Publication initiale sur le net : lundi 10 décembre 2012, sur le site de la CNT-AIT (Union locale de Toulouse)

Avec ce livre, écrit par Jean Jacob, j’ai « beaucoup ri ». En effet, le tableau que dépeint l’auteur rend bien le ridicule du personnage qui est au cœur de son ouvrage. L’avalanche d’anecdotes, de remarques, et de commentaires, faits par l’auteur, souligne bien le côté bouffon d’Edgar Morin ; mais, pas seulement. L’auteur met, aussi, en lumière les relations que ce fumeux personnage a su, tout à la fois, exploiter et servir, dans ce que l’on pourrait qualifier d’un échange de bons procédés.
Au-delà de la sensibilité que l’on peut avoir au récit, voici quelques précisions apportées par l’auteur sur la réalité que cache le personnage qu’est Edgar Morin. Celui-ci aime, avant tout, le feu des projecteurs. C’est un véritable opportuniste qui ne lésine pas sur les moyens de la supercherie. Il mélange politique, ésotérisme, sociologie, biologie, cybernétique, etc. Cette complexification rend tous ses sujets confus dans un amalgame qui tente de faire avaler « n’importe quoi » à ses lecteurs, en les décourageant, les dés-informant, et en vendant du papier imprimé. Il diffuse, de manière quelque peu triviale et « mesurée », les théories de la post-modernité où « chocs des civilisations » et « fin de l’histoire » se côtoient.
Il est l’un de ces personnages qui gravitent autour de la sphère des décideurs en leur offrant une justification intellectuelle, du prêt-à-penser, pour justifier les politiques réactionnaires auprès du grand public. Il est, aussi, sinon « le » du moins l’un des maîtres d’oeuvre de la mise officielle au rencart, par le PS du concept de la lutte des classes. Avec ses théories extravagantes, Edgar Morin a permis aux énarques du PS de substituer une ligne politique de complaisance envers le néo-libéralisme à une vision politique, trop opportunément jugée démodée et dépassée.
Ses théories, aussi fumeuses que peut l’être celle de la très actuelle islamophobie, portent pour nom « la méthode de la méthode », « la théorie de la complexité », « la théorie de la métamorphose » ou « la théorie d’une pensée complexifiée » etc. Il aime les néologismes, et il excelle, souvent, à employer des expressions comme « le commencement du commencement », « la fin de la fin », « le nouvel âge de fer »… mais, toujours de façon grandiloquente et ronflante ; cette façon révèle, d’ailleurs, la vanité et « l’inanité » du personnage.
D’après Edgar Morin, tout serait si complexe qu’il serait vraiment absurde de vouloir changer quoi que ce soit. En effet, il faudrait nous adapter aux exigences du monde actuel, car nous n’aurions pas d’autre choix. Il ne serait possible de gouverner que dans l’incertitude parce que nous serions confrontés à des situations complexes qui appelleraient des solutions tout aussi complexes, mais nécessitant, forcément, des experts, des spécialistes pour nous dire qu’au bout du compte on ne peut rien faire… sauf, peut-être, nous résigner et nous serrer la ceinture… Le monde est si complexe, n’estce pas Edgar ?
Tout nous échapperait, mais le hasard, qui fait, toujours, bien les choses, ferait en sorte que tout finisse par rentrer dans l’ordre en trouvant un équilibre aussi « naturel » que spontané. Vous voyez ? Comme ça, on peut mettre au rancart la lutte des classes, devenue, désormais, sans objet et improductive, comme une vieille chimère.
A partir de là, il ne faut pas s’étonner que les néo-libéraux aient fait la promotion de ce vieil Edgar. Aussi bien des Raffarin que des Rocard, ou vice versa ; mais il y en a d’autres, et des plus inattendus, qui ont fait partie du cercle d’Edgar Morin. Et, à l’étranger, également. Il y vend des livres remplis de ses élucubrations intellectuelle en passant des contrats avec des membres de gouvernements, comme ce fut le cas avec le Mexique. Il fut, en outre, reçu à l’ONU, à l’UNESCO, comme un grand penseur visionnaire…
L’auteur de cet ouvrage, Jean Jacob, met également en lumière les liens étroits qui unissent ce genre d’opportunistes, comme l’est Edgar Morin, avec les médias, les politiciens de tous bords, les universitaires,…
Edgar Morin est un fervent défenseur du conservatisme politique, dans la plus pure tradition réactionnaire. Il dispose d’une tribune dans le journal « Le Monde ». C’est un journal pourtant réputé sérieux auprès du grand public. Comme quoi les préjugés ont la vie dure. Dans son discours, Edgar évite généralement de conclure, laissant à ses auditeurs le soin de le faire eux-mêmes. C’est plus prudent . Et ça permet à cet infatigable bonimenteur de rebondir avec une réelle souplesse.
Texte initialement publié dans le journal « Anarchosyndicalisme ! », numéro n°132, Décembre 2012 – Janvier 2013
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