Né à Valence (Levant, Espagne) en 1900, bossu de naissance et mesurant à peine 1 mètre, Santiago Suria dit Surieta, qui était le fils d’un modeste artisan marbrier, avait adhéré très jeune au mouvement libertaire. Particulièrement actif dans les Athénées libertaires, il occupa pendant la Révolution espagnole entre 1936 et 1939 divers postes de responsabilité.

A la fin de la guerre civile il parvint à s’embarquer sur le bâteau Lézardieux à destination de l’Afrique du Nord. Comme tant d’autres réfugiés espagnols qui avaient pourtant combattu le fascisme les armes à la main, il fut interné par la République Française (et non par Vichy …) au nom de la loi de 1938 sur les « étrangers indésirables ». Il fut interné au camp de concentration de Boghari (Camp Morand) où il fit partie du groupe Exilio formé par les jeunes libertaires qui publia un journal du même nom.
Ouvert en avril 1939, le Camp Morand, à BOGHARI (département d’Alger) fut destiné aux miliciens espagnols que l’on tenait éloignés des villes. Sa situation près du massif de l’Ouarsenis en fit un lieu d’hébergement difficilement supportable. A la chaleur du désert algérien s’ajoutaient des conditions d’hygiène des plus précaires et un manque crucial d’eau et de nourriture. Dans les baraques prévues pour 24 s’entassaient 48 personnes. Le camp était dépourvu d’infirmerie et connaissait une pénurie grave de médicaments. En mai 1939, 3 000 miliciens étaient regroupés dans le CAMP MORAND et plus de 2 000 s’y trouvaient encore en novembre. Deux missions internationales visitèrent les camps d’Afrique du Nord et la conférence d’aide aux réfugiés espagnols organisée à PARIS en juillet 1939 demanda la dissolution du camp de BOGHARI, mais en vain.
Après la libération il fut membre de la Fédération Locale de la CNT-AIT d’Alger, qui dès 1946 manifestait le 1er mai pavec une banderole en espagnol et en arabe proclamant « Les travailleurs réfugiés espagnols au peuple algérien pour la fête du travail »

A la CNT-AIT, il occupait la fonction de « paquetero », responsable de la répartition et de la vente des brochures, livres et journaux de l’organisation. Il avait organisé à son domicile une bonne bibliothèque et pour une somme modique prêtait des livres à ceux qui n’avaient pas les moyens de s’en acheter. Travaillant occasionnellement comme cordonnier, Le bossu, comme l’appelaient ses ennemis, parcourait du matin au soir les rues d’Alger et en particulier celles du quartier populaire de Bab-El-Oued, son quartier, pour y répartir la presse libertaire. Il participa également à une coopérative de production de chaussures qui avait été montée par des militants anarchosyndicalistes espagnols.
A la fin de la guerre d’Algérie, il fut menacé par l’Organisation Armée Secrète (OAS), qui regroupait les fanatiques de l’Algérie coloniale. Ses voisins musulmans l’avertirent et lui proposèrent de ne plus sortir de chez lui et de le ravitailler ; la fédération locale de la CNT-AIT lui recommanda la plus grande prudence, en vain, Surieta ne voyant pas quel mail il y avait à faire circuler la presse libertaire.
Le 10 avril 1962 au matin, alors qu’il sortait de chez lui, quartier de La baseta à Bab El Oued, avec une musette pleine de livres et de revues, Santiago Suria fut enlevé par un commando de l’OAS. Battu, fouillé par les assassins qui recherchaient des adresses qu’ils ne trouvèrent pas, il fut ensuite étranglé.
Son cadavre, toutes les articulations brisées, fut abandonné le lendemain dans un sac, rue de Normandie, avec l’écriteau « Ainsi payent les traîtres – OAS ». Pour des raisons de sécurité, aucun membre de la CN-AITT n’assita à l’enterrement. Mais pour commémorer sa mémoire, les compagnons de la CNT-AIT en Algérie (vraissemblablement le compagnon Angel VIDAL) publièrent dans le journal de la CNT-AIT de Toulouse, espoir, un article pour le premier anniversaire de sa disparition. Aujourd’hui, reprenant le flambeau, nous republions cet article sur le site de la CNT-AIT, afin de poursuivre la promesse de ces vétérans de la Révolution espagnole : « nous veillerons à ce que ta vie exemplaire inspire les jeunes générations. »
des miliantes et militants de la CNT-AIT de France et d’Algérie
SOURCES : J. Muñoz Congost, Por tierras de moros, Ed. Madre Tiera, 1989 — Espoir, n°68, 21 avril 1963. Iconographie : Espoir, n°68, 21 avril 1963.
