L’Iran, l’Irak et le capitalisme.

Première publication : mardi 29 mai 2007

Quand l’Irak ou l’Iran deviennent des sujets d’actualité, que ce soit dans les quotidiens, à la radio ou à la télévision, on n’y voit que des dictateurs, déchus ou non, des religieux en habit, des terroristes kamikase, des militaires et des opposants aux dictateurs, déchus ou non… De temps en temps on entend des spécialistes, qui de géopolitique, qui du monothéisme, qui des femmes musulmanes, qui de la culture persane, qui des ressources d’énergie. Et puis on entend beaucoup les politiciens de tout bord, depuis des conseillers américains jusqu’aux mollahs d’on ne sait plus quelle obédience. Les militaires et les religieux tiennent le haut du pavé. Comme si’l n’y avait dans ces deux pays que ces gens-là ! Et pour les amateurs de culture, c’est comme si l’Irak était un morceau décadent de la Mésopotamie et l’Iran, celui de la Perse. Ou des Abbassides et des Mogols. Présenter ces pays de cette façon équivaut à présenter l’Europe comme l’avorton de l’empire germanique de Charlemagne  !

Comme si ces deux pays vivaient à l’ère d’un obscur Moyen-Âge, avec une économie obsolète, en dehors du monde capitaliste (sauf pour le pétrole, bien sûr) ! Le capitalisme est mondial. Et en attendant d’être complètement dans nos têtes, il régente tous les rapports sociaux. Faut-il rappeler que ce ne sont pas les ayatollah qui ont chassé le Schah en 79, mais une succession de conflits sociaux ? Cinquante mille habitants de bidonvilles se battant victorieusement contre la police qui voulait les chasser, en 1977, fut le début de deux années de répression violente (loi martiale) et de grèves. Des paysans occupent des terres qu’ils ne possèdent pas et des conseils ouvriers prennent en main l’économie du pays. On connaît souvent mieux la suite, sans oublier la centaine de milliers de socialistes divers, hommes et femmes, exécutés par le nouvel État iranien de 1979.

Depuis plus de trois ans maintenant, alors que toute action ouvrière y est illégale, cet État affronte des actions de plus en plus radicales. En 2003, ce furent 4 000 personnes arrêtées suite à des grèves et à des manifestations étudiantes. En 2004, des militaires tirent depuis leurs hélicoptères sur les grévistes des mines de cuivre de Babak. Face à cette répression, la grève devient générale à Babak mais aussi à Khatoonabad. En 2005, grâce à la solidarité ouvrière de tout le pays, la grève de deux mois des ouvriers du textile est victorieuse. Toujours en 2005, grève des transports en commun à Téhéran. En 2006, grèves dans l’automobile et dans divers autres secteurs. La répression frappe de plus en plus fort, et la police politique a toute lattitude pour agir, mais, en septembre, ce sont 3 000 travailleurs d’une usine de moteurs diesel qui se mettent en grève contre les baisses de salaires.

Grève des ouvriers de l’automobile de l’usine Iran Khodro (plus grande usine automobile du Moyen-Orient avec 35.000 travailleurs)

La lutte des classes, corollaire de cette société, est partout. En Irak, l’État en place, dans un processus de privatisation, menace de licencier 5 000 ouvriers des raffineries nationales. Les salaires sont gelés depuis plusieurs années [1] et pourtant le prix du fuel, principal moyen de chauffage, augmente sans cesse. Une seconde hausse est prévue en mars 2007. Mais les journalistes doivent estimer que tout cela n’a aucune importance pour nous puisqu’ils ne nous en parlent pas. Eh bien, ils se trompent.

Syndicat Interco Marseille


[1] Ça ne date pas de Bush, n’en déplaise aux altermondialistes pour lesquels tout le mal vient des États-Unis.

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