Une économie du don – Notes sur les alternatives à l’économie de marché

Alors que le « don miraculeux » des Grands Patrons du CAC 40 et des multinationales pour la reconstruction du « sacré coeur » a permis en 3 jours de récupérer plus d’un milliards d’euros, il nous a semblé intéressant de republier ce texte de la Solidarity Federation (SF-AI, Section de l’AIT en Grande Bretagne), écrit en 2002, au sujet de l’économie du don comme alternative au marchés capitalistes.

Il va de soit que le don qu’évoquent nos compagnons n’est pas le simulacre des capitalistes qui montrent ostensiblement leur générosité dès lors qu’elle est exonérée à 90%, et qui est payée par les milliards qu’ils ont extorqués que ce soit en plus value sur le dos des travailleurs, en marge nette sur le dos des consommateurs ou en fraude fiscale sur le dos des services publics.

Certains pourront trouver ce texte daté sur certains aspects, approximatif sur d’autres. Certes. Mais il n’a d’autre vocation que susciter un débat entre libertaires sur ce que pourrait être une économie du don. Toutes vos contributions sont les bienvenues !

CNT-AIT Paris
contact@cnt-ait.info

Alors que le « don miraculeux » des Grands Patrons du CAC 40 et des multinationales pour la reconstruction du « sacré coeur » a permis en 3 jours de récupérer plus d’un milliards d’euros, il nous a semblé intéressant de republier ce texte de la Solidarity Federation (SF-AI, Section de l’AIT en Grande Bretagne), écrit en 2002, au sujet de l’économie du don comme alternative au marchés capitalistes.

Il va de soit que le don qu’évoquent nos compagnons n’est pas le simulacre des capitalistes qui montrent ostensiblement leur générosité dès lors qu’elle est exonérée à 90%, et qui est payée par les milliards qu’ils ont extorqués que ce soit  en plus value sur le dos des travailleurs, en marge nette sur le dos des consommateurs ou en fraude fiscale sur le dos des services publics.

Certains pourront trouver ce texte daté sur certains aspects, approximatif sur d’autres. Certes. Mais il n’a d’autre vocation que susciter un débat entre libertaires sur ce que pourrait être une économie du don. Toutes vos contributions sont les bienvenues !
CNT-AIT Paris
contact@cnt-ait.info

Une économie du don – Notes sur les alternatives à l’économie de marché

Il y a beaucoup de choses négatives dans l’économie capitaliste. En tout premier lieu son inégalité, inhumaine et révoltante. Le capitalisme est mû par l’exploitation. Sous la garantie de l’état, il gaspille et conduit à une perpétuelle surproduction dans certaines régions du monde alors que dans d’autres il organise la pénurie ou la famine. Pour masquer ces réalités, il évoque des « lois économiques ». Ces lois ne reposent sur rien. Ce sont des mythes. A l’inverse, beaucoup de choses qu’il raille dans d’autres formes possibles d’économie paraissent, à l’analyse parfaitement réaliste. Essayons d’en poser quelques grands principes.

MYTHE N° 1 : Nous ne travaillerions pas s’il n’y avait pas d’argent.


C’est le premier grand mythe pour justifier l’oppression capitaliste. Et il ne résiste pas à la confrontation avec les faits : En Grande-Bretagne , 60% du travail n’est pas rémunéré [1]. Il est effectué volontairement, bénévolement, par des parents ou des personnes concernées, des voisins ou autres personnes « généreuses ». Autrement dit, une grande partie de notre société est déjà organisée autour de l’économie de don. La seule raison pour laquelle elle ne l’est pas entièrement réside dans le fait qu’un petit nombre de personnes peuvent accroître leur capital par l’esclavage salarié des autres. El la seule raison pour laquelle nous ne sommes pas plus nombreux à être « généreux » et que nous sommes obligés de travailler comme des brutes pour joindre les deux bouts, dans une société où on nous apprend à être égoïstes, mesquins et peu fiables. La nature humaine est partageuse. La société est issue de la coopération. Notre espèce a survécu parce que nous nous sommes rassemblés. Et c’est bien grâce à la force de notre instinct de don que notre société est encore assez coopérative, malgré les efforts du capitalisme pour transformer toutes les relations humaines en relations commerciales.

MYTHE N° 2 : Si tout était gratuit, nous viderions les magasins.


Dans une certaine mesure, l’éducation et la santé (deux biens fondamentaux) , parfois les transports, sont déjà gratuits depuis longtemps (malgré les efforts acharnés du capitalisme), ainsi que de nombreux autres services, marchandises, etc. Or, en général, les gens ne prennent pas ce dont ils n’ont pas besoin. C’est lorsqu’il y a pénurie que les gens peuvent se conduire égoïstement. Dans une société basée sur le don, il n’y aura pas de pénurie (si vous voulez savoir pourquoi prenez la peine de terminer cet article). Aujourd’hui, un des gros problèmes créés par l’argent c’est qu’on peut le cacher. Donc, personne ne sait ce que possèdent les autres, et ceci crée un problème de méfiance et développe l’égoïsme. Si l’argent et les possibilités d’accumulation disparaissent, c’est à l’inverse le sens de la coopération qui est développé. Débarrassons-nous des actions, de l’accumulation du capital, des primes, et chacun de nous saura où il en est.

