Contre les frontières et l’identification ethnique, identitaire et nationale : la Tunisie à l’heure du règne mondial du racisme

Les frontières de l’Europe ne commencent pas au Sud de celle-ci ni au Nord de la mer Méditerranée, mais elles sont également ici, sur notre terre. En effet, la Tunisie est devenue un garde-frontière de première ligne de la Forteresse Europe, et ce non pas par accident, mais par une coopération calculée. 

En juillet 2023, l’État tunisien a signé un accord avec le gouvernement italien, soutenu par la Commission Européenne, destiné à pratiquer la coopération afin de renforcer le contrôle des frontières en échange d’une aide de centaines de millions d’euros. Mais voilà cependant que cet argent ne va ni à la santé ni au logement, et ainsi, il sert à la surveillance, à la mise au pas de la population, aux arrestations et aux expulsions.

Peu avant, en février 2023, le président de la République Tunisienne, Kais Said, a lancé une attaque ouverte contre les migrants subsahariens, les accusant sans aucune preuve de faire partie d’un « complot criminel » visant à modifier la composition démographique de la Tunisie. Cette théorie du complot est non seulement raciste mais en plus elle fait écho à la rhétorique de l’extrême droite européenne, en plus de donner le feu vert à des vagues de violences. 

Des propriétaires ont expulsé massivement des personnes. La police a battu, arrêté et expulsé des migrants. Des foules les ont chassés de leurs logements. Des centaines ont été déportés vers le désert, abandonnés sans eau ni nourriture près des frontières libyenne et algérienne. Plusieurs sont morts.

À travers toute la Tunisie (en particulier dans le sud et les périphéries urbaines) des réfugiés et des immigré·e·s venus du Soudan, du Tchad, du Mali, du Nigeria et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre se retrouvent piégés. Et pourtant beaucoup ont fui la guerre, la dictature, l’effondrement écologique ou la ruine économique. La plupart n’avaient jamais l’intention de s’installer pour de bon en Tunisie. Mais ils sont coincés ici, contraints de vivre dans des camps, des bâtiments abandonnés ou dans la rue, tandis que l’État tunisien et l’UE conspirent pour empêcher leurs déplacements. Ils font face aux violences policières, à l’incitation médiatique et Sociale à la haine, aux foules racistes et à l’abandon bureaucratique.

Ce racisme n’est pas simplement « culturel » ni « accidentel » ni le « produit de l’ignorance ». Il est fabriqué et renforcé par l’union européenne et ses laquais despotique de Tunis via l’État et ses institutions. Alors, les migrants subsahariens sont criminalisés, déshumanisés et transformés en boucs émissaires de tous les malheurs, tandis que leur exploitation profite pourtant aux maîtres du système que sont les propriétaires, patrons et politiciens. Le spectacle d’une « crise migratoire » permet au gouvernement de masquer son propre échec, de détourner la colère de la population face aux vrais problèmes, de mettre au pas la population en lui faisant accepter comme « normales » les atteintes aux droits démocratiques et de discipliner les classes populaires locales en leur montrant qui est jetable.

Mais ce racisme ne vise pas seulement l’extérieur. Il renforce les divisions au sein des travailleurs et de la population locale, nous maintenant isolés et craintifs pendant que la classe dirigeante collabore avec les gouvernements européens et les institutions internationales. Nous aussi, nous sommes des migrants. Et pour cause, beaucoup de Tunisiens sont contraints à l’exil, et sont racialisés et exploités à mort par les capitalistes, propriétaires et marchands de sommeil en Europe. Et voilà que les mêmes structures et logiques qui nous oppriment là-bas sont les mêmes que nous retrouvons ici. C’est la même frontière, la même violence — simplement renvoyées vers nous comme un miroir.

Pour notre part, en tant que libertaires, anarchistes, nous rejetons catégoriquement ces tris de population selon des critères tels que migrant, citoyen, national, étranger, etc…. Ce sont des outils d’identification, de hiérarchisation donc de discrimination et de contrôle. Nous rejetons la logique même qui prétend qu’il faut des papiers pour vivre, des frontières pour être libre, ou un passeport pour exister et que tout ça, c’est *normal » ou « naturel ». Et être identifié, que ce soit en tant que citoyen national ou étranger, légal ou illégal, c’est déjà être trié par l’État et classé, donc hiérarchisé, ce que nous refusons. En plus, l’identification n’est pas une protection mais un contrôle pour assurer la domination et la mise au pas de la population.. Et quant à nous, socialistes libertaires, nous ne luttons pas pour une meilleure gestion du système ni des frontières, mais pour leur abolition complète, du capitalisme, de l’Etat et de ses appareils, du système monétaire et des frontières. De la même manière, nous ne militons ni pour être inclus dans le système ni pour prendre le pouvoir , mais pour les détruire.

La véritable solidarité ne naît pas de la pitié ni ne vient du cœur ou de la philanthropie, mais provient de la lutte partagée. Dans les marges des grandes villes comme Tunis, Sfax, Médenine et ailleurs, nous avons vu des moments de résistance avec les migrants et habitants locaux luttant ensemble et côté à côté contre les expulsions, partageant la nourriture, occupant des espaces, etc…. Ce ne sont pas des actes seulement « humanitaires » car cela peut être des germes de mouvements révolutionnaires.

Contre la police, l’État et les camps !

Contre le nationalisme, le patriotisme, le chauvinisme et le racisme ! 

Pour un monde sans États ni nations ni frontières à l’échelle de la planète entière ! 

Liberté de migration, de circulation et d’installation pour tous et toutes là où bon lui semble !


Cet article est extrait du numéro 7 d’Al Amal (Espoir), bulletin du Groupes des anarchistes du Soudan, coédité par la CNT-AIT France avec l’aide d’anarchistes Tunisiens

Pour contribuer au fonds de solidarité avec les anarchistes Soudanais, vous pouvez utiliser notre plateforme PayPal : https://www.paypal.com/paypalme/cntait1 . Si vous ne souhaitez pas utiliser paypal et privilégier les transferts bancaires,nous contacter.

Vous pouvez également participer à la solidarité en diffusant la newsletter Al Amal (Espoir / Espoir) autour de vous. Vous pouvez télécharger le dernier numéro ici : https://cnt-ait.info/wp-content/uploads/2026/10/Espoir-Al-Amal-2026-7-en.pdf

Pour recevoir le prochain numéro par courriel, veuillez nous écrire à contact@cnt-ait.info

Laisser un commentaire