Une perspective anarchiste sur les coupures d’Internet et la militarisation de l’espace urbain.
Des centaines d’heures de coupures délibérées et totales d’Internet, associées au déploiement ouvert de forces armées équipées de matériel militaire lourd dans les rues et les quartiers des villes iraniennes, ont créé une situation qui, bien qu’elle ne soit pas officiellement qualifiée de « loi martiale », en présente dans les faits de nombreuses caractéristiques : contrôle des communications, recours à la force coercitive et instauration d’un état d’urgence permanent. D’un point de vue anarchiste, cette situation n’est pas une aberration temporaire, mais la manifestation évidente de la logique même de l’État moderne.
L’État et le monopole de la violence
Dans la théorie anarchiste, l’État est avant tout une institution qui détient le monopole de la violence organisée et tire sa légitimité non pas du libre consentement de la société, mais de sa capacité à recourir à la force.
Lorsque des véhicules blindés, des armes lourdes et des forces militaires occupent l’espace urbain – même sans confrontation directe –, il s’agit d’une « démonstration de puissance » : un message visuel rappelant aux habitants que l’ordre établi repose sur la possibilité d’une répression sévère. C’est précisément ce à quoi correspond le monopole de la légitimité de la violence, que nous reconnaissons comme l’essence même du pouvoir étatique.
La déconnexion comme blocus social
Aujourd’hui, Internet n’est plus seulement un outil technique de communication, mais un réseau qui permet la solidarité horizontale, la libre circulation de l’information et l’action collective. Sa coupure généralisée constitue une forme de blocus ou de « siège » — non pas le siège d’une ville, mais le siège de la conscience et des liens sociaux. En coupant ces réseaux, le gouvernement tente de diviser la société en unités isolées, chacune étant plus facile à contrôler séparément que l’autre.
L’état d’urgence comme règle
Ce qui est justifié au nom de « conditions particulières » ou de « nécessités sécuritaires », c’est le maintien d’un état d’exception permanent : une situation dans laquelle la loi est suspendue et où la décision du dirigeant prend sa place. Dans de telles circonstances, la frontière entre « temps normal » et « temps de crise » disparaît, et la société est maintenue dans un état d’alerte constant et les droits sont suspendus. La loi martiale camouflée fonctionne précisément selon cette même logique : sans déclaration officielle, mais en mettant en œuvre les mêmes mécanismes dans la pratique.
La ville comme garnison
La militarisation de l’espace urbain transforme la fonction symbolique de la ville. Celle-ci, qui devrait être un lieu de vie commune, de diversité et de libre interaction, devient un lieu de déploiement de la force et de la surveillance. Cette transformation montre que l’État considère la société non pas comme un ensemble d’individus autonomes, mais comme une population potentiellement dangereuse nécessitant une surveillance et d’un contrôle constants.
Ordre ascendant contre ordre descendant
En opposition à cette logique, nous, anarchistes, insistons sur la possibilité d’un autre type d’ordre : un ordre qui ne découle pas de la menace d’un canon, mais de la coopération volontaire, de l’entraide et des réseaux de solidarité horizontaux. Les expériences historiques et sociales ont démontré que les êtres humains peuvent créer diverses formes d’auto-organisation et de coexistence sans recourir aux mécanismes répressifs. Ce que l’État craint fondamentalement, ce n’est pas le désordre, mais précisément la possibilité d’un ordre sans État.
La coupure d’Internet et le déploiement des forces armées dans les rues peuvent être considérés comme les deux facettes d’une même stratégie : le contrôle de la société par l’isolement et la peur. D’un point de vue anarchiste, cette situation n’est pas une erreur passagère, mais la révélation du vrai visage du pouvoir — un visage qui, en temps de crise, abandonne son masque juridique et administratif et s’exprime dans sa langue d’origine : celle de la force.
Une telle analyse nous invite à réfléchir au-delà des événements quotidiens et à poser cette question fondamentale : l’ordre social doit-il nécessairement reposer sur la violence organisée, ou pouvons-nous imaginer des formes de coexistence fondées sur la liberté, l’égalité, la solidarité et l’autogestion ?
– Front anarchiste d’Iran et d’Afghanistan (17 janvier 2026)