La composante populaire de l’Affaire Dreyfus et ses effets d’oubli ultérieur /

Luc NEMETH

Communication présentée au VIe colloque annuel de la Society of Dix-neuviémistes, Manchester, 25-27/3/2008

INTRODUCTION

« Pour sauver Dreyfus, tes boulevards, Paris, ont été en tumulte« [1] : c’est à cette image que recourt un article paru à Barcelone en janvier 1937, au plus fort de la Révolution espagnole… Parfois aussi à l’étranger l’Affaire était associée à l’image de la haine adverse ; ainsi l’écrivain Natalia Ginzburg rapporte comment en 1934 à Turin, au plus fort d’une campagne de presse qui pendant quelques jours fit craindre des incidents antisémites, sa mère n’arrêtait pas de répéter : « C’est comme l’affaire Dreyfus ! C’est comme l’affaire Dreyfus !« [2] Mais en France même, c’est jusqu’à la mort du capitaine qui passa presque inaperçue en juillet 1935 ; et il ne semble pas que le caractère de confrontation qu’avait revêtu l’Affaire soit resté mieux inscrit, dans ce qu’il est convenu d’appeler la mémoire collective…

Si nous avons commencé par ces rappels c’est pour souligner qu’à cette époque le souvenir de l’Affaire, en tant que mobilisation populaire, était autrement plus vivace à l’étranger qu’en France : et c’est la perte de tout un pan de la mémoire qui nous a incité à revenir sur cette lutte et sur ceux qui sans attendre de consigne s’étaient sentis solidaires de ce capitaine en qui ils avaient su ne plus voir que le prisonnier  de l’île du Diable[3]. Évaluer leur nombre est difficile, mais ce serait une erreur que de sous-estimer leur rôle : il fut important durant toute la période qui s’étend de la mi-novembre 1897 (date à laquelle, avec la publication des documents Scheurer-Kestner, ce combat qui ne parvenait pas à décoller devient une affaire) à la fin de l’été 1898 (date à laquelle, avec le suicide de Henry, il n’y a plus que ceux qui ne voulaient pas « voir » qui ne voient pas). Et si J’Accuse…! reste inoubliable ce n’est pas tant pour son contenu que par l’écho qui fut le sien, de ce côté aussi.

Avant tout, il convient de définir les termes :

– ce qui distingue une affaire, des controverses et des polémiques -même si parmi ces dernières il en est qui peuvent aller très loin, surtout lorsqu’elles entourent une possible erreur judiciaire[4]– est la présomption d’une mauvaise foi adverse : l’opinion publique se mobilise car elle estime qu’un préjudice constaté a pour origine le mauvais vouloir. Une affaire oppose deux camps, de manière qui sur le moment apparaît irréductible, même si en bien des cas un compromis intervient par la suite. Et la présence d’indifférents ne change rien au caractère binaire, de cet affrontement.

– la mémoire d’un événement, loin d’être un ensemble constitué (que chacun, suivant ses dispositions, aurait tout juste à s’approprier au mieux) est une réalité composite qui associe : la mémoire individuelle et familiale ; la « mémoire officielle » ; celle des forces politiques ; et la mémoire savante. Même la notion de mémoire collective, à supposer qu’elle ait un sens, est ici peu adéquate, vu l’absence d’une mémoire commune à tous les Français à propos de cette affaire. C’est jusqu’au sens de cette lutte qui déjà en son temps n’était pas le même pour tous (d’où, le distinguo devenu classique entre dreyfusards, dreyfusistes et dreyfusiens), comme le rappelle l’ultime réplique d’une pièce écrite pendant la crise :

LE PROLETAIRE, aux intellectuels.- Et maintenant, n’oubliez pas qu’il existe une question sociale ; l’œuvre n’est pas finie: elle commence ![5]

– la perte de mémoire est une notion quelque peu subjective mais qui s’appuie en partie sur des éléments concrets, comme par exemple la presse d’époque. Celle-ci est inévitablement porteuse d’actualité à chaud, et nous la relisons avec les critères qui sont les nôtres (c’est le cas en particulier de la caricature [de Caran d’Ache, anti dreyfusard] du dîner en famille qui s’est mal terminé, restée emblématique de ce combat mais qui sur le moment se voulait conseil de prudence[6]), mais il y a aussi la masse des souvenirs publiés.

De ce point de vue l’affaire Dreyfus apparaît de toute évidence, pour celles et ceux qui en avaient été les contemporains, comme une grande affaire. Ce fut même, en plus d’un cas : l’affaire de leur vie, même s’ils n’y font souvent qu’une brève allusion, tant ce combat était pour eux allé de soi. Des hommes et des femmes qui n’avaient pas eu d’engagement antérieur, et qui n’eurent parfois pas d’engagement ultérieur, s’engagèrent à fond. Même celles et ceux qui au départ ne réclamaient que la libération de ce prisonnier -mais c’était déjà beaucoup demander – en arrivèrent souvent à une vaste remise en cause. D’autres encore, pour la première fois, prirent la parole en public, ou éprouvèrent le besoin de prendre la plume (ce fut notamment le cas pour des femmes, que les interdits sociaux existants auraient empêchées de prendre la parole en public[7]).

