La ponte à outrance
La Voix libertaire, 8 Mars 1930, numéro 54

Dernièrement la « Fondation Cognac » a distribué ses petites récompenses aux meilleures pondeuses françaises. Pauvres femmes, faut-il que vous ayez peu de conscience ou plutôt qu’elle vous appartienne bien peu pour agir d’une manière si contraire à vos intérêts et à votre bonheur !
Comme ce sont rarement les riches qui en font tant à la fois, je puis donc dire que ces pauvres femmes, médusées par cet appas, mettent au monde des enfants qui ne leur appartiennent pas puisqu’elles-mêmes, dans la misère le plus souvent, sont surmenées de travail, et n’ont pas le temps de goûter aux joies matérielles que cela pourrait leur procurer. Plus tard, lorsque ces enfants auront atteint treize ans, alors, ou ils traineront dans le ruisseau et seront la proie des milieux les plus vils, ou ils deviendront des assassins [militaires], ou bien ils seront obligés de donneur la plus grande partie de leur temps à un travail qui en fera de vrais esclaves.
O mères, voyez donc qu’ils ne vous appartiennent pas plus dans leur jeune âge qu’à l’âge adulte, ces enfants que vous faites en série. Réfléchissez, quelle joie trouvez-vous de vos actes ?
La vraie joie c’est la liberté et le bien-être. Le moyen, c’est de dominer la nature là où nous le pouvons, afin de la faire servir le plus possible à notre bonheur personnel et à celui de notre grande famille qui est l’humanité.
Marguerite SEPSA
Des réalisations concrètes que doit envisager l’anarchosyndicalisme

La Voix libertaire, 15 Mars 1930, numéro 15
Je ne sais si beaucoup de travailleurs ont remarqué, comme moi, la faiblesse des réalisations obtenues par les syndicats. Je suis arrivée à me demander si, au lieu de l’action menée jusqu’à maintenant par les syndicats révolutionnaires, il n’y aurait pas un chemin tout différent à prendre afin de réaliser quelque chose de plus concret et qui réponde mieux à nos conceptions.
Jusqu’à présent, les ouvriers n’ont pas obtenu grand-chose avec leur manière d’agir qu’ils tiennent pourtant comme le meilleur de leur pouvoir, comme le plus grand de leurs moyens de lutte contre l’exploiteur : la grève.
S’ils ont réalisé quelque chose un jour, cela leur est repris le lendemain, nous l’avons vu pour la fameuse journée de 7 heures chez les mineurs d’Angleterre – qui compte cependant un si grand nombre de chômeurs – qu’ils ne purent même pas conserver malgré leur longue persistance dans la grève ; nous l’avons vu pour les travailleurs de l’industrie cotonnière où, cette fois, il était question de la diminution des salaires. En France, nous pouvons compter les rares grèves qui obtiennent des résultats satisfaisants ! Les capitalistes qui sont à la tête de ces industries paraissent très fermement décidés à se montrer inflexibles. Ils en ont le pouvoir puisqu’ils trouvent des esclaves pour les servir et les défendre contre les travailleurs plus évolués.
Que peuvent faire les travailleurs actuellement dans les pays capitalistes comme l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Amérique, etc.… où la police est de plus en plus renforcée, de mieux en mieux armée – n’a-t-elle pas à présent l’aviation à sa disposition ? – où, le port d’armes étant prohibé, l’ouvrier se trouve en état d’infériorité évidente contre une bande d’apaches officiels, armée et organisée.
Contrairement à la principale tactique des CGT qui n’est actuellement mise en pratique que par les syndicats révolutionnaires, et qui consiste chez tous, jusqu’à présent, d’employer la grève et seulement la grève – ce qui a mené à fort peu de choses : le meilleur des régimes capitalistes, avec sa discipline, n’étant pas ce que nous voulons, mais ce que nous repousserons toujours avec autant d’opiniâtreté – pourquoi luttons-nous à la manière des communistes qui, étant soi-disant contre la guerre, contre l’armée nationaliste, revendiquent d’un autre côté, l’amélioration du sort du soldat et du réserviste, l’adoucissement de la discipline, etc… ? Voulons-nous, oui ou non de la discipline ? Non, la discipline la plus douce, le collier le plus délicat, nous ne le voulons pas. De même nous repoussons de toutes nos forces le régime d’oppression et de tyrannie qui est la conséquence du capitalisme et ne voulons pas travailler à son adoucissement.