MYTHE N° 3 : Le capitalisme est bien organisé : La demande dirige la production. « Le client est roi ».


En tant que consommateurs, nous sommes censés diriger l’économie en « exigeant » en quelque sorte les produits que nous voulons. Ensuite, nous les fournissons en tant que travailleurs-producteurs. Entre parenthèses, un sous-mythe veut que l’économie soit composée de consommateurs et de producteurs. En fait, nous sommes les deux en même temps et les deux groupes économiques vraiment distincts sont les masses populaires d’une part et les quelques décideurs / patrons qui en tirent profit de l’autre.

Dans les faits, les patrons planifient la production pour faire des profits et seulement des profits, pas pour satisfaire les besoins des gens. Ils provoquent la demande par le marketing, les techniques publicitaires, … La production est hautement planifiée. Ils ne pourraient pas se permettre d’installer une chaîne de montage moderne, de mettre des marchandises sur le marché pour découvrir que personne n’en veut. Donc, ils planifient la production après avoir créé la demande.

MYTHE N° 4 : L’argent fait le bonheur.


L’argent fait le bonheur, puisqu’il concentre les ressources et la richesse dans peu de mains. Si le capitalisme était conçu pour satisfaire les besoins ou créer du bonheur, alors, ceux qui planifient la production choisiraient de produire pour ceux dont les besoins de base ne sont pas satisfaits. Au lieu de quoi, le système centré sur le profit s’assure qu’il ne fabrique des marchandises que pour ceux qui peuvent les payer et dont les besoins de base sont déjà satisfaits. Hormis le fait que ces riches sont dévorés de culpabilité (ou devraient l’être), il est évident qu’un enfant de cinq ans peut comprendre qu’un système basé sur le profit, et non sur les besoins n’est pas une économie juste.

Après avoir vu quelques-uns des grands mythes qui soutiennent le capitalisme, il est possible d’envisager, dans les grandes lignes, les principes sur lesquels pourrait reposer une économie du don.

PRINCIPE N° 1 : Économie fédérale


Les communautés locales et les fédérations de communautés seront autonomes en ce qui concerne les formes d’échange utilisées, dans le cadre d’autres principes de base de l’anarcho-syndicalisme que nous allons évoquer. Il n’y aura pas d’Etat.

PRINCIPE N° 2 : Éviter les écueils du Capitalisme


Il n’existera ni mécanisme de profit, ni possibilité de concentration du capital et de la richesse. En d’autres termes, personne ne possédera ou n’emploiera d’autres personnes. Toutes les marchandises et les services seront fournis selon les besoins, et les gros tas d’argent et de monnaie deviendront des gros tas de métal et de papier, sans aucune utilité.

PRINCIPE N° 3 : La démocratie


Ici encore, il faut déjouer les mythes et les utilisations frauduleuses du mot. La démocratie signifie que toutes les organisations et les communautés doivent être dirigées collectivement et contrôlées grâce à la démocratie directe. En démocratie directe, on commence par des assemblées générales. Au travail, tout le monde y est invité et participe également. Au niveau de la rue, du village ou du quartier, c’est la même chose. Quand les entreprises ont besoin de communiquer, par exemple pour planifier leur production, pour l’utilisation des ressources… ou quand les communautés ont besoin de coordination, chaque assemblée générale peut désigner des délégués, des personnes mandatées et révocables à tout moment. En d’autres termes, les délégués ne doivent agir que dans le cadre précis défini par l’assemblée générale et cette dernière peut toujours les révoquer.

PRINCIPE N° 4 : Remettre la propriété à sa place.


La possession d’un bien signifie le droit d’en priver les autres et d’en tirer profit (puisque, même si vous n’en avez pas besoin, vous continuerez à en exiger le loyer, les intérêts… auprès de ceux qui en ont besoin). Au risque de dénaturer la rhétorique, pourquoi une économie du don ferait-elle cela ? Bien sûr, nous aurons tous droit à notre propre espace vital, possessions personnelles et quotidiennes, etc. Les maisons communautaires conviendront à certains, mais d’autres préféreront un logement individuel. Et pourquoi pas ?

PRINCIPE N° 5 : L’autre face de la propriété : Le travail


Tout travail sera volontaire et gratuit. Au même titre que l’économie du don ne peut pas moralement se permettre l’exploitation basée sur la propriété, elle ne peut pas se permettre d’exploiter les gens (comme c’est le cas dans le travail salarié). Et si les gens refusaient de travailler ? Alors, c’est certainement dû au fait qu’ils auraient un motif de plainte par rapport à leurs conditions de travail. C’est une question de motivation. À condition que ces problèmes de conditions de travail puissent se résoudre sur le lieu de travail, les gens travailleront. Même le travail peu gratifiant – ces tâches nécessaires à la vie en société que personne ne veut effectuer – se fait déjà sans rémunération et quotidiennement comme nous venons de le démontrer. Si personne n’a organisé le nettoyage des égouts, la communauté organisera des rotations entre tous, etc. Il n’y a pas besoin de sortir de Polytechnique.

