LA RUMEUR DE LA CASBAH [1998]

(Article paru dans le journal de la CNT-AIT Toulouse, été 1998)
Algérie : En Algérie, dans cette sale guerre qui ne veut pas dire son nom, il y a des rumeurs qui courent. Et la rumeur, c’est aussi une stratégie de guerre. Mais toutes les rumeurs n’ont pas la même destinée.

(Article paru dans le journal de la CNT-AIT Toulouse, été 1998)

Algérie : En Algérie, dans cette sale guerre qui ne veut pas dire son nom, il y a des rumeurs qui courent. Et la rumeur, c’est aussi une stratégie de guerre. Mais toutes les rumeurs n’ont pas la même destinée.

Certaines sont amplifiées. Médiatisées et d’autres passées sous silence, transmises seulement de bouche à oreille entre copains, entre gens de quartiers, lorsqu’on se connaît, lorsqu’on est presque sûr.. Il en est justement une qui m’est parvenue par des copains algériens de passage en France.

Ca se passe à la Casbah, haut lieu de combat pendant la guerre de libération. Son architecture lui confère certaines particularités. Si on n’est pas du coin, on s’y perd dans ses ruelles en labyrinthes. Mais si on est du coin, et si la population vous soutient, alors la casbah offre mille possibilités de se planquer et de disparaître par les terrasses, si jamais on est poursuivi.

Fief islamiste ayant voté majoritairement FIS lors des fameuses législatives de 1992, le quartier est sous haute surveillance militaire et policière depuis 94. La zone est quadrillée 24 heures sur 24, et les habitants sont systématiquement contrôlés et fouillés à l’entrée et à la sortie. Pourtant, les islamistes et leurs branches armées sont restés dans la casbah, de plus en plus actifs. Les attentats à la bombe contre les conunisariats, les assassinats de flics, les sabotages… étaient monnaie courante. Les quadrillages et les opérations de police n’avaient que peu d’impact sur l’activité des islamistes.

Et là, justement, mes copains me racontent -ce qu’on n’entend jamais par ailleurs- qu’à la casbah, comme dans beaucoup d’autres coins « chauds » (Ben talha, Shaoula, Blida, Médéa … ) les islamistes oeuvrait avec la complicité de la population. Les gens s’organisaient en assemblées générales, constituées aussi bien de la population civile que des intégristes. On y décidait collectivement des actions à mener..

Mais depuis 1996, la situation a changé. L’armée a réussi à « nettoyer » le quartier, alors qu’elle en était incapable entre 94 et 95. Le nombre d’attentats et de meurtres dans la casbah a considérablement chuté. Il y a bien sûr, la mise en place d’un système de lutte contre la guérilla urbaine de plus en plus perfectionné, ayant pour objectif d’éradiquer les intégristes, mais aussi de terroriser la population entière et l’obliger par la peur à changer de camp. Mais, une des raisons que mes amis avancent, et qui leur semble tout à fait essentielle, serait que la population s’est désolidarisée du mouvement intégriste, à partir du moment où ce dernier n’a plus respecté les décisions prises en A.G., concernant notamment le rejet des assassinats de civils et de commerçants qui refusaient de se faire racketter (dont une famille entière de Mozabites)…

Tant qu’il s’agissait de porter atteinte à l’appareil de l’état et à ses représentants, la population était solidaire ; elle n’a pas accepté que la branche dure du F.I.S. fasse passer ses propres « valeurs », sa propre logique avant la sienne. Ce n’est peut-être qu’une rumeur comme les autres, c’est possible. Mais de celles qui sont tues. Elles ne sont pas dans l’ordre des choses dans un pays où les militaires font régner leur conception très particulière de la démocratie. Et pourtant, elle pourrait bien être éclairante sur les relations (réelles ou supposés) des algériens avec les intégristes, puisqu’elle casserait la légende entretenue par certains médias d’un « peuple d’intégristes ».

Fadila

L’AUTRE FACE DE LA GUERRE : ARGENT, PROFIT, EXPLOITATION, PILLAGE (1998)

(article paru en 1998 dans le Combat Syndicaliste de la CNT-AIT de Toulouse]

L’Algérie est en guerre depuis sept ans. Totalitarisme d’Etat contre totalitarisme religieux. Le nombre de morts donne par les croque-morts officiels est de 500 000.

Sept ans de luttes de pouvoir entre des clans ! 200 morts par jour Et cela ne s’arrêtera pas tant que l’appropriation des biens, de tous les biens, par une clique ou l’autre ne sera pas réalisée. Après cela, la guerre se terminera peut-être, à moins qu’un soulèvement social ne se produise, tant est immense le délabrement des conditions de vie du peuple. Derrière cette guerre, qui s’habille de démocratie ou d’islamisme, se cache un cynique dépeçage de l’Algérie. Et cela, les médias prennent soin de ne jamais en parler. Alors, de retour d’Alger et de quelques villes du sud, je veux dénoncer l’autre face de cette guerre, celle de l’argent, du profit, de l’exploitation, du pillage.

(article paru en 1998 dans le Combat Syndicaliste de la CNT-AIT de Toulouse]

L’Algérie est en guerre depuis sept ans. Totalitarisme d’Etat contre totalitarisme religieux. Le nombre de morts donne par les croque-morts officiels est de 500 000.

Sept ans de luttes de pouvoir entre des clans ! 200 morts par jour Et cela ne s’arrêtera pas tant que l’appropriation des biens, de tous les biens, par une clique ou l’autre ne sera pas réalisée. Après cela, la guerre se terminera peut-être, a moins qu’un soulèvement social ne se produise, tant est immense le délabrement des conditions de vie du peuple. Derrière cette guerre, qui s’habille de démocratie ou d’islamisme, se cache un cynique dépeçage de l’Algérie. Et cela, les médias prennent soin de ne jamais en parler. Alors, de retour d’Alger et de quelques villes du sud, je veux dénoncer l’autre face de cette guerre, celle de l’argent, du profit, de l’exploitation, du pillage.

Grace a cette guerre, le FMI (Fonds monétaire international) met en place en toute tranquillité un plan de restructuration qui consiste à libéraliser le marché, privatiser les entreprises, licencier les travailleurs (70 000 licenciements en quatre ans). Sous Boumediene et consorts, grâce aux ressources énergetiques du pays (gaz, pétrole), le peuple, s’il n’avait pas droit a l’opulence du clan au pouvoir, ne mourait pas de faim. L’Etat subventionnait tous les produits d’importation de première nécessité, l’école était réellement gratuite, ainsi que la sant. Le khalife Boumediene et sa cohorte de militaires règnaient en pères et maitres, sans instabilité politique, sans soulèvements sociaux. A l’heure de la mondialisation, cette lutte de pouvoir était certainement la bienvenue. Rien n’est autant inhibiteur que la peur. « La terreur rend les peuples muets », bien des dictateurs vous le diront. Grace a cette guerre, des concessions pétrolières ont été cédées aux capitalistes américains, allemands, canadiens, français et italiens.

Dans ces sites, pas un attentat, pas un faux barrage, pas une boucherie, pas un carnage. Le pétrole et le gaz coulent a flots. La surveillance est infaillible. Les Américains ont amené dans leurs bagages leurs propres chiens de garde. Aucun civil ne peut y pénétrer sans un sauf-conduit. « Un pays dans le pays. » On a découvert des gisements d’or dans le Sahara central. Une entreprise d’exploitation a déjà été mise en place en partenariat avec les Sud-africains. Durant l’hiver 1998-99, une équipe d’americains, de canadiens et d’australiens a été invitée par les autorités algériennes pour la visite d’autres sites et pour la négociation des concessions futures. Il parait que ceux-la sont plus gourmands et ne veulent pas des traditionnels 49 % des parts de l’entreprise, mais 50 %.

Grace a cette guerre, des militaires et des représentants de l’Etat se sont accaparés tous les gros marchés (pharmaceutique, immobilier, café, sucre, bananes), et la société nationale de production de médicaments (ENPHARM), après avoir été coulée par cette clique, a été mise en Bourse en février 1999, les gros actionnaires étant toujours les mêmes militaires et politicards.

Grace a cette guerre, les multinationales, Coca-Cola, Daewoo, se sont enfin implantées en Algérie.

Grace a cette guerre, et avec l’aide du FMI, l’inflation a atteint des proportions insupportables pour la plupart des gens. Et ce n’est pas fini, ce n’est que le début. La misère s’est installée partout. Il n’existe plus de classe moyenne. Il y a les riches, les très riches, il y a les moyennement pauvres et il y a les totalement démunis. Le fosse entre riches et pauvres se creuse a une allure vertigineuse.

