LETTRE DU FRONT (1936)

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

 Hé oui ! Nous sommes là, entendant très bien, de nos positions, les sirènes des usines de Saragosse. Cela pour vous dire purement et simplement que nous ne sommes pas loin du but. Sans lunettes, bien moins avec des jumelles, nous voyons très bien la ville avec nos SIMPLES YEUX. Comprendra qui voudra (sauf Clément Vautel, Larocque et autres comédiens qui amusent la galerie !).
Croyez moi, braves camarades, je ne vous écris pas de Perpignan ou d’une autre ville frontière comme est de règle chez les pisse-copie de la belle presse fasciste, républicaine ou même démocratique. Je ne vous écris même pas de Farlete, mais de bien plus loin encore, c’est-à-dire près de Saragosse. Mais au fait, que dit la grrrrande presse d’information ? Ici, je ne lis pas, mais je sais qu’elle ne changera pas sa nourriture, je lui adresse le dégoût d’un milicien combattant écoeuré de sa servilité et de ses mensonges crapuleux. Ma vieille mère se croit belle à 80 ans tout comme le fascisme agonisant qui se croit encore vivant. Quant à la question de la militarisation des milices, criez-le à qui voudra l’entendre sans risque d’être démentis : dans toutes les colonnes dirigées par les anarcho-syndicalistes, et elles sont les plus nombreuses : “ Miliciens, oui, soldats, jamais ! ”. Tout est liberté chez nous, et cette liberté fait de nous des hommes disciplinés, bravant la mort et la torture. Nous ne marcherons jamais à la baguette, mais nous ne pâlirons jamais devant l’ennemi. Militarisation ? Dans les colonnes des politiciens, rien ne nous étonne, mais chez nous il n’y a que des camarades sans dieu ni maître, tous sur le même pied d’égalité. Durruti est notre guide et notre frère. Il mange et couche avec nous, il est moins bien habillé que nous, il n’est ni général, ni caïd, mais un milicien digne de notre amitié. Les grades, la fanfaronnade et l’ambition sont le rêve des polichinelles de tout acabit et non pas de ces milliers et de milliers d’anarcho-syndicalistes qui font la beauté de l’Espagne libertaire. A la prochaine, et au nom de mes camardes je vous envoie à tous notre salut fraternel.Saïl Mohamed, sans grade ni matricule, comme tous ses camarades.

L’Espagne Antifasciste n°17, 4 novembre 1936.


Source : Mohamed SAÏL

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