RAPPORT DE LA POLICE DE VICHY SUITE A L’ARRESTATION D’ARRU

Dans son rapport en date du 7 août 1943, adressé à M. le Commissaire divisionnaire, chef du Service Régional de Police de Sûreté, le Commissaire de Police de Sûreté MATTEI Robert de la Section des Affaires politiques précise au sujet de la découverte de tracts anarcho-syndicalistes et de faux cachets au domicile du nommé ARRU André

Dans son rapport en date du 7 août 1943, adressé à M. le Commissaire divisionnaire, chef du Service Régional de Police de Sûreté, le Commissaire de Police de Sûreté MATTEI Robert de la Section des Affaires politiques précise au sujet de la découverte de tracts anarcho-syndicalistes et de faux cachets au domicile du nommé ARRU André

j’ai l’honneur de vous rendre compte des résultats de l’enquête que j’ai effectuée conformément à vos instructions et après avoir acquis l’assurance par Mr L’INTENDANT REGIONAL DE POLICE, qu’en aucun moment les autorités allemandes n’exigeraient que les individus compromis dans cette affaire ne leur soient livrés.

Puis on lit dans ce même rapport au sujet d’André ARRU et d’Etienne CHAUVET :

ARRU, que l’on doit considérer comme un « illuminé » possédant une instruction secondaire assez poussée n’a fait aucune déclaration intéressante ; volubile et verbeux pour les faits sans importance, il s’est renfermé dans le mutisme le plus absolu, toutes les fois qu’il a été nécessaire de lui faire donner des détails précis, et pour reprendre sa propre expression rien n’aurait pu le faire sortir de sa réserve « quels que soient les moyens qui auraient pu être employés ». …

ARRU est cependant dangereux « théoriquement » ; ce n’est pas en effet un individu qui se signalera par des actes de terrorisme bruyants et sans effet, mais il est dangereux en raison de son intelligence et de son activité.

Le nombre imposant et la qualité des documents découverte chez lui montrent de façon très nette et ce, malgré ses dénégations, qu’il était à la veille d’une distribution intensive de tracts et de brochures extrémistes.

Son employé, le nommé CHAUVET, est à l’échelle inférieure l’image exacte de son « chef ». Intelligent, mais dans l’impossibilité de raisonner logiquement, intoxiqué par ses lectures subversives, CHAUVET a reconnu que son activité politique devait le conduire prochainement à diffuser les documents qui étaient entreposés chez ARRU

Les époux Grindlinger [qui ont dénoncés ARRU], ces deux israélites qui comme leurs coreligionnaires essayent depuis 3 ans d’échapper aux recherches de la Police, ils sont victimes de leur peur et des évènements.

En conclusion de ce rapport on lit :

Sommes-nous en présence d’une puissante organisation clandestine ? ARRU est-il à la tête d’une officine fonctionnant uniquement pour la délivrance de fausses pièces d’identités ? Ce sont deux points que le mutisme [1] d’ARRU ne nous ont pas permis d’établir de façon précise ?

ARRU prétend n’être que dépositaire ; toute la documentation trouvée chez lui aurait été déposée temporairement par un nommé « VICTOR ».

Les tracts et les brochures font ressortir le caractère indépendant de cette organisation qui n’est affiliée ni au Parti Communiste ni au Parti Gaulliste. Il est très curieux par ailleurs de constater l’excellente qualité du papier employé et je ne serais pas étonné pour ma part de trouver à la tête de cette organisation des ressortissants d’une puissance étrangère ou des individus à sa solde désireux de créer le désordre par l’intermédiaire de ses partisans.

Enfin, il est certain que ARRU ne s’est pas contenté d’établir quelques cartes d’identités ou de valider des récépissés périmés. Mais il est à peu près certain qu’il n’a pas agi dans un but intéressé.

Ennemi de l’ordre social actuel, vivant dans la mesure du possible en, marge de notre société, ARRU a partiellement de la sorte, mis en pratique l’une de ses théories humanitaires.

Le Commissaire de Police de Sûreté.

Destinataires de ce rapport :
-   Mr le Procureur de l’Etat Français à Marseille

-   Mr le Directeur des Services de la Police de Sûreté à Vichy

-   Mr l’Intendant Régional de Police à Marseille.


[1] souligné dans le rapport par l’auteur

À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSEE ET DES BRAS ! ( tract diffusé à Toulouse et Marseille en 1943)

Tract « À tous les travailleurs de la pensée et des bras’ » (on reconnaît dans cette appellation l’influence de la Charte de Lyon de la CGTSR-AIT), tiré à Toulouse en 1943 à 5 000 exemplaires, dans l’imprimerie des frères Lyon.

Ce tract a été composé à Marseille par Jean Saulière, alias André Arru, Voline et leurs camarades. Il définit la position politique des anarcho-syndicalistes nous l’Occupation.

Tract « À tous les travailleurs de la pensée et des bras’ » (on reconnaît dans cette appellation l’influence de la Charte de Lyon de la CGTSR-AIT), tiré à Toulouse en 1943 à 5 000 exemplaires, dans l’imprimerie des frères Lyon.

Ce tract a été composé à Marseille par Jean Saulière, alias André Arru, Voline et leurs camarades. Il définit la position politique des anarcho-syndicalistes nous l’Occupation.

FEDERATION INTERNATIONALE SYNDICALISTE REVOLUTIONNAIRE

À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSEE ET DES BRAS

Au moment où l’humanité, dirigée par des fous, des arrivistes et des hypocrites, s’effondre sous les coups répétés des appétits des profiteurs de toutes sortes, nous jetons, une fois de plus, un appel sincère à tous les individus raisonnables et pratiques, pour essayer d’éviter la destruction totale et, profitant du chaos actuel, de les orienter vers une organisation sociale rationnelle et humaine.

Indéniablement, c’est par la faute de tous les gouvernements que le sang des travailleurs coule à flots, dans tous les pays, depuis plus de trois années. Si, effectivement, ce sont Hitler et Mussolini qui, en dernier lieu . provoquèrent le conflit, il y a d’autres responsables : la finance internationale, les trusts industriels et financiers qui, de 1919 à 1930, financèrent le mouvement fasciste italien et le national-socialisme allemand et, de 1930 à 1939, payèrent la presse des différents pays démocratiques et fascistes, pour faire les campagnes bellicistes qui devaient provoquer un réarmement puissant et sans limite de toutes les nations, qui devait trouver sa conclusion dans la guerre actuelle, en même temps que le conflit enrayait tout mouvement de libération des masses travailleuses.

Le conflit actuel est l’oeuvre des puissances d’argent de chaque nation, puissances qui vivent exclusivement et internationalement de l’exploitation de l’homme par l’homme. Il est aussi le résultat des compétitions internationales, des compromissions et des rivalités politiques des hommes et des systèmes, de la vénalité, de la faiblesse, de l’hypocrisie, de l’inconscience des politiciens du monde entier.

Et nous n’exceptons personne.

La diplomatie secrète a sévi aussi bien à Londres qu’à Berlin, à Paris qu’à Moscou, à Washington aussi bien qu’à Tokio.

Aujourd’hui, les impérialistes d’hier se posent en libérateurs. Les fabricants et les trafiquants du Traité de Versailles, les inventeurs et les torpilleurs de la Société des Nations, les complices d’Hindenburg et de Dollfüs, les étrangleurs de la Révolution espagnole, les fomenteurs des contre-révolutions du Mexique, les fournisseurs de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie mussolinienne prétendent, ô ironie ! mettre de l’ordre dans le Monde, eux qui n’ont jamais vécu que du désordre et de l’incohérence des nations des deux hémisphères.

Que nous propose et le sordide impérialisme anglais et le féroce capitalisme américain ? Tout simplement le retour à « l’avant-guerre », le retour au statut-quo de Versailles ou à quelque chose d’à peu près semblable, et la réinstallation de la Société des Nations, la continuation de l’exploitation du travail par le capital, la banque maîtresse du monde, l’Or-Roi, les mille et une combinaisons diplomatiques, les mille et une combinaisons politiques et financières que nous connaissons. En somme, de quoi re-préparer une bonne petite guerre mondiale dans 25 ou 30 ans, si les Peuples sont incapables d’instituer la véritable Société des Peuples qui garantira la Paix et organisera le monde, par la Révolution sociale universelle.

Que nous proposent, d’autre part, les sinistres apôtres de la « Révolution Nationale » ? Une Révolution à rebours, qui rejetterait l’humanité en arrière vers les époques les plus sombres de son existence, dans l’abîme d’un fanatisme racial et religieux, d’un esclavage total des masses laborieuses et d’un écrasement absolu de l’individu.

Il reste l’U.R.S.S. Mais la République de Staline, si elle a fait disparaître le capital privé, n’a pas fait disparaître les différences de classes (hauts fonctionnaires, hauts militaires, ouvriers privilégiés et, en tout dernier lieu, le peuple). D’autre part, nous lui reprochons d’avoir supprimé toute pratique et toute apparence ou idée de liberté. Hélas ! le Guépéou n’a rien à envier à la Gestapo et, si les camps de concentration de Sibérie renferment des fascistes, ils contiennent aussi des socialistes, des Trotkistes, des syndicalistes et des libertaires. Nous lui reprochons d’avoir aussi, dans cette guerre, joué un jeu diplomatique qui a servi les intentions des fascistes et des impérialistes et permis le déclenchement du terrible conflit actuel.

De tout cela il résulte que les peuples ne peuvent, ni ne doivent plus avoir confiance en personne Les Chefs d’Etat, les chefs militaires de toutes couleurs et de toutes nuances, passent d’un camp dans l’autre, déchirent des traités, en signent d’autres, servent tantôt la République, tantôt la Dictature, collaborent avec ceux à qui ils faisaient hier la guerre, et vice-versa et revice-versa. Tant et si bien que personne ne comprend plus rien à l’honneur, à la foi jurée, à la probité, à l’honnêteté.

Mais si les hommes d’Etats, les généraux, les amiraux et consorts se permettent de jouer « aux petits fous », le peuple, lui, paie les pots cassés : on le mobilise pour les démocraties, contre les démocraties, pour les fascistes, contre les fascistes*

Mais que ce soit en Afrique, en Asie, en Europe, c’est le bon peuple qui fait les frais de ces « expériences contradictoires » et se fait casser la gueule. Ce sont les maisons des gens du peuple qui s’écroulent avec dedans les femmes et les gosses du peuple. Et demain, ce sera encore le peuple qui paiera les frais de reconstruction.

Nous demandons à tous ceux que le parti pris n’aveugle pas d’ouvrir les yeux sur la situation.

