Joseph Vincent (1918-2009), militant de base depuis 1931

2 mai 2001

Article paru dans La Dépêche du Midi à l’occasion du Premier Mai 2001.

Hier matin, sur la dalle de Bellefontaine une grosse dizaine d’anarcho-syndicalistes de la CNT-Association internationale des travailleurs installent deux tables. Au menu : tracts, livres, boissons fraîches et banderole rouge et noir sur laquelle se découpe exactement profilée, la casquette de Joseph. Il a 82 ans.

Que représente encore pour vous le 1er mai ?

Une lutte des classes. Cette société, on ne peut pas la f… en l’air comme ce fut le cas en Espagne dans les années 30, alors en attendant la grande révolution sociale de transformation et d’autogestion des besoins par la base, il faut continuer à arracher les acquis.

Le 1er mai, ce n’est pas une fête, c’est l’occasion d’exprimer des revendications et de la solidarité à l’égard des travailleurs du monde entier.

Depuis Marx et Bakounine, la lutte des classes n’aurait-elle pas un peu changé ?

Certes mais les problèmes demeurent. Et ce ne sont pas « les soit-disant centrales syndicales représentatives » qui vont le faire. On ne règle rien en faisant antichambre dans les ministères. Regardez la dernière grève de La Poste, ils se sont fait blouser, y’a pas à tortiller.

D’où vous vient cette passion pour l’anarcho- syndicalisme et l’anarchie ?

J’ai commencé à 13 ans [en 1931 …], quand j’ai fait mon apprentissage pour devenir compagnon. j’étais à la CGTSR, la section française de l’AIT de l’époque.

Mon père était déjà un révolté, et j’ai été influencé par un oncle anarchiste aragonais. C’est comme ça. Depuis, dès que je reçois ma carte d’électeur, je continue à la brûler.

Recueilli par D. VIEU

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Vincent, un homme libre !

Vincent n’est plus. Il était né en 1918 à Lannemezan. Au travail à 14 ans comme apprenti charpentier, ses premières luttes datent de ce temps. Esprit critique très vif, il comprit dès son jeune âge ce que valaient les réformistes et les communistes (qui commençaient à embrigader le mouvement ouvrier). C’est avec un enthousiasme jamais démenti qu’il s’engagea adolescent dans l’anarchosyndicalisme. Depuis lors jusqu’au bout, Vincent fut toujours adhérent d’abord à la CGT-SR (avant-guerre), puis à la CNT-AIT dès la création de celle-ci en 1946. Il nous racontait comment, pendant les manifestations fascistes autour du 6 février 34, avec les compagnons de la CGTSR ils avaient tenu tête dans la rue aux fascistes mais aussi aux gendarmes à cheval, équipés de coupe-jarrets. Une lumière traversait ses yeux quand il parlait des grèves de mai juin 36, dont il avait été un des animateurs dans le bâtiment. Il racontait aussi comment les compagnons du syndicat des coiffeurs s’installaient alors devant la Bourse du Travail, où Vincent participait à la vente du journal, et coiffaient gratuitement les passants, qui pouvaient laisser en échange un don dans la caisse de solidarité avec les grévistes. Et puis aussi bien sur l’enthousiasme au déclenchement de la Révolution espagnole de juillet 36, et ensuite le goût amer de la défaite et le flot de réfugiés que l’on essaie d’aider au maximum malgré des ressources plus que limitées.

Il avait à son actif le lancement de la plus grande grève du bâtiment à Toulouse dans l’après-guerre où les grévistes (essentiellement des compagnons exilés de la CNT d’Espagne) firent céder les patrons les uns après les autres. Toutes les grandes périodes historiques (grèves de 36, guerre d’Algérie, Mai 68, lutte contre le franquisme mais aussi lutte contre le CIP et grèves de décembre 1995) le retrouvèrent dans la rue.

Sa retraite professionnelle ne fut pas une retraite militante. Bien au contraire, jusqu’à ce que la maladie ne lui permette vraiment plus de sortir, Vincent était présent à toutes les assemblées, aux rassemblements et manifestations de la CNT-AIT. Tous ceux qui le connurent n’oublieront pas sa vivacité, sa perspicacité, l’énergie dont il faisait preuve pour propager l’anarchosyndicalisme.

Gravement diminué par la maladie depuis deux ou trois ans, les copains ne l’ont pas laissé tomber et ont maintenu auprès de lui une présence solidaire.

Vincent est mort comme il a vécu : en Homme libre, en anarchosyndicaliste.

D’après un article d’#Anarchosyndicalisme ! n°117 – été 2009 et des souvenirs militants

Joseph Vincent lors d’une manifestation à Toulouse dans les années 1950

Devant une carte électorale géante qui sera brûlée, à 85 ans passés, Vincent, Place du Capitole, harangue le public au mégaphone et appelle à l’abstention.

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