Hartal (grève générale) et Insurrection populaire au Sri-Lanka

Nous partageons quelques informations recueillies dans les médias internationaux (RFI, BBC) mais aussi auprès de sources militantes (Sous-secrétariat Asie de l’AIT, AsiaCommune, contctas réseaux sociaux) de ce qui s’est passé le samedi 9 juillet Colombo, la capitale du Sri Lanka, journée d’insurrection populaire.

La situation générale est catastrophique

Avec le Covid, le tourisme – principal pourvoyeur de devises du pays – s’est brusquement arrêté. Le pays, qui est une île, est fortement dépendant des importations pour de nombreux produits, notamment l’énergie, les engrais et les pesticides. En l’absence de monnaie, le pays est incapable de trouver des dollars pour financer les importations essentielles.


Sur le plan agricole (l’agriculture représente 12% de le production du pays, sans compter les industries de transformation alimentaire), le pays avait annoncé qu’il passerait à l’agriculture 100% biologique en avril 2021 (à la fois pour réduire la dépendance aux importations dans le contexte de raréfaction des devises étrangères et aussi pour tenter de se positionner sur le marché rentable du bio sur le marché mondial). Cette transition brutale, en l’absence d’engrais organique (c’est-à-dire animal : fumier, lisier) de substitution, a conduit à un désastre : rien ne poussait, un tiers des terres était abandonné. 6 mois plus tard, le gouvernement a dû reculer. Mais faute de monnaie quoi qu’il en soit, les engrais et les produits phytosanitaires ne sont toujours pas disponibles. En conséquence, le pays est au bord de la famine.

Plus de pétrole ni de carburant, plus de diesel, plus d’essence, 80% d’inflation pour la nourriture et les nécessités quotidiennes. 3 à 6 heures de coupures de courant par jour.

Selon les prévisionnistes, 5 millions de personnes (sur 22 millions) vont manquer de nourriture… Le gouvernement a accordé aux fonctionnaires un jour de congé payé par semaine pour qu’ils puissent entretenir leurs potagers afin de lutter contre la famine, mais tous les citadins n’ont pas terrain ou un jardin à cultiver. Et les engrais sont importés et hors de prix, donc les rendements sont très faibles !

Une partie des devises étrangères est également captée par la République populaire de Chine dirigée par le Parti communiste chinois, qui s’est emparé de l’infrastructure logistique du Sri Lanka, faisant miroiter à l’ancien gouvernement corrompu à tous les niveaux (comme le régime communiste chinois) des investissements dans le cadre des « nouvelles routes de la soie ». En fait, ce sont des prêts à des taux exorbitants qui ont étranglé l’économie du Sri Lanka. Faute de remboursement, la République populaire de Chine a exigé et obtenu le contrôle du port de Colombo, un peu comme les Britanniques l’avaient fait pour Hong Kong en leur temps… (d’ailleurs, en construisant le port, ils ont tout détruit l’écosystème marin des pêcheurs locaux) Du fait de la fraude et de la corruption, de nombreux produits qui transitent par le port échappent aux droits de douane, ce qui contribue à réduire les rentrées de devises nécessaires.

En raison de la crise qui devient critique, de violentes manifestations en mai 2022 (9 morts et 139 blessés) obligent le Premier ministre Mahinda Rajapaksa à démissionner. Pourtant, les manifestations continuent et la colère sociale gronde de partout depuis des mois …

Le hartal (grève générale) du 8 juillet

Depuis ce printemps, des mouvements sociaux explosent régullèrement. Les travailleurs, y compris les travailleurs de la santé et les postiers de l’hôpital national de Colombo, ont déclenché une grève spontanée pour prendre position contre les actions du gouvernement.

Des manifestations massives ont eu lieu à travers le Sri Lanka au cours du mois dernier pour exiger la démission du président et de son gouvernement et la fin de la catastrophe sociale à laquelle sont confrontés les travailleurs en raison de la hausse des prix, des pannes de courant prolongées, des pénuries de produits essentiels, notamment du carburant, des médicaments et des produits de base et des denrées alimentaires.

