Avec le décès de Lionel Jospin, nombreux sont à gauche qui versent des larmes de crocodiles sur celui qui – sur proposition de la très socio-libérale Martine Aubry – a mis en oeuvre ce que l’on a présenté comme une vraie loi de gauche, les 35 heures de travail hebdomadaire.
C’est surtout oublier que les « 35 heures » c’était avant-tout l’annualisation du temps de travail, c’est à dire la mise en place légale de la flexibilisation du travail, et d’une série de mesures en faveur de la productivité et du profit patronal …
Petit rappel des analyses critiques de l’époque pour celles et ceux qui ont la mémoire courte …
35 HEURES = FLEXIBILITÉ [Eté 1999]
jeudi 1er juillet 1999
La Loi Aubry prévoit le passage aux 35h dans les entreprises de plus de 20 salariés dès l’an 2000, et à partir de 2002 pour les autres. Il faut savoir que les 35h ont été précédées de lois permettant la déréglementation du marché du travail (Loi Robien en 1996 par ex.), avec entre autres conséquences un calcul du temps de travail à la semaine, au mois, ou à l’année, selon les accords. La Loi Aubry, elle-même, permet que les heures travaillées entre la 35ème et la 39ème ne soient pas majorées Enfin, une nouvelle loi sera élaborée fin 1999 sur la base des accords d’entreprise qui deviendront la règle, ce qui casse les conventions collectives garantissant un minimum de droits aux travailleurs d’un secteur. Signalons que, de toute manière, les accords de branche, actuellement signés, remettent déjà en cause les conventions, par une multiplication des possibilités de dérogation. Tout cela s accompagne évidemment d’exonérations de charges pour les patrons, ceci afin de ne pas être « anti- économique », comme les représentants de la Gauche plurielle nous l’ont si bien dit. Le patronat a fait semblant de s’énerver, tout en sachant très bien qu’il emploie de plus en plus de gens sur la base de contrats précaires, et/ou à temps partiel, et que les gouvernements de Droite comme de Gauche collaborent franchement en faisant passer des lois qui lui permettent d’employer comme il veut, quand il veut. En bref, 35 ou 39 h, là n’est pas le problème, quand on peut mieux rentabiliser la main d’œuvre
LA CERISE SUR LE GATEAU
La Loi Aubry définit la notion de « temps de travail effectif’. Il s’agit désormais du temps de travail mis « à la disposition de l’employeur », « sous ses directives », « sans pouvoir vaquer librement à ses occupations personnelles ». Les temps de pause sont donc déduits, ce qui permet des calculs pour réduire artificiellement le temps de travail et s’approcher ainsi des 35h légales, à moindre coût. Notre temps de travail ne sera donc plus celui passé sur notre lieu de travail, ce qui va réduire d’autant notre temps libre. Ajoutons que les entreprises ne demandant pas les aides de l’État ne seront pas contrôlées sur l’application des 35h. Beaucoup d’entre elles ne vont pas créer d’embauche supplémentaire comme prévu, ce qui va obliger les salariés à bosser plus, pour compenser les heures supprimées. Cela a l’avantage d’habituer la main d’œuvre à travailler plus vite. En bref, 35 ou 39h, là n’est pas le problème quand on peut calculer un « temps de travail effectif », et ainsi, intensifier le travail.
DES CONSEQUENCES CONCRETES POUR TOUS
Un temps de travail de plus en plus flexible, avec des semaines pouvant compter jusqu’à 48h, et un maximum de 10h par jour, maximum dépassable grâce à des dérogations.
Remise en question des deux jours de repos consécutifs du week-end.
Quelle organisation de notre vie privée, nos loisirs, notre temps libre dans ces conditions (avec des emplois du temps communiqués d’une semaine à l’autre, par exemple) ?
Disparition de la notion d’heures supplémentaires (qui, certes, sont souvent non payées) : une « meilleure » répartition des heures selon les impératifs du patron permettra d’éviter d’y recourir.
Difficulté de s’organiser syndicalement, organisation déjà rendue délicate par la multiplication des contrats précaires et de l’intérim, renforcée par la modulation des horaires, et l’intensification du travail.