Pourquoi chercher des améliorations de salaires par les grèves puisque nous ne voulons pas de salaire ? Pourquoi revendiquer la journée de 8 heures ou même de 6 heures, puisque nous ne voulons pas, au fond de nous-mêmes, d’une journée salariée par le capitaliste. Ah ! oui, beaucoup croient, par ces revendications, amener leurs frères de travail à des idées un peu plus avancées, les « entrainer » à la révolution.
Je ne crois pas que les hommes soient, en général, capables de lutter encore avec foi et enthousiasme lorsqu’ils ont atteint à un minimum de confort ; il n’y a que des exceptions, et la gloire en est aux anarchistes, aux vrais êtres assez généreux pour ne pas s’en tenir à leur propre vie et ne pas se contenter de la satisfaction de jouissances immédiates qui est dans chaque être humain, et qui veulent négliger leur quiétude personnelle afin de continuer leur combat pour l’émancipation des travailleurs.
Nous ne voulons pas de rêves, de belles phrases, de luttes même, qui ne conduisent pas à notre but. Notre but, ce devrait être de vouloir réaliser quelque chose de concret, tout de suite. Nous savons tous que, pour réaliser, il est une force, la plus puissante actuellement : l’argent. Voilà un mot qui fait peur à beaucoup ! Cela se comprend car à quelles saletés, à quelles compromissions conduit l’argent lorsqu’il est touché par des gens sans scrupules et sans le véritable esprit anarchiste ! Nous ne voulons pas de l’argent dans notre société future, c’est pourquoi beaucoup croient bon d’en faire fi actuellement. Mais, chers camarades qui pensez ainsi, avec quoi voulez-vous donc lutter aujourd’hui contre le gouvernement si bien armé, défendant un capitalisme dont les puissantes ramifications se prolongent dans le monde entier ?
Les armes, vous n’y avez pas droit, l’argent, vous le méprisez, les grèves, ce n’est, comme je l’ai dit précédemment, qu’une illusion, on les laisse faire tant qu’elles ne font pas peur, mais le jour où elles s’étendent un peu trop, on a recours à cette création d’après-guerre, les gardes-mobiles, pour les mâter, et si l’ouvrier y gagne quelque peu et quelquefois l’augmentation du coût de la vie, suit l’augmentation des salaires. Bientôt même, nous verrons ce droit supprimé, les faits qui se sont passés récemment en France (1er août) nous poussent à penser cela.
Les grèves ne nous conduiront pas au but que nous cherchons, cependant, je ne voudrais pas que l’on interprète mal ma pensée, car je ne suis pas contre l’esprit de grève, mais je prétends que ce ne doit pas être notre unique et première préoccupation.
Ah ! la grève générale lors de la guerre ! Ce serait beau ! Mais c’est une illusion. Nous connaissons les bourrages de crânes faits par tous les journaux sans exception au moment d’une guerre. Alors, on évoque les motifs de « défense nationale », ou bien, lorsque c’est pour s’accaparer un morceau de terrain en Afrique ou en Asie c’est pour « civiliser des peuples barbares », « leur faire connaître le progrès et leur faire profiter de nos inventions ». II y a toujours un motif et un motif qui semble beau à ceux qui ne voient pas profondément, car les journaux bien rétribués (l’argent ! …) par ceux-là mêmes qui ont un intérêt personnel à vouloir la guerre, savent chanter sur le ton le plus dithyrambique afin d’attirer les foules par leurs plus beaux sentiments.
Alors, on marche, et ceux qui ne veulent pas, ou bien sont entraînés malgré eux par les autres, ou bien y sont contraints par 1a violence. C’est un bel espoir qu’ont toujours eu les révolutionnaires que cette grève générale. Ce serait aussi le mien si cela ne me paraissait pas irréalisable.