En effet comment peut-on-s’en sortir lorsque le salaire d’un smicard est de 5 000 dinars, celui d’un cadre moyen de 15 000 dinars, alors que la baguette de pain coûte 9 dinars, le litre de lait 22, le kilo de semoule 40, le kilo de riz 60, les pâtes 70, les légumes secs entre 50 et 80, le kilo de viande 500, les crevettes entre 500 et 1 000, le poulet 150, la sardine (le poisson des pauvres dans les années 70-80) 70, et l’oeuf 6 dinars ? Comment peut-on se soigner lorsqu’une ordonnance médicale des plus banales (les soins pour une grippe ou une angine) revient au bas mot a 1 000 dinars et que la sécurité sociale n’en rembourse que 20 a 40 % ? Une amie médecin m’a dit que les gens n’achetaient plus que les médicaments les plus « nécessaires ». Pour le reste, « prends ton mal en patience ! »

Comme l’Etat se désengage de plus en plus de tous les services publics (santé, éducation, logement, emploi ….), il y a aussi le problème dramatique du logement qui n’a fait qu’empirer depuis la guerre. Avec la privatisation et la libéralisation du marché, les prix des loyers se sont envolés ! Pour un F2 dans la banlieue pauvre d’Alger, on paie entre 8 000 et 13 000 dinars par mois. Certaines agences font des contrats d’un an renouvelables et exigent le prix d’une annee de loyer d’avance

Pour s’en sortir, il reste encore le réseau familial, quand les enfants sont en âge de travailler, et s’ils arrivent à décrocher un boulot. Sinon, il reste le système D. Dans tout Alger, il y a des jeunes qui vendent des cigarettes au détail parce que les gens ne peuvent plus se permettre de s’acheter un paquet entier. Il y a la vente à la sauvette de tout et de rien (bien sûr des articles d’importation). Il y a ces vieilles femmes et ces petits enfants qui vendent, autour des marches Closel et Messonier, du pain, du couscous, des bricoles. Il y a la mendicité, qui, en quatre ans, s’est répandue partout dans Alger. Des enfants entre 8 et 12 ans, des vieux, des vieilles femmes qui arpentent les rues à longueur de journée, qui rentrent dans les magasins, les restos, les agences de voyage et à qui on n’a pas encore le courage de dire d’aller mendier dehors. Il y a aussi ceux qui ont pêté les plombs, les « fous », de plus en plus nombreux, qui errent en gueulant en parlant, en tenant des discours politiques pas si incohérents qu’on pourrait le penser.

Et tout cela n’est que le début, le pire n’est pas encore arrive. Il reste encore au pouvoir a s’accaparer le foncier. Les textes relatifs a la privatisation des terres sont ficelés. Mais qui en seront les bénéficiaires ?

Les fellahs, qui ont travaillé ces terres pendant la période de la révolution agraire avec le slogan « la terre est a celui qui la travaille » ? Les anciens propriétaires d’avant la guerre d’indépendance (puisque, à cette époque, le système social était de type « tribal » et que les terres communautaires appartenaient aux tribus) ? Ou les grosses fortunes liées au pouvoir (militaires et autres mafias) ? Il faut peut-être souligner ici que le fameux « triangle de la mort », comme la presse occidentale le nomme, n’est rien d’autre que la grande plaine de la Mitidja : les terres les plus fertiles d’Algérie. Est-ce une tactique de la guerre économique qui consiste par la terreur et les massacres de familles entières a vider ces terres de ses occupants pour faciliter leur appropriation par ceux qui sont en train de se partager le pays ?

Ce qui se cache derrière cette guerre, comme derrière toutes les autres, d’ailleurs (la guerre du Golfe, le Kosovo, le Rwanda, la Palestine occupée), ce sont des intérêts économiques et des enjeux géostrategiques. Un nouveau partage du monde est en train de se faire, avec une lutte acharnée entre Américains et Européens. Les peuples peuvent crever, de bombes, de coups de sabre ou de faim : 30 millions de personnes meurent chaque année de faim. Voila le plus grand des génocides de notre siècle, mais cela leur importe peu. Ce qui les intéresse, c’est d’établir leur nouvel ordre policier et économique, avec la complicité des gouvernants sur place, qu’ils soient fachos, intégristes ou totalitaires, et la collaboration active des médias, qui taisent tout cela consciemment.

Je voudrais terminer par une phrase que m’a dite un ami d’Alger. « Plus que tout c’est le tissu social, la solidarité, la convivialité, la chaleur, le sens de l’hospitalité que l’on est en train de detruire. ». Et, quand ce sera totalement fait, ils auront réussi leur coup. Chacun ne pensera qu’a sa peau pour sortir de la galère. Nous deviendrons des individualistes. Et l’individualisme est l’une des bases fondamentales du capitalisme.

Fadila

L’AUTRE ALGERIE : CELLE DES LUTTES SOCIALES (Sept 1999)

L’Algérie est toujours en guerre (article publié en Septembre 1999). L’Armée, les Affairistes de la politique et les Integristes de tous poils continuent de prendre la population en otage, de pratiquer le meurtre et la terreur. Dans ce climat de peur et d’oppression, des syndicalistes se battent pour défendre encore un espace de liberté et des conditions de vie décentes. L’un a écrit à la CNT-AIT de Toulouse, pour parler des luttes dans le domaine de l’éducation. Bien que nous ne partagions pas toutes ses analyses sur le rôle du syndicalisme et ses modes d’action, nous publions sa lettre car elle parle d’une Algérie inconnue des grands médias et de luttes gardées sous silence…

L’Algérie est toujours en guerre (article publié en Septembre 1999). L’Armée, les Affairistes de la politique et les Integristes de tous poils continuent de prendre la population en otage, de pratiquer le meurtre et la terreur. Dans ce climat de peur et d’oppression, des syndicalistes se battent pour défendre encore un espace de liberté et des conditions de vie décentes. L’un a écrit à la CNT-AIT de Toulouse, pour parler des luttes dans le domaine de l’éducation. Bien que nous ne partagions pas toutes ses analyses sur le rôle du syndicalisme et ses modes d’action, nous publions sa lettre car elle parle d’une Algérie inconnue des grands médias et de luttes gardées sous silence…

ALGERIE : LUTTES SOCIALES

Le conflit CNES (Conseil National des Enseignants du Superieur) – MESRS (Ministere de l’Enseignement Superieur et de la Recherche Scientifique) dure depuis 1991, toujours autour de revendications salariales principalement. En novembre 1991 déjà, les enseignants universitaires étaient sortis dans la rue et avaient essaye de faire un rassemblement pacifique devant le siège du gouvernement ; ils ont été déloges à coups de matraques par les forces de l’ordre.

Las de voir leur situation sociale se dégrader, et ne pouvant plus de ce fait assumer pleinement leur travail, les enseignants ont déclenché fin 1996 un mouvement de grève a l’échelle nationale ; la grève s’imposait, en l’absence d’écoute des pouvoirs publics. Malgré la durée de la grève (3 mois en pleine année universitaire), les responsables du secteur et les autorités du pays ont utilise tous les moyens possibles et imaginables pour casser le mouvement de grève et le syndicat autonome des enseignantq : intimidations, mises en demeure, blocage des salaires, tentatives de division… Les enseignants ont arrete leur mouvement de grève a la mi-janvier 1997 pour sauver ce qui restait de année universitaire, sans que leurs revendications ne soient reellement prises en charges ; seul acquis arrache lors : une augmentation négligeable des salaires et la promesse ferme des autorités de tutelle d’elaborer avant la fin de année universitaire le statut particulier de l’enseignant-chercheur universitaire.

En 1998, la situation sociale et les conditions de travail de l’enseignant se sont encore dégradées. Sur cette base, les délégués syndicaux avertissent les autorités de tutelle qu’en absence d’une prise en charge sérieuse des doléances des enseignants, une grève nationale serait déclenchée à la rentrée suivante (octobre 1998). La grève a donc démarré le 17 octobre 1998, avec comme principales revendications la revalorisation des salaires et l’élaboration du statut particulier de l’enseignant-chercheur.

Pendant 3 mois, : silence radio de toutes les autorités du pays malgré les appels répétés du CNES a des négociations, malgré des marches et des manifestations des enseignants dans plusieurs villes universitaires, malgré trois rassemblements pacifiques (réduits à cela à cause de l’interdiction, y compris par la force, des marches prévues) des enseignants en plein centre d’Alger. A signaler que les enseignants ont même été empêchés par la force d’accéder à leur ministère de tutelle le 11 décembre 1998, date de leur premier rassemblement a Alger. Au cours des manifestations, des enseignants et des enseignantes qui brandissaient leurs stylos pour signifier que c’était la seule arme dont ils disposaient, ont été tabasses par les forces de l’ordre. A signaler aussi que des bus emmenant des enseignants de l’interieur du pays a ces rassemblements ont été interceptes sur le périphérique et empêches de rejoindre Alger et le lieu du rassemblement.

