Deux semaines de l’invasion russe : bref aperçu de la résistance civile radicale

Informations transmises par les compagnons du site d’information anarchiste de Kharkov, Assembleia le 16/03/2022 :

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La guerre arrive aussi dans les rues russes. Lors du rassemblement pro-ukrainien du 28 février, une voiture portant les inscriptions « C’est la guerre », « Poutine est une racaille » et « Peuple, levez-vous » a percuté un cordon de police sur la place Pouchkine à Moscou et a pris feu après la collision. Le véhicule a été rapidement encerclé par des chasse-neige, le chauffeur a été interpellé, son nom n’est pas encore connu. En général, les forces de sécurité cachent clairement des informations sur cet incident, seules des informations fragmentaires sont devenues publiques – par exemple, cette courte vidéo. Il existe également très peu d’informations sur l’étudiante de 22 ans Anastasia Levashova détenue pour avoir attaqué les flics avec un cocktail incendiaire lors d’une manifestation anti-guerre dans le centre-ville de Moscou trois jours auparavant. Mais c’était seulement le début!

Dans la nuit du 1er mars, deux garçons de 17 et 18 ans ont tenté de mettre le feu à un poste de police à Smolensk en lançant des cocktails Molotov, mais ils ont été capturés. Selon les médias officiels, la raison de l’incendie criminel était « l’impact destructeur accru des services de renseignement ukrainiens sur l’espace d’information russe »: ils auraient « reçu une offre pour commettre un crime d’un ami qui les a motivé en leur promettant de gagner facilement 60 000 roubles ». Sur la vidéo publiée, les détenus ont donné le témoignage nécessaire aux forces de sécurité pour accréditer leur montage, mais les méthodes de torture de la police russe pour extorquer de faux aveux ne sont pas secrètes.

Dans la nuit du 3 mars, à Voronej, un inconnu a jeté un mélange inflammable dans la fenêtre du bureau de recrutement militaire. Personne n’a été arrêté. L’auteur a posté anonymement une vidéo sur telegram pour expliquer son acte : « J’ai peint la porte aux couleurs du drapeau ukrainien et j’ai écrit : « Je ne vais pas tuer mes frères ! », après quoi j’ai escaladé la clôture, aspergé la façade d’essence, cassé les vitres et envoyé des cocktails Molotov à l’intérieur « Le but de l’incendie était de détruire les archives du bureau de recrutement pour détruire les dossiers personnels des conscrits. Cela devrait empêcher la mobilisation dans le quartier.

Toujours à Moscou, un habitant de 36 ans a lancé deux Molotov vers le mur du Kremlin et distribuer des tracts contre la guerre. Maintenant, il est arrêté en vertu de l’article 213 du Code pénal pour  « hooliganisme ». Le nom de ce brave homme est inconnu.

Le barman de 24 ans Zakhar Tatuyko a été arrêté à Saint-Pétersbourg. Selon les enquêteurs, lors d’un rassemblement anti-guerre, il a aspergé le visage d’un flic, et pas un flic ordinaire, mais le commandant d’une brigade spéciale ! Nous ne savons pas si Zakhar l’a vraiment commis de façon consciente, mais la démarche elle-même mérite certainement l’admiration.

Il convient de noter que les médias russes hésitent à parler de tels actes subversifs anti-étatiques. Ils craignent à juste titre que l’exemple ne devienne contagieux. Il est possible qu’en fait, il y ait eu plus d’attaques ces derniers jours, mais les informations à ce sujet n’ont fait l’objet d’aucune publicité. Les rédacteurs du site Assembleia de Kharkov, au tout début de la guerre, ont appelé les camarades russes solidaires à prendre des mesures de sécurité lors des actions de rue et à éviter les risques inutiles.

De plus, sur le site Assembleia vous pouvez lire [en russe] notre matériel sur l’effondrement économique en Ukraine, qui au cours de la première semaine de l’agression a perdu la moitié du PIB, et ce qui se passe à cause de cela avec l’emploi.

En particulier, il convient de noter la situation dans la ville balnéaire du sud de Marioupol, encerclée par l’armée de « Putler », et dont les bombardements ont déjà fait des centaines de victimes civiles. Après la semaine de siège qui a provoqué une catastrophe humanitaire désespérée, dans la soirée du 5 mars, la population a pillé l’un des plus grands centres commerciaux de la ville. Sur cette vidéo, on voit sortir en masse de la nourriture, des vêtements, de l’électroménager, des bijoux, etc. « Les voilà, les patriotes locaux. Tout le monde est content », dit la voix off.

Selon le maire de Kherson, sous l’occupation russe, certains habitants volent également des supermarchés et des centres commerciaux. À cet égard, le fonctionnaire s’est adressé aux propriétaires : « La ville est prête à prendre le contrôle de la distribution de vos produits. Nous garantissons qu’ils arriveront là où ils sont maintenant très attendus – aux hôpitaux, aux orphelinats, aux retraités, aux nécessiteux, aux familles nombreuses, etc. Nous le ferons de manière organisée et responsable, vous pouvez en être sûr. »