N’est-il pas une réalisation de première importance contre la guerre ? boycotter tout travail qui sert à la guerre. De celui-là, on ne s’en sert pas actuellement, comment emploierait-on l’autre dans un moment où l’on courrait alors un danger de mort ! Dans tout métier nous travaillons pour la guerre : plus ou moins directement, nous travaillons aux poudres et aux munitions que l’on emploiera dans la prochaine guerre ou contre nous le cas échéant si nous mêlons un jour des gestes de courage à notre affranchissement : nous nourrissons, habillons, le bourreau qui bientôt abattra l’un des nôtres parce qu’il se refusera de tirer, nous entretenons grassement le policier en attendant qu’il se jette sur nous le jour où nous crierons trop fort notre soif de pain, de bien-être et de liberté pour tous. Travailler, même 6 heures pour tout cela, non, ce n’est pas ce que nous devons vouloir, cela me paraît une fausse route. On dit : « Ce sont des revendications immédiates, mais qui n’enlèvent rien à notre idéal » Pour moi, il me semble qu’on oublie trop souvent l’idéal, et puis, prenons des exemples, ne voyons-nous pas dans les établissements où les salaires sont un peu plus élevés, les travailleurs se trouver ainsi contents de leur sort et délaisser la lutte. C’est presque fatal. L’ouvrier ou l’employé prend alors la tournure d’un valet. Le syndicat révolutionnaire disparu bientôt, le maître dirige les consciences par un syndicat couleur patronale. Ainsi chez Ford en Amérique et chez tous ceux qui essayent de s’inspirer de lui. Nous pouvons remarquer cela également en France dans les compagnies ou banques d’origine américaine, par exemple, où les employés tant mieux rétribués, font leurs petits-bourgeois et, en toute occasion, soutiennent le patronat et se prosternent devant lui. Ils n’ont qu’une ambition, celle de singer leurs maîtres, les riches ; ils n’ont, comme but dans la vie, que la réalisation de leur confort autant qu’il leur est possible de le faire et perdent le goût de ce qu’il y a de plus beau au monde : la liberté.
À mon sens, la vraie réalisation, nous pouvons l’obtenir tout de suite en groupant nos efforts et en essayant de former des coopératives dans les villes et des colonies dans les campagnes. Arriver à ne plus travailler pour d’autres que pour nous-mêmes, ne plus produire pour les guerres, ne plus avoir d’aliments falsifiés mais seulement des produits que nous aurons fabriqués nous-mêmes et cela le plus vite possible, voilà, présentement le seul idéal économique, pour des syndicalistes anarchistes.
Alors nous formerons d’abord un noyau, petite ile dans cette mer sociale, et qui ira se développant toujours et attirera vers elle de plus en plus les travailleurs qui seront touchés par la meilleure des propagandes.
Marguerite SEPSA
« La révolution sera anarchique ou ne sera pas »
Le Libertaire, 26 juillet 1930
« La révolution sera anarchique ou ne sera pas » : je reprends une phrase relevée par Malatesta dans son article sur « Les anarchistes aujourd’hui », paru dans le Libertaire du 5 juillet. Je crois que ce n’est pas une phrase qui ne signifie rien ou qui exprime une sottise.
En effet, il ne peut en être autrement. Si la révolution est internationale, c’est alors que les États seront détruits ainsi que les armées ; les frontières n’existeront plus.
N’aurons-nous déjà pas atteint un stade anarchique lorsque nous aurons détruit : patries, capitalisme, armées et frontières ?
Cette révolution-là, et selon ce que je crois, il ne s’agit que de celle-là lorsque les camarades prononcent cette phrase, cette révolution n’a encore jamais existé. Il y eut des révolutions ; il n’y a pas encore eu « la révolution sociale ».
Il ne faut pas compter faire l’éducation des masses avant la révolution, évidemment, comme le dit Malatesta ; combien de siècles cela demandera-t-il, et même y parviendrons-nous ?
Mais alors, si après une révolution partielle se forme un nouveau gouvernement, alors il nous faudra combattre encore le gouvernement institué par le peuple révolutionnaire et nous serons toujours en perpétuel combat et dans ce cas, nous ferons acte d’autorité si nous employons la violence pour imposer nos conceptions.
Oui, ayant un tempérament anarchiste, nous ne pourrions pas obéir à ce gouvernement, nous lui refuserions notre concours soit pour l’impôt, soit pour le service militaire. Les exemples et les simples conseils suffiraient-ils alors à convaincre la masse que nous avons raison et qu’en effet, l’on peut fort bien se passer d’autorité, que cela n’en vaut que mieux ?
Et alors, avons-nous besoin d’attendre ce moment pour préparer l’anarchie ? Non, nous pouvons déjà dès maintenant, travailler à la grande révolution sociale par plus d’internationalisme. L’espéranto est une aide précieuse, servons-nous-en. Correspondons davantage avec les camarades des autres pays, mettons-nous le plus possible en rapport avec eux. Il faut que la distance, les frontières ou le langage ne soient plus aucune entrave à la création de liens étroits entre les éléments des divers pays ; il faut dès maintenant travailler à la grande révolution sociale par plus d’internationalisme en aidant par tous les moyens aux soulèvements qui ont lieu dans tous les pays, même si ces soulèvements sont d’origine autre qu’anarchiste, mais VRAIMENT révolutionnaires (1) et en nous efforçant de leur donner une orientation libertaire.
Marguerite SEPSA.