De nouveau, un hartal (grève générale) était appelée ce vendredi 8 juillet pour paralyser l’économie. Des millions de travailleurs se sont mis en grève dans toute l’île, notamment dans les zones franches, les hôpitaux, les écoles, l’administration publique et les transports. La grève a été particulièrement importante car les Cinghalais, les Tamouls, les Musulmans et les Chrétiens, les Hindous et les Bouddhistes se sont tous unis autour de leurs intérêts de classe communs en tant que travailleurs au-delà des clivages ethniques et religieux. Pendant des décennies, surtout en temps de crise, les politiciens de Colombo ont fomenté le chauvinisme anti-tamoul et anti-musulman et orchestré l’incitation raciale et les massacres pour diviser les travailleurs les uns contre les autres.

Gouvernement, partis politiques, syndicats, tous unis contre la colère populaire

La grève générale et le fort soutien au hartal ont alarmé l’ensemble de l’establishment politique, y compris les partis au pouvoir et d’opposition, ainsi que les syndicats.

Vendredi 8 juillet au soir, le président Rajapaksa, qui dispose déjà des larges pouvoirs d’une présidence exécutive, a imposé l’état d’urgence pour mobiliser l’armée, imposer des couvre-feux et la censure, procéder à des arrestations arbitraires et interdire les grèves et les manifestations.

Alors que le gouvernement s’apprêtait à mobiliser l’armée, les syndicats ont annulé une grève générale illimitée qui devait débuter ce mercredi 13 juillet. Au lieu de cela, ils l’ont limité aux manifestations des travailleurs à l’heure du déjeuner. En déstabilisant la classe ouvrière, les syndicats ont encouragé un gouvernement assiégé à agir et à réprimier. Le Premier ministre Mahinda Rajapaksa, le frère du président, a rassemblé hier des centaines de partisans du parti au pouvoir Sri Lanka Podujana Peramuna (SLPPJMU). Beaucoup d’entre eux sont arrivés en bus depuis d’autres parties de l’île jusqu’à sa résidence officielle dans le centre de Colombo. Après un discours délibérément provocateur, ils ont été armés de matraques et de bâtons et ont été envoyés frapper les manifestants d’abord devant la maison du Premier ministre, puis à environ un kilomètre de là, à Kalimugath. Bien qu’elle soit armée de gaz lacrymogène et de canons à eau, la police n’a rien fait pour arrêter les voyous jusqu’à la fin de l’occupation à Kallimugath.

Ce que les frères Rajapaksa n’avaient pas prévu, c’est la réaction de colère d’un large éventail de personnes prêtes à défier le couvre-feu et les forces de sécurité. Lorsque l’ampleur de l’opposition est devenue évidente, Mahinda Rajapaksa a démissionné de son poste de Premier ministre et dissous le cabinet.

Le déroulé des événements du 8 et 9 juillet 2022 de la grève générale à l’insurrection

Le 08 juillet, l’Union interuniversitaire des étudiants est venue à Colombo, la capitale du pays, dans un immense cortège et la police a bloqué leur chemin vers la maison du président et les a attaqués avec de l’eau et des gaz lacrymogènes. Ils ont protesté à partir de là et illuminé la nuit à partir de là.

Craignant cela, le gouvernement oppressif a imposé un couvre-feu policier dans toutes les zones menant à Colombo à partir de 21 heures le vendredi 8 juillet et jusqu’à nouvel ordre.

Mais la population en colère a de toute façon largement ignorée cette mesure. Des masses de personnes décidèrent spontanément de converger vers la capitale.Par exemple, nos compagnons du Sri Lanka ont participé au cortège qui a parcouru à pied les 22 km séparant leur lieu de résidence de la capitale Colombo. Ailleurs la foule des manifestants a forcé samedi matin les autorités ferroviaires à les conduire en train jusqu’à Colombo pour manifester. Même si le pays n’a presque plus une goutte d’essence et dû fermer les écoles, d’autres manifestants ont également loué des bus privés pour se rendre dans la capitale.

En minibus, en train réquisitionné ou à pied, ce sont des centaines de millier de manifestants qui ont convergé de partout pour arriver dans la capitale.

Un groupe important de policiers et de militaires en alerte de service a installé des barrages routiers pour les empêcher de s’approcher du palais présidentiel.

Lorsque la population était prête à lever les barrages routiers, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Plusieurs fois, la police nous a attaqués avec des gaz lacrymogènes et de l’eau.

Les manifestants ont franchi les barrages routiers avec beaucoup d’efforts puis sont entrés dans la Maison du Président. La police ou l’armée ont ouvert le feu à ce moment-là et jusqu’à présent, 57 personnes ont été blessées et transportées à l’hôpital général de Colombo. L’état de trois d’entre eux est grave. Parmi les blessés figurent 5 femmes.