Pendant trois mois donc, tout se passait du coté des pouvoirs publics et même des médias du secteur public, comme s’il ne se passait rien. La quasi-totalité des établissements universitaires du pays bloquée ou fortement perturbée dans leur fonctionnement, près de 10 000 enseignants (sur 15 000 au total) en grève, la majorité des 500 000 étudiants de l’université prives de cours, tout cela était apparemment négligeable, en tout cas pas assez important pour amener les responsables du secteur à se pencher sérieusement sur les revendications des enseignants et à essayer de trouver une issue au conflit. La seule initiative prise par le pouvoir pendant ces 3 mois a été le blocage, à partir de novembre, des salaires des enseignants, et cela en totale contradiction avec les lois régissant les conflits du travail. En effet, une circulaire ministérielle datant de 1991 prévoit dans ce type de conflit une ponction de 3 jours de salaire par mois pendant toute la durée de la grève, si celle-ci est légale, ce qui était le cas. Il faut relever ici la légéreté avec laquelle les premiers responsables du pays bafouent les lois qu’ils ont eux-mêmes élaborées. Se rendant compte de leur erreur, et en réponse a la plainte déposée par le CNES auprès du tribunal, ils ont façonné dans la précipitation une autre circulaire, datée du 25 novembre 1998, qui leur permet de suspendre totalement les salaires.

Pendant cette période, les enseignants se sont organises (au moins une assemblée générale hebdomadaire dans chaque établissement) pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles. Des bons de solidarité ont été édités et distribues par les enseignants eux-mêmes dans leur entourage. Les fonds ainsi collectes ont permis de parer au plus presse pour les plus nécessiteux d’entre eux (distribution selon les besoins). Sinon, les circuits habituels de solidarité (amis, commerçants, familles, connaissances … ) ont permis à de nombreux enseignants de tenir le coup. Un espoir de voir le conflit se terminer est ne fin janvier 1999, avec nomination d’un nouveau Premier ministre qui a donne instruction au ministre de l’enseignement supérieur de recevoir et écouter les enseignants. Ce qui fut fait, mais après plusieurs réunions, il fallait se rendre à l’évidence : les pouvoirs publics ne voulaient rien ceder et tenaient invariablement le meme discours « reprenez le travail et on verra ». Assez rapidement, l’analyse suivante s’imposait ce qui dérange les autorités, ce n’est pas tant de répondre, au moins en partie (le CNES était prêt à faire des concessions), aux doléances des enseignants, mais c’est surtout le fait de satisfaire les revendications d’un syndicat autonome, un cadre d’organisation érigé par les enseignants en dehors des rouages du système ; une « victoire » aurait donne à réfléchir à d’autres travailleurs, d’autres secteurs…

Apres l’échec des réunions CNES-MESRS, les responsables du secteur se sont souvenus (après 4 mois de grève !) de l’existence d’une législation du travail qui prévoit, dans ce type de conflit, un règlement reposant soi-disant sur une médiation, en fait sur une procédure contrôlée par l’Etat et son complice l’UGTA [1]. La décision rendue par la CNA (Commission nationale d’arbitrage) a été la suivante : il était ordonne, dans une premiere partie, aux enseignants grevistes de reprendre immediatement le travail. Dans la 2eme partie, il était ordonne à la tutelle la mise en application d’un certain nombre de mesures en faveurs des enseignants. Le texte de cette 2eme partie reprend en fait mot a mot une série de propositions – plutôt simulacres de propositions – faites par la tutelle aux délégués du CNES un mois auparavant, lors des réunions MESRS-CNES, et rejetées alors en bloc par les représentants des enseignants.

Cette procédure était en fait qu’un moyen pour les pouvoirs publics de casser le syndicat autonome des enseignants universitaires ou tout autre syndicat qui ne suit pas la voix de son maître et de museler toute tentative de mouvement de grève et de soulèvement social dans les autres secteurs. Les enseignants ont repris leurs cours le 28 février 1999, prenant acte de la décision de la CNA, mais résolus à continuer leur combat sous d’autres formes, autour de leur syndicat, le CNES, et ce, jusqu’a l’aboutissement de leurs revendications.

Nidal


[1] UGTA = Union Générale des Travailleurs Algériens (syndicat sous la botte complète du pouvoir).

ULAC SMAH ULAC – WE WILL HAVE NO MERCY : THE ALGERIAN UPRISING IS ALSO OURS

Insurgent Algerians,

The struggle that you have been carrying forward against all society’s rulers since April 2001 is an example for us and for all the exploited. Your uninterrupted rebellion has shown that the terrorism of the state and the integralist groups, allied for a decade in the slaughter of the poor to the benefit of the rich, has not lessened your ferocity. You have understood that faced with the infectious disease of military dictatorship and the plague of Islamic fundamentalism, the only choice is open revolt. In the union of two capitalisms, the liberal one that privatizes and fires people in mass and the socialist-bureaucratic one that tortures and kills, you have responded with the unity of a generalized struggle.

Insurgent Algerians,

The struggle that you have been carrying forward against all society’s rulers since April 2001 is an example for us and for all the exploited. Your uninterrupted rebellion has shown that the terrorism of the state and the integralist groups, allied for a decade in the slaughter of the poor to the benefit of the rich, has not lessened your ferocity. You have understood that faced with the infectious disease of military dictatorship and the plague of Islamic fundamentalism, the only choice is open revolt. In the union of two capitalisms, the liberal one that privatizes and fires people in mass and the socialist-bureaucratic one that tortures and kills, you have responded with the unity of a generalized struggle.

Ulac Smah Ulac

We imagine what it means for a state and its police to find themselves facing a mass of rebels whose posters warn : ’You cannot kill us, we are already dead’ as occurred in June 2001.But we can barely imagine what it means for a region with a few million inhabitants, like Kabylia, where the police are barricaded in their barracks, ’quarantined’ by the insurgent population ; in which elections are deserted in mass, the ballot boxes ond the offices of political parties set on fire ; in which the city halls are deserted and boarded up.

The politicians who sit in the parliament with zero votes obtained have revealed the lie of representative democracy and the arrogance of a power that is increasingly mafia-like to all. You have managed to shatter the plans of anyone who tried to give your struggle a regionalist or particularist image.

The universal content of your demands – such as that of the immediate and non-negotiable withdrawal of the police – can no longer be hidden.

The autonomy of your movement, organized horizontally in the aarch (village assemblies), can only unite all the leaders of Algerian society and their accomplices in other countries against you. A revolt without leaders and without parties won’t even find favor among the professionals of international solidarity who are deprived, in this case, of charismatic figures or sub-commandantes to idealize. Up to now, you have only been able to count on yourselves. And the repression presses hard, with hundreds of deaths, thousands of injuries, people disabled for life, so many missing, the torture and arrest of many delegates of the aarch and many demonstrators. With prisoners on hunger strike and many insurgents forced to go underground.

Now the radicality of what you have already done finds other accomplices in the world, in order to break the information embargo and the murderous violence of the state. The bullets that strike are also given by the Italian government and Italian industries, Eni in the lead. The weapons that are used against your demonstrations are often of Italian manufacture.

COMRADES, YOU ARE NOT ALONE. MAY YOUR REVOLT EXPLODE EVERYWHERE.

« Some friends of the Aarch »

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Translations :

(fr) ULAC SMAH ULAC – PAS DE PARDON : L’INSURRECTION EN ALGERIE EST AUSSI LA NOTRE

(it) ULAC SMAH ULAC – NESSUN PERDONO : L’insurrezione in Algeria è anche la nostra
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First publication on http://cnt-ait.info :  lundi 25 août 2003

APOLOGIA FOR THE ALGERIAN INSURRECTION

Quevedo said about Spanish people : « they haven’t been able to be historians but they deserved to be ». This is still right concerning the 1936 Spanish revolution : others have written the history of the events. It’s too early to write the history of the insurrection that started in Algeria during spring 2001, but it’s not too late to defend it ; in other words to fight the deep indifference, puffed up with historic recklessness, as we see it in France.

Quevedo said about Spanish people : « they haven’t been able to be historians but they deserved to be ». This is still right concerning the 1936 Spanish revolution : others have written the history of the events. It’s too early to write the history of the insurrection that started in Algeria during spring 2001, but it’s not too late to defend it ; in other words to fight the deep indifference, puffed up with historic recklessness, as we see it in France.

I

To illustrate the importance and the significance of this uprising, one just need to relate the acts and declarations of the insurgents. Put together according to their most universal and true meaning the facts gives a picture of the situation from which a terrible morality is emerging :

The dignity, the understanding and the courage of the algerian insurgents condemns the abjection in which people of the modern countries are living, their apathy, their petty worries and their sordid hopes.