Pour vous donner un exemple de ce qui est en train de se faire, prenons le cas de l’éducation spécialisée. Au nom des 35h, les employeurs dénoncent la convention collective et font les propositions suivantes :
Blocage des salaires en 2000 et 2001, blocage de la progression d’ancienneté pendant 3 ans,
– Suppression des temps de réunion du calcul du temps de travail hebdomadaire,
Suppression des congés d’ancienneté,
Étalement sur l’année des 18 jours de congés trimestriels,
Suppression de la majoration familiale de salaire.
ET LES SYNDICATS DANS TOUT ÇA ?
Malheureusement, le syndicalisme de lutte de classe a bel et bien disparu de l’esprit des grands centrales syndicales. Empêtrés dans la cogestion avec le patronat, liés à des partis politiques ou ultra-corporatistes, nourrissant de véritables bureaucraties, les syndicats ne sont qu’un rouage du système. D’un côté, ils négocient au nom des travailleurs pour éviter des luttes trop radicales, en les encadrant et les canalisant. De l’autre, ils nous font accepter des mesures voulues par les patrons et les actionnaires, en nous expliquant qu’il vaut mieux être « raisonnable ». Beaucoup d’adhérents sincères, ayant confiance dans leurs représentants, se font ainsi berner. Pour nous, seul un rapport de force conséquent permet de négocier correctement, par le biais de délégués mandatés et révocables par l’AG des salariés en lutte, avec présence d’un maximum de salariés. Pour information, en octobre 1995, les grandes centrales réformistes signent avec le CNPF [syndicat patronal, devenu MEDEF] les accords sur l’aménagement du temps de travail, stipulant que la « RTT (réduction du temps de travail) constitue un élément de lutte contre le chômage lorsque de nouvelles formes d’aménagement du travail permettent des gains de productivité » et si la CGT n’a pas signé au niveau national, elle signe de toute manière au niveau local plusieurs accords d’entreprises allant dans ce sens.
Dans un tel contexte, il faudrait un mouvement massif et autogéré portant des revendications compréhensibles par tous, comme la réduction immédiate et massive du travail, sans perte de salaire, sans flexibilité, avec embauches pour ceux qui le souhaitent, comme les moyens technologiques actuels le permettent. Voilà quel est notre intérêt de classe, par opposition à celui du patronat, qui est d’embaucher le moins possible pour sauvegarder ses profits, tout en promouvant la flexibilité qui lui permet de les accroître.
Quand on voit ce qui se passe sur différents points les 35h, les retraites, le rapport Attali, il y a des raisons de décréter la grève générale. La gauche est en train de faire passer ce que la droite elle-même désire, mais n’aurait pu faire aboutir sans prendre le risque d’un mouvement social de grande ampleur, comme décembre 1995 l’a montré. On peut aller jusqu’à se demander si Chirac n’a pas dissout la Chambre des Députés en 97, pour que la gauche, « surfant » sur décembre 95, n’arrive au pouvoir et accomplisse les réformes souhaitées avant l’arrivée d’échéances européennes comme l’Euro, ou l’ouverture des marchés nationaux à la concurrence européenne dans tous les domaines. La gauche au pouvoir est donc le meilleur instrument de l’idéologie libérale.
Mais si nous ne sommes pas (encore) dans une phase offensive, au moins pourrions-nous nous défendre correctement, en refusant le développement des contrats précaires, la généralisation de l’intérim, toutes les lois qui rapprochent toujours plus le marché du travail d’un marché aux esclaves, toute atteinte à nos droits syndicaux, et en refusant de nous intégrer au système, notamment syndical, ou « représentatif »…
CNT-AIT 37
35 HEURES : LA DEUXIEME LOI [1999]
samedi 1er mai 1999
Pour les 1,5 millions de travailleurs concernés par les 1600 accords d’entreprise signés, les 35 heures sont synonymes d’une offensive patronale contre leurs conditions de vie et de travail.