PRINCIPE N° 6 : La planification fédéralisée


Savoir ce qui plaît aux gens, ce dont ils ont besoin aidera les travailleurs à s’organiser pour fabriquer des objets de meilleure qualité et en quantité raisonnable. Il y a de multiples techniques pour recueillir cette information (questionnaires …). Entreront également en compte les estimations de ressources, de main d’œuvre et les critères écologiques pour la recherche et la mise sur pied de nouveaux systèmes de production et de nouveaux produits, pour améliorer l’efficacité ainsi que la durabilité et la qualité des produits.

Ceci est à l’opposé de la planification centralisée en Union Soviétique où tout était régi par le comité central de Moscou et où tout le monde devait exécuter les ordres. Remarquons qu’outre les problèmes d’évaluation de la demande et la mauvaise gestion, l’Union soviétique s’est écroulée à cause des priorités imbéciles de l’état qui ignorait les besoins de base : le pays possédait un arsenal nucléaire, mais pas de nourriture.

EN GUISE DE CONCLUSION


A partir des principes, la forme de base de notre économie de don est assez lisible. Une grande partie de notre économie sera plus efficace à l’échelon local (planification locale pour une production et une consommation locales). La planification régionale ou globale sera réservée aux modes de production plus complexes dans des unités de production plus importantes, pour résoudre les problèmes de taille des unités de production, d’utilisation rationnelle des ressources et de localisation. L’intégration inter-régionale pourrait se faire sur base de don, de troc ou d’échange. Au niveau du fonctionnement, l’économie du don sera aussi simple que possible. Pourquoi trimbaler des laitues d’un bout du monde à l’autre en modifiant le climat et en augmentant les prix ? Le véritable choix c’est d’avoir une connaissance totale des produits proposés, de leur utilité, de leur durabilité, de leur qualité etc. Actuellement, on a le choix entre « pas cher, mais sans intérêt » ou « d’assez bonne qualités, mais trop cher pour moi ». Nous pouvons d’entrée éliminer le premier choix. Quand on peut choisir entre une centaine d’ordinateurs différents, combien de gens savent réellement lequel est le meilleur ? Seuls les producteurs le savent. Alors, pourquoi ne pas produire seulement les meilleurs ?

A petite échelle, locale si possible, selon les besoins et non pas pour le profit, l’un dans l’autre, l’économie de don sera aussi efficace que saine. Elle sera gérée localement par la démocratie directe, dans une logique éthique et sera très différente selon les communautés et les régions, dans les limites des principes de base. Le secret est dans ses origines. Commençons par le principe de bas de la solidarité au lieu de l’accumulation maniaque des richesses et de la puissance.

Le mot de la fin est qu’il n’y a pas de point final pour l’économie de don. Ce n’est pas une sorte d’utopie lointaine, statique, étatiquement stable et ennuyeuse. Il faudra s’en occuper sans cesse, discerner les nouveaux besoins, les nouveaux problèmes et les nouvelles opportunités ; elle ne fonctionnera jamais parfaitement. Mais soyons honnête, tout ce qui ressemble peu ou prou à l’économie de don est forcément meilleur que nos rapports de force quotidiens, les morts, les guerres, la spirale de destruction mondiale agencée par le capitalisme et l’état.

En tout cas, le débat est ouvert. A vos plumes.


D’après un article paru en 2002 dans DIRECT ACTION, journal de Solidarity Federation, SF-AIT (Section en Grande-Bretagne de l’AIT) Traduction : CNT-AIT Paris Adaptation : Rédaction d’Anarchosyndicalisme

[1] Le travail tel qu’on le définit ici comprend toutes les activités qui permettent de satisfaire des besoins (préparer les repas, laver le linge, transporter les courses, …)

ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE

Par définition une société anarchiste ne peut reposer sur la violence. Or, pour parvenir à une telle société, il y a un préalable (abolir le pouvoir) et une grande question : comment se fera l’abolition de ce pouvoir ? Avec ou sans violence ? Avec violence ? Mais, dans ce cas, l’utilisation de la violence révolutionnaire, une fois le pouvoir détruit, aura-t-elle pour conséquence de rendre impossible l’édification d’une société sans rapports de domination ? C’est là une des questions auxquelles les militants anarchistes doivent s’efforcer de répondre. Cet article est une contribution à cet indispensable débat.

Entre violence et non-violence

Par définition une société anarchiste ne peut reposer sur la violence. Or, pour parvenir à une telle société, il y a un préalable (abolir le pouvoir) et une grande question : comment se fera l’abolition de ce pouvoir ? Avec ou sans violence ? Avec violence ? Mais, dans ce cas, l’utilisation de la violence révolutionnaire, une fois le pouvoir détruit, aura-t-elle pour conséquence de rendre impossible l’édification d’une société sans rapports de domination ? C’est là une des questions auxquelles les militants anarchistes doivent s’efforcer de répondre. Cet article est une contribution à cet indispensable débat.

