Comprendre les leçons de l’Histoire : Pierre SEEL, homosexuel déporté par les Nazis grâce au fichier de la police française

Ce n’est que le 17 mai 1990, que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rayé l’homosexualité de la liste des maladies mentales. En 1960, l’homosexualité fut même définie par la loi française comme « fléau social », loi qui ne fut abolie que le 4 août 1982. L’homosexualité est encore considérée comme une maladie dans de nombreux pays, et aussi par de nombreux courants d’extrême droite nationalistes européens adeptes des soit disant « thérapies de conversions ».

En 1940, le jeune Pierre SEEL, qui fréquentait les lieux de drague homosexuels de Mulhouse, était fiché comme homosexuel par la police française, et ceci alors qu’il n’avait jamais été arrêté ni même interrogé. En fait, comme il s’était fait voler sa montre dans un de ces lieux, il avait été porté plainte au commissariat. Les policiers n’avaient bien entendu rien fait pour retrouver sa montre, mais par contre ils avaient fait immédiatement le rapprochement entre sa présence sur ce lieu et ses fréquentations et l’avaient fiché  à son insu comme homosexuel. Du « contact tracing » avant l’heure …

Lorsque les nazis occupèrent Mulhouse, quelques mois plus tard, Pierre SEEL fut convoqué par la Gestapo. Pierre, qui n’avait jamais rien fait d’illégal, ne pouvait s’imaginer que les nazis avait mis la main sur le fichier. Ils l’avaient scrupuleusement  épluché et s’étaient mis en tête d’aller chercher tous les homosexuels qui y figuraient car ils présentaient un risque pour la santé du corps social aryen.

Le 3 mai 1941, avec une douzaine de congénères, il est arrêté, interrogé, torturé et violé pendant deux semaines, avant d’être envoyés au camp de sûreté et de redressement de Schirmeck-Vorbruck.

Là Jo, son premier amour, fut déchiqueté par les chiens sous ses yeux. Pour les nazis, les homosexuels ne méritaient ni la balle, ni la corde. Ils devaient être traités comme des déchets. Après-guerre, seul, face à une hostilité sociale généralisée, il dû cacher son terrible secret.

Ce n’est que tardivement, qu’à la fin des années 80 que Pierre SEEL, lui-même catholique mais écœuré par les mensonges de l’église qui en 1989 traita les homosexuels “d’infirmes”, laissa éclater sa révolte trop longtemps étouffée. Il lui fallait alors dire, raconter, expliquer au plus de personnes possibles. Il a pu compter sur le soutien des militants de la CNT-AIT, dont certains lui apportèrent à sa demande une aide dans son travail de secrétariat. Bien qu’il n’était pas anarchosyndicaliste, nous partagions une même révolte face à la haine de ceux qui veulent faire rentrer tout le monde dans la « norme sanitaire » et sociale.

La leçon que nous avons tiré de ce compagnonnage avec Pierre SEEL, c’est que les listes, les fichiers, sont toujours l’antichambre du totalitarisme. Et qu’un fichier établit de « bonne foi » pour protéger la « santé » de la société, quand il tombe dans des mains totalitaires est un puissant outil pour la mise en œuvre de projets funestes.

C’est aussi parce que nous n’oublions pas Pierre SEEL et ses combats, que nous nous opposons à la biométrie et au QR Code de la traçabilité électronique, outils monstrueux qui servent à établir des listes et fichiers de contacts en temps quasi réel, pour des motifs soit disant sanitaires mais qui tiennent plus du contrôle social.

Si demain l’extrême droite arrivait au pouvoir en France, qui sait l’usage qu’elle pourrait faire d’un tel système …

Des militants de la CNT-AIT

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