Les Activités antiguerre des anarchistes de l’empire de russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917)

Dmitri Roublev

Traduit du russe à partir d’un texte originellement présenté à la conférence « De l’histoire de l’anarchisme – le 200e anniversaire de la naissance de Mikhaïl Bakounine » à l’Institut d’histoire et de relations internationales, Université de Szczecin (Pologne), en mai 2014 et revu pour la conférence organisée par l’Association « La courtine 1917 » à Vitry, 3 et 4 octobre 2025

Vsevolod Mikhaïlovitch Eikhenbaum dit Voline (photo de 1919)

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale a contraint les partis et mouvements politiques russes à définir leur position et à agir en conséquence face aux problèmes pratiques posés par cette situation 1. Les anarchistes n’ont pas fait exception. Les mots de l’un de leurs principaux théoriciens, Voline, auraient sans doute fait écho à ceux de nombreux militants politiques de l’époque : « Cette guerre représente, de quelque manière qu’on l’envisage, un phénomène d’une ampleur historiquement immense. Ses conséquences ne peuvent être confinées aux limites de la guerre elle-même. Ses innombrables et profondes répercussions se propageront dans toutes les directions sur une période de nombreuses années. Elle laissera une empreinte profonde sur tout le XXe siècle. Ce sera, bien sûr, le début d’une ère nouvelle – une ère longue et colossale tant par son ampleur que par son contenu et ses conséquences. . .. La guerre n’est, en elle-même, que le prélude à toute une série de bouleversements, de déplacements, de transformations et d’insurrections à grande échelle… Car, en ébranlant jusqu’à ses fondements le marais qu’est la vie historique des nations, un marais qui était stable mais qui commençait à se décomposer ici et là, la guerre a soulevé dans ses eaux stagnantes plus d’une tempête, plus d’un ouragan … » 2

Les débats au sein du mouvement anarchiste russe entre défensistes et internationalistes

Pierre (Piotr) Alexandre (Alekseevitch) Kropotkine

Jusqu’en 1914, aucun événement n’avait provoqué de division aussi profonde entre les anarchistes russes que celui de la participation à la guerre mondiale. Bien que, dans les années 1920 et 1930, des auteurs issus de l’historiographie officielle soviétique aient nié toute activité antiguerre des anarchistes entre 1914 et 19173, dans les années 1960 et jusqu’au milieu des années 1980, celle-ci a été mise en lumière dans des ouvrages généraux sur l’histoire de l’anarchisme russe4. Depuis le début des années 1990, de nouveaux travaux ont paru, analysant les opinions et les actions des idéologues et des acteurs du mouvement anarchiste dans les capitales et les différentes régions de l’Empire russe 5. Cependant, aucune étude approfondie de la lutte antimilitariste des anarchistes en Russie pendant la première guerre mondiale n’a été menée. De plus, la plupart des historiens continuent d’ignorer les activités des organisations anarchistes émigrés ou en exil, bien que les débats et mêmes les controverses qui se sont déroulés en exil aient également influencé ceux des anarchistes qui étaient restés en Russie.

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, l’antimilitarisme était une composante importante de l’idéologie anarchiste. Pierre (Piotr) Alexandre (Alexeïevitch) Kropotkine dénonçait les guerres modernes comme étant le résultat de la lutte des élites capitalistes pour le redécoupage des sphères d’influence économique. À en juger par les réflexions de Piotr Alexeïevitch dans « Paroles d’un révolté » (1885) et « La science moderne et l’anarchie » (1913), ses opinions sont restées inchangées pendant de nombreuses années 6. En 1885, il écrivait : « Nous luttons aujourd’hui pour assurer à nos grands industriels trente pour cent de bénéfices, aux barons du capitalisme – la domination de la bourse, aux actionnaires des mines et des chemins de fer – un revenu annuel de cent mille francs… Ouvrir de nouveaux marchés, imposer nos produits, bons ou mauvais – voilà ce qui constitue la base de la politique moderne.»7En 1913, il déclarait : « La cause des guerres modernes est toujours la même, c’est la rivalité pour les marchés et pour le droit d’exploiter les nations industriellement retardataires… En effet, toutes les guerres qui ont eu lieu en Europe au cours des cent cinquante dernières années étaient des guerres menées pour des intérêts commerciaux, pour le droit d’exploiter »8. Ce faisant, Kropotkine ne faisait aucune différence entre les grandes puissances. Selon les théoriciens de l’anarchisme, la prévention des guerres devait être facilitée par la propagande en faveur de la désertion, et en cas de mobilisation, les travailleurs des pays belligérants devaient lancer une grève générale, susceptible de se transformer en une révolution sociale anarchiste 9. On ne peut accepter l’idée [ répandue notamment chez les historiens marxistes ] que les réflexions sur « les mesures pratiques à prendre en cas de déclenchement d’une guerre à grande échelle telle que la Première Guerre mondiale » « n’aient pas trouvé de reflet sérieux dans la théorie de l’anarchisme »10. La guerre russo-japonaise confirma la position antimilitariste des anarchistes russes. Kropotkine condamna les plans expansionnistes des deux camps. « La guerre réelle, affirmait-il, est le triomphe des instincts capitalistes les plus vils, contre lesquels tout être humain doué de raison doit lutter »11.

Cette position était également partagée par les organisations anarchistes en Russie. Ainsi, les anarchistes communistes de Bialystok, attribuant la responsabilité du conflit avec le Japon aux « propriétaires » et à l’État, appelaient les ouvriers, les paysans et les « lumpenprolétaires » à saboter la mobilisation et à désorganiser l’industrie et les transports militaires. Ils espéraient que le mouvement antiguerre de masse déboucherait sur une révolution : « Vous mettrez toutes les richesses en commun, vous créerez des communes et, de plus, vous y détruirez l’État et vous vivrez sans État… Que les vagabonds organisent des bandes pour attaquer la propriété, que les ouvriers organisent des grèves et des émeutes, que les paysans s’emparent par la force de la terre et des provisions, de tout ce dont ils ont besoin. Attaquez les institutions étatiques qui protègent le capital, refusez de payer les impôts et les taxes »12. Ainsi, les anarchistes russes ont élaboré et propagé un système d’action en temps de guerre.

En étudiant « le défensisme anarchiste »13 [de Kropotkine et consort qui à partir de 1916 pris la défense des démocraties européennes et de l’Empire Russe contre les empires Allemands et Austro Hongrois], les chercheurs soulignent le soutien apporté par celui-ci aux pays de l’Entente, considérés comme les défenseurs des acquis démocratiques des travailleurs contre l’Allemagne, associée au militarisme et aux valeurs conservatrices. Mais parmi les anarchistes, il y avait aussi des défensistes pro-allemands, tels que Eric Müsham et Bruno Wille (Allemagne), Michaël Cohn (États-Unis)14.

Comme en a témoigné le prisonnier politique F.M. Pouchkov, parmi les
« anarchistes- expropriateurs détenus dans les prisons russes, il y avait beaucoup de « germanophiles » qui liaient leurs espoirs d’amnistie à la victoire de l’Allemagne »15. Cependant, cette position n’était ni très répandue, ni relayée dans la presse [ anarchiste ] russophone. Les défensistes russes adhéraient à la position de P.A. Kropotkine. Dans sa première « Lettre sur les événements actuels », publiée en septembre 1914 dans le journal Russkie Vedomosti (La Gazette Russe), il appelait l’opinion publique russe à « aider l’Europe à écraser l’ennemi des valeurs qui nous sont les plus chères, à savoir écraser le militarisme allemand et l’impérialisme conquérant allemand »16. La victoire de l’Entente, pensait-il, devait conduire à la réorganisation des États sur des bases fédératives et à l’octroi de l’indépendance ou de l’autonomie aux minorités nationales17.

Cet appel du leader reconnu du mouvement anarchiste international choqua nombre de ses partisans. Certains, comme l’un des principaux animateurs du mouvement anarchiste américain, Sh. Y. Yanovsky, reprochèrent à Piotr Alexeïevitch d’avoir empêché les anarchistes de renforcer leur influence en n’adoptant pas une position unie contre la guerre : « Je ne peux vraiment pas le comprendre… Nous aurions pu si bien utiliser la guerre pour défendre nos idées s’il n’était pas devenu, avec quelques autres, un patriote si fervent ! »18

Maria Isidorovna Goldsmith
(Octobre 1916)
Maria Isidorovna Goldsmith
(Octobre 1916)

Cependant d’autres anarchistes de renom rejoignirent également les défensistes : Warlaam Aslanovic Tcherkessoff, Maria Isidorovna Goldsmith, Alexei Alexeyevich Borovoi, Stepan M. Romanov, Vladimir Vladimirovich Barmasch19. Le défensisme anarchiste était un phénomène très controversé.

Si les œuvres de Kropotkine et Goldsmith n’étaient pas caractérisés par le chauvinisme, Borovoy, par exemple, dans son article « La guerre », publié en 1914 dans le journal Nov’ [ Sol vierge ], opposait la bonté des Slaves à l’agressivité des Allemands : « La Russie est un pays traditionnellement pacifique, bon vivant et sans rancune, qui oublie facilement les offenses, paresseux et indifférent à la manière slave… Il a fallu une menace directe et terrible contre notre liberté pour que nous nous levions. Il a fallu que tout ce qu’il y a de lourd et d’obtus dans le génie populaire allemand se dresse contre nous pour que nous nous mettions en colère. Et maintenant, nous devons bouillir de colère et de haine, car cette colère et cette haine sont sacrées»20. Tcherkezov, exprimant sa haine des Allemands, affirmait que l’agression et la haine envers les Slaves et les peuples romans leur étaient inhérentes depuis des temps immémoriaux. Parallèlement, il niait toute importance des réalisations de la culture et de la science allemandes pour le progrès mondial, affirmant que les Allemands avaient emprunté leurs idées et leurs découvertes avancées aux Anglais et aux Français21. Le 28 février 1916, la position des défenseurs pro-Entente fut résumée dans le « Manifeste des 16 » anarchistes22. Attribuant à l’Allemagne la responsabilité du déclenchement de la guerre, ils exigeaient des ouvriers allemands qu’ils renversent le Kaiser et renoncent aux annexions. Tous les anarchistes étaient exhortés à soutenir les forces armées de l’Entente23. Kropotkine citait comme exemples de telles activités le patrouillage des côtes anglaises par des pêcheurs volontaires et la livraison de vivres24.

Il existe différentes explications quant aux origines de l’anarchisme défensif. P. N. Milioukov estimait que Kropotkine avait toujours été un patriote et se souvenait d’une rencontre avec lui le 10 février 1904 : « Nous avons trouvé Kropotkine dans un état d’agitation et d’indignation extrêmes face à la trahison japonaise… Comment un adversaire de la politique russe et de toute guerre en général pouvait-il se révéler être un patriote russe inconditionnel ? Kropotkine m’a immédiatement captivé par sa position, adoptée sans réserve, comme si c’était la voix de son instinct, du sentiment national, qui s’exprimait en lui »25. Selon Ivan Sergueïevitch Knijnik-Vetrov26, lors du congrès à Londres en 1906 des anarchistes-communistes « khlebovoltsy »27 [ d’après Khleb y volia, Pain et Liberté, titre du journal auquel participait Kropotkine alors en exil à Londres ], Piotr Alekseïevitch fit échouer une résolution antiguerre : « Il évoqua l’hypothèse d’une invasion de la Russie par l’Allemagne, qualifiant Guillaume II de « gendarme couronné » et parla avec une grande haine de ses plans perfides »28. La francophilie de Kropotkine a également influencé la formation de sa position « défensiste »29. La sympathie des anarchistes russes pour la France avait des fondements idéologiques. Les révolutions françaises des XVIIIème et XIXème siècles ont largement déterminé le développement politique des pays européens. Dans les années 1870, les idées du bakouninisme et du proudhonisme se sont largement répandues en France, et les anarchistes ont vu dans la Commune de Paris de 1871 un exemple d’organisation anti-autoritaire de la société30. Les actions militantes de Ravachol, Eugène Vaillant et Émile Henri ont influencé la formation de l’idéologie des anarchistes-communistes (tels que les groupes Drapeau Noir et Besznachalie, les sans-chef). Les syndicats français, influencés par le syndicalisme révolutionnaire – étaient considérés par de nombreux anarchistes en Russie comme le modèle de mouvement ouvrier radical. En 1914, non seulement les défensistes, mais aussi certains internationalistes ne cachaient pas leurs préférences. « Il va sans dire, reconnaissait Kareline, que nos sympathies vont aux Français »31.

La position des défensistes était également influencée par les idées de Mikhaïl Alexandrovitch Bakounine à l’époque de la guerre franco-prussienne de 1870-187132. Profondément anti-allemand, associant parfois la culture allemande à une idéologie militariste autoritaire, Bakounine prédisait alors une catastrophe en cas de défaite de la France33 : « Je suis venu ici [ à Lyon ], déclarait-il, parce que je suis profondément convaincu que la cause de la France est redevenue aujourd’hui la cause de l’Humanité et que sa chute, son asservissement par un régime qui lui sera imposé par les baïonnettes prussiennes, serait, du point de vue de la liberté et du progrès humain, le plus grand malheur qui puisse arriver »34.

« Une seule chose est certaine, raisonnait Kropotkine en 1914, si l’Allemagne triomphe, non seulement la guerre ne sera pas libératrice, mais elle apportera à l’Europe un nouvel asservissement encore plus sévère. Les dirigeants allemands ne le cachent pas. Ils ont eux-mêmes déclaré avoir déclenché la guerre à des fins conquérantes. »35 Pierre Alexeïevitch divisait les belligérants en oppresseurs et en combattants pour la liberté. Ainsi, dans une conversation pendant la première guerre balkanique, il affirmait « que les victoires des Slaves sur la Turquie et la disparition de la Turquie en tant qu’État devaient être saluées comme une victoire dans la perspective de la disparition de l’État [ le but final de l’anarchisme ] : en somme, un État avait disparu de la surface de la terre »36. En règle générale, les défensistes reconnaissaient l’utilité des mouvements de libération nationale pour « radicaliser et mettre sur les rails la révolution sociale »37.