Le fascisme germano-italien, conséquence de l’impérialisme mondial est à l’agonie.

L’impérialisme anglo-méricain, aidé de toutes les forces du capitalisme aux abois prépare :

  • 1° Une paix impérialiste, genre Traité de Versailles, qui sera une nouvelle base de conflits futurs et l’espoir de nouveaux bénéfices ;
  • 2° L’étouffement de tout mouvement d’émancipation ouvrière avec le concours des traîtres et arrivistes de tous les pays ;
  • 3° Un règlement de comptes, à l’amiable ou non-avec la Russie soviétique.

Quant à cette dernière, elle rêve d’instaurer de par le monde un capitalisme d’Etat qui, par son despotisme, serait aussi néfaste que le capitalisme privé.

Ainsi sera l’ordre social universel, à moins que les travailleurs du monde entier s’unissent dès maintenant pour planter le drapeau de la Révolution sociale sur le chaos que nous vivons.

Pour cela, que faut-il faire ?

En premier lieu, utiliser la tendance naturelle des Peuples vers l’Unité des Continents ; fédérer les pays qui composent les Continents ; développer entre ces Continents les liens de solidarité qui les associent ; donner à ces liens une forme organique, par l’institution d’une véritable Société des Peuples et non par un replâtrage d’une Société des Nations, qui ne serait qu’une Ligue nouvelle des Nations et de leurs intérêts égoïstes ; faire de cette Société des Peuples, par la création d’organismes à son service, tels qu’un Conseil Economique International et un Conseil Administratif et Social International, le véritable Régulateur Economique, administratif et social du Monde entièrement organisé pour la Paix et contre la guerre.

Mais tout cela ne sera, incontestablement, que l’oeuvre de la Révolution sociale, universelle comme la guerre elle-même.

Et pour cette tache gigantesque, il faut que les peuples s’entendent, s’associent, luttent ; qu’ils comprennent, agissent et réalisent et que, par avance, ils jettent entre eux, par l’organe de leurs prolétariats respectifs, les bases d’un vaste mouvement fédéraliste continental d’abord, universel ensuite ; qu’ils soient prêts à projeter, avec toutes ses conséquences ce mouvement sur le plan des réalités concrètes dans chaque pays, afin que naissent de leurs propres organisations de classe les institutions qui, demain, régiront, dans tous les domaines les Peuples associés.

Nous entendons par Révolution Sociale : l’abolition du pouvoir politique, l’abolition du militarisme, l’abolition de l’Or-Roi, l’abolition des classes.

Nous entendons par Révolution Sociale la liberté entière et définitive de parole, d’organisation, d’action pour tous ; la libre disposition des moyens de production pour tous les Peuples ; le travail, les produits, l’instruction, le bien-être pour tous.

Nous entendons par Révolution Sociale : le pouvoir aux mains de tous, par :

-   L’association syndicale, faisant fonctionner la production dans chaque pays et dans le Monde, assurant une équitable répartition des matières premières et des produits, ainsi que des objets de toute nature nécessaires à la consommation

-   L’association communale, assurant par la distribution, tous les besoins de la consommation et administrant le bien commun dans l’intérêt de tous ; créant, sur le plan social tous les organismes capables sur tous les terrains, d’assurer le plein développement et l’épanouissement des individus ; garantissant à tous la véritable égalité sociale par la bonne administration d’une saine et populaire justice, basée sur la conciliation et l’arbitrage.

-   L’association sur le plan géographique, de façon identique, des localités, régions et pays, par la création d’organismes de liaison permanente des rouages économiques et administratifs pour gérer mieux les intérêts de tous ordres et de tous, harmonieusement conjugués et associés pratiquement.

Pour cela,, il faut non seulement que notre Révolution sociale soit universelle et, autant que possible, simultanée dans tous les pays, mais il faut encore qu’elle ouvre la voie à l’Ere de la Raison, de la Science consciente et du Travail libérée.

Travaillons pour elle. Travaillons bien.

Il ne s’agit pas de lutter seulement contre le fascisme hitlérien, mais contre tous les fascismes, contre toutes les tyrannies,, qu’elles soient de droite, du centre ou de gauche, qu’elles soient encore royales, démocratiques ou sociales, car aucune tyrannie n’émancipera le travail, ne libèrera le monde, n’organisera l’humanité sur des bases vraiment nouvelles.

Il ne s’agit pas de parler de liberté, il s’agit de vivre librement. Il ne s’agit pas de parler de fraternité, il s’agit de vivre fraternellement.

Nous ne luttons pas pour inscrire des mots sur une bannière ou changer de couleur un drapeau.

Nous sommes concrets. Nous voulons passer : de la guerre perpétuelle à la paix perpétuelle ; de l’exploitation de l’homme par l’homme à l’égalité sociale ; de la tyrannie totale ou partielle à la liberté entière ; de l’incohérence à la conscience.

Nous n’acceptons aucun compromis avec personne. Nous ne sommes attachés à aucune personnalité, ni à aucun parti. Nous voulons la réalisation pratique de l’Idée sociale préconisée depuis près de deux cents ans par les républicains, les socialistes, les syndicalistes, les libertaires. Et nous sommes convaincus que, seules, la méthode sus-indiquée pourra la réaliser.

Aujourd’hui, nous sommes une association de lutteurs. Demain nous serons une association de-constructeurs et de réalisateurs.

Et pour mener la tâche à biens :

… Nous cherchons des associés

La F.I.S.R.

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La diffusion de ce genre de tracts pendant l’occupation était strictement interdite par les autorités de l’Etat Français qui avait institué par la loi du 14 août 1941, des cours spéciales pour juger directement et sans instruction préalable les individus arrêtés en flagrant délit d’infraction pénale résultant d’une activité communiste ou anarchiste.

Voici le texte de l’article Premier de ladite loi :

« Nous,, Maréchal de France,, chef de l’Etat français ; Le Conseil des Ministres entendu ;

DECRETONS :

ARTICLE PREMIER. – Il est institué auprès de chaque tribunal militaire ou de chaque tribunal maritime une ou plusieurs sections spéciales auxquelles sont déférés les auteurs de toutes infractions pénales, quelles qu’elles soient, commises dans une intention d’activité communiste ou anarchiste.

La circulaire du 23 août 1941 qui accompagne la loi créant les sections spéciales spécifie que « la section spéciale peut infliger pour n’importe quelle infraction une peine pouvant aller jusqu’à la peine de mort ».

Plus d’info sur les cours spéciales.

CHELO, UNE VIE DE LUTTE POUR LA LIBERTE, LE RESPECT ET LA DIGNITE

Consuelo Rodríguez López, Chelo dans le maquis gallicien, nous a quitté le 18 juillet dernier, à quelques mois de célébrer son centenaire, et alors que nous apprêtions à commémorer le 83ème anniversaire de la Révolution espagnole.

Chelo était l’ultime combattante de la Fédération des Guérilla de León et de Galice. Elle prit part activement aux combats dès la création du groupe, dans l’immédiat après-guerre civile.

Elle n’avait pas d’autre choix. Née dans une famille aisée de Soulecín, à El Barco de Valdeorras, elle à peine 20 ans quand les Légionnaires fascistes assassinent ses deux parents sous ses yeux. « Lorsque je me suis approché, la seule chose que j’ai vue était une flaque de sang », se souvient Chelo. « Je sais qu’ils sont morts enlacés. »

Ses parents avaient refusé de balancer aux fascistes la planque de leur fils ainé, qui avaient déserté l’armée franquiste pour rejoindre le camp républicain. Ses quatre frères s’enfuirent dans la montagne, où ils tomberont au combat contre les forces fascistes de Franco entre 1941 et 1949.

Consuelo Rodríguez López, Chelo dans le maquis gallicien, nous a quitté le 18 juillet dernier, à quelques mois de célébrer son centenaire, et alors que nous apprêtions à commémorer le 83ème anniversaire de la Révolution espagnole.

Chelo était l’ultime combattante de la Fédération des Guérilla de León et de Galice. Elle prit part activement aux combats dès la création du groupe, dans l’immédiat après-guerre civile.

Elle n’avait pas d’autre choix. Née dans une famille aisée de Soulecín, à El Barco de Valdeorras, elle à peine 20 ans quand les Légionnaires fascistes assassinent ses deux parents sous ses yeux. « Lorsque je me suis approché, la seule chose que j’ai vue était une flaque de sang », se souvient Chelo. « Je sais qu’ils sont morts enlacés. »

Ses parents avaient refusé de balancer aux fascistes la planque de leur fils ainé, qui avaient déserté l’armée franquiste pour rejoindre le camp républicain. Ses quatre frères s’enfuirent dans la montagne, où ils tomberont au combat contre les forces fascistes de Franco entre 1941 et 1949.

Dépossédées de tous leurs biens par les fascistes, emprisonnées à de multiples reprises, elle et sa sœur Antonia sont agents de liaison pour la guérilla antifasciste. Quand elles virent que leur vie était en danger, elles s’enfuirent à leur tour dans la montagne, pour y rejoindre « la ville de la jungle » de la Serra do Eixo (Carballeda de Valdeorras), où se trouvait le camp de base de la guérilla.

En 1946, son compagnon le guérillero Arcadio Ríos tombe dans une embuscade. Chelo passa alors trois années dans la clandestinité, hébergée par des soutiens à Orense et El Bierzo, avant de se réfugier en France, de l’autre côté de la frontière, en 1949. Elle se maria avec le guérillero asturien Marino Montes, père de ses deux fils. La famille vécut dans différents endroits, connaissant les vie difficile des réfugiés, « sans papiers » de l »époque, avant de s’installer dans l’Ile de Ré, avec Antonia (décédée en 2012) et son mari le guérillero César Ríos, le frère de Arcadio.

Dans un interview donné en 2007, Consuelo disait qu’elle se souvenait « d’une lutte très belle, car ils avaient tous beaucoup de volonté ».

Chelo a combattu toute sa vie l’injustice et la barbarie, sans prétendre à l’héroïsme dont elle a pourtant su faire preuve constamment. Elle est un exemple de courage et de force, et nous inspire pour nos combats présents et futurs.

Nous adressons notre sincère sympathie à sa famille, à ses amis, et à tous les révolutionnaires qui ont perdu une lutteuse infatigable.

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Une vie sans sens.

Et oui nous nous retrouvons orphelins même si nous avons réécrit l’histoire falsifiée par le fascisme. La société enferme et conditionne nos libertés pour le pouvoir de la force, de la toute-puissance de l’argent et ou du pouvoir, en passant par les religions qui nous ont amené à cette société absurde et dénué de sens.

Ma mère qui toute sa vie a lutté pour la liberté, le respect et la dignité s’est éteinte hier matin.

