Soutien au mouvement « Pain et Liberté » en Iran

Depuis le 28 décembre 2025, une insurrection populaire soulève l’Iran. Le mouvement, commencé comme une protestation contre la vie chère, prends désormais une tournure politique. L’oppression du régime islamique est contestée radicalement par un mouvement de masse.

Les habitants sont sortis dans toutes les villes — au Kurdistan, au Lorestan. Une ville a été libérée et, jusqu’à présent, elle est entre les mains de la population. Des compagnons anarchistes d’Iran participent aux manifestations. Une anarchiste irannienne nous a fait parvenir un texte d’analyse de la situation du mouvement au 6 janvier.

Critique des projets autoritaires

Nous soutenons que le pain et la liberté sont des concepts fondamentalement matériels et politiques, et que c’est en définitive la crise économique et l’absence de libertés politiques qui poussent les populations vulnérables et marginalisées à lutter. Cependant, conscients que le mouvement « Pain et Liberté » ne peut atteindre l’horizon de la libération sans affronter les dangers internes et externes qui le menacent, nous rédigeons ce texte. Nous affirmons que tout mouvement visant à se libérer de l’état actuel et à garantir l’accès universel au pain et à la liberté doit également être antifasciste et antiautoritaire.

Le mouvement « Pain et Liberté » ne peut progresser qu’en liant la pauvreté et le manque de liberté aux structures du pouvoir – et non aux marionnettes des puissances mondiales. L’accès au pain et à la liberté ne deviennent une revendication politique et émancipatrice significative que lorsqu’elle dépasse la simple volonté de remplacer les gouvernements ou les dirigeants, et cherche plutôt à abolir la domination et à démanteler les hiérarchies à la racine. Le pain et la liberté sont des revendications indissociables. La séparation entre ces deux notions reproduit inévitablement l’autorité et la société de classes, que ce soit par le pain sans la liberté ou la liberté sans le pain.

Il est essentiel de souligner le risque que le mouvement « Pain et Liberté » soit récupéré par des forces d’opposition autoritaires et des projets monarchistes. Outre la répression d’État, nous assistons actuellement à une autre menace sérieuse pour le mouvement : la récupération politique. Le projet monarchiste centré sur Reza Pahlavi en est un exemple flagrant. Fort de revendications de légitimité personnelle et du soutien de médias persanophones proches des gouvernements occidentaux, ce projet cherche à détourner les revendications de pain et de liberté vers un nouveau projet autoritaire et à substituer les objectifs du mouvement.

Il est évident que, dans tout système politique impliquant Reza Pahlavi, le pain n’est plus qu’une promesse et la liberté se réduit à un slogan ancré dans des rapports capitalistes – un système qui ne garantit ni le pain pour tous ni l’abolition des hiérarchies.

Une analyse antifasciste démontre que, sans garanties universelles de pain et de liberté, on assiste à un simple transfert de pouvoir, où une forme d’autorité est remplacée par une autre. Dès lors, le soutien des États occidentaux à leurs alternatives privilégiées doit être compris à l’aune des intérêts géopolitiques et de l’ordre mondial néolibéral. Il ne fait aucun doute que les revendications de pain et de liberté contredisent frontalement la logique capitaliste ; c’est pourquoi le mouvement actuel, enraciné dans ces revendications, doit être soit neutralisé par le pouvoir en place, soit récupéré par les forces impérialistes. Car la revendication conjointe de pain et de liberté est intrinsèquement anti-hiérarchique et anti-dominante. La plus grande menace aujourd’hui n’est donc pas seulement la répression, mais aussi la possible réorientation du mouvement vers un nouvel ordre autoritaire, sous un nouveau visage.

Actuellement, les manifestations, les grèves et l’occupation des lieux de travail et des usines constituent les premières formes d’action directe. Après la chute de la République islamique, il faudra instaurer une organisation horizontale, une autogestion collective et la prise de contrôle immédiate des centres de pouvoir et de production par les conseils populaires.

En conclusion, il est essentiel d’affirmer clairement que, d’un point de vue antifasciste, le risque de voir le mouvement populaire actuel pour le pain et la liberté récupéré par les États occidentaux est bien réel. Nous, forces engagées pour la liberté, la justice et l’égalité, nous opposons fermement à ces projets interventionnistes et autoritaires. Parallèlement, puisque le peuple est présent dans la rue pour renverser le régime, nous le soutenons sans réserve et défendons ses actions autonomes et libératrices susceptibles de mener à la révolution, sans aucune ingérence étatique.

Vive la liberté, la justice et l’égalité !

Une anarchiste iranienne

En français : https://cnt-ait.info/2026/01/07/pain-liberte-fr

In english : https://cnt-ait.info/2026/01/07/pain-liberte-en

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Rue : géographie de l’insurrection, bastion de résistance autonome et mouvement pour le pain et la liberté

La crise structurelle du capitalisme et la domination croissante des États autoritaires ont transformé le monde en un champ de réactions en chaîne de protestations venant des exploités, des subalternes et des peuples opprimés. Partout en Iran, les rues sont devenues des arènes de lutte, de résistance et d’action collective directe ; des lieux où les gens reprennent l’espace public et le transforment en un bastion commun de résistance, où leur présence défie et démantèle l’ordre autoritaire de l’État et sa légitimité.