Cependant, il serait erroné de lier le mouvement défensiste uniquement à des sympathies personnelles et à l’influence des théoriciens. L’état objectif du mouvement ouvrier a joué un rôle décisif. Avant la guerre, on assistait au déclin des syndicalistes révolutionnaires au sein du syndicalisme français, sur lesquels la plupart des anarchistes russes fondaient alors leurs espoirs de bouleversement révolutionnaire en Europe. La stabilisation du niveau de vie et l’augmentation des salaires, provoquées par le développement de l’industrie, atténuèrent le radicalisme tant des tactiques que des revendications des grévistes [ français ]. Les dirigeants de la Confédération générale du travail (CGT) étaient de plus en plus enclins à résoudre les conflits par la négociation, et l’influence de son aile réformiste se renforça38. Dans les pays entrés dans la Première Guerre mondiale, les masses ont été submergées par une vague de sentiments patriotiques. « La vague passa et nous a emporta », écrivit le syndicaliste Pierre Monatte39 [ qui était alors de sympathie anarchiste. Il devient communiste après la Première guerre mondiale ]. « Nous étions complètement désorientés, nous avions perdu la tête », admit Alphonse Merrheim, leader de l’opposition internationaliste au sein de la CGT. « Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, la classe ouvrière parisienne, animée par un élan nationaliste très fort, n’aurait pas laissé aux agents de police le soin de nous fusiller. Elle nous aurait fusillés elle-même40. En conséquence, la CGT a refusé de proclamer la grève en réponse au début de la guerre, appelant les travailleurs à
« défendre la nation »41.

Un élan patriotique, accompagné de manifestations de masse et de pogroms anti-allemands, a également été observé en Russie. Comme le rappelait le journaliste bolchevique A.T. Radzisshevsky : « Le 19 juillet, selon l’ancien calendrier, la guerre a éclaté, brisant tout sentiment révolutionnaire et l’affaiblissant considérablement. Des dizaines de milliers d’ouvriers et des centaines de milliers de citadins, qui auparavant sympathisaient avec le mouvement, furent complètement déstabilisés et se sont rendus docilement aux centres de recrutement »42. En 1914, l’écrasante majorité des grèves en Russie n’étaient pas de nature anti-guerre et étaient liées à des revendications économiques43.

Néanmoins, la position de P.A. Kropotkine ne reçut pas le soutien de la majorité des anarchistes, ni en exil, ni en Russie même. Le rejet de ses idées s’expliquait en grande partie par la tradition, importante pour les anarchistes, de l’opposition à l’État et au militarisme. Il était impossible de dépasser rapidement cette position traditionnelle du mouvement. En outre, le défensisme impliquait une coopération, au moins temporaire, avec le gouvernement de Nicolas II, qui bénéficierait ainsi des idées des défensistes44. Or, cela était en soi inacceptable pour les anarchistes. De plus, les défensistes n’avaient pas leur propre organe de presse en russe.

L’opinion des internationalistes s’exprima dans le « Manifeste sur la guerre »45, signé [ en 1915 ] par 37 anarchistes (dont des représentants de l’anarchisme russe Vladimir « Bill » Chatoff, Iuda Grossman et Alexandre « Sanya » Shapiro46). Ses auteurs qualifièrent la guerre d’impérialiste, soulignant que les deux camps en présence poursuivaient des objectifs expansionnistes. La responsabilité de son déclenchement était attribuée aux capitalistes, aux propriétaires fonciers et à la bureaucratie. Le seul moyen de mettre fin aux hostilités militaires était vu dans un soulèvement armé débouchant sur une révolution sociale mondiale qui éliminerait les causes profondes des conflits internationaux : l’État et les relations capitalistes47. Les groupes et les journaux anarchistes s’exprimèrent à maintes reprises dans cet état d’esprit. Ainsi, la rédaction du journal Rabochee znamya (la Bannière du Travail) appelait à s’orienter vers « l’arrêt violent de la guerre par la volonté collective des classes laborieuses », à mener une propagande en faveur du communisme anarchiste, à créer une Internationale des organisations ouvrières « sur les bases de l’anti-étatisme, de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme »48. La grève générale était reconnue dans les articles éditoriaux de Golos Truda [ La Voix du Travail ] comme un moyen efficace de lutter contre la guerre et le militarisme49, et la défaite de l’armée russe était considérée, par analogie avec les événements de 1905, comme un facteur favorisant le développement de la révolution50 : « Avant tout, et le plus tôt sera le mieux, la révolution puis, ou en même temps, la guerre révolutionnaire de libération contre toutes les formes de violence et contre tous ses auteurs, qu’ils soient Russes, Allemands et autres », écrivait Voline51.

De nombreux partisans du « Manifeste anarchiste international sur la guerre » (Voline, Gregory Raïva, Alexandre Gué et d’autres) partageaient les idées du cosmopolitisme. C’est Alexandre Gué52 qui les a développées de la manière la plus cohérente. Selon lui, la position patriotique des socialistes était la conséquence logique de leur reconnaissance du droit des nations à l’autodétermination53. Gué voyait dans l’idéologie des mouvements nationaux « des éléments potentiels pour devenir nationalistes à terme »54. En attendant, selon lui, les causes des guerres ne pouvaient être éliminées que par « l’internationalisation de toutes les valeurs culturelles et l’assimilation culturelle de tous les peuples civilisés ». Il espérait que la révolution sociale à venir permettrait de surmonter les sentiments nationalistes en garantissant à tous un accès égal aux acquis de la culture moderne55. En contraste, un autre idéologue de l’aile anti-guerre des anarchistes, Georgi Goguelia, exprimait au contraire son inquiétude quant à l’évolution des relations interethniques dans le Caucase du Sud. Dénonçant les ambitions expansionnistes des pays de l’Entente, il accusait le gouvernement russe de vouloir détruire le peuple géorgien à l’aide de l’immigration arménienne : « Après l’annexion de l’Arménie par la Russie… une émigration massive d’Arméniens vers la Géorgie, centre industriel, commencera, et le brassage artificiel des peuples, pratiqué avec tant de zèle par la Russie tsariste depuis longtemps, s’intensifiera… Les Géorgiens attendent du « libérateur » des peuples le malheur qui a frappé les Juifs : la perte de leur territoire »56.

La plupart des internationalistes sympathisaient avec Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Vladimir Lénine57. Mais certains conservaient leur scepticisme traditionnel à l’égard des sociaux-démocrates. Ainsi, en avril 1915, dans les pages du tract–journal « Le pays de minuit » publié par Apollon Kareline58, lui-même membre de la « Fraternité des communistes libres » faisait allusion au manque de sincérité des discours anti-guerre des compagnons d’armes de Karl Liebknecht59. Kareline lui-même était favorable à une réconciliation avec les anarchistes défensistes. Reconnaissant indirectement dans une lettre à Kropotkine qu’il avait raison, il expliquait sa position par des motifs conjoncturels et par son désir d’être à l’avant-garde du mouvement révolutionnaire : « J’ai lu, cher maître, vos lettres sur la guerre, j’ai vu toute la force de vos arguments… Mais… si mes camarades et moi-même devions adopter votre point de vue, personne ne serait là pour porter nos drapeaux noirs dans la lutte quotidienne qui commencera immédiatement après la guerre »60. En 1916, Kareline justifia ouvertement la position des défensistes
« Kropotkine, sans trahir ses convictions, a accepté la guerre moderne comme un phénomène que nous ne pouvons empêcher et dont nous devons tirer le meilleur parti possible… En protestant contre la guerre, on peut arriver à la conviction qu’il faut y participer. ». Les partisans de Kropotkine, partageant les mêmes idées, « prennent les armes et partent combattre les Allemands, car ils sont convaincus que la victoire allemande retardera d’un siècle le triomphe de notre doctrine, c’est-à-dire qu’elle sera un moindre mal que la mort de n’importe lequel d’entre nous ! » 61.

Les idées des internationalistes au contraire s’exprimaient dans les publications périodiques de l’émigration anarchiste russe Golos Truda [ La Voix du Travail ] (New York, 1911-1917), Nabat [ Le Tocsin ] (Genève, 1914-1916), Rabochee Znamya [ La Bannière des travailleurs ] (Lausanne, 1915-1917), Rabochaya Mysl’ [ La pensée du travail ] (New York, 1916-1917) et Vostochnaya Zarya [ L’Aube de l’Orient ] (Pittsburgh, 1916).

Golos Truda [La Voix du Travail ] (1911-1917, New York) ; Nabat [ Le Tocsin ] (1914-1916, Genève) ; Rabochaya Mysl’ [ La Pensée du Travail ] (1916-1917, New York)


Les anarchistes russes exilés en Amérique du Nord et la guerre

Section new-yorkaise de l’URW, vers 1917

Les plus grandes organisations d’anarchistes russes émigrés furent influencées par ces journaux, en particulier la Fédération des unions des travailleurs russes des États-Unis et du Canada (Федерация союзов русских рабочих в США и Канаде), abrégée en Union des travailleurs russes (en anglais URW, Union of Russian Workers). [[Elle avait été fondée à New York en 1908 par des réfugiés ayant fui la Russie après l’échec de la Révolution de 1905 et jouait un rôle à la fois politique et social pour ses membres. En 1917, l’URW comptait environ 10 000 membres répartis dans 50 sections à travers les États-Unis.62

La déclaration de principes de l’URW appelait à l’unification des travailleurs russes aux États-Unis et au Canada afin qu’ils puissent lutter contre le capitalisme et les forces du pouvoir. Le groupe se déclarait également favorable au soutien des luttes des travailleurs non russes en Amérique et à la lutte pour la libération du tsarisme en Russie. Bien que l’organisation ait initialement promu la philosophie de l’anarchisme communiste, son idéologie a évolué au fil du temps jusqu’à ce qu’elle se déclare anarcho-syndicaliste en 1912 63.

Outre la publication de livres et de brochures sur des thèmes anarchistes et syndicalistes, l’Union des travailleurs russes remplissait également une fonction éducative et sociale : elle gérait des bibliothèques, organisait des cours d’anglais pour les nouveaux arrivants russes et offrait un lieu de rencontre aux émigrants russophones. Elle fut quasiment anéantie en Amérique par la chasse aux sorcières anticommuniste de 1919, période durant laquelle elle fut prise pour cible par le Bureau d’enquête du département de la Justice des États-Unis (FBI). Des milliers de ses membres furent arrêtés et des centaines furent expulsés vers la Russie soviétique en 1919 et 1920 ; d’autres encore y retournèrent volontairement. ]]

Ayant adopté le programme anarchiste, l’URW publiait de la littérature anarchiste et apportait son aide aux anarchistes en Russie. Le journal Golos Truda [ La Voix du Travail ] , créé en 1911 à New York comme un mensuel, se rapprocha de l’URW pour devenir le porte-parole de la Fédération. Comme le journal publiait les articles des meilleurs auteurs anarchistes, la qualité de ses contenus anti-guerre ainsi que sa popularité parmi les émigrés en Amérique et en Europe ne cessaient de croître. Entre 1911 et 1914, le journal était également distribué sur le territoire russe. Le Groupe moscovite des anarchistes syndicalistes (MGAS) maintenait des contacts avec Golos Truda [ La Voix du Travail ].

[[ Avant l’entrée en guerre des USA]], les militants de l’URW font campagne conte la guerre en Europe, organisant des tournées de conférences et des débats contradictoires, y invitant les partisans du défensisme (y compris des sociaux-démocrates et des socialistes-révolutionnaires). Ainsi, fin de 1915, N. Moukhine donna des conférences à Chicago et à Cleveland, et en mars 1916, son discours sur le thème « La guerre, le patriotisme et la patrie » fut entendu à Detroit et à Rochester. Au début du mois de septembre 1915, L. Lazarev [plus connu sous le pseudo de Lipotkine] expliquait à Detroit « La position de P. Kropotkine sur la guerre européenne ». À l’automne 1916, la Fédération organisa pour G. Raïva une « tournée de conférences » à Bridgeport, Chester, Cleveland et Detroit, où il parla du déroulement de la guerre et de la création d’une nouvelle Internationale. De novembre 1916 à janvier 1917, Voline – avec l’aide de Lazarev – se rendit à Cleveland, Chicago et Detroit, où il partagea ses réflexions sur l’anarchisme, le syndicalisme, la guerre et la grève générale64.

Eliezer Solomonovich Lazarev, alias Lazar Lipotkin (en 1912)

Comme l’écrit L. Lazarev, sous l’influence des articles antimilitaristes, à l’entrée en guerre des Etats Unis en 1917, les membres de l’URW refusent de s’inscrire au registre militaire et se soustrayaient à la conscription dans l’armée américaine, s’exposant à des arrestations et à des peines de prison (dans certains cas, jusqu’à 5 à 10 ans)65.

[[ En effet, dès lors que les États-Unis s’engagèrent dans la guerre, les anarchistes russes participèrent au mouvement contre la conscription. Ce mouvement avait été préparé par l’agitation anarchiste menée par le duo militant infatigable composé par Alexandre Berkman et Emma Goldman. Tous deux sont des anarchistes originaires de Russie, venus avec la première vague d’exil économique dans les années 1880. Aux USA ils se sont rapidement politisés, et à la déclaration de la guerre en 1914, ils sont déjà parmi les figures de proue du mouvement anarchiste américains.

A l’hiver 1913-1914, Alexandre Berkman lance la Ligue Antimilitariste, qui se fixe comme tâche d’éveiller les travailleurs dans un sens anti-militariste, pour rendre impossible la guerre. La ligue se dote d’un fond de solidarité et organise des bals ou des bazars pour recueillir des fonds.

Dès septembre 1914, Emma Goldman prend immédiatement position contre la guerre qui vient de se déclencher en Europe. En témoigne la couverture du magazine qu’elle éditait, Mother Earth (La Terre mère) de septembre 1914. L’illustration signée de « Man Ray » (pseudonyme d’Emmanuel Radnitsky), un artiste de l’école moderne, est une claire position anti-militariste. Elle illustre les arguments développés par Goldman dans sa brochure « la préparation à la guerre : la route vers le massacre universel ? », dont elle faisait une intense promotion par une série de conférences organisées dans tout le pays.