DE LA DYNAMIQUE REVOLUTIONNAIRE

C’est un lieu commun que de prôner une sorte de non-violence politiquement correcte, en imputant à l’utilisation de la violence les échecs des différentes luttes révolutionnaires. Ainsi peut-on lire : « Nous pouvons dire en toute sûreté que plus la violence est employée dans la lutte de classe révolutionnaire, moins cette dernière a de chance d’arriver à un succès réel » (1). A l’appui de ces affirmations sont évoqués, de manière très furtive et au choix, la Terreur (2), la guerre civile ou la lutte armée voire le terrorisme. Et loin d’approfondir les leçons du passé, on s’enfonce de plus en plus dans des raccourcis faciles, imprégnés d’imagerie scolaire : « Il est criminel de croire ou de laisser croire, que couper quelques têtes et se baigner dans des fleuves de sang d’une guerre civile libératrice annoncée, fera avancer en quoi que ce soit le schmilblik de la rupture avec le capitalisme et celui de l’édification d’une société libertaire » (3). Ces simplifications sont très utiles depuis deux cents ans à tous les réactionnaires qui utilisent la confusion entre la violence de masse et les épisodes de la Terreur. De là l’exclamation du député Front national Romain-Marie, à la tribune du parlement européen, à l’occasion du bicentenaire de la révolution française : « Le 14 Juillet 1789 a été le début du temps des assassins  » (4).

Pour les anarchistes, il est au contraire fondamental de repérer dans l’histoire ces moments de rupture -qu’ils se situent en 1789, 1917 ou 1936- pendant lesquels la population quitte son rôle passif pour passer à l’action. C’est ce que fait par exemple Kropotkine qui, dans son ouvrage « La Grande Révolution », s’attache à montrer l’importance de l’action directe des masses dans la dynamique des événements révolutionnaires. En effet, si la Révolution de 1789 fut une révolution bourgeoise, la bourgeoisie par elle même n’aurait pu détruire la monarchie. Dans cet affrontement avec le pouvoir, comme c’est le cas plus généralement, ce n’est pas le degré de non-violence qui a déterminé le succès, mais très logiquement, le rapport de force qui a permis une dynamique offensive, protéiforme et décentralisée.

Dans cet exemple comme dans d’autres, la destruction d’éléments symboliques du pouvoir a joué un rôle déterminant parce qu’elle a permis de libérer de nouvelles formes d’organisation sociale, fonction de l’imaginaire collectif et du niveau de conscience des individus. Entre parenthèses, que la prise d’une forteresse ou la chute d’un mur puissent signer la fin de la monarchie ou du national-communisme nous autorise à dire que le pouvoir le plus féroce contient aussi sa part de fragile subjectivité. Pour revenir à notre sujet, observons que, même lorsque le niveau de conscience est insuffisant on peut assister à des épisodes de révolte massive, certes inabouties, mais qui peuvent tout de même nous éclairer sur la dynamique de masse.

A l’inverse, les épisodes de réaction se caractérisent par le retrait de la scène historique des masses populaires, qui laissent ainsi la place à des fractions politiques. Ces dernières mettent un terme à toute destruction du pouvoir pour, au contraire le reconstruire, le défendre et le conquérir. Le résultat est un mouvement centralisateur, étatique et militariste. Une lecture plus fine de l’histoire montre que ce sont ces mouvements de réaction, et non l’action révolutionnaire, qui produisent la Terreur comme la guerre. Les événements les plus sanglants sont le produit du reflux révolutionnaire (par exemple, la Bataille de l’Ebre, en 1938) et non les causes de son insuccès.

NON-VIOLENCE ET POLITIQUE

La violence révolutionnaire n’est donc autre chose que la quantité d’énergie nécessaire à produire une rupture historique. Mais le discours dominant nous habitue à un concept de violence aussi polyvalent que creux. Ainsi, si l’on en croit les médias, il y aurait des « violences » à l’école tout comme il y a des « violences » en Irak ou en Syrie. Inversement, le terme de violence est absent du discours journalistique et politique relatif au rallye automobile Paris-Dakar, quelque soit le nombre de fillettes écrasées par les camions. Le flou est total et cette confusion conceptuelle, loin d’être due au hasard, découle de la volonté des politiciens de tracer une frontière entre ce que le système permet et ce qu’il ne permet pas. Est dès lors réputée violente toute action qui ne rentre pas dans le moule de la protestation « citoyenne », du syndicalisme intégré, ou des autres formes de contestation politiquement correctes. Globalement, le qualificatif « violent » est essentiellement une étiquette qui permet de stigmatiser l’adversaire. Par ce tour de passe-passe, il n’y a de violence que chez ceux qui contestent le système, tandis que les oppresseurs, qu’ils bombardent une cité, affament la moitié d’un continent, éborgnent en manifestation ou torturent dans les commissariats et les camps, sont toujours les gardiens du droit et de la justice et finalement de véritables non-violents auxquels rien -si ce n’est une regrettable bavure de temps en temps- ne saurait être reproché.