Horaires flexibles, annualisation du temps de travail, remise en cause des temps de pause, baisqe déguisée des salaires, augmentation du nombre d’heures supplémentaires, dénonciations de conventions collectives… la « mesure sociale » du gouvernement est une véritable avancée patronale.
Et pour ce qui est de la « lutte contre le chômage », la loi Aubry n’a officiellement permis que de créer ou de sauvegarder 40.000 emplois. Et encore, il faudrait soustraire de ce chiffre ridicule les emplois précaires, les suppressions de poste déguisées en création (comme à Peugeot-Citroën avec une embauche pour trois départs en retraite, une pour 2,7 départs à Renault), les chiffres bidouillées pour toucher des aides gouvernementales… Et tant que l’on parle du chômage, rappelons que d’après les chiffres officiels du ministère de l’emploi (chiffres qui ne font pas les titres des médias), la France compte actuellement 4,2 millions de demandeurs d’emploi. En effet, le chiffre de moins de 3 millions de chômeurs ne concerne en fait que les chômeurs de catégorie 1, c’est-à-dire ceux qui cherchent un travail à plein temps en contrat à durée indeterminée, qui sont immédiatement disponibles, qui n’ont ppas travaillé plus de 78 heures le mois précédent et qui sont inscrits à l’ANPE. Et encore, les 280.000 chômeurs « trop agés pour trouver un emploi » et les 200.000 chômeurs des DOM-TOM ne sont pas pris en compte.
Dans « Le Monde » du 21 juin, Aubry a tracé les grandes lignes de la deuxième loi sur les 35 heures ; bien loin de remettre en question les dégradations des conditions de travail consécutives à la première loi, ces grandes lignes ne font que souligner encore plus le caractère anti-ouvrier de cette mesure.
Aubry offre aux patrons une année supplémentaire de transition pour permettre le passage aux 35 heures. Jusqu’en 2001 pour les entreprises de plus de 20 salariés (2002 pour les autres), les quatres heures supplémentaires hebdomadaires (différence entre 35 et 39 heures) ne seront majorées que de 10% (au lieu de 25%). Rien ne garantit d’ailleurs que ces 10% soient versés aux travailleurs puisqu’Aubry « s’interroge » et indique que « pour l’année 2000, la majoration de 10% pourra être versée à un fond, dont nous débattrons la destination avec les partenaires sociaux. » Les « partenaires sociaux », ce sont, faut-il le rappeler, les syndicats réformistes (dont la CFDT qui se félicite de la deuxième loi) et le MEDEF (ex-CNPF). On pourrait ainsi voir des salariés travaillant en heures supplémentaires dont la majoration alimentera un fond destiné à verser de nouvelles aides au patronat. A quand les « samedis capitalistes » où des travailleurs iront bénévolement à l’atelier, au chantier ou au bureau afin de « financer des créations d’emplois » ?
Aubry a déclaré que pour les smicards dont le temps de travail sera ramené de 39 à 35 heures, « leur salaire mensuel ne baissera pas. » Précisons qu’elle ne parle que des smicards et pas de l’ensemble des salariés. Or, même avec un salaire supérieur au SMIC, il est parfois déjà difficile de joindre les deux bouts. Et pour ce qui est du SMIC, malgré cette déclaration, la ministre de l’exploitation et du chômage refuse catégoriquement une augmentation de 11,4% du SMIC (et des autres salaires) horaires, ce qui serait la seule garantie valable pour éviter toute baisse de salaire. D’autant qu’Aubry n’a pas abordé la question des travailleurs à temps partiel, c’est-à-dire ceux qui travaillent au plus 34 heures par semaine. Ainsi il ne serait pas étonnant de voir dans les mois prochains une multiplication des contrats à temps partiels. Cette situation constitue en plus un cafouillage juridique en créant deux SMIC, un SMIC horaire et un SMIC mensuel pour les salariés qui passent de 39 à 35 heures. Et dans cette usine à gaz juridique, il est clair que bien des patrons pourront se payer (quand ils ne les ont pas déjà) des conseillers juridiques pou profiter au mieux des nouvelles dispositions légales, alors que les salariés se feront avoir. On peut en effet énnoncer comme règle que plus une loi est compliquée est plus elle est défavorable aux travailleurs.