Mother earth, septembre 1914, numéro 7

Avec l’entrée en guerre des États Unis en Avril 1917, Berkman et Goldman transforment la Ligue anti-militariste en Ligue contre la conscription (No Conscription League). Ils organisent dès le 9 avril 1917 une « meeting de masse monstrueux », avec comme orateurs Emma Goldman, Alexandre Berkman, Chatov et Voline. Golos Truda, Le journal de l’Union des Travailleurs russe annonce le meeting par un bandeau en première page.

Puis quand le Président Wilson signe un Draft Bill fixant le 4 juin comme le jour d’enregistrement pour les hommes âgés de 21 à 31 ans, la Ligue Anti Conscription appelle à une série de rassemblements partout dans le pays pour encourager les jeunes hommes à refuser de s’enregistrer. Ils éditent un manifeste qui est distribué à plus de 100 000 copies et qui proclame :

« Nous nous opposons à la conscription car nous sommes internationalistes, antimilitaristes et opposés à toutes les guerres menées par les gouvernements capitalistes.

Nous nous battrons pour ce que nous choisissons de défendre ; Nous ne combattrons jamais simplement parce qu’on nous l’ordonne. Nous croyons que la militarisation de l’Amérique est un mal dont les effets antisociaux et libertariens surpassent de loin tout bienfait que pourrait apporter la participation des États-Unis à la guerre.

Nous résisterons à la conscription par tous les moyens en notre pouvoir et nous soutiendrons ceux qui, pour des raisons similaires, refusent d’être enrôlés. »

La Ligue considérait la conscription comme une atteinte à la liberté de choix éthique et politique garantie par la Constitution des États-Unis. Les membres de la Ligue s’opposaient fermement à la conscription imposée par le gouvernement ; ils la percevaient comme une violation de la liberté du peuple.

La loi sur la conscription de Wilson fut rapidement suivie par la loi sur l’espionnage et la loi sur la sédition. Ensemble, ces lois érigeaient en infraction le fait de refuser la conscription, d’inciter autrui à le faire, de publier des articles pacifistes, de prononcer des discours pacifistes ou d’envoyer par la poste tout document exprimant des sentiments antimilitaristes. Les contrevenants étaient passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison.

En conséquence le 5 juin, soi le lendemain du lancement de la conscription, Goldman et Berkman furent arrêtés sous l’accusation de conspiration pour obstruction à l’enrôlement. Ils sont jugés et condamnés dans la foulés à 25 000 dollars d’amende et à 2 ans de prison dans des pénitenciers fédéraux, avec la recommandation de la Cours qu’ils soient déportés une fois leur sentence purgée. Les réunions contre la conscription furent interdites et ceux qui s’y exprimaient étaient passibles d’arrestation.

Il est vrai que le gouvernement américain voulait empêcher que la propagande antimilitariste anarchiste ne viennent donner une justification politique et révolutionnaire au mouvement de refus de nombreux jeunes, dont le rejet essentiellement viscérald de la conscription était ent motivé uniquement par le refus d’aller « mourir pour l’Europe ». On estime en effet que trois millions d’hommes (environ 11 % des hommes en âge d’être mobilisés) refusèrent de s’inscrire ou, lorsqu’ils furent convoqués à leur centre de recrutement, décidèrent de ne pas se présenter66. Au total entre juillet 1917 et novembre 1918, Ce sont donc plus de 1900 procès qui furent organisés – et 877 condamnations prononcées – ontre des actes de propagande anti-guerre ou anti-conscription que ce soit des discours, la publication de journaux, la distribution de tracts, brochures ou livres.

Par ailleurs tous ceux qui protestaient ou refusaient la conscription n’étaient pas pacifistes. En Caroline du Nord occidentale, où la conscription Confédérée pendant la guerre de Sécession avait suscité un sentiment similaire, les habitants de deux localités organisèrent un mouvement de résistance armée. Lors de la Rébellion du Maïs Vert en Oklahoma, 500 fermiers noirs et blancs s’armèrent et se mirent en marche vers Washington. Les objecteurs de conscience armés n’allèrent pas bien loin mais il fallut des dizaines de groupes de miliciens armés, soit un millier d’hommes au total, originaires de sept comtés, et une semaine entière pour mater la rébellion67.

Pour les aider dans leur chasse aux « refuseurs », les autorités pouvaient compter sur l’aide de l’American Protective League (APL). Fondée par des hommes d’affaires de Chicago, elle  proposait son aide au Bureau d’enquête du ministère de la Justice afin de garantir le respect des lois sur la conscription et de lutter contre la rébellion. Ce groupe, actif dans les villes, traquait les réfractaires en collaboration avec les autorités locales et fédérales et exerça une forte pression pour inciter les gens à s’enrôler. Le ministère de la Justice intensifia sa campagne en mars 1918 pour retrouver les insoumis. La première opération de ce type eut lieu à Pittsburgh : agents fédéraux, police locale et membres de l’APL menèrent des opérations de ratissage dans toute la ville pour localiser les hommes en âge d’être mobilisés mais non inscrits. Lors de sa dissolution en février 1919, l’APL revendiquait près de 250 000 membres. Lors d’un raid à New-York, une force de  20 000 à 25 000 hommes participa à l’opération organisée par  le Bureau d’enquête, les US Marshals, les forces de police locales et l’APL. Ils interpellèrent des centaines de milliers d’hommes dans tous types de lieux publics. Chaque quartier commerçant et résidentiel important de la ville était couvert. Dès le deuxième jour du raid, 10 000 à 12 000 hommes avaient été arrêtés à Manhattan ; 8 000 à 10 000 à Brooklyn et dans le Queens ; 2 200 dans le Bronx ; et 12 000 dans le nord du New Jersey – soit plus de 40 000 hommes en détention, tous sans mandat, tous sans motif valable, tous en violation du Quatrième Amendement. Pourtant, malgré l’ampleur du dispositif, relativement peu de récalcitrants ont été appréhendés. ]]

GolosTruda [La Voix du Travail] 6 février 1917, jour de l’entrée en guerre des USA :
L’illustration montre une colonne de mouton à gauche surveillée par un chien loup et une colonne de soldats à droite, toutes deux se dirigeant au milieu d’une rue d’une grande ville moderne sous les acclamations de la foule vers une énorme tache sanglante où éclate le mot war, la guerre.

Les anarchistes russes exilés en Europe et la guerre

L’émigration anarchiste en Europe n’avait pas de centre unique. Les groupes les plus influents d’anarchistes-communistes russes étaient « Volnaia Volia » [ Libre arbitre ] (Angleterre), « Trud » [ Travail ] et « Bratstvo Volnykh Obshchinnikov » [ Fraternité des communards libres ] (France), « Nabat » [ Le Tocsin ] et « Rabochiy Mir » [ Le Monde du Travail ] (Suisse). Chacun de ces groupes comptait entre 5 et 30 membres68. Leurs organes de presse étaient Rabochee Znamya [ Le Drapeau des Travailleurs ] et Nabat [ Le Tocsin ]. En mars 1915, Kareline publia un numéro unique du journal Strana Polnochi [ Le Pays de Minuit]. Contrairement à Golos Truda [ La Voix du Travail ], ces publications paraissaient de manière irrégulière et étaient rarement acheminées en Russie.

[[ Les principaux centres de l’émigration politique Russe en Europe étaient Paris et Genève. Avec l’année 1907 commence une nouvelle étape de l’histoire des mouvements révolutionnaires russes en Europe. La révolution de 1905 qui avait ramené en Russie une grande partie des émigrés politiques s’est effondrée et ceux-ci sont revenus en France de façon massive dans l’été 1907. Il semble d’ailleurs que la capitale française ait pris le relais à partir de 1907 de la Suisse par suite de l’attitude de moins en moins tolérante des autorités helvétiques à l ‘égard des émigrés politique. Un rapport de Police du 16 décembre 1907 fait le tableau des « réfugiés russes révolutionnaires à Paris »69. À propos de ces « nouveaux réfugiés » arrivés après 1905, le rapport signale « Parmi ceux qui quittaient d’abord le sol natal [russe], on doit tout d’abord citer, car ce sont les premiers en date, les jeunes gens appelés sous les drapeaux et que la peur des combats autant que leurs opinions politiques incitaient à émigrer. Ceux-là sont en majorité des Juifs des provinces polonaises, leur nombre ne peut être évalué exactement : il s’élèverait à deux ou trois mille ». On voit donc que bien avant le déclenchement de la Première guerre mondiale, le refus de s’enrôler était déjà puissant chez les révolutionnaires russes qui appliquaient une sorte de « désertion par anticipation ».

À Paris, les révolutionnaires se regroupent par idéologie ou par affinité politique, en faisant fi des différences religieuses. Le rapport de police remarque : « La différence de religion ne sépare point les révolutionnaires russes. Les orthodoxes sont presque tous indifférents en matière religieuse : Ils n’ont point senti la nécessité de posséder un temple sur la rive gauche, où ils résident, et ils ne fréquentent point du tout l’église officielle de la rue Bizet où les membres de la colonie russe officielle font leurs dévotions. De même les Polonais catholiques n’entretiennent point de prêtres de leur langue. Les Juifs sont plus religieux ou du moins ils le paraissent ; mais il est de plus en plus évident que si certains ont une foi sincère, beaucoup d’autres sont plus pratiquants que croyants, et le plus souvent ne pratiquent qu’afin de pouvoir prétendre aux secours qu’octroient généreusement à leurs coreligionnaires de riches Israelites parisiens. Au dernier Yom-Kippour, fait inouï chez les Hébraïsants, un banquet suivi de bal fut organisé par des Juifs russes. Cette fête, analogue à nos anciens banquets [blasphématoires]du « Vendredi dit Saint », réunit plus de 400 assistants ! On doit ajouter que presque tous étaient tenants de l’anarchie ».

Parmi la floraison de groupes anarchistes communistes russes, les plus « radicaux » étaient certainement les Beznachaliye [ Sans autorité ], regroupés autour de Stepan M. Romanov (Bidbey). Mais il y avait aussi les groupes anarchistes-communistes Volonté des Travailleurs, Molot, Germinal, le Groupe de Paris pour l’assistance au mouvement anarchiste en Russie. Et même le Club des travailleurs sans partis.

Tract pour la Conférence du Club des travailleurs sans partis, Paris, 14 février 1913, avec K. Orguiéiani, sur le thème « nouvelle tendance dans le mouvement des travailleurs »

Plusieurs figurent se détachent dans ce milieu révolutionnaire agité :

Rogdaieff, pseudonyme de Nikolai Ignatievitch Muzil. Après s’être enfuit à Genève suite à sa participation active à la révolution de 1905, il était arrivé à Paris en 1906. Avec L. Fishelev, dit Maksim Raevskii, il fonde le journal Burevestnik (L’Oiseau-tempête, d’après le titre du fameux poème de Gorky dont il porte le dernier vers en sous-titre « Qu’éclate encore plus fort la tempête ! »), qui sera publié jusqu’en 1910. En 1911, il séjourne quelque temps en Catalogne où il prit part à la grève générale de 1911 avec la jeune (elle a alors à peine un an) CNT espagnole. Revenu à Paris en 1912, il est souvent orateur dans les meetings et réunions, entre autres en 1913 au meeting de protestation contre l’affaire Beilis, l’affaire Dreyfus russe70, où il prend la parole avec Georgi Goguelia (K. Orguiéiani) mais aussi Sébastien Faure et Jean Grave ou encore Léon Jouhaux, le secrétaire général de la CGT.

En 1914, il prend la parole au meeting pour l’anniversaire de la naissance de Bakounine, aux côtés de Maria Korn (Goldsmith), Goguelia, Zabrezhnev, Sébastien Faure et Georges Yvetot. Lorsqu’éclate la guerre en août 1914, il conserve une position anti-guerre et internationaliste appelant à une Révolution sociale comme réponse et à la création d’une Internationale ouvrière anarchiste. En 1915, on le retrouve comme orateur lors du 1er mai 1915 à Genève, aux côtés de Luigi Bertoni. Il s’oppose donc au Manifeste des seize (emmené par Kropotkine) et collabore au groupe russe qui publie le journal Nabat qui est envoyé clandestinement en Russie. Il travaille comme jardinier tout en suivant des Cours de Droit et de Sciences sociales à l’Université de Genève. En 1916, il fait une conférence sur le fondateur de l’Association Internationale Antimilitariste, Ferdinand Domela Nieuwenhuis, à l’occasion des 70 ans de ce dernier. Lorsqu’éclate la Révolution en Russie en 1917, il rentre à Moscou, où il rejoint les groupes anarchistes et travaille au quotidien Anarkhiia (L’Anarchie).

Dans ses différents exils à Genève et à Paris, Rogdaieff avait souvent croisé Georgi Goguelia (K. Orguiéiani), un des pionniers de l’anarchosyndicalisme russe. Un peu avant la grande guerre il militait à Paris (où il habitait avec sa compagne Lydia Ikonnikova au 44, rue des Boulangers dans le 5ème arrondissement) au groupe anarchiste communiste russe qui comptait une cinquantaine de membres. Il collaborait à la même époque au journal anarcho-syndicaliste russe Golos Truda publié depuis 1911 aux États-Unis et Canada.

Photo anthropométrique de Georgi Goguélia prise le 7 juillet 1914
Collection de l’Okhrana (police politique tsariste), vraisemblablement communiquée par la police française.

À la déclaration de guerre, il fut arrêté tout comme des dizaines d’anarchistes étrangers puis expulsé de France. En 1916 il était membre du groupe anarchiste communiste de Genève, condamnait les signataires du Manifeste des Seize qualifiés «d’anarcho-patriotes». En mai 1917, avec Roshchin (Iuda Grossman), ils publient Pout’ k Svobode (Le Chemin vers la Liberté ou La Voie de la Liberté ). « Organe du groupe zurichois et genevois des Anarchistes-Communistes », avec en sous-titre  » À bas la guerre ! À bas le règne de l’Autorité et du Capital ! Vive la fraternité des hommes libres ! « 

Pout’ k Svobode (Le Chemin vers la Liberté ou La Voie de la Liberté ). « Organe du groupe zurichois et genevois des Anarchistes-Communistes »

L’en-tête annonce une sortie non périodique, mais en fait il n’y aura qu’un seul numéro (sans doute parce que nombreux sont les militants qui rentreront en Russie alors en pleine période révolu-tionnaire). À noter que le titre ressortira en 1919-1920 à Gouliai Polé, dans l’Ukraine insurgée, en tant qu’Organe de l’Armée rebelle d’Ukraine de Nestor Makhno.  Georgi Goguelia retourna au Caucase lors de la révolution et continua de défendre les théories anarchosyndicalistes.