Remember « Le Bossu »
Espoir (journal de la CNT-AIT française de la 6ème région, Toulouse, numéro 28, 21 avril 1963)
Il y a un an, Santiago Súria était assassiné par un commando opérant à Alger sur ordre de l’OAS. Surieta, comme l’appelaient ses amis les plus proches, était originaire de Valence, une région qu’il rêvait de visiter une fois l’Espagne libérée du joug de l’oppression.
Le destin lui a infligé un coup cruel, le condamnant à une vie de malheur. Fils d’un modeste artisan marbrier, issu d’un milieu aisé et imprégné d’idées libérales, il choisit de surpasser son père et embrassa le mouvement libertarien dès son plus jeune âge, fréquentant assidûment nos athénées. Rapidement, il devint un collaborateur précieux, reconnu pour son intégrité et son honnêteté.
Né en 1900, il avait 62 ans.
Durant la guerre civile, il occupa les postes à responsabilité qui lui furent confiés, dans la mesure où son handicap physique important le lui permettait, se montrant strict lorsque nécessaire et flexible lorsqu’il le jugeait opportun. Son tempérament enjoué et optimiste l’empêchait de s’attarder sur les inexactitudes et les suppositions.
En exil, comme des milliers d’autres, il endura les dures épreuves des camps de concentration africains. Les températures extrêmes du Grand Désert ne brisèrent pas son esprit ; il garda toujours l’espoir de recommencer, ou plutôt, de continuer.
Lorsque sa vie fut brutalement fauchée, il était responsable de la distribution de la presse et de la propagande pour la Fédération locale d’Alger de la CNT-AIT, une mission qu’il avait accomplie avec une fidélité et une méticulosité sans faille pendant de nombreuses années. Il était chargé de la distribution et de la vente de journaux, de suppléments, de revues liées à notre organisation, de brochures, de livres, etc., avec une gestion toujours impeccable.
Avec sa sacoche en bandoulière, débordant de tracts de propagande, « Le Bossu », comme l’appelaient ses adversaires, arpentait les rues d’Alger du matin au soir, surtout celles de son quartier (Bab-el-Oued), à la recherche de compagnons qu’il savait trouver un peu partout, pour leur distribuer le journal. Ce n’était pas le pourcentage de profit tiré de la vente et de la distribution de ces imprimés qui le faisait avancer, non ! C’était l’amour qu’il portait aux idéaux de libération. Bien que ses efforts ne lui permirent guère qu’une existence végétative, il refusa toujours les offres répétées d’aide financière. Complètement incapable du moindre travail manuel, il se résignait toujours à son sort.
Les hordes fascistes algériennes, aveuglées par le sang versé par les innocents et les sans défense, savaient qu’en ce « Bossu » elles tenaient un ennemi et décidèrent de l’éliminer, non sans l’avoir averti de cesser de vendre et de distribuer la presse « communiste » (??? cela montre l’incurie politique des fascistes…). Súria, malgré le ton menaçant des avertissements, n’y prêta aucune attention. Dur comme l’acier, avec un tempérament et un esprit forgés dans le feu de l’action, il décéda avant de céder aux menaces.
Ses voisins les plus proches, tous musulmans, qui l’aimaient beaucoup, conscients du danger qui le menaçait, le supplièrent de ne pas quitter sa maison, lui assurant qu’ils le nourriraient et prendraient soin de lui.
Nous, la Fédération locale d’Alger de la CNT-AIT, conscients du danger qui menaçait notre camarade, lui recommandâmes la plus grande prudence. Mais Súria était trop sûr de lui. Il pensait que tous les hommes étaient aussi bons que lui – nous l’avions souvent surpris à bavarder avec des enfants – et il affirmait ne faire de mal à personne en vendant des journaux libéraux et anarchistes. La persévérance d’un homme et l’orgueil aveugle des vandales ont abouti à son meurtre. Le matin du 10 avril, à La Baseta, quartier populaire de Bab-el-Oued, alors qu’il quittait son domicile avec une sacoche pleine de livres et de journaux, il fut saisi, traîné le long du ruisseau, roué de coups et conduit au lieu de son exécution : l’une des nombreuses caves que les assassins utilisaient comme salles de torture.