The young rioters fought police and gendarmerie [military police] forces during several weeks shouting :  » You cannot kill us we are already dead ! « . Treated as half dead by the Algerian society they knew that they had to destroy it to start living. (« Our answer to the nothingness will be to destroy its sire, » declared one of them in July.) Since April 21st, mainly in Kabylie, but also since June 10th in Kenchela (in the Aures), since the 11th in Skikda (north of Constantine) and since the 16th in all the eastern part of the country (at Oum El Bouaghi, Batna, Tebessa, Biskra, El Tarf etc.), they erected barricades, cut roads, assaulted gendarmerie and police stations ; they attacked a prefecture headquarters (in Tebessa, two ministers were inside the building), burned or vandalized many courthouses (in Ouacifs the ’Justice Court’, recently built, was reduced to ashes), some tax offices, post offices and state corporation offices, political parties headquarters (at least thirty two), banks, social security offices, communal parks, etc. The list is of course uncompleted, and even if it were complete, it would only give a vague idea of the scale of the movement.

At least we see that the insurgents undertook to clear the land from all « material expressions of the State ». ( The « Monde Diplomatique » had the civic stupidity to suavely blame the rioters for finishing off the « public services » and the newspaper asked if, by doing so, « the crowd of the castoffs of society » is not participating in « its own weakening« .)

When Peoples are recovering from submission, things that were usually supported are not anymore. After some many other killings committed by police and the military, the murder of the student in Beni Douala, on april 18th , provoked three days later the first riots. In Amizour, near Bejaïa, the population start insurrection on the 22nd after the arbitrary arrest of three students. In Khenchela, on the 10th of June, an officer who shows off, driving a large car, calls a young woman with contempt. Attacked by the young people who ran to defend the women, he cries out : « But what is going on with you today ? » and the answer is « Everything changed. » He get a good hiding, his car is destroyed. One hour later, he comes back with thirty soldiers dressed in civilian clothes, armed with automatic rifles. After a pitched battle, the soldiers have to retreat, but the riot spread in the whole town : barricades are erected, the city hall, the tax office, Sonelgaz corporation’s headquarter, the prefecture and two chain store are turned upside down by the people shouting : « this is the way for Chaouis !  » The whole city is devastated.

When the routine of oppression is not tolerated anymore, the extraordinary becomes normal. During these weeks, these months, nearly everyday a gendarmerie brigade was attacked or harassed ; and usually several at the same time. Military barracks were besieged ; a blockade was imposed to the gendarmes who were forced to launch raids for supplies. Those who accepted to have any relation with them, even strictly commercial, were boycotted, put in quarantine and punished.

Some hotels were burned, as well as villas, cafe, restaurants, and stores, targeted because they belonged to dishonest officials or various wheeler-dealer-businessmen. There were numerous destructions but it seems that there has been few looting. Thus, for example, in Kherrata on may 23rd the large stock of goods found in the house of a gendarmerie ex-officer were immediately burned. Everyone expressed its grievance, it’s concerning housing, water, industrial nuisance, monopolizing of all sorts that the corrupted were systematically exposed to public condemnation and treated as scoundrel. To start dealing with the vital problems posed by dilapidated state of the country, it was necessary to fight firstly those who prevent the people to take care of the problems.

The population settled the authority hash, with officials close at hands, the mayors were mainly targeted. Beyond those skirmishes, the project of a complete expropriation of the expropriators was taking shape. Still marked by ambiguities, that ended when the movement broke with the labour unionists, a declaration of the popular comity from Bejaïa’s Wilaya (prefecture) declared to the political power on July 7th  : « Your gendarmes, symbols of corruption, are only useful to kill, repress and traffic. That is why they have to leave immediately. Concerning our security, our brave vigilance committees are perfectly dealing with it : they are our pride. » It goes on, reminding that the citizens’ problems « are assumed by our neighbourhood and villages’ delegates and by labour unionists delegates who are working in an assembly called popular comity. Isn’t it Direct Democracy ?« 

The insurrection, or at least its more advanced organisation, was limited to Kabylie. Nevertheless, it has to be called Algerian insurrection because the Kabyle insurgents themselves called it Algerian and tried to extend it and they refused the berberist identity argument in which their enemies wanted to disguise them.

It is useless to raise interrogation, as a overnmental « inquiry commission » and moralist journalists did, to know if provocative activities of the gendarmerie could have provoked the riots ; as if the existence of algerian State and its bloody repression is not a permanent provocation ; and as of the population need special justifications to revolt. The insurgents took up the term « hogra » by which the Algerians name the arbitrary of authority, its privileges and corruption, its contempt. In fact fighting the hogra, meant fighting the State itself.

What would be left of a state without privileges or corruption, a state that could not use arbitrary and scorn ? In Algeria more than anywhere else, nearly nothing : the only public service that really worked in this country, since forty years, is torture and political assassination. While conspiring one against the other in order to appropriate power and oil income, the State gangs never stopped conspiring together against the people.

As declared one of these political decision-maker after the repression of October 1988 riots : « During thirty years, we were able to tear each other apart, to fight each other. However, we never abandoned an expelled leader, even by simply visiting him. Because we were united by the certainty that our children have to take over from us. We knew that if this law was broken off, it would be the end for us, because the street would not be satisfied with one head but would take all. » (Cited by Jose Garçon in the preface of Djallal Malti’s book : La Nouvelle Guerre d’Algerie, 1999)

Through so many purges, eliminations, manipulations, so many negotiations « where they were at daggers drawn », so many covered up executions and mass killings, the real and unique continuity of Algerian State (in continuity with the FLN) is police. As early as 1956, the forming bureaucracy organized itself around the FLN’ s secret services (base of the coming ’Securite Militaire’).

The assassination of Abbane Ramdane in December 1957 points out their definitive victory over those, who wanted to use ideology to control the masses and to justify the coming bureaucratic and dictatorial system. Since then in this mixture of police terrorism and « revolutionary » phraseology, there is less of the second and more of the first one. The execution becomes the usual procedure to solve conflicts, not only against the M.N.A of Messali Hadj, but also inside the F.L.N itself.

Since 1958, the officers of the services were formed in KGB schools in Moscow. [Former President] Boumedienne [.] had himself been assistant of Boussouf, the organizer of FLN’ s interior police. And we know that the generals, who are part of the Mafioso authorities in Algeria, most of them « deserters of the French Army » (in other words very lately converted to the anti-colonial struggle) went during the sixties in Moscow to gain other skills (at KGB or Frounze academy) ; with this double formation, by colonialism and Stalinism, they kept their methods of pacification (or eradication), in the tradition of the worst atrocities of the French colonial army, and their manipulation and provocation techniques. It is well known in Algeria but not in France, because the Algerian state as all sorts of collusions, especially in the medias, where it is not necessary to hire all journalists to propagandize : the false left conscience and the « complex of the colonizer » are sometimes enough, even if the Algerians Services largely bribe and not only political parties.

[…]

For the bureaucrats who cynically glorified the masses in their slogans (« Only one hero, the people »), the Algerian masses have only been human material available for their operations and scheming, cannon fodder, sent to be massacred by the French army and then directly massacred. The intact resolution of the rioters, when they already had dozens of dead in their rank, gives a clear testimony of the hatred accumulated years after years in Algeria (and particularly in Kabylie) against the repressive state. « No forgiveness, never ! » has been the most popular slogan. The claiming platform adopted at El-Kseur required « the immediate leaving of gendarmerie brigades » from kabylie.

According to Le Monde Diplomatique , it was the only « clear » claiming of the rebels. But even in that case it would have been a sort of program for an Algerian revolution. Such a requirement completed by the demand for the »effective control of all state executive functions and of security corps by the democratic elected institutions« , was giving the movement the goal to dismantle the « special armed detachment » which are the main « material expression » of any State, and that is in Algeria, nearly the only functional « expression ».

To effectively dismantle, to organize the retaking of state power by the people, by the masses « who substitute their own force to the force organized to oppress them » (Marx about La Commune). Even if only accomplished on a part of the territory, it cannot be accomplished without a revolution in all aspects of social life. And this was what the insurgents tended to do when they besieged the gendarmeries, isolated them and put them in quarantine, separated them from society in order that society separates from them. This is the example of separatism that Kabylie gave to the rest of Algeria.