Voline (de son vrai nom Vsevolod Mikhaïlovitch Eikhenbaum) est une autre figure de l’exil révolutionnaire russe, même s’il n’est pas en bon terme avec les deux personnes précédentes. Voline est arrivé à Paris en 1907 après s’être évadé lors de son transfert entre la Forteresse Pierre-et-Paul et la Sibérie. Il avait été condamné à la déportation perpétuelle pour sa participation au premier soviet de Saint-Pétersbourg en 1905 puis à l’insurrection dans l’île de Kronstadt en 1906. En 1911, il rencontre les milieux libertaires et adhère au groupe créé par Apollon Kareline, alors proche des idées de Kropotkine. C’est à ce moment qu’il découvre les œuvres de Pierre-Joseph Proudhon, Bakounine, Kropotkine et devient anarchiste. Ce petit milieu très politisé et très radical est très surveillé par la police française. Comme le rappelait L.V. Ikonnikova-Goguelia, dès 1914, la police française disposait d’une liste des antimilitaristes russes71. Aussi sans surprise les 3 et 4 août 1914, après l’annonce de la mobilisation en France, la police française procéda à des arrestations et des perquisitions chez les anarchistes antimilitaristes russes immigrés, saisissant des documents72. Voline échappa à cette vague d’arrestation. Fin 1915, il fait partie du Comité d’action internationale contre la guerre, animé notamment par l’anarchiste français Paul Veber, lui-même secrétaire adjoint du syndicat des métaux de la Seine, et membre de la commission exécutive de la Fédération des Métaux de la CGT. Cette fédération, emmenée par son secrétaire Alphonse Merrheim, était une des seules au sein de la CGT à prendre publiquement position contre la guerre et contre l’Union sacrée. Selon le témoignage de son fils Léo Voline73 : « en 1916, apprenant qu’il devait être arrêté et interné suite à une dénonciation pour avoir rédigé un tract contre la guerre, il s’enfuit de Paris, rejoint Bordeaux et s’embarque comme soutier – matelot qui était chargé d’alimenter en charbon les chaufferies des navires à vapeur – sur le « Lafayette », sous le nom de François-Joseph Rouby. Au cours du voyage, épuisé, les mains en sang, il pense se rendre au capitaine, mais aidé par les autres soutiens, il tient jusqu’à l’arrivé aux États-Unis. »

Paquebot Lafayette

Là il rejoint les anarchistes de l’Union des Travailleurs Russes (URW) et anime des tournées de conférences contre la guerre et pour l’anarchisme. Il y reste jusqu’au déclenchement de la Révolution russe, qu’il rejoint en passant par le Japon et la Chine. Pendant ce temps il informe sa seconde compagne Anna Grigoriev est restée à Paris avec les enfants Natacha (née en 1915), Igor et Georges (nés en 1910 et 1912 d’une première union de Voline avec Tatiana Solopova, membre du Parti socialiste-révolutionnaire, qui mourut en 1915). La famille le rejoindra en Russie en 1917 74.]]

On le voit, les anarchistes russes exilés ne ménageaient pas leurs efforts pour faire connaitre leur opposition à la guerre et pour exprimer leur refus de toute participation militaire. Pour cela ils mobilisent toutes les formes d’action et de propagande possible. Par exemple, des groupes d’émigrés distribuent des tracts antiguerres. En avril 1915, le journal genevois Nabat publia une proclamation intitulée « 1er mai. Citoyens ! ». En 1916, cinq autres tracts virent le jour :
« Protestation » (Zurich, Rabochiy Mir), « Sur les maux du jour » et « Réponse » (Genève), « Protestation » (Paris), « À tous les opprimés ! »75. Ce dernier tract fut imprimé en octobre-novembre 1916 dans différentes imprimeries de Stockholm. Il fut tiré à plusieurs milliers d’exemplaires, dont une partie fut confisquée par la police suédoise. L’attaché militaire russe en Suède a même supposé que sa publication était l’œuvre des services secrets allemands, mais cette version n’a jamais été confirmée76.

L’activité anti-guerre des anarchistes en Russie

Une activité importante des émigrés anarchistes consistait à faire passer clandestinement des agitateurs et de la littérature en Russie, avec lequel les communications avaient été interrompues pendant la guerre. En septembre 1915, la rédaction du journal Rabochee znamya annonça une collecte de fonds à cette fin77. Nikolaï Petrov-Pavlov, résidant à Daïren (Dalian en Chinois), possession japonaise, près de la sphère d’influence russe en Mandchourie, fit passer en contrebande en Russie des publications anarchistes russes éxilés, via Harbin78 ainsi que par l’intermédiaire de marins venus de Vladivostok. Rien qu’en 1915, il réussit à faire passer une partie du tirage du journal Nabat, ainsi que les brochures Novoye Yevangeliye [ Le Nouvel Évangile ] et Za mir [ Pour la paix ]79. À Petrograd, les publications anarchistes étaient acheminées via Arkhangelsk (probablement avec l’aide des marins des navires marchands)80. Selon Lazarev, en 1915, la rédaction de Golos Truda [ La Voix du Travail ] (La Voix du travail) créa plusieurs groupes de propagande en Russie même. Au printemps 1916, certains des membres du journal réussirent à retourner dans leur pays natal pour y distribuer le journal et y établir des contacts81. En novembre 1916, le sergent-major Chcherbanenko du 28ème bataillon d’infanterie de réserve reçut à Kharkov, en provenance d’Amérique, la brochure « Pour qui le soldat combat-il ?», qui appelait à refuser le service militaire82. Du matériel de propagande arrivait également en Russie par l’intermédiaire de la Croix rouge anarchiste (Anarchist Red Cross83), active à New York, qui depuis 1913 collectait et envoyait des fonds aux prisonniers politiques et aux exilés dans 25 localités en Russie. Grâce à elle, un questionnaire demandant d’évaluer les événements de la Première Guerre mondiale fut distribué dans les prisons et dans les lieux d’exil. Les résultats de l’enquête, qui ont révélèrent le sentiments anti-guerre de la majorité des prisonniers, furent ensuite publiés84.

Les émigrés apportèrent également leur aide aux déserteurs de Russie. Petrov-Pavlov mis en place une structure d’aide aux déserteurs. À son adresse, il recevait des fonds utilisés pour subvenir aux besoins des déserteurs et financer leur voyage vers le Japon, l’Australie ou encore l’Amérique. Son adresse était aussi utilisée par les déserteurs pour correspondre avec leurs proches. Cette activité était rendu possible grâce aux dons d’anarchistes et de membres du Bund85 vivant aux États-Unis. En février 1916, Petrov-Pavlov demanda au gouvernement japonais d’autoriser les déserteurs se trouvant à Dairen (environ 50 personnes) à se rendre en Corée86. Il entretenait également une correspondance avec des déportés vivant en Sibérie (anarchistes et sociaux-démocrates), envoyant à certains d’entre eux de l’argent et de la littérature anarchiste87. En 1915, sa correspondance fut découverte par la censure militaire française [ qui informa les autorités russes ] et, à la fin du mois d’octobre 1916, à la demande du consul russe Petrov-Pavlov, fut arrêté par la police japonaise et extradé vers la Russie88.

Sur le territoire de l’Empire russe, le mouvement anarchiste a connu une période d’essor entre 1914 et 1917. Si, en 1914-1915, leurs groupes (de 5-6 à 50 personnes) étaient actifs dans 8-9 villes, en 1916 et au début 1917, on trouvait déjà des groupes dans 17 villes89. Ils étaient les plus nombreux à Petrograd (en 1916, on comptait 6 organisations totalisant plus de 100 personnes)90 et à Moscou (en 1916, 7 groupes avec 73 participants)91. Au total, selon les données de V.V. Krivenko, au début de 1917, la Russie comptait environ 300 anarchistes. Le mouvement s’est progressivement consolidé et de grands centres furent créés. Ainsi, au printemps 1914, le Groupe des anarchistes-communistes déportés de Sibérie orientale a vu le jour, réunissant plusieurs dizaines de personnes92. En 1914 et 1916, furent créés à Petrograd l’Union des anarchistes du Nord et le Groupe des anarchistes du Nord, qui regroupaient les organisations des districts de la capitale. Une tendance constante à l’établissement de liens interrégionaux se dessina. Ainsi, entre 1914 et 1916, des émissaires de Petrograd se rendirent à Bakou, Bryansk, Ekaterinoslav, Kiev, Moscou, Odessa, Tula et Kharkov93. En 1916, le principal animateur du Groupe uni des anarchistes du district de Vyborg, A.D. Fedorov, créa une organisation à Moscou94. Au début de l’année 1917, l’anarchiste de Petrograd N. Lebedev forma un cercle clandestin parmi les ouvriers de Kazan95. En décembre 1914 et à l’automne 1916, des tentatives infructueuses furent faites pour organiser un congrès panrusse des anarchistes96.

Les activités antiguerres des organisations anarchistes en Russie se déroulaient principalement dans le domaine de la propagande. Dans le contexte du travail clandestin, il était difficile de mener une telle propagande, oralement et publiquement. Cette situation est illustrée par un épisode de la vie de V. A. Posse, journaliste et publiciste reconnu pour ses idées d’anarchisme pacifiste, de syndicaliste révolutionnaire et de coopérativiste. En août 1914, lors d’une tournée de conférences dans les villes de la Volga et de l’Oural, il visita Sarapoul. Il y donna une conférence sur l’Allemagne et les Allemands, démystifiant les mythes de la propagande : « J’ai souligné que la guerre en général est odieuse, mesquine et cruelle, mais que les Allemands ne sont pas plus sauvages que les Anglais, les Français ou nous, les Russes. J’ai évoqué les génies de la littérature, de l’art et de la science allemands, rappelé ce que nous avions appris des Allemands et exprimé ma confiance qu’après la guerre, nous serions amis avec les Allemands, que nous apprendrions les uns des autres non pas à nous battre, mais à travailler et à créer. J’ai mis en garde contre le harcèlement des Allemands vivant en Russie, et qui sont innocents des crimes de Guillaume. »97 Cette conférence conduisit à la persécution de Posse dans la presse locale des Cent-Noirs [ groupe paramilitaire ultra-tsariste ]98, où il fut presque ouvertement qualifié d’espion allemand et austro-hongrois. Lors de sa conférence suivante, des policiers se présentèrent en nombre. Le lendemain, immédiatement après un sermon prononcé dans la cathédrale par l’archevêque Ambroise, chef des Cent-Noirs locaux, une foule de paroissiens tenta de lyncher Posse sur la place voisine. Seule l’intervention d’un fonctionnaire du tribunal, se trouvant par hasard dans les environs, sauva la vie du conférencier antimilitariste. Sur ordre du gouverneur de la province de Viatka, où se trouvait Sarapoul, Posse fut condamné à une lourde amende. Le ministre de l’Intérieur interdit alors ses conférences jusqu’au printemps 191699.

Néanmoins, [ malgré les difficultés de la clandestinité ] les anarchistes tentèrent de faire de la propagande lors de rassemblements de masse, même si on ne connaît qu’un seul cas avéré de participation active des anarchistes à un tel rassemblement. Ainsi, le 15 août 1916, A. Skvortsov et S. Levin prirent la parole lors d’un rassemblement illégal d’ouvriers des usines de Kharkov, déclarant que la guerre servait les intérêts des capitalistes, qui s’enrichissaient aux dépens du prolétariat. Pour réfuter les arguments des pro-guerre, ils insistèrent sur le fait qu’en cas de victoire de l’Entente, la situation matérielle des travailleurs se détériorerait en raison de l’énorme dette de la Russie envers ses alliés. Le 11 octobre 1916, Skvortsov participa aux manifestations étudiantes à Kharkov, scandant le slogan « À bas la guerre, vive la révolution ! »100.

La propagande imprimée était plus visible. Selon les données de P.O. Korotich, entre 1914 et 1916, au moins 27 tracts et proclamations anarchistes ont été publiés en Russie101. En règle générale, ils étaient reproduits à l’aide de duplicateurs de type hectographe ou shapirographe. Des tracts manuscrits étaient également assez souvent distribués. Les groupes clandestins créaient rarement des imprimeries clandestines. Ainsi, le Groupe des Anarchosyndicalistes de Moscou acheta une rotative en partenariat avec les bolcheviks, puis expropria une presse dans une imprimerie. Plusieurs tentatives furent faites pour publier des périodiques : en 1914-1915 le Groupe des ouvriers anarchistes-communistes a publié à Petrograd un numéro du bulletin « Anarchie »102. Au même moment, l’Union des anarchistes du Nord imprimait deux numéros du magazine « Anarchiste » sur une machine à imprimer hectographique. En outre, le Groupe des anarchistes du Nord publia en 1915 les brochures de propagande « Les fondements de l’anarchisme » et « Trois ennemis. La faim. L’ignorance. La peur »103.

Les premiers tracts antimilitaristes parurent dès l’automne 1914. Les plus célèbres d’entre eux furent « Aux soldats ! » (octobre 1914, à Irkoutsk) et « À tous les travailleurs » (novembre 1914, à Saint-Pétersbourg)104. Entre août 1914 et janvier 1917, les anarchistes de Petrograd publièrent à eux seuls 13 tracts (un en 1914, neuf en 1915 et trois en 1916)105. Les rapports de police permettent d’évaluer leur tirage. Ainsi, lors des perquisitions et des arrestations parmi les membres du Groupe des ouvriers anarchistes-communistes de Petrograd, la police saisit 100 exemplaires de l’appel « Camarades ! Il y a dix ans… » et 85 exemplaires de « Guerre et révolution »106. Le tirage des tracts du Groupe anarchosyndicaliste de Moscou atteignait 1 000 à 2 000 exemplaires107. Ces tracts étaient principalement destinés aux ouvriers et distribués dans les entreprises. En août 1915, par exemple, les tracts du Groupe anarchiste du Nord « À propos de la guerre » et « Camarades ! La Russie ouvrière et le prolétariat russe… » ont été lues dans les usines métallurgique Poutilov, aux chantiers navals de la Baltique Sudostroitelny et l’usine mécanique de Petrograd108. Au cours de l’hiver et du printemps 1916, des anarchistes, arrivés à Moscou en provenance de Petrograd, menés par Fedorov, distribuaient les brochures « Les fondements de l’anarchisme » et « Marche contre la guerre » à l’usine militaro-industrielle n° 1, aux usines Dynamo, Dux, Dobrov et Nabholz, ainsi qu’à l’usine Bariya109. En septembre 1916, des tracts apparurent à Moscou dans les usines Mikhelson, Dux, Sokolnichesky et dans les ateliers du tramway municipal. Selon les informations de la police, « une partie des ouvriers réagit avec sympathie aux tracts »110. Les conflits sociaux étaient régulièrement utilisés à des fins de propagande. Par exemple, le 27 octobre 1915, lors d’une grève à l’usine Phoenix de Petrograd, un appel fut distribué aux grévistes, appelant à mettre fin à la guerre par une révolution sociale111.