Bien du temps a passé, depuis J’Accuse…! Toutefois on peut encore entendre des personnes rappeler avec légitime fierté, à propos d’un de leurs ancêtres, qu’il ou elle avait été dreyfusard. Mais pour peu que l’on interroge ces descendants et qu’on leur demande quels furent à leur avis les temps forts de la lutte sociale en France ils mentionnent : le Front populaire, la Commune de Paris, voire des épisodes plus anciens -les Trois Glorieuses, la révolte des Canuts- mais c’est chose rare qu’ils mentionnent : l’affaire Dreyfus. Et c’est ce décalage entre la mémoire individuelle (ici devenue : familiale) et celle de l’événement lui-même, qui a attiré notre attention -en laissant de côté tout ce qui est du domaine de la négation volontaire. Disons, que si la négation proprement dite est rare, la banalisation est monnaie courante. Il y a encore, des gens que cette affaire dérange, et qui se verraient bien soutenir que : il n’y a pas eu d’affaire Dreyfus, avec le même aplomb que ce ministre qui déclarait en décembre 1897 : il n’y a pas, il ne peut pas y avoir d’affaire Dreyfus. En octobre 2007 on pouvait encore lire, en première ligne de la notice d’un site-Internet : « L’Affaire Dreyfus est une erreur judiciaire », sic.

Nous avons adopté ici un plan chronologique. D’abord, parce que c’est le fil que parcourt la mémoire. Mais aussi parce qu’il permet de repérer une situation qui, sans être vraiment unique, n’en est pas moins inhabituelle : l’enjeu idéologique est allé en… augmentant.

I) UNE DIMENSION VITE ÉLOIGNÉE

Contrairement à toute attente, la mémoire savante se constitua ici très tôt. Dès 1898, année de J’Accuse…!, paraissent de nombreux ouvrages dont on voit mal comment, sauf à prendre pour argent comptant le dicton selon lequel il faut attendre cinquante ans pour écrire l’Histoire, on pourrait leur contester la nature de travail historique. C’est en 1901, soit cinq ans avant que ne soit officiellement reconnue l’innocence de Dreyfus, que commence à paraître la référentielle Histoire de l’Affaire Dreyfus, de Joseph Reinach.[8] En 1905 est publiée une bibliographie, qui sans prétendre à l’exhaustivité, aligne déjà sept cent vingt-huit titres.[9]

On sait, qu’en matière historiographique : le premier qui parle pour la postérité a « raison » pour longtemps -et même, pour aussi longtemps qu’il n’a pas été démenti. Le premier était donc Reinach. Par son propre parcours, il était plutôt enclin à s’intéresser à ce qui se passait au sein de sa propre classe[10] ; de plus, il avait fait des études juridiques, et privilégia cet aspect. C’était là un choix qui pouvait se justifier, puisque le calendrier de l’Affaire avait été largement rythmé par celui de la procédure. Mais ce choix, outre qu’il a ses limites internes (le calendrier de la procédure est toujours lui-même, en partie, déterminé par celui de ce qui est entretemps devenu une affaire) amena Reinach à négliger certains aspects -notamment, ce qui avait trait à l’action des classes populaires.

La page fut vite tournée. Avec les aléas de l’actualité, en cet avant 1914, le public eut d’autres soucis que cette vieille affaire. Elle était déjà loin, au lendemain de la guerre. Il fallut attendre les années 1920 pour qu’un nouvel intérêt se manifeste mais il se manifesta dans un contexte de revanchardisme allemand qui fit que le public s’intéressa à l’Affaire sous l’angle de l’État-Major, et des services de Renseignement : ici encore exit, la dimension populaire.

La publication en 1930 des Carnets de Schwartzkoppen, l’ex-attaché militaire allemand à Paris, confirma les points acquis. Cela n’empêcha pas l’Affaire de continuer à figurer parmi les grands mystères, et les grandes énigmes… En fait on voit mal quel « secret » restait à découvrir concernant Dreyfus mais toujours est-il qu’ici encore : la dimension populaire importait peu.

C’est aussi dans cet entre-deux-guerres que se met en place la vision de l’Affaire comme une pièce de théâtre, fertile en rebondissements -ce qu’elle avait été d’une certaine manière, en son temps, mais qu’elle avait cessé d’être, en termes d’analyse historique.

Au total on aboutit à ce paradoxe : c’est durant ces décennies où les acteurs et témoins sont encore vivants (période qui s’achève en 1935 avec la mort du capitaine) que l’aspect politique et social est le plus effacé, alors même que l’Affaire avait « divisé le pays en deux ». Mais ce paradoxe est aisé à comprendre. Un des deux camps cherchait surtout à se faire oublier, et il s’exprimait peu : les antidreyfusards n’avaient pas de quoi pavoiser au souvenir des cris de mort proférés contre Zola arrivant au Palais de Justice ; à la limite ils ne parvenaient pas même à nommer leur propre défaite, et quand ils écrivaient, ils en parlaient pudiquement comme du temps où les français ne s’aimaient pas[11] ; et leur mince production spécialisée, qui continuait de circuler, n’appelait pas de réponse.[12] Dans l’autre camp, une unanimité de type républicain s’était réalisée autour de l’ouvrage de Reinach. Et tant pis, si comme souvent en pareil cas, une facile unanimité recouvrait un profond malaise -celui qui entourait la honte de la « grâce » [présidentielle] accordée à Dreyfus, en 1899, alors qu’on le savait innocent.