Les révolutionnaires qui se prennent à singer cette rhétorique nous font assister à un étonnant spectacle et donnent l’impression de chercher à s’excuser de vouloir renverser l’ordre établi. Coincés dans leur contradiction -puisque la violence révolutionnaire ne peut trouver sa place dans le cadre juridique de la bourgeoisie- ils finissent par élaborer une espèce de théorie de la légitime défense qui justifierait, quand on en aurait besoin, la fin de la non-violence : « Nous devons nous défendre et la violence peut nous être imposée » (5). Cette banalité, puisée dans les idées reçues, est source de bien des piéges.

La révolution libertaire ne peut triompher que par la participation des masses. C’est cette participation, qui détermine le rapport de force. Plus celui-ci est élevé et plus la violence est limitée. C’est donc quand ce rapport de force est élevé (et non en état de « légitime défense » ou pire, lorsque la violence est imposée par une provocation) que les masses peuvent détruire la légitimité qui permet les conditions de leur exploitation et de leur domination. Ceux qui prônent la non-violence à ce moment là, (quand tout est possible et que la violence peut être très limitée), pour ensuite réfuter la non-violence en période de reflux (par le recours à la « légitime défense »), prouvent deux choses : qu’ils utilisent la non-violence comme concept tactique (et non comme un postulat philosophique qui mériterait d’être discuté autrement) et qu’ils l’utilisent mal. En effet ils sont à rebours de toute la dynamique révolutionnaire, car ils raisonnent en dehors des masses, comme si le mouvement anarchiste devait être coupé d’elles. Certains en arrivent à tant les mépriser, à force de confusion historique et légaliste, qu’ils peuvent tenir des propos, tels que « Les pauvres par eux-mêmes ne peuvent que foutre le bordel » (6), qui constituent la négation même des capacités d’auto-organisation des masses. Ce qui revient à nier la base de la philosophie libertaire.

VIOLENCE ET POUVOIR

A priori, une question est tranchée : On ne saurait penser le pouvoir sans violence. Réciproquement, il faudrait éviter toute forme de violence pour ne pas reproduire les mêmes rapports de domination entre individus. Mais dire cela ne suffit pas à expliquer comment détruire le pouvoir en place. On peut toujours, comme le font certains réformistes et même des radicaux appeler à un non-pouvoir, un contre-pouvoir ou un pouvoir parallèle !! Ce faisant, après avoir reconnu le pouvoir comme violent, ce type de stratégie conduit à se mettre à sa merci et a n’exister que tant que le pouvoir le veut bien. Autrement dit, le fait de réfuter toute forme de violence pour éviter de reproduire le pouvoir est une invitation à subir éternellement la violence de l’État.

Cette façon de tourner en rond provient d’une incapacité à concevoir la société autrement que telle qu’elle existe à ce jour. La question doit donc être posée autrement : Est-ce qu’une société viable, non impuissante, c’est-à-dire capable d’organiser les rapports inter-individuels, ne peut, pour fonctionner, que reproduire éternellement les mêmes rapports de domination ? C’est dans les capacités de l’humain à modifier radicalement les rapports que nous vivons actuellement, à penser d’autres formes de société, dans lesquelles le pouvoir appartienne à l’ensemble de la collectivité, et non à une classe, ne s’impose à personne en permettant à tous de s’impliquer que réside la réponse. Cette capacité collective, l’humanité la possède, comme de nombreux faits le prouvent, que ce soit l’existence fort ancienne de sociétés sans État ou les pratiques contemporaines des collectivités et assemblées (soviets, conseils ouvriers, collectivités espagnoles de 1936..). Les anarchistes doivent, à mon avis, tout mettre en œuvre pour faciliter, dans les moments de rupture historique qui se produiront, ce basculement, sous peine de voir se reconstituer, une fois de plus, l’État (7). Car c’est effectivement l’incapacité à produire ce basculement, à abolir les divisions sociales qui, laissant le champ libre à la réaction, est la cause de la reproduction du pouvoir ; et pas, comme on voudrait nous le faire croire, la violence révolutionnaire des masses.

O.

A lire sur le sujet : « La grande révolution » de Pierre Kropotkine ; « La société contre l’État » de Pierre Clastres.

Pour approfondir sur anarchisme et non violence : http://anarchismenonviolence2.org/


(1) « A propos de la lutte armée » Jipé (CNT-AIT Pau), C.S. rédaction de Montpellier, n°196.

(2) De la chute des Girondins à celle de Robespierre

(3) « Unité pour un mouve-ment libertaire, brochure, J.M Raynaud (Editions Publico);2002.