La plupart des tracts indiquaient leur destinataire (« À tous les travailleurs », « Ouvriers ! », « Frères soldats ! », « Camarades ouvriers ! », « Ouvriers tubistes ! », « Ouvriers et ouvrières ! »112) et contenaient des slogans tels que « À bas la guerre ! », « À bas vos guerres sanglantes ! », etc113. Ils contenaient une évaluation sans complaisance des opérations militaires, qualifiées de « jeu sanglant des gouvernements », de « guerre fratricide », de « grand massacre mondial », etc114. La situation de la Russie était décrite comme catastrophique : « Les pertes de nos troupes dépassent les deux millions. Chaque jour de guerre fait plus de 40 000 victimes et coûte 200 millions de roubles. »115 Les accusations de trahison devinrent un nouveau mot dans la pratique anarchiste, et leur véhémence fut particulièrement vive dans le tract du Groupe anarchosyndicaliste de Moscou : « La libération des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». « Nous nous souvenons, pouvait-on y lire, des noms de Soukhomlinov116 et de Miassoedov117, dont la trahison contribua à la destruction la plus efficace de l’armée russe. Nous savons que la trahison se cache dans le palais impérial et autour de la jeune tsarine118, où se regroupe un cercle de germanophiles qui ont leurs agents dans les pays neutres. C’est pourquoi les ouvriers et les paysans russes sont impitoyablement exterminés au front, c’est pourquoi nos pertes atteignent le chiffre effrayant de près de 9 millions de personnes, soit plus que les pertes de l’Allemagne et de l’Autriche réunies. »119

Ce tract du Groupe anarchosyndicaliste de Moscou est intéressant car il inclut la stratégie de lutte politique qui a conduit au renversement de Nicolas II du trône lors des Journées de février 1917. Accusant le gouvernement d’être incapable d’organiser l’« approvisionnement alimentaire », le tract prédisait l’arrivée de la famine si l’initiative publique était entravée par les actions de la bureaucratie. Les auteurs du tract exhortaient aussi les ouvriers à profiter du conflit entre la Douma d’État et Nicolas II : « Camarades, nous vous appelons à reprendre l’arme glorieuse de la lutte prolétarienne et à porter un coup décisif à votre pire ennemi. » « Que le jour de l’ouverture de la Douma d’État soit marqué par une grève générale du prolétariat moscovite. Ce jour-là, la bourgeoisie se prépare à lancer une offensive depuis la tribune parlementaire et, ainsi, notre ennemi juré sera frappé de deux côtés »120. Dans le même temps, la lutte pour l’idéal anarchiste était reportée à un avenir lointain (ce qui était atypique pour les anarchistes du début du XXe siècle), et les objectifs immédiats proclamés étaient le renversement de l’autocratie, la fin de la guerre, l’octroi des libertés politiques et l’amnistie121.

Dans l’armée et la marine, l’agitation était menée par des anarchistes connus tels que K.V. Akashev, A.M. Atabekyan, A.A. Borovoy, B.A. Verkhoustinsky, A.G. Zheleznyakov, G.P. Maximov et d’autres. « J’ai déjà tranché la question qui me tourmentait, se souvient Maximov, qui avait la possibilité d’échapper au service militaire, je ne me déroberai pas à la mobilisation, je m’engagerai dans l’armée et je vivrai avec le peuple dans les mêmes conditions que lui, je partagerai toutes les épreuves et mènerai une propagande antimilitariste et politique dans la caserne »122. En 1915, il s’engagea comme volontaire dans le 176e régiment d’infanterie de réserve, stationné à Krasnoïe Selo, près de Petrograd. Là, Maximov discutait avec les soldats, critiquant la guerre et la politique de Nicolas II et expliquant prudemment les idées de l’autonomie anarchiste. Étant l’un des plus instruits, il gagna la confiance des soldats de sa compagnie, qui l’envoyèrent auprès du député de la Douma d’État A.F. Kerensky pour demander que les commandants cessent d’utiliser les châtiments corporels123. A. Zheleznyakov servit dans la 2e escadre de la flotte de la Baltique en 1915-1916, puis sur le navire-école Océan. Dans ses lettres, il informait les anarchistes moscovites de l’état d’esprit des marins et de ses propres activités (il réussit à faire circuler des tracts et de la littérature parmi les militaires)124. En 1915, le Groupe des ouvriers anarchistes-communistes glissait ses tracts dans les journaux pour tenter de les faire parvenir aux soldats125. Le transport des tracts antiguerre vers le front et en retour la livraison d’armes depuis celui-ci étaient assurés par les membres du Groupe anarchosyndicaliste de Moscou (MGAS)126. L’Union des anarchistes du Nord espérait inciter les soldats à commettre des attentats contre les hauts responsables militaires. À cette fin, il était prévu, à l’automne 1916, de créer des groupes de combat composés de membres de la garnison de Petrograd127.

Les appels adressés aux soldats évoquaient avant tout les rigueurs de la guerre et la responsabilité du gouvernement tsariste et des capitalistes à cet égard : « Vous, soldats, qui versez votre sang pour les intérêts du tsar et du capitalisme, et vous, condamnés à mort, contraints de mourir de faim et de froid dans les tranchées, vêtus de haillons misérables, réduits à l’état de « chair à canon » et de « tas de fumier »128. Les tracts suggéraient que « la vie et la santé des soldats eux-mêmes étaient moins importantes pour les autorités que les cartouches » : « Quelle attitude ignoble le gouvernement adopte envers les blessés ! Quelles aumônes pitoyables leur jettent ces messieurs engraissés ! Quelles restrictions scandaleuses existent dans la détermination des allocations aux victimes de la guerre ! »129. La détérioration de la situation socio-économique du pays était étroitement liée à l’action militaire :
« Dans le même temps, tout le poids matériel de la guerre repose sur la population la plus pauvre : les impôts augmentent de manière incroyable, l’appétit des industriels et des commerçants qui gonflent les prix des marchandises ne cesse de croître, les vols se multiplient, les familles des réservistes vivent dans la misère, les chômeurs souffrent de la faim »130. La cruauté des autorités envers ceux restés à l’arrière était particulièrement soulignée : « Depuis un an et demi déjà, votre sang coule dans les champs du grand carnage des peuples, dressés les uns contre les autres par les tsars et les gouvernements de tous les États belligérants, au nom du pouvoir despotique et au nom de la bourgeoisie capitaliste qui, sous le grondement des canons et à travers les flots de sang populaire, pille vos femmes, vos pères et vos mères. Et pour toute tentative de protestation, la police, sur ordre du gouvernement, fusille des ouvriers, des femmes, des vieillards et des enfants sans armes. » Dans ce tract, la responsabilité des représailles n’était pas attribuée aux soldats, mais à la police131. Les appels relayaient des rumeurs mensongères, qui contrastaient clairement avec la position défaitiste des anarchistes : « Comme le disent vos généraux traîtres qui, sous la direction de la tsarine Marie, ont vendu les plans des opérations militaires à l’Allemagne ; et cette trahison a coûté cher à notre patrie déchirée. Des millions de vies humaines ont été sacrifiées à une mort certaine par un gouvernement et des généraux traîtres »132. Il rapportait également des troubles parmi les ouvriers et les soldats en Autriche-Hongrie et en Allemagne, qui témoignaient prétendument de l’approche de la révolution133. « Pour mettre fin aux aventures des prédateurs, qui conduisent au massacre massif des masses qu’ils dominent la destruction de l’État est nécessaire … », affirmaient les tracts. « Les masses ouvrières ont pour tâche de détruire le système capitaliste et l’État par une révolution violente, en s’emparant des terres, des usines, des fabriques et de tous les biens des seigneurs pour les mettre à la disposition de tous pour l’usage commun »134.

Soucieux d’élargir le nombre de leurs partisans, les anarchistes aidaient les déserteurs. En 1916, un rapport du département de la sécurité de Petrograd indiquait que dans la capitale, « la plus grande partie des groupes anarchistes était composée de soldats déserteurs, ainsi que de clandestins qui se soustrayaient au service militaire »135. Selon la police, « séduits par la vie aux frais de l’organisation, ils rejoignent volontiers les groupes anarchistes, constituant des cadres prêts à l’emploi et des exécutants dociles des chefs des expropriations »136. De plus, il y avait « un nombre important de déserteurs vivant dans la capitale sans occupation particulière ». Les anarchistes pouvaient leur fournir non seulement de l’argent, mais aussi de faux-papiers137. Ainsi, A. Tyukhanov, avec le soutien du Groupe anarchosyndicaliste de Moscou, a mis en place à l’été 1914 dans l’une des imprimeries la production de « billets blancs » (certificats d’exemption du service militaire), distribués parmi les anarchistes et leurs sympathisants qui souhaitaient échapper à la conscription138. Des passeports et d’autres documents furent également préparés. Ainsi, lors d’une perquisition dans un appartement de Petrograd le 16 mars 1916, l’anarchiste P. D. Filimoshkin fut surpris en train de fabriquer de faux diplômes de fin d’études de l’école primaire Bogorodsky139.


[[ Le journal Nashe slovo (Notre parole), publié par les socio-démocrates russes exilés à Paris dont Trotski, dans son numéro du 28 avril 1915, dans la rubrique « la vie en Russie » informe sur la nouvelle loi de lutte contre les déserteurs :

Outre les mesures de répression classique contre les déserteurs s’ils venaient à se faire arrêter, la nouvelle réglementation visait à punir les familles en les privant de nourriture (laquelle était déjà  rationnée pendant la guerre) et en rendant l’information publique, de manière faire exercer une pression sociale sur les familles de déserteurs. : « Contre les déserteurs : Le Conseil des ministres décidera de promulguer une loi, conformément à l’article 87, afin de mettre fin à la distribution de rations aux familles de ceux qui se sont rendus volontairement à l’ennemi sans usage d’armes, ainsi qu’aux déserteurs eux-mêmes. Ces cas de reddition devront être signalés aux autorités locales afin que la famille du déserteur soit radiée des listes de bénéficiaires et que la population en soit informée. » ]]


On connaît également des cas d’anarchistes ayant fui de l’armée ou de la marine. Par exemple, en juin 1915, un groupe d’anarchistes formé à Moscou par le cordonnier letton Belevsky Berzine, préparait la fuite de l’anarchiste Gail, appelé sous les drapeaux140. En août 1915, K. A. Tsesnik, simple soldat du 143ème régiment d’infanterie Dorogobuzhsky, s’évada de l’hôpital Pierre le Grand de Moscou. Plus tard, Tsesnik devint un militant du groupe anarchiste de Kharkov. Le 30 mai 1916, l’anarchiste E. P. Rudzinsky déserta du 29ème régiment d’infanterie de réserve141. La même année, Zheleznakov s’est enfui du navire-école « Océan ».

Sur la base de leurs activités antiguerre commune, les anarchistes ont commencé à coopérer avec certains partis socialistes. Dès l’automne 1914, à Kharkov, les anarchistes, les socialistes-révolutionnaires et les sociaux-démocrates ont discuté ensemble de la publication d’un tract antiguerre. Au début du mois de février 1915, une réunion rassembla à Moscou des anarchistes, des socialistes-révolutionnaires et des anarchistes-syndicalistes opposés à la guerre142. Cependant, en raison de leurs divergences, ces réunions n’aboutirent à aucun résultat. Cependant, en raison de désaccords entre eux, ces réunions restèrent sans issue. Cependant, dans les lieux d’exil et de détention, où les conditions de vie en communauté et la lutte pour les intérêts des prisonniers unissaient des représentants de divers courants idéologiques, une coopération s’établit avec succès. En 1916, plusieurs anarchistes déportés en Sibérie ont rejoint à Tomsk l’Union militaire socialiste, qui comprenait des bolcheviks, des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks143. Dans le pénitencier de travaux forcés [ katorga ] de Kherson, les anarchistes ont participé à un sondage mené à l’initiative du maximaliste socialiste révolutionnaire B. Zhadanovsky sur l’attitude à l’égard de la Première Guerre mondiale, sa nature et ses résultats attendus. Le sondage a révélé la prédominance des sentiments internationalistes et défaitistes. Au printemps 1916, les détenus de Kherson ont publié un journal clandestin manuscrit intitulé Pensées libres [ Svobodniié mysl’ ], dont les pages étaient consacrées à des discussions sur la guerre. Parmi ses auteurs et créateurs figuraient les anarchistes A.N. Andreev, Vinokourov et K. Kasparov144.

Ainsi, pendant la Première Guerre mondiale, la propagande antimilitariste occupait une place prépondérante dans l’activité des anarchistes russes, contribuant à étendre leur influence et à développer le mouvement grâce aux ouvriers, aux employés et aux déserteurs qui rejoignaient les rangs des organisations anarchistes. Un travail tout aussi actif était mené parmi les soldats et les marins.