Que dire de plus dans un monde ou la conscience s’éteint ou l’individualisme passe avant l’intérêt collectif.

Tous ces gens qui ont donné tous ce qu’ils avaient y compris leurs vies pour que nous n’ayons plus faim que nous puissions avoir un logement une vie digne de ce nom.

Nous serons toujours là à porter avec fierté le partage, la connaissance, les sacrifices qui nous ont laissé presque un siècle de répit.

Face à un capitalisme qui est en train de nous bouffer tout cru, la seule réponse ne peut être que la riposte.
Faisons comme eux, ne nous laissons pas bouffer comme des moutons qu’on amène à l’abattoir.

Elle a vue comment la légion est venu un matin du 18 octobre 1939 sortir toutes les personnes de son village, rentrer chez elle en frappant sa mère et torturant ses parents pour leurs faire avouer ou était leurs enfants déserteurs de l’armée fasciste et, après avoir la bénédiction du curé, les assassiner à la sortie de son village.

Depuis elle avait pris les armes pour ne pas mourir sans sourciller et ne plus se laisser faire.
La guérilla était dure, bon nombre de ses compagnons perdirent leurs vies dans le climat de ces montagnes enneigées, ces rivières en crues à traverser de nuit encordés les uns aux autres – quand ils avaient des cordes.

De 1939 à 1949, 10 ans sans répit, la Fédération des Guérillas de Leon Galicia comptait à peu près 200 guérilleros. Mais ceux qui les poursuivaient étaient 2000, il fallait résister bien souvent. Peu survécurent.

Arrivé en l’exil en France en 1949, les problèmes ne faisaient que continuer. Bien souvent refoulés à la frontière et remis entre les mains des fascistes pour se faire assassiner, ou de nombreuses années de labeurs d’esclaves défrichant les champs à main nues, et le soir tremper ses mains et pieds piqués par les ronces et les orties.

Rester bon nombre d’années sans papiers pour travailler, sans compter des chambres de bonne pour se loger, sans toilettes ni eau.

Gros bisous maman c’est fini tu es rentrée dans l’histoire.

Georges MONTES

Les soeurs Antonia et Chelo Rodríguez, avec leurs maris César Ríos (à droite) y Mariano Montes (à gauche) à París.

A PROPOS DES « CAMPS ESPAGNOLS », CAMPS DE CONCENTRATION FRANCAIS ET REPUBLICAINS

Les camps Espagnols …

Hier, dans son discours de commémoration du 6 juin 1944, le Président de la République Française, Emmanuel MACRON, a salué la mémoire de ceux qui au péril de leur vie se sont lancés sur ces plages sous la mitraille. Il nous a exhorté à nous souvenir de ces libérateurs. Au détour d’une phrase, il a évoqué les origines diverses de ces héros : armée d’Afrique, maquis, camps espagnols … Camps espagnols ??? Quelle belle périphrase … Les camps espagnols étaient surtout les camps établis dès 1939 par la République Française (donc avant Vichy …) pour concentrer et parquer les républicains et anarchistes espagnols, ainsi que tous les combattants de la liberté, qui fuyaient après leur défaite contre le fascisme …

Puisqu’on nous demande de faire un exercice de mémoire, nous republions un petit texte pour rappeler ce que furent ces « camps espagnols » mais qui étaient en fait des camps de concentration français et républicains …

(Extrait de la brochure des anarchistes espagnols en Résistance, tome 1)

Les camps Espagnols …

Hier, dans son discours de commémoration du 6 juin 1944, le Président de la République Française, Emmanuel MACRON, a salué la mémoire de ceux qui au péril de leur vie se sont lancés sur ces plages sous la mitraille. Il nous a exhorté à nous souvenir de ces libérateurs. Au détour d’une phrase, il a évoqué les origines diverses de ces héros : armée d’Afrique, maquis, camps espagnols … Camps espagnols ??? Quelle belle périphrase … Les camps espagnols étaient surtout les camps établis dès 1939 par la République Française (donc avant Vichy …) pour concentrer et parquer les républicains et anarchistes espagnols, ainsi que tous les combattants de la liberté, qui fuyaient après leur défaite contre le fascisme …

Puisqu’on nous demande de faire un exercice de mémoire, nous republions un petit texte pour rappeler ce que furent ces « camps espagnols » mais qui étaient en fait des camps de concentration français et républicains …

1939 – 1945 : LES CAMPS DONT L’ON PARLE & CEUX DONT ON NE PARLE PAS

En ce mois de janvier 2005, on a commémoré le 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz où plus d’un million de personnes ont été tuées, gazées dès leur arrivée ou sont mortes après quelques mois d’une vie d’épouvante absolue.

Si, de nos jours, on connaît bien l’existence de ces camps situés en Allemagne ou en Pologne, si les noms de Ravensbrück, Buchenwald, Dachau, Dora, Matausen, Sobidor, Treblinka, Bergen-Belsen, sonnent souvent étrangement familièrement à nos oreilles, comme une litanie macabre dont il ne faudrait rien oublier, l’évocation de quelques localités du Sud-Ouest, aux sonorités bien de chez nous -Rieucros, Le Récébédou, Noé, Montech, Caylus, Septfonds de Caussade, Le Vernet, Rivesaltes, Le Barcarès, Argelés, St Cyprien, …- n’évoque souvent que peu de choses pour la plupart des gens (ou tout au plus quelques souvenirs de villégiature). Si ces camps d’internement français n’étaient pas des camps de concentration ou d’extermination, ils en étaient souvent l’antichambre et l’on pouvait fort bien y mourir de froid, de malnutrition ou de dysenterie avant d’être déporté en Allemagne. La mémoire collective a tendance à sélectionner les souvenirs, à transformer positivement le passé national. Les camps français sombreraient vite dans l’oubli, tellement leur existence dérange encore la représentation chimérique que beaucoup de Français se font de leur histoire récente. En ces jours de commémoration, il n’est pas inutile de rappeler que l’internement de masse n’a pas été le fait de la seule Allemagne nazie mais qu’il a été pratiqué par les gouvernements de la IIIème République finissante et par Vichy.

C’est à la fin du mois de janvier 1939 que nos compagnons espagnols vont découvrir l’exquise hospitalité de la République du gouvernement Daladier (Parti Radical [aujourd’hui alliés de LREM …]). Ce sont eux qui vont inaugurer les camps d’internement où rien n’est prévu pour l’accueil de dizaines de milliers de réfugiés (plus de 500 000 espagnols franchisent la frontière), si ce n’est l’essentiel bien sûr : des barbelés et des gendarmes. Argelès restera l’exemple le plus terrible de ces camps. 100 000 réfugiés y sont entassés sur la plage, dans le dénuement le plus total, sans aucun abri, sans nourriture, sans eau, sans soins pour les blessés. La mortalité y est très élevée les premiers jours et plus de 15 000 personnes mourront avant le début de l’été.

Un an et demi avant la débâcle et l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain, c’est bien le gouvernement républicain du radical Daladier qui inaugure une politique d’internement massif d’indésirables, pour l’heure, les réfugiés espagnols. Sans état d’âme particulier, les forces de répression -gendarmes, tirailleurs, policiers- vont s’employer à mener à bien leur tâche de garde-chiourme. La xénophobie ambiante des années 30 et la propagande insidieuse de l’extrême-droite gangrène déjà une bonne partie de la population. Ni l’internement des réfugiés, ni les conditions désastreuses de détention qui leur sont réservées ne déclenchent de très grands mouvements de protestation (même s’il y a bien heureusement des actions de solidarité). Dans cette IIIème République finissante, taraudée par la peur de la Révolution et la crainte de la guerre, les grands idéaux républicains sont déjà largement entamés. Déjà les convois d’hommes et de femmes mal nourris et mal vêtus, militairement escortés, entrent dans la banalité ; déjà les vaincus n’appartiennent plus à l’humanité.

Après la déclaration de guerre, en septembre 1939, la pénurie de main d’œuvre se fait sentir du fait de la mobilisation ; en dehors de toute considération humanitaire, ce sont bien les nécessités de l’économie et les besoins du patronat qui amèneront la République à utiliser le réservoir de main-d’œuvre que constituent les travailleurs espagnols : à partir de janvier 1940, les camps se vident petit à petit. Seuls les camps répressifs, comme celui du Vernet, au régime particulièrement dur sont maintenus (c’est là qu’a été internée la XXVIème division -la colonne Durruti-, les derniers à avoir franchi la frontière après avoir protégé jusqu’au bout la longue cohorte des réfugiés).

Mais, pour autant, ce n’est pas la liberté que retrouvent les réfugiés libérés. Affectés aux « Compagnies de travailleurs étrangers », ils sont soumis à un contrôle militaro-policier strict et voués au travail forcé, hébergés souvent en casernement après la journée de travail.

Quand survient la défaite des armées françaises, en juin 1940, la République livre à l’État Français qui lui succède un réseau de camps d’internement (notamment dans le Sud-Ouest), un contingent de travailleurs militairement encadrés et clairement désignés comme politiquement suspects (où l’occupant viendra bientôt puiser), une gendarmerie et une police qui s’y entendent à organiser les camps. Le gouvernement de Vichy saura faire fructifier avec talent cet héritage pénitentiaire et répressif républicain. Aux Espagnols encore détenus, aux réfugiés allemands et autrichiens persécutés chez eux en raison de leurs activités politiques ou de leur soi-disant appartenance raciale que la République a arrêtés comme ressortissants d’une nation ennemie- Vichy va ajouter des milliers de Juifs qui constitueront dès lors la majorité de la population des camps. Dès 1942, avant même l’invasion de la « Zone libre », les camps français vont envoyer vers Drancy (ultime étape avant les camps nazis) des milliers d’internés. Après novembre 1942, et l’invasion de la “Zone sud”, le rythme des déportations s’accélère : la solution finale se met en place. L’exclusion, l’humiliation, l’enfermement ne suffisent plus. Il va s’agir d’éliminer des millions d’individus à travers toute l’Europe. L’administration française, sa police et sa gendarmerie, apporteront leur quote-part à cet effroyable massacre.

La résistance s’organisera peu à peu, et les anarchosyndicalistes espagnols, premiers usagers des camps d’internement, seront parmi les premiers à créer des maquis, en particulier dans le Sud-Ouest, et à reprendre la lutte armée contre le fascisme.