(1) Je ne parle pas, naturellement, des soulèvements qui ont lieu en Allemagne et que l’on traite de « révolutionnaires » émeutes causées par les racistes en Allemagne, en Autriche ou ailleurs.
Religions, sciences, liberté
Le Libertaire, 2 août 1930
Jusqu’à maintenant, les religions ont joué un rôle particulièrement grand dans les sociétés ; il y eut, selon moi, des influences particulières à telles ou telles religions, on peut dire qu’il y en eut vraiment peu de bonnes ; à mon avis, les religions ont toutes une influence néfaste sur les cerveaux et cette question ne me laisse pas seulement indifférente, mais au contraire me passionne énormément et m’incite à lutter toujours davantage contre un des plus intraitables fléaux que subit encore malheureusement de nos jours l’humanité.
La société meilleure que nous rêvons ne sera jamais réalisée tant que l’esprit d’autorité et de mysticisme des religions n’aura pas disparu.
Je n’énumérerai pas les crimes que les religions ont commis, aidé à commettre ou ceux qu’elles n’ont pas empêchés, malgré le pouvoir qu’elles en avaient, si elles avaient voulu en toute logique se conformer à leurs principes fondamentaux. Car toutes possèdent quelques principes de moralité qu’elles ne respectent pas, malheureusement, les interprétants toujours dans un sens contraire à la vraie humanité.
Je ne voudrais envisager les religions qu’au point de vue du mysticisme qui est à leur base.
Tout mysticisme mérite notre mépris, quel qu’il soit : adoration d’un Jésus, d’un Lénine ou d’un Jaurès, ou bien adoration de l’inconnu, tous sentiments de l’homme poussés à l’exagération, lui enlevant tout contrôle de lui-même, lui faisant perdre toute vraie notion de la réalité. Le mysticisme abrutit l’homme, l’habitude à ne pas penser par lui-même, mais toujours suivant des données établies ; il empêche de se développer en lui l’esprit critique qui fait les vrais « hommes ». Le mysticisme prosterne l’homme devant une morale toute faite, le force à accepter ce qu’il n’a pas contrôlé, lui défend de juger d’une chose suivant son tempérament et en toute conscience, empêche son esprit critique de se développer. C’est pourtant l’esprit critique qui fait les vrais « hommes ». Nous voyons les Européens s’agenouiller devant des ostensoirs et des statues, effigies de leur dieu; nous voyons les peuples primitifs se prosterner devant des images de bois ou de pierre ; nous en voyons d’autres se prosterner humblement devant le soleil, ce qui est une chose que je comprends encore mieux, car, à choisir entre tous ces divers objets, et même le dieu éthéré des théosophes, c’est encore le soleil qui bénéficierait de ma plus grande sympathie : lorsque je pense à tous ses bienfaits, à la douce chaleur qui nous pénètre, lorsqu’il nous illumine de ses rayons, aux champs de blé doré qui réjouissent nos yeux, alors, j’avoue que ceux qui l’adorent sont les plus logiques, surtout s’ils savent goûter tous ses bienfaits et lui rendent hommage pour cela.
Pourtant, aimer le soleil qui nous éclaire, aimer la belle nature qui nous entoure, s’enthousiasmer devant certaines magnifiques nuits étoilées, ce n’est cependant pas être mystique.
La folie du mysticisme, la folie des religions, c’est d’empêcher l’être humain de s’appartenir et de voir les choses avec sang-froid, c’est la maladie de vouloir tout convertir autour de soi avec tant d’acharnement et d’autorité que l’on va jusqu’à employer les méthodes les plus cruelles pour arriver à ses fins. Et si cela n’a pas lieu maintenant dans nos pays, c’est parce que la force manque à ces institutions, c’est parce qu’elles sont déjà sapées par l’esprit de libération qui s’empare des humains avec l’évolution. C’est aux ensoutanés, maintenant à se plaindre des soi-disant brimades qu’on leur fait subir aux pays des Soviets, ils devraient se taire s’ils avaient la conscience de se rappeler les tortures qu’ils ont infligées aux incroyants du temps de l’Inquisition.
Qu’on les laisse prendre un peu plus pied dans la vie sociale, qu’on les laisse reprendre petit à petit l’emprise qu’elles y ont perdue, alors nos yeux pourront pleurer devant les souffrances qu’elles répandront pour faire plier les êtres humains sous leur joug. Ne nous laissons pas rendre indifférents par l’état de relative faiblesse où les religions se trouvent aujourd’hui, le monstre est prêt à renaître à chaque moment ; il ne veut pas mourir !