The existence of such a movement in itself disclaims all the stinking political lies omnipresent in Algeria since so many years. The real subversion started to dissipate the sticky haze of police fictions and to put everybody in its place : « we refuse to show solidarity with those who are destroying state property » declared a representative of F.I.S. (Islamic Salvation Front)

In Portugal in 1974, people used to say, « truth is like oil« . Today in Kabylie we say : « Truth is like a cork. » Direct antithesis of any state lie, the insurrection was not satisfied in asking the truth (the conclusions of governmental enquiry commissions were denounced by advance, and their dissolution war one of the claim of El-Kseur platform), it imposed the truth every time possible by denouncing the imposture « live ». Regarding that aspect, one of the most beautiful moments, was the women demonstration in Tizi-Ouzou on May the 24th . The women demonstrating started by rejecting the very official « association of widowed and daughters of the martyrs of independence war » to join to their demonstration, then they expelled by insulting her Khalida Messaoudi, adviser and in her own words « militant companion » of Bouteflika [president-dictator]. She just left the R.C.D and pretended to come here to get a new political image : « As she was trying to slip into the procession, jeering raised. « Khalida out », shouted some women. « Khalida Lewinski » screamed others. She had only just been evacuated to Alger. » (Liberation, 26th-27th may 2001.)

Finally, after manifesting in such a way their contempt for the media-democratic auxiliaries, they did not saved the berberist and they also prevented followers of the autonomy of Kabylie to join the demonstration.

The dismissal of all the political representations was constant during the insurrection, and it was one of the most slandered aspects of it. The offices of the two parties (RCD and FFS) that could hope to get a profit from such a movement were among the first to burn in Tizi-Rached, as well as the bank, the social security building and the tax office, on April 26th . And even during the June 25th demonstration in Tizi Ouzou, for the third anniversary of the execution of the singer Lounes Matoub, we heard among the slogans besides « a kabyle is a kabyle, its enemies are the gendarmes« , « no F.F.S, no R.C.D« .

The most discredited was for sure the R.C.D, despite its resignation from the government in the end of April (RCD’ s leader Sadi qualified the entry in the government in December 1999 as a « political event constituting at the same time a success and disruption ») it was impossible to forget its long time collaboration with the military clan of the ’eradicators’. Concerning the FFS, less compromised with the authorities, it opened people’ eyes by presenting, on the 12 of may, to Bouteflika, to the army chief of staff and to the chief of D.R.S (former Securite Militaire), a ’memorandum’ that consisted of offering their services to organize a « democratic transition ».

II

The most outstanding aspect of the Algerian insurrection is its self-organisation. The hostility toward political parties and « any proximity with power », the distrust with any uncontrolled representation, the refusal to be, once more, rank and file for political schemes ; all that resulted in the spreading and coordination of villages and neighbourhood assemblies, rapidly recognized by everybody as the only authentic expression of the movement. As early as the 20th of April , the delegates of the forty-three villages of Beni Douala daïra (sub prefecture) organized into coordination and called for a general strike. The following days, villages’ comities and coordination formed in the whole wilaya of Tizi-Ouzou. May 4th, in the city of Tizi-Ouzou itself, posters are calling for a six days general strike ; it comes from a neighbourhood temporary coordination, « according to unknown sources in Tizi-Ouzou », as written in may 5th edition of the newspaper Liberte. It reveals, the day after, the anxiety of the parties leadership, caused by these forms of self-organization. On may 6th is announced for the 10th a meeting in Beni Douala with assembly delegates of Tizi-Ozou, Bejaïa and Bouira’s wilayas, to create a coordination for the whole Kabylie and to adopt a plat-form of claims. A delegate declares : « the parties, nobody believes in it anymore here. » (Liberte, may 7th) That meeting in Beni-Douala takes place as expected, but there’s only the delegates (200) of a majority of the villages of Tizi-Ouzou’ wilaya : journalists are attacked, the press broadcasted a false communiqué announcing the postponement of the meeting (this is just the beginning of a growing campaign of disinformation and slanders) ; a mayor, pretending to remind to the assembly the respect of legality has to leave the meeting : « we don’t need a mayor here or any state representative » declares a delegate. (eight days later in Illoula, another mayor has to leave the meeting, despite the fact that he is also a village delegate)

The concern for autonomy of the movement and the will to control closely its delegates are marking all the decisions ; for example, the decision to create a committee head-quarter in Tizi-Ouzou to spread the information for the next delegates meeting : the assembly made sure to forbid to the committee the right to speak in the name of the movement. (No declaration to the media etc.)

It is impossible to make a detailed reconstitution of the extension of the assembly movement to the whole Kabylie and to the rest of Algeria ; firstly because the lgerian « independent » press (and the French press) insisted on the need of an urgent « democratic » modernization but mentioned very partially the activities and declarations of the assemblies, or they slandered it. We can nevertheless point out the main developments of self-organization, that progresses as well as riots are spreading throughout the country. On may 18th in Illoula, a delegates meeting of Tizi-Ouzou region adopts a first claim plat-form (among the claims, the immediate and unconditional withdrawal of all gendarmerie brigades) and calls for a march on Tizi-Ouzou. May 21st, that march brings together hundreds of thousands of demonstrators (« the black march » was organized by the coordination of villages committees and political parties had no visible presence » noted Le Monde in May 23rd edition). Then the succession of delegates meetings lead to the formation of an interwilayas coordination (Tizi-Ouzou, Bejaïa, Bouira, Setif, Boumerdes, Bordj-Bou-Arredidj, Algiers, and the ’Comite collectif des unversites d’Alger’) and to the adoption, on June 11th at El-Kseur, of a plat-form of common claims. The march on Algiers, on June 14th, was the peak of that first stage of the movement.

The meaning of this march, despite the fact that the organizers didn’t have a full consciousness of that, was to spread subversion in Algiers itself and to confront the state ’at home’ : this was the equivalent of an attempted insurrection. Indeed, going to the presidency to bring the plat-form of El-Kseur (the official goal of the march), with hundred of thousands or millions of demonstrators in the street, it allowed to speak in front of the State, power to power, and to proclaim to the Algerian people that the time came to end the oppression going on since 1962. One more day of agitation in Algiers was needed for the entire population, seeing the power faltering, to go into the fight. The Power saw clearly that it had to prevent, at any cost, the subversion to come to Algiers, and whatever was its state of paralysis, it had enough forces to avoid the danger, because of the superiority of its defensive position : thus it used effectively all the repressive tools, splitting up the demonstrators from Kabylie, blocking most of them ten kilometres from downtown Algiers, isolating rioters groups and launching provocateurs, recruited among local gangs, on the crowd. Among the favourable circumstances for the Power, there was the demoralization and fear among people living in Algiers who suffered the most during the « dirty war ». They just started to get out of it since the student agitation that started in early may ; and since the demonstration called by the FFS on the 31, that allowed a first junction with the insurgents of Kabylie. The declaration of Algerois, reported in the press, expressed quite fairly the situation at that time, as since one week spontaneous demos were forming every day in Algiers (and also Oran, Setif, Boumerdes) with hundreds or thousands of demonstrators :

« We shout « pouvoir assassin » [power=murderer]. We are beaten. Then we go home and we watch, on French TV, the real riots in Kabylie, just one hour from here. But today we’ll know better what is going on, if we go into the war or if we stay outside. » « We were afraid to get out of the neighbourhood because of assassinations, policemen, terrorists and all that. Now, I think ’it’s our time, we have to go. But I’m very confused.« 

« Who in Algeria, doesn’t feel injustice and deep discontent ? Who doesn’t want to end that ? However, Algiers is not Kabylie. There it is very tough but they know each other, they are all together, with a culture, strong structures that resisted despite war. Here, our only political education comes from Egyptian TV soap. After years of brainwashing, G.I.A (Islamic Armed Groups) bulletins looking like science fiction, our brains were like pulp. In a big city, any provocation or dirty trick can happen. » (Liberation , May 31st 2001)

[.]

End of the translation

To be continued …


Personal and subjective notes By Karim Al Majnun

From Class against Class

-  FFS : Front des Forces Socialistes – Authoritarian Socialist Party

-  FIS : Front Islamique du Salut – Islamic Salvation Front – Islamic Populist Party. It was the main opposition to the corrupted FLN. They won local elections and legislative elections in December 1991, the generals refused the democratic results and organized a coup. FIS leaders and activists were arrested, many tortured for months, some killed, the villages and cities who voted for FIS were victim of State Terror : police and services arrested, killed and tortured, many tortured people who survived went with the islamist terrorist guerrilla to protect themselves from the army and/or to get revenge.

-  FLN : Front de Liberation Nationale – THE Algerian Party for decades. Supposedly democratic and post-colonial, in fact THE party of the highly corrupted leninist-nationalist ruling class. The role of the FLN was to control, at any price, the vital resources of the country (mainly oil) for its interests and for the interests of Oil and Gas industry.

From state capitalism to private capitalism…

Historically, the FLN manipulated the memory of the fight against French occupation. Leaders were Nationalist with Stalinist influences. Now working for privatization with capitalist global institutions.

