À la mémoire des anarchosyndicalistes tombés en août 1944 sous les balles fascistes, pour la liberté de l’Humanité

En 1939, après la défaite en Espagne du Front populaire face au fascisme, de nombreux espagnols s’exilèrent en France pour fuir la répression. Parmi eux, plusieurs milliers d’anarchosyndicalistes espagnoles, militants de la CNT-AIT en Espagne. Ces combattants de la liberté furent particulièrement mal accueillis par la République française, qui les considéra comme des « étrangers indésirables » et les parqua dans des camps de concentration. Néanmoins nombre d’entre eux continuèrent en France leur combat contre le fascisme et le nazisme, et ce dès 1940 !

En 1944, leur contribution fut déterminante dans bien des combats de la Libération dans la région Occitanie, combat dans lesquels ils payèrent un lourd tribut. Néanmoins, l’implication des anarchosyndicalistes dans la Résistance est généralement ignorée par les commémorations officielles. Et c’est bien mieux ainsi, les anarchistes ne souhaitent aucune reconnaissance de la part d’institutions – République, État, Parlements, Église, Partis politiques et syndicats intégrés – institutions qu’ils combattent systématiquement, quels que soient leur drapeau et leur couleur politique.

Ces anarchistes tombés sous les balles fascistes en 1944 ne sont pas « morts pour la France », il ne donnaient pas leur jeunesse et leur vie pour la Patrie ou la Nation. Leur idéal était la liberté totale de l’Humanité. Leur combat ne s’est pas arrêté le 8 mai 1945, il se prolongea en Espagne, où le fasciste Franco régnait toujours en maitre, d’autant plus que tous les États vainqueurs – Soviétiques comme alliés Américains, anglais et français – le laissèrent tranquille et lui permirent de mourir tranquillement dans son lit en 1975 …

La résistance des anarchistes à la barbarie du capitalisme et de l’État ne s’est jamais arrêté, ici comme dans toutes les régions du globe. Nous nous souvenons des compagnons anarchistes tombés pour la liberté en 1944 et nous appelons celles et ceux qui entendent bien prolonger les combats de la résistance globale à nous rejoindre dans la lutte. Alors que l’extrême droite montre de nouveau son mufle haineux, la Résistance c’est maintenant !

Deux RDV pour se souvenir :

Vendredi 21 aout, à 17 heures, au cimetière de Grenade (Cimetière de la Chapelle Saint-Bernard – Cours Valmy 31330 Grenade), à l’initiative de la CNT-AIT de Montauban :  nous déposerons une gerbe sur la stèle de Ricardo Garcia, Francisco Aguado et Angel Mombiola, assassinés par les nazis le 20 août 1944 dans la forêt d’Ondes, alors qu’ils venaient de dynamiter un pont pour ralentir la progression de la colonne

Dimanche 23 aout : à partir de 11h, à l’initiative de la CNT-AIT de Toulouse, vente à la criée de la presse anarcosyndicaliste, marché des allées Jules Guesde, angle de la grande rue Saint Michel. Puis à 13h nous nous rendrons devant la prison Saint Michel (grande rue Saint Michel) pour honorer le Mémoire de Francisco Ponzan, fusillé le 17 août 1944 alors qu’il était emprisonné dans cette prison.

Début 1939, après la déroute du camp républicain, Ponzán se réfugie en France où il est interné dans le camp d’internement du Vernet d’Ariège. Il s’en évade et commence à organiser des groupes anti-franquistes qui participent à des actions de guérilla en Espagne, comme la libération de Manuel Lozano Guillén et Bernabé Argüelles emprisonnés à Huesca. Blessé en mai 1940, à Boltaña, il retourne en France quelques mois plus tard, où en pleine occupation allemande, il organise un réseau d’évasion, composé exclusivement de libertaires espagnols, qui, en liaison avec le groupe Pat O’Leary, se chargent d’organiser l’évasion de nombreux antifascistes. Arrêté en 1943, il est emprisonné à Toulouse. En août 1944, lors de la libération de la ville, il est emmené par les nazis en fuite, avec un groupe d’une vingtaine de prisonniers. Ceux-ci seront fusillés et leurs corps brûlés à Buzet-sur-Tarn.


20 Août 1944 : Trois anarchistes tués dans le maquis. Victimes de balles allemandes en France.

Trois vies fauchées en pleine jeunesse, alors que l’âge de la compréhension commençait à poindre. Car quand tu passes le cap des trente ans, tu commences à voir les choses et à les réaliser avec plus de jugement et quand tu exécute un acte tu sais alors pourquoi tu le fais.

