la revendication que nous jugions collective ne puisse s’appliquer finalement qu’aux salariés grévistes, et qu’il y ait eu, pour sortir de ce conflit, un traitement individuel des problèmes soulevés. Notre mouvement de grève a aussi souligné au bout de plus de 4 ans de présence au cinéma, un manque de dialogue avec la direction. Après les sacrifices accumulés et consentis par les salariés pour le bon fonctionnement de l’entreprise, l’organisation du travail proposé pour cet été (du même type que celui de l’été 2002 et 2003, et que nous avions à l’époque accepté) aura été l’élément déclencheur de ce mouvement.

Nous pensons avoir aussi posé plusieurs questions sur le fonctionnement du cinéma les carmes, et d’un cinéma d’art et d’essai en général :

On nous a reproché de sous-estimer les difficultés financières du cinéma, que ce n’était pas le bon moment d’entamer une crise (sociale) au sein d’une entreprise dont la pérennité n’est pas assurée : nous aimerions savoir alors à quel moment nous devions nous “plaindre” ? et faut-il tout accepter quand une entreprise a des difficultés ?

On nous a aussi reproché de méconnaître voire d’ignorer la spécificité attendue de fonctionnement d’un cinéma d’art et d’essai, d’une entreprise indépendante, d’une programmation audacieuse (accompagner les films de Laurent Cantet, le faire venir aux carmes, ce n’est pas faire du chiffre avec des films dits commerciaux ) : si nous sommes d’accord sur le constat, nous pouvons diverger sur la méthode : être salarié d’un cinéma d’art et d’essai implique-t-il une disponibilité et un investissement personnel plus importants que dans un autre cinéma ? dans quelle mesure, et avec quelle limite ? faut-il enfin ne pas critiquer une organisation du travail interne parce que le projet final (montrer des films différents) serait plus décisif ?

2 salariés du cinéma les Carmes. le 30 juillet 2004

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