Position de l’organisation anarchiste Ahdut – AL Wihdeh (unité) sur la lutte palestinienne

Le texte ci-après, a été rédigé en 2014 par l’organisation anarchiste-communiste « Ahdut-AL Wihdeh ». Nous l’avons traduit en français en 2021 car, hélas, il garde son actualité, même si la situation dans cette région du monde qu’est la Palestine, ne fait qu’empirer, conflit après conflit, expulsion après expulsion, colonisation après colonisation … Toujours cette cohorte d’injustice, de destruction, de morts, avec les nationalistes qui dansent sur le volcan pour attiser le feu.

Ce texte, rédigé collectivement par des habitants de la région, « arabes » et « juifs » selon les catégorisations étatiques mais surtout profondément humains, laisse entrevoir l’espoir qu’une paix est possible au delà des fausses divisions identitaires.

Le groupe Ahdut-AL Wihdeh (Unité) n’existe plus aujourd’hui, mais ses membres restent actifs dans la lutte pour la paix, dans une perspective anarchiste, notamment en participant aux rassemblements hebdomadaires du village de Bil’in contre le mur.

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La position de l’Organisation Ahdut – Al Wihdeh) sur la lutte palestinienne

Le projet de colonisation sioniste, parrainé et au service des puissances impérialistes, a fini par dominer la Palestine. Avec persistance, il a essayé par tous les moyens de déplacer les masses autochtones hors de la zone qu’il dirigeait, ou du moins de les rassembler dans des enclaves confinées

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Une partie du peuple palestinien a réussi à échapper aux tentatives d’expulsion et est devenu citoyen de l’État d’Israël, souffrant de discrimination, du fait de la loi comme de pratiques coutumières. L’État d’Israël persiste dans ses mesures visant à les déposséder de leurs terres.

Récemment, ces mesures se concentrent sur le plan de Braver dans le Néguev, qui évoque le plan de judaïsation de la Galilée dans les années 1970, et les événements du Jour de la Terre (30 mars 1976).

Une autre partie du peuple palestinien, reléguée dans les territoires occupés en 1967, vit pour la plupart sous un régime militaire. Là, les autorités militaires israéliennes jouissent d’une bien plus grande liberté d’action pour expulser la population palestinienne ou la regrouper dans des enclaves isolées qu’elles n’en ont sur le territoire d’Israël lui-même. En plus de l’appropriation graduelle de la plupart des terres palestiniennes, l’Etat d’Israël entrave le développement économique individuel et collectif des Palestiniens, leur refuse la liberté de mouvement, de réunion et d’expression, et réprime, de diverses manières, leur résistance à l’occupation et à la colonisation en cours.

Mais nous devons nous rappeler qu’il n’y a pas d’économie distincte en Palestine aujourd’hui: les Palestiniens dans les zones de 1948 sont pleinement intégrés dans l’économie israélienne, en tant que  travailleurs soumis à une discrimination salariale et en tant que résidents de villes et villages peu développés. De même, une partie considérable des Palestiniens de la Cisjordanie travaillent pour des employeurs israéliens ou dans des entreprises locales qui vendent leurs produits sur le marché israélien, que ce soit dans des projets d’implantation en Cisjordanie, où sur le territoire officiellement souverain israélien.

La plupart des Palestiniens qui ont été expulsés de leurs terres et de leurs enfants, de même que beaucoup d’entre ceux qui ont échappés aux vagues successives de déplacement et d’expulsion, vivent aujourd’hui en tant que réfugiés ou en tant que personnes déplacées à l’intérieur du pays, que ce soit dans les territoires conquis en 1948 ou 1967, ou dans les pays voisins

Au fil des ans, les Palestiniens ont résisté à leurs déplacements forcés, à leur oppression et à leur exploitation. Selon les endroits, cette résistance a pris différentes formes : parfois symbolique, parfois démonstrative ; parfois par l’action directe, parfois avec des armes, parfois non violente, parfois violente mais sans armes.

Pour la plupart, ces actes de résistance n’ont pas engagé de coopération avec les Israéliens opposés à la politique sioniste, cependant parfois une coopération avec ces activistes [Israéliens antisionistes] s’est réalisée.

La résistance multiforme des masses laborieuses palestiniennes pendant toutes ces années a réussi à retarder et à infléchir le processus d’accaparement ; mais elle n’a malheureusement pas été en mesure de lui faire faire marche arrière.

Nous ne partageons pas l’illusion de certains secteurs des masses laborieuses palestiniennes et israéliennes qui pensent que dans la situation malheureuse actuelle, une «solution à deux États» devrait être acceptée. La partition de la Palestine en deux états distincts a été encouragée depuis près de cent ans par les puissances mondiales, dont la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et l’Union soviétique en son temps. Cela faisait partie de leur intervention continue dans le Moyen-Orient, et qui l’a condamnée à une impasse, celle des régimes autoritaires, celle de la haine ethnique et religieuse et de la guerre, entravant le développement politique et économique que désirent les habitants de la région. La création d’un État palestinien, qu’il soit basé sur 15% ou 25% de la terre de Palestine qui était sous mandat britannique avant 47, ne résoudra pas les principaux problèmes du pays, et ne mettra certainement pas « fin au conflit » : au mieux, il s’agira d’un accord de compromis entre l’élite capitaliste israélienne et le régime collaborateur de l’Autorité Palestinienne. Les collaborateurs palestiniens, en tant qu’agents locaux, bénéficieront de franchises leur permettant d’oppresser et d’exploiter directement la population palestinienne pour leur propre bénéfice et celui des intérêts étrangers.