II) DEUX ARRANGEANTES RÉÉCRITURES

Une opinion couramment admise veut que la seconde guerre mondiale ait ici constitué une parenthèse, sur le plan historiographique : notre impression est que l’on est plutôt, face à ce que les mathématiciens appellent un jeu à somme nulle. D’un côté, la période vichyste poussait à l’évocation de l’Affaire : car celles et ceux qui avaient connu les antidreyfusards et qui étaient encore de ce monde en 1940 avaient eu l’impression d’avoir littéralement « les mêmes, sous les yeux », lorsqu’ils avaient eu devant eux les pétainistes. Mais d’un autre côté cette vieille affaire, qui n’avait pas même fait de morts en métropole (il y en eut, mais en Algérie) pouvait sembler dérisoire, comparée à l’horreur nazie dont le public venait d’apprendre l’existence.

Au lendemain de la guerre l’Affaire entra définitivement dans les livres scolaires (au chapitre : Troisième République). En résulta, ici encore, une vision dépassionnée à laquelle on pouvait s’attendre, mais sur laquelle pesait désormais une vigilance sourcilleuse. D’abord parce que les années Trente puis la période de l’Occupation venaient de montrer que l’Affaire n’avait pas été une simple flambée et qu’à côté de la France des droits de l’homme en existe une autre, qui n’attend jamais que l’occasion : à travers le rappel des faits, même lointains (et dont le point d’apogée se situe en 1898) c’est ici l’image de l’unité nationale, qui risquait de se trouver écornée. Ensuite parce que la raison d’État et l’autorité de la chose jugée, qui avaient été au centre de l’Affaire, n’avaient pas miraculeusement cessé d’exister ; pas plus que n’avait cessé d’exister le fossé qui à l’heure actuelle -et plus que jamais peut-être- sépare ceux qui préfèrent une injustice à un « désordre », et ceux qui font le choix inverse. Enfin l’antisémitisme était alors loin d’avoir disparu de la société française, même s’il ne s’agissait pas d’un antisémitisme déclaré mais d’un antisémitisme feutré, celui qui faisait que dans les années cinquante, dans la grande ou la petite bourgeoisie, on pouvait encore trouver normal de s’adresser à un juif en lui donnant du « vous autres ». Aussi pour toutes ces raisons, et avec pour priorité de s’en débarrasser, l’Affaire fut-elle présentée sans beaucoup plus de réflexion comme le triomphe de la République, et comme appartenant au passé.

Cette idée que l’Affaire appartenait au passé, et l’illusion que « tout » avait été dit, explique aussi la facilité avec laquelle elle glissa peu à peu du terrain de l’Histoire sur celui de l’Histoire sociale. Or cette discipline était contrôlée par des auteurs qui avaient peu à refuser au Parti communiste (et à son précurseur d’avant-1920 le Parti socialiste) et qui virent dans cette affaire le moyen d’accréditer l’image d’une gauche politique qui aurait été morale, à l’origine : la tâche leur était d’autant plus facile que cette affaire est considérée comme l’événement fondateur de la gauche politique. Et peu importe la réalité d’époque, du point de vue mémoriel, dès lors qu’il est admis : peu importe que tous les dreyfusards n’aient pas été de gauche (on a pu le voir plus haut avec Reinach), ou que tout le monde à gauche n’ait pas été dreyfusard.[13] En revanche la mobilisation spontanée des classes populaires est à évacuer, dans cette optique, car elle place en mauvaise lumière un Parti socialiste dont le souci en 1898, jusqu’aux élections du mois de mai, avait été de ne pas perdre les voix des antisémites : six jours après la parution de J’Accuse…! le groupe parlementaire socialiste en était encore à signer un communiqué[14] qui présentait l’Affaire comme un affrontement entre bourgeois cléricaux et « capitalistes juifs », ce qui était non seulement odieux mais stupide (en janvier 1898 l’Affaire n’est pas une rivalité interne au sein de la bourgeoisie : elle oppose de manière dramatique, dans la perspective de ce qui ne s’appelle pas encore populisme[15], la République, à un ennemi qui a su voir dans l’antisémitisme le moyen de faire l’unité autour de lui ; et lorsque par la suite la bourgeoisie moderniste verra dans l’innocence de Dreyfus le moyen de jouer sa propre carte l’affrontement opposera les laïques, aux cléricaux, mais en aucune façon et à aucun moment les… capitalistes juifs, aux capitalistes chrétiens). Du côté des syndicats ensuite cette mobilisation populaire est a posteriori accablante pour la CGT qui non seulement brilla par son absence mais qui à la fin de l’année, lors de son Congrès, présenta cette affaire comme un conflit entre Juifs et Chrétiens dans lequel « Nous, Travailleurs, /…/, nous n’avons pas à prendre parti. »[16] Cette mobilisation enfin gênait ceux des auteurs qui tentaient et qui tentent encore parfois de présenter comme étant la mère de cette bataille une Ligue des Droits de l’Homme qui n’existait pas même, en février, au moment du procès Zola.

