Actualité de l’Anarcho-syndicalisme

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VOUS AVEZ DIT SOUTIENS ?

Article du Combat Syndicaliste Juillet-Août 1998

Première publication : 14 juillet 1998, mise en ligne: mardi 14 juillet 1998

Leur lutte, les sans-papiers l’ont construite. Ils l’ont menée avec courage et détermination, obligeant le pouvoir à les prendre en considération. Mais ils ont eu besoin -ou ils ont cru avoir besoin- des sempiternelles organisations de la gauche plurielle et de ses appendices pour les soutenir. Avec l’arrivée au Pouvoir de la clique Jospin/Chevénement, tous ces "soutiens" liés directement ou indirectement au gouvernement se retournent sournoisement contre eux : ils cherchent à neutraliser les sans-papiers en les divisant, en cassant leur organisation, en excluant les militants les plus actfis, en soulevant sans fin des problèmes de procédure ... Tout est bon pour faire oublier le mot d’ordre "des papiers pour tous" et pour faciliter la politique d’expulsion conduite par le gouvernement. Dans ces conditions, nous avons jugé utile de publier de larges extraits du témoignage de deux militants de la première heure.

Rédaction du Combat Syndicaliste Juillet-Août 1998

VOUS AVEZ DIT "SOUTIENS" ?

Le 20 juillet 1996, nous avons tous salué la naissance de la Coordination Nationale des Sans-Papiers. Grâce à l’irruption des sans-papiers de Saint-Ambroise sur le devant de la scène, la question des sans-papiers était posée, et d’autres collectifs, suivant leur exemple, commençaient à s’organiser un peu partout. Il nous fallait alors ceuvrer en vue de l’élargissement du rapport de forces en essayant de réunir dans une structure nationale tous ceux qui se mobilisaient à travers la France.

SANS-PAPIERS : AUTONOMES OU SOUS CONTRÔLE ?

Face aux tâches d’organisation qui nous attendaient, il nous est vite apparu indispensable de doter la coordination d’un secrétariat capable de coordonner et d’organiser la lutte au plan national. Dès la constitution du premier secrétariat national, la question de l’autonomie des sans-papiers s’est posée, lorsque certains soutiens ont manifesté leur volonté de faire partie du secrétariat en vue de contrôler la situation, ce que nous avons refusé.

Ceux parmi les soutiens qui prônaient alors une direction mixte à l’instar de ce qui se passait dans la plupart des collectifs ont alors tout fait pour bloquer la constitution d’un secrétariat autonome. Le compromis était une assemblée générale mensuelle où certains collectifs avaient une représentation mixte et un secrétariat national composé uniquement de sans-papiers. Ce compromis, qui essayait de sauvegarder une certaine autonomie aux sans-papiers tout en accordant aux soutiens une tribune de libre expression à l’assemblée générale, se heurta à la résistance de ceux qui considéraient à tort qu’on les écartait de la lutte. ( ... )

Cette volonté de contrôle a abouti au constat suivant : même si quelques délégués sans-papiers ont émergé dans certains collectifs, ils ont rapidement été mis à l’écart à partir du moment où ils ont manifesté un besoin d’autonomie. Aujourd’hui encore, dans certains collectifs, l’expression des sans-papier s’est étouffée par un mode de fonctionnement qui leur confisque la parole et dévoie leur décision autonome. En agissant ainsi, ces soutiens isolaient par-là même le secrétariat, qui, faute de militants sans-papiers et vu la lourdeur de la tâche à réaliser, ne pouvait assumer pleinement toutes les tâches avec un minimum de moyens logistiques ou humains, et justifiait de la sorte la critique selon laquelle le secrétariat ne peut fonctionner correctement avec des sans-papiers uniquement.

D’où les assauts de plus en plus fréquents contre le secrétariat qui devient la bête à abattre ( ... ) ; d’où le piétinement observé depuis la manifestation du premier novembre, puisque inlassablement revenait à l’ordre du jour de toutes les A.G. de la coordination les "problèmes de fonctionnement du secrétariat", qui monopolisaient ainsi l’essentiel de ces réunions et privaient d’autant le mouvement d’une réflexion approfondie sur la stratégie et les moyens nécessaires à mettre en oeuvre face à un compromis de plus en plus clair quant à ses objectifs.

Les problèmes qui ont abouti à la crise actuelle trouvent leur origine dans les difficultés qu’a rencontré le mouvement des sanspapiers à gérer l’arrivée de la gauche au pouvoir. Ces difficultés sont d’ailleurs partagées par l’ensemble des mouvements sociaux. ( ... )

Les tentatives sont nombreuses de contrôler les mouvements et de trouver des pompiers pour faire baisser la tension et ainsi casser la dynamique en divisant les mouvements. ( ... )

LA CIRCULAIRE CHEVENEMENT, UNE ARME DE DIVISION

Pourtant, le constat était là, arner : la gauche, en refusant de mettre en question la législation antérieure, se situe dans la continuité politique mise en oeuvre par la droite par rapport à l’immigration. Ainsi, la circulaire Chevénement, en distribuant des récépissés et des cartes précaires d’un an à certains, en recalant d’autres, avait pour fonction de diviser le mouvement d’isoler les personnes le composant, de mettre tout le monde dans une position d’attente.