La présence du peuple dans les rues face à l’injustice – des métropoles mondiales aux espaces géographiques de l’Iran – est une réaction directe au fonctionnement des États et du capital ; des structures fondées sur la domination, l’inégalité et la répression organisée. Ce qui se passe aujourd’hui dans les rues iraniennes est une insurrection pour le pain et la liberté ; un mouvement populaire collectif contre la pauvreté organisée, la domination, l’oppression et toutes les formes d’autorité étatique. Les gens descendent dans la rue parce qu’ils manquent de pain, ne voient aucun avenir possible et ne trouvent plus aucun espace de vie dans l’ordre existant.

L’expérience historique montre que les États et les gardiens du capital ont toujours redouté les mobilisations de rue, car elles signifient un affaiblissement de leur autorité et un mouvement vers l’effondrement de l’ordre autoritaire. Et la réponse de l’État a toujours été la violence : matraques, gaz lacrymogènes, arrestations – les outils éternels utilisés pour étouffer la voix collective. Mais c’est précisément à ce moment où la rue se remplit de répression que la solidarité naît et que les sans-pouvoir se tiennent côte à côte.

Ainsi, les mouvements civils, syndicaux, sociaux et politiques, en descendant dans les rues, dépassent leurs revendications limitées et se transforment en résistance organisée contre les structures du pouvoir. Cette révolution n’a pas besoin de sauveur : ni du shah, ni de dirigeants imposés d’en haut, ni de protecteurs étrangers. La véritable libération ne peut naître que du peuple lui-même, par une indépendance totale, l’auto-organisation, la solidarité horizontale, les conseils populaires et l’action directe.

Dans cette perspective, le mouvement du pain et de la liberté ne peut avancer que s’il relie la pauvreté et l’absence de liberté aux structures du pouvoir – et non aux marionnettes des grandes puissances. Le pain et la liberté sont deux revendications indissociables ; leur séparation conduit à la reproduction de l’autorité et des hiérarchies sociales – qu’il s’agisse du pain sans liberté ou de la liberté sans pain. La pauvreté, l’inégalité et la destruction sociale trouvent leur origine dans le capitalisme ; un système construit sur l’enrichissement d’une petite minorité au détriment de la majorité et inséparablement lié au despotisme politique – un système qui, par nature, ne diffère pas de la monarchie et n’offre aucune alternative réelle pour la libération du peuple.

D’un point de vue antifasciste, il ne suffit pas de s’opposer à la République islamique ; il est également nécessaire de contrer toute tentative d’instrumentalisation de la lutte populaire – que ce soit par des blocs de pouvoir internes ou par des puissances étrangères. La menace que le mouvement du pain et de la liberté soit récupéré par des forces d’opposition autoritaires est réelle et immédiate. Le projet monarchiste autour de Reza Pahlavi, soutenu par des médias persanophones proches de l’Occident, cherche à transformer le mouvement en un nouveau projet autoritaire.

Dans un système où Reza Pahlavi joue un rôle, le pain n’est qu’une promesse et la liberté un slogan vide inscrit dans le cadre capitaliste – un système qui ne garantit ni le pain pour tous ni l’abolition des hiérarchies. Tandis que l’État réprime les protestations, des puissances étrangères sont prêtes à orienter et détourner le mouvement populaire dans leur propre intérêt.

Hors de nos luttes, toutes mains impérialistes ! Netanyahu et Trump – avec du sang sur leurs serres et responsables de trois années de génocide à Gaza – font partie du même cercle de rapaces. Le soutien des puissances occidentales à leurs alternatives doit être compris à la lumière de leurs intérêts géopolitiques et de l’ordre néolibéral, qui n’apporte ni justice sociale ni liberté collective.

L’Iran est un pays riche en ressources et, si celles-ci étaient mises entre les mains du peuple par le biais de conseils démocratiques, un avenir digne et égalitaire ne serait pas seulement imaginable mais tout à fait réalisable. Les protestations, les grèves et les occupations de lieux de travail sont les premières formes d’action directe, et après la chute de la République islamique, l’organisation horizontale, la prise de contrôle collective et la gestion populaire des centres de production et de pouvoir doivent commencer immédiatement.

Cette révolte est la continuité d’Aban 98 et un maillon de la longue lutte historique contre le capitalisme, l’autoritarisme et l’exploitation. La plus grande menace aujourd’hui n’est pas seulement la répression, mais la possibilité que le mouvement soit dévié vers un nouvel ordre autoritaire avec un autre visage. La libération ne peut être réalisée que par une lutte indépendante menée par le peuple, libre de toute domination interne ou étrangère.

Nous, forces éprises de liberté, de justice et d’égalité, affirmons notre opposition résolue à tous les projets interventionnistes et autoritaires. Mais puisque le peuple est présent dans les rues pour renverser le régime, nous sommes sans hésitation à ses côtés et défendons ses actions autonomes et libératrices qui peuvent mener à la révolution – sans ingérence d’aucun État.

La révolution est une nécessité !

Pain. Justice. Liberté.

Vive la résistance !

Vive la solidarité !

Vive la révolution des opprimés !

À bas les puissants du monde qui dominent nos vies !

Vive la liberté, la justice et l’égalité !

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