Aussi ces spécialistes ont-ils mis l’accent sur tout ce qui est postérieur à ce procès Zola (qui apparaît clairement comme un tournant, tant c’est à ce moment que ce combat devient more than a trial -un peu plus qu’un procès, pour reprendre la belle formule de Robert L. Hoffman[17]) et ont-ils minimisé tout ce qui est antérieur. Mais c’est là, priver le lecteur d’un élément essentiel : ce fut dès la parution de J’Accuse…! que les anti-dreyfusards durent renoncer à tenir meeting dans les quartiers et les faubourgs ; non pas, qu’on y ait été assurés de l’innocence de Dreyfus – à laquelle Clemenceau lui-même ne croit pas encore lorsqu’il publie la lettre de Zola [18] – mais parce qu’on avait compris que derrière l’agitation antidreyfusarde c’était l’ennemi de toujours qui tirait les ficelles. Et cette riposte joua un rôle crucial, en ces heures, où si on en croit Jules Isaac : « la possibilité d’une nouvelle Saint-Barthélemy -contre Juifs et Protestants /…/- n’était pas exclue. »[19] De son côté Constant Martin, connu pour son passé de délégué à la Commune de Paris mais qui fut également très actif pendant l’Affaire, notera en juin 1899 :

Si nous n’avions pas pris parti, si nous n’étions pas entrés en lutte à temps, à l’heure qu’il est les gueulards de l’antisémitisme, les « Vive l’armée ! », les jésuites seraient les maîtres de la rue et du pouvoir.[20]

C’est donc plutôt autour de la période postérieure (été 1898), et de la personne de Jaurès, que ce milieu de spécialistes se regroupa -à tel point, que la recherche sur l’Affaire fut bientôt identifiée aux « études jaurésiennes ». Nul ne conteste le rôle que joua le leader socialiste, par ses écrits (dont Les Preuves, série parue dans la Petite République, du 10 août au 20 septembre 1898), et par ses interventions. Mais ce n’est pas manquer de respect à sa mémoire que de rappeler qu’il n’aurait rien pu – la même remarque vaut pour Zola, six mois plus tôt – s’il n’avait trouvé le soutien de ces classes populaires vis-à-vis desquelles nos post-jaurésiens, derrière leur terminologie ouvriériste, entretiennent un rapport de fondamentale défiance.

On sait aussi, que non contents de se présenter comme ceux qui ont tout fait, les héritiers par procuration de la lutte sociale aiment à se présenter comme ceux qui ont tout fait les premiers. C’était là un peu délicat puisque la riposte sur le terrain fut notoirement impulsée par la campagne de presse du [journal anarchiste] Le Libertaire[21], relayée par des militants proches de ce journal, et par la minorité socialiste-révolutionnaire dite allemaniste[22] ; et ce fut également le mouvement anarchiste qui organisa le premier meeting en faveur de la révision. Qu’à cela ne tienne, il suffisait de raconter au lecteur qu’il avait été victime d’une illusion durable, comme l’a fait un nommé Jean Maitron : « le fait que Bernard Lazare professait des opinions anarchistes a pu faire illusion et de là vient sans doute le rôle prééminent accordé aux compagnons /… »[23] Même la psychologie de bazar fut sollicitée : « à partir de février 1898, Sébastien Faure multiplie les réunions et rachète par une activité inlassable l’inaction qui a été jusqu’ici la sienne et celle de ses amis. »[24]

Il y a bien eu en 1978 une historienne courageuse, en la personne de Nelly Wilson, pour signaler que le maestro [Maitron] avait ici raconté le contraire de la vérité.[25] Mais le milieu concerné, en France, ne maîtrisait encore qu’imparfaitement la langue anglaise. Il ne semble d’ailleurs pas que cette critique ait été beaucoup mieux entendue lorsqu’elle fut traduite, sept ans plus tard.[26] On continua de se prosterner devant le contraire de la vérité. Et en 1994, année choisie pour la commémoration éditoriale de l’Affaire, la boucle était bouclée. Il n’y avait plus besoin que de venir confirmer : « On a longtemps cru les anarchistes plus précocement dreyfusards que les autres. Cette légende, dont Jean Maitron a fait justice (sic) /… »[27]

Enfin, à la faveur du quasi-monopole dont il disposa[28], ce milieu parvint à imposer comme ayant constitué la norme, le comportement du Parti socialiste ; et ce devint un tic de plume que d’affirmer que la mobilisation en faveur de Dreyfus avait été tardive. Certes, chaque jour passé par ce prisonnier à l’île du Diable était un jour de trop. Mais si on prend pour point de départ de l’Affaire la mi-novembre 1897, et si on considère le degré de mobilisation déjà atteint en février 1898, on est amené à nuancer ce mot, tardif.