A la Libération, les responsables de la collaboration, les pourvoyeurs des camps de la mort n’auront, à quelques notables exceptions près, que peu d’ennuis véritables. Les camps français recevront la visite rapide du menu fretin de la « Révolution Nationale », les hauts fonctionnaires -pourtant très compromis avec les nazis- se verront même promus à des échelons supérieurs. Ainsi, à Bordeaux, l’ami personnel du commandant LUTER, chef de l’Abwehr (services de renseignements), Maurice SABATIER, préfet régional, directement responsable de l’arrestation et de la déportation de 1 700 juifs et de 2 000 résistants -français et étrangers- est promu à l’état-major du général Pierre KOENING, commandant en chef des Forces françaises qui occupent l’Allemagne à partir de 1945. Son secrétaire général, un certain Maurice PAPON est promu préfet des Landes. Jean CHAPELLE, le chef de cabinet de SABATIER devient sous-préfet à Dax. Il finira sa carrière en 1977 comme conseiller à la DST, le contre-espionnage français. Henri CADO, directeur national de la police de Vichy, adjoint de René BOUSQUET, rejoindra l’équipe dirigeante du patronat français. BOUSQUET lui-même, ministre de l’intérieur -d’avril 1942 à décembre 1943- coulera des jours heureux jusqu’à son assassinat en 1993. Tour à tour administrateur de La Dépêche du Midi, banquier et homme d’affaires, c’était un ami de François MITTERRAND.

Ce sont en tout plus de 300 hauts fonctionnaires qui se verront maintenus à leur poste ou promus et 51 ministres vichyssois (de 1940 à 1944) qui se verront amnistiés. C’est une tradition bien établie dans l’histoire -entre politiciens, on s’amnistie beaucoup- parce que la survie de cette engeance en dépend, parce que la défense des intérêts vitaux de l’État et de la classe possédante priment sur les « erreurs de parcours », parce que le maintien de « l’ordre social » exige des compétences solides et un savoir-faire qui ne s’improvise pas, parce que l’État sait toujours récompenser ses amis à leur juste valeur. Parce que les États perdent parfois leurs armées ; jamais leur police ni leur prisons.

Garga

Bibliographie :

-  « Les camps du Sud-Ouest de la France », ouvrage collectif, éditions Privat.

-  « Les libertaires espagnols dans la tourmente », brochure du CIRA de Marseille.

-  « les camps du mépris » éditions du trabucaire

-  « Cette lettre oubliée. Récits d’un exil » Gisèle Matamala Verschelde Editions les Passés Simples (toulouse)

C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !

C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !
A PROPOS DE L’ÉVASION DE LA PRISON CHAVE DE MARSEILLE …

Dans l’ouvrage « Histoire des groupes Francs (M.U.R.) des Bouches du Rhônes, de septembre 1943 à la Libération » de Madeleine BAUDOIN (Editions Presses Universitaires de France) , on trouve un témoignage de Charles POLI, dirigeant communiste, qui explique pourquoi les 12 détenus de Chave se sont enfuis dans la nuit du 22 au 23 mars 1944 en laissant ARRU et CHAUVET dans leur geôle :

C’ETAIENT PAS DES PATRIOTES … A UN ROYALISTE J’AURAIS OUVERT LA PORTE, MAIS PAS A UN ANARCHISTE !
A PROPOS DE L’ÉVASION DE LA PRISON CHAVE DE MARSEILLE …

Dans l’ouvrage « Histoire des groupes Francs (M.U.R.) des Bouches du Rhônes, de septembre 1943 à la Libération » de Madeleine BAUDOIN (Editions Presses Universitaires de France) , on trouve un témoignage de Charles POLI, dirigeant communiste, qui explique pourquoi les 12 détenus de Chave se sont enfuis dans la nuit du 22 au 23 mars 1944 en laissant ARRU et CHAUVET dans leur geôle :

MADELEINE BAUDOIN – Pourquoi les deux anarchistes internés ne se sont-ils pas évadés ?

CHARLES POLI – C’est moi qui ai refusé de leur ouvrir leur cellule pour qu’ils s’évadent avec nous. C’était pas des patriotes. Mais ils voulaient s’évader.

M. B. – Étaient-ils résistants ?

C.P. – Ils servaient la Résistance aussi. Ils avaient fabriqué de faux tampons. Mais c’était pas des patriotes. Quand à la prison, pour la fête nationale, on mettait, nous communistes, la cocarde tricolore, eux ils mettaient l’insigne noir. C’était pas des patriotes ; c’est pour cela que j’ai refusé qu’ils s’évadent avec nous. A un royaliste j’aurais ouvert la porte, mais pas à un anarchiste.

M. B. – Comment vous entendiez-vous en prison avec les anarchistes ?

C. P. – On se disait bonjour, bonsoir. Les anarchistes, vous savez, ils ont ni Dieu, ni maître. Avec eux il n’y a pas de monnaie, ils veulent faire l’échange des marchandises. A Marseille, les anarchistes, ce sont maintenant tous des gens riches. Il n’y a pas de travailleurs parmi eux. En prison, quand on chantait La Marseillaise, eux ils ne chantaient pas.

M. B.- Chantiez-vous L’Internationale ?

C. P. – Non. Nous étions Front national [de la Résistance]. C’était large, comme recrutement. Un jour, le 6 février 1944, j’ai fait un article en prison. J’ai parlé du fasciste Chiappe, mais, pour ne pas déplaire à un détenu gaulliste, j’ai supprimé le terme de fasciste, et j’ai mis à la place : l’homme du 6 février. C’était une question de formulation. Contrairement aux communistes, les anarchistes ne sont pas patriotes, les communistes, eux, ils aiment la France. Un jour, à la prison Chave, une commission composée d’Allemands, accompagnés par des Français, est venue nous interroger. Les Allemands nous ont demandé :« Aimez-vous les Russes, aimez-vous les Anglais ? » On a répondu : «  Nous aimons la France. » Ils ont fermé alors brutalement la porte, en disant : «  Sales communistes  »


Au sujet de ce témoignage, ci-dessous le texte d’une lettre adressée à Madeleine Baudoin le 4 juillet 1960 par Jean Comte, alias Lévis, chef des Groupes Francs de Marseille

« Tu m’as demandé de te faire connaître mon point de vue sur le passage de la déclaration de Charles Poli ayant trait à l’évasion de la prison Chave.

C’est avec beaucoup d’amertume et d’indignation que j’apprends, seize ans après, la vérité. Car le gardien Raffaëli et les évadés nous ont dit dès leur sortie, et ont par la suite maintenu cette version, que les deux anarchistes n’avaient pas voulu s’évader.

Je considérais à l’époque les anarchistes comme des gens un peu farfelus. aussi cette présentation des faits ne m’étonna guère, et je ne m’inquiétai donc pas d’en creuser les détails. Je l’ai cependant très nettement présente à la mémoire, en raison d’un petit côté amusant, celui de Raffaëli parlant, non pas des anarchistes, mais des « arnachistes  ».

Il ne pouvait y avoir aucune hésitation de ma part, l’idée de laisser en prison ces deux anarchistes ne m’aurait pas effleuré un seul instant. Il n’était pour nous nullement question d’idéologie, sinon pourquoi n’aurions-nous pas abandonné également les communistes ? Nous luttions contre un système d’oppression et d’injustice, et celui qui était contre lui était avec nous, celui qui en était la victime était notre ami, qu’il ait été« celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas  », comme l’a dit Aragon.

Ainsi, des gens comme Poli en étaient restés, six ans après la fin de la guerre d’Espagne, à cet aveuglement impitoyable qui leur avait fait persécuter les anarchistes de Barcelone et qui avait contribué sans doute à conduire l’Espagne républicaine là où l’on sait. »

Pour en savoir plus sur André ARRU et ses combats :

Archives Arru

LES ANARCHISTES CHINOIS, A L’ORIGINE DE L’ICONOCLASME DE LA NOUVELLE CULTURE

Il n’y a pas à proprement parler de « religion » dans l’univers culturel chinois, du moins tel qu’on l’entend en Occident. On a plutôt l’impression de se trouver face à une constellation de philosophies et de pratiques plutôt qu’à des confessions. Cette « grande civilisation qui a laissé très tôt de côté la notion de  » Dieu « , la tenant progressivement pour inutile. » [1]

Selon le philosophe sinisant François Jullien : «« Les Chinois ne sont pas religieux parce qu’ils sont philosophes et leur philosophie a toujours beaucoup plus à voir avec l’éthique d’origine sociale qu’avec une transcendance, un dieu révélé. Pour le taoïsme philosophique, la règle d’or est le non-agir, en liaison avec la spontanéité directement émergente de la nature. Il faut respecter la nature et suivre la voie du Tao. Pour Confucius, la base de la culture est constituée par la société dont la famille et le clan sont les pivots et l’emportent sur les personnes. L’ordre social est complètement étayé sur l’ordre cosmique. La société est un ensemble de subordinations structurelles à l’image de la Nature, où la Terre est totalement assujettie au Ciel. »

Le fait religieux dans l’univers culturel chinois se caractérise donc par deux faits essentiels : d’une part le pluralisme, où le syncrétisme et le mélange sont courants rendant les contours des ensembles religieux flous ; d’autre part comme toute philosophie a des conséquences politiques, une surveillance très attentive de la part de l’Etat. Cette surveillance ne date pas de l’actuel régime communiste. L’Etat en Chine exerce depuis le début de l’empire (IIIe siècle av. J.-C.) un contrôle attentif sur les groupes susceptibles de constituer une menace pour le pouvoir et la société, met au pas les sectes trop actives, et au contraire appuie son pouvoir sur les préceptes Confucéens d’Ordre et d’Autorité.

Ainsi la notion de blasphème en Chine n’est pas tant tournée contre la religion ou l’adoration d’un dieu ou d’une idole, que contre un ensemble de valeurs culturelles qui sous-tendent l’organisation sociale et politique de la société.

Illustration du recueil de textes du journal du groupe de Paris
 « Nouveau Siècle » (新世紀叢書) :  il s’agit de tout faire exploser, y compris les mandarins, les religions, les dogmes, les mensonges, etc. …

L’histoire de la Chine est inséparable de celle des révoltes et révolutions qui ont ponctué son histoire plurimillénaire. La période moderne de cette histoire commence à la fin du XIXème siècle, avec l’apparition de mouvements révolutionnaires qui veulent en finir avec le système impérial et son immobilisme basé sur le carcan confucianiste. En 1906-07, de premiers groupes d’étudiants chinois sont envoyés faire leurs études au Japon, à Tokyo,  et en France, à Paris. Là, dans l’effervescence intellectuelle et politique de cette époque, ils rencontrent des groupes anarchistes et décident de fonder leurs propres groupes pour porter en Chine la torche de la Révolution. A la croisée de différentes influences, ces groupes élaborent des approches multiples de l’anarchisme qui – loin d’être un simple « copié/collé » d’une « pensée politique occidentale » – relève d’une production idéologique singulière combinant emprunts à la culture chinoise et perspective universaliste.