-  RCD : Rassemblement Culture et Democratie – Berberist Authoritarian Party

Presented the Insurrection in Kabylie as a « cultural » insurrection.

-  GIA : Islamic Armed Groups – Islamo-fascists armed groups who are using 2 types of armed struggle : regular fighting against the army and mainly terrorism and mass murder of Algerian civilians. Many of the IAG are in fact manipulated by the Algerian intelligence services and the army generals-businessmen (who are the real leaders of the country).

In addition, some terror acts who are attributed to the GIA are in fact committed by army commandos dressed like islamist terrorists. For instance they go into villages who voted for the FIS (main opposition to the FLN) and they kill people, they torture, they rape women, they burn babies in front of their parents etc. Of course western intelligence services (specially French Services) are aware of the Algerian state terrorism, but they support it, as a mean of social control and local stability.

With the same logic, one of the GIA strategy is to murder civilians in false army checkpoints.

Jaime Semprun ; Paris 2001 (First publication on http:cnt-ait.info : dimanche 27 avril 2003)


Paris Edition de l’encyclopedie des Nuisances 60, rue de Menilmontant, XXe arr.

=====

Translation :

(fr) Apologie pour l’insurrection algérienne

(1951) ALGERIENS NE VOTEZ PAS. VOTER, C’EST CAPITULER

Tract du MLNA (1951)
L’émancipation des travailleurs ne sera l’œuvre que des travailleurs eux-mêmes. L’émancipation des peuples coloniaux ne sera l’œuvre que des colonies eux-mêmes.
Ne confiez pas vos droits à des arrivistes en quête de fauteuils, à des traitres qui oublieront leurs promesses sitôt, à des féodaux, à des agrariens.
ALGERIENS NE VOTEZ PAS

Le Parlementarisme est une duperie sur plan international (ONU), national et algérien.

Tract du MLNA (1951)

L’émancipation des travailleurs ne sera l’œuvre que des travailleurs eux-mêmes. L’émancipation des peuples coloniaux ne sera l’œuvre que des colonies eux-mêmes.

Ne confiez pas vos droits à des arrivistes en quête de fauteuils, à des traitres qui oublieront leurs promesses sitôt, à des féodaux, à des agrariens.

ALGERIENS NE VOTEZ PAS


Le Parlementarisme est une duperie sur plan international (ONU), national et algérien.

Sur le plan national

LE PARLEMENT AMERICAIN accentue sa position belliciste (votes demandant de désigner la Chine comme agresseur) ; or, Chine agresseur = guerre.
LES SOVIETS russes ont vécu : leur essence populaire est tout entière perdue au profit d’une Bureaucratie totalitaire et de son chef, le tyran Staline qui fournit à l’Amérique le chrome et manganèse des armes pour de futurs massacres.
LE PARLEMENT FRANCAIS entérine toutes les lois de misères et de répression antiouvrières, vote les écrasants budgets militaires, et se fait le servile laquais de l’Amérique en guerre.
Les Parlements Italiens, Anglais, Belges, etc…, Slovaques, Polonais, Hongrois etc…, ne sont que des échos de la voix de leurs maîtres.

NE VOTEZ PAS C’EST TOUJOURS QUE FURENT ARRACHES LES REFORMES IMPORTANTES DE STRUCTURES ET GAINS SUBSTANCIELS

LE PARLEMENT CROUPION ALGERIEN? AUMONE du Statut impérialistes, concentre en lui tous les vices ci-dessus énumérée aggravée par sa tare colonialiste.
« Le Gouverneur est responsable de ses actes devant le Gouvernement de la République » (Article 5 du Statut de l’Algérie).
« L’Assemblée Algérienne est libre, après homologation, « d’étendre la loi métropolitaine en Algérie, soit purement et simplement, soit après ADAPTATION.
352
 
Nous avons vu comment l’AA a ADAPTE la Sécurité Sociale agricole, en la sabotant, comment les Communes mixtes ont été supprimée sans l’être.
Comment en serait-il autrement : 70 délégués totalisent plus de 200.000 habitants.

FLINOIS veut réduire le budget social au profit de l’armée : l’AA votera.

De plus, les urnes truquées, les pressions policières, les maquillages, feront de « vos élus », non pas ce que vous auriez voulu qu’ils soient mais ce que les aura faits le Proconsul de l’Empire.

Et vous savez cependant quels résultats écœurants donnent ailleurs les votes libres : alors truqués.

NON. Faites comprendre aux futurs exploiteurs qu’ils ne représentent qu’eux. Ne donnez pas mandat en blanc à ceux qui, demain seront les agents serviles, du Capital privé américain ou d’Etat russe fauteurs de guerre; de l’exploitation colonialistes ou nationaliste.

Mais travaillez à l’avènement d’une organisation égalitaire et libre de laquelle les travailleurs (devenus propriétaires des moyens de production).
Les consommateurs gèreront eux-mêmes la production, la répartition, la distribution par leurs syndicats et coopératives, et dans laquelle la Commune sera gérée par tous et bénéfice de tous.

Une organisation qui se fera de bas en haut, par la libre association et fédération des travailleurs dans leurs association (sic), dans les communes, les régions, les nations et dans une grande fédération internationale des travailleurs, réalisant l’ordre de la liberté et du bonheur général, affirmant et mettant d’accord les intérêts des individus et de la Société.

MOUVEMENT LIBERTAIRE NORD AFRICAIN,
6 rue du Roussillon
Alger
Lisez le Libertaire

LA MENTALITE KABYLE (1951)

Le Libertaire 16 février 1951

A maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempérament libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie. Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique a quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

Le Libertaire 16 février 1951

A maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempérament libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie. Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique a quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

Il faut voir l’indigène algérien, le Kabyle surtout, dans son milieu, dans son village natal et non le juger sur son comportement dans un meeting, manifestant contre son ennemi mortel : le colonialisme.
Pour l’indigène algérien, la discipline est une soumission dégradante si elle n’est pas librement consentie. Cependant, le Berbère est très sensible à l’organisation, à l’entraide, à la camaraderie mais, fédéraliste, il n’acceptera d’ordre que s’il est l’expression des désirs du commun, de la base. Lorsqu’un délégué de village est désigné par l’Administration, l’Algérie le considère comme un ennemi.

La religion qui, jadis, le pliait au bon vouloir du marabout, est en décadence, au point qu’il est commun de voir le représentant d’Allah rejoindre l’infidèle dans la même abjection. Tout le monde parle encore de Dieu, par habitude, mais en réalité plus personne n’y croit. Allah est en déroute grâce au contact permanent du travailleur algérien avec son frère de misère de la métropole, et quelques camarades algériens sont aussi pour beaucoup dans cette lutte contre l’obscurantisme.

Quand au nationalisme que j’entends souvent reprocher aux AIgériens, il ne faut pas oublier qu’il est le triste fruit de l’occupation française. Un rapprochement des peuples le fera disparaître, comme il fera disparaître les religions. Et, plus que tout autre, le peuple algérien est accessible à l’internationalisme, parce qu’il en a le goût ou que sa vie errante lui ouvre inévitablement les yeux. On trouve des Kabyles aux quatre coins du monde ; ils se plaisent partout, fraternisent avec tout le monde, et leur rêve est toujours le savoir, le bien-être et la liberté.
Aussi, je me refuse à croire que des guignols nationalistes puissent devenir un jour ministres ou sultans dans le dessein de soumettre ce peuple, rebelle par tempérament.

Jusqu’à l’arrivée des Français, jamais les Kabyles n’ont accepté de payer des impôts à un gouvernement, y compris celui des Arabes et des Turcs dont ils n’avaient embrassé la religion que par la force des armes. J’insiste particulièrement sur le Kabyle, non pas parce que je suis moi-même Kabyle, mais parce qu’il est réellement l’élément dominant à tout point de vue et parce qu’il est capable d’entraîner le reste du peuple algérien dans la révolte contre toute forme de centralisme autoritaire.
Le plus amusant de l’histoire, c’est que la bande des quarante voleurs ou charlatans politiciens nous représente le nationalisme d’outre-mer sous la forme d’une union arabe avec l’emblème musulman et avec des chefs politiques, militaires et spirituels à l’image des pays du Levant. J’avoue que le dieu arabe de nos sinistres pantins d’Algérie a bien fait les choses, puisque la guerre judéo-arabe nous révéla que les chefs de l’islamisme intégral ne sont rien d’autre que de vulgaires vendus aux Américains, aux Anglais, et aux Juifs eux-mêmes, leurs prétendus ennemis. Un coup en traître pour nos derviches algériens, mais salutaire pour le peuple qui commence à voir clair.