III) DES RELECTURES ERRATIQUES

Ce qui n’était à gauche qu’une tentative d’appropriation, dont on voit mal pourquoi cette affaire y aurait échappé, allait prendre une toute autre tournure avec Mai 1968, dont on ne dira jamais assez le traumatisme que ce fut pour les tenants de l’ordre établi. La reprise en mains qui suivit dans les milieux académiques eut pour conséquence une crispation, autour du discours légaliste et « républicain ». Aussi ce devint une figure imposée que de présenter l’Affaire comme un triomphe de la République, non plus seulement contre ses ennemis du moment, mais contre tous les dangers : le boulangisme, Panama, et bien sûr… les anarchistes -ici présents à contresens, au titre de la période des bombes (en fait déjà achevée lorsque Dreyfus fut arrêté) ; et du même coup le parti de l’ordre établi, qui en France a pour nom « la République », pouvait se présenter comme le défenseur naturel du capitaine ! Un sommet dans ce canevas de lecture, qui n’allait pas tarder à envahir la sphère officielle, aura été atteint en 2002 avec le discours annuel à la maison de Zola. Le Président de la République déclara : « En ces premières années du vingt-et-unième siècle, nous souvenir d’Émile Zola, […] c’est dire notre refus des extrémismes, de tous les extrémismes. »[29] Personne ne semble s’être aperçu que l’orateur était en train de mettre sur le même plan les antidreyfusards, et ceux qui les avaient combattus -à commencer par un certain Zola, qui malgré la modération de ton qui a parfois été attribuée à J’Accuse…! avait été considéré comme un révolutionnaire (par les pouvoirs publics, comme par ses partisans). « Pourrons-nous toujours trouver un révolutionnaire comme Zola ? » écrivait en décembre 1899 à Péguy un de ses correspondants…[30]

On sait aussi qu’à dater de mai 1981 le légalisme strict ne fut plus une question de droite ou de gauche. Ce fut jusqu’à la notion de lutte, qui devint elle-même tabou -il n’y a pas besoin de lutter, quand il suffit de faire confiance au pouvoir éclairé ! La culture de gouvernement de la gauche au pouvoir alla bientôt si loin qu’un de ses ministres a pu se livrer, dans un ouvrage sur l’Affaire paru en 1983 (et réédité en 1994), à une affirmation qui à elle seule pourrait justifier toute affaire. À propos du procès de Rennes[31] – ce procès dont la France d’aujourd’hui continue de porter le poids, à travers la preuve qui fut faite que l’État ne se déjuge pas si facilement -, et à propos de Waldeck-Rousseau[32] (qui toléra que le ministère public demande la condamnation de Dreyfus, alors même qu’on le savait innocent), ce ministre écrit :

« Pouvait-il faire davantage, ordonner que le commissaire du gouvernement abandonnât l’accusation, peser de tout son poids sur le cours du procès ? /…/ Ce que certains dreyfusards ne voient pas, dans la fièvre du combat, c’est qu’il est le chef du gouvernement de la France, et non l’avocat de Dreyfus.[33] »

On a bien lu : le soutien à Dreyfus était ici présenté comme une… fièvre, par un auteur qui eût énergiquement protesté si on l’avait accusé de la moindre concession à la partie adverse. Quant à la notice « Alfred Dreyfus » du Dictionnaire critique de la République, de même orientation politique que la citation qui précède et parue en 2002, elle indique, à propos des juges qui prononcèrent la cassation : « leur arrêt historique suggère que la justice finit toujours par triompher dans la République. »[34] Mais, même si on admet que la justice finit toujours par triompher, elle a parfois besoin d’être encouragée, comme le notait Sébastien Faure en 1899 :

« les conseillers à la Cour de Cassation ne sont pas, ne peuvent pas être indifférents aux bruits et aux émotions du dehors. »[35]

Une autre forme ingénue d’évacuation du politique est celle qui consiste à présenter l’Affaire comme une querelle d’intellectuels – ce qu’elle fut, aussi. Mais cette présentation, derrière sa nostalgie d’une époque où les intellectuels ne faisaient (soi-disant) « pas de politique » et se réservaient pour des causes morales, est peu recevable. Mille intellectuels s’opposant à mille autres peuvent constituer au plus, une querelle d’intellectuels, mais il faut quelque chose en plus pour faire une affaire. Et ce « quelque chose » a été bien résumé par le docteur Jean-Louis Lévy, petit-fils du capitaine, dans une postface parue en 1982 : Sans l’opinion qui en est le moteur, il n’y a pas d’affaire Dreyfus.[36]

À mentionner également, sur le terrain culturel, le regain d’intérêt pour Bernard-Lazare. Mais ce n’est souvent que prétexte à tirer le lecteur en direction de Péguy : non pas, celui qui fut le protagoniste de l’Affaire, mais celui dont le nom allait devenir synonyme de « mystique ». Bref, à la dégradation de la mystique dreyfusiste en calculs politiciens (telle que la fustigea si bien Péguy[37]) succède la dénaturation du politique en pure « mystique ».

Les commémorations officielles enfin, à dater de 1994, ont donné lieu à une production qui a peu apporté et a parfois même constitué une régression comme avec cette biographie[38] qui se voyait déjà faire jouer à Dreyfus un rôle qui ne fut pas et ne pouvait pas être le sien (il pouvait bien, protester tant qu’il le voulait – sans que cela ne troublât la tranquillité des autorités). Et c’est jusqu’à la « cuisine politicienne » qui a pu trouver des prolongements qui ne manquaient pas toujours de burlesque, comme avec la pseudo… révocation d’un colonel ![39]

Mais ni les réécritures, ni des relectures qui vont parfois très loin chercher la petite bête[40], n’y peuvent rien changer : il aura fallu pas moins de toute une affaire pour que l’État finisse, sinon par reconnaître ses torts – aucune sanction ne fut prise[41], au moins, par reconnaître l’innocence de Dreyfus. Et il le fit avec toute la vachardise dont sait être capable cet État, vis-à-vis de ceux qui ont osé défendre leur droit : les années passées en captivité par ce capitaine ne furent pas même prises en compte dans le calcul de sa retraite.