D’autant qu’au même moment où Aubry annoncait les grandes lignes de sa nouvelle loi, des inspecteurs du travail dénonçaient devant l’Association des Journalistes l’aggravation des conditions de travail, indiquant que le passage aux 35 heures détériore encore la situation. Les patrons auraient, il est vrai, tord de se priver, puisqu’en 1995 moins de 1% seulement des infractions au code du travail étaient sanctionnées et encore ce sont des peines ridicules (18 amendes de moins de 200 francs par exemple pour Tati qui imposait des semaines de 63 heures à certains salariés). Mieux vaut sur-exploiter des ouvriers, briser leur vie privée et leur santé, que de prendre le bus sans ticket !
Enfin, la deuxième loi Aubry réaffirme les principes de flexibilité et d’annualisation du temps de travail. C’est bien dans la continuité politique de la gauche plurielle, des discours « sociaux » pour mieux préparer les attaques contre la classe ouvrière. Il est à noter que dans ces grandes lignes, Aubry n’aborde même plus la question du chômage et des créations d’emploi, alors que c’était là le but officiel de cette loi.
Mais si les conditions de vie des travailleurs et des chômeurs se dégradent, tout ne va pas si mal dans la France gérée par les « socialistes » et leurs alliés verts ou « communistes ». Alors qu’ils n’étaient que huit l’an dernier, quinze entrepreneurs français ou grandes familles de l’hexagone ont trouvé une place dans le classement mondial des grandes fortunes réalisé par le magazine américain « Forbes ». Citons d’abord Philippe Foriel-Destezet, PDG d’Adecco, qui s’engraisse grâce au développement du travail précaire, avec une fortune estimée à 2,4 milliards de dollars (+50% depuis 1996). Les guerres restent elles aussi un marché porteur avec Serge Dassault et sa fortune estimée à 3,4 milliards de dollars. Citons aussi les fortunes de la famille Halley (groupe Promodès) estimée à 4,8 milliards de dollars, de Bernard Arnault (PDG de LVMH) 6 milliards de dollars, de François Pinault (groupe Pinault-Printemps-Redoute) et des familles Seydoux et Schlumberger estimée chacune à 6,4 milliards de dollars ou celle de la famille Mulliez (groupe Auchan) estimée à 9,8 milliards de dollars. Enfin, en tête de ce palmarès des capitalistes français, on trouve Lilliane Bettencourt, actionnaire principale de Loréal (10ème rang mondial) avec une fortune estimée à 13,9 milliards de dollars (87,7 milliards de francs) soit +21% par rapport à l’an dernier. Elle a ainsi empoché plus de 14,6 milliards de francs en une année, c’està-dire plus de cinq SMIC par minute !
Profits en hausse pour une infime minorité, dégradation des conditions de vie et de travail des salariés, misère pour les chômeurs… Consciente de ses intérêts de classe, la classe capitaliste mène une offensive sur tous les fronts contre ce que les travailleurs ont conquis de haute lutte. Flexibilité par le biais des 35 heures, multiplication de l’emploi précaire, attaques contre les retraites et la sécu, il est plus que jamais nécessaire de riposter, de s’organiser et de passer à la contre-offensive. Car ces milliards extorqués sur notre dos, ces richesses qui s’accumulent alors que la misère se développe, c’est nous, travailleurs salariés, qui les produisons. En nous croisant, tous ensemble, les bras, nous avons les moyens de briser l’exploitation !
CNT AIT Besançon
France : 35 heures : c’est Noël pour les patrons !
vendredi 15 février 2002
Tract que la CNT-AIT de Besançon diffuse vers divers secteurs d’activités (industrie, bâtiment, Poste…) à propos de la deuxième loi sur les 35 heures.
Deuxieme loi sur les 35 heures, C’est Noël pour les patrons !
La deuxième loi sur les 35 heures appliquée début 2000, est une véritable agression. Présentée comme une loi « sociale », « créatrice d’emploi », elle n’est en fait qu’une avancée patronale pour nous imposer flexibilité, baisse déguisée des salaires et intensification du travail.
