Nos chères cocottes minutes…

jeudi 9 octobre 2003

Article paru dans le journal de la CNT-AIT il y a 20 ans … depuis rien n’a changé …


Cet été, il a fait très chaud et il n’a pas plu : tous les survivants le savent. Et je ne parle pas de survivants par hasard : nous sommes dans les 60 millions à vivre aux côtés de centrales nucléaires soi-disant sans danger, mais qui ne supportent pas la sécheresse !

La situation est devenue tellement grave qu’il a bien fallu que nos chers médias nucléarophiles en parlent tout de même un peu : plusieurs centrales nucléaires étaient en surchauffe. On a dû les arroser pour les refroidir. On a frisé la catastrophe, mais les technologues, payés par EDF, Framatome, l’IPSN et autres officines du lobby militaro-industriel [1], nous assurent que, contrairement à celles des USA, du Japon ou de l’ex-URSS, nos centrales sont sûres et que nous ne risquons absolument rien -ou si peu de choses- avec le nucléaire bien de chez nous. Comme si ces gens qui n’avaient pas envisagé qu’il put exister des sécheresses en France, ces gens qui viennent d’être réduits, à l’arraché, à arroser à la lance les centrales pour qu’elles n’explosent pas, pouvaient mériter un atome de confiance !

Même s’ils ne l’avouent pas, nos chères cocottes minutes radioactives ont pour de bon inquiété leurs promoteurs. On n’est pas passé loin de l’explosion. Normalement, pour se refroidir, une centrale nucléaire utilise d’immenses quantités d’eau, et, s’il n’y a pas assez d’eau dans le fleuve, ça chauffe trop. La seule façon d’éviter la surchauffe, c’est alors de plonger le cœur du réacteur au plus profond de son berceau de flotte, pour ralentir la réaction en chaîne. Il faut le savoir : on ne peut jamais arrêter un réacteur. Car il est impossible d’arrêter les désintégrations qui se produisent dans son cœur, on ne peut que les ralentir en les plongeant dans l’eau. S’il n’y a même plus assez d’eau pour refroidir ce cœur qui chauffe même au ralenti, c’est la catastrophe. Qu’on se le dise : nous sommes chaque jour en sursis à côté de ces centrales, mais, cet été, on a vraiment eu plus chaud que d’habitude.

Et ce n’est pas parce qu’on est passé à côté de la catastrophe que cela a été sans conséquences. Les rejets d’eau ont dépassé les limites légales de température et plusieurs centrales étaient carrément en infraction. EDF a trouvé la solution : elle a demandé au gouvernement (et obtenu) des dérogations, car, miracle juridique, s’il y a dérogation, il n’y a plus de danger ! La pollution thermique, occasionnée par les rejets d’eau chaude, a entraîné la prolifération d’amibes, dangereux micro-organismes. Les risques, étudiés par le Conseil supérieur d’hygiène publique, vont jusqu’à la méningite mortelle.

Nous sommes des survivants. Mais jusqu’à quand ? Après un été torride, l’automne est là. C’est la saison des tempêtes. On se souvient que la centrale du Blayais (près de Bordeaux) est passée près de l’accident majeur à cause des vagues, dont nos super-technologues n’avaient pas prévu, non plus, qu’elles puissent être un jour un peu plus hautes que la moyenne et qu’elles viennent lécher les pieds de la centrale.

Le nucléaire ne supporte ni la chaleur ni la sécheresse. Mais il ne supporte pas non plus la pluie et les tempêtes. Le jour ou un petit séisme, fréquent dans les Pyrénées, étendra son tremblement jusqu’à l’une d’elles, nous apprendrons, un peu tard, qu’il ne supporte pas non plus la plus petite secousse…

L’État et les patrons, à coups de matraque contre les récalcitrants et surtout à coups de mensonges médiatiques vantant les avantages et garantissant l’innocuité, ont imposé 56 réacteurs nucléaires dans le pays. Chaque jour qui passe apporte les preuves de ce que nous savions : État, patrons et technologues ont joué aux apprentis sorciers, incapables qu’ils sont de maîtriser un processus physique qu’ils ont lancé avec la plus grande inconscience.

Maeva.


[1] Un des objectifs inavoués du « tout nucléaire » a été de permettre à l’armée de profiter du potentiel nucléaire civil pour fabriquer des armes atomiques.

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