Le plus âgé d’entre eux était Aguado, un homme qui avait appartenu au mouvement [la CNT- AIT] et à la spécifique [la FAI] depuis qu’il était enfant. Il était le véritable anarchiste. Il ne prenait que ce qu’il avait besoin pour faire sa journée, le reste était de trop. Et s’il avait quelque chose à manger, il devait être partagé avec quelqu’un qui n’en avait pas, il le faisait avec mille amours. Pour lui, il n’y avait pas de privations, sinon des besoins. Tristesse d’une vie fauchée !

L’autre compagnon était García. Un compagnon imprégné des idées et du Mouvement. Il avait été en Espagne le secrétariat des jeunes de la région de Valence. Cela supposait qu’il connaissait cette jeunesse libertaire de 31 à 39 ans qui luttait si durement pour la cause que le peuple en général avait fait sienne. Ce fut sa jeunesse.

Quant à Mombiola, le plus jeune d’entre eux, il était l’exemple du véritable autodidacte, de l’homme véritablement cultivé, doté d’une intelligence claire. L’homme de plume en même temps que de combat. Celui qui propageait les idées par l’exemple. Le vrai compagnon. Je me souviens que pendant la guerre, ils voulaient le nommer commandant d’un Bataillon de la Colonne Durruti. Il répondit : « Je ne veux commander personne, je veux être soldat et rien d’autre. »

Il ne le voulait vraiment pas. Puisqu’il était contre la militarisation. Il aimait être ce qu’il était: un milicien du mouvement révolutionnaire. Mouvement qui s’était tellement accru parmi le peuple espagnol, qui défendait la cause des travailleurs eux-mêmes. Pas supérieur. Pas inférieur. Ni riche ni pauvre. De cette transformation sociale, Mombiola voulait être soldat. Mais pas d’une armée de militaires.

Et pour ne pas s’être militarisé, il fit partie d’un groupe de dynamiteurs. Et après la perte de l’Aragon, [il entra] dans le bataillon confédéral jusqu’à notre entrée en France en 1939. Où après mille calamités, il rejoint le maquis, où il laissa sa vie, comme les autres compagnons. Et tant d’autres qui la sacrifièrent, en France comme en Espagne.

En leur mémoire, j’écris ces lignes qui prouvent que ceux d’entre nous qui les connaissaient et les aimaient ne peuvent pas les oublier.

Maria MOMBIOLA

Espoir CNT-AIT, n ° 394, 3 Août 1969

ANGEL ET MARIA “DYNAMITE” MOMBIOLA : L’AMOUR ET L’ANARCHIE, POUR LA VIE


Pour en savoir plus sur les anarchistes espagnols et la résistance :

ARTICLES

*   LES ANARCHISTES ESPAGNOLS DANS LA RESISTANCE AU NAZISME

Texte extrait de la brochure « des anarchistes espagnols en Résistance, tome 1 »

*   14 décembre 1941 :« Cent juifs, communistes et anarchistes seront fusillés … »

Texte tiré de la brochure : « Auschwitz, ne pas oublier. Des anarchistes dans l’enfer concentrationnaire »

*    ETAT FRANÇAIS – MINISTERE DE L’INTERIEUR TRES SECRET : LE « MOUVEMENT LIBERTAIRE » ESPAGNOL EN FRANCE (1942)

Texte extrait de la brochure « des anarchistes espagnols en Résistance, tome 1 »

*   Mai 1944 : le sauvetage périlleux des 60 membres de l’Organisation Juive de Combat

https://cnt-ait.info/2020/07/21/mai-1944-le-sauvetage-perilleux-des-60-membres-de-lorganisation-juive-de-combat

BROCHURES

  • AUSCHWITZ : NE PAS OUBLIER ! Contre l’antisémitisme, ni oubli ni circonstances atténuantes (télécharger : https://cnt-ait.info/2024/05/03/bro-auschwitz )
  • ANARCHISTES, PAS REPUBLICAINS … DES ANARCHISTES ESPAGNOLS EN RESISTANCE

Tome 1 : des camps républicains du mépris aux maquis de la Liberté… (télécharger : https://cnt-ait.info/2021/01/10/anars-pas-republicains )

Tome 2 : QUAND DES MIGRANTS ET DES PARIAS TENAIENT LE MAQUIS DANS LE CANTAL (télécharger : https://cnt-ait.info/2021/01/10/migrants-parias-maquis )


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