Les groupes anarchistes chinois de Paris et de Tokyo étaient unanimes dans leur condamnation du confucianisme et dans leur volonté de transformer la société. Tandis que le mouvement anarchiste européen revendiquait une transformation sociale, les anarchistes chinois accordaient une importance principale à la révolte pour abolir l’ancienne culture. Ils déclarèrent la guerre totale à la culture confucianiste, qu’ils voyaient comme une forme de contrôle social assez analogue au christianisme occidental dans sa pénétration hégémonique de la société et sa proscription des normes sociales. Chu MinYi, un des membres du groupe de Paris, écrivit : « Les chinois semblent être les plus fidèles adorateurs des choses anciennes, tant et si bien que leur esprit a été complètement enchaîné par les coutumes et qu’ainsi ils sont devenus esclaves des anciens ».

De retour en chine dans les années 1910, cet accent porté sur la transformation culturelle radicale sera propagé dans les cercles anarchistes alors en plein essor et même adoptée en pratique par tous les éléments révolutionnaires et radicaux chinois. Dans le « Manifeste de la Société Anarcho-Communiste » écrit par Liu Shifu (劉師復) en 1914, on peut lire que l’objectif des anarchistes est de : « créer une société sans propriétaires fonciers, sans chefs de famille, sans dirigeants, sans police, sans cours de justice, sans loi, sans mariage, sans religion ».

Les groupes anarchistes initient une véritable révolution culturelle, qui se concrétisera dix ans plus tard, en 1915, avec l’apparition du Mouvement de la nouvelle culture (新文化运动). Cette année-là, en effet, de jeunes intellectuels lancent une revue dont le titre en chinois 新青年 (Nouvelle jeunesse) –  sous-titré en français « La Jeunesse » est un défi à la tradition chinoise. On y exalte tout ce qui est neuf dans une rage iconoclaste et blasphématoire.

Le Mouvement de la Nouvelle Culture, souvent sous l’influence du programme anarchiste, défend l’émancipation féminine, l’égalité entre les sexes et même l’amour libre ! C’est une attaque contre la famille traditionnelle, contre la morale confucéenne et ses manifestations dans la société chinoise : mariage arrangé, concubinage, suicide des femmes au nom de la morale …

Le Mouvement de la Nouvelle culture n’était pas un mouvement anarchiste, mais sa glorification de la science et son mépris extrême du confucianisme et de la culture traditionnelle n’étaient qu’une extension des critiques du groupe anarchiste de Paris. La prolifération des pensées anarchistes pendant cette période peut être perçue comme une preuve de l’influence que les anarchistes avaient sur le mouvement.

Le principal animateur de la revue Nouvelle jeunesse, Chen Dúxiù (陈独秀) est un lettré, issu d’une bonne famille du bas Yang-tsé ayant renoncé à des études classiques. Maîtrisant le français, puis séjournant au Japon, il admire la Révolution française et déteste l’héritage culturel chinois. A la célèbre formule de Confucius : « A quinze ans, je m’appliquais à l’étude de la sagesse; à trente ans je marchais d’un pas ferme dans le chemin de la vertu ; à quarante ans, j’avais l’intelligence parfaitement éclairée ; à cinquante ans, je connaissais les lois de la Providence ; à soixante ans, je comprenais sans avoir besoin d’y réfléchir tout ce que mon oreille entendait ; à soixante-dix ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle», il fait une réponse brutale et cinglante : «    soit un éloge de la vieillesse et de la soumission !» Chen Dúxiù appelle, au contraire, à la rébellion, au rejet de tout ce qui est vieux et bon à rien. En lutte contre les conservateurs, il écrit à leur propos :

« Ils ont accusé ce magazine de se proposer de détruire le Confucianisme, le code des rites, la quintessence nationale, la chasteté des femmes, la morale traditionnelle. Nous acceptons ces accusations, mais nous ne plaidons pas coupable. Nous avons commis ces crimes pour la seule raison que nous défendions Monsieur Démocratie et Monsieur Science. Pour prendre la défense de Monsieur Démocratie, nous étions obligés de lutter contre le Confucianisme, les rites, la chasteté des femmes, la morale traditionnelle et la politique à l’ancienne mode ; pour prendre la défense de Monsieur Science nous étions obligés de nous en prendre aux arts et à la religion traditionnels ». Le blasphème est nécessaire et même revendiqué pour secouer la veille société chinoise empesée sous ses millénaires figés.

Le rejet de la tradition s’immisce aussi dans le langage : le Mouvement proclame une « révolution dans la littérature chinoise », abandonne le chinois littéraire au profit du baihua, la langue parlée, afin de rendre la littérature accessible à tous. Les plus radicaux envisagent même la suppression pure et simple du chinois et son remplacement par l’Esperanto !

Rétrospectivement, on peut comparer ce mouvement avec le XVIIIe siècle européen, comme un « mouvement des Lumières » chinois, qui met en avant les idéaux de Science et Démocratie. Pour l’éminent historien Yu Ying-Shish il existe des ressemblances entre l’iconoclasme du Quatre Mai et l’esprit critique des Lumières, « démolisseur de croyances et de vérités établies des Philosophes« .

Ce rejet pur et simple de la culture traditionnelle chinoise va aboutir au Mouvement du Quatre-Mai (五四運動. L’étincelle qui va mettre le feu à la plaine, c’est le 4 mai 1919, la manifestation de 3000 étudiants pékinois contre la décision prise en faveur du Japon par le Traité de Versailles à propos de la « Question du Shandong ». Arrivés devant la maison de Cao Rulin, diplomate de haut rang connu pour ses sentiments pro-japonais, ils scandent d’abord des slogans hostiles, puis sous l’impulsion de l’anarchiste Kuang Husheng (匡互生) pénètrent à l’intérieur et y mettent le feu.

Ce sacrilège, acte de défi envers le pouvoir de la jeune République chinoise, va s’accompagner d’une série de grèves et de boycotts anti-japonais à travers tout le pays qui vont durer plusieurs semaines et ouvrir la voie à une période d’agitation révolutionnaire qui va culminer en 1927. C’est le premier mouvement politique de masse, et l’avènement d’une jeunesse intellectuelle engagée. Des centaines de publications vont fleurir et si le changement social en sera le thème central, c’est en termes anarchistes qu’il s’exprimera la plupart du temps. Le rôle de l’écrit, notamment par le biais des journaux et revue, dans la propagation de ce tourbillon d’idées est fondamental. Dans les écrits les paroles sont directes, crues parfois, et rien ne semble résister à la rage blasphématoire qui s’exprime.

Les anarchistes sont en phase avec ce mouvement de la jeunesse, qu’ils avaient anticipé et initié dix ans avant. La nouvelle génération anarchiste née de ces évènements se distingue par la généralisation de la réflexion sur les structures oppressives et répressives de la société. Elle s’attaque à toutes les formes d’autorité : « ce que nous voulons dire par « autorité » n’est pas seulement le militarisme de l’Allemagne ou de l’Autriche, ou le « surhomme » de Nietzsche, mais aussi les politiques, la religion, la loi, et le capitalisme, tout ce qui empêche la réalisation du bonheur et de la liberté dans nos sociétés » écrit Huang Lingshuang. Avec le Mouvement du 4 mai, c’est en fait une véritable entreprise de liquidation, qui ne s’attaque plus seulement comme lors de la Révolution républicaine de 1911 à l’Empire mandchou chancelant mais au support idéologique de la société chinoise, à son système de pensée et d’organisation sociale pluriséculaire.

Toutefois ce mouvement concerne surtout les élites intellectuelles urbaines. Plus de  95% des Chinois, illettrés pour beaucoup, n’y participent pas. La « révolution littéraire » repose sur les seuls écrivains et publicistes essentiellement pékinois. Ce mouvement fut donc essentiellement une révolution « par le haut ».

Dans les années 1920, la propagande anti-religieuse bat son plein. Le jeune Parti Communiste Chinois, créé en 1921 avec l’aide des anarchistes qui n’avaient pas encore perçu le poison mortel que représentaient les bolcheviques, initie en 1922 une campagne « anti-chrétienne » avec l’aide matérielle du Kominterm (l’Internationale communiste). Pour les Communistes, il s’agit de faire dévier la lutte pour la Nouvelle Culture et qui attaquait et rejetait toutes les religions comme superstitions, vers une lutte nationale, avec des relents xénophobes. Le christianisme est le seul ciblé et il n’est pas tant attaqué comme aliénation religieuse que comme corps étranger à la culture nationale chinoise. On voit que le vers et dans le fruit, et cela finira en 1934 avec le rétablissement par Mao des valeurs traditionnelles chinoises, dans le Yan’an, pour en fait assoir son pouvoir.

Si les anarchistes chinois ont mené l’opposition au christianisme dès le début du 20e siècle, Li Shizeng, un des fondateurs du groupe de Paris,  a clairement indiqué qu’il s’opposait non seulement au christianisme mais à toute religion en tant que telle. Lorsqu’il devient président du Mouvement anti-chrétien (非 基督教 运动) de 1922, il déclare à la Ligue des athées de Pékin: « La religion est intrinsèquement vieille et corrompue: l’histoire l’a dépassée » et demande « Pourquoi sommes-nous au vingtième siècle … débattant même de ce non-sens des âges primitifs ? … Comme le disent souvent les érudits occidentaux, «la science et la religion avancent et reculent en proportion inverse»… La moralité est le pouvoir naturel de la bonté. La morale religieuse, par contre, fonctionne réellement par récompenses et punitions ; c’est le contraire de la vraie moralité … La nature fondamentale de toutes les créatures vivantes, y compris la race humaine, non seulement nourrit l’intérêt personnel, mais se déploie également comme support du groupe. C’est la racine de la moralité. »

Li était l’un des rares intellectuels influents à avoir une formation scientifiques et non littéraire comme la plupart des autres membres du mouvement de la Nouvelle Culture. Il utilisa la science pour attaquer la religion en tant que superstition, conformément à l’opposition anarchiste à la religion. Mais il précisa que parce qu’il se sentait cosmopolite en tant qu’anarchiste, il ne s’opposait pas au christianisme parce qu’il était d’origine étrangère, mais il s’opposait à toute religion en tant que telle:

Les marxistes finirent par supplanter les anarchistes en Chine comme partout dans le monde. Si l’approche rebelle et iconoclaste des anarchistes avait permis de faire sauter des verrous idéologiques et psychologiques, très vite le mouvement révolutionnaire avait été rattrapé par un désir d’Ordre [2] qui ne s’accommodait plus avec des pratiques blasphématoires.