CONCLUSION

La perte de mémoire évoquée ici est un phénomène qui ne concerne pas cette seule affaire, et qui a de multiples causes : on pourrait citer la gêne, assez commune chez les historiens français, à aborder tout ce qui a trait à la rue (Stephen Wilson s’est étonné, dans le cas de janvier-février 1898, de leur discrétion sur les émeutes antisémites[42]) ; la défiance, qu’ils partagent avec les politiciens, envers les comportements de type spontané ; ou encore leur difficulté à « penser » les moments où le pays aura été ouvertement divisé.

Les modifications structurelles de la population sont également à prendre en compte. Beaucoup, même parmi ceux qui se reconnaissent dans le combat qui fut mené alors (nous parlons bien du combat lui-même, non de son résultat), ne s’identifient pas forcément à ce peuple des faubourgs et à ce peuple des boulevards dont il a été ici question à la première ligne : c’est sur la notion même de mémoire populaire qu’il conviendrait de s’interroger.

Enfin cet épisode est loin d’être le seul à propos duquel l’histoire officielle a peu à voir, avec la mémoire collective. C’est jusqu’à l’expression « affaire Dreyfus » qui n’a pas le même sens, d’un côté ou de l’autre. En haut lieu on persiste à y voir la touchante histoire, de la justice qui aura fini par triompher. Tandis que du côté de la France d’en bas, comme a pu la qualifier non sans mépris un de ces messieurs, on n’y voit souvent qu’une page de plus, dans la longue liste des turpitudes de la classe dirigeante.

Il est probable toutefois que la perte de mémoire aurait eu ici la partie moins facile, si la mémoire avait été entretenue. Or elle ne l’a pas vraiment été (hors du cercle de famille). Car si la libération de Dreyfus fut aussi, de fait, la victoire des classes dites subalternes, l’Affaire ne fut en aucun cas une victoire pour celles-ci. En réalité, comme l’a noté Jean-Pierre Peter dans la revue des Annales, ce qui avait triomphé était une certaine forme de la République, et c’était l’ordre.[43]

Cette affaire eut aussi pour conséquence directe l’arrivée au pouvoir d’ex-dreyfusards (Briand, Clemenceau) qui une fois en place ne furent pas tendres envers le peuple. Tout cela a finalement été admis par Victor Basch, quarante ans plus tard :

« Le seul résultat tangible de l’Affaire fut la séparation des Églises et de l’État. Pour tout le reste, ce ne fut que déception. (…). Le peuple se sentit trompé. Après avoir sollicité son aide, on l’avait abandonné. Aucune de ses justes revendications n’avait été satisfaite. Alors, il se détourna de ceux avec lesquels, pour lesquels il avait combattu. Le divorce entre la bourgeoisie républicaine, même la plus radicale, et le monde du travail fut total.[44] »

On se serait sentis trompés, à moins, même s’il en aurait fallu plus pour leur faire regretter d’avoir mené ce combat…


[1]   Camillo Berneri, « Il terzo tempo », Guerra di Classe, n. 7, 1/1/1937, p. 1.

[2]   Natalia Ginzburg, Lessico famigliare, p. 105. Cité dans notre étude : « The First Anti-Semitic Campaign of the Fascist Regime », in The Most Ancient of Minorities: The Jews of Italy, Westport, CT, London, Greenwood Press, 2002, p. 254.

[3] NDLR : l’île du diable était un ilot, dépendant du bagne de Cayenne, où étaient envoyés les plus dangereux criminels mais aussi les « ennemis de la France », dont des Communards et des anarchistes, et où Dreyfus fut banni le 8 mars 1895.

[4]   Jusqu’à la mi-novembre 1897, le cas de Dreyfus apparaît au plus comme une erreur judiciaire : ces deux mots, qui figuraient dans le titre de la brochure publiée par Bernard-Lazare en 1896, figurent encore dans celui de son livre, paru en novembre 1897. Mais en dernière minute et avec à propos l’éditeur (Stock) ajoutera une page, spécifiant : que ce livre était déjà sous presse, lors de l’intervention de Scheurer-Kestner.

[5]   Charles Malato, Barbapoux, Paris, Godfroy, ca. 1900, p. 32. « Barbapoux » était le surnom de Édouard Drumont, antisémite forcené, qui éditait le journal antisémite « La Libre Parole » et qui publia le livre « La France juive ».

[6]   La caricature de Caran d’Ache, « Un dîner en famille« , parut dans le Figaro du 14/1/1898. Le Figaro est parfois abusivement présenté comme dreyfusard au motif qu’il publia le 14 janvier 1898 la caricature qui représente une mêlée générale autour de la table de famille, à l’issue d’un dîner lors duquel « Ils en ont parlé ». Caricature de Caran d’Ache qui était férocement anti-dreyfusard et antisémite. Mais, parue le lendemain du « J’Accuse …! » dans l’Aurore, elle visait au contraire à mettre en garde le lecteur : le mieux, est de… ne pas en parler à table ! C.e journal, d’abord dreyfusard, se désengagea dès le 18 décembre 1897 au vu des réactions de ses lecteurs

[7]   Jeanne Humphries, « The Dreyfus Affair: A Woman’s Affair », Historical Reflections/Réflexions Historiques, Vol. 31 n. 3, Fall 2005, pp. 433-443.