Pensez donc, un bon petit gouvernement algérien dont ils seraient les caïds, gouvernement bien plus arrogant que celui des roumis, pour la simple raison qu’un arriviste est toujours plus dur et impitoyable qu’un « arrivé » ! Rien à faire, les Algériens ne veulent ni de la peste, ni du choléra, ni d’un gouvernement de roumi, ni de celui d’un caïd. D’ailleurs, la grande masse des travailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman, à la fois religieux et politique, ne peut revêtir qu’un caractère féodal, donc primitif. Tous les gouvernements musulmans l’ont jusqu’ici prouvé.

Les Algériens se gouverneront eux-mêmes à la mode du Village, du douar, sans députés ni ministres qui s’engraissent à leurs dépens, car le peuple algérien libéré d’un joug ne voudra jamais s’en donner un autre, et son tempérament fédéraliste et libertaire en est le sûr garant. C’est dans la masse des travailleurs manuels que l’on trouve l’intelligence robuste et la noblesse d’esprit, alors que la horde des « intellectuels » est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux.
Quant aux staliniens, ils ne représentent pas de force, leurs membres se recrutent uniquement parmi les crétins ou déchet du peuple. Car l’indigène n’a guère d’enthousiasme pour se coller une étiquette, qu’elle soit mensongère ou super-fasciste.
Pour les collaborateurs, policiers, magistrats, caïds et autres négriers du fromage algérien, leur sort est réglé d’avance : la corde, qu’ils valent à peine.

Pour toutes ces raisons, mes compatriotes doivent-ils être considérés connue d’authentiques révolutionnaires frisant l’anarchie ? Non, car s’ils ont le tempérament indiscutablement fédéraliste et libertaire, l’éducation et la culture leur manquent, et notre propagande, qui est cependant indispensable à ces esprits rebelles, leur fait défaut
C’est ce pourquoi oeuvrent nos compagnons anarchistes de la fédération nord-africaine [[NDLR : le MLNA, Mouvement Libertaire Nord Africain]].


CIVILISATION (Lettre aux Français) (1951)

Pour légitimer le gangstérisme le plus crapuleux à l’encontre de mes compatriotes, les gouvernants français continuent à se servir du mensonge le plus grossier. Ils se disent « civilisateurs » mais cela ne trompe que les crétins, trop nombreux hélas dans cette France de 1951 !

Pour légitimer le gangstérisme le plus crapuleux à l’encontre de mes compatriotes, les gouvernants français continuent à se servir du mensonge le plus grossier. Ils se disent « civilisateurs » mais cela ne trompe que les crétins, trop nombreux hélas dans cette France de 1951 !

Le terme de « civilisateurs » est une duperie tout juste bonne à faire rire les ânes les plus têtus ; l’histoire que vous avez écrite, oh, tristes sires, veut que les Maures d’Espagne qui allèrent jusqu’à Perpignan et même jusqu’à Poitiers et qui furent les constructeurs de l’Alhambra de Grenade soient les destructeurs de vos huttes sordides et fassent partie des pères de votre prétendue civilisation « française » ! Alors, fermez vos gueules et avouez que vous n’êtes que des sinistres pantins dénués de tout scrupule, des goujats sans cœur, esclaves du veau d’or, voleurs et assassins professionnels sans autres excuses.

Pour Hitler, la France était un pays sauvage qu’il fallait coûte que coûte civiliser. Pour Staline, la Pologne, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, etc … sont des contrées arriérées qu’il faut également mettre à la raison… et le baratin « civilisation » suit son chemin au détriment des idiots qui s’ignorent et applaudissent.

Au pis aller, et pour faire plaisir à votre lamentable orgueil, admettons que vous êtes les civilisateurs de l’Afrique du Nord et ce, malgré les preuves irréfutables du contraire que j’ai apportées dans mes six articles précédents et le coup de grâce que j’assène dans le présent.

En 1830, l’Algérie fut conquise à la suite du refus par la France de payer une livraison de blé faite par le bey d’Alger, ce qui a valu au consul de France un coup de chasse-mouche… Je passe donc la plume à un représentant officiel du pays « civilisateur » qui mettra le nez dans leur m… aux canailles sans aveux : Voici une lettre de I’ adjudant-major Canrobert, datée du 1er janvier 1842 de Koliah.

« Nous venons de faire plusieurs razzias dans les montagnes du petit Atlas. Nous avons surpris de nuit une assez grande quantité de Kabyles et enlevé plusieurs troupeaux, des femmes, des enfants et des vieillards. Ces opérations qui, je dois l’avouer, sont d’une grande ressource pour les approvisionnements de l’armée, sont du point de vue militaire du plus fâcheux effet. Le soldat, mal ou pas surveillé, excité d’ailleurs par l’appât du pillage, se livre aux excès les plus grands qui vicient singulièrement son caractère. »

La citation de cette lettre est le commencement d’une série d’autres qui vont suivre, vieux cheval de bataille, j’entends prendre la défense de mes malheureux compatriotes opprimés, s’il le faut au prix de ma liberté et même de ma vie, sans aucune faiblesse et c’est avec une profonde émotion, j’en suis sûr, que les damnés d’ outre-mer accueilleront le désintéressement total d’un humble représentant de la fédération anarchiste.


Mohamed SAIL. Article paru dans le Libertaire du vendredi 3 août 1951.

Source : Mohamed SAÏL

LETTRE DU FRONT (1936)

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

Farlete, le 30 octobre 1936.

A mes bons camarades de la CGTSR-AIT.

Je vous ai écrit dernièrement en vous disant que nous étions une douzaine de copains de la CGTSR. au groupe international. Nous sommes actuellement 52, venant un peu de partout en France,et pour célébrer ce petit groupement de camarades sur le champ de bataille, nous avons improvisé un chiffon peint en rouge et noir, avec l’inscription : CGTSR, FAF, AIT, en gros caractères, et l’avons planté là, face à la canaille fasciste tremblant de frousse.

 Hé oui ! Nous sommes là, entendant très bien, de nos positions, les sirènes des usines de Saragosse. Cela pour vous dire purement et simplement que nous ne sommes pas loin du but. Sans lunettes, bien moins avec des jumelles, nous voyons très bien la ville avec nos SIMPLES YEUX. Comprendra qui voudra (sauf Clément Vautel, Larocque et autres comédiens qui amusent la galerie !).
Croyez moi, braves camarades, je ne vous écris pas de Perpignan ou d’une autre ville frontière comme est de règle chez les pisse-copie de la belle presse fasciste, républicaine ou même démocratique. Je ne vous écris même pas de Farlete, mais de bien plus loin encore, c’est-à-dire près de Saragosse. Mais au fait, que dit la grrrrande presse d’information ? Ici, je ne lis pas, mais je sais qu’elle ne changera pas sa nourriture, je lui adresse le dégoût d’un milicien combattant écoeuré de sa servilité et de ses mensonges crapuleux. Ma vieille mère se croit belle à 80 ans tout comme le fascisme agonisant qui se croit encore vivant. Quant à la question de la militarisation des milices, criez-le à qui voudra l’entendre sans risque d’être démentis : dans toutes les colonnes dirigées par les anarcho-syndicalistes, et elles sont les plus nombreuses : “ Miliciens, oui, soldats, jamais ! ”. Tout est liberté chez nous, et cette liberté fait de nous des hommes disciplinés, bravant la mort et la torture. Nous ne marcherons jamais à la baguette, mais nous ne pâlirons jamais devant l’ennemi. Militarisation ? Dans les colonnes des politiciens, rien ne nous étonne, mais chez nous il n’y a que des camarades sans dieu ni maître, tous sur le même pied d’égalité. Durruti est notre guide et notre frère. Il mange et couche avec nous, il est moins bien habillé que nous, il n’est ni général, ni caïd, mais un milicien digne de notre amitié. Les grades, la fanfaronnade et l’ambition sont le rêve des polichinelles de tout acabit et non pas de ces milliers et de milliers d’anarcho-syndicalistes qui font la beauté de l’Espagne libertaire. A la prochaine, et au nom de mes camardes je vous envoie à tous notre salut fraternel.Saïl Mohamed, sans grade ni matricule, comme tous ses camarades.

L’Espagne Antifasciste n°17, 4 novembre 1936.


Source : Mohamed SAÏL

PROTESTATIONS ANARCHISTES CONTRE LE CENTENAIRE DE LA CONQUETE DE L’ALGERIE (1930)

CGTSR-AIT, Section Algérienne
A l’opinion publique

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

CGTSR-AIT, Section Algérienne

A l’opinion publique

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

A l’opinion publique

La Voix libertaire n° 55. 15 mars 1930.

Au moment où se déroulent, avec un faste inouï, les fêtes du centenaire de la conquête de l’Algérie, il a paru aux Algériens résidant en France qu’il était utile, indispensable même, de faire entendre à l’opinion publique métropolitaine quelques vérités au milieu du concert de louanges officielles qui tend à couvrir de son bruit les plaintes d’un peuple qui souffre.