En effet, cette deuxième loi, c’est
L’annualisation : En nous faisant bosser jusqu’à 48 heures hebdomadaire lorsque c’est « nécessaire à la production », compensées lorsque les besoins baissent, par des semaines de 10 ou 20 heures. Ce qui même avec un délais de prévenance de 7 jours (et des dérogations sont d’ores et déjà prévues pour le réduire), nous interdit de prévoir notre emploi du temps d’une semaine sur l’autre.
La fléxibilite : Imposée par la modulation des horaires, par exemple le développement des VSD (Vendredi-Samedi-Dimanche), la semaine de 6 jours…
Une fausse réduction du temps de travail : Par la définition du temps de travail effectif, les temps de pause et de repas peuvent être décomptés du temps de travail. 35 heures de travail effectif cela peut être 36, 37 ou 38 heures de présence dans l’entreprise. De plus, la loi permet qu’une partie du temps de formation puisse être exclue du temps de travail. A Peugeot-Citroën, les ouvriers travaillant en journée ont ainsi trois de leurs jours de congés qui doivent être utilisés pour la formation professionnelle.
Une baisse déguisée des salaires : Tout d’abord par le gel des salaires pour ceux qui passent de 39 à 35 heures. Moins brutal qu’une baisse, cela revient au même : une baisse du pouvoir d’achat. Pour les salariés à temps partiel et les nouveaux embauchés la loi n’impose pas 35 heures payées 39. On peut donc travailler à temps plein pour un salaire de temps partiel.
L’intensification du travail : Pour obtenir des aides de l’Etats les patrons ne sont pas tenus d’embaucher mais simplement de « préserver des emplois » (par exemple, licencier moins que prévu). Maintenir la production c’est donc augmenter la charge de travail des salariés qui restent.
Une nouvelle procédure de licenciement : Imposer les pires accords (flexibilité, baisse des salaires, augmentation des cadences … ) devient de plus en plus facile : lorsqu’un salarié refuse une modification de son contrat de travail suite à un accord sur les 35 heures, son licenciement est réputé reposer sur une cause réelle et sérieuse. Il est donc condamné à accepter les conditions de travail les plus défavorables sous peine de licenciement sans indemnité. Même la contribution spéciale due en cas de licenciement d’un salarié de plus de 50 ans, n’est plus applicable à cette occasion.
Ce qu’Aubry et Jospin appellent une loi creatrice d’emploi (1 embauche pour 3 départs en retraite à Peugeot-Citroën, augmentation du travail précaire… ) se revèle etre la plus formidable regression sociale de cette fin de siècle.
Pour imposer une veritable reduction du temps de travail, sans baisse de salaire, sans fléxibilité et sans remise en cause de nos conquêtes sociales, organisons nous à la base !
CNT-AIT 25
La flexibilité du travail
samedi 16 février 2002
Pour un profit toujours plus grand des patrons, l’Etat, premier serviteur du capitalisme développe avec l’aide des syndicats cogestionnaires, la productivité du travail par le biais de la flexibilité.
L’adaptation des nouvelles technologies, notamment l’informatique se traduit par le procédé du « just in Time » ou flux tendu (Zéro stock) de la production et de l’échange avec pour conséquences, entre autres, l’accroissement de la densité du travail. Quant à l’adaptation de la force du travail au carnet de commande des entreprises, elle donne lieu à l’invention d’un nouveau contrat précaire : les emplois-jeunes et à l’annualisation du temps de travail (compte épargne temps…)
Un fort taux de chômage est nécessaire au capital pour tirer vers le bas la masse salariale
Un fort taux de chômage est nécessaire au capital pour tirer vers le bas la masse salariale (chantage à l’emploi oblige), c’est l’un des objets sous-jacent de la loi sur la Réduction du Temps de Travail (RTT), l’autre étant la modulation de ces 35 heures dans la semaine (ex. la semaine de 4 jours). Paradoxalement, le soit disant « assistanat » qu’il génère va à l’encontre de l’idéologie libérale dont le moteur est : la culture du travail pour l’exploitation maximale de l’humain, de la technique et de la planète dans sa globalité. Pour réduire cette contradiction, l’Etat et les autres organismes de contrôle (par exemple les médias) culpabilisent ceux qu’ils appellent les « exclus » en les rendant responsables de leur situation.