(4) Bernard Marie [leader de la tendance catholique intégriste du RN] a des trous de mémoire : le temps des assassins a commencé bien avant. Avec la très catholique Inquisition par exemple…

(5) « A propos de la lutte armée » Jipé (CNT-AIT Pau) C.S., rédaction de Montpellier, n°196.

(6) « Qu’est-ce que le prolétariat ? », Cercle Berneri, A Contre Courant, N°67, Sept 95.

(7) Alexandre Berkmann écrivait à juste titre : « La tragédie des anarchistes au milieu de la révolution, c’est qu’ils sont incapables de trouver et leur place et leur activité « 

TOULOUSE : APRES LA TUERIE

Pour la deuxième fois en une décennie, Toulouse est confrontée a une catastrophe sociétale, explosion de l’usine AZF en 2001, crime antisémite du 19 mars 2012. La population de la ville est atterrée, comme nous le sommes, comme nous l’avons été après le drame d’AZF . Comme en septembre 2001 nous nous sommes réunis en tant qu’êtres humains et en tant que militants anarchosyndicalistes, à la fois pour exprimer notre ressenti face a cette horreur injustifiable et aussi pour dénoncer les conditions qui l’ont rendu possible.

Ces conditions nous les connaissons depuis longtemps :

– marginalisation des plus pauvres 

-oppression et exploitation des travailleurs 

-injustices et bavures policières contre leurs enfants ….. 

En n’offrant pas aux individus les moyens de leurs réalisation cette société les pousse au désespoir, au repli identitaire, aux communautarismes sous ses formes. Tout ceci ne peut que faire le lit de toutes sortes de fascismes , fascismes religieux , fascisme politique . Ce processus de divisions communautaires a été encouragé par les pouvoirs politiques, français et européens, qui ne manqueront pas d’exploiter cette tragédie à leur seul et unique profit. 

Pour notre part nous appelons a lutter contre ces causes profondes de la barbarie. 

« Notre patrie c’est le monde, notre famille l’humanité ! « 

CNT- AIT TOULOUSE le 21 Mars 2011

http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/viewtopic.php?f=25&t=6757

Contre la folie (Le 11 septembre 2001 vu par les anarchistes américains du WSA)

Déclaration de l’Alliance de solidarité des travailleurs (Workers Solidarity Alliance) des Etats Unis sur le terrorisme et la guerre

Il est tragique que, dans un monde à moitié fou et totalement chaotique, l’émotion semble avoir submergé la raison. Le côté bon, intelligent et humain des femmes et des hommes a été noyé dans une mer de mensonges, d’ignorance et de cruauté, et beaucoup de ceux qui recherchent la liberté et le bien-être pour toute l’humanité deviennent découragés et inquiets. Pourtant, l’espoir reste vivant tant que nous pouvons nous arrêter, réfléchir, nous poser des questions difficiles et ne pas accepter pas les alternatives actuelles comme étant les seules possibles.

L’Alliance de solidarité des travailleurs (WSA) condamne l’attaque de la World Trade Tower le 11 septembre 2001. La WSA a toujours condamné les attaques contre des innocents et des travailleurs. Les milliers de travailleurs qui ont été tués ici aux États-Unis – employés de bureau, travailleurs des compagnies aériennes, travailleurs de la construction et de la restauration, secouristes – sont morts dans un horrible acte de terreur. Les immigrants, les communautés de couleur, tout le réseau diversifié mais interdépendant qui compose la classe ouvrière américaine a été attaqué.

Il existe des problèmes réels et urgents pour de nombreuses personnes dans le monde aujourd’hui, en particulier dans ce que l’on appelle généralement le Moyen-Orient. Beaucoup vivent dans le désespoir, la pauvreté et ne voient aucun espoir d’une vie meilleure. Mais ceux qui ont été tués dans cet acte insensé n’étaient pas les personnes responsables des politiques ou des actions qui ont causé cela, et leur mort ne changera rien.

Maintenant, les tambours de guerre battent fort, le drapeau est agité partout, et les émotions de ceux qui pleurent sont submergées dans un appel à « l’unité nationale ». Pourtant, nous sommes d’avis que c’est précisément ce qui nous a mis dans ce gâchis, et cela ne résoudra pas les problèmes, mais ne fera qu’empirer les choses. Le nationalisme, le patriotisme, le militarisme, l’idée que d’une manière ou d’une autre les riches et les pauvres peuvent être enveloppés sous le même drapeau et avoir ainsi les mêmes intérêts a conduit à une tragédie indicibles à travers l’histoire. Ce ne sont pas les corps des riches et des puissants qui seront sacrifiés sur les champs de bataille. Pourtant, l’État et les patrons (dont il sert les intérêts) appelleront les travailleurs, comme les États et les patrons l’ont fait tout au long de l’histoire, à oublier profondément leurs intérêts au nom de « l’unité nationale ».

Ce qui s’est passé le 11 septembre n’est pas non plus la responsabilité des innombrables innocents et travailleurs d’autres pays qui pourraient être massacrés alors que les États-Unis et leurs alliés lâchent leurs machines de guerre. Le peuple afghan souffre horriblement sous le régime des Taliban, tout comme les autres peuples de la région vivent sous la coupe de régimes brutaux et oppressifs. Les tuer ne résout rien, pas plus que l’usage de la terreur ne fait quoi que ce soit pour améliorer leur vie.