NOTES

  1. CF. Petrogradskaya federatsiya anarkhistov [ Fédération Anarchiste de Petrograd ], 1923 // International Institute of Social History (IISH), Amsterdam, Archives de Senya Fléchine f. 84 [ an English translation is available here : http : //www.katesharpleylibrary.net/gxd3d2 ] ; L. Lipotkin, Russkoye anarkhicheskoye dvizheniye v Severnoy Amerike. Istoricheskiye ocherki. [ Le mouvement anarchiste russe en Amérique du Nord, essai historique ] // Ibid. Archives Lipotkine, B. 1. ; N. Driker, Khersonskaya katorga v dni voyny [ Travaux forcés (katorga) à Kherson pendant les jours de guerre ] // Katorga i ssylka. [ Katorga (travaux forcés) et exil. ], (Kiev : 1924), pp. 71–80 ; V. Khudoley, Vospominaniya anarkhista [ Mémoires d’un anarchiste ] // Volna [ La vague ] № 46 (1923), pp. 32–37 ; idem, Anarkhicheskiye techeniya nakanune 1917 goda [ Courants anarchistes à la veille de 1917 ] // Mikhailu Bakuninu. 1876–1926 : Ocherki istorii anarkhicheskogo dvizheniya v Rossii. [ A Mikhaïl Bakounine. 1876– 1926 : Essais sur l’histoire du mouvement anarchiste en Russie ], (Moscou : 1926), pp. 314–322 ; G. P. Maximoff, V gody voyny (Iz zapisok anarkhista) [ Pendant les années de guerre (d’après les notes d’un anarchiste) ] // Letopis’ revolyutsii. [ Chronique de la révolution. ], Vol. 1 (Berlin : 1923), pp. 243–268 ; A. N. Tyukhanov, Palubnaya pokhodka. [ Passerelle sur le pont. ] (Moscou ; Leningrad : 1931).
  2. V. E. [ V. M. Voline ], Kray zavesy [ le bord du rideau ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ] № 50 (27 August 1915), p. 2.
  3. Ya. Yakovlev, Russkiy anarkhizm v Velikoy Russkoy revolyutsii [ L’anarchisme russe dans la Grande Révolution russe ], (Moscou : 1921) ; B. I. Gorev, Anarkhizm v Rossii (ot Bakunina do Makhno) [ L’Anarchisme en Russie (de Bakounine à Makhno) ], (Moscou : 1930) ; V. Zalezhskiy, Anarkhisty v Rossii [ Les anarchistes en Russie ], (Moscou : 1930) ; Ye. M. Yaroslavskiy, Anarkhizm v Rossii [ L’anarchisme en Russie ], (Moscou : 1939).
  4. V. V. Komin, Anarkhizm v Rossii. [ L’anarchisme en Russie. ], (Kaliningrad : 1969), pp. 124–127 ; Ye. M. Kornoukhov, Bor’ba partii bol’shevikov protiv anarkhizma v Rossii. [ La lutte du Parti Bolchevique contre l’anarchisme en Russie. ], (Moscou : 1981), pp. 107–112 ; S. N. Kanev, Revolyutsiya i anarkhizm : iz istorii bor’by revolyutsionnykh demokratov i bol’shevikov protiv anarkhizma (1840–1917 gg.) [ Révolution et anarchisme : d’après l’histoire de la lutte des Révolutionnaires-Démocrates et des Bolchéviques contre l’anarchisme (1840–1917) ], (Moscou ; 1987), pp. 255–259. Certains sujets ont été étudiés par des chercheurs non-russes ; voir notamment : P. Avrich, The Russian anarchists [ Les anarchistes russes ] (Princeton : 1967), pp. 116–119.
  5. A. A. Shtyrbul, Anarkhistskoye dvizheniye v Sibiri v 1-y chetverti XX veka. Antigosudarstvennyy bunt i negosudarstvennaya samoorganizatsiya trudyashchikhsya : teoriya i praktika. [ Le mouvement anarchiste en Sibérie au premier quart du XXe siècle. Révolte anti-étatique et auto-organisation non étatique des travailleurs : théorie et pratique ], Part 1, (Omsk : 1996) ; V. V. Kriven’kiy, Anarkhisty [ Les Anarchistes ] // Politicheskiye partii i obshchestvo v Rossii 1914–1917 gg. [ Partis politiques et société en Russie, 1914–1917 ], (Moscou : 1999), pp. 46–61 ; P. O. Korotich, Rossiyskiye anarkhisty v gody Pervoy mirovoy voyny : ideologiya, organizatsiya, taktika (1914–1918 gg.) [ Les anarchistes russes pendant la Première Guerre mondiale : idéologie, organisation, tactiques (1914-1918), Thèse de candidat en sciences historiques ], (Moscou : 2000) ; V. P. Suvorov, Anarkhizm v Tverskoy gubernii : vtoraya polovina XIX v. – 1918 g. [ L’anarchisme dans la province de Tver : de la seconde moitié du XIXe siècle à 1918, Thèse de candidat en sciences historiques], (Tver : 2004) ; V. P. Sapon, Apollon Andreyevich Kareline: Ocherk zhizni. [ Apollon Andreyevich Kareline : esquisse d’une vie. ], (Nizhny Novgorod : 2009).
  6. Pour plus détails sur les opinions de P. A. Kropotkine, voir : G. B. Sandomirsky, Torzhestvo antimilitarizma. [ Le Triomphe de l’anti-militarisme ], (Moscou, 1920) ; idem, Kropotkin i Frantsiya [ Kropotkine et la France ] // Petr Kropotkin. Sbornik statey. [ Pierre Kropotkine. Collection d’articles. ], (Saint-Pétersbourg, Moscou : 1922), pp. 168– 176 ; J. Grave, Iz moikh vospominaniy o Kropotkine [ D’après mes souvenirs de Kropotkine ] // Ibid., pp. 179–185 ; I. Grossman-Roshchin, Kharakteristika tvorchestva P. A. Kropotkina. [ Caractéristiques des œuvres de P. A. Kropotkine ], (Saint-Pétersbourg, Moscou : 1921) ; M. Pierrot, Kropotkin i voyna [ Kropotkine et la Guerre ] // P. A. Kropotkin i yego ucheniye. Internatsional’nyy sbornik, posvyashchonnyy desyatoy godovshchine smerti P. A. Kropotkina. [ Kropotkine et son enseignement. Une collection internationale d’articles en commémoration du dixième anniversaire de sa mort ], (Chicago : 1931), pp. 161–166 ; G. Woodcock and I. Avakumovich, The Anarchist Prince : A Biography of Peter Kropotkin [ Le Prince anarchiste : une biographie de Pierre Kropotkine ] (London : 1950) ; M. Miller, Kropotkin (Chicago : 1976), pp. 220–236 ; N. M. Pirumova, Petr Alekseyevich Kropotkin. (Moscou ; 1972), pp. 183–189 ; A. A. Mkrtichyan, «Vsyakogo ugnetatelya lichnosti ya nenavizhu» [ “ Je hais tous les oppresseurs des individus ” ] // Trudy Komissii po nauchnomu naslediyu P.A. Kropotkina. [ Actes de la Commission sur l’héritage scientifique de P.A. Kropotkine ], (Moscou : 1992), pp. 3–17 ; I. V. Petushkova, Petr Alekseyevich Kropotkin i I Mirovaya voyna [Kropotkine et la Première Guerre mondiale ] // Trudy Mezhdunarodnoy nauchnoy konferentsii, posvyashchonnoy 150-letiyu so dnya rozhdeniya P.A. Kropotkina. [ Actes du colloque scientifique international consacré au 150e anniversaire de la naissance de P.A. Kropotkine ], 2nd ed., (Moscou : 1997), pp. 88–98 ; D. G. Kostenko, Oboronchestvo Kropotkina v gody I mirovoy voyny [ Le Défencisme de Kropotkine pendant la Première Guerre mondiale ] // Trudy Mezhdunarodnoy nauchnoy konferentsii, posvyashchonnoy 150-letiyu so dnya rozhdeniya P.A. Kropotkina [Actes du colloque scientifique international consacré au 150e anniversaire de la naissance de P.A. Kropotkine] . 3rd ed. (Moscou : 2001), pp. 44–55.
  7. P. A. Kropotkin, Rechi buntovshchika [ Paroles d’un révolté ], (Moscou, 2009), pp. 42–43.
  8. P. A. Kropotkin, Khleb i Volya. Sovremennaya nauka i anarkhiya. [ Pain et Liberté, la science moderne et l’anarchie ], (Moscou, 1990), p. 499.
  9. F. Domela-Nieuwenhuis, Vopros o militarizme [ La Question du militarisme ] // Anarkhizm. Sbornik. [ Anarchisme. Une Collection de textes. ], (Moscou : 1999), pp. 235–237 ; G. B. Sandomirsky, Torzhestvo antimilitarizma [Le triomphe de l’antimilitarisme] , pp. 10–11.
  10. P. O. Korotich, , Rossiyskiye anarkhisty v gody Pervoy mirovoy voyny [ Les anarchistes russes pendant la Première Guerre mondiale ], p. 51.
  11. Khleb i Vola. [ Pain et Liberté ], 1904, № 8, p. 6.
  12. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et materiaux. 1883–1935 ], Vol. 1 (Moscou : 1998), p. 51.
  13. Le terme « défensisme anarchiste » n’était pas employé par les partisans de cette tendance, mais il n’était pas non plus péjoratif. Parmi les termes péjoratifs appliqués à ce défensisme anarchiste figuraient « anarchisme-patriotisme » et « anarchisme-démocratisme ». Il existait d’autres variantes de défensisme à gauche, par exemple le « défensisme révolutionnaire » des socialistes-révolutionnaires russes, des mencheviks, et même des bolcheviks pendant un temps.
  14. P. Shreyyer, Nemetskiye anarkhisty i voyna [ Les anarchistes allemands et la guerre ] // Nabat [ Le tocsin ], May–June, 1915, № 2, p. 20 ; P. Avrich, Anarchist Portraits [Portraits d’anarchistes ]. (Princeton : 1988), p. 294. Mühsam a rapidement évolué et opéré un revirement à 180° pour adopter une position anti-guerre.
  15. N. M. Puchkov-Bezrodnyy, Politicheskaya katorga ob imperialisticheskoy voyne [ Prisonniers politiques, travaux forcés pendant la guerre impérialiste ] // Proletarskaya revolyutsiya [ Révolution Prolétarienne ], Novembre 1924, № 11(34), p. 209.
  16. P.A. Kropotkin, Anarkhiya, yeyo filosofiya, yeyo ideal : Sochineniya. [ L’Anarchie, sa philosophie, son idéal : Œuvres complètes ], (Moscou : 1999), p. 704.
  17. Ibid., p. 712.
  18. Archives d’État de la Fédération de Russie (GARF), f. 5969 (Maria Isidorovna Goldsmith), op. 2, d. 28, l. 74 ob.
  19. [[ Cf. sa biographie en annexe. ]]
  20. Archives d’État russes de littérature et d’art (RGALI), f. 1023 (A. A. Borovoy), op. 1, d. 79, l. 64.
  21. G. B. Sandomirsky, Torzhestvo antimilitarizma [Le triomphe de l’antimilitarisme], pp. 42–43.
  22. [|Christian Cornelissen, Henri Fuss, Jean Grave, Jacques Guérin, Pierre Kropotkine, A. Laisant, F. Le Fève, Charles Malato, Jules Moineau, Ant. Orfila, M. Pierrot, Paul Reclus, Richard, Ichikawa, W. Tcherkesoff,  Le Manifeste des Seize, https://fr.anarchistlibraries.net/library/christian-cornelissen-henri-fuss-jean-grave-jacques-guerin-pierre-kropotkine-a-laisant-f-le-fev ]]
  23. P. A. Kropotkin i yego ucheniye. Internatsional’nyy sbornik, posvyashchonnyy desyatoy godovshchine smerti P. A. Kropotkina, [ Kropotkine et son enseignement. Une collection internationale d’articles en commémoration du dixième anniversaire de sa mort ], (Chicago : 1931), pp. 341–343.
  24. Michael Confino, ed., Anarchistes en exil : Correspondance inédite de Pierre Kropotkine à Marie Goldsmith, 1897–1917, (Paris : 1995), p. 526.
  25. P. N. Miliukov, Vospominaniya [ Mémoires ], (Moscou : 1991), pp. 153–154.
  26.  [[ Ivan Sergueïevitch Knijnik-Vetrov né Israël Shmouilovitch (Shmuylovitch) Knijnik le 20 juin 1878 (2 juillet dans le calendrier grégorien) à Ananiev, dans l’ancien gouvernement de Kherson, actuellement en Ukraine, et mort le 18 février 1965 à Leningrad est un écrivain historien, bibliographe, philosophe anarchiste puis soviétique. Il est connu pour ses ouvrages sur l’histoire des narodniki, les populistes terroristes russes de la fin du XIXème siècle et ses liens avec la 1re Internationale et la Commune de Paris. En 1904, Knijnik-Vetrov est enrôlé dans l’armée, où il mène une propagande contre la guerre russo-japonaise. Averti de son arrestation imminente, il émigre en France, avec un passeport établi au nom de Blank et réside à Paris pendant près de 5 ans. Là, il rencontre Dimitri Merejkovski, Dimitri Philosophoff, Nikolaï Minski, Andreï Biély, Constantin Balmont, Boris Savinkov et d’autres. À l’automne 1904, sous l’influence des idées de l’anarchisme, il se rapproche des anarchistes russes (Goldsmit, Grossman, et Fedorov-Zabrejnev) et étudie l’œuvre de Pierre Kropotkine. Il collabore également avec le mouvement tolstoïen et dans la revue socialiste L’Ère nouvelle. Avec Bakounine, Lozinsky, Kropotkine, Raïevski, Goguelia, Knijnik-Vetrov compte parmi les principaux théoriciens russes de l’anarchisme. Sous l’influence du tolstoïsme, ses positions évoluent : d’abord adepte orthodoxe de Kropotkine, il se rapproche de la tendance religieuse et mystique de l’anarchisme, avec lequel il finira par rompre en se convertissant au christianisme puis en rejoignant les bolchéviques après la Révolution d’octobre.]]
  27. [[ Sur les Khlebovoltsy, cf. l’histoire de ce courant en annexe. ]]
  28. I. S. Knizhnik, Vospominaniya o P.A. Kropotkine i ob odnoy anarkhistskoy emigrantskoy gruppe [ Souvenirs de P.A. Kropotkine et d’un groupe d’émigrés anarchistes ] // Krasnaya letopis’. [ Chronique rouge. ], 1922, № 4, p. 35.
  29. Cf. G. B. Sandomirsky, Kropotkin i Frantsiya [ Kropotkine et la France ], pp. 170–171 ; N. M. Pirumova, op. cit., pp. 184–185 ; I. V. Petushkova, op. cit., p. 91 ; D. G. Kostenko, op. cit., pp. 44–46.
  30. M. A. Bakunin, Parizhskaya kommuna i ponyatiye o gosudarstvennosti [ La Commune de Paris Commune et le concept d’Etat, à lire en ligne ici en français : https : //cnt-ait.info/2021/05/22/brochure-commune ] // Bakunin M.A. Izbrannyye sochineniya. [ Bakounine. Oeuvres choisies ], Vol. 4 (Saint-Pétersbourg ; Moscou : 1920), pp. 247–266 ; P. A. Kropotkin, Rechi buntovshchika [Paroles d’un révolté], pp. 63–73.
  31. Golos Truda [ La Voix du Travail ]], 1914, № 6, p. 3.
  32. Voir : K. [ Marie Goldsmith ] Bakunin i voyna [ Bakounine et la guerre ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 13 Novembre 1914, № 11. p. 1 ; P. A. Kropotkin, Anarkhiya, yeyo filosofiya, yeyo ideal : Sochineniya. [ L’Anarchie, sa philosophie, son idéal : Œuvres complètes ], p. 705.
  33. G. B. Sandomirsky, Kropotkin i Frantsiya [ Kropotkine et la France ], p. 171 ; N. M. Pirumova, op. cit., p. 184.
  34. M. A. Bakunin, Anarkhiya i Poryadok : sochineniya. [ Anarchie et Ordre : œuvres choisies ], (Moscou : 2000), p. 408.
  35. P. A. Kropotkin, Anarkhiya, yeyo filosofiya, yeyo ideal : Sochineniya [ L’Anarchie, sa philosophie, son idéal : Œuvres complètes ], pp. 718–719
  36. I. S. Grossman-Roshchin, K kritike osnov ucheniya P. A. Kropotkina [Sur la critique des fondements de l’enseignement de P. A. Kropotkine], p. 152.
  37. V. V. Dam’ye, Anarkhizm i natsional’nyy vopros v XIX–XX vekakh [ l’Anarchisme et la question nationale aux 19ème et 20ème siècles ] // Natsional’naya ideya na yevropeyskom prostranstve v XX veke. Sbornik statey. [ L’idée nationale dans la région européenne au XXe siècle. Recueil d’articles ], Vol. 2, (Moscou : 2005), p. 204. Cet aspect du défensisme de Kropotkine a été relevé pour la première fois par M. Pierrot. (M. Pierrot, op. cit., pp. 163–164. Voir aussi : A. A. Mkrtichyan, op. cit., p. 3).
  38. V. V. Dam’ye, Zabytyy Internatsional. [ l’AIT : l’internationale oubliée ], Vol. 1, (Moscou : 2006), p. 47.
  39. Autonomie individuelle et force collective : Les anarchistes et l’organisation de Proudhon à nos jours, Alexandre Skirda, 1987, 365 p., https : //fr.anarchistlibraries.net/library/alexandre-skirda-autonomie-individuelle-et-force-collective-les-anarchistes-et-l-organisation-d
  40. Ibid.
  41. V. V. Dam’ye, Zabytyy Internatsional [ l’AIT : l’internationale oubliée ], pp. 47–48.
  42. Yu. N. Kir’yanov, Sotsial’no-politicheskiy protest rabochikh Rossii v gody Pervoy mirovoy voyny (iyul’ 1914 – fevral’ 1917 gg.). [ Protestations socio-politique des travailleurs russes pendant la Première Guerre mondiale (juillet 1914 – février 1917).], (Moscou : 2005), p. 40.
  43. Ibid., pp. 39–42.
  44. Ainsi, l’anarchiste N. Driker se souvient comment, en 1916, le directeur de la prison centrale de Kherson avait tenté de briser une grève des prisonniers en faisant appel aux sentiments patriotiques (N. Driker, op. cit., p. 73).
  45. [[ Le texte « L’Internationale anarchiste et la guerre (Manifeste des 35) »peut être consulté ici : https://fr.anarchistlibraries.net/library/errico-malatesta-et-collectif-l-internationale-anarchiste-et-la-guerre ]]
  46. [[ Shapiro avec un autre signataire du Manifeste de 1915, Rocker sera parmi les fondateurs de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), l’internationale anarchosyndicaliste, à Berlin en décembre 1922. Sur Shapiro cf. “Sanya” Schapiro, a forgotten figure but instrumental in the founding of the AIT-IWA https://cnt-ait.info/2022/12/09/sanya-schapiro-iwa Sur la creation de l’AIT, Cf. « La Naissance de l’Association internationale des travailleurs de Berlin : du syndicalisme révolutionnaire à l’anarchosyndicalisme » d’Arthur Lehning, https://cnt-ait.info/2021/05/25/lehning-ait-fr
  47. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [Anarchistes. Documents et matériels. 1883–1935], Vol. 1, pp. 584–586.
  48. K tovarishcham [ Aux camarades ] // Rabochee Znamya. [ La Bannière des Travailleurs ], 1915, March, № 1, p. 4.
  49. P. A. Kropotkin i voyna [ Kropotkine et la Guerre ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 2 Octobre 1914, № 5, p. 1.
  50. Voir : Po povodu desyatiletiya [ Concernant la décennie ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 22 Janvier 1915, № 21, p. 1.
  51. Golos Truda [ La Voix du Travail ], 1915, 3 Septembre, № 51, p. 2.
  52. Cf. la biographie de Alexandre Gué en annexe
  53. A. Gué, Sotsialisticheskoye grekhopadeniye i vozrozhdeniye rabochego Internatsionala [ La faillite morale des socialistes et la renaissance de l’Internationale ouvrière ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 1915, № 21, p. 2.
  54. Golos Truda [ La Voix du Travail ], 1915, № 33, p. 3.
  55. Golos Truda [ La Voix du Travail ], 1915, № 41, p. 3.
  56. K. Orgeiani [ Giorgi Ilitch Gogeliya ], Anarkhisty i voyna [ Les anarchistes et la guerre ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 30 Avril 1915, № 34, p. 2.
  57. Nazrevayushchiy raskol v nemetskoy sotsial-demokratii [La scission imminente au sein de la social-démocratie allemande ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 11 Décembre 1914, № 15, p. 1 ; Rabochiy Al’fa [ Le travailleur Alfa alias A. M. Gitterman ], Pis’mo iz Shveytsarii. Protiv techeniya. [ Une lettre de Suisse. Contre le courant ] // Golos Truda [ La Voix du Travail ], 18 Décembre 1914, № 16, p. 2.
  58. Cf. la biographie d’Apollon Kareline en annexe
  59. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, t. 3, l. 29–30.
  60. V. P. Sapon, op. cit., p. 41.
  61. Rabochaya mysl’, 1916, № 1, column 13.
  62. Cf. le rapport de 1918 du FBI sur l’URW en annexe.
  63. KZ, Slice of Pittsburgh Anarchist History: The Union of Russian Workers, Steel City Revolt !, Printemps 2009, https://web.archive.org/web/20100707003922/http://www.organizepittsburgh.org/UORW
  64. IISH, Archives Lipotkine, B. 1, pp. 301, 305, 321, 333–334, 342–345, 361, 433.
  65.  IISH, Archives Lipotkine : B. 1, pp. 128–130, 133, 135–136.
  66. Between Acceptance and Refusal – Soldiers’ Attitudes Towards War (USA), Edward A. Gutiérrez, International encyclopedia of First Wolrd War, 2014, https://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/between-acceptance-and-refusal-soldiers-attitudes-towards-war-usa