[8]   Joseph Reinach, Histoire de l’Affaire Dreyfus, Paris, Ed. de la « Revue blanche » puis Fasquelle, 1901-08 (t. 1, à t. 6 ; un t. 7, index, parut en 1911).

[9]   Paul Desachy, Bibliographie de l’affaire Dreyfus, Paris, Cornély et Cie, 1905.

[10]   « C’est colossal. C’est magnifique. C’est un morceau de Vie. Balzac jamais n’a rêvé des choses aussi terribles et aussi noires, /… » (Gina Lombroso Ferrero à J. Reinach, BNF-Manuscrits, N.a.fr 24897, f. 263, 10/8/1906).

[11]   Cette expression figure notamment sous la plume d’un admirateur de Drumont, Jean Lemoine : Les Dessous d’un Internement arbitraire en Tunisie ou Trente années de persécution juive, Paris, Baudinière, 1937, p. 126. On s’étonnera que personne n’ait relevé que lorsqu’en septembre 1972 le président Pompidou (agrégé-normalien et qui en son temps aura sûrement lu ce livre, très apprécié chez les étudiants de droite) tenta de justifier la grâce accordée à l’ex-milicien Touvier il utilisa la même expression –ces temps où les français ne s’aimaient pas– pour désigner la période de l’Occupation.

[12]   La « bible » des antidreyfusards parut sous pseudonyme Henri Dutrait-Crozon, et fit l’objet de nombreuses rééditions : Précis de l’affaire Dreyfus, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1909. En aucune façon elle ne constituait une base de discussion -ce n’était qu’un acte de foi, visant à insinuer le doute.

[13]   Outre la crainte de la récupération politicienne, le préjugé antisémite fut à l’origine de défections à gauche ; cf. l’étude de Zosa Szajkowski, « L’antisémitisme et le mouvement ouvrier français à l’époque de l’affaire Dreyfus », Tsafon, 16, hiver 1994, pp. 26-68 (trad. de la brochure de l’auteur parue en 1948 à New-York, en yiddish : Antisemitism in der franseyzisher arbeter bavegung fun Fourierism biz sof Dreyfus-Afer 1845-1906).

[14]   « Manifeste des députés socialistes », La Petite République, 20/1/1898, p. 1.

[15]   En France la notion de populisme apparaît à la fin des années 1920, dans le cadre du débat littéraire ; dans les années 1890 ce terme ne servait qu’à désigner les membres du… Parti populiste, américain.

[16]   CGT, Xe Congrès national corporatif tenu à Rennes les 26, 27, 28, 29, 30 Septembre et 1er Octobre 1898, Compte-rendu des travaux du Congrès, Rennes, Imp. des Arts et Manufactures, 1898, p. 63.

[17]   Robert L. Hoffman, More Than a Trial, New York, The Free Press, 1980.

[18]   Georges Clemenceau, L’Iniquité, Paris, Stock, 1899, p. V.

[19]   18 Jules Isaac, Expériences de ma vie, t. I, Paris, Calmann-Lévy, 1959, p. 131.

[20]   Constant Martin, « Coup d’œil d’ensemble », Le Journal du Peuple, 10/6/1899, p. 1. Rappelons que le Journal du Peuple coordonnait l’action du dreyfusisme le plus vigilant ; le premier numéro, rien qu’à Paris, se vendit à cent mille exemplaires ; cf. Eléonor Pichard, Sébastien Faure, un militant anarchiste fin de siècle, 1895-1899, mémoire de maîtrise, Université Paris X Nanterre, U.F.R. d’Histoire, oct. 1996, p. 148.

[21]   Cf. notre étude : « Un accélérateur d’énergies dans l’espace dreyfusard: Sébastien Faure, du début de l’Affaire au procès Zola », Historical Reflections/Réflexions Historiques, Vol. 31 n. 3, Fall 2005, pp. 409-432. Republié dans cette brochure.

[22]   Cf., sur ces militants et l’Affaire : Maurice Charnay, Les Allemanistes, Paris, Rivière, 1912, pp. 92-101.

[23]    Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), Paris, SUDEL, 1951, p. 308.

[24]   J. Maitron, Histoire du mouvement, cit., p. 312. On aura noté au passage la petite tromperie -« février 1898 », concernant la date d’entrée en scène de Sébastien Faure.

[25]   Nelly Wilson, Bernard-Lazare: Antisemitism and the problem of Jewish identity in late nineteenth-century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1978, pp. 200-02

[26]   N. Wilson, Bernard-Lazare: L’antisémitisme, l’affaire Dreyfus et la recherche de l’identité juive, Paris, Albin Michel, 1985, pp. 270-273. Nous avons nous-même eu l’occasion de dénoncer des fraudes de ce Maitron (dans le cadre d’une recherche sur Victor Serge) et de constater… l’impunité dont bénéficie l’intéressé, là-même où on s’y attendrait le moins.

[27]   Madeleine Rebérioux, « Anarchistes et socialistes », in L’affaire Dreyfus et le tournant du siècle, Nanterre, BDIC, 1994, p. 136.

[28]   Le monopole était ici d’autant plus abusif que l’ouvrage qui apporta le plus, parmi ceux publiés en France et dans l’après-1945, ne provenait pas de ce milieu ; il s’agit de : Marcel Thomas, L’Affaire sans Dreyfus, Paris, Fayard, 1961.