Il faut se rappeler que le gouvernement américain a versé de l’argent aux mêmes organisations qu’il est maintenant prêt à traquer, et qu’il a manipulé ces groupes dans un jeu de pouvoir sans fin dans cette région. Ce n’est pas nouveau, car le gouvernement des États-Unis, comme tous les autres gouvernements, est un défenseur du terrorisme depuis sa création. Le fil commence avec le massacre des Amérindiens et le travail esclave des Africains, jusqu’à la répression et le meurtre des travailleurs qui ont combattu leurs patrons et les récentes «interventions» dans lesquelles l’État américain s’est engagé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les dirigeants américains ne sont pas seuls dans ce comportement dangereux. Les classes dirigeantes, les fanatiques religieux et les États ont été et seront aussi longtemps qu’ils seront autorisés à exister, des terroristes par définition. C’est pourquoi, en tant que travailleurs et partisans d’un changement social radical, nous ne pouvons pas faire confiance ou préconiser la guerre comme solution aux attaques insensées à New York et ailleurs. Tout comme la Première Guerre mondiale n’a pas rendu le monde sûr pour la démocratie, tout comme la Seconde Guerre mondiale n’a pas extirpé le fascisme de la face de la planète, cette nouvelle guerre qui nous attend ne mettra pas fin au terrorisme. Au lieu de cela, nos fils et nos filles nous seront volés, notre force de travail gaspillée en jouets meurtriers, et le monde ne sera pas un meilleur endroit pour autant.

Ceux qui peuvent mettre fin à la terreur et à la guerre sont ceux qui sont forcés d’y mourir et de produire pour elle, en un mot la classe ouvrière, à la fois ici aux États-Unis et dans les pays «ennemis». Même au milieu de la folie, nous entendons des voix appelant à un nouveau mouvement pour la paix. S’appuyant sur les récentes mobilisations contre le contrôle par les entreprises, les militants soucieux de bloquer de nouvelles destructions doivent tendre la main et, plus important encore, écouter les travailleurs. Les travailleurs désireux de se battre pour une société sans patrons ne doivent pas être la proie du chauvinisme actuel et des tambours de guerre. La vraie guerre pour nous doit être une guerre de classe, pas un conflit militaire. Alors que les sacs mortuaires commencent à s’accumuler, il est également temps pour les travailleurs et les antimilitaristes de se parler, de travailler ensemble dans un effort pour mettre fin à la course folle vers une possible destruction du monde.

En tant que travailleurs et militants pour la paix, nous devons continuer à tisser des liens au-delà des frontières et coopérer avec, non pas comme certains le préconiseront, les agents des élites locales et des États potentiels, mais ceux qui luttent pour se libérer de la peur, de la violence et de l’oppression. En travaillant en coopération, en résistant en coopération, la classe ouvrière peut et mettra fin au cycle de violence et d’oppression.

Pour la liberté, pour la paix, pour la révolution Alliance de solidarité des travailleurs

Workers Solidarity Alliance, 13 septembre 2001, New-York

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Against the Madness

Workers Solidarity Alliance Statement on terrorism and war

It is tragic that, in a world half-mad and wholly chaotic, emotion seems to have overwhelmed reason. The good, the intelligent and the humane side of women and men has been drowned in a sea of lies, ignorance and cruelty, and many of those who seek freedom and well being for all humanity grow discouraged and apprehensive. Yet hope remains alive as long as we can stop, reflect and ask ourselves hard questions and do not accept the current alternatives as being the only ones available.

The Workers Solidarity Alliance (WSA) condemns the World Trade Tower attack on September 11, 2001. The WSA has always condemned attacks on innocents and workers. The thousands of working people who were killed here in the USA, –clerical workers, airline workers, construction and restaurant workers, rescue workers — died in a horrible act of terror. Immigrants, communities of color, the entire diverse yet interdependent web that makes up the American working class was attacked.

There are real and pressing problems for many people in the world today, particularly in what is generally called the Middle East. Many live in despair, poverty, and see no hope at all for a better life. But those who were killed in this insane act were not the people responsible for the policies or actions that caused this, nor will their deaths change it.

Now the war drums beat loudly, and the flag is waved everywhere, and the emotions of those who grieve are submerged into a call for « national unity ». Yet it is our view that this is the very thing that got us into this mess, and it will not solve the problems, but simply make it worse. Nationalism, patriotism, militarism, the idea that somehow both the rich and poor can be wrapped in the same flag and thus have the same interests has led to untold tragedy throughout history. It is not the bodies of the rich and powerful who will be sacrificed on the battlefields. Yet the State and the bosses whose interests it serves will call, as States and bosses have throughout history, for workers to submerge their interests in the name of « national unity »

Nor is it the responsibility for what happened on September 11 of the untold innocents and workers in other lands that may be slaughtered as the US and its allies unleash their war machines. The people of Afghanistan suffer horribly under the rule of the Taliban, as do the other peoples of the region live under the thumb of brutal and oppressive regimes. To kill them solves nothing, any more than the use of terror here does anything to make their lives better.