  67. Jerry Elme, Conscription, Conscientious Objection, and Draft Resistance in American History, Brill, 2023, cité par Arnie Alpert, Uncovering Americans’ long history of hostility to conscription, https://wagingnonviolence.org/2023/12/uncovering-americans-long-history-conscription-conscientious-objection-draft-resistance
  68.  Selon une estimation de A. A. Borovoy, il y avait environ 100 anarchistes russes rien qu’à Paris au début de 1917. (RGALI, f. 1023, op. 1, d. 85, l. 1).
  69. Lesure Michel. Les réfugiés révolutionnaires russes à Paris [Rapport d’un Préfet de Police au Président du Conseil, le 16 décembre 1907], Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 6, n°3, Juillet-septembre 1965. pp. 419-436
  70. Menahem Mendel Beilis, en russe : Менахем Мендель Бейлис, 1874-1934, est un juif ukrainien accusé, suite à un montage policier d’avoir commis un crime rituel en 1911. Le procès, à l’issue duquel il est finalement – et contre l’avis du procureur de la police et de tout le système d’État russe – acquitté par le jury composé uniquement de paysans chrétiens, déclenche une vague de critiques contre la politique antisémite de l’Empire russe.
  71. À l’époque la France et l’Empire Russe étaient alliés et liés par un traité d’assistance miliaire mutuelle, qui impliquait que les gouvernements s’entraident en cas de conflit. La lutte contre les antimilitaristes de leurs pays respectifs faisait partie de cette coopération militaire.
  72.  IISH, Archives Maximov, Folder 1.
  73. Voline, Itinéraire, numéro 13, 1996
  74. IISH, Archives Lipotkine, B. 1, p. 305
  75. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et materiaux. 1883–1935 ] , Vol. 1, pp. 589–590, 612–613, 616–621 ; GARF, f. 102, DP. OO, op. 1916, d. 12, t. 3, l. 270d–270d ob.
  76. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, t. 3, l. 270d–270d ob.
  77. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, t. 3, l. 69.
  78. [[ la capitale de la province Chinoise du Heilongjiang, surnommée la « Moscou d’Orient » du fait de sa forte communauté russe et de leur influence sur l’architecture de la ville]]
  79. Ibid., l. 99 ob. ; op. 1916, d. 12, ch. 3, l. 11–11 ob., 14 ; GARF, f. 533. op. 3. d. 2281. l. 130.
  80. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 57, l. 164 ob.
  81.  IISH, Archives Lipotkine, B. 1, p. 144.
  82. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 1, l. 115–117.
  83. [[ Sur l’Histoire de la Croix rouge anarchiste cf. l’article « A propos de la Croix-Rouge Anarchiste … » https://makhno.home.blog/2024/01/22/a-propos-de-la-croix-rouge-anarchiste ]]
  84. IISH, Archives Lipotkine, B. 1, pp. 157–158 ; GARF, f. 102, DP OO, op. 1914, d. 12, l. 216 ob.
  85. Le Bund était une groupe socialiste révolutionnaire Juif non sioniste. Cf. l’article « Histoire : le Bund, un syndicat révolutionnaire Juif» https://cnt-ait.info/2002/04/15/bund
  86. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, t. 3, l. 133, 140, 152k ; op. 1916, d. 12, t. 3, l. 134–134 ob., 184.
  87. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, t. 3, l. 160–160 ob. ; op. 1916, d. 12, t. 3, l. 1–7, 17, 104, 130 ; GARF, f. 533, op. 3, d. 2281, l. 130.
  88. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, t. 3, l. 14 ob., 293 ; GARF, f. 533, op. 3, d. 2281, l. 131.
  89. P. O. Korotich, op. cit., pp. 131–132.
  90. Ibid., p. 133.
  91. V. Khudoley, Anarkhicheskoye dvizheniye nakanune 1917 g. [ Courants anarchistes à la veille de 1917 ], p. 322.
  92. A. A. Shtyrbul, op. cit., p. 117.
  93. Doklad petrogradskogo okhrannogo otdeleniya osobomu otdelu departamenta politsii [ Rapport de la division de Petrograd de l’Okhrana à la section spéciale du département de police ] // Politicheskiye partii i obshchestvo v Rossii 1914 – 1917 gg. [ Partis politiques et société en Russie, 1914–1917 ], (Moscou : 1999), p. 282 ; GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, l. 11 ; op. 1916, d. 12, ch. 57, l. 57.
  94. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 46B, l. 35 ob.–36.
  95. A. A. Dubovik, Chornoye znamya v stolitse imperii. Anarkhisty Peterburga v 1910–17 gg. [ Le drapeau noir dans la capitale de l’empire. Les anarchistes de Saint-Pétersbourg en 1910-1917 ] // Novyy Svet [ Nouveau Monde ], 1998, été, № 2(42), p. 5.
  96. GARF, f. 102, DP OO, op. 1914, d. 12, ch. 1, l. 217–218, 220, 235–236 ob. ; op. 1916, d. 12, ch. 88B, l. 36.
  97. V. A. Posse, Moy zhiznennyy put’. Dorevolyutsionnyy period (1864 – 1917 gg.). [ Le cours de ma vie. La période pré-révolutionnaire (1864 – 1917) ], (Moscou-Leningrad : 1929), pp. 480–481.
  98. Cent-Noirs (Chernosotentsy) – nom donné en Russie au début du XXe siècle aux membres des partis d’extrême droite, monarchistes-conservateurs et antisémites. Ce nom provient de l’expression « sotnia noire », qui désignait aux XVIe et XVIIe siècles les quartiers urbains (slobodas, sotnias) peuplés de marchands et d’artisans qui payaient des impôts au trésor public et étaient soumis au service obligatoire de l’État. À l’inverse, les habitants des « slobodas blanches » dépendaient des seigneurs féodaux (boyards) et de l’Église. Les monarchistes ont adopté ce terme, se comparant aux légendaires « cents noirs » de Nijni Novgorod. En 1611-1612, les habitants de cette ville, menés par leur starosta [ chef élu ] Kouzma Minine, créèrent une milice populaire de volontaires qui vainquit l’armée polono-lituanienne et la chassa de Moscou. Les premières organisations des Cent-Noirs (Assemblée russe, Union du peuple russe) apparurent en 1903-1905. Les partis monarchistes-conservateurs les plus influents étaient l’Union du peuple russe, dirigée par A. I. Doubrovine, et l’Union populaire russe de l’Archange Michel, dirigée par V. M. Pourichkevitch. En 1907, plus de 500 000 personnes participaient à cette mouvance. Leurs objectifs étaient la restauration de la monarchie absolue, l’instauration de privilèges pour les populations russe et orthodoxe, et la restriction des droits des Juifs, des Polonais et des autres minorités ethniques et religieuses. La base sociale du mouvement était constituée de la noblesse conservatrice et de la classe marchande, d’artisans et de commerçants urbains, ainsi que de quelques ouvriers. En Ukraine occidentale, le mouvement bénéficia du soutien des paysans orthodoxes en conflit avec les propriétaires terriens catholiques polonais. Les Cent-Noirs bénéficièrent du soutien du tsar Nicolas II. Le ministère de l’Intérieur de l’Empire russe finança leurs activités. Comme moyens de lutte, ils utilisèrent la propagande imprimée, les manifestations de masse, les élections au parlement (la Douma d’État), les pogroms et les actes terroristes. Les Cent-Noirs créèrent leurs propres milices, organisant de nombreux pogroms contre les « ennemis de l’État » (Juifs, révolutionnaires et intellectuels). Le mouvement atteignit son apogée en octobre-novembre 1905. Leurs militants perpétrèrent également une série d’assassinats politiques. Parmi leurs victimes figuraient l’un des dirigeants bolcheviques, N. E. Bauman, ainsi que d’importantes personnalités du Parti démocrate constitutionnel, M. Y. Herzenstein et G. B. Yollos. En 1916, V. Pourichkevitch fut l’un des organisateurs et des auteurs du meurtre de G. E. Raspoutine, qui avait acquis la réputation d’un
    « saint » et d’un « thaumaturge » et exerçait une forte influence sur le tsar et la tsarine. Les monarchistes créèrent également des organisations syndicales, dont les membres brisaient les grèves. La propagande antisémite joua un rôle majeur dans les activités des Cent-Noirs. En 1913, à Kiev, leur propagande contribua à monter un procès contre un employé de bureau juif, M. Beilis, accusé du meurtre rituel d’A. Iouchtchinski. Cependant, grâce à la pression de l’opinion publique libérale et socialiste, le complot des Cent-Noirs fut déjoué : les jurés acquittèrent Beilis. Par la suite, l’un des chefs des monarchistes, N. E. Markov II, acquit une certaine notoriété en tant que vulgarisateur et diffuseur du faux littéraire antisémite « Le Protocoles des Sages de Sion ». Dans les années 1930-1940, dans le domaine de la propagande antisémite, il collabora avec les principaux idéologues de l’Allemagne hitlérienne, J. Goebbels et A. Rosenberg, publiant ses propres articles dans diverses publications nazies. Dans les années 1910, le mouvement des Cent-Noirs connut un déclin. Après le renversement de la monarchie en février 1917, les organisations monarchistes furent interdites. La plupart cessèrent d’exister. Dans la Russie contemporaine, les idées des Cent-Noirs trouvèrent un écho non seulement parmi les membres des organisations nationalistes russes, mais aussi parmi les artistes, les scientifiques et même les hauts fonctionnaires.
  99. Ibid., pp. 481-483.
  100. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 88 b. l. 29 – 30 b, 33.
  101. P. O. Korotich, op. cit., p. 60.
  102. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 175, ch. 2, l. 11–12.
  103. Ibid., op. 1916, d. 12, ch. 46B, l. 16–19 ob. ; P. O. Korotich, op. cit., pp. 155–156.
  104. GARF, f. 124, op. 53, d. 96, l. 10 ; Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et matériaux. 1883–1935 ], Vol. 1, pp. 605–606.
  105. V. V. Kriven’kiy, Anarkhisty [Les anarchistes ], p. 56 ; GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, ch. 46B, l. 17 ; ch. 57G, l. 2–14, 17– 17 ob. ; d. 343, otd. 2, l. 69 ; op. 1916, d. 12, ch. 57B, l. 6.
  106. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 175, ch. 2, l. 11–15.
  107. V. Khudoley, Vospominaniya anarkhista [ Mémoires d’un anarchiste ], p. 37.
  108. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, ch. 57G, l. 8, 14 ; ch. 58B, l. 1–2 ob.
  109. Ibid., op. 1916, d. 12, ch. 46B, l. 15–15 ob., 20–24 ob., 34 ob.
  110. Ibid., l. 4, 10–10 ob., 40, 42, 43–43 ob.
  111. V. V. Kriven’kiy, Anarkhisty [Les anarchistes ], pp. 57–58.
  112. Ibid., pp. 576, 605, 608.
  113. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et matériaux. 1883–1935 ], Vol. 1, pp. 589, 604, 609.
  114. Ibid., pp. 576, 582, 596, 603, 604, 608.
  115. Ibid. S. 582.
  116. [[ Vladimir Alexandrovitch Soukhomlinov (1848–1926) – général, ministre de la Guerre de l’Empire russe de mars 1909 à juillet 1915. Dans les années 1910, l’opinion publique associait son nom à la corruption et à la protection de trafiquants et de personnes soupçonnées d’avoir des liens avec des services de renseignement étrangers. De nombreux hommes politiques russes attribuaient à Soukhomlinov la responsabilité du manque de compétences techniques de l’armée russe en matière de guerre moderne, ainsi que de l’insuffisance des services de ravitaillement des troupes au front. La presse d’opposition et les hommes politiques attribuaient ces problèmes aux manœuvres corrompues de Soukhomlinov pour la délivrance des ordres de défense. Le 15 juillet 1915, il fut démis de ses fonctions ministérielles. Une enquête fut ouverte sur les activités de Soukhomlinov en tant que ministre. Le 8 mars 1916, il fut démis de ses fonctions et, le 29 avril de la même année, arrêté et incarcéré au bastion Troubetskoï de la forteresse Pierre-et-Paul [ à Petrograd ]. Le 11 octobre 1916, suite à l’intervention de Nicolas II et de plusieurs hauts fonctionnaires, Soukhomlinov fut assigné à résidence. Après le renversement de la monarchie, il fut jugé du 10 au 12 août 1917. Reconnu coupable de manque de préparation de l’armée à la guerre, Soukhomlinov fut condamné à la prison à vie avec travaux forcés, peine commuée en détention à la forteresse Pierre-et-Paul et à la privation de tous les privilèges d’un général à la retraite. Après la Révolution d’Octobre, il fut transféré à la prison de Kresty [ de Petrograd ]. Le 1er mai 1918, il fut libéré grâce à une amnistie et émigra rapidement en Allemagne. ]]
  117. [[ Sergueï Nikolaïevitch Miassoedov (1865–1915) – officier de l’armée russe, figure principale d’un scandale d’espionnage retentissant. Il débuta son service militaire au 105e régiment d’infanterie d’Orenbourg. En 1892, il fut muté au Corps spécial de gendarmerie. De 1894 à 1901, il fut adjoint, puis chef de 1901 à 1907, du détachement de gendarmerie ferroviaire à la gare frontière de Verjbolovo. Grâce à sa situation géographique, Miassoedov put nouer des relations avec de hauts fonctionnaires russes et allemands qui traversaient la frontière. Il entretint notamment des relations amicales avec l’empereur allemand Guillaume II. En 1907, Miassoedov fut transféré dans la réserve et se lança dans les affaires. Il fut l’un des fondateurs de la Compagnie des navires à vapeur du Nord-Ouest. En 1909, il fit la connaissance du ministre de la Guerre, V. A. Soukhomlinov. Grâce à son amitié avec le ministre, Miassoïedov fut réintégré dans l’armée et occupa un poste au ministère de la Guerre. En 1912, il fut ouvertement accusé d’espionnage par A. I. Goutchkov, député à la Douma d’État du Parti octobriste de droite. Bien qu’une enquête n’ait pas permis d’établir l’implication de Miassoïedov dans des affaires d’espionnage, il fut de nouveau transféré dans la réserve. En août 1914, il s’engagea volontairement dans l’armée et fut nommé traducteur au quartier général de la 10e armée. Le 18 février 1915, il fut arrêté par le contre-espionnage pour espionnage et pillage. Les soupçons reposaient sur le témoignage du lieutenant
    J. Kołakowski, recruté par les services de renseignements allemands alors qu’il était en captivité. Kołakowski vérifia que Miassoïedov lui avait été présenté par un officier allemand comme un agent chargé de recueillir et de transmettre des informations. Selon le général V. D. Bonch-Bruyevich, Miassoedov fut pris en flagrant délit de tentative de présentation de documents secrets à un agent des services secrets allemands.
    Le 18 mars 1915, il fut condamné à mort par un tribunal militaire et pendu peu après. Dans le cadre de l’affaire Miassoedov, 19 de ses proches furent arrêtés, dont son épouse Klara Samuilovna Goldstein, fille d’un riche marchand. L’affaire Miassoedov porta un coup dur à la réputation de son ami, le ministre de la Guerre V. Soukhomlinov, qui fut rapidement contraint à la retraite. La question de la culpabilité du colonel Miassoedov pour espionnage fait encore débat parmi les chercheurs. La version de son innocence a été largement diffusée. Ses partisans pensent que cette affaire a été montée de toutes pièces par les hautes sphères de l’Empire russe pour trouver un bouc émissaire à la succession de défaites. D’autre part, l’opposition politique, sous la forme de politiciens libéraux et de généraux proches d’eux, a utilisé l’affaire pour démontrer au public la corruption morale des personnes proches du tsar Nicolas II. ]]
  118. [[ Tsarine Marie – Maria Feodorovna, née Marie Sophie Frederikke Dagmar (1847–1928). Fille du roi de Danemark Christian IX. De 1866 à 1894, épouse d’Alexandre III Alexandrovitch, tsar de Russie. Mère du tsar Nicolas II. Elle dirigea la Croix-Rouge russe et le Département des institutions de l’impératrice Marie, qui administrait des hospices, des orphelinats et des établissements d’enseignement pour orphelins. Maria Feodorovna était une opposante modérée à Nicolas II et doutait de ses capacités d’homme d’État. Par exemple, en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, elle convainquit son fils de refuser le poste de commandant suprême de l’armée russe. Maria s’opposa au mariage de Nicolas avec la princesse Alix de Hesse-Darmstadt (Alexandra Feodorovna), ne cachant jamais sa haine pour elle. Maria Feodorovna méprisait particulièrement l’influence de la nouvelle tsarine sur la politique de Nicolas II. L’accusation d’espionnage portée contre elle par l’auteur du tract mentionné ci-dessus reposait apparemment sur des rumeurs plutôt que sur des preuves solides. Après le renversement de la monarchie, elle partit pour la Crimée. En avril 1919, elle émigra en Grande-Bretagne, puis au Danemark. Elle refusa de participer de quelque manière que ce soit aux activités politiques des émigrés russes. ]]
  119. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 46, l. 6.
  120. Ibid.
  121. Ibid.
  122. G. Maximoff, op. cit., p. 248.
  123. Ibid., pp. 248, 256–261, 265–266.
  124. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 46B, l. 1–3 ; RGASPI, f. 71, op. 35, d. 1011, l. 1.
  125. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 343, otd. 2, l. 62–63, 67.
  126. V. S. Khudoley, Anarkhicheskiye techeniya nakanune 1917 goda [ Courants anarchistes à la veille de 1917 ], p. 320.
  127. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 57, l. 106.
  128. Ibid., op. 1915, d. 12, ch. 57G, l. 13.
  129. Ibid., op. 1915, d. 12, ch. 57G, l. 13.
  130. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et matériaux. 1883–1935 ], Vol. 1, pp. 582.
  131. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, ch. 57G, l. 13.
  132. Ibid.
  133. Anarkhisty. Dokumenty i materialy. 1883–1935 gg. [ Anarchistes. Documents et matériaux. 1883–1935 ], Vol. 1, p. 583.
  134. Ibid., pp. 583, 597.
  135. Dokldad Petrogradskogo okhrannogo otdeleniya osobomu otdelu departamenta politsii, pp. 281–282.
  136. GARF, f. 102, DP OO, op. 1915, d. 12, l. 10–10 ob.
  137. Doklad Petrogradskogo okhrannogo otdeleniya osobomu otdelu departamenta politsii [ Rapport de la division de Petrograd de l’Okhrana à la section spéciale du département de police ], p. 282.
  138. A. N. Tyukhanov, op. cit., p. 138.
  139. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 57. l, 15 ob.
  140. GARF, f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12, ch. 46B, l. 86
  141. GARF. f. 102, DP OO, op. 1916, d. 12. ch. 88 B, l. 21 ob. ; GARF, f. 102, DP. OO, op. 1916, d. 12, ch. 88, l. 1.
  142. Ibid., op. 1914, d. 9, ch. 88B, l. 59–60 ; op. 1915, d. 9, ch. 46B, l. 37.
  143. A. A. Shtyrbul, op. cit., p. 106.
  144. N. Driker, op. cit., pp. 78–80 ; Puchkov-Bezrodnyy, op. cit., pp. 209–216.