la précarité et la misère en pleine expansion représentent un danger de déstabilisation pour les décideurs économiques qui vont chercher à encadrer ces problèmes par une loi sur l’excusion (la 3ème vitesse sociale : les minima, le logement, la santé, l’éducation, la culture…)
L’immigration est déjà assignée par les lois Guigou (Nationalité) et Chevènement (Conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France) dans le rôle de l’économie souterraine. Même réduite elle reste le fer de lance de la baisse des coûts du travail. D’un autre côté elle sert de bouc-émissaire. Les immigrés surexploités sont les premières victimes de tous ces dispositifs qui participent à le flexibilité du travail, à la précarisation de l’emploi, sans limite, vers l’esclavage salarié (Le Travail Forcé)
Suite aux derniers mouvements de chômeurs pour, notamment, la revalorisation des minima sociaux, un débat émerge, celui d’un revenu garanti pour les chômeurs. La CNT-AIT quant à elle se prononce pour la revendication de « Travailler tous, pour travailler moins et autrement »
CNT AIT Syndicat intercorporatif de Paris
L’ANNUALISATION DU TEMPS DE TRAVAIL
samedi 16 février 2002
Afin d’augmenter les bénéfices des entreprises et d’instaurer la flexibilité tant recherchée par le patronat, la loi de réduction à 35 heures hebdomadaire du temps de travail introduit la mise en forme légale de la modulation (ou aménagement) des horaires de travail basée sur l’année avec ses répercussions hebdomadaires et journalières.
Le salarié travaille en moyenne 1600 heures/an. Cette quantité d’heures ne sera plus établie sur les 8 h par jour et les 5 jours par semaine, mais sera déterminée en fonction des besoins de la production et du service.
Travail le dimanche, les jours fériés, travail de nuit… 4 jours par semaine, …3 semaines par mois. Tout un éventail de formules selon les branches d’activité qui vont remettre en cause les acquis sociaux du système fordiste : les 2 jours de congés consécutifs avec le dimanche, la double compensation du travail dominical, les indemnités de chômage technique, les congés maladie…
Le paiement des heures supplémentaires, par exemple, sera limité car on pourra travailler jusqu’à 48 heures dans la semaine sans majoration. De cette façon, on vide de leur substance, en terme de droit social ; les conventions collectives, le code du travail, le SMIC lui-même. Dans les entreprises où ont déjà été signés des accords de RTT assortis d’une annualisation, la production a été maintenue, voire augmentée, il y a donc eu intensification du travail.
Quant au salaire, il baisse soit directement soit progressivement par un gel qu’on appelle pudiquement « accord de modération ».
Pour nous donc, l’annualisation du temps de travail que nous proposent les patrons, avec l’aval des syndicats réformistes, c’est travailler moins longtemps mais plus durement et en étant moins payés. De fait, annualisé, le salarié doit être disponible toute l’année pour ne travailler qu’aux moments où il est le plus « rentable ». Cela induit la gestion puis l’asphyxie par le patron de la vie privée du salarié (vie de famille, relations sociales, syndicales, dans et hors des entreprise telles que le voisinage etc…) et conduit inéluctablement au déchirement de tout le tissus social par l’exacerbation des conflits individuels.
cela nous conduira-t-il à une implosion sociale. Rien n’est malheureusement moins certain ?
Syndicat intercorporatif des travailleurs, chômeurs et précaires de Paris
Les 35 heures à Renault : cherchez l’arnaque !
lundi 1er avril 2002
Les fameuses » embauches « .