De plus en plus d’informations semblent indiquer que l’armée russe, n’ayant pas réussi à mener une guerre éclair en trois jours, s’est enlisée dans les étendues ukrainiennes et se décompose progressivement de l’intérieur. Depuis le 1er mars, les sources ukrainiennes disent que l’opération de débarquement pour capturer Odessa a échoué parce que les marines ont refusé de suivre l’ordre de débarquement. Cela a été déclaré en référence aux proches de plusieurs combattants russes de la 810e brigade, de la Crimée occupée. Bientôt, sur les réseaux sociaux, une capture d’écran d’une conversation anonyme a été publiée, indiquant que la plupart de ceux qui ont refusé d’atterrir étaient des Dagestanis (soldats venant du Daguestan, république de la fédératoi ndue russei située dans le Caucase entre la Georgie et la Tchéthénie) de la flottille caspienne. Et avant-hier, une vidéo est apparue où un sapeur russe capturé confirme directement que l’assaut en mer a échoué en raison du refus de 600 parachutistes de débarquer. Ces derniers jours, des rumeurs ont également circulé selon lesquelles l’une des raisons pour lesquelles les Ukrainiens commençaient souvent à abattre des avions russes était que des pilotes expérimentés refusaient massivement de décoller : des informations commençaient à leur parvenir selon lesquelles des frappes étaient menées sur des infrastructures civiles ou installations résidentielles et historiques. Et seuls les cadets ou les pilotes inexpérimentés de l’arrière-pays acceptent de bombarder des zones pacifiques. Nous attendons cependant des preuves qui viendraient confirmer ces informations.

De nouvelles attaques contre des bureaux de recrutement militaire ont lieu en Russie. Kirill, un habitant de 21 ans, dans la nuit du 28 février, a incendié le commissariat militaire de Lukhovitsy. Après cela, il s’est débarrassé de son téléphone et n’est plus entré en contact avec ses proches. Ce n’est que le 8 mars qu’il a été arrêté à la frontière entre la Biélorussie et la Lituanie. L’incendiaire a été extradé d’urgence, emmené au poste de police de Lukhovitsy. Kirill a expliqué qu’il avait l’intention d’aller en Ukraine. Une affaire pénale a été ouverte en vertu de l’article du Code pénal russe sur le « vandalisme ». Le 13 mars, tôt le matin, il demande à aller aux toilettes. Les menottes lui ont été retirées et après les toilettes, Kirill a été escorté au bureau du département d’enquête criminelle. De là, profitant d’une inattention  des employés, Kiril a sauté par la fenêtre et s’est enfui. Il a réussi à escalader une clôture de trois mètres avec un filet à mailles et à se diriger vers l’autoroute M5. Puis des traces du fugitif ont été retrouvées dans la forêt en direction de Kolomna.

Le 12 mars, les flics ont signalé un autre incendie criminel. Selon les enquêteurs, un employé de magasin de 25 ans de la région de Sverdlovsk, protestant contre l’envoi de conscrits en Ukraine, a lancé trois Molotov à la porte du commissariat militaire de la rue de la Révolution vers 5 heures du matin (le nom de la colonie n’est pas mentionné , il s’agit probablement de Berezovsky). Malheureusement, l’incendiaire a été arrêté et il est accusé de tentative de meurtre, car il y avait un gardien dans l’immeuble à ce moment-là. Le gardien n’a pas été blessé. Avec l’attaque du 3 mars, cela fait au moins trois attaques incendiaire sur les centres de collecte de chair à canon pour les militaires de Putler !

En Biélorussie, deux habitants de Mozyr sont soupçonnés d’avoir préparé la destruction de matériel militaire russe, qui se trouve désormais sur le territoire de la république et est en route vers l’Ukraine. Selon l’enquête, l’un des détenus a 34 ans, l’autre 44 ans. Les accusés se sont rencontrés en 2020 lors « d’événements de masse non autorisés » (manifestation contre le dictateur Loukachenko) à Mozyr. Tous deux ont des familles, élèvent des enfants et n’ont pas de casier judiciaire. Pour l’incendie criminel, ils ont préparé dix cocktails Molotov. De plus, lors de la perquisition, la police a saisi des ingrédients pour mélange incendiaire, des bouteilles en verre, des battes de baseball, un pistolet à air comprimé et d’autres objets « indiquant les intentions criminelles des suspects ». Les suspects sont détenus. Selon les informations dont dispose l’enquête, ils seraient également impliqués dans le dessin d' »inscriptions cyniques » et d’images sur les infrastructures routières. Malheureusement, nous ne savons toujours rien des détenus, pas même leurs noms.

A Moscou, lors des manifestations anti-guerre du 6 mars, deux hommes ont également été arrêtés. Les forces de sécurité affirment que ces citoyens portaient des explosifs (ressemblant à un cocktail Molotov et des composants d’une bombe improvisée). Il n’y a pas d’autres détails.

Le même jour, une effigie portant l’uniforme d’un soldat russe a été brûlée lors d’un rassemblement similaire à Saint-Pétersbourg. Selon la police, Igor Maltsev et Sofya Semenova « ont gravement violé l’ordre public et ont fait preuve d’un manque de respect évident pour la société » par cette action, une affaire pénale a été ouverte pour « hooliganisme de groupe basé sur la haine politique et idéologique ». Le premier d’entre eux a été arrêté pendant deux mois, le second a été interdit de certains actes.

D’autre part, il est possible que les événements prennent une tournure inattendue : des informations au Conseil national de sécurité et de défense d’Ukraine ont averti hier que les services spéciaux russes prévoyaient une série de provocations anti-guerre violentes et donnaient une coloration ethnique ukrainienne aux troubles en raison de la détérioration des conditions de vie dans la Fédération de Russie. Selon eux, l’objectif est « de consolider la société russe autour du soutien à la guerre avec l’Ukraine, d’expliquer aux citoyens russes l’inévitabilité de la guerre avec l’Ukraine et la nécessité d’exterminer les Ukrainiens ». Nous verrons si ces informations se confirment …

Pas de guerre mais la guerre sociale !

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