Néanmoins l’esprit de liberté anarchiste avait été fécond, et c’est de lui qu’était né le germe radical de la Révolution Chinoise, celui du « rajeunissement » de la Chine. Le Parti Communiste s’accaparera cette idée [3], et construisit son mythe d’organisation d’avant-garde seule capable de régénérer la Chine, mythe qui perdure aujourd’hui encore : lors de son intronisation comme secrétaire du Parti Communiste Chinois en 2012, Xi Jinping a déclaré que le « rêve chinois », le slogan qui définit sa politique, est « le grand rajeunissement de la nation Chinoise », processus dont il pronostiqué l’aboutissement en 1949, pour le centenaire de la prise du pouvoir par les Communistes. Dans ce plan, il est impensable que le Parti reconnaisse que les anarchistes aient pu être les enfants terribles de cette Nouvelle Jeunesse. Aussi, l’étude de l’historiographie officielle récente est significative à cet égard. Dans le Musée national, place Tien An Men, l’équivalent du Louvre pour les Français, toute une aile du musée est consacrée à « la route du rajeunissement » : elle présente l’histoire récente de la Chine depuis le début de la Première guerre de l’opium (1839) jusqu’à aujourd’hui, mettant en scène selon un déterminisme historique implacable (et caricatural) comment le Parti mène la nation sur cette route, et qu’il ne peut en être autrement.

Lors de la réouverture de cette galerie en 2011, une assez grande vitrine était encore consacrée au mouvement anarchiste, à sa contribution à la Nouvelle Culture et au 4 Mai et – bien entendu – à sa défaite idéologique dans les années 20 face aux marxistes- léninistes. Toutefois, lors de la rénovation de la galerie, après l’arrivée au pouvoir de Xi, cette partie fut réduite à la portion congrue avec juste une petite mention que les anarchistes avaient été balayés, sans s’étendre sur leur rôle dans le mouvement de la Nouvelle culture et encore moins dans les évènements du 4 mai.

Car comme le signe Francis Deron dans Le Monde [4] :
« (…) Au-delà du patriotisme, le mouvement du  4 mai exalte la science et la démocratie, présentées comme la condition du renouveau national. Cette flambée iconoclaste aura un double prolongement – marxiste et libertaire [5] – qui rend aujourd’hui sa commémoration pour le moins délicate. En prenant parti de célébrer le souvenir de cette irruption de la modernité en Chine, le régime se condamne à en tronçonner le message : oui au patriotisme et au scientisme, non à la démocratie. Cette récupération de l’événement à son profit est d’autant plus stratégique que le mouvement de Tian An Men de mai-juin 1989 était aussi riche de résonances du 4 mai 1919: soif d’apprendre de l’Occident et, surtout, explosion de juvénisme. Il faudra donc éviter le péril du déraillement de la mémoire. Il faudra démontrer que le 4 mai 1919 (renouveau) appartient au 1er octobre (communisme) et non au printemps de 1989 (démocratie). Cette course à la propriété intellectuelle autour de ce triple anniversaire (1919 – 1949 – 1989) a de quoi donner le tournis, mais elle est capitale dans l’exercice de manipulation des symboles par lequel le régime cherche à ressourcer sa légitimité. ». 100 ans après le 4 mai, la pensée anarchiste reste blasphématoire en Chine  …


[1] Philip Li Ching Hum

[2] Cf. à ce titre l’analyse psychanalytique faite par Felix Marti IBANEZ de la Révolution Espagnole dans notre brochure sur la santé pendant la Révolution espagnole …

[3] Cela débuta quand Chen Duxiu fit de son magazine « Nouvelle jeunesse » celui du Parti Communiste Chinois en 1923.

[4] 1919, 1949, 1989: comment le régime manipule les symboles, Le Monde, 24 janvier 1999

[5] L’article initial indiquait libéral. Dans le contexte qui nous intéresse, ce terme doit être compris dans le sens philosophique et sociologique, c’est-à-dire « en faveur des libertés individuelles » et non dans son acceptation étroitement économique, ce pourquoi on a pris la liberté de le remplacer par le terme « libertaire ».

Le mouvement du 4 Mai en Image

Les photos d’époque
Etudiants de l’Université de Pékin ayant participé au Mouvement du 4 mai
Harangue devant la bibliothèque de l’Université
Harangue de la foule à Pékin (à la Tour du Tambour, Gǔlóu ?)
Manifestation place Tian-An-Men, le 4 Mai 1919
Les manifestants du 4 mai 1919
Manifestation de solidarité avec les étudiants, Shanghai, 7 Mai 1919
L’imagerie maoiste
Années 1950 : les étudiants sont sages, il faut reconstruire le pays …
Poster pour le 40ème anniversaire du 4 Mai, pendant la Campagne du Grand Bond en Avant
Monument au Héros du Peuple, au Centre de Tian-An-Men, entre le Mausolée de Mao et la porte de Tian-An-Men. Obélisque de granit construite dans les années 50, dans le pur style stalinien …
Détail du bas-relief du Monument aux héros du peuple
Timbre postal émis pour le 70ème anniversaire
L’iconographie inimitable de la Révolution culturelle
Iconographie maoiste, période de la fin du Maoisme 1976
Affiche pour le centenaire. Les étudiants ont disparus, ne restent que les pros et les intellectuels …
Le discours de Xi Jinping pour le centenaire du 4 mai :Xi salue l’esprit du Mouvement du 4 mai et appelle la jeunesse du pays à contribuer au rajeunissement national
Sur le site du Parti Communiste chinois …
Après le mouvement du 4 mai, tout en luttant contre diverses tendances anti-marxistes, les marxistes se sont également opposés aux idées erronées du mouvement ouvrier-révisionnisme [social démocrate sauce Kautsky] et à l’anarchisme. La vision révisionniste souhaite entrée pacifique dans le socialisme .Les marxistes soulignent que sous le régime réactionnaire, la classe ouvrière chinoise ne peut pas participer à une lutte parlementaire légale. Les anarchistes eux prônent l’individualisme, représentent la liberté absolue et s’opposent à toute discipline organisationnelle. Les marxistes exercent un sérieux pouvoir de classe contre l’anarchisme, ils réfutent leur erreur de «liberté absolue» et soulignent que dans la société humaine, la liberté est toujours relative et que la soi-disant «liberté absolue» n’existe tout simplement pas. Les anarchistes organisés par des ligues de jeunes à divers endroits ont été éliminés.

HISTOIRE DU PREMIER MAI

Pourquoi manifeste- t- on le premier mai ? Pourquoi l’appelle- t- on « fête du travail » ? D’où vient cette date ? Que cherche- t- on à nous faire oublier en nous faisant promener ? Ce petit texte explique l’origine historique du Premier Mai.

(Disponible au format 4 pages A4 resto verso maquetté, à télécharger)

Pourquoi manifeste- t- on le premier mai ? Pourquoi l’appelle- t- on « fête du travail » ? D’où vient cette date ? Que cherche- t- on à nous faire oublier en nous faisant promener ? Ce petit texte explique l’origine historique du Premier Mai.

HISTOIRE du PREMIER MAI

L’obtention des 8 heures par jour était au centre des revendications pour lesquelles les travailleurs des États- Unis étaient décidés d’aller jusqu’à la grève générale pour faire pression sur le patronat et le gouvernement. Le 1er mai fut déclaré jour international de solidarité de classe et de revendication pour les 8 heures par les Knights of Labour [1]. Au cours du printemps 1886, les ouvriers de tous les secteurs ont focalisé leurs actions sur cet objectif et ont parfois obtenu gain de cause dans ce domaine.

Devant la détermination des ouvriers et l’expansion du mouvement syndical, le patronat et le gouvernement décidèrent d’adopter des mesures de répression plus expéditives. La fameuse affaire de Haymarket à Chicago, événement dramatique et marquant pour le mouvement ouvrier international, a inauguré une ère nouvelle de répression et de résistance.

1er mai 1886 ; succès maximal de la mobilisation. En dépit des avertissements haineux et des prédictions alarmistes de la presse bourgeoise, aucune émeute n’éclata, aucune atteinte à la propriété n’eut lieu et la manifestation pacifique des travailleurs ne se transforma nullement en révolution. Par ce beau samedi ensoleillé, les fabriques, les usines, les entrepôts furent désertés. Dans leurs plus beaux vêtements, les ouvriers de Chicago, accompagnés par leur famille, défilèrent par milliers dans les rues, sous les yeux sidérés de la police, de l’armée et des gardes privés prêts à intervenir au moindre trouble. La manifestation de solidarité se déroula sans encombre et s’acheva sur les bords du lac Michigan, où les principaux orateurs, parmi lesquels Albert Parsons et August Spies, prirent la parole devant la foule. Dans la seule ville de Chicago, 80 000 ouvriers participèrent à la manifestation et, dans tout le pays, le 1er mai eut le même retentissement et fut suivi avec le même enthousiasme.

Le lundi suivant, 3 mai, le mouvement de grève continua et beaucoup d’ouvriers se joignirent aux grévistes du 1er mai, paralysant ainsi l’économie de la ville de Chicago. La violence des forces de l’ordre, contenue durant la journée du samedi, allait éclater devant les grilles d’une usine de machines et outils agricoles, la McCormick Harvester Works (aujourd’hui International Harvester Corporation). Ripostant à la journée de grève du 1er mai par un lock- out massif, le patronat de cette usine avait remplacé ses employés par 300 briseurs de grève. A la sortie, ceux- ci furent pris à parti par les grévistes. Brusquement, la police chargea l’arme au poing. Les grévistes tentèrent alors de se disperser, mais les policiers, sans doute déçus et exaspérés par le caractère pacifique des manifestants du 1er mai, tirèrent sur la foule, abattant six hommes alors qu’ils s’enfuyaient. Les organisateurs de la journée du 1er mai virent dans ce massacre un fait honteux et inacceptable qu’il fallait dénoncer publiquement. Une manifestation fut décidée pour la soirée du lendemain sur la place de Haymarket, non loin d’un des commissariats de police de Chicago. Cette soirée de protestation contre les brutalités policières se déroula sans heurt, les orateurs se succédant devant une foule calme. Vers la fin de la manifestation, alors que les principaux orateurs avaient déjà quitté la place, 180 policiers, la matraque à la main, firent irruption parmi les manifestants, les enjoignant de se retirer immédiatement, ce à quoi Sam Fielden, un des organisateurs, eut le temps de répliquer que la foule était paisible. Une bombe explosa alors au milieu des policiers et ce fut la panique. Les policiers, dont un fut tué et sept blessés, firent feu et la foule se rua dans toutes les directions pour échapper à la fusillade.