Alors même que le peuple entrait dans le palais présidentiel, le Président s’en était enfui. Les gens attendaient toujours au palais présidentiel. Le peuple réclame la démission du président et du premier ministre. Le Président a informé le Président qu’il est prêt à démissionner et qu’il le fera le 13. Il a été informé que le Premier ministre est prêt à démissionner après la formation d’un nouveau gouvernement. La maison privée du Premier ministre a également été occupée par la population. Le secrétariat du président a également été occupé par le peuple. Des manifestations ont toujours lieu dans tous ces endroits.

TENTATIVES DES POLITICIENS DE REPRENDRE LA MAIN

Le président Rajapaksa a maintenant appelé tous les partis parlementaires du gouvernement et de l’opposition à former un « gouvernement d’unité nationale » pour faire face à la crise économique et politique sans précédent du pays. Le pays fait face à une grave crise de change. Il dispose de très peu de fonds pour acheter des importations, y compris du carburant, et a déclaré un « défaut temporaire » sur son énorme dette extérieure. Le Fonds monétaire international a insisté sur des conditions d’austérité strictes pour les prêts de sauvetage d’urgence. Celles-ci aggraveront encore la crise sociale à laquelle sont confrontés les travailleurs. L’ensemble de l’establishment politique de Colombo, y compris les partis d’opposition, les syndicats, les représentants des entreprises et les commentateurs des médias, espère former un gouvernement intérimaire ou d’unité nationale ou multipartite, cherchant à trouver un moyen de dissoudre ou d’écraser les protestations des travailleurs, des jeunes et des les ruraux.

À PROPOS DES DRAPEAUX NOIRS

Certaines personnes ont remarqué des drapeaux noirs dans la foule occupant le palais présidentiel et se sont demandé si cela avait une signification politique. En fait, il est très courant d’utiliser la couleur noire pour protester en Asie du Sud, même les groupes religieux font de même lorsqu’ils protestent contre quelque chose, nous ne pouvons donc pas dire avec acuité la présence d’une organisation anarchiste. Mais force est de constater que la contestation n’est pas menée par un groupe ou un parti politique, mais c’est le peuple en général qui est en action.

Source : RFI, BBC, secrétariat Asie IWA-AIT, contacts au Sri Lanka

source : AsiaCommune

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12 juillet 2022 :

Les agents de la police au frontière du Sri Lanka refusent de laisser partir le président démissionnaire. Le ministre des finances et sa famille qui cherchaient à fuir sont obligés de rebrousser chemin de l’aéroport après protestation des passagers et travailleurs de l’aéroport

traduction google à peaufiner d’un communiqué de l’association des officiers des contrôles de l’émigration et l’immigration :

Les responsables de l’immigration ont dit à Gota [président démissionnaire] de venir à Polime – et l’empêchent d’aller à Dubaï,

Gotabhaya Rajapaksa est arrivé aujourd’hui à l’aéroport de Katunayake pour partir pour Dubaï après avoir annoncé qu’il démissionnerait de son poste alors que les gens descendaient dans la rue contre le président.

Aujourd’hui, il a dû faire face à un malheur inimaginable dans sa vie. C’est parce que les agents de l’immigration ont refusé de tamponner sa sortie sur son passeport. Les agents de l’immigration de l’aéroport lui ont dit de se présenter au comptoir des contrôles de sortie avec son billet et son passeport ainsi que sa carte d’embarquement.

Le président Gotabhaya Rajapakse a refusé [de suivre la procédure de monsieur tout le monde], voulant embarquer dans l’avion le plus tôt possible. Il donc envoyé [son passeport] via un autre officier, et les agents de l’immigration ont refusé de le tamponner .

Parallèlement à cette situation, le président a raté le vol vers Dubaï et le président a été immédiatement emmené à la base aérienne de Katunayake.

Par ailleurs 6 places ont été réservées au nom de Basil Rohana Rajapaksa [du même clan que le président, et ancien ministre des finances] sur le vol Emirates ce matin et lui et son entourage ont dû rebrousser chemin en raison des objections des passagers de l’aéroport et des agents de l’immigration.

Dès que cet incident s’est produit, Gotabhaya, qui était nerveux, a crié.

Nos salutations à vous, fils du Sri Lanka qui aviez du courage.

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