Certes, il serait beau de commémorer un centenaire si celui-ci avait pour but de magnifier un bel acte : l’affranchissement du peuple algérien. Malheureusement, le centenaire que l’on fête, en Algérie, n’a pas cette haute signification.

Depuis que le gouvernement de Charles X imposa, il y a cent ans, par la force du sabre, la « civilisation » à l’Algérie, qu’y a-t-il de changé ? Les colonisateurs et les marchands ont suivi la route tracée dans le sang du peuple arabe par les conquérants ; les uns ont dépossédé les indigènes et courbé sous leur joug hommes, femmes et enfants ; les autres se sont efforcés d’acquérir pour rien les produits naturels tout en vendant fort cher ce qu’ils apportaient. Concessionnaires et banquiers sont venus doubler l’ancien esclavage et, unis à la féodalité indigène, ont fait régner dans le pays conquis la plus dure exploitation.

Ainsi ce peuple, qui ne demandait rien à personne, a vu s’ajouter à la tyrannie de ses anciens maîtres celle des maîtres nouveaux.

A-t-il, au moins, retiré quelques bénéfices de la « civilisation » qu’on lui imposa il y a cent ans ? Non. Astreint aux devoirs des citoyens, il n’en possède pas les droits. Il reste soumis à l’odieux régime de l’indigénat qui fait de tous les Algériens des êtres diminués.

Pour lui, pas de liberté d’association, de pensée et de presse, mais les cours criminelles, les tribunaux répressifs qui font pleuvoir sur les malheureux Arabes les amendes et les corvées administratives, l’emprisonnement arbitraire, la confiscation. C’est l’Inquisition au XXe siècle.

Pour lui, pas de droit de vote, mais le service militaire de deux ans, alors que le Français ne fait que 18 mois.

Pour lui, la réquisition pour les travaux insalubres, mais pas d’écoles pour les filles et quelques-unes seulement pour les garçons.

Pour lui encore, les impôts écrasants, les brimades des féodaux arabes, d’accord avec l’administration et le gouvernement, mais pas de logements, pas d’hygiène, pas de législation du travail.

Économiquement et politiquement, le peuple algérien est absolument esclave, deux fois esclave. Il ne possède réellement que deux droits : souffrir et payer, souffrir en silence et payer sans rechigner.

C’est le centenaire d’un tel état de choses que les aristocrates arabes et les ploutocrates français, satisfaits et heureux, commémorent en ce moment en Algérie.

Les Algériens qui ont pu quitter ce pays inhospitalier sont solidaires de leurs frères restés de l’autre côté de la Méditerranée. Ils ont voulu, à l’occasion de ce centenaire, éclairer l’opinion publique métropolitaine, lui faire connaître l’odieux régime imposé à tout un peuple. Ils demandent à cette opinion de les aider à conquérir les droits dont jouissent tous lés autres citoyens français, puisqu’on leur impose des devoirs plus grands et plus lourds. Ils réclament notamment : l’abolition de l’indigénat, le droit syndical, la liberté de la presse, l’extension à l’Algérie de toute la législation sociale française.

Ils espèrent que leur appel sera entendu tout particulièrement par leurs frères : les travailleurs français. Et, en revanche, ils assurent ceux-ci de leur solidarité dans les luttes qu’ils entreprendront pour la libération commune. Ils savent que Français et Algériens n’ont qu’un ennemi : leur maître. Fraternellement unis, ils sauront s’en débarrasser pour fêter ensembles leur affranchissement.

La section algérienne de la C.G.T.S.R. / AIT P.S. – Cet article sera tiré en plusieurs milliers de tracts, ils sont gratuits à toute individualité ou groupement anarchistes et syndicalistes fédéralistes désireux de le diffuser. Les commander à Saïl Mohamed, Paris, 20ème, ou au siège de la C.G.T.S.R / AIT., Paris, 10e

(tract également paru dans La Voix libertaire n° 55. 15 mars 1930.)

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Le centenaire de la conquête de l’Algérie

La Voie libertaire n°30. 21 septembre 1929.

Le gouvernement et la bourgeoisie française célébreront, l’an prochain, le centenaire de la conquête de l’Algérie. Nous verrons, à cette occasion, les patriotes et les chauvins de tout acabit s’en donner à cœur joie ; les folliculaires appointés des grands bourreurs de crânes proclameront, en de massives colonnes, les vertus civilisatrices de la France.

Que nous a donc apporté cette France si généreuse dont les lâches et les imbéciles vont partout proclamant la grandeur d’âme ?

Interrogez un simple indigène, tâchez de gagner sa confiance. L’homme vous dira de suite la lamentable situation de ses frères et l’absolue carence de l’administration française devant les problèmes d’importance vitale.

La presque totalité de la population indigène vit dans la misère physique et morale la plus grande. Cette misère s’étale largement. Dans les villes d’Algérie, ce ne sont, la nuit venue, que gens déguenillés couchés sous les arcades, sur -le sol. Dans les chantiers, les mines, les exploitations agricoles, les malheureux indigènes sont soumis à un travail exténuant pour des salaires leur permettant à peine de se mal nourrir.

Commandés comme des chiens par de véritables brutes, ils n’ont pas même la possibilité de recourir à la grève, toute tentative en ce sens étant violemment brisée par l’emprisonnement et les tortures. N’ayant aucun des droits de citoyen français, soumis à l’odieux et barbare code de l’indigénat, les indigènes sont traînés devant des tribunaux répressifs spéciaux et condamnés à des peines très dures pour des peccadilles qui n’amèneraient, dans la métropole, qu’une simple admonestation.

Toute presse indigène étant interdite, toute association étant vite dissoute, il ne subsiste, en Algérie, aucune possibilité de défense pour les malheureux indigènes spoliés et exploités avec la dernière crapulerie qui puisse exister. 1

Ils sont astreints à un service militaire de deux ans, car ils constituent, pour les boucheries guerrières, un appréciable réservoir de chair à canon. Pendant la – guerre du droit », un grand nombre d’entre eux furent immolés à la victoire de cette France qui est bien pour eux la plus épouvantable des marâtres.

Avec des crapuleries les plus basses, le gouvernement français a anéanti toutes les écoles indigènes du pays, les remplaçant par des écoles françaises en nombre, ridiculement insuffisant. Des douars comportant de nombreux villages, comptant des milliers et des milliers d’individus, sont entièrement privés d’enseignement. La généralité des femmes vivent dans l’ignorance absolue. Le résultat de cette politique ignoble est, dans les masses algériennes, une ignorance de bêtes de somme, ignorance voulue et entretenue par l’administration française.

Civilisation, n’est-ce pas ! Oh, lâches gouvernants ! L’agent de cette administration, auprès des indigènes, est un sinistre individu nommé caïd, individu méprisable, mouchard, il achète sa charge de policier et exerce une véritable terreur sur ses malheureux compatriotes. Canaille vénale, le caïd est toujours à vendre. Malheur à celui qui, ayant commis une faute légère, ne peut acheter son silence ! Malheur à l’indigène qui n’a pas l’heur de lui plaire ! Il fera connaissance avec les tribunaux d’exception, tôt ou tard.

La colonisation française aurait-elle apporté le progrès technique en Algérie ? Elle y a construit une seule ligne de chemin de fer, avec une seule voie. Dans la presque totalité de la colonie, les indigènes sont obligés, pour se déplacer, d’accomplir des marches longues et pénibles. Dans les campagnes, il n’y a point de service postal pour les indigènes ; ces derniers doivent, s’ils veulent entrer en possession d’une lettre ou d’un colis, perdre plusieurs jours pour aller à la ville et s’en retourner. Les routes, les ponts sont très rares, et les indigènes payent des impôts écrasants.

Beau progrès, vraiment !

Le sol de l’Algérie est riche, et les industriels et gros commerçants français rapaces, sans scrupules. Ils n’ont pas hésité à détruire complètement la civilisation algérienne, jadis florissante, parcelle de la grande civilisation musulmane. Ils ont mis à la place l’oppression féroce, l’arrogance, la misère, la mort. Leur civilisation !

Inaugurée par un vol pur et simple – le refus de la France de payer une livraison de blé – la conquête de l’Algérie ouvrit, pour la bourgeoisie française, une ère de banditisme colonial qui n’est point close.

Donc, pour votre cynique parade, Messieurs les bourgeois et vos valets de tous poils, et malgré la haute prétention du napoléonet Chiappe qui espère museler les « subversifs » coloniaux, le groupe anarchiste algérien est décidé à démontrer à l’opinion publique vos crimes, vos ignominies que vous voulez baptiser du mot « civilisation ».


(Première publication sur http://cnt-ait.info le mardi 2 novembre 2004)