Il est vrai que le retrait israélien des territoires occupés en 1967 mettrait un coup de frein aux processus de dépossession et d’oppression, par les forces armées israéliennes, des Palestiniens qui y vivent. Cela réduirait aussi probablement les tensions et les affrontements des résidents de Cisjordanie et de la bande de Gaza contre les forces israéliennes et les colons, ainsi que les offensives militaires israéliennes, qui attisent la haine à grande échelle et renforcent le nationalisme, aussi bien celui des occupants que des occupés. Un tel retrait permettrait également un retour limité des réfugiés dans les territoires de l’Autorité palestinienne.

Mais l’accord qui conduirait à la création d’un État palestinien accorderait à Israël la légitimité internationale de ses conquêtes de la guerre de 1948 ainsi que de la Nabih – c’est-à-dire la dépossession, le déracinement et l’expulsion de centaines de milliers (qui se comptent maintenant par millions) de personnes. Un tel accord renforcerait également la séparation politique et économique entre les deux parties du pays, qui ont toutes deux une population palestinienne, en plus de la séparation entre les populations hébreu et arabe. Cela entravera la lutte pour une conclusion juste de la confrontation actuelle avec le mouvement sioniste – dont les principales victimes sont les travailleurs palestiniens – mais aussi qui cause également des dommages de diverses manières aux travailleurs juifs en Israël même. Tant que les réfugiés ne seront pas retournés chez eux, et n’auront pas retrouvé ce qui leur a été volé, tant que le régime nationaliste sioniste israélien – qui exclut les Palestiniens, les discrimine et les persécute – existera, il n’y aura pas de «fin au conflit».

D’autres secteurs des travailleurs, en particulier parmi les Palestiniens, soutiennent l’établissement d’un État démocratique unique pour tous les habitants de la Palestine et d’Israël. Si un tel Etat unique démocratique devait voir le jour, il pourrait offrir des droits civils égaux à tous ses citoyens, et mettrait fin à la discrimination officielle institutionnelle et systématique contre les Palestiniens. Il augmenterait probablement la possibilité du retour des réfugiés. De plus, la création d’un tel État exigerait le démantèlement conjoint de l’État d’Israël et de l’Autorité palestinienne, ce qui constitue un défi aux objectifs des puissances impérialistes. Par conséquent, ce programme est basé sur l’espoir et non sur le désespoir ou la soumission au système politique existant.

Cependant, cet espoir est erroné, car tant que l’élite capitaliste-sioniste au pouvoir en Israël n’a pas été vaincue, le seul État unique qui est réalisable est celui qui existe actuellement. Même si la tentative d’établir un État démocratique unique réussissait, n’oublions pas que les États en général, et les États démocratiques en particulier, sont des formes politiques établies et maintenues par des classes dirigeantes minoritaires, pour maintenir des systèmes de relations sociales oppressifs et d’exploitation.

Le caractère de l’oppression et de l’exploitation varie et devient sophistiqué dans les pays plus développés, mais sa nature fondamentale ne disparaît pas, même un instant. Dans un tel état, les travailleurs palestiniens et hébreux peuvent espérer vivre dans une société comme celle de l’Afrique du Sud, où une petite minorité de capitalistes blancs et leurs partenaires non-blancs possèdent la plupart des moyens de production et des terres, et où des sociétés multinationales jouissent d’une grande liberté d’action.

Nous réaffirmons la conclusion à laquelle sont parvenus nos prédécesseurs dans la lutte: la défaite de la classe dirigeante capitaliste-sioniste et de son projet de colonisation et de dépossession nécessite une profonde révolution sociale, pas simplement une révolution politique mais une transformation des rapports de production et de toutes les autres relations sociales. De plus, il est raisonnable de supposer qu’une telle révolution ne sera possible qu’à l’échelle régionale, dans plusieurs pays voisins simultanément plutôt que séparément en Palestine-Israël seul. Seule une telle transformation permettra de construire une société non autoritaire à l’abri de l’exploitation ; où la liberté, l’égalité et la fraternité prévaudront réellement; dans lequel l’hostilité nationaliste accumulée se dissipera.

Parallèlement à ce qui a été dit ci-dessus, affirmons une évidence: nous participerons, en tant qu’organisation et individuellement, avec les habitants palestiniens de Cisjordanie et avec les militants israéliens et autres, à la lutte quotidienne contre tous les aspects de l’occupation et l’oppression dans les territoires occupés de 1967; nous devons soutenir et coopérer au mieux de nos capacités à la lutte des habitants de Gaza contre l’agression israélienne et le siège israélo-égyptien; et nous devons rester actifs à l’intérieur des frontières de 1948 contre la discrimination, l’oppression et la dépossession des travailleurs palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne.

Adoptée le 25 avril 2014 par les membres de l’organisation Ahdut-Al-Wihdeh (Unité), active en Palestine / Israël

Original en hébreu publié dans « Alternativa », n ° 6, lien: http://unityispa.wordpress.com

En Arabe : http://cnt-ait.info/2021/05/23/ahdut-ar/

En Hébreu : http://cnt-ait.info/2021/05/23/ahdut-he

En Anglais : http://cnt-ait.info/2021/05/23/ahdut-en/

4 commentaires sur Position de l’organisation anarchiste Ahdut – AL Wihdeh (unité) sur la lutte palestinienne

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