La Coordination nationale, empêtrée dans ses débats de fonctionnement n’a pu réellement relancer une dynamique collective pouvant permettre d’obtenir une régularisation globale. ( ... ) Face à ces faiblesses politiques de la Coordination, les soutiens ont cherché à prendre de plus en plus de poids au sein de la Coordination.

Cela s’est manifesté en novembre 1997 quant à l’opportunité de signer ou non le tract des organisations appelant à la manifestation du 22. Ils se sont à nouveau posés en janvier concernant la signature de l’appel à la manifestation du 31 janvier 1998. A l’époque, plusieurs organisations, associations antiracistes oeuvraient pour revenir sur le devant de la scène qui était occupée depuis plusieurs mois par des sans-papiers. Il fallait affaiblir la Coordination des sans-papiers et ainsi remettre les associations et organisations de soutien en première ligne avec lesquelles le pouvoir pourrait plus facilement négocier.

Ainsi, pour la Coordination, la question était de savoir s’il fallait signer les tracts des organisations, sous le prétexte qu’il fallait ratisser large, alors qu’une partie des sans-papiers et certains soutiens estimaient qu’il fallait manifester sur la base de notre propre déclaration.

Nous estimions qu’il était important de se démarquer du consensus qui était en train de se dessiner autour de Chevènement et de sa future loi.

A la coordination nationale du 7 décembre 1997 à Lille, par un vote non inscrit à l’ordre du jour, des commissions sont proposées. Les décisions de Lille, qui ont été contestées par une majorité de collectifs, ont été remises en question à la coordination nationale du ler février à Saint-Denis. Le secrétariat à été élargi à d’autres sans-papiers et des commissions installées.

Les décisions de la réunion de St-Denis ont eu l’assentiment de la quasi-totalité des collectifs présents. Cependant, des membres du secrétariat élargi n’ont jamais voulu accepter les décisions de la réunion nationale de St-Denis. Ils ont continué à se prévaloir d’une légitimité contestée et à fonctionner en aparté. Par exemple, Salah, qui fait partie de la commission journal n’a jamais été informé d’une réunion de la dite commission. Et c’est un militant d’une organisation politique de la place, soutien des sans-papiers du 93, qui s’occupe de la confection, de la préparation, de la collecte des articles et du dispatching du journal, et qui signe le courrier relatif au journal, à la place des sans-papiers responsables de cette commission.

A la dernière coordination nationale du 29 mars, il a été décidé par un vote de démettre Salah et Madjiguène de leurs fonctions.

[...]

DES QUESTIONS A SE POSER

Avant de revenir sur le vote, tout d’abord quelques remarques :

1) Ni Salah, ni Madjiguène, ni le collectif de Saint-Bernard n’ont été invités à la réunion. Peut-on exclure un membre d’une structure sans le convoquer et l’entendre ? Peut-on parler dans ces conditions de démocratie ?

2) Un sans-papiers du 94 s’est fait expulser de la réunion et n’a pas pu participer au vote tout simplement parce qu’il voulait des explications concernant un communiqué signé Secrétariat national "traitant les sanspapiers ayant occupé les églises de Paris d’irresponsables".

3) Sur la légitimité même du tote du 29 mars : depuis que la Coordination existe, c’est la première fois qu’il est procédé à un vote pour exclure desmembres du secrétariat qui, rappelons-le, a toujours été composé de sans-papiers. ( ... ) Le secrétariat est la seule structure de la Coordination nationale qui soit restée autonome jusqu’à présent. Des collectifs mixtes ou uniquement représentés par des soutiens ont participé au vote pour exclure deux membres du secrétariat. Comment des soutiens, qui en théorie viennent pour soutenir, peuvent-ils avoir la légitimité de voter et d’exclure des sans-papiers de leur secrétariat ? ( ... )

4) Vendredi 17 avril 98, quelle n’a pas été notre surprise de voir débarquer à la permanence des sans-papiers rue Pajol, des membres du secrétariat accompagné d’un soutien venu exprès de Lille pour déménager tout le matériel.

La question fondamentale qui se pose aujourd’hui est celle de l’autonomie des sans-papiers. Les données ont changé depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir. Après la publication de la circulaire du 24 juin 1997, les sans-papiers sont allés en toute confiance déposer des dossiers auprès des préfectures.

Ce qui se trame actuellement, c’est une tentative de reprendre les choses en main de la part des membres de certaines organisations au moment où tout un chacun se rend compte chaque jour un peu plus que les recalés de la circulaire ne vont pas se croiser les bras et continuer à vivre dans la précarité et la peur perpétuelle. Ils sont décidés à s’organiser pour obtenir leur régularisation.

Seule une coordination nationale forte et unie au sein de laquelle l’autonomie des sans-papiers est respectée pourra nous mener à la victoire. ( ... )

Dans l’intérêt des sans-papiers, le débat sur l’autonomie est posé. Il est impératif que chaque collectif se prononce.

Salah TEIAR, Madjiguène CISSE


CNT-AIT



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