[29]   Cf., pour texte intégral, site-Internet www.elysee.fr (discours du 6 octobre 2002).

[30]   « Lettre du provincial », Cahiers de la quinzaine, premier cahier, 5 janvier 1900, p. 17.

[31]   NDLR : Le 7 août 1899 s’ouvre le procès en révision du capitaine Dreyfus dans la salle des fêtes du lycée de Rennes, transformée en tribunal militaire. Ce procès se solde par un compromis bancal : Dreyfus est reconnu coupable, mais avec des circonstances atténuantes… Ce verdict absurde a les apparences d’un aveu coupable des membres du Conseil de guerre. Ils semblent ne pas vouloir renier la condamnation de 1894, et savent bien que le dossier ne repose que sur du vent…

[32]    Homme d’État français. Républicain et libéral, il est principalement connu pour avoir participé à la légalisation des syndicats (loi Waldeck-Rousseau de 1884) ainsi que pour la loi de 1901 sur les associations. Waldeck-Rousseau est nommé président du Conseil le 22 juin 1899, juste après que la Cour de cassation aie, le 3 juin, cassé le jugement du conseil de guerre condamnant Dreyfus et d’exiger sa révision. Il constitue alors un gouvernement de Défense républicaine

[33]   Jean-Denis Bredin, L’Affaire, Paris, Julliard, 1983, p. 367.

[34]   Dictionnaire critique de la République, Paris, Flammarion, 2002, p. 1190, notice « Alfred Dreyfus ».

[35]   Sébastien Faure, « Agissons! », Le Journal du Peuple, 14/5/1899, p. 1.

[36]   Jean-Louis Lévy, « Alfred Dreyfus, anti-héros et témoin capital », in Alfred Dreyfus, Cinq années de ma vie, Paris, Maspero, 1982, p. 239.

[37]   Charles Péguy, « Notre jeunesse », Cahiers de la quinzaine, douzième cahier de la onzième série, 1910, p. 216.

[38]   Vincent Duclert, Alfred Dreyfus. L’honneur d’un patriote, Paris, Fayard, 2006. Le titre, à lui seul, donne une juste idée du contenu, infantilisant.

[39]   C’était en 1994. Les révélations -tardives- sur les liens Mitterrand-Bousquet avaient causé grand émoi… Aussi le ministre de la Défense s’avisa qu’un archiviste militaire, dans un bulletin interne, avait présenté l’innocence de Dreyfus comme une simple « hypothèse » -ce qui assurément était une sottise ; et il fit bruyamment savoir qu’il révoquait sur-le-champ le colonel ! Mais comme chacun le sait, en France on ne révoque pas un colonel. La « sanction » fut prise dans des conditions (cad., sans que l’intéressé n’ait eu accès à son dossier) qui ne pouvaient qu’entraîner son annulation ultérieure par le Tribunal administratif. On saluera la discrétion dont alors fit preuve la presse française, qui avait fait ses choux gras de la révocation du colonel mais ne consacra à sa réintégration qu’un entrefilet réduit au minimum : 114 mots dans Libération du 4/6/1997, en p. 17, 112 mots dans Le Monde du même jour, en p. 20…

[40]   Le lecteur spécialiste aura déjà reconnu : Pierre Gervais, Romain Huret et Pauline Peretz, « Une relecture du ‘dossier secret’: homosexualité et antisémitisme dans l’affaire Dreyfus« , Revue d’histoire moderne et contemporaine, n. 1, jan. 2008, pp. 125-160.

[41]   M. Thomas, « De la dégradation à la réhabilitation. Quelques repères », in Cour de cassation, De la justice dans l’affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2006, p. 56.

[42]   Stephen Wilson, Ideology and Experience. Antisemitism in France at the Time of the Dreyfus Affair, East Brunswick NJ, London and Toronto, Associated University Press, 1982, pp. 106-07.

[43]   Jean-Peter Peter, « Dimensions de l’Affaire », Annales ESC, n. 6, 1961, p. 1163.

[44]   Victor Basch, « Alfred Dreyfus et l’Affaire », La Lumière, 430, 3/8/1935, p. 3.


Cet article est tiré du premier volume d’une série de quatre brochures sur les anarchistes dans l’affaire Dreyfus.

Article précédent : Bernard LAZARE, le premier des Dreyfusards. (https://cnt-ait.info/2006/07/31/bernard-lazare)

Article suivant :  Sébastien Faure et l’opportune opinion publique, décembre 1897

Volume 1 :  Les anarchistes dans l’Affaire Dreyfus : Sébastien Faure, Constant Martin, Louise Michel et Élisée Reclus

Volume 2 : 1898 – 1899 : les anarchistes passent à l’action directe contre l’antisémitisme !

Volume 3 : Les anarchistes et l’affaire Dreyfus (brochure de 1898 de Sébastien Faure)

Volume 4 : Antisémitisme et Inquisition, suivi d’un poème de Louise Michel, « Le rêve » (brochure de 1898 de Constant Martin, inédit)

Les brochures sont téléchargeables en ligne (liens ci-dssus). elles sont disponibles au format papier. Pour les recevoir écrire à contact@cnt-ait.info ou à CNT-AIT, 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE. Participation aux frais d’impression de d’envoi : 8 euros pour un volume, 12 euros pour deux volumes, 20 euros pour les quatre volumes

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