Les religions ont empêché les sciences de se développer ; elles ont été une grande barrière au progrès ; c’est peut-être grâce à des hommes comme Rabelais ou Voltaire que nous pouvons aujourd’hui penser librement ; grâce à des hommes comme eux et aidée de sa propre force, la science a triomphé ; devant la Vérité les religions n’ont pu que s’incliner ; elles ont été entraînées malgré elles sur la route du progrès qui monte toujours. C’est là que l’on peut voir combien la religion est contraire aux lois naturelles de la vie, puisque celle-ci suit toujours sa course vers le progrès, nous entraînant toujours vers un stade de plus en plus évolué, tandis que celle-là, se reportant toujours aux Écritures, est stable par nature et a horreur du progrès.
C’est pourquoi la religion empêche aux fidèles d’approfondir les mystères. Le mystère est pour elle son plus grand atout, il attire les foules, laissées exprès dans l’ignorance. La foule est une grande enfant ; elle aime le mystère et le ritualisme et c’est cela que nous devons combattre en elle en l’éduquant. Nous disons que le mystère et le rite sont des choses que l’on doit fuir comme la peste. L’homme doit chercher à approfondir tout le connaissable et abandonner l’inconnaissable. L’inconnaissable est du domaine des poètes et des artistes ; on ne peut utilement s’en servir que dans l’art. Servons-nous de lui, mais ne le servons pas.
On peut le dire, si l’esprit d’autorité, de ritualisme et de mysticisme disparaissait de la société, alors le monde serait peut-être prêt à réaliser ce que nous rêvons, car je crois qu’ici, quelques idées que nous ayons, nous aspirons tous à la réalisation d’une société où règne enfin la justice.
L’éducation religieuse rend l’enfant hypocrite en lui cachant des vérités élémentaires qu’elle considère comme immorales. Elle met de l’immoralité dans tout, elle apprend à considérer l’acte charnel comme une chose odieuse. Déjà, dès le début, en nous enseignant que Marie fut mère tout en restant vierge, ce qui fausse déjà stupidement l’esprit logique des enfants, on leur apprend à connaître le mensonge. Elle met du mal dans les actes les plus naturels et peut-être les meilleurs. Par cela, elle déprave l’être humain au lieu de le laisser s’épanouir harmonieusement dans un bonheur sain et normal. Elle transforme la plupart de ses prêtres en sadiques et fait des autres des malheureux en brimant le plus violent de leurs instincts, l’instinct sexuel. Elle fait des femmes de vieilles bigotes médisantes et acariâtres, tout cela par sa moralité sexuelle. Enfin, ne laisse comme refuge aux humains torturés par leur sexe que l’hypocrisie de la masturbation.
Les religions ont en horreur la liberté ; ce que l’être humain, même le plus ignorant et le moins évolué apprécie le plus au monde c’est la liberté. C’est pourquoi je pense que les hommes ne pourront vraiment être heureux que lorsqu’ils auront pu enfin se dégager du joug de cette vieille sorcière vénale qu’est la religion.
À bas la religion ! À bas l’esprit religieux !
Marguerite SEPSA.
Textes tirés de la Brochure « Marguerite ASPÈS : Anarchosyndicaliste, espérantiste,anti-colonialiste, féministesans concession des années 1930 »

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SOMMAIRE
EN MEMOIRE DE MARGUERITE ASPÈS, MILITANTE DE LA CGTSR-AIT D’ALGER DES ANNÉES 30 (https://cnt-ait.info/2026/03/07/marguerite-aspes/)
- Une anarchiste sensible et engagée
- Alger : une agitatrice anti-colonialiste trop remuante pour le pouvoir
- De retour en France, l’agitation anti-militariste
- Sur la liste noire du Parti Communiste
- Une espérantiste militante dans la révolution espagnole
- Marguerite Aspès victime d’un prédateur sexuel ?
ANNEXES
TEXTES POLITIQUES DE MARGUERITE ASPÈS (https://cnt-ait.info/2026/03/07/textes-politiques-aspes)
Participation au congrès de 1935 de la SAT à Paris (https://cnt-ait.info/2026/03/07/marguerite-aspes-esperantiste)
POEMES DE MARGUERITE ASPÈS (https://cnt-ait.info/2026/03/07/poemes-marguerite-aspes)
De sa rébellion contre la police d’Alger à la liste noire du Parti Communiste (https://cnt-ait.info/2026/03/07/marguerite-aspes-alger)
La liste noire du Parti Communiste Français
Ecrits anticolonialistes
Ecrits et activités antimilitaristes de Marguerite Aspès , pionnière de l’objection de conscience