It must be remembered that the US government has poured money into the very organizations it is now ready to hunt down, and manipulated these groups in an endless game of power in that region. This is nothing new, for the government of the United States, like all other governments, has been an exponent of terrorism since its inception. The thread starts with the massacre of Native Americans and kidnapped labor of Africans, to he repression and killing of working people who fought their bosses and the recent « interventions » that the American state has engaged in since the end of World War Two.

The American rulers are not alone in this dangerous behavior. Ruling classes, religious fanatics and States have been and will be as long as they are allowed to exist, terrorists by definition. This is why, as workers and advocates of radical social change, we cannot trust or advocate warfare as a solution to the senseless attacks on New York and elsewhere. Just as World War I did not make the world safe for democracy, just as World War II did not root out fascism from the face of the planet, this new war that faces us will not end terrorism. Instead, our sons and daughters will be stolen from us, our labor power wasted on murderous toys, and the world will not be a better place for it.

Those who can end terror and war are those who are forced to die in it and produce it, the working class, both here in the U.S. and in the « enemy » countries. Even in the midst of the madness we hear some voices calling for a new peace movement. Building on the recent mobilizations against corporate control, activists serious about blocking further destruction must reach out to, and more importantly, listen to working people. Workers serious about fighting for a society without bosses must not fall prey to the current jingoism and war drumming. The real war for us must be class war, not military conflict. As body bags begin to pile up, it is also time for workers and anti-militarists to talk with each other, work together in an effort to end the mad rush to possible world destruction.

As workers and peace activists, we must continue to build links across borders and cooperate with, not as some will advocate, agents of local elites and would-be States, but those fighting for liberation from fear, violence and oppression. Working cooperatively, resisting cooperatively, the working class can and will end the cycle of violence and oppression.

For Liberty, For Peace, For Revolution

Workers Solidarity Alliance

DIEUX ET DOLLARS (11 SEPTEMBRE 2001)

11 SEPTEMBRE 2001

Armés de dieux et de dollars, bouffis d’arrogance pour les uns, rongés d’ambition pour les autres, deux clans mégalomanes s’affrontent à grandes brassées d’humains anonymes.

Les uns tuent au quotidien à grands coups de raids aériens, de pillages organisés de la planète, de blocus assassins : 300.000 morts dans l’ex- Yougoslavie sous les bombes de l’OTAN, 200.000 morts par manque de médicaments en Irak, 30 millions de morts du VIH parce que les firmes pharmaceutiques américaines ne veulent rien lâcher de leurs droits commerciaux et de leurs brevets, 40.000 enfants qui meurent chaque jour de faim ou de maladie. C’est un appel à la haine, une invitation à la barbarie.

11 SEPTEMBRE 2001

Armés de dieux et de dollars, bouffis d’arrogance pour les uns, rongés d’ambition pour les autres, deux clans mégalomanes s’affrontent à grandes brassées d’humains anonymes.

Les uns tuent au quotidien à grands coups de raids aériens, de pillages organisés de la planète, de blocus assassins : 300.000 morts dans l’ex- Yougoslavie sous les bombes de l’OTAN, 200.000 morts par manque de médicaments en Irak, 30 millions de morts du VIH parce que les firmes pharmaceutiques américaines ne veulent rien lâcher de leurs droits commerciaux et de leurs brevets, 40.000 enfants qui meurent chaque jour de faim ou de maladie. C’est un appel à la haine, une invitation à la barbarie.

Les autres, roitelets en pétrodollars ou dictateurs sans empire, s’abreuvent de la désespérance des opprimés, de leur misère, de leur souffrance, et se fabriquent des troupes assassines en promettant l’éternel mirage d’un paradis peuplé de morts.

Capitalisme ou religion, ce sont les deux faces d’une même domination, par l’exploitation, la soumission et la terreur. Les milliers de morts américains répondent aux millions de morts de la planète pour de fausses histoires de dieux et de vraies histoires de dollars.

Le carnage du 11 septembre vient nous rappeler qu’aucune technologie guerrière ou mortifère ne peut rivaliser avec le désespoir. Aucune puissance, fut-elle moderne et policée, ne peut nier la vie des hommes sans mourir à son tour.

Les chantres du monde marchand ont oublié que l’être humain, qu’ils l’affament ou qu’ils le gavent, qu’ils l’achètent ou qu’ils le vendent, ne peut vivre sans dignité et sans espérance.

CNT / AIT – Association Internationale des Travailleurs.

jeudi 13 septembre 2001

Article en Esperanto : http://cnt-ait.info/2001/09/11/dio-kaj-dolaro-la-11-an-septembro-2001/

Article en allemand : http://cnt-ait.info/2001/09/11/gott-und-dollars-11-september-2001/