Le vendredi 26 mars 1999, le dossier des 35 heures a été bouclé par le secrétaire général du groupe, Michel de Virville. Le Monde du 27 mars nous apprend que le nombre de salariés susceptibles de partir en préretraite est de 10 500, et que pour » compenser « , la direction envisage 3900 embauches ! La réduction du temps de travail ne devrait quant à elle, engendrer que 2100 créations d’emplois à sa mise en place.
Le journal en question ose proclamer dans le titre de son article que le passage aux 35 heures chez Renault « permettra 6000 embauches « , ce qui est faux et tendancieux compte tenu du fait que les 3900 embauches, très nettement insuffisantes, sont liées aux départs en préretraite citées ci-dessus. Mais encore faut-il avoir un regard réellement objectif sur la politique patronale en matière d’emplois, au lieu de se laisser aller à des jugements hâtifs.
Enfin concernant l’entreprise, la CFDT n’est pas en reste, puisqu’elle » revendique… le chiffre global de 7000 embauches, en pariant sur une extension du dispositif aux filiales pour gonfler le chiffre. Cette confédération, au service de l’État et des patrons, ne s’identifie-t-elle pas un peu trop à l’entreprise Renault et à sa direction ?
Mais concrètement, si on fait les comptes, (moins 10500 départs en retraite anticipée plus 3900 embauches en contrepartie plus 21 00 créations d’emplois), on s’aperçoit que se sont 4500 emplois qui sont supprimés dans l’entreprise.
L’annualisation du temps de travail.
Comme dans toutes les entreprises, la réduction du temps de travail façon « patronale » a pour conséquence directe l’annualisation du temps de travail, Reprenons l’exemple de Renault, il est éloquent.
L’accord général prévoit que les salariés pourront travailler pendant quatre mois maximum » en semaine longue » pour une année, ce qui nous laisse penser que tout le reste de l’année les salariés seront mobilisables à n’importe quel moment. Pour donner l’impression de se rattraper, la direction cède quelques jours de congés supplémentaires à chaque catégorie de salariés, dont très peu sont choisis par eux. Les ingénieurs et les cadres, qui ne sont pourtant pas les plus à plaindre, devront gérer eux-mêmes leur temps de travail en l’auto-déclarant à la direction.
Mais surtout, l’accord prévoit un droit à la formation organisé dans un soit disant compte épargne formation. Or ce » compte épargne formation » contient essentiellement des heures prises hors du temps de travail. Par exemple, pour un ouvrier travaillant en équipe, 20 heures sont exigées hors du temps de travail effectif sur les 25 heures qui lui sont accordées, Pour les autres ouvriers et agents de maîtrise, 30 heures sont prises hors du temps de travail et 5 seulement sont tolérées pendant.
L’accord devait être signé par les syndicats jusqu’au 2 avril. Ainsi, si la CGT était à première vue réticente, le secrétaire de FO Métaux trouvait que ce projet allait » dans le bon sens », la CFDT, qui a l’habitude de signer des deux mains, titrait ses tracts « … des résultats à apprécier » et la CFTC se félicitait des » avancées obtenues « .
A en croire ces syndicats « représentatifs », il n’y a pas de doute, la régression sociale impliquée par cet accord et par la mise en place de l’annualisation du temps de travail (au nom de la » réduction du temps de travail « ) constitue un formidable progrès social… pour le patronat.
CNT AIT Paris
BRAS D’HONNEUR ET FLEXIBILITE
lundi 22 avril 2002
Il ne faut pas généraliser ! Les patrons ne sont pas tous d’impitoyables salauds. Certains, peut être la majorité, peuvent même faire preuve de générosité, de bonté d’âme, aider ceux qui souffrent… C’est du moins ce qu’ils voudraient nous faire croire.
Ça nous ferait plutôt rire si ça n’était pas si triste, si cela ne donnait pas si superbement la nausée : le GESTE Vaucluse (groupement d’employeurs solidaires pour l’insertion et la qualification) est né en 1994 et regroupe aujourd’hui 14 entreprises (dont Auchan, Metro, Florette, Liebig, le MIN …) ; il est un superbe exemple de ce sens pratique teinté de bonne humeur dont disposent certains de nos chers entrepreneurs.