Du côté des manifestants, le bilan fut également lourd, un mort et de très nombreux blessés. On ne retrouva jamais le lanceur de bombe, peut- être un provocateur. Cependant, les autorités ne prêtèrent aucun crédit à cette version des faits. La situation, à leurs yeux, ne comportait aucune énigme, les responsables étaient connus : les anarchistes. Non contents d’inspirer les mouvements de grève des jours précédents et de semer le trouble en incitant les ouvriers à manifester sur la place de Haymarket, ils s’attaquaient directement aux forces de l’ordre. Les autorités de vaient donc réagir vite et frapper à la tête du mouvement pour endiguer une révolte qui mettait tout le système en péril.

Les représentants du mouvement ouvrier de Chicago, Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer, Samuel Fielden et Louis Lingg furent arrêtés, jugés et condamnés à être pendus, sans aucune preuve de leur culpabilité. Parsons, Spies, Fischer, Engel furent exécutés, Fielden et Schwab réclamèrent la clémence et virent leur condamnation commuée en peine d’emprisonnement à vie. Quant à Lingg, dont la mort reste un mystère qui n’a toujours pas été éclairci, il se serait suicidé dans sa cellule. Le procès des martyrs de Chicago a inauguré le règne de la terreur pour le mouvement ouvrier dans tout les Etats- Unis. Le 1er mai 1886 ainsi que les événements dramatiques qui ont secoué le mouvement ou vrier américain sont à l’origine de la célébration de la Fête du Travail, jour chômé et réservé aux manifestations des travailleurs. Comme, plus tard, le cas de Sacco et Vanzetti et l’affaire Rosenberg, le procès des martyrs de Chicago reste un exemple de la justice à la solde des possédants dans l’Amé- rique capitaliste. Les dernières paroles d’August Spies, à ce propos, sont prophétiques :

« Il viendra un temps où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui »

Les débuts du premier mai en France

Paris connut le premier mai 1890 son premier « premier mai ». Une tradition allait naître, mais, pendant longtemps encore, sa célébration va se faire contre les forces de répression et 1er mai va signifier affrontements, brutalités et sanctions de tous ordres. En 1901, le syndicaliste Pouget propose dans son journal Le Père Peinard : « Fixons nous une date et proclamons qu’à partir du jour que nous aurons choisi pour rien au monde nous ne consentirons à faire plus de huit heures ! ».

Il faudra attendre le 8ème congrès de la CGT, qui se tient à Bourges en septembre 1904, pour que l’idée soit reprise et la date fixée : ce sera le 1er mai 1906 ! Pour préparer cette journée, la CGT entame la première grande campagne de propagande de son histoire : affiches, tracts, papillons, brochures, création de comités d’action pour les 8 heures, articles dans le journal confédéral d’alors, La Voix du Peuple. On y développe toute une argumentation autour de l’idée des 8 heures : moyen pour combattre le chômage, éliminer fatigue et surmenage, supprimer les maladies professionnelles, développer les bibliothèques, élever le niveau culturel des travailleurs, etc.

C’est dans ce climat qu’arrive le 1er mai 1906, qui va être marqué par de violents affrontements avec les forces de police. Dès le matin, Paris est mis en état de siège : soldats et policiers en armes à chaque carrefour, forte concentration de policiers à cheval aux abords de la Bourse du travail, place de la République. La caserne proche a même été aménagée en « prison » temporaire…

Les divers syndicats ont convoqué leurs adhérents en plusieurs points de la capitale. Un meeting est prévu à la Bourse, mais comme tout le monde ne peut y pénétrer, c’est une manifestation de rue que la police s’efforce de disperser : il y a des charges brutales, des arrestations par centaines. A l’heure du bilan, le soir, on comptera même deux morts. Et il faudra attendre 23 heures pour que les rues de Paris retrouvent leur aspect habituel. Mais les violences continueront pendant plusieurs jours en- core. Les patrons licencieront plus de deux mille travailleurs coupables d’avoir quitté leur travail le 1er mai !

La Commune de Paris vue par les Anarchistes

18 mars 1871, début de la commune de Paris.

 En attendant que ne revienne le temps des cerises, nous vous proposons de télécharger la brochure sur « La Commune de Paris vue par les anarchistes (1878 – 1930) »

  Bonne lecture et à bientôt sur les barricades !

La Commune de Paris vue par les anarchistes (1878-1930)

L’idée que la Commune de Paris a fait l’objet de diverses tentatives de récupération idéologique est tellement répandue que personne ne se soucie plus d’en vérifier le bien-fondé. Si « La guerre civile en France », rédigée par Karl Marx en 1871, constitue bien un revirement par rapport aux écrits antérieurs de l’auteur et réactualise certaines conceptions trop étatistes du Manifeste communiste de 1848, il n’en va des continuateurs de sa pensée.

Leurs réflexions sur la révolution parisienne étant largement méconnues, nous proposons ici une approche diachronique, non exhaustive, de textes produits par quelques-uns des plus éminents représentants de l’anarchisme, entre les années 1870 et 1930. …

Les Anarchistes, pionniers de la lutte anti-colonialiste

D’après un extrait de l’articlede Benjamin STORA :  » »La gauche socialiste, révolutionnaire et la question du Maghreb au moment du Front populaire (1935-1938 ) » » in la revue ADEN 2009
Les héritiers de la tradition anticoloniale

Face aux défenseurs de la présence française au Maghreb, de petits courants du mouvement ouvrier français se dressent. Qui sont-ils ?

D’après un extrait de l’articlede Benjamin STORA :  » »La gauche socialiste, révolutionnaire et la question du Maghreb au moment du Front populaire (1935-1938 ) » » in la revue ADEN 2009

Les héritiers de la tradition anticoloniale


Face aux défenseurs de la présence française au Maghreb, de petits courants du mouvement ouvrier français se dressent. Qui sont-ils ?

On retrouve les continuateurs de la tradition anticoloniale[25] dans un « Comité contre la guerre et l’union sacrée » dont la première réunion se tient à Saint-Denis les 10 et 11 août 35[26]. Ils entendent poursuivre leur bataille contre le « militarisme et le service militaire à deux ans », contre la « guerre impérialiste », dont l’agression italienne contre l’Éthiopie fournit à leurs yeux un exemple. Aux côtés d’un certain nombre d’écrivains, tels Jean Giono, Magdeleine Paz[27], Henry Poulaille, Simone Weil, se regroupent donc les socialistes de gauche de Marceau Pivert[28], les trotskystes, les syndicalistes-révolutionnaires de La Révolution Prolétarienne[29], les libertaires de l’Union Anarchiste et des militants de la Confédération Générale du Travail Syndicaliste Révolutionnaire (C.G.T.S.R.), petite organisation anarcho-syndicaliste [section française de l’AIT]. Ce sont eux principalement que nous allons suivre.


Au sortir de la Première Guerre mondiale, le mouvement anarchiste spécifique se reconstitue péniblement. Il connaît un regain d’activité grâce à ses militants syndicalistes occupant des responsabilités importantes. Mis en minorité au Congrès de Lille de la C.G.T. en 1921, les anarchistes commettront l’erreur [tactique] de quitter la C.G.T.U.[30] nouvellement créée, pour fonder une nouvelle organisation syndicale, la CGT-SR (section française de l’AIT) qui ira en périclitant avant de disparaître en 1939. Le premier numéro de son organe, Le Combat Syndicaliste, paraît en décembre 26, avec une périodicité irrégulière, jusqu’en avril 33 (n° 62). La nouvelle série qui va jusqu’au numéro 200 (19 mars 37) est en revanche d’une remarquable régularité[31]. La chronique « Tribune algérienne », dans les années 30-32, fait état de campagnes menées par ses sections syndicales, en particulier dans le bâtiment. Samuel Jospin, dans un mémoire consacré à la C.G.T.S.R., indique que ses effectifs varient entre 1.000 et 6.000 militants[32].

Chronologiquement, la Fédération anarchiste de la région parisienne fut sans doute la première organisation politique française à s’intéresser aux travailleurs nord-africains et à mettre sur pied un Comité d’action pour la défense des indigènes, et ce dès 1923. Elle condamna énergiquement le Centenaire de la Conquête de l’Algérie en 1930 et affirma des positions nettement hostiles au colonialisme. Le groupe libertaire de Marseille mena une campagne sur « le sort de la colonie algérienne de l’Afrique du Nord », mais se heurta à l’indifférence à peu près généralisée[36]. On les retrouve au début de l’année 35, menant campagne « contre la religion » et « la politique » avec un tract distribué en arabe à Paris :

Aux travailleurs algériens ! Bravo ! Tu commences à te réveiller, tu entres dans la lutte sociale après avoir compris que tu es trop opprimé. Mais, hélas ! Croyant te libérer de la peste française qui te ronge, tu veux te rejeter vers le choléra islamique, qui te détruira pareillement, ou vers la politique, qui te dévorera […] Anarchistes, nous te disons : À bas tous les gouvernements et tous les exploiteurs, qu’ils soient roumis ou musulmans, car tous veulent vivre sur le dos des travailleurs […]

Pour le groupe des Anarchistes indigènes algériens : Saïl Mohamed[37].

Obsédés par l’idée de la propagande, où la verve polémique l’emporte le plus souvent sur la rigueur de l’analyse, les anarchistes ont-ils réussi à faire connaître largement leurs positions grâce à leurs journaux et à leurs brochures ? On ne saurait le dire précisément. Pendant le Front populaire, il y a en tout cas grossissement des effectifs du mouvement anarchiste. Ainsi apparaît dans Le Combat Syndicaliste l’activité d’une section des Métaux à Oran en 37. L’existence de petits groupes anarchistes est signalée à Alger en 35, à Oran en 36, à Sidi-Bel-Abbès en 38[38]. Au Congrès de Paris de l’Union anarchiste en 37, où 120 délégués expriment 74 groupes, deux délégués représentent Alger. C’est une première par rapport aux quatre précédents Congrès. Leur existence au Maghreb peut donc paraître dérisoire ; elle est néanmoins établie par l’écho des campagnes que l’on trouve dans leurs journaux. Ainsi exigent-ils dans ceux-ci en 36, la libération de quarante militants anarchistes d’origine espagnole arrêtés à Oran et Casablanca[39].

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[25] Sur l’anticolonialisme anarchiste et ouvrier au début du siècle, cf. C.-R. Ageron, L’anticolonialisme en France de 1871 à 1914, P.U.F., 1973 et plus spécialement p. 32-35.