Cet article est tiré de la brochure « Les Activités antiguerre des anarchistes de l’Empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917) » téléchargeable en ligne ici : https://cnt-ait.info/2026/02/22/anars-russes-14-17

Pour la recevoir au format papier, envoyer 8 euros à CNT-AIT, 7 rue St Rémésy, 31000 TOULOUSE (chèques à l’ordre de « La Lettre du CDES », ou bien transfert bancaire aux coordonnées bancaires ci dessus avec mention en objet « Brochure Anars Russe », en n’oubliant pas de nous indiquer par mail à contact@cnt-ait.info l’adresse où l’envoyer)


Les Activités antiguerre des anarchistes de l’Empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917)

Table des matières

Introduction.

Les Activités antiguerre des anarchistes de l’empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917)

Quelques courants anarchistes russes des années 1900 – 1914 :

  • Les anarcho-communistes Khlebovoltsy 
    (du journal Khleb i Volya, Pain et Liberté)
  • Les anarcho-communistes tchernoznamentsy (Bannière noire)
  • Les anarcho-communistes beznachaltsy (Sans chef / autorité)

Quelques portraits d’anarchistes russes oubliés :

  • Alexandre Youlevitch GUÉ (1879 – 1919)
  • Apollon Andreyevich Kareline (1863 – 1926)
  • Mikhaïl Raïva (1899 – 1917)
  • Vladimir Vladimirovitch Barmash (1879-1938)

L’Association des travailleurs russes aux USA et au Canada, parfois appelée Union des travailleurs russes (URW) (https://makhno.home.blog/2026/02/22/urw)

La marche contre la guerre МАРШ ПРОШВ ВОЙНЫ [1915]

Laisser un commentaire