L’idée de base est assez géniale : des entreprises s’associent et créent une structure dont les salariés sont prêtés aux uns et aux autres selon les besoins. En plus, on badigeonne une couche d’insertion, ce qui permet de très fructueuses réductions de charges sur les salariés baladeurs !
Le côté caritatif sympa n’est pas négligeable pour l’image des entreprises. L’objectif annoncé est de :
« répondre à des besoins en personnel saisonnier pour les entreprises en se regroupant
recruter en commun des salariés dont l’unique employeur reste le GESTE
Participer à l’insertion et à la qualification de personnes en difficulté d’emploi » (sic).
Le recrutement concerne uniquement les allocataires du RMI, les handicapés, jeunes de moins de 25 ans (sous certaines conditions) et adultes de plus de 50 ans inscrits à l ’ANPE depuis plus d’un an, ou adultes inscrits depuis plus de 24 mois. Des personnes qui peuvent donc bénéficier d’un CIE (contrat initiative emploi). Ce merveilleux contrat ne change rien pour le salarié, mais procure à l’employeur une baisse importante des charges sociales ainsi qu’une aide de l’Etat de 1000 à 2000 F par mois (et par salarié) !
Le CIE permet aussi le financement (par l’Etat) d’une formation pour le salarié, mais uniquement « lors des périodes de faible activité » rassure le GESTE… Ce recrutement s’effectue en liaison avec l’ANPE et les diverses structures de contrôle social dites d’insertion (mission locale, PLIE, associations …) et bien évidemment les référents sociaux (les assistantes sociales) qui assurent également l’accompagnement social pendant la durée du contrat.
Les emplois que sont amenés à subir les salariés du GESTE sont variés : Agent de conditionnement, Employé libre service, Cariste, Manutentionnaire, Agent d’entretien, Agent d’expédition, Opérateur de fabrication, Palettiseur manuel, Emballage.
La propagande du GESTE précise bien qu’aucun salarié n’est spécialisé sur un poste de travail, mais reste totalement polyvalent, dans 3 ou 4 entreprises différentes (rassure le GESTE …). On comprend alors que « la capacité d’adaptation à des situations diversifiées et une forte motivation sont indispensables dues aux conditions de travail particulières (sic) de l’agro-alimentaire » :
être disponible pour travailler en 3/8 (nuit),
être disponible pour travailler avec des horaires variables (ainsi que le week-end),
pouvoir travailler dans le froid (entre 0 et 4 degrés),
capacité à changer d’entreprise régulièrement,
être mobile (environ 25 kilomètres autour d’Avignon),
capacité physique à porter des poids.
On imagine bien ici le personnel des structures d’insertion expliquer aux RMIstes qu’ils n’ont pas intérêt à refuser un tel poste, à l’abandonner après la période d’essai, à se plaindre des conditions de travail. Le monde du travail, c’est dur mais c’est comme ça. Il faut s’adapter… Si vous voulez vous en sortir il faut faire un effort ; A l’heure actuelle, un emploi, ça ne se refuse pas et gnagnagna et gnagnagna …
Sous couvert de participation active à la lutte contre l’exclusion et le chômage, les entreprises du département s’offrent une boite d’intérim maison, avec des employés toujours disponibles, taillables et corvéables à merci (ah ! flexibilité, quand tu nous tiens) fidèles et soumis (si les AS font bien leur boulot) le tout, largement financé par des fonds publics.
Ces entreprises n’hésitent alors pas à nous dire que « générer de la performance économique et agir contre l’exclusion sont deux actes qui peuvent ne plus être contradictoires ». Le GESTE (à l’humour noir savoureux) prouve au contraire à ceux qui l’ignoraient encore que ça va toujours de pair.
Pierre
TRAIT NOIR (Zine de noire expression, Avignon)
On notera que le GESTE propose des CDD de 24 mois alors que le CIE peut prendre la forme d’un CDI … On comprend mieux pourquoi, quand on sait que l’aide de l’Etat ne peut excéder 24 mois.
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1 commentaire sur [1999-2002] Les 35 heures, l’annualisation du temps de travail et la flexibilisation