Ils fouillèrent minutieusement le corps du malheureux, ses carnets et ses papiers à la recherche de listes de noms et d’adresses d’abonnés, mais ne trouvèrent rien. L’indifférence dont Súria faisait preuve à l’égard [de sa propre sécurité] contrastait fortement avec la prudence dont il faisaitt preuve envers [celle] des autres. Dans ses poches, ses bourreaux ne trouvèrent qu’un morceau de pain et une poignée de figues sèches. Súria suivait et propageait les théories de Kunhe et Capo concernant la nutrition végétarienne et naturaliste.
Le lendemain, la presse locale, le seul journal existant à l’époque, avec son titre imprimé à l’encre bleue, couleur de la « noblesse », publia, parmi sa liste interminable d’attaques, la brève note suivante : « Rue Normandie, à Bab-el-Oued, découverte d’un sac contenant le corps d’un homme : Santiago Súria, tué par strangulation.»
En effet, dans un sac abandonné dans la rue, gisait le corps meurtri, toutes les articulations brisées, de notre compagnon « paquetero ». Une inscription y était accrochée : « Voilà comment les traîtres paient. O.A.S.»
À cet instant, le danger était imminent pour tous, car l’ennemi pouvait agir en toute impunité. Il rôdait partout, et la mort planait au-dessus de nos têtes. Il était imprudent de nourrir le loup. Il le cherchait déjà parmi les troupeaux. Par prudence et par précaution, Santiago Súria s’en fut pour dépérir sous terre sans personne pour l’accompagner.
Lorsque les circonstances le permirent, l’horizon s’étant éclairci, plusieurs membres de la Fédération locale entrèrent dans l’humble demeure où le disparu passait ses nuits. Une montagne de papiers apparut devant eux. Des livres, des tas de livres ; des journaux, encore des journaux. C’était toute sa fortune et ses meilleurs amis. Aujourd’hui, jour anniversaire de sa disparition, aujourd’hui, alors que nous le pouvons, il serait impardonnable de ne pas rendre hommage à notre cher camarade en ces termes.
Repose en paix, Surieta, et nous veillerons à ce que ta vie exemplaire inspire les jeunes générations.
Au nom de la Fédération locale : LE SECRÉTARIAT. Alger, le 10 avril 1963.
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REMEMBER «LE BOSSU»
Hace un año que Santiago Súria fué asesinado por unos de los comandos que actuaban en Argel bajo las órdenes de la O.A.S. Surieta, como generalmente era llamado por sus más íntimos, era natural de Valencia, tierra que con grandes anhelos esperaba aún pisar una vez liberada España del yugo y las flechas.
La fatalidad de las leyes naturales se ensañaron con él haciéndolé venir al mundo desgraciado para toda la vida.
Hijo de un modesto artesano marmolista, de ideas liberales y una posición algo desahogada, optó por superar, a su creador y se abrazó, desde muy joven, al Movimiento Libertario empezando por frecuentar nuestros Ateneos, siendo de ellos, poco tiempo después, un buen colaborador y muy apreciado por su intachable conducta y honradez.
En edad caminaba parejo con el siglo. Habia nacido en 1900. Tenia, pues, 62 años.
Durante la guerra civil ocupó los cargos de respónsabilidad que se le encomendaron, y que le permitía su gran defecto físico, siendo severo cuando era preciso y flexible cuando lo juzgaba necesario. Su carácter animoso y optimista no le permitía abultar las imprecisiones y los supuestos.
En el exilio pasó, como tantos miles, las duras pruebas de los campos de concentración de Africa. Las inclemencias de las extremas temperaturas del Gran Desierto no amilanaron su moral, guardando siempre la esperanza de volver a empezar, o mejor dicho de continuar.
Cuando violentamente se le arrancó la vida era el paquetero de prensa y propaganda responsable ante la Federación Local de Argel, misión que cumplía con toda fidelidad y pulcritud desde hacia muchos años. El se encargaba del reparto y venta de periódicos, suplementos, revistas, afectas a nuestra organización, folletos, libros, etc., etc., llevando siempre una administración sin tara.