[26] Lire, dans le n° 7 : Arnaud Blouin : « Le pacifisme du noyau syndicaliste révolutionnaire de La Révolution prolétarienne (1914-1939) » ; Vincent Chambarlhac : « 1914-193… Une mémoire brisée ? Entre marginalisation et fidélité, le combat des pacifistes de la Grande Guerre dans les années 30 ». [n.d.l.r.]

[27] Cf. l’article de A. Mathieu sur M. Paz. [n.d.l.r.]

[28] Marceau Pivert (1895-1958) était le leader du courant de la Gauche révolutionnaire à la S.F.I.O.

[29] Cf. l’article d’A. Blouin déjà cité. [n.d.l.r.]

[30] Opposés à l’alignement de la C.G.T.U. sur le P.C.F., les anarchistes se regroupent en 1926 dans la Confédération Générale du Travail-Syndicaliste révolutionnaire.

[31] Collections déposées au Centre d’Études et de Recherches du Mouvement Trotskyste et Révolutionnaire International (CERMTRI).

[32] Samuel Jospin, La c.g.ts.r. à travers son journal Le Combat syndicaliste, 1926-1937, Maîtrise, Université de Paris I, 1974.

[33] De 1929 à 1939, quatre organisations ont existé en France : l’Union anarchiste-communiste révolutionnaire qui en 34 devient l’Union anarchiste ; l’Association des fédéralistes anarchistes ; la Fédération anarchiste de langue française ; la Fédération Commu­niste Libertaire (Cf. Alain Droguet, Le mouvement anarchiste-communiste de 1929 à 1939 vu à travers ses Congrès, Maîtrise, Université de Paris I, 1972).

[34] Le Libertaire, respectivement 25 novembre 1929 et 2 octobre 1936.

[35] Mohamed Saïl (1894-1953) et Slimane Kiouane (1896-1971) étaient les principaux animateurs du Comité d’action pour la défense des indigènes algériens fondé par la Fédération anarchiste de la région parisienne.

[36] Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, Alger, SNED, 1980, t. I, p. 258.

[37] Tract reproduit dans Le Combat Syndicaliste, 25 janvier 1935.

[38] In Françoise Vanacker, Le Mouvement anarchiste à travers Le Libertaire (1934-1939), Maîtrise, Université de Paris I, 1971.

[39] « Sauvons les camarades d’Oran et de Casablanca », Le Combat syndicaliste, 8 mai 1936 ; « Appel pour les emprisonnés d’Oran », ibid., 29 mai 1936.

http://www.univ-paris13.fr/benjaminstora/lhistoire/217-la-gauche-socialiste-revolutionnaire-et-la-question-du-maghreb-au-moment-du-front-populaire-1935-1938-

Léandre VALERO, anarchiste sans frontière

(d’après différentes sources bibliographiques et des souvenirs d’un militant de la CNT-AIT Auxerre)

Léandre VALERO est né en Algérie, à Oran le 12 octobre 1923 dans une famille d’origine espagnole. Son père, militant actif de la CNT-AIT, avait dû fuir l’Espagne du fait de ses activités militantes. Il devait à ses origines multiples d’être à fois hispanophone, arabophone et francophone.

Léandre a toujours eu le goût de l’action et de l’aventure. Très sportif, il était toujours soucieux de sa forme physique. Dans sa jeunesse, pas trop porté sur les études, sa carrure et son intelligence rusée l’ont amené à exercer différentes activités dont celles de rat d’hôtel dans les palaces, où il s’amusait à détrousser les riches bourgeoises de passage tel Alexandre JACOB le fameux monte-en-l’air anarchiste qui inspira le personnage d’Arsène Lupin.

(d’après différentes sources bibliographiques et des souvenirs d’un militant de la CNT-AIT Auxerre)

Léandre VALERO est né en Algérie, à Oran le 12 octobre 1923 dans une famille d’origine espagnole. Son père, militant actif de la CNT-AIT, avait dû fuir l’Espagne du fait de ses activités militantes. Il devait à ses origines multiples d’être à fois hispanophone, arabophone et francophone.

Léandre Valéro en
1946 à Marseille,
avec un camarade
rentrée récemment
d’Indochine.

Léandre a toujours eu le goût de l’action et de l’aventure. Très sportif, il était toujours soucieux de sa forme physique. Dans sa jeunesse, pas trop porté sur les études, sa carrure et son intelligence rusée l’ont amené à exercer différentes activités dont celles de rat d’hôtel dans les palaces, où il s’amusait à détrousser les riches bourgeoises de passage tel Alexandre JACOB le fameux monte-en-l’air anarchiste qui inspira le personnage d’Arsène Lupin.

 Pendant la Révolution espagnole, alors que son père à rejoint la FAI, il bouille d’aller en découdre mais il est trop jeune. Lors de la seconde guerre mondiale, encouragé par son père, il rejoint les Forces françaises libres (FFL) dans la 2ème DB, tant par conviction antifasciste que par soif de combats. Il participe à la campagne d’Afrique du Nord, d’Italie et participe à la Libération en tant qu’agent de liaison au volant d’une jeep Willis. Il disait aussi avoir fait partie du détachement qui était arrivé en éclaireur à Berchtesgaden, le nid d’aigle d’Hitler. Il en avait ramené quelques « souvenirs », notamment des P38.  « Ca peut toujours servir ». IL disait aussi avoir vu de grandes quantités de ‘oeuvres d’art pillées par les nazis dans toute l’Europe et avoir pris une sacrée cuite avec de grands crus entreposés dans le Bunker.En juin 1946, il est envoyé pour combattre en Indochine. Pendant le trajet, il essaie par différents subterfuges d’être débarqué. Si ma mémoire est bonne il est mis aux fers à Marseille pour désobeissance mais il est tout de même envoyé en Indonchine. Une fois sur place, il tente de venir en aide au Vietminh en organisant un trafic d’essence volée à l’armée française. Considéré comme un élément « démoralisant », il est réexpédié en France métropolitaine durant l’été 1946.Il s’installe pour un temps à Paris et adhère à la CNT-AIT française renaissante suite à son congrés de constitution de Décembre 46 ainsi  qu’à la la Fédération anarchiste. Là il y fait la connaissance de Georges BRASSENSParti ensuite à Auxerre, dans l’Yonne, il travailla comme ajusteur-outilleur aux établissements Gardy, où il monta une importante section CNT. Les tensions qui divisent le mouvement anarchiste, l’immobilisme des « synthésistes » de la FA autour de Maurice Joyeux qui abandonnent la CNT-AIT pour FO après avoir bien participé à la couler, l’écoeurent. Il en gardera une certaine rancoeur tenace contre FO et une forme de défiance non moins teinté d’admiration pour les trotskystes Lambertistes (qui avaient mis la FA sous leur coupe) … Homme d’action, il se sent plus proche de Georges FONTENIS, avec qui il se liera durablement. Il restera militant de l’organisation anarchiste lorsque celle-ci se transforma en Fédération communiste libertaire (FCL).

En août 1954, il accepta, à la demande de la FCL, de déménager en Algérie pour renforcer son organisation-sœur outre-Méditerranée, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA).

Embauché comme ouvrier aux établissements Henri Hamel à Alger, Léandre milita alors avec les camarades du MLNA, notamment le docker Duteuil, Fernand Doukhan et Derbal Salah.

Le MLNA apportent d’abord leur soutien aux messalistes du Mouvement national algérien (MNA). Après l’insurrection de la Toussaint 1954, cela devait même devenir son activité centrale. Léandre Valéro sera notamment la « boîte aux lettres » du MNA, se chargera occasionnellement de véhiculer les dirigeants de l’organisation indépendantiste algérienne et distribuera les tracts du MNA destinés à la population algérienne. Non sans risques car outre la police et les fascistes français, le FLN menait une guerre sans merci contre les « messalistes » (le 23 mai 1955, Boudiaf, Ali Mahsas et Yacef Saadi avaient décidé de liquider les principaux dirigeants du MNA à commencer par Messali Hadj …)

Les ventes du Libertaire à la criée se faisaient avec un revolver dans la poche, et Léandre lui-même eut, une fois, à essuyer des tirs lors d’une vente. Il aimait aussi raconter que la visière de sa casquette cachaient une lame de rasoir « au cas où il faudrait se défendre ». il était fier de nous raconter que dans la Casbah, il pouvait continuer de griller ses cigarettes alors que le FLN avait donné l’ordre d’arrêter de fumer, sous peine de se faire couper le nez au coupe-choux.

En août 1955 il obtint un emploi de chef d’atelier à la station expérimentale d’élevage du Kroubs, dans le Constantinois. Là, il établit le contact avec un maquis du Front de libération nationale (FLN) et lui fit passer des vivres et des armes obtenues grâce aux relations qu’il avait conservées au sein de l’armée. Il laisse « filer » les ouvriers qui partent rejoindre le maquis les uns après les autres.

À l’été 1956, pour échapper à une mobilisation dans la Territoriale, il décida de rentrer en France clandestinement. Le MLNA, de plus en plus exposé, choisit alors de s’autodissoudre. Tout son stock de matériel et ses archives furent coulés dans la Méditerranée.

Après quelques mois de clandestinité avec d’autres militants de la FCL dans la région bourguignone, avec le groupe Libertaire de Mâcon. Ils s’occpaient notamment de la colelcte de fonds pour la Wilaya 3, et de faire passer des déserteurs, insoumis et militants algériens en Suisse avec l’aide d’André BÖSINGER.

Léandre profita de l’amnistie de De Gaulle pour retourner à Auxerre en 1958, où il s’embaucha chez le carrosier firgoriste Fruehauf. Faute de CNT-AIT qui avait quasiment disparu à cette époque, Il y anima le puissant syndicat CGT de Fruehauf  et entra en 1960 au secrétariat de l’UD-CGT de l’Yonne.

Le syndicat CGT de Fruehauf fut en mai 1968 le premier à lancer la grève dans l’Yonne, ce qui devait faire de Léandre Valéro un des principaux animateurs du mouvement dans le département.

Après s’être misà son compte et pris la direction d’une entreprise d’ambulances, ainsi que la direction d’une salle de boxe, il prend sa retraite en 1983. Léandre, qui n’avait jamais cessé d’être anarchiste dans l’âme, avait adhéré à Alternative libertaire à sa fondation en 1991. Il y était resté jusqu’en 2000.

Il participa avec enthousiasme à la réactivation d’un groupe de la CNT à Auxerre en 1998, qui choisit de rejoindre l’AIT contre les Vignles. Sa maison hébergera les réunions du groupe, même si les différences de générations (près de 50 ans avec les plus « âgés » du groupe) pouvaient parfois amener à des incompréhensions réciproques.

Il meurt à Auxerre le 21 août 2011, après une vie digne d’un roman d’aventure.