Con su morral a cuestas, repleto de propaganda escrita, «Le Bossu», — que así le llamaban sus adversarios — desde primeras horas de la mañana hasta bien caida la tarde, recorría todas las calles de Argel, en particular las de su distrito (Bab-el-Oued) en busca de los compañeros, que sabia encontraría en diversos lugares, para hacerles entrega del periódico. ¡No era el tanto por ciento de beneficio sobre la venta y distribución de la propaganda escrita lo que hacia mover sus casi inservibles piernas, no! Era el amor que sentía a las ideas manumisoras. Si bien el esfuerzo que ejercía no le permitía más que para vivir vegetando, nunca aceptó las ofertas de ayuda económica que repetidas veces se le hicieron. Incapacitado físicamente cien por cien para emplearse en cualquier trabajo manual, se resignó siempre con su desgracia.
Las hordas fascistas argelinas, cegadas ya por tanta sangre vertida por inocentes e indefensos, no ignoraban que con aquel «Bossu» tenían un enemigo y decidieron eliminarlo, no sin antes haberle advertido que dejara de vender y repartir la prensa comunista ( ? ) a lo que Súria no le dio ninguna importancia, a pesar de los tonos amenazadores con que se le hacían las advertencias. Duro como el acero, de temperamento y espíritu forjados al rojo vivo, antes del doblegarse a las amenazas se rompió.
Sus vecinos más próximos, todos musulmanes, de los cuales era muy querido, apercibiéndose del riesgo que su vida corría, le rogaron que no saliera de casa, que ellos le darían dé comer y se ocuparían de él.
Nosotros, la Federación Local de Argel, conocedores y conscientes del peligro que a nuestro compañero amenazaba le recomendamos mucha discreción. Pero Súria confiaba demasiado en sí mismo. Creía que todos los hombres eran buenos como él — al que más de unà vez habíamos sorprendido conversando con un corro de niños — y decia que por vender la prensa liberal y anarquista no hacia ningún mal.
La persistencia de uno y el orgullo ciego de los vándalos culminó con su asesinato. Y el día 10 de abril, por la mañana, en «La Baseta», popular barrio de Bab-el-Oued, cuando salia de su domicilio, con un morral repleto de libros y prensa, fué apresado y arrastrado por el arroyo, y a patadas, conducido al suplicio, uno de los tantos sótanos que tenían los asesinos destinados a lugares de tortura y ejecución.
Minuciosamente buscaron sobre el cuerpo del desgraciado, en sus libretas de notas y entre los diversos papeles, listas de nombres y direcciones de suscriptores, cosa que no encontraron. La despreocupación que Súria demostraba para él contrastaba con lo precavido que habia sido para los demás. En sus bolsillos solo encontraron un trozo de pan y un puñado de higos secos. Súria seguia y propagaba las teorías de Kunhe y de Capo con respecto a la nutrición vegetariano-naturista.
Al día siguiente, la prensa local, el único diario que entonces existia, con la cabecera impresa con tinta azul, el color de la «nobleza», dentro de su interminable lista de atentados, publicó la siguiente y escueta nota: «Calle de Normandie, a Bab-el-Oued, hallazgo de un saco conteniendo el cuerpo de un hombre: Santiago Súria, muerto por extrangulación».
Efectivamente, apareció dentro de un saco, depositado en la via pública, el cuerpo magullado, con todas las articulaciones de los huesos rotas, de nuestro compañero paquetero, con una inscripción que colgaba del mismo que, traducida a nuestro idioma, decia: «Así pagan los traidores. O.A.S.».
En aquellos momentos, el peligro era inminente para todos porque el enemigo podia obrar impunemente. A cada paso acechaba y la amenaza de muerte se cernía sobre nuestras cabezas. No era prudente dár carne al lobo. El la buscaba lo bastante entre los rebaños. Por cautela y precaución, Santiago Súria se fué a consumir bajo la tierra sin haberle acompañado nadie.
Cuando las circunstancias lo permitieron, despejado algo el horizonte, varios miembros de la Federación Local penetraron en la humildisima demora donde pernoctba el desaparecido. Una montaña de papeles apareció a su vista. Libros, muchos libros; periódicos, más periódicos. Era toda su fortuna y sus mejores amigos. Hoy, aniversario de su muerte, hoy, que podemos hacerlo, seria imperdonable que no dedicáramos al malogrado compañero unas líneas como homenaje y recuerdo postumo.
Descansa en paz, Surieta, y haremos para que tu vida ejemplar prenda fuego en el corazón de la juventud.
Por la Federación Local: EL SECRETARIADO. Argel, 10 de abril del 1963.
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